13 Avril.
20h22
« Tiens. »
Les yeux de Drago s'ouvrirent lentement et il redressa légèrement la tête, scannant du regard l'objet informe que lui tendait Hermione.
« C'est quoi ? », demanda-t-il, le nez froncé de méfiance.
« De la tarte à la citrouille. »
D'un hochement de tête désapprobateur, Malefoy refusa la part de tarte qui pendait mollement de la main de la Gryffondor avant de se rallonger sur l'établi de la Serre d'été, les bras croisés derrière la tête.
« J'aime pas la citrouille », argua-t-il pour toute explication.
« La politesse non plus, apparemment. »
Il se fendit d'un ricanement goguenard et haussa vaguement les épaules.
« T'aurais quand même pu me ramener quelque chose d'autre. Je veux pas dire, mais t'es pas très efficace... », répondit-il avec un sourire en coin.
Lentement, Hermione déposa les deux morceaux de tarte sur la desserte flanquée derrière elle et vissa sa main gauche sur sa hanche, les sourcils froncés.
« Pardon, mon grand Seigneur, la pauvre domestique que je suis a dû se rendre dans la Grande Salle en catimini, subtiliser deux parts de tarte sans se faire remarquer, quitter le repas en évitant les questions et se dépêcher de revenir pour ne pas faire attendre monsieur, mais quelle erreur, il se trouve que Sa Majesté déteste la citrouille ! »
« Je préfèrerais que tu m'appelles Maître, s'il te plaît. »
Elle contourna la table pour se poster devant lui, le surplombant de toute sa hauteur alors qu'il la dévisageait avec un sourire mutin.
« Va vraiment falloir que je touche deux mots à ton père concernant ton éducation. »
« Ne te gêne pas, surtout. Mon père est très ouvert à la critique. Et en plus, il t'adore. »
La Gryffondor ne put retenir un sourire en imaginant la tête de Lucius si elle débarquait au beau milieu du Manoir, là, tout de suite, la bouche pleine de bavardages sur l'éducation de Drago Malefoy. Sans nul doute qu'il lui ferait un accueil des plus chaleureux.
« J'aimerais bien voir ça », plaisanta-t-elle.
« Moi aussi », approuva Drago en se relevant.
D'un geste agile, il saisit Hermione par la taille et l'attira à lui malgré ses protestations. Elle plissa les sourcils, pour la forme, avant de se laisser entraîner.
« Qui sait, peut-être que dans quelques mois, on déjeunera dans le jardin du Manoir et on rira tous ensemble de mon éducation ratée. »
Elle haussa les sourcils, sincèrement étonnée, et sa bouche s'incurva en un sourire malicieux.
« Je rêve ou c'est une invitation officielle ? »
Un sourire railleur plaqué aux lèvres, il lui jeta un regard chargé d'arrogance.
« Ah, non... Tu as quand même pas cru que... ? », s'esclaffa-t-il, les bras toujours passé autour des hanches de la jeune fille. « Non, non... Quand je dis 'on déjeunera dans le jardin du Manoir', je parle de mon père, ma mère et moi. Toi, tu seras notre domestique. »
« Je te conseille de bien surveiller tes plats dans ce cas, quelques gouttes d'Arsenic peuvent si vite glisser dans une boîte de caviar. »
« J'ai bien fait de refuser ta part de tarte, alors. »
Avant qu'elle n'ait pu répondre, il avait enfoui son visage dans ses cheveux pour déposer sur la ligne de son cou, une myriade de baisers aériens. Elle frissonna, sans pouvoir retenir un sourire, avant de se dérober à son étreinte.
« Tu y penses, parfois ? »
Se reculant légèrement, Drago haussa un sourcil, arrachant un sourire amusé à Hermione.
« Penser à quoi ? »
Elle hésita un instant à approfondir la discussion, jeta un regard perdu à ce qui l'entourait, avant de se focaliser de nouveau sur Drago.
« A nous deux. Je veux dire... Nous deux, après Poudlard. »
« Dis-moi, Granger. T'es pas en train de me demander en mariage, là, par hasard ? »
La bouche de la Gryffondor se tordit en une grimace d'exaspération, et pour toute réponse, elle pinça l'épaule de Drago.
« Ouch ! », se plaignit-il en massant sa peau légèrement rougie. « Avec une demande comme ça, t'attends pas à des vœux de mariage dithyrambiques. »
« Je suis sérieuse, Drago. T'y penses, un peu ? A... A l'après, je veux dire. »
Un silence nerveux s'installa, et lentement, il se détacha d'elle avant de se relever pour aller s'appuyer contre le mur, les bras croisés.
« Est-ce que t'y penses ? », insista-t-elle.
« Non. »
La réponse avait fusé dans l'air ; petite explosion douloureuse dont les échos vinrent se nicher dans la poitrine de la Gryffondor, lui coupant le souffle, lui tordant désagréablement le cœur.
« Jamais ? »
« Jamais. »
« Alors, toi et moi, on a une date d'expiration, c'est ça ? »
Les mains de la jeune fille se tordirent nerveusement. La commissure de ses lèvres descendit brusquement, ses yeux s'écarquillèrent. Il connaissait cette expression, ce sourire renversé, ces grands yeux bruns brillants de reflets douloureux ; et à la voir comme ça, comme prête à tomber en morceaux, il ressentit une tristesse fulgurante.
« C'est pas ce que j'ai voulu dire. »
« Et qu'est-ce que t'as voulu dire ? », demanda-t-elle dans un murmure presque inaudible.
« Que je suis lâche, Hermione. Qu'au delà des murs bien capitonnés du château, il y a tout le reste. Ce n'est plus toi, et moi. C'est toi, et le reste du monde qui n'attend que de te célébrer, et moi, et ce même monde qui voudrait bien me voir mort, et, et... », il s'arrêta brusquement, poussa un soupir et détourna le visage pour traîner son regard entre les feuilles de la Serre d'été.
Dehors, le soleil finissait déjà sa course dans les montagnes, et tout semblait figé, comme sur arrêt image. Un vol d'étourneaux constella un instant le ciel. Il passa pensivement sa main sur sa barbe naissante mais demeura silencieux.
« ... et ta famille... », compléta-t-elle pour lui.
« Et ma famille, oui. »
Elle plongea son visage dans ses mains, poussa un long soupir de lassitude, et laissa le silence reprendre ses droits. Derrière le rideau de ses paupières fermées, elle voyait voguer des formes et des lumières clignotantes tandis qu'un froid polaire engourdissait soudainement son corps. Venu du bout de la Serre, elle entendit le craquement du parquet et devina que Drago venait de se relever. Entre l'interstice de ses doigts légèrement ouverts, elle le vit apparaître devant lui, un sourire tendre traînant aux lèvres. Il se pencha et l'embrassa sur le front.
« Il nous reste deux mois. D'ici là, on trouvera une solution. Je te laisserai pas filer comme ça, tu sais ? », lui glissa-t-il alors qu'elle abaissait totalement ses mains, lui offrant un sourire encore un peu crispé. « Déjà parce que tu vas devenir connue et que je ne résiste pas à quelques invitations mondaines et... ouch ! », pesta-t-il alors qu'elle venait de nouveau de le pincer. « ... et aussi, parce que je m'ennuierai terriblement sans toi, petite sauvageonne. »
« Je te le fais pas dire », approuva-t-elle avec une moue railleuse.
Il lui adressa un sourire désarmant, la tête légèrement penchée, avant de repousser un lourd pot de terre pour s'allonger paresseusement sur l'établi de bois. Ses doigts filèrent sur la peinture écaillée, trouvèrent ceux d'Hermione et l'attirèrent à lui d'un geste ferme. Sans discuter, elle se lova contre lui, apaisée par sa respiration tranquille.
Ils avaient du temps. Et le reste pouvait bien attendre.
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21h37.
Assise sur les marches du château, sa longue robe s'ouvrant tout autour d'elle comme une fleur multicolore, Parvati regardait le ciel d'un air songeur, triturant machinalement le bout de sa tresse. Une forme se dessina dans l'obscurité, ses contours s'esquissèrent tout à fait pour dévoiler le corps agile de Marla, perchée sur son balai, et le sourire de la jumelle Patil s'étira d'un bout à l'autre de son visage. La Serpentard acheva sa descente, et resta en suspension deux mètres au-dessus du sol, toujours en équilibre sur son balai.
« T'es sûre qu'une petite balade aérienne ne te tente pas ? », proposa-t-elle, ses cheveux violets s'éparpillant tout autour de son visage en mèches sauvages.
« Pas même pour tout l'or du monde », refusa Parvati avec un sourire entendu.
« Quel dommage... Moi qui rêvais de te chanter la sérénade et de t'enlever à ta tour de Gryffondor pour t'emmener avec moi loin du château. »
« Tu peux toujours me chanter la sérénade, tu sais ? »
« Crois-moi, tu préfèrerais faire des cascades en balai plutôt que de m'entendre chanter... »
« Je laisse tomber la sérénade, alors... Par contre, tu peux toujours me couvrir de bijoux, de cadeaux et de fleurs hors de prix. Ça, je prends. »
Marla se fendit d'un petit rire amusé, avant de sauter de son balai pour retomber, pieds joints, dans l'herbe du Parc.
« J'y penserai », répondit-elle avec un sourire taquin avant de s'approcher de Parvati d'un pas félin.
Debout en face d'elle, elle se pencha pour embrasser la Gryffondor mais celle-ci se recula aussitôt.
« Attention... », murmura-t-elle.
Cette fois, un long soupir, chargé de colère et de frustration, s'échappa des lèvres de Marla. Elle fronça les sourcils et ouvrit ses bras, désignant le décor qui les entourait.
« Parvati, tu vois quelqu'un dans les parages ? Non, parce qu'il n'y a personne. Arrête un peu d'être parano, s'il te plaît. »
« Je sais, mais c'est juste que... Ne t'énerve pas, s'il te plaît. »
Marla poussa de nouveau un long soupir avant de s'asseoir à côté de Parvati.
« Il faut toujours faire attention, avec toi », se plaignit Marla en haussant les épaules. « On ne peut pas se parler en public, on ne peut pas s'échanger un regard, rien que le fait qu'on soit dans la même pièce, te met dans un état de panique à la limite de l'apoplexie, parce que bon, on sait jamais, peut-être que les gens vont se rendre compte que, oh, Merlin, nous respirons le même air, et ça, forcément, ça veut dire qu'on couche ensemble, quoi. »
« Je t'avais demandé de ne pas t'énerver... »
« Je ne suis pas énervée, je suis lasse, pour tout te dire. »
Parvati cligna trois fois des yeux, lentement, et se mordilla la lèvre inférieure - Oh, Marla connaissait trop bien ce tic-là pour ignorer ce qui allait suivre : des larmes. Comme pour confirmer ses pensées, les immenses yeux noirs de l'indienne s'ouvrirent tout grand ; le déluge était proche. D'un geste, Marla passa son bras autour des épaules de la Gryffondor et l'attira à elle, l'enlaçant étroitement, murmurant à son oreille :
« Pardon, Parvati, c'est pas ce que j'ai voulu dire... Ne pleure pas, s'il te plaît... »
« Je suis désolée, Marla, c'est juste que... c'est compliqué, tu sais ? »
« Je sais... », acquiesça-t-elle doucement. « Hé, on va pas gâcher le peu de temps qu'il nous reste avant de devoir retourner dans cet horrible dortoir à se disputer, hein ? Tu veux que je te raconte une histoire ? »
Le visage de Parvati s'illumina et elle hocha la tête alors qu'un faible sourire reprenait ses droits sur son visage.
« Quand j'étais petite, mon père mettait un point d'honneur à me raconter des histoires tous les soirs avant que j'aille me coucher. En général, ses histoires, je m'en foutais royalement... Mes quatre frères, eux, ils adoraient ça, mais moi, j'étais déjà une petite terreur, tu vois ? Le moment où il fallait me mettre au lit, c'était une torture pour mes pauvres parents », plaisanta-t-elle avec un sourire amusé, le regard songeur.
« Bizarrement, je n'ai aucun mal à te croire », plaisanta Parvati avec un sourire.
« Si tu savais... Enfin, bref, mon père me racontait toujours des histoires des quatre coins du monde. Et un jour, il se ramène avec ce conte indien. Le conte de la Princesse Kamakshi. »
« Ça racontait quoi ? »
« J'y viens, j'y viens. C'était l'histoire d'une princesse indienne, Kamakshi. Elle était d'un beauté incomparable. De longs cheveux noirs, toujours noués en tresse et piqués de fleurs, de grands yeux couleur de la nuit, des cils longs à en donner le vertige... Courtisée dans tout le pays par des milliers de prétendants. Mais la vie n'était pas tranquille, dans ce royaume. A l'orée du territoire, il y avait une bête immonde. Cruelle, brutale et mangeuse d'hommes. Un jour, le père de Kamakshi - le Roi, donc - décide de mettre un terme à la menace de la Bête, et il convoque les plus courageux chevaliers en promettant la main de sa fille à qui vaincra le monstre. Kamakshi décide alors de se déguiser pour échapper à la sécurité drastique du palais, et d'aller vaincre elle-même la Bête. Après un combat épique, elle réussit à la tuer, et par la même occasion, à récupérer son droit de choisir son mari. Parce qu'elle était pas seulement belle, Kamakshi, elle était aussi intelligente, forte et courageuse. »
Suspendue aux lèvres de Marla, Parvati réalisa soudain que c'était la fin de l'histoire. Elle pencha la tête, comme elle faisait toujours lorsqu'elle ne comprenait pas quelque chose, et demanda :
« Et ? Elle choisit qui, comme prétendant ? »
« Je sais pas. L'histoire ne le dit pas. »
« Mais c'est horrible ! »
« Mais non, justement. Enfin, ce que je voulais te dire, c'est que Kamakshi a été mon premier amour. J'étais dingue de cette fille, je la trouvais incroyable. »
« Tu essayes quand même pas de me rendre jalouse d'une héroïne de conte ? »
« Ah non, Kamakshi sera toujours la première dans mon cœur. »
Avant que Parvati ne se dérobe à son étreinte en faisant mine d'être vexée, Marla la rattrapa, déposant sur son front un baiser tendre.
« Pendant ma première année à Poudlard, il se trouve que j'ai croisé, au détour des cachots, une fille qui ressemblait trait pour trait à la description de Kamakshi. Avec une longue tresse noire, des yeux comme la nuit, une peau caramel et un sourire désarmant. Et je crois que je suis tombée amoureuse d'elle la minute où j'ai croisé son regard. »
Parvati sentit le feu lui monter aux joues et elle bénit intérieurement l'obscurité qui camouflait le pivoine colorant désormais son visage. Elle offrit un sourire tendre à Marla qui le lui rendit au centuple et enfin, elle s'approcha de la Serpentard et déposa un baiser d'oiseau sur ses lèvres.
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21h43.
« T'as triché. »
Drago leva les yeux au ciel, exaspéré, avant de refermer son éventail de cartes d'un geste sec.
« Pour la millième fois, Granger, non. C'est pas parce que tu perds que, forcément, j'ai triché... »
Hermione jeta un coup d'oeil suspicieux à la Dame de Drago qui venait littéralement de déchiqueter son Valet en mille morceaux.
« Si t'as pas triché, tu peux m'expliquer pourquoi ta Dame n'arrête pas de me faire des clins d'oeil, hein ? »
« Qu'est-ce que j'en sais, moi ? Peut-être qu'elle te drague. »
Hermione souffla par le nez, les yeux au ciel, signifiant qu'elle ne croyait pas un traître mot de l'explication de Drago. Elle finit par lui jeter un regard torve avant de balayer le sujet d'un geste de la main, lui accordant - à contrecœur - le bénéfice du doute. Avec un sourire manifestement satisfait, le Serpentard déploya de nouveau ses cartes en éventail, en piocha une au milieu et déposa un Cavalier qui agita son épée dans tous les sens avec hostilité.
« Non mais je rêve ! Tu as déjà joué cette carte ! », s'exaspéra Hermione en posant son jeu sur la table d'un geste sec. « Montre-moi tes manches ! »
Les yeux au ciel, il céda et présenta ses mains vides, puis tira sur ses manches pour prouver son innocence.
« Là, t'es contente ? »
A la mine renfrognée qu'elle lui présentait, il en déduit qu'elle ne l'était pas.
« Non », confirma-t-elle dans un grognement. « Je sais que t'as triché. Je suis certaine que tu avais déjà joué le Cavalier avant. Je sais pas comment tu t'y prends, mais tu triches, c'est tout. »
Drago se passa une main sur le visage en poussant un long soupir agacé.
« Tu vas me faire le coup à chaque fois ? »
« A chaque fois que tu triches, oui ! »
« Pourquoi tu t'obstines à vouloir jouer aux cartes avec moi alors que tu cries à la tricherie dès que je gagne ? »
« Mais... »
« Non, Granger, je n'ai pas triché ! Comme je n'ai pas triché les six dernières parties même si j'en ai gagné cinq ! Et je n'ai pas non plus triché hier ! Et non, je ne cache toujours pas de cartes dans mes chaussures comme tu l'as soupçonné avant-hier, ni dans une cache secrète sous l'établi, comme tu as vérifié vingt minutes plus tôt. Je suis juste meilleur que toi. C'est pas dramatique. C'est même... plutôt prévisible, en fait. »
Un silence infusé de rancune accueillit le petit discours de Drago qui se contenta, tout sourire, de hocher lentement la tête face à la mine vexée de la Gryffondor.
« Bon... », commença Hermione avant de rassembler méticuleusement les cartes, évitant le regard de Drago avec un soin tout particulier. « ... on en fait une autre ? »
Avec un soupir, il jeta son petit paquet de cartes sur celui que la Gryffondor venait d'édifier.
« Tout ce que tu veux, petit génie. »
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22h07.
Dans le petit appartement londonien que Septimus Parkinson avait loué pour se rapprocher du lieu du procès de sa fille, la lumière de la lampe de chevet clignota avant de s'allumer tout à fait. Le vieil homme passa une main fatigué sur son visage creusé de rides et de cernes, et se releva avec un grognement. Il s'installa derrière le bureau qui faisait face au lit, et rouvrit pour la dix-septième fois de la journée le dossier baptisé Affaire Pansy Parkinson. Comme les seize fois précédentes, la vue de cette écriture officielle, rouge et tout en lettres capitales, lui arracha une grimace douloureuse. Il se retint de refermer le petit classeur de cuir et de s'infuser quelques feuilles de pavot pour s'astreindre au sommeil, et, dans un effort qui lui parut à la limite du tolérable, il feuilleta des pages et des pages de déclarations, de témoignages, d'accusations sordides. Son cœur se serrait douloureusement à chaque nouvelle ligne, à chaque entrelacs de lettres qui semblaient bouillonner furieusement, pour s'incruster dans son cerveau : tentative d'homicide, détournement de mineurs, violence physique et psychologique, abus de faiblesse, abus de pouvoir, menaces de mort, chantage. Il inspira profondément et tira d'un tiroir un autre dossier, tout aussi épais. Dossier Médical. Pansy Parkinson. Pas de majuscules, ici, mais une écriture penchée et pressante. Enfant perturbée. Troubles psychologiques. Obsession pour la mort. Paranoïa. Crises hallucinatoires. Accès de violence. Instable.
Des larmes brûlantes s'affolèrent aux paupières de Septimus. Il avait eu tout ça sous le nez pendant des années, juste là, sous ses yeux. Et il n'avait rien fait. Rien. Il avait été lâche, il avait eu trop peur. Peur de la perdre, peur qu'elle lui en veuille, peur qu'on la lui arrache pour l'enfermer dans les chambres glacées de Sainte-Mangouste. Et de Sainte-Mangouste, disait-on, on n'en ressort jamais vraiment. Ou alors en mille petits morceaux impossibles à recoller. Il en avait vu, des gens, se faire traîner là-bas. Il se souvenait un peu trop bien des Londubat. Leurs yeux vides, qui renvoyaient le monde en miroir, et laissaient entrevoir l'infini néant par transparence.
Quelle ironie. Aujourd'hui, Sainte-Mangouste, c'est ce qu'il pouvait espérer de mieux pour sa fille...
Pansy n'était pas coupable, au fond. C'était lui, le seul et l'unique responsable.
Tac, tac. Un bruit sec fit sursauter Septimus, et il balaya d'un œil inquiet le reste de la chambre. Rien.
Tac tac. Avec prudence, le père Parkinson se leva et se tordit le cou pour apercevoir, par la petite lucarne perchée tout au bout du haut mur de pierre, un corbeau tapoter les carreaux de son bec. Septimus se saisit d'une chaise sur laquelle il se hissa et actionna la poignée de la fenêtre ovale qui ouvrit la bouche dans un grincement. Le corbeau s'engouffra en croassant, se percha sur la lampe qui surplombait le bureau et tendit la patte.
Septimus déglutit douloureusement. Un corbeau. Ça ne pouvait signifier qu'une seule et unique chose : une lettre du conseil du Magenmagot. D'une main fébrile, il détacha le parchemin de la patte du volatile, le décacheta et en parcourut des yeux l'unique ligne.
Réunion d'urgence. Ministère de la Magie, niveau deux, cour de justice magique.
Une goutte de sueur froide dévala la tempe de Septimus pour venir s'écraser sur le parchemin. Sans attendre une seconde de plus, Parkinson revêtit sa cape de fonction, y épingla le médaillon bleu serti d'une balance dorée, qui certifiait son titre de Président du Magenmagot et transplana dans une ruelle déserte avant d'emprunter un accès secondaire situé dans une benne à ordures. Il s'arrêta un instant devant l'imposante porte de la cour de justice. Un vertige l'assaillit, et sa main gauche partit à l'encontre du mur pour l'empêcher de vaciller, tandis que l'autre fila à sa gorge pour défaire le nœud papillon qui menaçait sérieusement de l'étrangler. Suffoquant, il pénétra dans la pièce. Une lumière glacée se réverbérait sur le marbre noir des gradins, baignant la salle d'une atmosphère sépulcrale. Surplombant les gradins, la vaste table du conseil du Magenmagot émergeait comme un vaisseau fantôme, surgissant au milieu de l'obsidienne du marbre. Et derrière la table, Tiberius Ogden, le vice président du conseil.
Septimus se stoppa net. Un frisson lui parcourut l'échine ; quelque chose clochait, dans ce rendez-vous pressant. Il pouvait le voir à la façon dont Ogden était resté assis, négligeant de se lever pour le saluer, comme de coutume. A son sourire victorieux. A l'absence des onze autres membres du conseil. Il pouvait le sentir, le vent était en train de tourner en sa défaveur.
Il monta les marches une par une, glacé par l'écho de ses pas qui résonnaient dans le silence accablant, comme un glas funèbre. Il renoua son nœud papillon, lissa nerveusement sa moustache de sa main droite, l'autre postée près de sa poche pour y sentir la présence rassurante de sa baguette. Enfin, son pied quitta la dernière marche et il se posta devant la table, avec l'intense, désagréable sentiment de se présenter à son propre procès.
« Septimus Reginald Parkinson », le salua formellement Tiberius.
« Tiberius ». Il croisa les mains dans son dos pour en cacher les tremblements. « Pourquoi cette réunion d'urgence ? Où sont les autres membres du conseil ? »
« En tant que vice-président, je parle en leurs noms. Nous avons délibéré concernant le procès de mademoiselle Parkinson. »
Son cœur manqua un battement, sa gorge se serra.
« Et ? »
Les lèvres de Tiberius s'incurvèrent en un sourire malveillant.
« Condamnation à mort. Par baiser du Détraqueur. »
« Non ! », hurla Septimus sans même s'en rendre compte. « Non, non, non ! »
Sa tête tourna, bourdonnante de milliers de pensées, d'images torturées de Pansy sur l'échafaud, qui anesthésiaient son cerveau douloureux.
« Non ! », répéta-t-il en assénant la table d'un coup de poing rageur.
Le sourire de Tiberius s'élargit.
« C'est impossible », gronda Parkinson, le souffle saccadé, la poitrine se levant et s'abaissant au rythme effréné de son cœur. « On ne condamne pas à mort une gamine de dix-huit ans pour une tentative d'homicide. »
« On condamnerait n'importe qui pour avoir osé s'en prendre à Hermione Granger. Elle servira d'exemple. »
Le monde de Septimus vacilla, et il dut se retenir à la table pour ne pas basculer en arrière. Une fièvre confuse emporta sa raison, et le tambourinement de son cœur vint marteler ses tempes à grands coups de bélier. D'une main moite et engourdie, il arracha son nœud papillon et dégaina sa baguette, le bras tremblant, écumant de rage, crachant dans le silence lugubre, des embruns de salive et de sueur.
« Fais bien attention, Septimus, le moindre geste déplacé, et ta petite Pansy ira bouffer les pissenlits par la racine. »
Soudain, une pensée fulgurante traversa l'esprit de Septimus. Il abaissa sa baguette.
« Tu n'es pas venu pour m'annoncer la sentence. Tu es venu pour négocier. Qu'est-ce que tu veux ?»
« Abandonne ton poste de Président du Magenmagot. A mes soins, bien sûr. »
« Tu sais de quoi est passible le chantage, l'abus de pouvoir et la tentative de corruption, Tiberius ? »
L'intéressé répondit à l'accusation d'un geste négligeant de la main.
« Bien. Traîne-moi en procès, mais d'ici là, ta petite rejetonne aura goûté aux douceurs exquises de son dernier baiser. »
De ses deux mains, Parkinson épongea son visage moite. Dans la lumière glaciale de la cour de justice, Tiberius Ogden paraissait plus menaçant encore. Ses long cheveux bruns, son visage pâle, son nez pointu et son menton en flèche lui donnaient l'air d'un rat répugnant, d'une immonde fouine prêt à mordre, à déchiqueter ce qu'il restait à Septimus.
« Pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? Je pars à la retraite dans deux ans. Tu ne pouvais pas... Pourquoi tu n'as pas attendu, deux ridicules petites années ? »
« Mais parce que c'est maintenant, que tout se joue. C'est maintenant que des Mangemorts, riches à ne plus savoir que faire de leur argent, payent des fortunes pour quelques années en moins à Azkaban. C'est maintenant que des contrats se forment, que des laisser-passer se négocient à tour de bras. C'est précisément maintenant que le Magenmagot se doit d'être arrangeant. Mais comment tu pourrais comprendre ça, toi, le grand, le juste, l'incorruptible Septimus, hein ? »
Parkinson crispa la mâchoire, sa bouche se tordit en un rictus furieux. Il referma brusquement la main sur son badge de Président, répugné à l'idée de trahir ce pour quoi il avait passé toute une vie à se battre. Répugné à l'idée de cracher honteusement sur ses valeurs, sur son éthique, sur tout ce qui faisait qu'il était Septimus Parkinson et non Tiberius Ogden... Mais rien sur terre ne comptait plus que Pansy. Et s'il avait la moindre petite chance de la sauver, il voulait bien vendre son âme au diable.
« Laisse-moi une semaine. Une semaine pour tout mettre en ordre, et j'annoncerai officiellement ma démission. »
« Soit. Une semaine », lui accorda Ogden avec un sourire.
Lentement, il contourna la table pour s'approcher de Septimus, avisant d'un œil avide son insigne bleu et or.
« J'ai le pressentiment qu'il m'ira beaucoup mieux à moi qu'à toi. Toutes ces années de procès t'ont épuisé, et il faut dire que tu te fais vieux, l'ancêtre. Place aux jeunes», lança-t-il avec une gaieté suintante de fausseté.
Enfin, il se retourna et descendit les marches avec lenteur. Une longue minute, Septimus observa sa silhouette frêle alors qu'il arpentait l'escalier. Un rien, un rien aurait suffi à le faire taire, à lui briser la nuque, à le faire disparaître pour de bon. Un rien...
« On se voit demain pour le procès des Rosier, mon cher Parkinson. Mets-y tout ton cœur, ce sera ton dernier procès en tant que Président. »
Et sans rien ajouter, il transplana. Le silence s'abattit sur la pièce, et Septimus, anéanti, fulminant, tremblant de froid, terrassé de chaud, se laissa glisser au sol. Son visage trouva le réconfort moite de ses mains et il se laissa aller à hurler jusqu'à ce que sa voix se brise dans sa gorge.
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22h28.
Allongée sur l'établi, la tête reposant sur le torse de Drago, Hermione regardait le plafond de verre, et bien au-delà, les quelques étoiles qui avaient réussi à frayer leur chemin à travers la canopée de vigne-vierge qui courait sur les murs.
« En fait, je ne sais rien de toi », murmura-t-elle pensivement.
Il inclina la tête, la regarda avec un drôle d'air, avant de sourire.
« Habituellement, les gens me préfèrent comme ça. »
« Comme ça... quoi ? »
« Quand ils n'en savent pas trop sur moi. »
Elle leva les yeux au ciel, et éluda sa réflexion d'un vague geste de la main.
« Crois-moi, je ne peux pas avoir une pire image de toi que celle que j'ai actuellement. »
Il lâcha un petit rire qui agita la tête de la Gryffondor, posée sur son torse, de petits soubresauts.
« Alors ? », insista-t-elle en fronçant les sourcils.
« Alors, quoi ? Qu'est-ce que tu veux savoir ? »
« Je ne sais pas, moi. Ta couleur préférée, la première fille que tu as embrassée, ta plus grosse bêtise. N'importe quoi. Ton numéro de compte chez Gringott's, par exemple », finit-elle avec un sourire faussement innocent.
« Respectivement : le vert, Daphné, vider la cave de Champagne des Sirènes de mon père avec Zabini et Daphné, et... bien tenté, mais non. »
« Le vert. Serpentard jusqu'au bout, hein ? »
Il lui offrit un sourire taquin et passa une main distraite dans les cheveux de la Gryffondor.
« Même pas », répondit-il finalement. « Le vert, le vert à perte de vue du parc botanique de Daphné. Quand on était petit, on allait toujours jouer dans la forêt. Ensuite, Zabini nous a rejoint. Et on passait des soirées entières planqués dans les bois. Pas de parents, pas de bonnes manières, pas de sourire forcé. Juste du vert. Je crois que ça m'est resté. »
S'appuyant sur son coude, Hermione se releva pour observer Drago quelques instants.
« En fait, tout a un rapport avec Daphné, dans tes souvenirs. »
Il se releva à son tour, et la toisa avec un sourire amusé.
« T'es jalouse ? »
« Non », affirma-t-elle en lui lançant un regard noir.
« Mais si, mais si », répliqua-t-il d'un ton victorieux en se relevant pour s'appuyer contre le rebord de l'établi. « Je suis même prêt à parier que dans une seconde, tu vas froncer les sourcils et lever les yeux au ciel d'un air exaspéré. »
Instinctivement, elle fronça les sourcils, et se retint de justesse de lever les yeux au ciel. Trop tard, un sourire moqueur planait déjà sur les lèvres du Serpentard. D'un geste agile, elle rabattit ses jambes et s'assit à son tour pour tenter de cacher son agacement. Elle croisa les bras et lâcha un long soupir en signe d'avertissement qu'il sembla prendre à la légère puisqu'il rapprocha son visage du sien, toujours armé de son sourire railleur et proclama :
« C'est une première, ça. La raisonnable Hermione Granger qui me fait une crise de jalousie. »
« Je. ne. fais. pas. de crise de jalousie », martela-t-elle.
Elle lui jeta un regard manifestement furieux et il leva les mains au ciel en signe de reddition.
« Très bien, très bien. »
Un court silence s'ensuivit, interrompu par Hermione :
« Tu as été amoureux d'elle ? »
Il haussa un sourcil, sincèrement étonné par sa question, et laissa planer un court silence avant de répondre.
« Oui. Amoureux, comme un enfant. »
« Pourquoi ? »
« Pourquoi quoi ? », répéta-t-il dans un soupir, en sentant venir la question.
« Pourquoi tu étais amoureux d'elle ? »
« Je sais pas. C'est une drôle de question. Parce que... », il s'interrompit, l'air de vraiment y réfléchir. « ... parce qu'elle était différente, je crois. Qu'elle partait dans des expéditions périlleuses au fin fond des forêts, et qu'elle en revenait toujours les cheveux défaits et les mains couverts de boue. »
Elle resta silencieuse quelques secondes, pensive. C'était étrange d'imaginer Daphné autrement que tirée à quatre épingles. De l'imaginer en petite aventurière ou en grande exploratrice. Des sentiments confus se mêlèrent en elle, de jalousie, de culpabilité, de tristesse. Il saisit son paquet de cigarettes, en extirpa une et l'alluma tranquillement. Des volutes se prélassèrent quelques secondes entre eux, et, alors qu'il recrachait une colonne de fumée dans un sourire, il ajouta :
« Je crois que j'ai toujours eu un faible pour les sauvageonnes. »
~~~~o~~~~
22h39.
A la lisière de Poudlard, au bout du chemin escarpé qui menait aux confins du Lac, Calypso se tenait debout, droite comme un i, l'esprit engourdi. Son regard glissa distraitement sur les grands arbres qui bordaient le chemin, et dont les branches noueuses, affolées par le vent, grinçaient comme une symphonie mortuaire. Elle peina à réprimer un frisson et sans prévenir, sa gorge se noua brusquement. Une image confuse se matérialisa dans son esprit : des bancs de marbre noir, des spectateurs hurlant, les insultant, elle et sa mère, et les treize membres du conseil, dans leurs robes bleues, le visage impassible, tout prêts à les condamner à mort.
Elle secoua la tête, pour se dépêtrer de ses visions anxiogènes, et inspira profondément. C'était injuste. Tout simplement injuste. Elle n'avait strictement rien fait. Elle, qui n'osait même pas tricher à ses examens de peur de se faire prendre, elle, qui sortait les araignées à mains nues pour leur éviter une fin tragique, écrabouillées sous un livre, elle, qui avait passé la moitié de sa Septième année, terrée à Poudlard, osant à peine respirer... Comment aurait-elle pu torturer des Nés-Moldus, voire pire, les tuer ? Comment aurait-elle pu planquer des artefacts de Magie Noire dans les tréfonds de sa cave, elle qui n'arrivait déjà pas à lancer un Levicorpus correct ? Ça n'avait pas de sens.
Pas plus que ça n'en avait de soupçonner sa mère. Qui avait toujours, toujours, minutieusement repoussé les propositions des Mangemorts. Et ce que cette garce de Romilda avait dit... A propos de sa mère, couchant avec des Mangemorts... Impossible. Depuis la mort d'Evan, sa mère n'avait laissé personne s'approcher. Tout ça n'avait aucun sens.
Un bruit derrière elle la fit sursauter, et elle se retourna aussitôt, sur le qui-vive, la baguette tendue devant elle. Dans l'obscurité opaque de la nuit, elle peinait même à distinguer le bout de ses doigts. Un coup de vent la fit frissonner, ramenant à ses oreilles le bruit de pas crissant sur le chemin. Calypso détestait les histoires de fantômes. Elle n'avait déjà pas grande affinité avec eux lorsque, petite fille, enroulée dans sa couette, elle entendait grincer le parquet et claquer les portes de leur ancestral manoir. Son aversion pour tout ce qui était censé être mort mais ne l'était pas tout à fait s'était confirmée lorsqu'un soir de deuxième année, le Baron Sanglant avait fait irruption dans leur Salle Commune en hurlant, les mains crispées autour de son tablier maculé de sang. Il avait passé la nuit dans cet état sans que personne ne sache pourquoi. Dès lors, Calypso avait mis un point d'honneur à se tenir éloignée autant que possible des fantômes, des spectres et de toute autre chose translucide qui s'aventurerait à venir roder dans le coin.
Elle avança prudemment, le visage crispé en un rictus terrifié.
« Qui est là ? », demanda-t-elle d'une voix faussement assurée.
Pas de réponse. Elle crut discerner les contours diffus d'une silhouette. Elle recula d'un pas, la baguette toujours tendue, mais avant qu'elle ait pu faire quoi que ce soit, l'ombre bondit sur elle, l'entourant de ses bras. Son cœur tambourina violemment contre sa poitrine, et dans un accès de panique elle lâcha sa baguette qui tinta sur le sol, la tirant de sa torpeur. Elle arma sa jambe, prête à asséner un violent coup de pied, mais sa jambe buta contre quelque chose de solide. Gonflée d'adrénaline, elle dégagea son bras gauche d'un geste agile et envoya balader son poing dans le visage de l'inconnu qui s'effondra sur le sol en jurant. Essoufflée, effrayée, elle mit quelques secondes à reconnaître la voix qui était actuellement en train d'insulter copieusement Merlin et tous ses descendants.
Elle s'accroupit aussitôt sur le sol, tâtonnant l'obscurité pour confirmer ce qu'elle savait déjà.
« Blaise... Blaise, c'est toi ? Oh, merlin... Oh, Blaise, désolée... »
Un rire étouffé s'échappa de la silhouette recroquevillée de Zabini, et avec l'aide de Calypso, il se releva lentement, titubant, une main plaquée sur son nez dégoulinant de sang.
« Et tu trouves ça drôle ? », maugréa-t-elle.
« Toujours. Et un peu rassurant, aussi, de savoir que tu es capable de te défendre. »
« Un peu mieux que toi, visiblement. »
Elle se pencha pour ramasser sa baguette.
« Montre-moi ton visage », ordonna-t-elle. « Episkey. »
Un craquement désagréable résonna dans le silence, arrachant une moue douloureuse à Zabini qui épongea son visage à l'aide de sa manche. Un faible Lumos venu de la baguette de Calypso éclaira les alentours d'une lumière diffuse, lui permettant de distinguer un peu plus clairement les dégâts. Un sourire contrit adoucit son visage et elle tendit la main pour caresser tendrement le visage de Blaise.
« Pardon, je ne voulais pas... »
Elle s'arrêta brusquement, avisant du coin de l'œil l'objet qui avait arrêté son coup de pieds quelques minutes plus tôt.
« Pourquoi tu as une valise ? », demanda-t-elle, surprise.
« Tu croyais quand même pas que j'allais te laisser aller au procès toute seule ? »
« Mais... tu n'as pas le droit... ils vont te chercher partout... »
« Ne t'en fais pas. Tout est déjà réglé. C'est McGonagall qui m'a donné l'autorisation. »
« Mais... comment ? Pourquoi ? »
« J'ai des choses à régler, de mon côté aussi. »
Elle ouvrit la bouche pour répondre mais se trouva sans savoir que dire. Finalement, elle secoua lentement la tête et murmura :
« Merci, alors. »
Il lui adressa un sourire sincère et elle sentit une chaleur diffuse se répandre dans tout son corps. Le poids de la peur, de l'angoisse, de l'appréhension, était toujours là, pesant sur ses épaules, mais elle avait l'étrange impression que Blaise venait de la délester un peu, d'embarquer une partie de sa terreur dans son énorme valise. A cet instant, un sentiment de douceur indicible lui provoqua un frisson.
« Je t'aime, Blaise. Vraiment, du fond du cœur. »
Il la dévisagea, légèrement troublé.
« Après huit ans passés à te courir après, c'est bien la moindre des choses », plaisanta-t-il avant de passer une main dans les cheveux de Calypso.
« Huit ans ? Tu exagèrerais pas un peu, par hasard ? Je te rappelle que la première fois que je suis venue te parler, en première année, pour te demander le mot de passe de la Salle Commune, tu m'as dit que tu ne t'en souvenais plus et tu t'es enfui en courant. »
« Oui, bon... A l'époque, j'étais timide, et je n'avais pas encore les qualités incroyables de drague que j'ai maintenant. »
« Voyez-vous ça... Je peux avoir un petit aperçu desdites qualités ? »
Il lui adressa un sourire amusé et caressa son visage avec douceur, distinguant à travers les rayons effilés du Lumos son sourire solaire. Au moment où il se penchait pour l'embrasser, un hennissement retentit derrière eux, les faisant sursauter. Il tournèrent la tête de tous les côtés pour distinguer l'origine du bruit et discernèrent des formes se rapprochant.
« Oh... », réalisa soudainement Zabini. « Les Sombrals arrivent. C'est eux qui nous amèneront à Pré-Au-Lard où on rejoindra une plateforme de Portoloin. »
Instinctivement, Calypso se recula d'un pas. Maudits fantômes.
« Pourquoi McGonagall n'est pas là ? On ne va pas y aller tout seul quand même ? Je ne sais même pas comment ça marche, les Sombrals, moi. »
« Elle va arriver, ne t'inquiète pas. Je crois qu'elle attendait quelqu'un d'autre. »
« Ah. Ça nous laisse un peu de temps, alors », sourit-elle malicieusement. « Nox. »
L'obscurité se fit de nouveau, et sans attendre une seconde de plus, Calypso enroula ses bras autour du cou de Blaise pour l'embrasser tendrement.
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22h56.
« ... on était en route pour partir skier dans les Alpes et... »
« ... Skier ? », demanda Drago, un sourcil relevé.
« Oui, skier, tu sais... Tu as deux... deux planches sous les pieds et tu... tu glisses sur la neige, quoi », répondit lentement Hermione en faisant des grands gestes pour accompagner ses explications de mimes piteusement exécutés.
« C'est débile », conclut Drago en fronçant les sourcils.
« Pas plus débile que le Quidditch. »
Il y eut un bref silence.
« Tu vas avoir de sérieux problèmes, toi, si tu continues à dire des choses comme ça. »
Elle leva les yeux au ciel, et continua :
« Bref. Donc, mes parents garent la voiture sur le... »
« La... quoi ? », l'interrompit une nouvelle fois le Serpentard.
« La voiture. C'est comme... je sais pas, moi. C'est pour se déplacer. »
« Ouais, comme un balai, quoi. »
« Non, non. Plutôt comme... comme un petit train, voilà. Un tout petit train. Enfin, bref ! », enchaîna-t-elle en voyant Drago sur le point d'intervenir une nouvelle fois. « Donc, ils se garent sur le parking d'un supermarché pour nous acheter de quoi pique-niquer... non, s'il te plaît, arrête de poser des question. Bon. Ma mère avait un long manteau rouge, je m'en souviens très bien. J'étais assise dans le rayon des livres, et... arrête de te moquer s'il te plaît. »
« Je me moque pas, je trouve ça marrant, c'est tout. Savoir que tu étais déjà obsédée par les livres à cet âge-là. Tu avais quel âge déjà ? »
« Sept ans. »
« Mmh-mmh », se contenta d'acquiescer Drago, un sourire aux lèvres. « Vas-y, continue. »
« Et donc, tout d'un coup, du coin de l'œil, je vois ma mère sortir du magasin. Elle était en train de hurler au téléphone... ah, non, ça suffit ! Concentre-toi sur les mots que tu connais et arrête de m'interrompre ! Et donc, je rentre dans la voiture derrière elle, et je m'allonge pour dormir. Et tout d'un coup, j'entends un hurlement. Je me réveille en sursaut, et je vois une femme avec un manteau rouge qui me regarde et... et c'était pas ma mère ! J'étais montée dans la voiture d'une inconnue. Elle s'arrête in extremis dans une station service... »
« Une station service ? », répéta pensivement Drago, les sourcils froncés.
« Là où tu mets de l'essence... », éluda Hermione d'un geste impatient de la main.
« De l'essence ? De l'essence de quoi ? »
« Drago. Tu pourrais arrêter de faire ça, s'il te plaît ? »
« Faire quoi ? Je comprends rien à ton histoire, petit génie. »
« C'est parce que tu m'écoutes pas ! »
« Ah mais si, je t'écoute. J'entends bien des sons sortir de ta bouche et je te suspecte très sérieusement de tenter de communiquer, mais après, pour ce qui est du reste, non, je comprends rien. Ton histoire de verture, là, et de téléphone... ça n'a aucun sens. »
« Voiture », corrigea Hermione avec exaspération. « C'est pas ça, l'important. Bref. J'ai eu tellement peur que je me suis mise à crier et j'ai fait exploser toutes les vitres de la voiture. Oui, Drago, la voiture. Bref, voilà une des premières manifestations magiques dont je me souviens. »
« Eh ben. Rappelle-moi d'y réfléchir à deux fois avant de te demander de me raconter des histoires de ton enfance. C'est fastidieux. La seule chose que je retiens, moi, c'est que tu étais déjà une Miss-Je-Sais-Tout. »
« Vraiment, Drago ? Vraiment ? C'est tout ce que tu retiens ? », s'écria-t-elle en croisant les bras et en tapant du pied.
« Ah oui, et que tu étais déjà insupportable à cet âge-là, avec un don tout particulier pour les caprices. »
D'un geste, Hermione sortit sa baguette de sa poche et l'agita sous le nez du Serpentard.
« Attention, Drago, attention. Si a sept ans, j'étais déjà capable de casser les vitres d'une voiture sans même utiliser de baguette, devine un peu ce que je suis capable de faire maintenant, avec un peu plus de pratique, et un très net sentiment d'agacement. »
Drago se fendit d'un sourire suggestif et ouvrit grand les bras en haussant un sourcil.
« J'aimerais beaucoup voir ça. »
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23h02.
« Je suis désolé, Ron. »
L'intéressé lança un regard noir à Harry, avant d'enfourner ses gants de Quidditch dans sa malle. Le verrou de sa valise cliqueta, avant d'être brusquement soulevée du sol. Il jeta une cape sur ses épaules et sortit du dortoir en claquant la porte. Un long silence suivi sa sortie. Harry ignora le regard de Dean et s'élança à la suite de son ami. Ginny se tenait debout près du tableau de la Grosse Dame, les cheveux ébouriffés et les traits froissés par le sommeil. Sa robe de chambre rouge et or bâillait légèrement sur son pyjama à l'effigie des Harpies de Holyhead, lui conférant l'air d'une petite fille arrachée à son lit par un mauvais rêve.
« Ron, s'il te plaît, écoute-moi », supplia Harry.
Ron se retourna brusquement, le visage si pâle dans la lumière des chandelles qu'il paraissait presque translucide. Des veines bleutées parcheminaient son front plissé de colère.
« Qu'est-ce que tu me veux, au juste ? Je les connais par cœur, tes excuses, Potter. »
Harry tiqua devant la formalité de l'appellation. Il ouvrit la bouche, interdit, avant de secouer la tête en fourrant ses mains dans ses poches. Un sentiment de terrible malaise s'insinua en lui. Le regard de Ginny passa lentement du visage défait de Harry à celui, tendu de colère, de son frère. Elle s'avança d'un pas.
« Ron, ne sois pas ridicule. Tu seras de retour pour passer tes ASPIC. En attendant, tu suivras des cours par correspondance, et tu pourras te ressourcer, avec maman et papa. Tu seras tranquille, au Terrier. C'est pour toi, qu'on fait tout ça, tu sais ? »
Il éructa d'un rire qui ressemblait plus à un grognement guttural.
« C'est pour moi, vraiment ? Non, Ginny, non. Je crois que c'est surtout pour vous. Pour que vous puissiez vivre votre petite idylle sans le frère taré sur les bras. Ne te prétends pas plus altruiste que tu ne l'es, Ginny. Ce serait bien la première fois que le sort d'un de tes frères t'intéresserait. »
Elle ouvrit la bouche et les yeux tout grand, et une ombre douloureuse vogua sur son visage pâle. Elle n'avait pas manqué le sous-entendu, et le souvenir de Fred creusa un siphon dans son cœur qui coula pour atterrir au fond de son estomac. D'une main tremblante, elle agrippa un pan de sa robe de chambre et le rabattit nerveusement sur sa poitrine, comme pour se protéger de l'attaque.
« Pourquoi tu fais ça, Ron ? », siffla Harry en passant un bras autour de l'épaule de Ginny qui se serra contre lui en tremblant. « Pourquoi tu nous repousses dès qu'on essaye de t'aider ? »
« Parce que vous ne m'aidez pas, vous m'éclipsez du paysage pour vous sentir un peu mieux, pour dormir sur vos deux oreilles avec la satisfaction du travail accompli. Vous ne faites pas ça pour moi, vous le faites pour vous. Parce que je deviens un peu trop dérangeant avec ma rancœur et ma colère, et que ça prend un peu trop de place dans votre vie. Alors, ouais, vous avez gagné. Je me casse. Je vous laisse Poudlard, avec toute la vermine qui la colonise. Vous avez réussi à me virer. Je commençais à devenir un peu trop encombrant, hein. Avec ma haine en bandoulière et mes accès de violence. Ça doit faire tâche dans le monde parfait du grand Harry Potter. »
« Arrête, à la fin ! Arrête de te borner et ouvre les yeux, un peu ! », s'écria Harry. « Tu deviens fou à tourner en rond, ici, à Poudlard ! Nous, on veut juste... on veut juste t'aider, Ron. T'aider, y a que ça qui compte... »
Ron les toisa des pieds à la tête avec dégoût.
« Vous m'avez fait exclure de Poudlard et je devrais vous remercier, en plus, c'est ça ? C'est toi, Harry, qui te borne à croire que ce que tu fais, tu le fais pour le bien de tous. Mais non... oh, non... je ne vous laisserai pas croire que c'est pour mon bien, je vous offrirai pas la satisfaction de croire que vous faites tout ça pour moi, dans votre bonté légendaire. Tout ce que vous avez fait, vous l'avez fait pour vous. Et j'espère sincèrement que votre égoïsme vous empêchera pas de dormir la nuit. »
Le bras de Harry s'était crispé sur l'épaule de Ginny. Un long silence s'abattit sur la Salle Commune, si long qu'ils ne remarquèrent même pas que Ron avait disparu derrière le tableau de la Grosse Dame depuis bien longtemps.
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23h48.
« Nox. »
La lumière s'éteignit et l'obscurité enveloppa la Serre d'été. Hermione ouvrit son livre d'Astronomie, et une sphère étoilée se tissa lentement sur le plafond de la verrière. Une comète fila, laissant derrière elle une traînée de poudre lumineuse.
« Là, tu vois », expliqua Drago en pointant une série d'étoiles qui s'illuminèrent au commandement de sa baguette. « C'est la constellation Draco. C'est de là que je tire mon magnifique nom », ajouta-t-il avec un sourire présomptueux. « Et là, à côté, c'est Andromeda. »
« Comme... »
« Oui, comme ma tante. »
« Oh. »
Un bref silence s'installa et Hermione sentit Drago se crisper imperceptiblement.
« Tu connais d'autres constellations ? »
Le planisphère exécuta une brève rotation.
« Ici, là, c'est la constellation Cygnus, comme mon arrière-arrière-grand-père. Et mon grand-père. Tu remarqueras qu'on est très originaux dans la famille, au niveau du choix des prénoms. »
« Effectivement. Remarque, ça fait toujours une préoccupation en moins à la naissance du bébé. T'as juste à piocher un nom au hasard dans l'arbre généalogique. »
« J'aime ta façon de penser, Granger. Tu t'adapteras à merveille dans la famille. »
« Je préfèrerais éviter, si tu n'y vois pas d'inconvénient... Bon, tu me parlais de ton grand-père. Cygnus, c'est ça ? » Il acquiesça. « Tu l'as bien connu ? »
« Oui. C'est lui qui m'as acheté mon premier balai, quand j'avais sept ans. Ma mère était folle de rage. Et le Noël d'après, elle lui a offert un livre sur Mara-aux-pieds-nus, la princesse qui avait assassiné son père en cachant un scorpion dans son lit. Je crois que mon grand-père a compris le message. »
Hermione ne put retenir un sourire songeur, envisageant soudain un peu mieux la famille Black, les Noël grandioses dans des Manoir croulant de richesses, avec ses feux de cheminée et ses mets délicats, la famille Black et ses histoires, ses secrets, ses non-dits. La famille Black, peu à peu décimée, jusqu'à qu'il n'en reste plus qu'une poignée. Elle ressentit une certaine admiration pour Narcissa, mais se retint de l'avouer.
« Tu y as déjà pensé, toi ? Au nom que tu donnerais à tes enfants ? »
« Non, pas vraiment. », répondit-il en la dévisageant, l'air étonné.
La Gryffondor analysa la carte stellaire quelques instants, avant de pointer du doigt un assemblage d'étoiles.
« Regarde, là. La constellation Scorpius. Ça ferait un joli clin d'œil à ta mère, non ? »
Drago observa les étoiles s'allumer tour à tour pour former la constellation du scorpion et ne put retenir un sourire amusé.
« Dommage que mon grand-père soit mort, il aurait adoré la blague. Je sais pas si tu sais, mais les Black ont beaucoup d'humour », ironisa-t-il en se tournant vers Hermione.
« J'avais cru comprendre. Cela dit, Scorpius est une de mes constellations préférées. J'aime sa forme. Son histoire. C'est l'ennemi d'Orion, dans la mythologie, alors ils ne se croisent jamais dans le ciel. Quand l'un apparaît, l'autre disparaît. C'est amusant, non ?»
« Très amusant, oui. Je vois que tu as le même sens de l'humour que les Black... »
Elle lui donna un petit coup d'épaule et la voûte étoilée tourna encore un peu avant de se stabiliser.
« Ah. Ici, c'est Cassiopeia, mon arrière-grande-tante. On parle très peu d'elle, dans la famille. Mais la légende dit qu'elle était amoureuse de son frère, Marius. Mais c'était un Cracmol et malheureusement, les Cracmol n'ont jamais eu leur place chez les Black. Le jour où il a été banni de la famille, Cassiopeia s'est retirée, seule, dans un refuge dans les montagnes, où elle est restée jusqu'à sa mort. »
« C'est gai, vos histoires de famille. »
« Attends, attends. Je ne t'ai pas encore parlé des mariages forcés, des empoisonnements et des adultères », railla-t-il avec un sourire.
« J'ai hâte... », ironisa-t-elle. « Et là, c'est quoi ? », demanda-t-elle en pointant du doigt une suite d'étoiles illuminées.
Il suivit son regard et hocha la tête.
« Là, c'est Orion, mon grand oncle. »
« J'en ai entendu parler. Il était comment ? »
« Difficile à dire, il est mort un an avant ma naissance », répondit Drago après un instant de réflexion. « Il était passionné de géographie, et avait écrit des dizaines de livres sur ses voyages de jeunesse. »
Il fit une seconde pause, les sourcils froncés, la main sur le menton, comme s'il essayait de se remémorer quelque chose.
« Bellatrix l'appelait Orion le fou. Elle disait qu'il n'avait jamais dépassé le palier de sa porte, et que s'il voyageait, c'était uniquement dans sa tête. »
A l'évocation de Bellatrix, Hermione se crispa et porta sa main à son bras, où des sillons de peau boursoufflée lui rappelaient inévitablement la bataille du Manoir des Malefoy. Drago suivit du regard son geste, et ses mâchoires se contractèrent. Il se passa une main sur le visage en lâchant un soupir las.
« Hermione. Je suis désolé. Pour ça. J'aurais dû faire quelque chose. »
Il tendit la main mais elle dégagea froidement son bras, arrachant au Serpentard un rictus crispé.
« N'en parlons plus. C'est passé, maintenant », répondit-elle sèchement. « Parle-moi encore des constellations. »
Il soupira mais finit par secouer la tête, résigné. Il hésita, leva son bras, le laissa retomber, mais finit par illuminer une étoile d'un coup de baguette.
« Et ici, tout près d'Orion, c'est... »
« ... Sirius », finit Hermione.
« Oui. »
Elle se tourna vers lui et sonda un instant son visage qui contemplait pensivement le dôme étoilé.
« Tu le connaissais ? »
« Non, pas vraiment. C'est le genre de sujet qu'il valait mieux éviter d'évoquer aux repas de famille, si on ne voulait pas se retrouver avec une fourchette plantée dans l'œil. Mais je crois que ma mère l'aimait beaucoup. Bon, évidemment, elle n'aimait pas l'abruti de Potter qui le collait partout, mais ça, je ne peux pas l'en blâmer. C'est une constante dans la famille, d'avoir en aversion les Potter. »
Hermione lui jeta un regard noir auquel il répondit par un sourire faussement innocent.
« Quoi qu'il en soit, elle gardait cachée une photo de lui, dans les pages de son vieux livre de Botanique. Son livre de première année. Elle savait que personne ne viendrait fouinait là-dedans. Elle avait une photo d'Andromeda aussi. »
Il marqua une pause, avant de poursuivre : « Et quand Sirius est mort... elle s'est enfermée dans sa chambre pendant des jours. Après coup, elle a prétexté qu'elle avait juste contracté une fièvre des vents. Mais je crois que personne ne s'est laissé dupé, et qu'au fond, tout le monde savait qu'elle pleurait la mort de son cousin.»
« ...tué par Bellatrix », murmura Hermione, en sentant une bile amère nouer le fond de sa gorge.
« Oui, tué par Bellatrix », répéta Drago. Il se tint un moment silencieux, le visage éclairé par le mouvement des étoiles dans la sphère céleste. Enfin, il abaissa le regard, et dévisagea silencieusement Hermione quelques instants. A la lueur des étoiles, ses yeux gris semblaient presque noirs. Quand il parla à nouveau, sa voix n'était plus qu'un murmure presque rauque.
« Les Black, les Malefoy. Un beau bouquet de monstres, hein ? »
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00h07.
La chambre d'hôpital était silencieuse à l'exception de quelques bruits de cliquetis métalliques, parfois couverts par les respirations lourdes des patients. Hestia remua dans son lit, le visage moite, quelques mèches de ses cheveux bruns collés à ses tempes par la sueur. Elle cligna lentement des yeux, essaya de se redresser mais son corps gourd refusa de coopérer et elle resta immobile, lâchant un grognement douloureux. Quelque chose avait changé. Quelque chose n'allait pas. Elle ne sentait plus son corps, ne réussissait même pas à bouger la tête. Elle avait l'impression d'être une carcasse vide. Mue par cette inquiétude, elle ouvrit définitivement les yeux, encore embués de fatigue, mais ne parvint pas à distinguer quoi que ce soit dans l'obscurité ambiante.
« Lumos », murmura une voix à sa gauche.
Une petite sphère de cristaux translucides s'illumina en projetant une lumière blanche, diffuse et fragmentée, dont le halo ne dépassait pas les pourtours du lit de Hestia. Tenant la sphère d'une main tremblante, Flora adressa un sourire tendre à sa sœur.
« Hey, bonjour, toi », murmura-t-elle d'un ton faussement joyeux alors que son sourire se fanait.
« Hey », lui répondit Hestia d'une voix rendue rauque par le mutisme.
Un silence étrange retomba sur la pièce alors que Flora tentait tant bien que mal de reprendre contenance. Ses yeux bleus brillèrent, noyés par des rivières prêtes à déborder. De ses ongles sales, elle tritura nerveusement le cristal, battit des paupières en chassant quelques larmes qui s'en allèrent dévaler le reste de son visage.
« C'est un cristal de Paris », expliqua-t-elle d'une voix étranglée en levant la petite sphère qu'elle tenait serrée dans sa main. « C'est moins dangereux que les bougies, mais le problème c'est qu'il s'éteint dès qu'on ne le touche plus. On les appelle des petites Vénus, aussi. Parce qu'elle brille comme des étoiles. Je sais pas pourquoi je te raconte tout ça... Tu dois déjà le savoir. De nous deux, ça a toujours été toi, l'intelligente. »
Elle baissa de nouveau le visage pour focaliser son attention sur la petite Vénus emprisonnée entre ses doigts crispés.
« Flora... », tenta Hestia.
« J'ai eu une autorisation spéciale pour rester cette nuit. Tu sais, comme... comme il ne reste plus que nous deux, ils m'ont laissée rester. Ils m'ont dit que tu te réveillerais sûrement cette nuit, et voilà... »
« Flora, s'il te plaît... »
« Et tu sais, ce livre sur les aventures de Laïka à Durmstrang, celui que tu aimais tant ? Tu l'avais pas oublié en vacances à Prague. C'est moi. C'est moi qui l'ai donné à manger à Sloughi, parce que tu m'avais dit que j'étais tellement bête que j'étais incapable de lire un livre sans images. Tu m'avais tellement énervée, j'étais tellement en colère que je l'ai refilé au chien. Et tu étais tellement triste après... tellement triste... Je m'en voulais... mais j'ai jamais osé te le dire. J'avais peur que tu ne me parles plus jamais... »
« Flora... »
« Je t'aime, Hestia. Pardon pour toutes les choses que j'ai faites... et toutes celles que j'aurais dû faire. »
Ses lèvres se pincèrent brusquement mais elle échoua à retenir ses larmes qui dégringolèrent en pagaille sur son visage.
« Qu'est-ce qu'il se passe, Flora ? Je ne sens plus mon corps. Je peux plus bouger. »
« C'est les sédatifs. L'effet se dissipera bientôt. »
« Flora. Quelque chose ne va pas... Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Flora prit une profonde inspiration, hachée par les tremblements de sa bouche, et posa le cristal de Paris sur la table de nuit. Le noir se fit aussitôt. Hestia entendit Flora se relever, et sentit son parfum juste au dessus d'elle. De ses doigts fins, elle encadra le visage de sa sœur et le tourna vers la droite. D'une main délicate, elle caressa le front de Hestia, puis ses cheveux emmêlés. Pendant de longues secondes, elle resta là, debout dans le noir, la main effleurant les cheveux de sa sœur avec une indicible douceur. Enfin, elle se rassit et au moment où ses doigts effleurèrent le cristal, la lumière morcelée inonda de nouveau le lit. Les yeux d'Hestia mirent quelques secondes à s'habituer à la soudaine clarté, et enfin, elle lâcha un hurlement qui retentit, longtemps, longtemps, longtemps dans les oreilles de sa sœur. Son bras. Son bras, entouré de bandages blancs. Son bras, mutilé. Incomplet. Découpé. Amputé au niveau de la section de son coude.
Elle ne réalisa même pas que sa sœur l'entourait de ses bras, la berçait, embrassait son front couvert de sueur. Ses yeux débordèrent de larmes furieuses qui cascadèrent sur ses joues pâles et vinrent détremper les draps alors qu'elle s'épuisait en murmures incompréhensibles. Non, non, non. C'est impossible. Non, Flora, je t'en supplie. Non, non..., répétait-elle en boucle, emportée par une transe fiévreuse qui la faisait perdre connaissance par intermittence et emportait ses dernières pensées cohérentes. Au bout de longues minutes qui s'amassèrent pour devenir des heures, les larmes de la jumelle Carrow se tarirent, et elle dévisagea sa sœur de ses yeux gonflés et injectés de sang.
« Qu'est-ce que je vais devenir ? », demanda-t-elle dans un filet de voix à peine audible. « Qu'est-ce que je vais faire... qu'est-ce que je vais faire... je suis... je suis un monstre... »
« Ne dis pas ça... »
« Flora, regarde-moi... Regarde-moi... »
Leurs yeux se rencontrèrent, et à travers ses larmes, Flora lui offrit un sourire piteux.
« Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse, Hestia... Tu as fait ce que j'aurais dû faire au moment où Pansy a voulu te forcer à faire ce Serment Inviolable. J'aurais dû l'en empêcher, mais j'avais peur... J'avais trop peur... Pardon... »
« C'est pas de ta faute. »
Un nouveau silence se profila, tout juste haché par les hoquets douloureux de Hestia. La main toujours enroulée autour du cristal, Flora se pencha vers sa sœur.
« Tu étais amoureuse d'elle, hein ? ». Elles se dévisagèrent en silence. « Daphné. Tu l'aimais ? »
« Oui. »
« Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? »
« C'est pas vraiment le genre de secret qui se partage, dans notre petit monde. »
« Tu es ma sœur. Ma jumelle. Tu es la seule famille qu'il me reste. Tes secrets sont les miens. »
Hestia lui offrit un sourire triste, éclairant un faible instant son visage défait. Son sourire s'effaça presque aussi vite, et son regard se perdit par la fenêtre cadenassée de lourds barreaux noirs. Flora suivit son regard, et demeura silencieuse quelques instants, terrassée de tristesse. Si elle avait le pouvoir de revenir dans le temps pour changer les choses, elle le ferait sans hésiter. Elle se couperait bien les deux bras, si ça pouvait rendre le sien à Hestia.
D'un geste, elle essuya ses yeux bordés de larmes et se pencha de nouveau vers sa sœur.
« On a toujours voulu aller à Paris. Tu te rappelles, quand on suppliait papa et maman de nous y emmener ? Ils y étaient allés, quand ils étaient plus jeunes. Bien avant de nous avoir. Mais ils ont jamais voulu y retourner, ils ne voulaient même pas en parler. J'ai demandé à Alecto, un jour, et elle m'a dit qu'ils avaient eu des problèmes, là-bas. Une altercation avec le Gouvernement Magique français. De toute façon, je crois qu'ils ont jamais aimé les français. Ils ont dit à Alecto que c'était des voleurs, des menteurs et qu'ils étaient incroyablement malpolis. Venant de papa et maman, c'est le comble, non ? »
Hestia lâcha un petit rire étranglé qui sonna affreusement faux. Sa sœur déposa sa main sur son épaule, avec douceur.
« Je me disais qu'on pourrait peut-être y aller, toutes les deux. S'y installer, je veux dire. Le Quartier Magique regorge de cabarets et tu sais, tu sais... j'ai toujours aimé chanter et il paraît... J'ai entendu dire que la bibliothèque de Pernelle Flamel était la plus grande bibliothèque magique du monde. Et je me suis dit que ça te plairait et que peut-être... on pourrait partir y vivre. »
Le regard toujours au loin, Hestia hocha lentement la tête.
« Oui, peut-être... », répondit-elle d'une voix vidée de toute substance.
Lentement, comme quand elle était petite fille, Flora grimpa dans le lit de sa sœur et se blottit contre elle. Elle fit mine de ne pas entendre les sanglots étouffés que sa sœur tentait vainement de cacher. Les heures s'égrenèrent lentement. Et à la nuit noire, succéda un matin gris, qui détrempa la ville d'un crachin amer.
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00h18.
« Tu sais que demain, ils réhabilitent la Serre d'été ? », demanda Hermione, assise en tailleur sur une table poussiéreuse, un imposant volume d'Alchimie sur une jambe, un parchemin griffonné sur l'autre.
Drago, assis à même le sol, adossé contre le mur de la Serre, releva les yeux de son livre d'Histoire de la Magie en fronçant les sourcils. Il tira une longue bouffée de cigarette avant de demander.
« Comment ça ? »
« Demain... », expliqua Hermione, le regard toujours vissé à son parchemin. « ... ils réintègrent la Serre. On ne pourra plus y aller. »
« Déjà ? »
« Mmh-mmh », acquiesça-t-elle distraitement.
Il laissa s'échapper une volute de fumée, l'air songeur.
« Tu es sûre ? »
« Mmh-mmh », répéta-t-elle.
Il posa délicatement le livre sur le sol, se releva et la rejoignit d'un pas félin.
« Et comment je vais faire, moi, sans mes cours particuliers de Botanique ? »
« Je suis sûre que si tu es très, très, très gentil... », commença-t-elle alors que le sourire du Serpentard s'étirait lubriquement. « ... Madame Chourave sera ravie de te dispenser quelques cours supplémentaires. »
Il tordit la bouche dans un rictus écœuré avant de s'asseoir à côté d'elle.
« J'ai une autre proposition... », répondit-il d'une voix traînante. « ... et si... », il l'embrassa sur la tempe. « ... tu me faisais un petit bilan... ». Un baiser sur la bouche. « ... de tout ce qu'on a appris en Botanique jusque là ? ». Il l'embrassa au creux du cou avant de se fendre d'un sourire mutin, un sourcil rehaussé.
Elle frissonna, hésita un instant, son regard courant de son livre d'Alchimie au sourire désarmant du Serpentard. Finalement, elle prit une décision, et ferma son livre dans un claquement sec.
« Il me semble que c'est une très bonne idée. »
Elle enroula ses deux bras autour du cou de Drago, passa ses deux jambes autour de sa taille alors qu'il la soulevait en l'embrassant. Elle bascula la tête en arrière en riant alors que de ses lèvres, il suivait la ligne de son cou, pour finalement déposer un baiser aérien sur son épaule. Il passa sa main dans son dos, et la serra contre lui, en déposant un nouveau baiser sur ses lèvres. Au moment où il s'apprêtait à la faire chavirer sur l'établi, un bruit sec les interrompit, les faisant sursauter. Hermione glissa lentement pour se retrouver en position debout, serrée contre Malefoy, silencieuse. Ils s'échangèrent un regard interrogateur. Quelques seconde de silence. Puis, de nouveau, un bruit sec, comme si on avait jeté un caillou contre les vitres. Drago s'avança lentement. Un nouveau claquement. D'un geste méfiant, il ouvrit la porte de la Serre. Un hibou s'engouffra aussitôt, en hululant furieusement, et jeta une lettre aux pieds du Serpentard, avant de s'échapper aussitôt. Sous le regard d'Hermione, il saisit l'enveloppe et analysa le sceau. Une balance d'or. Il décacheta l'enveloppe et parcourut des yeux la lettre avant de relever le visage vers la Gryffondor.
« Qu'est-ce que c'est ? », demanda-t-elle, inquiète.
« Une lettre du Magenmagot », expliqua-t-il lentement. « Je suis convoqué au procès des Rosier. Demain. » Il consulta sa montre. « Non. Dans seize heures. »
« Pourquoi ? », s'alarma-t-elle.
« J'ai ma petite idée... », articula-t-il, d'une voix blanche. « ... mais si c'est le cas, il y a peu de chances que je remette les pieds à Poudlard. »
Ahoy.
Bon, encore une fois, j'ai mis un mois à poster le nouveau chapitre, sorry. Pour me faire pardonner, je peux vous dire que le prochain chapitre commencera par un flashback, et il répondra à un bon nombre de questions. D'ailleurs, je pense qu'au vu des noms des deux chapitres précédents, vous pouvez facilement deviner le nom du prochain, et ça en dit long sur le contenu du chapitre en question, hinhinhin.
Ah, encore une fois, c'est un chapitre avec plein de passages différents. En fait, je crois que c'est la seule façon de pouvoir parler de tous les personnages en même temps ( . Il y'a bien trop de personnages dans cette histoire !). J'espère qu'il vous a plu ! Grâce à ce chapitre, on finit l'histoire des sœurs Carrow, et je ne pense pas qu'on les reverra.
Sinon, merci pour vos gentilles reviews et vos encouragements pour mon déménagement. Je suis bien arrivée en Irlande du Nord où j'ai du faire le deuil de mon été. Au menu, vent et pluie tous les jours. Du rêve.
AU FAIT ! TROIS-CENTS REVIEWS ! Merci, merci, merci, merci, merci, merci ! Vous êtes des amours. Et un merci tout spécial à ma chère Lola, qui a mis la 300ème et la 301ème review, c'est ce qu'on appelle du love, du vrai. Encore une fois, je vous remercie tous, tous, tous. Chaque petit mot me fait extrêmement plaisir, donc surtout, n'hésitez jamais à m'en laisser un !
Ah, et au passage, certains d'entre vous ont lu "Harry Potter et l'enfant maudit" ? Qu'est-ce que vous en pensez ? (Oui, oui, je profite de ma note de chapitre pour faire un petit sondage, tout va bien...)
Voilà voilà, mil besos, et on se revoit très vite, au prochain chapitre !
Virginie : Hello !
Déjà, merci pour touuuuutes tes reviews, que j'ai adoré lire. Et c'est avec plaisir que je te procure un peu de lecture avant tes quatre semaines sans Internet !
Aaah. Je sais, ça m'a fait mal, d'écrire leur dispute, mais j'avais pas le choix, même si, crois-moi, j'ai souffert intérieurement.
Fangirl un jou, fangirl toujours. T'inquiète, tu ne peux pas parler à plus fangirl que moi, donc je ne peux que te comprendre et approuver à 100%. (Hmm, enfin, après le passage de Calypso).
Oups, je sais pas si tu as aimé le passage sur Ron dans ce chapitre-là, du coup, même s'il est un peu dans la lignée du reste. Mais tu as totalement raison, dans cette histoire, l'évolution de Ron est vraiment centrée autour du deuil, et sa difficulté à accepter que les autres puissent vivre leur deuil autrement...
Merci à toi pour la review et a très bientôt !
Rine : Bon la trêve de douceur au milieu de la violence des sentiments n'aura pas duré longtemps, mais je suis contente que tu l'aies apprécié, héhé. Ouiiii, il était temps, j'avais hâte d'écrire leurs retrouvailles ! Et j'ai adoré écrire chaque petit passage de leur histoire dans ce chapitre-là.
Merci pour ta review ! A bientôt !
