24 Avril.

« Drago,

Je suis bien arrivée à Londres.
Je m'inquiète déjà. J'espère que tu vas bien.
Je pense à toi. Tout le temps.

Je t'aime,

Hermione. »

~o~

24 Avril.

« Hermione,

Je suis au Manoir. Je n'ai pas encore pu voir ma mère.
J'aimerais que tu sois là.

Drago. »

~o~

« Tu veux que je vienne te voir ?

Hermione. »

~o~

25 Avril.

« Tu sais bien que ce n'est pas possible. Aujourd'hui plus que jamais.

Ça ne fait rien, merci. Profite bien de tes parents, s'il te plaît.

Drago. »

~o~

« Oui, je sais. Mais je transplanerai à la minute où tu me le demanderas.

Ne t'en fais pas pour moi.

N'oublie pas que je t'aime,

Hermione. »

~o~

27 Avril.

« Petit génie,

Je risque pas de l'oublier.
C'est étrange comme tout change en quelques mois. Ce qu'on y gagne, ce qu'on y perd.
Je sais pas vraiment ce que je raconte. Je crois que je perds un peu pied.
Il se passe quelque chose.

Drago. »

~o~

« Petit serpent,

C'est indécent, je sais, mais je suis contente que tu fasses partie de ma vie.
Il se passe quelque chose ? Comment ça ?

Hermione. »

~o~

« Je ne sais pas. J'ai le pressentiment que rien ne sera plus jamais comme avant.

Je t'aime, petit génie.

Drago. »

~o~

« Tu m'inquiètes, Drago. Est-ce que tu veux que je vienne ?
Je pense à toi. Et même, je ne fais que ça.

Hermione. »

~o~

29 Avril.

« Drago,

Est-ce que tout va bien ?

Hermione. »

~o~

30 Avril.

« Je sais que tu me dis toujours que je m'inquiète trop, mais là, je suis effrayée.
Envoie-moi un signe, une lettre vide, n'importe quoi. Tant que je sais que tu es toujours là, quelque part.

Hermione. »

~o~

2 Mai.

« C'est la rentrée, demain. J'ai hâte et j'ai peur en même temps.
Ton dernier message me donne le vertige. J'en fais des cauchemars.

J'espère que tu vas bien. Vraiment, il n'y a que ça qui compte.

Hermione. »

~o~

10 Mai.

« Ça fait une semaine que les cours ont repris.
Je t'ai mis nos leçons communes de côté. C'est pas comme si t'en avais vraiment quelque chose à faire de l'Astronomie et de la Défense contre les Forces du Mal, mais au cas où. Tout est là.
Le château est vide sans toi. Et moi, j'ai l'impression d'être dans un mauvais rêve.

S'il te plaît, réponds-moi.

Hermione. »

~o~

12 Mai.

« Faucett a repris ton poste de Préfet-en-chef. C'est McGonagall qui a ordonné ça. Sans explication. C'est pas faute de l'avoir serinée pour obtenir une justification valable. Tu me connais.
Jane travaille dix fois plus que toi, et elle s'attèle à lire les doléances des élèves toutes les semaines. Et même à trouver des solutions.
Ça n'empêche, je préférais quand c'était toi. Je crois que je me suis habituée à faire le travail pour deux.

Tu me manques, tu sais ?

Hermione. »

~o~

14 Mai.

« Ils ont réuni tes affaires, dans le dortoir. Personne ne me dit rien, ça me rend folle.
Où est-ce que tu es ? Est-ce que tu vas bien ? Je ne pense plus qu'à ça.
Je me ronge les sangs, en t'attendant.

H. »

~o~

17 Mai.

« Drago,

J'ai peur.

H. »

~o~

19 Mai.

« Drago,

Une dernière lettre. Pour te dire que je t'aime.
Que je t'attends, et que je t'attendrai toujours. Quoi qu'il arrive.
Rien ne changera ça.

Hermione. »

~~~~o~~~~

24 Avril.

Au moment où Drago passa l'immense portail qui menait au domaine, le soleil était en train de se coucher. Les ombres étendaient déjà leur griffes glacées sur le jardin. Se tenant droit devant les grilles en fer, il regarda le Manoir, le cœur serré. Comme le paysage semblait morose, soudain. Au pied de la falaise, les vagues psalmodiaient une mélodie en demi-ton, leur écume mousseuse fleurissant le bord des récifs. Dans le jardin, les fleurs courbaient une tête dénuée de pétales, les arbres étendaient leur bras noueux, et contre le ciel pâle, la maison se détachait en contours acérés.

Son père lui avait dit un jour, dans un instant de relâchement aidé par quelques verres de Whisky-Pur-Feu : Sans Narcissa, cette maison s'écroulerait jusqu'à la dernière pierre.

Encore trop petit pour saisir ce qui se cachait derrière cet étrange avertissement, Drago n'y avait pas prêté attention. Maintenant qu'il contemplait le paysage de ce qui avait un jour été son terrain de jeu, il comprenait tout le sens de ce présage ; le Manoir n'était plus, le décor de leur vie décrépissait sous ses yeux. En effroyable ironie du sort, un parterre de Narcisses noirs dévoraient les flancs de la maison en ombres nébuleuses. Il flottait dans l'air un parfum de désolation, d'intime chagrin, comme si des milliers de petits nuages orageux s'étaient suspendus aux gouttières du Manoir pour y déverser toute leur grisaille.

Un moment, Drago erra entre les ronces grimpantes qui s'étiraient vers lui comme des bras décharnés, et les fleurs endeuillées qui fanaient sur son passage. Enfin, il poussa la porte de la maison et lâcha sa lourde valise dans un bruit sourd qui se répercuta contre les pierres froides de l'entrée. Les lumières étaient éteintes, les couloirs déserts. Seul le bruit du vent contre les fenêtres venait briser le silence de son étrange bourdonnement. Entre les branches du rosier qui assaillaient les vitres de la maison, le soleil projetait une ombre dentelée.

Il monta l'escalier lentement, conscient de chacun de ses pas qui résonnait en échos caverneux, aussitôt engloutis par le silence austère du manoir. Quelque chose était différent. Même ici, même loin des herbes fantomatiques qui avaient pris possession du jardin, même sans les lamentations des ressacs contres les écueils tout en pics et en crocs.

Un long frisson le parcourut lorsqu'il se retrouva devant la porte de la chambre de ses parents, et il hésita un instant. C'était idiot ; l'héritage de toute une enfance passée à considérer la chambre des parents comme l'ultime bataillon inexplorable d'un enfant bien éduqué. Oui, c'était idiot. Son enfance était bien loin maintenant, drapeau piqué dans un port qu'il avait depuis longtemps perdu de vue.

Il poussa la porte dans un grincement. Il faisait noir, seule une maigre lueur perçait par les volets fermés, laissant à peine distinguer les contours du vieux lit à baldaquins dans le fond de la chambre. Un filet de lumière pâle s'épuisait contre l'obscurité, parvenait tout juste entre les voilage des ciels de lit, pour effleurer les cheveux blonds, presque blancs, de sa mère, et la couverture qui bordait le lit de dentelles délicates. Il voulut s'approcher mais la porte lui claqua brusquement au nez.

« Ne va pas la voir. »

Les yeux de Drago remontèrent lentement de la main qui enserrait la poignée au visage tendu de son père. Il fronça les sourcils, les haussa finalement, surpris de trouver son père ici. Il s'était attendu à ce qu'il soit à Azkaban, ou dans d'obscures cellules au fin fond de Londres. Mais il se tenait là, les yeux lourds de chagrin, et portait au visage, le teint cireux des condamnés à mort.

« S'il te plaît », souffla Lucius en lâchant la poignée. « Tu ne veux pas voir ça. »

Drago ouvrit la bouche, la referma. Il ne savait plus tout à fait quoi dire et encore moins quoi ressentir. Des ébauches d'émotions se matérialisaient, s'amoncelaient, s'éclipsaient les unes les autres, et, perdu dans tout ce capharnaüm de sentiments, il se contenta de dévisager son père en silence, cherchant une réponse, n'importe quoi, quelque chose pour apaiser l'effrayante meurtrissure qu'il sentait grandir en lui.

« Viens », murmura Lucius en enroulant son bras autour des épaules de son fils.

Ce contact - d'une tendresse dont il n'aurait pas cru son père capable - ne manqua pas de le surprendre, et il se laissa conduire jusqu'au bureau, un peu hébété, avant de s'affaler sur l'unique fauteuil de la pièce. Sans rien dire, Lucius se dirigea vers une armoire vitrée, coincée entre deux bibliothèques, pour en tirer une bouteille de Whisky-Pur-Feu. Avec un pincement au cœur, Drago s'efforça d'ignorer les trois bouteilles vides, couchées de tout leur long sur la dernière étagère, dardant leurs goulots ronds sur lui comme de grands yeux accusateurs. D'un geste machinal, son père fit sauter le bouchon et remplit deux verres avant d'en tendre un à son fils, qui l'accepta sans un mot. Le silence s'étira encore, et il se sentit soudain mal à l'aise, comme si une pellicule d'angoisse pleuvait du plafond pour l'embourber tout à fait.

« Qu'est-ce que tu fais là ? », lâcha soudain Drago pour dissiper le silence.

« J'ai été libéré », éluda vaguement son père avec un geste de la main.

Un nouveau silence, et les mots sortirent d'eux-mêmes, emmêlés, douloureux :

« Comment... Maman, comment elle va ? »

Son père tourna lentement la tête pour fixer ses prunelles polaires sur son fils. A la lumière du bureau, Drago remarqua les cernes noires qui soulignaient ses yeux, sa blancheur spectrale, ses mains tremblantes. Ses doigts se serrèrent autour de son verre Whisky, et Lucius cracha :

« Ne l'appelle pas comme ça. Ce n'est plus elle. Ce n'est plus Narcissa. Narcissa est morte. »

Les mots explosèrent au visage de Drago. S'il ne sentait pas le sol sous ses pieds, et la accoudoirs entre ses doigts crispés, il aurait pu jurer qu'il venait de partir à la renverse, de s'enfoncer au sol, de s'arracher de lui même pour rouler sur le sol.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », articula d'une voix rauque qui fit gronder sa gorge.

Son père le dévisagea un instant sans rien dire. Une lueur étrange dansait dans ses yeux.

« Les Médicomages disent que c'est une tentative de suicide », répondit-il d'une voix sépulcrale. « Mais c'est faux. Je sais que c'est faux. Elle a été empoisonnée. Empoisonnée. Ta mère a été empoisonnée. »

Empoisonnée. Il répétait ce mot avec une espèce de jouissance malsaine qui fit frissonner Drago. Lucius posa son verre dans une éruption de gouttelettes ambrées s'avancer vers son fils d'un pas chancelant avant d'agripper son bras entre ses doigts pâles, serrant si fort qu'il sentit sa peau le brûler douloureusement.

« Elle a été empoisonnée », articula-t-il, les yeux si grands ouverts que les flammes des bougies s'y mouvaient dans une valse inquiétante. Et soudain Drago comprit ce qui animait le regard fiévreux de son père. De la folie, vive, inflammable. De la folie, comme deux flaques d'essence, qui ne demandait qu'une étincelle.

« Je... j'ai compris. »

Leurs yeux s'accrochèrent un instant, en silence, et Drago sentit le muscle de son bras s'engourdir.

« Tu me fais mal », lâcha-t-il dans un murmure.

« Pardon... pardon, je ne voulais pas. »

Lucius le lâcha précipitamment et recula de quelques pas. Sa main saisit la bouteille d'alcool d'un geste tremblant, en remplit son verre qu'il descendit d'une traite. Un nouveau silence, lourd, palpable, s'abattit sur la pièce. Tout était là, dans la pièce, rien n'avait bougé. L'antique secrétaire en bois ciré, les armoires croulant de bibelots, le tapis persan coincé sous les pieds du gramophone, les fenêtres surplombant le lac, le fauteuil de velours rouge aux accoudoirs légèrement élimés. Tout était là mais rien n'était pareil. Et une fêlure béante ouvrait Drago des pieds à la tête, comme si une main invisible était venue tout arracher à l'intérieur de lui, de son cœur à ses tripes, pour les balancer dans le lac noir qui scintillait par les fenêtres ouvertes. Il se sentait vide, cruellement vide, une violente sensation de nausée en prime. Le Whisky-Pur-Feu descendit de ses lèvres à son estomac en laissant une traînée de feu derrière lui, l'étourdissant dans un nuage de brume.

« Il faut... Il faut que j'aille dormir », balbutia-t-il.

Si son père lui répondit, ce fut étouffé dans le brouillard qui engourdissait son esprit. Il quitta la pièce, titubant, plus tout à fait capable de déterminer les limites de son ivresse. Ses yeux longèrent les glaïeuls bleus et blancs qui fardaient la tapisserie jusqu'aux confins du couloir, jusqu'à la chambre de sa mère, pesant sur le mur comme une longue couronne mortuaire. Il s'avança d'un pas décidé, se planta devant la porte de la chambre de Narcissa. A travers la paroi de la porte, il perçut une respiration haletante, rauque, et un autre bruit, comme un grattement, indistinct, étouffé. Le feu lui monta aux joues, sa respiration s'accéléra, son cœur partit dans une course folle et il dut s'appuyer contre le mur, battant lentement des paupières pour chasser les taches lumineuses qui roulaient sur ses rétines.

Je vais mourir, pensa-t-il soudain, effrayé. Je vais mourir, là, devant la chambre de ma mère. Je vais mourir comme un lâche. Sans l'avoir vue.

Sans réfléchir, il fit demi-tour et courut s'enfermer dans sa chambre. Allongé de tout son long sur son lit, il se trouva pathétique. Faible. Il en voulut au monde entier pour tenter d'oublier qu'il s'en voulait à lui. Un toc toc mit fin à ses pensées noires.

Il ouvrit la fenêtre, et une lettre fila par l'interstice.

« Drago,

Je suis bien arrivée à Londres.
Je m'inquiète déjà. J'espère que tu vas bien.
Je pense à toi. Tout le temps.

Je t'aime,

Hermione. »

Quelque chose de fort, de brutalement tendre, d'inexplicable, se lova en lui, apaisant un instant la peine et la douleur. Et il se dit : tant qu'elle est là, tant qu'elle est là, tout ira bien.

Il attrapa un parchemin et une plume.

« Hermione,

Je suis arrivé au Manoir. Je n'ai pas encore pu voir ma mère. »

Il hésita un instant, avant de rajouter :

« J'aimerais que tu sois là.

Drago. »

Une fois que le hibou familial eut décollé par la fenêtre, la missive entre ses serres, Drago se laissa tomber sur son lit. Les heures défilèrent lentement, il tenta de les compter, perdit le fil. Les aiguilles de l'horloge s'emmêlaient, se tordaient dans tous les sens comme des ressorts détraqués. Ses cauchemars chevauchaient ses réveils, et des cris, inhumains, déchiraient la nuit par coup d'éclair. Le front couvert de sueur froide, il émergea d'un sommeil trouble, et se hissa hors du lit, le cœur lesté de plomb.

Tout était blanc, dehors, pas tout à fait réel. Pieds nus, le corps secoués de frissons, il déambula un instant dans le jardin, dériva jusqu'au lac, pâle comme le ciel qui se reflétait dans son disque. Pas une vague. Autour, les rosiers avaient perdu leurs pétales, les ancolies, fanés, et le lierre, sombre, luisant, courait partout comme un monstre fou.

C'est un temps parfait, se dit-il, un temps parfait pour voir le monde s'écrouler.

~~~~o~~~~

25 Avril.

Un plat fumant glissa de l'autre bout de la table jusqu'à lui et il se contenta de refuser d'un hochement de tête, les lèvres serrées.

« Il faut que tu manges », déclara Lucius.

Drago ne répondit pas, fixant d'un regard vide la chandelle vacillante qui occupait le milieu de la grande table et faisait rouler les ombres sur les murs. Les bruits de mastication et le tintement des couverts contre la faïence venaient tout juste troubler le silence. Son père se resservit, éclaboussant les broderies de la nappe, d'une traînée de ragoût.

« Tu sais, les Farley organisent un bal de charité, jeudi prochain. Je me disais que c'était le moment, le moment de réapparaître en société. »

Drago détourna lentement les yeux de la flamme dansante pour jauger son père du regard. Un filet de sauce serpentait de ses lèvres graisseuses à son menton, gouttant sur son costume de soie. Et c'est ce qui frappa le jeune homme, plus encore que l'indécence de ses propos ; cette tâche huileuse qui enflait, enflait, enflait sur la chemise de son père. Le Serpentard se tint silencieux, une boule amère nichée dans la gorge qui, il en était sûr, imploserait s'il prononçait le moindre mot.

Un cri terrifiant déchira le silence - le hurlement brutal et distordu qu'il entendait parfois en fond sonore de ses cauchemars - se répercuta contre les murs du Manoir, fit trembler le lustre de cristal au-dessus de leur tête. Drago bondit de sa chaise, cherchant son père du regard. Celui-ci se contenta de continuer :

« Peut-être... Peut-être que tu pourrais parler à leur fille... comment s'appelle-t-elle, déjà ? Ambre ? Ombeline ? Quelque chose de cet acabit, il me semble... »

Les yeux rivés vers le plafond, les mains tremblantes, Drago vacilla un instant.

« C'est... c'est elle ? C'est maman ? », bredouilla-t-il, le cœur au bord des lèvres.

Lucius se contenta de fixer son fils sans vraiment le voir, le menton couvert de sauce, une tâche béante au niveau de la boutonnière, qui continuait de gagner du terrain, de grandir, centimètre par centimètre, maculant la soie.

« Opale ! C'est ça, Opale ! C'était ton amie, non ? Tu pourrais peut-être lui parler, qu'est-ce que tu en penses ? »

L'envie brusque, primitive, de frapper son père, de le cogner, de le blesser physiquement, grimpa en lui avant d'exploser avec la violence d'une éruption volcanique et il se jeta sur lui, le saisissant par le col, le secouant de toutes ses forces.

« Réveille-toi, bon sang, mais réveille-toi ! », hurla-t-il. « C'est maman, là... c'est maman, tu comprends ? »

Lucius se releva à son tour, les yeux écarquillés de haine, de folie, de colère, et repoussa violemment Drago qui chancela avant de se prendre les pieds dans la chaise et de s'effondrer au sol. De là où il se tenait, son père paraissait aussi gigantesque et impérial qu'une statue de dictateur mais il se voûta soudainement, haletant, et de ses mains, repoussa la table qui se renversa dans un fracas de vaisselle et d'argenterie.

« Ce n'est pas ta mère, Drago ! Je te l'ai dit, Narcissa nous a déjà quitté ! », s'écria-t-il, une veine bleutée pulsant sur son front livide.

Devant le regard tétanisé de son fils, il sembla soudain reprendre ses esprits. D'un coup d'œil ahuri, il observa les dégâts, pas tout à fait sûr de ce qui venait de se produire. Il passa une main tremblante sur son front trempé et quitta la pièce à pas mal assurés. Un instant, Drago fixa la porte que son père venait de passer, pétrifié de peur, et enfin, son regard tomba sur la saucière, chavirée, dont s'échappait un coulis graisseux, qui inondait peu à peu le tapis de la salle à manger.

~~~~o~~~~

26 Avril.

La porte de la serre du Manoir s'ouvrit dans un grincement et Drago s'arrêta sur le pas. Renversée sur la desserte, une bouteille de Whisky se vidait de ses dernières gouttes. Les mauvaises plantes avaient envahi la verrière, leurs herbes folles dévoraient le sol, leurs feuilles rampaient le long des murs vitrés, obstruant la lumière du soleil. Au milieu des Narcisses noirs, la tête entre les mains, son père sanglotait silencieusement, le corps agité de spasmes incontrôlables. Le Serpentard parcourut à pas lents les quelques mètres qui les séparait. Des vapeurs d'alcool suintaient de chacune des respirations saccadées de Lucius. Drago resta debout, à côté de lui, partagé entre l'envie de le réconforter et celle de s'enfuir en courant. Enfin, sans rien dire, il posa une main sur son épaule. Lucius se crispa mais ne fit rien pour se dégager de l'étreinte de son fils.

« J'aurais dû... j'aurais dû rester avec elle... rester avec elle dans le Devon. J'aurais pu empêcher ça. J'aurais dû la protéger... », balbutia-t-il dans un souffle.

« Papa... »

C'était étrange, il ne se souvenait pas l'avoir un jour appelé papa. Mais dans le chaos de ses sentiments, ça lui parut presque naturel. Il se figura, la gorge serrée, qu'il était tout ce qui lui restait. Il se souvint vaguement de ce qu'Orion avait un jour écrit sur la dernière page d'un de ses carnets de voyage : La malédiction Black les avalera tous. Jusqu'au dernier. Arrachera toutes les fleurs de ses maudites branches.

Un frisson glacé lui parcourut l'échine.

« C'est de ma faute », murmura son père. « C'est de ma faute... »

Dans l'étouffante atmosphère de la pièce, le silence s'installa. Mais la main de Drago ne quitta pas l'épaule de son père.

~~~~o~~~~

Un cri foudroya le silence nocturne, un cri lent, sépulcral. Un cri d'outre tombe. Drago se recroquevilla dans son lit, se plaquant les mains sur les oreilles, si fort qu'il n'entendait plus que le bruit de sa propre respiration haletante. Il aurait aimé s'arracher les oreilles, ne plus jamais entendre ce hurlement qui faisait trembler toutes les fondations de son être.

Demain, demain tout ira mieux, se promit-il, en sachant pertinemment que c'était faux.

Mais la nuit s'étirait, l'enserrait de ses griffes, lui susurrait des cauchemars. La nuit qui s'asseyait à son chevet, hantait les dessous de son lit, se glissait par ses fenêtres ouvertes. L'avalait tout entier. La nuit et ses obscurs détours, la nuit zébrée de cris et de peurs. La nuit, la nuit, la nuit. La nuit qui ne s'achevait jamais, revenait toujours.

Et après la nuit, le matin.

Pire encore.

~~~~o~~~~

27 Avril.

Quelque chose n'allait pas. Drago descendit les dernières marches de l'escalier, un malaise grandissant au fond de l'estomac. Quelque chose n'était pas normal. Le tapis taché avait été nettoyé, la nappe, changée. Il ne restait plus rien de l'incident de la veille. Le lustre était toujours là, ses pendeloques tintant comme des clairons de malheur. La collection de vase chinois se dressait fièrement sur la desserte en bronze. Tout était là, intact. Son père était en train de lire le journal, dans un fauteuil au fond de la pièce. Pourtant, quelque chose dérangeait Malefoy, sonnait un drôle de glas au fond de lui.

Ses yeux dérivèrent sur la table et il comprit. Sur la nappe brodée, trois verres à pied avaient été disposé. Il se tourna vers Lucius.

« On attend quelqu'un ? »

« Oui », répondit son père en repliant son journal.

Il se leva, réaligna un des verres de cristal qui étincelaient sous le lustre.

« Oui, on attend quelqu'un », ajouta-t-il pour toute explication, en déposant la main sur l'épaule de son fils. « Ce soir. »

Leur regard se croisèrent un instant, et son père baissa les yeux. Ses doigts se serrèrent sur l'épaule de son fils, et il murmura :

« La famille... la famille c'est tout ce qu'il nous reste. La famille, c'est le plus important. Souviens-t-en. »

Il quitta la salle à manger et Drago sentit, tout au fond de son estomac, un siphon douloureux aspirer le peu de forces qu'il lui restait.

~~~~o~~~~

La famille, c'est le plus important. Les doigts de Drago glissèrent sur le panneau de bois qui le séparait de sa mère. Il pensa à Hermione, en un éclair, et une bouffée de courage le ragaillardit. Pour la première fois depuis qu'il était arrivé au Manoir, il pénétra la chambre de ses parents. La pièce était plongée dans le noir, pas un rai de lumière ne filtrait des rideaux tirés, mais la respiration, lourde et haletante, de sa mère semblait occuper tout l'espace. A tâtons, il trouva une bougie qu'il alluma d'un geste de la baguette. Des ombres lugubres ondoyèrent sur le sol comme de petits serpents d'obscurité. De là où il se tenait, il n'apercevait que les longs cheveux blonds de sa mère, s'éparpillant sur les draps comme un soleil nocturne, et sa nuque, pâle et fragile.

« Maman ? »

Un silence sinistre avala ses mots. Il s'approcha un peu plus pour s'asseoir sur une chaise, au chevet du lit et posa une main tendre sur le bras de sa mère mais la retira aussitôt. Sa peau était glacée. Si son buste ne se soulevait pas au rythme saccadé de sa respiration, il aurait pu croire... il aurait pu croire qu'elle était morte.

« Maman ? »

Narcissa tourna brusquement le visage vers lui, ses pupilles se dilatèrent l'espace d'une demi-seconde avant de reprendre leur taille habituelle. Son corps émit des tressautements, sa bouche écuma d'une salive mousseuse, sa main se mit à gratter frénétiquement son poignet droit. Gratter encore, à en écorcher ses ongles autrefois manucurés, à s'en arracher la peau, à en laisser des traînées pourpre sur les draps. De longs gargarismes rauques s'échappaient de ses lèvres entrouvertes. Drago eut un mouvement de recul, renversa la chaise au passage, pantelant. Le cœur au bord des lèvres, il crut un instant qu'il allait rendre son déjeuner, là, sur les tapis d'alpaga qui couvraient le sol. D'un geste d'une lenteur indicible, Narcissa saisit le bras de Drago de ses doigts grêles, l'attirant vers lui. Son visage tout près du sien, ses yeux écarquillés, elle murmura :

« Je préfère... je préfère mourir... je préfère mourir... »

Il crut devenir fou. Au fond de lui, quelque chose hurla, d'horreur, de chagrin et de désespoir. Il sentit le sol se dérober sous ses pieds et il tomba à genoux, et la figure pâle et déjetée de sa mère s'incrusta sur ses rétines en gros plan.

« Maman... »

Les yeux de sa mère vrillèrent, fixèrent le plafond d'un regard dénué de vie, alors que son étau se desserrait et que son bras retombait contre le lit. Drago s'accrocha à la couverture, le sang battant dans ses tempes, déformant sa vision. Il se sentit perdre pied, il entrevit la terre s'ouvrir, l'ingurgiter tout entier. Il avait l'impression de ne plus être dans son corps, de s'observer de loin, accroché à la dentelle du lit comme à une bouée de sauvetage. Il aurait voulu être fort, se tenir droit, faire des promesses insensées qui réconforterait tout le monde, mais une fièvre violente l'aveuglait et malgré ses efforts, aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres. L'air lui manqua soudain, il se releva, reculant d'une démarche titubante. Il voulait s'éloigner, s'éloigner d'elle, de ce visage monstrueux, des sons qu'elle crachait comme des invocations funèbres.

« Drago ? », appela son père à l'interstice de la porte.

Sa voix le tira de sa torpeur. Il se retourna, machinalement, comme un automate, et se recula, pas à pas, du visage déformé de sa mère. De ce qui avait un jour été sa mère. De ses yeux vides, elle le regarda s'éloigner. Une dernière fois avant que la porte ne se ferme, Drago entendit un murmure : mourir, mourir, mourir. Le regard de Narcissa fixait toujours le plafond, ses paupières ne battant pas, son visage comme sculpté dans la pierre, à l'exception de sa bouche qui s'ouvrait, se fermait, se tordait, laisser échapper des sons gutturaux qui emplissaient la pièce de leurs échos rocailleux. Elle se crispa brutalement, rejetant sa tête en arrière, et un long hurlement, inhumain, venu du fond de sa gorge, disloqua le silence. La main de Lucius se referma sur l'épaule et il le tira en arrière.

« Laisse-la. »

« Il faut faire quelque chose... Maman... »

« Ce n'est plus elle, Drago. »

La porte se referma d'un coup sec, et dans les oreilles de Drago résonnait toujours ce même refrain : Je préfère mourir, je préfère mourir.

~~~~o~~~~

La cigarette roula entre ses doigts, ondula tout autour de ses phalanges. Dans l'autre main, un briquet d'argent s'allumait, s'éteignait, pour s'allumer encore. Clac, clac, clac, un petit halo dans la nuit. Il cala la cigarette entre ses lèvres, approcha la flamme et inspira lentement. Ploc, le bouchon de la bouteille d'Artemisia sauta, et une eau opaline s'enroula au fond du verre. Le liquide étincela un instant sous les yeux de Drago, et il en éteignit les lueurs d'une gorgée. L'alcool monta en vapeurs grisantes qui chatoyaient entre les lents battements de ses paupières, ondoyaient dans la pièce, se cachaient entre les ombres. Il but un autre verre ; le plafond s'enroula sur lui-même, les étoiles se décrochèrent du ciel, tombèrent dans le lac, et la seule lune, dans l'obscurité dévorante, c'était la braise de sa cigarette, qui s'allumait en crépitant. Il se leva, jeta son mégot par la fenêtre et enfila sa veste. Dans un déchirement sec, il transplana.

Il apparut, titubant, frissonnant, dans une petite rue de banlieue paisible dans l'Est de Londres, s'appuya contre un lampadaire pour reprendre son souffle et contenir la nausée naissante au fond de son estomac. Reprenant peu à peu ses esprits, il s'avança jusqu'au numéro trente-deux, hésita un instant, ouvrit finalement le portail et contourna la maison. Il avait vaguement le souvenir qu'Hermione avait un jour dit : Je n'ai jamais vraiment aimé ma chambre, parce que je ne vois pas grand chose depuis les fenêtres. Juste un pommier. C'est pour ça que c'est mon fruit préféré.

Il avisa l'arbre en question et se planta dessous comme un garde en faction en plein milieu du jardin. Assis sur le muret sous les branches bruissantes, Drago s'alluma une nouvelle cigarette. La flamme éclaira un instant son visage, puis l'obscurité happa de nouveau les contours de sa figure. Le menton relevé, il observa la fenêtre de la chambre d'Hermione, plongée dans le noir. Elle devait être là, quelque part, dans cette maison. A rire, à parler ou à lire. A raconter des faits historiques dont tout le monde se moque. A froncer les sourcils, les mains plantées sur les hanches. La lumière de la chambre s'alluma brusquement, et l'espace d'une seconde, une ombre découpa le cadre de la fenêtre, il reconnut sa tornade de boucles. Une terrible fêlure le déchira d'un bout à l'autre, et il se fit violence pour ne pas aller directement la rejoindre dans sa chambre, la prendre dans ses bras, s'endormir contre elle. Il écrasa sa cigarette au sol et transplana à l'instant où les fenêtres s'ouvraient et qu'Hermione s'appuyait sur le rebord en bois, jetant un coup d'œil inquiet au jardin désormais désert.

~~~~o~~~~

« Drago. Habille-toi. C'est l'heure. »

Allongé sur le lit, le jeune homme releva brusquement la tête, avisa l'horloge ; deux heures du matin.

« L'heure de quoi ? », demanda-t-il d'une voix blanche.

« Habille-toi. »

Machinalement, Drago se releva, passa une chemise, un jean noir, jeta un bref regard au miroir. En face de lui, un jeune homme blond, la peau pâle, les yeux fatigués, le contemplait d'un regard morne. Il ne prit pas la peine de coiffer ses cheveux ébouriffés et descendit l'escalier. Les marches de bois grinçaient sous ses pas. Son père l'attendait en bas, affairé à remplir trois coupes d'un vin carmin. Le lustre avait été allumé de centaines de bougies qui se balançaient au-dessus de leurs têtes.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? », demanda Drago, la main crispée sur la rampe.

Son père s'immobilisa un instant, sans pour autant relever la tête. Il posa lentement la bouteille sur la table, passa une main dans les restes de sa barbe mal rasée, et se tourna enfin vers son fils.

« Drago... », murmura-t-il. « C'est le moment... »

Instinctivement, le blond recula d'un pas, les yeux plissés. Il n'aimait pas l'intonation résignée dans la voix de son père, presque suppliante. L'arrogance inhérente aux Malefoy avait déserté ses gestes désormais mal assurés, et son regard traînait au sol, fuyant.

« Qu'est-ce que tu racontes ? C'est le moment de quoi ? »

« Parfois, il faut faire des sacrifices, parfois on n'a pas le choix... »

Un pop discret retentit derrière les fenêtres et on frappa contre le battant de bois. Le regard de Drago passa lentement de l'expression contrite de son père à la porte d'entrée.

« Qu'est-ce que tu as fait ? », siffla-t-il entre ses dents.

Lucius ne répondit pas, les yeux rivés vers le sol, et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit dans un grincement. La carrure de son père lui masqua un instant l'invitée. De brèves salutations et une femme en robe longue, le visage dissimulé derrière un chapeau à voilette entra dans la pièce. Elle défit son long manteau noir, le déposa sur le dossier d'une chaise. Des effluves de jasmin envahirent aussitôt la pièce, écœurant Drago de leur moiteur sucrée.

« Lucius », salua-t-elle en inclinant légèrement la tête.

Drago se crispa ostensiblement alors qu'elle se tournait vers lui.

« Drago. »

« Daphné », répondit-il dans un murmure. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Une petite visite de courtoisie. »

A travers la dentelle mouchetée de sa voilette, il n'apercevait que ses yeux, perçants, accrochés à lui avec une assurance nouvelle, et il sentit son estomac se nouer. Il connaissait ce regard, il le connaissait trop bien. C'était celui qu'elle arborait dans ses pires jours. Lucius servit un verre de vin qu'il tendit à la blonde avant d'en proposer un à son fils. Malefoy le regarda, interdit.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »

« Je vois que vous ne lui avez pas fait part de la bonne nouvelle, Lucius. Tant mieux, je préfère avoir la primeur de l'annonce. »

Lucius cilla, sembla hésiter un instant, et après lui avoir jeté un regard indéchiffrable, il fourra un verre de vin dans les mains de Drago qui était de toute façon bien trop occupé à essayer de comprendre ce qui se passait pour refuser. D'un coup de baguette, Lucius alluma un feu ronronnant dans la cheminée, qui défit l'obscurité de ses flammes dansantes.

« C'est le moment, Lucius. »

« Le moment ? Le moment de quoi ? », rugit Drago en serrant si fort son verre qu'une zébrure en morcela le cristal.

Ignorant superbement son accès de rage, Daphné tira une chaise pour s'y installer, la posture droite, avant d'avaler une gorgée d'alcool. Elle prit le temps de déposer son verre sur la table, en silence, et croisa ses mains toujours gantées sur ses genoux.

« Ton père et moi, nous avons passé un petit accord, Drago. C'est juste une formalité. »

Lucius gardait le visage baissé, subitement obnubilé par le contenu de sa coupe. Ça ne lui ressemblait pas, cette attitude. Non que la lâcheté et la fuite ne lui soient pas coutumières, mais ces émanations de remords qui affluaient de chacun de ses regards, cette étrange déférence à l'égard de Daphné, c'était une première. Drago se détourna de lui, comprenant bien qu'il ne lui serait pas d'une grande aide, et se focalisa de nouveau sur la blonde. Il ne discernait pas son visage, derrière la dentelle de son chapeau, mais il devinait son sourire satisfait, le sourire cruel de ses grands jours de folie.

C'est le moment, songea-t-il, c'est le moment d'être courageux. C'est le moment de sauver ce qu'il me reste.

Il but lentement une gorgée de vin, sentit l'alcool lui insuffler l'assurance qui lui manquait. Il tira un paquet de cigarettes de sa poche, en fit sortir une d'un geste sec, et l'alluma avec une tranquillité feinte. Il jeta un regard de biais à la blonde, chargé de tout le mépris dont il était capable.

Je te connais bien trop, Daphné. Trop pour ne pas pouvoir encaisser tes plans tordus.

« Je t'écoute. »

Si elle fut déstabilisée par son soudain regain de confiance, elle n'en laissa rien paraître.

« C'est simple... », expliqua-t-elle en penchant la tête. « ... je veux qu'on se marie. »

Il la regarda, espérant vainement la voir rire aux éclats, lui avouer que ce n'était rien d'autre qu'une mauvaise blague, mais comme elle demeurait silencieuse, il se contenta d'un brusque : « Pardon ? »

« Tu as très bien entendu. Tu vas m'épouser, Drago. Comme tu l'as promis. Tu vas m'épouser et je deviendrai Daphné Malefoy. »

Il la regarda, par dessus la braise rougeoyante de sa cigarette, et haussa un sourcil avec mépris.

« T'es devenue complètement folle, ma pauvre fille. »

Elle éclata d'un rire glacial.

« La rumeur court que tu as entretenus des rapports... comment dire sans tomber dans l'obscène ? », fit-elle mine de réfléchir. « Dans un soucis de décence, appelons ça, des rapports inappropriés avec Granger. Je t'offre une occasion de te racheter, d'étouffer les rumeurs qui salissent ton nom une bonne fois pour toute. »

Lentement, le regard de Drago passa du visage de Daphné à celui de son père, tendu. Sa bouche se pinça, ses sourcils se froncèrent imperceptiblement. Il savait bien qu'un jour où l'autre, le sujet Granger arriverait sur la table, mais il pensait encore pouvoir gagner un peu de temps. Il ne s'était jamais attendu, au fond, à un accueil en fanfare, mais voir un éclair de pur dégoût traverser les yeux de son père, ça avait quelque chose de douloureux. Il dévisagea de nouveau Daphné.

« Ce ne sont pas des rumeurs. Et je n'ai pas l'intention de les remettre en question. »

« C'est pas joli, d'aller tacher ton sang, comme ça. Tu es le seul héritier d'une longue lignée de Sang-Pur, le dernier à pouvoir respecter l'éternelle rengaine des Black. Toujours pur, Drago. Toujours pur, jusqu'au dernier. »

« Ça te va bien de dire ça, à toi. Avec ta mère sur le point de se remarier avec un Né-Moldu. Faut croire qu'on est tous les deux sur le point de ternir notre beau pedigree. »

A sa grande surprise, elle éluda la réflexion d'un geste de la main, se redressant un peu sur la chaise.

« Je n'ai plus aucun lien avec Danaé. Je suis une nouvelle branche de la lignée Greengrass. Au diable, les fleurs fanées, adieu les branches mortes, intact, le pedigree. Je suis la noble héritière Greengrass. »

Il la dévisagea longuement, envisageant pour le première fois l'étendue de sa folie. C'est ce qui se cachait, déjà, derrière ses sourires crispés, à l'époque ? C'est ce qui dormait dans chacun de ses sous-entendus, dans le moindre de ses regards appuyés ? Il se demanda, un instant, si la petite fille qu'il avait un jour accompagné dans la forêt avait réellement existé, s'il ne l'avait pas tout simplement inventée de toutes pièces pour occuper la monotonie de son enfance. Qu'elle ait existé ou non, la Daphné dont il avait un jour été amoureux était morte, enterrée en robe blanche, dans un recoin boueux de la forêt des Greengrass.

« Tu as un problème. Un vrai problème. Tu es complètement malade, Daphné. »

« Je compte sur toi pour prendre soin de moi, dans ce cas. Pour me soigner comme il faut. »

Drago jeta sa cigarette dans les flammes qui l'engloutirent dans un crépitement, et s'avança vers la blonde. Il se planta devant elle, droit, la dévisageant de toute sa hauteur.

« Je ne t'épouserai jamais, Daphné. Jamais. Je préférerais crever. Rentre-toi bien ça dans le crâne. »

A son tour, elle se dressa devant lui, et avec une lenteur mesurée, retira sa voilette, dévoilant son visage à la lumière des chandelles. Drago ne put s'empêcher de reculer. La figure pâle de la jeune fille était marbrée de rainures violacées, morcelant son visage en milliers de petits îlots blancs. Comme une poupée de porcelaine qu'on aurait laissé tomber au sol ; visage éclaté, recollé morceau par morceau. Au milieu des striures, ne demeuraient que ses yeux verts qui soutenaient férocement son regard.

« Mais je ne te laisse pas le choix, Drago. Il n'a jamais été question de ce que tu préférais, mais de ce que moi, je voulais. »

Le Serpentard posa brusquement son verre sur la table, éclaboussant au passage la nappe.

« Je me casse. »

Il s'apprêtait à remonter les marches, mais la voix de son père l'arrêta.

« Elle a raison, Drago. Tu n'as pas le choix. »

Lentement, le jeune homme pivota sur lui-même, pour asséner un regard assassin à son père. C'est à cet instant qu'il comprit, avant même que son père ne relève sa manche, dévoilant une ligne marquée au fer rouge autour de son poignet. La cicatrice d'un Serment Inviolable.

« J'ai promis », ajouta-t-il d'une voix éteinte.

Le sourire de Daphné s'étira, dément, rongé par un plaisir malade.

« Il se trouve que mon père avait pas mal d'amis, au Magenmagot », expliqua-t-elle avec un geste élégant de la main. « Tiberius Ogden, le nouveau président du Conseil, entre autres. Un de ces hommes faciles à convaincre, quand on y met le prix. La totalité de mon héritage, précisément. »

De sa pochette, elle tira une lettre marquée du sceau officiel du Magenmagot. Drago ne prit même pas la peine de la lire, il en devinait le contenu sans mal.

« La totalité de mon héritage, c'est le prix de l'innocence de ton père. C'est pas grand chose, hein ? », susurra-t-elle. « Et le prix de sa vie, tu sais ce que c'est ? Notre mariage, ni plus, ni moins. »

Effaré, à court de mots, Drago croisa le regard hagard de son père qui recula, buta contre le mur.

« Je n'avais pas le choix... Il fallait, il fallait que je vois Narcissa... Je n'avais pas le choix... Ils m'auraient exécuté... Ils m'auraient exécuté sans que je ne puisse la voir... »

Sa voix s'essouffla, son regard dansa à la lueur des flammes, et il détourna de nouveau les yeux. Drago resta là, paralysé, le monde en train de chavirer sous ses pieds. Une violente pression le comprima brutalement, son cœur pulsa jusque dans sa tête. Une inspiration, deux inspiration, le monde ralentit autour de lui. Sa main s'accrocha au manteau de la cheminée, seul appui qui l'empêchait de quitter la terre ferme. Il releva les yeux, dévisagea Daphné.

« Quand est-ce que tu es devenue folle à ce point ? A quel moment j'ai laissé passer ça ? Quand on s'est rencontré, Daphné, quand on s'est rencontré... tu étais tellement différente. Bon sang, j'étais dingue de toi. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »

« Tu m'avais promis, Drago ! Tu m'avais promis qu'on se marierait un jour ! », s'énerva-t-elle. « Je me contente de rendre cette promesse officielle, c'est tout ! »

« Mais on avait six ans, Daphné ! Six ans ! On était des gamins ! »

Elle haussa une épaule et détourna le regard.

« Je m'en fiche. Je l'ai toujours dit... J'ai toujours dit que je porterai ton nom un jour. Je serai Daphné Malefoy, que tu m'aimes ou que tu me haïsses, tu ne pourras jamais changer ça. »

Il secoua la tête, démuni, avant de se passer une main sur le visage. La blonde s'avança vers lui, et d'un geste délicat, encadra son visage.

« Je t'aime, Drago. Et personne ne pourra jamais t'aimer comme moi, tu comprends ? Personne sur cette foutue terre ne t'aimera comme moi, je t'aime. Pas même Granger. Personne. Et c'est ce que tu mérites. Une femme qui fera tout pour toi. Qui protégera le nom sacré des Malefoy. Qui sera prête à tout sacrifier. Tout. C'est ça, l'amour. »

De ses doigts, il encercla les poignets de Daphné, et les dégagea de son visage alors qu'un rire amer naissait lentement du creux de sa gorge.

« Qu'est-ce que t'y connais à l'amour, Daphné ? C'est ça ton problème. Tu détruis tout ce que tu touches. T'as jamais remarqué ? Tout le monde s'empresse de mettre les voiles le plus loin possible de toi dès qu'il en a l'occasion. Zabini, ta mère, ta sœur, moi. Y avait que ton père pour être assez con pour t'aimer quand même. Et il en est mort. Au fond, c'est ça qui te fait peur. T'es juste terrorisée à l'idée d'être tellement folle que personne sur terre ne pourra t'aimer un jour. Tu crèveras seule, sans amis, sans personne, et ça tu peux pas le supporter, hein ? Alors tu t'accroches à de vieilles promesses comme à une bouée de sauvetage. Tu veux que je te dise, Daphné ? Tu me fais pitié. Et tu mérites de crever seule. »

Les traits de la blonde se durcirent, sa mâchoire se crispa, et avec toutes les fêlures de son visage, on aurait presque pu croire qu'elle allait exploser en mille morceaux. Mais elle se contenta de sourire avec aigreur et se tourna vers Lucius, qui fixait toujours le paysage d'un regard vide.

« Lucius, allez-y. »

A pas lents, réticents, Lucius se détacha de la fenêtre pour s'approcher d'eux. Au moment où leurs regards se croisaient, Drago aperçut une once de résignation et de culpabilité.

« Drago ? », demanda-t-il, implorant.

Le Serpentard regarda tour à tour la jeune fille qui se tenait droite, le menton relevé, les yeux chargés de haine et d'amour furieux, puis son père, pâle, frêle, dans son costument légèrement flottant, les lèvres serrées, enfermant étroitement toutes les supplications qui se cachait dans son regard baissé. A les voir comme ça, l'un près de l'autre, leur plan tout élaboré qui n'attendait plus que la signature bien nette de Drago, il réalisa qu'il était pris au piège, debout sur une planche au-dessus du vide, des flammes grondantes dans son dos. Fait comme un rat. Il ressentit une virulent mélange de dégoût et de haine, hésita à leur claquer la porte au nez et à disparaître pour de bon, mais une idée insidieuse, piquante de culpabilité fit son chemin :

J'ai condamné mon père à mort une fois. Je ne le condamnerai pas deux fois.

Pour la première fois, il ferait ce qu'il fallait faire, au moment où il fallait le faire.

Son cœur tomba lourdement dans le fond de son estomac. Il pensa à Hermione. A son rire un peu trop franc. A ses mains enlacées aux siennes. Au soleil sur sa peau. A son livre d'Arithmancie, en équilibre sur sa cuisse. Aux vents d'été contre les vitres de la Serre. Aux promesses de voyages. Il pensa à la façon dont son visage se plissait quand elle se concentrait. A ses regards amusés. A ses longs discours, à la tempête de ses cheveux, à ses sourires tendres. A ses lettres, à tous ses jolis mots : Ne t'en fais pas pour moi. N'oublie pas que je t'aime. Elle comprendrait, bien sûr, qu'elle comprendrait. Il le savait.

Tout ira bien, tout ira bien, se répéta-t-il en tendant la main.

En écho, il entendit la voix de sa mère, lointaine, le jour de la Nuit d'Albâtre : Quoi qu'il arrive, tout ira bien, Drago, je te le promets. Les orages finissent toujours par passer.

Tout ira bien, tout ira bien.

La main de Daphné s'accrocha à la sienne, et il serra ses doigts instinctivement.

« Doucement, Drago. Je ne pense pas que les bleus iraient très bien avec ma robe de mariée. »

Le visage de la jeune fille n'avait plus rien d'humain. Elle ressemblait étrangement à la Sirène de Poudlard, dans son cadre doré, regardant Drago se précipiter vers les récifs tranchants, l'attirant dans les flots déchaînés, l'observant se noyer, le sourire aux lèvres. Il sentit la colère monter, l'assaillir, mais il réagit à temps, enferma ses émotions dans un petit coffre, au fond de lui, bien rangées avec ses hésitations, sa peur, et sa culpabilité. Il n'était plus Drago, non, il n'était plus qu'une carapace vide, dénuée de sentiments.

« C'est le moment, mon amour. Toi et moi, on est sur le point d'être liés pour la vie », souffla-t-elle.

Lucius sortit sa baguette, et Drago la vit rougeoyer, tout près de sa peau.

« Drago Malefoy, promets-tu d'épouser la noble héritière Greengrass ? »

« Je le promets. »

Une langue de feu s'échappa de la baguette, vint lécher son bras dans un crépitement. Une chaleur désagréable souffla en lui, lui arrachant une grimace. Il voulut retirer sa main, mais les ongles de Daphné s'accrochèrent à sa peau, le maintenant en place.

« C'est pas fini », murmura-t-elle, avec un sourire cruel.

Il referma de nouveau la main autour de celle de Daphné.

« Drago Malefoy, promets-tu de faire ta demande à Poudlard ? Devant les autres élèves du château... devant Granger. »

Tout ira bien, tout ira bien. Elle comprendra. Tout ira bien.

« Je promets. »

Une autre langue de feu vint croiser la première, laissant une deuxième marque.

« Drago Malefoy, promets tu de ne parler des termes et conditions de ce Serment Inviolable ni à Hermione Granger, ni à personne d'autre. »

Le cœur de Drago cogna contre sa poitrine comme un animal fou, et l'image d'Hermione s'imposa à lui, impossible à déloger. Elle se tenait là, dans son esprit, blessée, spectatrice impuissante du drame. Les yeux noyés d'incompréhension, les lèvres scellées de questions auxquelles il ne pouvait pas répondre. Elle flotta là un instant, inconsistante, presque déjà estompée. Au fond de lui, quelque chose se débattit, tenta de s'extraire du charivari, mais il était déjà trop tard, et Drago prononça :

« Je promets. »

Une troisième et dernière langue de feu ondula de la baguette de Lucius, et entoura leurs mains, s'incrusta sur leur peau comme un venin mortel. Il sentit les fils lumineux irradier d'une chaleur croissante, jusqu'à lui provoquer une douleur désagréable, presque insupportable, puis ils s'évaporèrent d'un seul coup dans un sifflement aigu. Drago regarda son bras et constata qu'à l'endroit exact où ondulait flammes quelques secondes plus tôt, un fin liserai rouge marquait sa peau, de son poignet jusqu'à son coude ; cicatrice indélébile de l'impardonnable.

Le filament rouge tatoué sur le bras de son père se mit à fumer, lui arrachant un cri de douleur, avant de se dérouler rapidement, pour s'enfuir par la fenêtre. Le Serment avait été respecté, la sentence, épargnée. Pendant quelques minutes, Lucius se contenta de regarder au loin, les yeux dans le vague, avant de se fixer de nouveau sur son fils.

« Je vais... Je dois... »

Sa voix s'éteignit. Le regard morne, il se retourna, marcha lentement jusqu'aux escaliers, ses pieds traînant contre les tapis ornementés de scènes romanesques. Les épaules voûtées, il monta les marches, comme un fantôme errant, avant de disparaître de leur champ de vision. Avec un pincement au cœur, Drago réalisa qu'il était déjà trop tard. Que la malédiction des Black les avait déjà eu, un par un. Que son venin était remonté jusque dans la branche des Malefoy. Il n'en resterait plus un, plus un qui ne soit pas fissuré jusqu'au cœur.

Les yeux toujours rivés vers le couloir par lequel son père avait disparu, il murmura :

« Je ne te pardonnerai jamais ça, Daphné. Jamais. »

« C'est pas grave. Peut-être qu'un jour, à défaut de pardonner, tu comprendras. Tu comprendras que c'est juste de l'amour. »

« Mais bon sang, arrête de répéter ça à tout va, d'agiter ça comme un hochet, de le prêcher comme une prière. C'est pas de l'amour, c'est de la folie, putain. Tu viens de ruiner ma vie, tu as obtenu un mariage en échange de celle de mon père, mais quel genre d'amour c'est, ça ? Dis-moi, franchement. C'est le genre de vie que tu me souhaites ? Une vie entière à haïr la fille censée partager ma vie ? Bravo, Daphné, bravo, tu as obtenu mon nom de famille derrière le tien. J'espère que ça valait le coup, parce que je ne t'aimerai jamais, Daphné. Jamais. Y a pas un sort, pas un de tes coups tordus, pas un autre coup d'éclat de ta folie qui pourra changer ça. »

D'un geste brusque, elle saisit son verre de vin et le jeta en direction de Drago qui l'évita d'une vive incartade, les yeux rivés sur le cristal qui explosa en morceaux contre le mur de pierre.

« Mais qu'est-ce que tu croyais ? », s'écria-t-elle, les larmes au bord des yeux. « Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'allais passer une vie à me laisser traiter comme un joujou de passage ? Tu sais le nombre de nuits que j'ai passé à t'attendre ? Tu sais tout ce que j'ai du manigancer, dans l'ombre, pour que tu brilles sur ton petit trône vert et argent ? Le nombre de fois où j'ai prié, prié pour que tu m'adresses ne serait-ce qu'un sourire ? T'imagines pas ce que j'ai enduré en te voyant avec toutes les autres, toutes les autres qui n'étaient pas moi, mais qui s'asseyaient à ma place, t'embrassaient, te touchaient sans que je ne puisse rien y faire. Et est-ce que t'as seulement idée de ce que ça m'a fait, de te voir avec cette pute de Granger ? Lui faire les promesses que tu m'avais faites, à moi. A moi, Drago ! Parce que c'est toi et moi, ce sera toujours toi et moi ! »

Le regard de Drago la sonda, des pieds à la tête, fit le contour de sa figure balafrée, de ses yeux grands écarquillés, des larmes folles qui courraient partout sur son visage, de ses dents serrées pour contenir les sanglots qui agitaient son corps.

« T'es un monstre, Daphné. Et le seul endroit qui convient aux monstres, c'est enterrés, six pieds sous terre. »

« Tu m'avais promis, Drago ! Tu m'avais promis qu'on se marierait ! Maintenant, tu seras à moi ! A moi ! Tu seras à moi et aucune autre ne pourra prétendre porter ton nom ! Ce sera moi ! Et j'ai tout fait... j'ai tout fait pour que ce soit toi et moi. Toi et moi... et personne d'autre. »

A cet instant, il sut. Narcissa avait essayé de le prévenir.


Bonjour, mes petits poissons !

Je vais pas vous mentir, ce chapitre m'a donné du fil à retordre... Du coup, j'ai d'autant plus hâte d'avoir votre avis. En fait, il est écrit depuis près de deux semaines mais j'ai eu du mal à le publier. Mais comme c'est un chapitre particulièrement important, j'ai fini par m'y résoudre.

Une nouvelle fois, merci à vous tous, pour votre fidélité, vos reviews, vos lectures, vos questions, vos petits mots d'encouragement. Merci pour tout.
Je sais, je me répète. J'espère que vous ne vous en lassez pas, parce que vous n'avez pas fini de l'entendre.

Je cours répondre à vos reviews, mes petits piranhas. A tout de suite !

Love, love, love.


Virginie :

HINHINHIN. Je suis cruelle, je sais. Non, mais je fais la fille sans cœur, mais tu sais, en vrai, je pleure au fond de moi !

Oui, j'allais pas laisser éternellement notre petit Ronny dans le noir, enfin ! Bon, c'est pas encore gagné, mais bon !

Haha, mais oui, je comprends. On ne peut pas tous aimer Pansy. Bon... y en a même pas beaucoup qui l'aiment bien, en vérité... mais fallait bien que j'explique ce qu'elle devenait, cette petite.

Ouhlala, ça y est, tu passes aux menaces, j'ai intérêt à bien me tenir... Je n'en dirais pas plus, tu verras bien la suite (hinhinhin, je sens que t'as pas aimé ce chapitre !)

Merci pour ta review, comme toujours ! Merci, merci !


Fan de twilight :

Aaaah, je me disais aussi, que ça faisait longtemps ! Et bien, bon retour du côté de chez moi ! J'espère que les derniers chapitres t'ont plu...
Merci, au fait, de m'avoir laissé une petite review. C'est adorable ! A très vite !