1er Septembre 2017.
« Les enfants, le petit-déjeuner est servi ! », appela Hermione, depuis le bas de l'escalier.
Un long silence, des bruits de pas désordonnés, quelques cris et enfin, deux enfants déboulèrent, essoufflés, dans la cuisine.
« Vous avez trente-huit minutes pour déjeuner, ensuite dix minutes de vérification pour être sûrs de n'avoir rien oublié et après on part... ça devrait nous permettre d'arriver quarante minutes en avance, si tout va bien », articula Hermione, plus pour elle-même que pour le reste de sa famille.
Ses enfants lui jetèrent un regard las, mais s'assirent sans protester et entamèrent leur petit-déjeuner. Une main tendre se posa sur l'épaule crispée d'Hermione.
« Du calme. Tu es plus stressée que Rose pour sa propre rentrée... J'ose même pas imaginer dans quel état tu devais être pour la tienne », lui glissa discrètement Ron à l'oreille.
« J'étais au bord de l'évanouissement, si tu veux tout savoir... » se souvint-elle, avec un sourire. « D'autant que j'ai rencontré deux têtes brûlées qui m'ont détournée du droit chemin. »
« Et moi, j'ai rencontré une petite fille si exaspérante qu'elle m'a empêché de trop m'en éloigner. »
Ils se sourirent tendrement et Ron embrassa Hermione sous les protestations dégoutées de leurs enfants.
Après les dernières recommandations et vérifications d'usage, ils s'installèrent dans la voiture, Ron au volant, et arrivèrent une heure plus tard au cœur de Londres.
« Ron, attention, attention ! Ron ! La voiture ! », hurla Hermione en enfonçant son pied sur sa pédale de frein imaginaire.
Ron se déporta brusquement sur la droite et leur vieux tacot émit un toussotement inquiétant. Une voiture les frôla en klaxonnant. La Gryffondor soupira et jeta un regard noir à son mari, tandis que sur les sièges arrières, Hugo et Rose s'échangeaient un regard en ricanant. Après quelques jurons, Ron finit par trouver une place entre un lampadaire et une élégante décapotable qu'il manqua d'éborgner d'un phare.
La petite famille se pressa jusque dans la gare et se dirigea en hâte vers le quai 9¾, escortée par les hoquets de leur chariot contre le pavé et les hululements de la chouette lapone de Rose.
« Papa, pourquoi tout le monde nous regarde ? », demanda Hugo, perplexe, en agrippant le bras de son père.
« C'est parce que ta mère m'a forcé à mettre une chemise, aujourd'hui... Les Moldus ne sont pas encore préparés à ça ! »
Ils foncèrent tous deux vers le mur et disparurent aussitôt. Rose se tourna vers sa mère, le visage pétri d'anxiété.
« Maman... Et si j'ai de mauvaises notes en cours ? »
Hermione se pencha vers Rose, afin que leur visage soient au même niveau et lui caressa les cheveux d'une main tendre.
« Ma chérie, ne t'inquiète pas pour ça. Premièrement, tu as déjà lu tous les livres de première année, et la moitié de ceux de deuxième année, donc je ne me fais pas trop de soucis pour ça. Et puis, tant que tu fais de ton mieux, ton père et moi, nous serons toujours fiers de toi. »
« Et si je ne suis pas à Gryffondor ? Parce que toute la famille y a été et je me dis que... enfin... »
« Tu sais, mon ange, les quatre maisons possèdent de formidables qualités. Et si le Choixpeau voit en toi une de ces merveilleuses qualités, alors, quelle qu'elle soit, tu pourras t'estimer chanceuse. »
Rose acquiesça, rassurée. Hermione lui prit la main, la serrant fort dans la sienne, et ensemble elles coururent dans le mur qui les séparait du quai. Elles débouchèrent dans la vapeur âcre du vieux train, juste à temps pour surprendre Ron en train de raconter une énième fois à Hugo comment Fred et George avaient quitté Poudlard dans une explosion de feux d'artifices. Hermione fronça les sourcils et donna un coup de coude à Ron.
« Arrête de lui raconter ça, tu vas lui donner des idées ! Bon, on avance ? Harry et Ginny ne doivent pas être loin... »
L'épaisse fumée blanche de la locomotive s'était déployée sur tout le quai, rendant la vue difficile. Soudain, Hermione aperçut Albus qui courait vers eux. Il s'arrêta net devant Rose et lui adressa un sourire ravi.
« Salut ! », lâcha-t-il simplement.
Rose lui sourit à son tour avant de se jeter à son cou.
« Alors tu as réussi à ranger la voiture ? », demanda Ron à Harry. « Moi, oui. Hermione ne croyait pas que je puisse passer un permis de Moldu, et toi ? Elle pensait qu'il faudrait que je jette un sortilège de Confusion à l'examinateur. »
« C'est pas vrai », protesta Hermione. « J'avais parfaitement confiance en toi. »
Ils s'avancèrent tous deux vers le train pour y déposer les bagages des enfants et Hermione vit Harry éclater de rire. Elle se demanda ce que Ron avait bien pu lui raconter mais dans un soupir, elle décida qu'il valait mieux, comme bien souvent avec Ron, ne pas chercher à en savoir trop. Son attention fut soudain attirée par les spéculations de Lily et Hugo concernant leur future maison.
« Si tu n'es pas à Gryffondor, on te déshérite », lança Ron. « Mais je veux pas te mettre la pression. »
« Ron ! » protesta-t-elle aussitôt.
Si Lily et Hugo éclatèrent de rire, elle vit en revanche le visage de Rose se crisper anxieusement et à sa droite, la figure grimaçante d'Albus trahissait la même angoisse.
« Il a dit ça pour rire », assurèrent Hermione et Ginny.
Hermione s'apprêtait à sermonner Ron mais elle vit faire un discret signe de tête à Harry.
« Regarde qui est là. »
Hermione se retourna et elle sentit son cœur rater un battement, ses joues s'empourprer. C'était idiot, elle avait l'impression d'avoir dix-huit ans à nouveau. A l'autre bout du quai, se tenait Drago. Il semblait avoir surgi de la brume, comme un fantôme. Ses cheveux blonds étaient coiffés en arrière et il portait un long manteau noir. Soudain, à ses côtés, apparurent Astoria et un petit garçon, qui devait avoir l'âge de Rose, aussi blond que Drago et arborant le même sourire en coin.
Son ventre se tordit douloureusement tandis qu'un frisson semblait remonter lentement de ses pieds à la pointe de ses cheveux. Elle prit une profonde inspiration pour se calmer mais elle ne réussit pas à se défaire des palpitations affolées qui la secouaient. Il n'avait pas vraiment changé. Et elle ressentit le désir adolescent, pressant, de le toucher, de s'assurer que c'était bien lui, là. Et une autre envie, plus tamisée, plus sulfureuse, la poussait à vouloir se lover dans ses bras, l'embrasser, retrouver ce contact foudroyant. Elle ne fit rien, se contenta de rester planter là, le cœur battant comme un tambour.
Il se retourna soudain, sentant qu'on le dévisageait, et adressa un simple hochement de tête au groupe. Leur regard se croisèrent un bref instant et quelque chose changea dans son visage. Elle se sentit un peu vacillante, et se fit violence pour détourner les yeux, reprendre le fil de la conversation, s'appliquant à rejeter les vieux souvenirs du passé qui affluaient avec une violence torrentielle. La locomotive klaxonna, envoya un panache de fumée former des petits nuages au-dessus de leurs têtes.
Hermione accompagna Rose jusqu'à son wagon, une main sur serrée sur son foulard, l'autre sur l'épaule de sa fille. Elle adressa à Rose un sourire ému, soufflée par l'idée que sa petite fille s'apprêtait à rejoindre les bancs des élèves de Poudlard. A cet instant, le château et son infinité de couloirs, ses escaliers mouvants, son lac et ses eaux noires, lui paraissaient à la fois terriblement loin et incroyablement proches.
Le sifflement de la locomotive la tira de sa nostalgie, elle embrassa Rose une dernière fois, puis le train se mit en branle et s'éloigna petit à petit des parents inquiets, jusqu'au moment où les wagons rouges disparurent totalement du paysage. Hermione soupira longuement mais deux bras vinrent l'enlacer.
« Ça va aller, Hermione. Regarde, on a bien survécu, nous ! », lui chuchota Ron à l'oreille.
« Ron. Je ne lui souhaite pas un millième des aventures qui nous sont arrivées. »
Son mari sourit en haussant les épaules.
« Des aventures, elle en vivra aussi, tu sais. Mais on sera là pour réparer les pots cassés, je te le promets. »
Il lui déposa un baiser sur la tempe et se dirigea vers Harry et Ginny. Hermione se rendit compte que la plupart des parents étaient déjà partis, mais elle aperçut Drago qui l'observait de loin, il leva légèrement le menton dans sa direction. Elle se tourna vers Ron, Harry et Ginny.
« Sortez sans moi, je vous rejoins dans cinq minutes. J'aimerais régler quelque chose. »
Le regard de Ron s'assombrit, il ouvrit la bouche pour protester mais la main de Ginny s'abattit sur son épaule, et elle le poussa un peu brusquement vers la sortie. Avant de partir, Harry jeta un regard à Drago, puis à Hermione, et murmura: « Fais attention. »
Elle hocha distraitement la tête, attendit que son ami disparaisse et s'approcha lentement du Serpentard. Lorsqu'elle ne fut plus qu'à quelques pas de lui, son parfum entêtant l'entoura, amenant avec lui des dizaines de souvenirs qu'elle avait refoulé loin, loin dans un recoin de son esprit. Ils se firent face quelques secondes qui parurent s'étirer une éternité, se dévisageant sans rien dire, puis il brisa soudainement le silence.
« Hermione Weasley, hein ? Grande nouvelle. »
« Et je vois que pour toi, les choses n'ont pas changé. Si ce n'est que ta charmante fiancée doit désormais être ta femme, j'imagine. »
Il fourra les mains dans ses poches, haussa vaguement les épaules.
« J'ai fait ce que je devais faire. »
Il s'avança et elle ne bougea pas, pétrifiée, alors qu'il tendait la main, la posait délicatement au creux de son cou. Une violente décharge l'électrifia, une décharge au goût de promesses oubliées. Quelque chose bouillonna dans le fond de son ventre et une fièvre brumeuse rougit ses joues. Elle eut envie de pleurer, de se blottir dans les bras de Drago, de retourner dix-huit ans en arrière.
« Tu m'as manquée, tu sais ? »
Elle saisit sa main, et de l'index, remonta la manche de Drago, découvrant son poignet où le temps n'avait pas réussi à effacer les minces lignes rouges de son Serment Inviolable.
« Tu as eu le choix, et tu ne m'as pas choisie moi. »
« Je devais le faire. Pour ma famille. »
« Je pensais que t'avais arrêté de justifier les pires de tes coups bas en brandissant le blason familial. Tu n'aurais pas dû, tu n'aurais pas dû me laisser comme ça, sans rien me dire. Tu m'as abandonnée, sans explications, sans rien, avec, pour toute consolation, le plus gros chagrin d'amour de ma vie. Tu sais pas combien de temps j'ai mis à m'en remettre. T'as pas idée. »
« Si, je sais. Trois ans, précisément, avant que Weasley ne se charge de te faire oublier ton gros chagrin », railla-t-il avec amertume.
Elle enfonça son doigt dans le torse du blond, le visage furieux.
« Ne t'avise pas d'essayer de me faire la morale, Drago. T'as pas le droit, t'as pas le droit de me faire ça. T'aurais pu me dire. Tu aurais pu. J'aurais compris. Tout mais pas ce silence radio. »
Elle se rendit compte qu'elle avait haussé le ton, et se retourna pour être sûre que personne ne les écoutait. Mais le quai était désert.
« J'ai voulu. J'ai voulu te le dire mais t'étais avec Weasley et j'avais déjà foutu ta vie en l'air une fois et j'ai pas pu... Je voulais pas te faire ça une deuxième fois.»
Il se passa une main dans les cheveux en soupirant, et elle le revit dix-huit ans plus tôt, avec cette exacte même expression, cette même posture, ce même soupir las.
« Je voulais juste te dire, après tout ce temps, que mes sentiments pour toi n'ont pas changés, Hermione. Et qu'ils ne changeront jamais. C'est pas grand chose, mais c'est tout ce que j'ai. »
« Astoria, tu l'aimes ? »
Il haussa les épaules.
« C'est une compagnie agréable. »
« Assez agréable pour en faire la mère de ton fils. »
« Qu'est-ce que tu veux que je te dise Hermione ? C'est comme ça. Je ne vais pas te dire que je la hais et que chaque jour à ses côtés est une torture, ce serait faux. »
« Non. C'est pas ce que je veux entendre. Je sais pas ce que je veux entendre. J'aimerais que tu me dises quelque chose qui réparerait tout, mais je sais... je sais que c'est impossible. Et puis, j'ai construit ma vie sans toi, et c'est comme ça, comme tu dis, c'est comme ça. Alors on se verra tous les ans sur ce quai, et tu sauras que je t'aime, et je saurai que tu m'aimes et on ne pourra jamais rien changer à ça, Drago. Et peut-être que c'est une consolation, ou peut-être que c'est ce qu'il y'a de plus triste dans cette histoire, je ne sais pas. Vraiment, je ne sais pas... »
Il ne dit rien pendant de longues minutes, le regard dans le vide, imaginant comme les choses auraient pu être différentes, là, sur ce même quai, ce même jour, sans les cicatrices autour de son poignet. Il la regarda à nouveau, le visage ceint d'une nouvelle tristesse.
« On aurait dû partir. Au moment où je te l'ai proposé, à Poudlard, on aurait dû partir. »
« Oui, on aurait dû. »
Il l'embrassa sur la tempe, de la même manière qu'il lui avait dit au revoir, dix-huit ans plus tôt, et quitta le quai sans se retourner. Elle sentit le chagrin réveiller la même plaie béante, douloureuse, celle qui n'avait jamais tout à fait réussi à cicatriser.
Elle prit une profonde inspiration et sortit de la gare, rejoignant Ron et Ginny en pleine conversation houleuse sur le Quidditch. Lily tentait tant bien que mal de grimper sur le dos de Harry pour lui chuchoter un secret à l'oreille. Hugo tourna la tête vers elle, lui offrit un sourire qui courut, sur son visage, d'une oreille à l'autre, avant de se jeter dans ses bras. La tristesse qui engourdissait son crâne s'estompa un petit peu. Autour d'eux, les voyageurs pressés regagnaient leur train ou quittaient leur wagon.
Et la vie allait reprendre son cours. Avec, encore, tant de jolies choses.
... Je suis prête à recevoir les cailloux et les tomates pourries, allez-y...
Non, sincèrement, moi je suis une grande fana des happy-end et croyez-moi, ça a pas été facile de rester fidèle à la fin que j'avais imaginée en commençant à écrire cette histoire, mais je voulais absolument qu'elle soit canon ('canon' dans le sens 'qui suit l'histoire de JKR' pas dans le sens 'super belle gosse', hein).
Cela dit, plus j'écrivais sur Hermione et Drago, plus je sentais qu'il se passait quelque chose de très fort entre eux, et ça a été particulièrement difficile d'y mettre fin. Mais justement, c'est pour ça qu'au fond, c'est pas vraiment une sad-end (ça se dit ?), parce que bon, peut-être qu'un jour ils s'enfuiront tous les deux loin de tout pour élever des Crabes-de-feu dans les montagnes (vous me détestez toujours ? bon, ok... mais au moins, j'aurais essayé).
Voilà. Vous vous en doutez, c'est le dernier chapitre.
Et je voulais vous remercier, vraiment, du fond du cœur, d'avoir été là jusqu'au bout, de m'avoir laissé de jolies reviews, d'avoir lu mon histoire et de vous y être intéressé. Merci à tous. Cette histoire est ma première histoire, et ça fait quand même quelque chose d'en être venue à bout. J'en ai eu marre parfois, j'ai douté souvent, mais je l'ai finie ! Avec du recul, je crois qu'il y a beaucoup d'incohérences, de choses maladroites, de détails frustrants, mais j'espère que dans l'ensemble, ça a été un joli voyage pour vous !
Alors, je sais, les notes d'auteurs de fin d'histoire, c'est un peu toujours la même chose, mais je vous le dis, sincèrement, je vous suis éternellement reconnaissante. J'ai même pas assez de mots pour vous dire combien ça a compté, tous vos messages, ou même, juste le fait de voir que chaque mois, des lecteurs s'attardaient sur mon histoire, c'est indéfinissable comme sentiment.
J'espère que malgré la 'sad-end', vous ne resterez pas sur une note amère, et que vous aimez toujours un petit peu cette histoire au fond. Pour toutes les jolies choses qu'ils ont vécu ensemble, ces deux-là.
Je suis assez triste de vous quitter, et j'ai un peu du mal à y croire après un an et demi, mais j'espère qu'on se recroisera... sur une autre de mes histoires, sur une des vôtres, par message privé ou peut-être même un jour, par hasard, dans la rue (ok, ok, c'est le moment où ça devient flippant, j'ai compris, hinhin).
Vous avez compris, N'HESITEZ PAS A M'ÉCRIRE, pour m'insulter ou pour discuter, j'accepte les deux !
A très bientôt, mes amours, et merci pour tout !
