Deuxième épisode : Une froide jeune fille et un superordinateur...
Le prof allait reprendre quand soudain la porte s'ouvre. Le proviseur fait irruption dans la classe avant même que le prof n'ait dit "Entrez" et dans un grand fracas, tout le monde se lève. J'écrase le pied de Jessie pour qu'il en fasse autant. Je me tourne vers le proviseur. Derrière lui se trouve une fille d'une quinzaine d'années, cheveux noirs carbone, raides et désordonnés, yeux verts très pâles. Elle a l'air très froide et très fermée derrière sa veste noire remontée jusqu'au cou et sa jupe en jean, en tout cas, elle fait la même tête que le proviseur...
-Je vous présente Tim Sita, elle vient de déménager et rentre dans notre lycée. Dans votre classe. je vous demanderai d'être gentil avec elle.
-Si elle l'est avec nous, que je me suis dit intérieurement.
Je ne peux m'empêcher de trouver le nom de cette nouvelle un peu étrange. Mais bon. Ce qu'on ne trouve pas comme prénom de nos jours. Enfin, le principal continue son discours :
-...Et de lui donner une bonne image de la classe, voilà. Monsieur Datuux, je ne vous dérange pas plus, bonne continuation. Mademoiselle Sita, asseyez vous où bon vous semble.
Sans quitter son air froid et strict, la fille s'avance dans les rangs en regardant chaque élève à côté duquel elle passe. Ces derniers l'accueillent par un salut ou un bienvenue auquel elle ne répond pas. Elle s'assoit à la table du premier rang.
La demoiselle étant placée, j'arrête de la regarder et je me retourne vers Jessie. Il la regarde comme si c'étais la première fois qu'il voyait une fille.
Ensuite ? Ben le cours reprend. intéressant pour certains et ennuyeux pour d'autres. Jessie continue de fixer la demoiselle sans s'arrêter, comme si c'était un extra-terrestre. Tim est complètement plongée dans son cahier sans jamais s'en détacher. Il semble impossible qu'elle remarque qu'un élève à l'apparence pas très fine la dévisage comme le ferait un poisson rouge. Je me retourne vers mon cahier. Le cours que j'ai copié est approximatif mais fera bien l'affaire. Je me décide à rajouter malgré tout quelques détails. On ne sait jamais, ça peut toujours servir...
Je me reretourne vers Jessie et je me rends soudain compte qu'il a l'air d'un parfait idiot. Ça me fait pitié alors je murmure :
-Pourquoi tu la regardes avec deux yeux en forme de pastèques depuis tout à l'heure ? C'est une nouvelle, rien de plus !
-Je...Je ne sais pas. Elle a quelque chose de...Bizarre. A-t-il bégayé en rougissant. Mais c'est rien !
C'est à ce moment-là qu'il se retourne vers son cahier en manquant de tomber de sa chaise et se met à écrire comme un dingue. Je vous jure...Ça a beau être mon copain, il y a des fois où je ne le comprends pas.
Midi, l'heure de manger (quel sens de l'observation, hein ?). On vient de passer au self et on se dirige vers une table libre. Le self ? Bah...Un self, à l'apparence assez usée, murs fissurée, tables bancales, plateaux cabossés. Et évidemment l'ambience sonore qui fait d'un self un self. Après quelques minutes de recherche, finalement on réussit à s'asseoir. Jessie a l'air absent depuis tout à l'heure.
-Elle te fait tant d'effet que ça la nouvelle ? Tu n'a rien dit de toute la matinée.
-Hein ? De quoi tu parles ?
-Oh, rien, laisse tomber...On ira au CDI après manger ?
-Hein ? heu...Ouais...
J'ai soupiré.
-Bon allez mange, tiens, tu veux mon couscous boulette ?
-Je déteste le couscous boulette. Par contre, je veux bien tes frites !
Oui, chez nous, on mange des frites avec du couscous, c'est un self de lycée. Faut pas trop chercher, c'est déjà bien qu'on arrive à reconnaître ce qu'il y a dans notre assiette.
-Bon après on a l'enseignement d'informatique...
-Ouais, c'est pas aujourd'hui qu'on va avoir un projet à mener ?
-Si, pour une fois tu as retenu quelque chose du cours !
-Ben il paraît que c'est noté, faudra faire un truc de ouf.
-Bah, on verra bien ce qu'on nous demande.
Une voix genre celle de Rogue en fille nous a subitement interrompu :
-Je peux m'assoir ?
Je me suis retourné, c'était la nouvelle. Jessie refait ses yeux pastèque et dit quelque chose du genre :
-pl.. ...pdls...
-Hey la nouvelle, salut ! ça te dirait de venir à notre table ? On a tous envie de faire ta connaissance.
Cette voix grave et assurée, c'était William-Yann. Un type plutôt bien tracé, pectoraux, biceps, tout ça...Brushing impeccable et des yeux bleus à en faire pâlir du produit pour toilettes. Mais si ! Vous savez ? Les pastilles pour que ça sente pas...heu...Ouais bon voilà quoi.
Tim se tourne vers le beau ténébreux et rejette un coup d'oeil sur Jessie tout rouge avec ses yeux de pastèque (comment ça elle est casse-pieds ma métaphore ?). Voyant qu'elle le dévisage William-Yann se tourne aussi vers lui :
-Oh tiens ! Salut Jessie ! Comment ça va ? Oh tiens regarde là bas ! ce serait pas Johnny Hallyday ?
Ce que je n'aime pas chez William-Yann, en plus de son aspect beau gosse et de ses techniques de dragues débiles qui marchent toujours, c'est le fait qu'il se montre arrogant avec tous ceux qui ne sont pas...Comme lui.
-Hein ? Ou ça ?
Je me suis donné une claque sur le front. Ce qui au passage a manqué de me faire tomber dans mon couscous ; Jessie s'est encore fait avoir ! Il regarde un peu partout puis se retourne vers le "farceur"...Qui n'est plus là. Tim non plus d'ailleurs. On se retourne tous les deux vers la grande table du fond. Il y étaient tous les deux assis avec toute une bande de beaux gosses. Jessie se retourne et pose violemment sa fourchette dans son assiette, mettant de la sauce partout dans son plateau.
-Je déteste ce type, et ce depuis que je l'ai rencontré au collège ! Il passe son temps à se moquer de moi !
-Faut dire que ça marche bien...
-Je l'ai pas fait exprès ! Chaque fois qu'on me dit "regarde!", je répond "où ça ?" c'est automatique ! ça m'énerve !
William-Yann m'embête souvent aussi, c'est en partie à cause de lui que je n'ai pas beaucoup d'amis. Je comprends très bien ce que Jessie ressent.
-T'inquiète pas, vieux ! C'est qu'un frimeur. Quand Tim s'en rendra compte, elle le lâchera.
-Qu'est-ce que tu en sais ?
-Les frimeurs n'ont pas d'amis, juste un fan-club qui les lâchera tôt ou tard.
-Nous non plus, on a pas d'amis.
-Déjà, on EST amis, c'est toujours mieux que seul au monde, non ?
Jessie a avalé sa dernière frite et a sorti un sourire de derrière sa moue et sa colère. J'ai répondu à ce sourire et j'ai lancé :
-Allez, t'a fini ? On y va...
On a rangé nos plateaux et on est allé au CDI, lire. Puis le temps est passé. Les cours ont repris, c'est reparti, enseignement informatique. Le prof, Monsieur Panthasky, informaticien depuis 1973, assez blasé et un peu trop resté dans son époque, en matière de compétence comme en style vestimentaire, nous énonce l'évènement tant attendu :
-Je veux que vous travailliez en coopération sur un projet concernant l'informatique. Un projet répondant à la problématique "L'informatique dépasse-t-elle le réel ?". Vous aurez deux mois pour réaliser un projet le plus concret possible sous forme d'exposé avec une modélisation, un programme ou même une machine. Je vous laisse beaucoup de libertés. Je vous demanderai de noter vos idées sur cette feuille ainsi que les groupes quand ils seront formés. Je vous laisse une semaine pour vous décider. Bien sûr, ce projet sera noté en fonction de son envergure, sa réalisation et l'apprentissage qui en découle. Sa présentation se fera devant un jury de trois personne qui seront deux profs de ce lycée et moi-même. Je pense vous avoir tout dit. Je vous laisse l'heure de cours pour réfléchir.
Je me suis tourné vers Jessie :
-Une idée ?
-Bof.
Un peu de réflexion s'imposais, je lance le débat :
-Qu'est-ce qui est réel ?
-Je sais pas moi...La table !
Ça commence bien...
-Ouais ! Et ?
-Les chaises ?
-Et ?
-Heu...Toi ?
Ben mon vieux...
-Et ?
-Ben...Tout le monde...
Bon, allez, un petit coup de boost.
-Ouais ! Et un ordinateur, comment ça pourrais dépasser le réel ?
-Je sais pas...
-Moi non plus !
J'adore les débats avec Jessie, on fait toujours des miracles...
-Et si on mettait le réel dans un ordinateur ?
Jessie me regardais avec un grand sourire, comme si sa question était un éclair de génie.
-Hein ?
-Mais si ! Comme le supermachin de la Nasa ! Il modélise la lune ! Elle est réelle la lune, non ?
- Heu...Certes, mais c'est un superordinateur...
-La lune ?
-Nan, l'IBM Power de la Nasa !
-Et alors ?
-Ben nous, on n'en a pas, et nos ordi ne seront jamais assez puissants pour modéliser une carte en 3D !
-Ben on peut en construire un, de megacalculateur !
-Tu le pense vraiment ou tu me fait marcher ?
-Mais si ! On pourrai récupérer pleins d'ordinateur Power machin comme le tiens, on pourrait les assembler et faire un gros megazord calculateur !
Fusionner des ordinateur ? Il se crois où Jessie ? Dans 2001 l'Odyssée de l'espace ? N'importe quoi...'fin quoique...Quand on y pense...
Je réfléchis...Les Mac PowerPC gèrent le mode target. Ça permet de connecter un Mac à un autre via FireWire. L'ennui, c'est qu'ils ne partagent que leurs disques durs. Mais il serait effectivement possible de partir du programme de start target standard et de craquer la ROM pour qu'on puisse aussi intégrer les transferts caches multiprocesseurs via la RAM...Mieux ! Vers un disque dur sur FireWire interne, ouais ! On pourrai ainsi décupler la cache et faire faire de gros trucs à ces machines, il faudrait indexer la RAM sur plusieurs canaux et référencer les périphériques internes et externes. Ça peut le faire, c'est possible !
-Jessie ! Tu est un génie !
To be Continued...
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