Quatrième épisode : le Macstodonte

-Allo Jessie ? Ouais, faut que tu viennes chez moi. Oui, pour le projet. Oui. OUI C'EST IMPORTANT ! Céleste et James seront là. Oui, ça concerne le superordinateur. OK. d'accord. Allez, à tout à l'heure !
Je raccroche. Voilà. J'ai invité tout le monde. Il n'y a plus qu'à attendre. Le truc c'est que je suis super impatient. Je ne veux pas attendre. C'est la plus grande manipulation informatique que j'ai jamais faite ! Il faut leur montrer ça ! J'entends la porte sonner, ils arrivent ! J'ouvre, lance un salut. Ils sont tous là. Ils en font de même et on monte au grenier. C'est sur la vieille table de la cuisine et le bureau que ma mère trouvait hideux disposés en L que reposait le fruit d'une nuit de travail : les deux grandes tours en aluminium qui abritent les G5 trônent sur ce bureau. Sous la table, quatre autres tours G4 aux coques de plastique gris et bleu vocifèrent un bruit de réacteurs. A côté des G5 sur la table sont posées 5 cartes électroniques dont une carte-mère, deux convertisseurs, un transformateur et un adaptateur, une antenne radio, un raccord au réseau, deux écrans et bien sûr un bazar monstrueux de câbles qui relie toutes les machines entre elles. La machine est au final très imposante. Et le bruit d'avion qu'elle émet ajoute à son aspect impressionnant.
-Je vous présente le Macstodonte ! C'est le premier Calculateur à architecture réelle IBM PowerPC irrégulière. Fréquence logique : 5,7 GHz. 300 Go de mémoire tampon, 6 processeurs de traitement dont un dual-core...
-Tu l'as fait tout seul ? s'est empressé de m'interrompre James.
-Ben...J'ai voulu commencer et je me suis rendu compte à un moment que j'avais fini. Mais disons qu'au moins ça c'est fait. Vous venez ? Je vous fais voir comment ça marche !
-S'il te plait Fred, me demande Céleste, simplifie au maximum. On n'est pas tous passionné d'informatique.
-Ah...Heu...OK ! Alors, comme vous avez pu le constater : ce supercalculateur est en fait composé de plusieurs ordinateurs. Ce sont tous des ordinateurs Mac basés sur un moteur virtuel appelé PowerPC. Ils ne sont compatibles qu'avec des Mac possédant le même moteur. Il y a deux PowerMac G5 : ces grandes tours en aluminium. Et quatre PowerMac G4, les bleus et gris sous la table. Normalement, sur un ordinateur, il y a plusieurs pièces : le disque dur qui stocke les données, la RAM qui stocke tout ce qui est en cours, l'alimentation électrique et le processeur qui gère toutes les instructions de l'ordinateur. Ici, chaque machine marche comme ça mais il y a une différence : quand on donne un ordre au supercalculateur, c'est ce G5 (je montre la tour d'aluminium de droite, mon ancien ordi), le G5 maître, qui reçoit les ordres. Il les analyse et s'il n'est pas assez puissant pour les traiter, il les envoie à ce circuit. Circuit qui va déterminer quelle machine va faire quoi. Ce circuit reçoit en permanence l'état de toutes les machines et va juger si elles sont aptes à recevoir une instruction plus ou moins grosse ou pas. Elle envoie donc les instructions à tous les ordinateurs qui peuvent les traiter.
-Elle partage les tâches en fait !
Même Jessie semble comprendre, exploit !
-Exactement ! Comme ça, chaque ordinateur traite un morceau et n'est pas surchargé. Ce qui permet de faire des opérations beaucoup plus complexes qu'avec une seule machine. Une fois qu'une machine a traité son opération, elle l'envoie dès que possible au circuit de partage qui se chargera, une fois tous les résultats réunis, de transmettre les données finales au G5 maître qui se chargera de montrer tout ça sur écran. Ça fonctionne exactement comme dans une entreprise !

James s'empresse de demander :
-Ach...oui, mais si le circuit reçoit un truc et que toutes les machines sont occupées, ça fait quoi ?
-C'est simple : il va le stocker sur le disque dur externe que voici. Et dès qu'une machine fait savoir qu'elle est libre, il lui envoie la sauce.
-C'est sacrément bien bouclé...A observé Céleste.
-Heu...Moi...J'ai pas tout compris.
Je me disais aussi...Comme je ne vois pas comment je peux simplifier plus...Encore moins pour Jessie, je décide de jouer la feinte :
-C'est pas grave, on te rééxpliquera plus tard. Alors, on se met à la carte ?
-Attends ! Deux petites secondes. A remarqué James, ce truc est monstrueusement puissant, non ?
-Oui, un des dix plus puissant ordinateurs binaires. Mais c'est à peine suffisant pour modéliser un monde virtuel.
-D'accords, mais si jamais il venait à tomber entre de mauvaises mains ?
-Oh...
J'avoue que je n'avais pas pensé à ça. Ça pourrait en effet être désastreux. On pourrait faire disjoncter tout un réseau avec une telle machine. Elle est assez puissante pour craquer les codes des ordinateurs les plus importants au monde et elle posséderait assez de ressources pour détourner un missile sur le lieu de son choix. Cette machine n'a beau être qu'un simple projet, quand on y réfléchit, elle peut se révéler très dangereuse.
-Il faudra n'en parler à personne tant que le projet n'est pas terminé. La garder secrète jusqu'à l'heure de l'exposé. La trappe sera sous clé et nous serons les seuls, avec mes parents, à pouvoir aller dans ce grenier. Personne d'autre ne doit y rentrer sous aucun prétexte. Il suffirait effectivement d'une malencontreuse ligne de code pour que cette machine provoque une catastrophe colossale.
Je laisse un blanc. Cette fois, Jessie à l'air de comprendre. Son air est aussi grave et strict que celui des autres.
-Il est je pense également raisonnable qu'on démonte cette machine une fois le projet terminé. Comme elle ne nous sera plus d'aucune utilité, la garder serai comme garder une bombe...
Céleste prends le relais :
-Je vous demande à vous tous de faire le serment que tout au long de ce projet, vous ne révélerez jamais que ce soit la présence, l'existence ou même l'éventuelle idée de cette machine à qui que ce soit. Cela doit rester entre nous tant que cette machine sera là. Tant que le projet n'est pas terminé.
Je suis premier à répondre :
-Je le jure
James à suivi :
-Je le jure
Et Jessie :
-Heu...Moi aussi.
Soudain, James a un mouvement de panique :
-Et si on nous la pirate ? À distance ?
-Oh, ça, que j'ai répondu, j'y ai pensé.
J'appuie sur le bouton central de la souris et sur le deuxième écran apparaissent tout un tas de graphiques, de diagrammes et de chiffres :
-Cet écran montre l'état de tous les ordinateurs et de tous les circuits du Macstodonte : pourcentage d'activité, températures, stockage, distribution des tâches, tout y est. Qui plus est, il y a encore une autre sécurité.
J'ouvre le capot du G5 maître. Sur les circuits, à droite de la RAM, brillent 7 voyants verts. Tous alignés et numérotés.
-Ces voyants présents dans les deux G5 informent sur l'état de chaque pièce de chaque machine. Ce qui nous permet de voir l'état approximatif du superordinateur même si l'écran ne marche plus. Ajoutons à ça le fait que la machine est bloquée par un FireWall et un antivirus et qu'elle fonctionne sous système Apple. Système réputé pour ne pas recevoir de virus. Cette machine est extrêmement bien sécurisée, des scans surveillent le système et les programmes en permanence. Le moindre problème sera vite repéré. Il y a au final très peu de risque que la machine nous échappe. Le moindre truc qui tentera d'utiliser la machine apparaîtra sur les scans et les sondes.

Ça...C'est ce que je croyais...

-Bon, du coup, si on s'y mettait ?
Je m'assois sur la chaise et réveille la machine qui n'attendait que ça. je commence à taper les première lignes de code pour la modélisation du monde. Céleste prends son sac et sort une pochette :
-J'ai fait quelques essais au papier, ils sont là.
Je fais un demi-tour sur ma chaise pour regarder avec les autres. Ce que je vois est tout simplement sidérant. Ce n'est qu'une série de croquis mais ça vaut le coup d'oeil : le ciel est effectivement jaune. Le sol lui couleur sable. On dirait une espèce de pâte...Des bâtiments à l'aspect steampunk dans les tons bleus ont un air à la fois imposant voire menaçant. Des sortes de branches rouges sans feuilles dépassent du sol...Dans le ciel, une sphère englobe une bonne partie du décor. C'est la fameuse planète, d'une couleur orangée. Il y a aussi un genre d'étoile bleue...
-C'est magnifique, je ne sais pas si on pourra modéliser quelque chose d'aussi complexe.
-Bien sûr qu'on pourra, fait Jessie, elle l'a fait sur un bout de papier et on va le faire sur un super gros ordinateur, c'est sûr qu'on pourra le faire !
Je ne réponds pas. En théorie, c'est possible. Mais ça risque d'être long...
-T'as qu'à essayer de faire le sol et le ciel, déjà, ajoute James.
-Ok, Ben tiens, James, viens au circuit de partage et enclenche les interrupteurs 7, 8 et 9, après tu mettras le potentiomètre du convertisseu Ohms.
-Sir, yes sir !
-Jessie, tu te mets devant l'écran de surveillance et tu me dis s'il se passe quelque chose. Je vais commencer à programmer. Alors...La palette hexadécimale...Le soft de 3D, option background. On y va...
James presse les trois interrupteurs et tourne le bouton du potentiomètre. Instantanément, comme prévu, tous les G4 se rallument et mettent leurs disques en route dans un bruit digne du Millenium Falcon. Les G5 démarrent leurs monstrueux ventilateurs et tous les papiers situés derrière les tours s'envolent. Le Macstodonte est prêt.
On s'est donc réparti les tâches ainsi : moi à la programmation, Céleste qui regardait et commentait les résultats, James aux commandes des circuits externes et Jessie qui surveillait l'état des machines du mieux qu'il pouvait :
-grmbl...Comprends rien...que des chiffres des machins et des trucs qui font bip. Là ! C'est passé à 12 Mo, c'est normal ?
-Oui ! On t'a dit, Jessie. tant que rien ne devient rouge c'est que tout est bon !
-Bon...Bon, ça va !
-James, redirige le circuit du convertisseur A sur le transistor 5263 du G5 esclave.
On a donc continué comme ça tout l'après midi, si bien qu'au final :
-J'ai fini la première phase ! Lancement !
-Ok patron, Toutes les machines sur le circuit principal, interrupteurs 1, 2, 3, 4, 5 et 6 enclenchés. Potentiomètres recalibrés. Macstodonte paré à lancer !
J'appuie sur la touche Enter. Un vacarme assourdissant envahit la pièce, les voyants blancs de tous les G4 passent au vert. Des étincelles jaillissent des circuits, les écrans s'éteignent...Une série de bips se font entendre.
-ÇA VA SAUTER, hurle Jessie !
James manque de prendre une étincelle et tombe sous le bureau. Je recule ma chaise. Céleste derrière s'accroche au dossier. Je me tiens prêt à réagir au premier cafouillage. Soudain, les machines se calment, le grondement s'affaiblie, les bips cessent.
-Alors ? Fait Jessie
Les écrans se rallument. Sur le second, une carte. Elle a l'air bien vide. Elle représente ce qui semble être une île très circulaire rentourée de ce qui semble être une mer. La carte en trois dimensions tourne histoire d'apparaître sous tous les angles. On constate que l'île est directement au niveau de la mer, forment une espèce de plan dans ce qui pourrait être une voute céleste virtuelle. Quand on regarde le premier écran, on comprend vite mieux cette carte...

Une fenêtre est ouverte, sur cette fenêtre...Un désert s'étend. A perte de vue. Son sol ressemble à du sable mais a en même temps une allure argileuse. Par endroits des bulles s'en détachent pour monter dans le ciel. Un ciel jaune vert. Parsemé de nuages violets à l'allure de fumée. Des reflets orangés viennent s'ajouter à ces fumées. Une grande planète est en train de se charger sur le fond. Une planète couleur or...Soudain une lumière apparaît : une étoile bleue s'est chargée dans le haut du ciel. Au loin, on distingue la mer. De la même couleur que le ciel. En légèrement plus verte et plus vive...La base est prête. "Notre" monde est né.

Il manque encore énormément de choses mais la base est là. Elle est déjà splendide. La définition de l'image et la physique donnent l'impression de regarder par une fenêtre (Ce qui quand on y pense...Est vrai...). On regarde tous cet écran, des milliers d'émotions se bousculent en ce moment même dans nos coeurs : extase, fierté, bonheur, soulagement...C'est Jessie qui rompt le silence en disant :
-Vous voyez qu'on y arriverait !
-C'est...Magnifique...Chuchote Céleste
-Ça c'est sûr, ça vaut le coup d'oeil lance James tel un gars montrant sa région à des touristes. Comme c'est apparemment mon tour de parler, je lance :
-Bravo, bravo à tous !
-Et bravo à toi ! Réponds Jessie, depuis le début je comprends rien à ce que tu fais, mais c'est trop cool !
-Allez, venez prendre un verre de jus de pomme. Ça se fête tout ça !

To be Continued...
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