Cinquième épisode : Tim, yeux rouges et éclairs

Lundi, cours de SVT, dans les grandes salles de sciences toutes carrelées de blanc. Je partage ma paillasse avec James et Jessie. Les élèves finissent de rentrer dans la pièce. Tim arrive parmi les derniers. Elle se met à la paillasse à gauche de la notre occupée par Céleste et une autre fille (Marie si vous voulez tout savoir...). Elle a toujours son air strict et froid. Elle dit bonjour d'un air absent à ses deux voisines et s'assoit. Jessie ressort ses yeux pamplemousse pour la regarder. James s'en rend compte et annonce :
-Tim t'intrigue ? Je la connais un petit peu. Conseil : si tu veux de l'ambiance, évite d'être avec elle...
-Tu la connais ?
Jessie vient de retourner ses pamplemousses sur James.
-Oui, il y a deux ans j'ai passé deux mois dans son ancien collège...
Je m'incruste dans la discussion :
-En tout cas, c'est pas Joe le rigolo hein ?
-Oh, elle a toujours été fermée comme ça. Très fermée...Elle n'est pas très sociable comme fille. Mais elle n'est pas méchante. Elle peut même être sympa quand elle veut.
-Allez, sortez vos livres pages 394, aujourd'hui, génétique.
Madame Leriz, professeure de profession en milieu de carrière, au dynamisme commençant à s'essouffler, s'est installée à son bureau. Le cours de SVT commence. Mes deux voisins se tournent vers la prof. Je jette un bref regard sur Tim. En sortant son livre elle fait tomber son stylo. Marie le lui ramasse et lui donne tout en souriant. Tim le prends un peu brusquement mais fixe Marie quelque secondes ; un sourire de remerciement un peu forcé s'affiche sur le visage de la nouvelle. Celui de Marie s'élargit. Tim a alors un moment d'hésitation, plonge dans son cahier et reprend son air froid...Je me retourne vers mes deux camarades de table. Ils étaient, pour une fois, en train de lire le livre. Mais à la mauvaise page. Il étaient en train de rigoler sur la page d'éducation sexuelle...Mon dieu...

J'ouvre mon propre livre (à la bonne page) et je commence à observer les documents. C'est plutôt balaise. Je suis plutôt bon en SVT mais là je doit admettre que j'ai du mal à suivre. Ces histoire d'ADN, d'ARN messager, d'acides aminés...J'ai donc planché là-dessus pendant une dizaine de minutes jusqu'à ce que la prof prenne la parole :
-Bien ! Qui peut me dire les points communs entre l'ADN et l'ARN ainsi que leurs différences ?
Une main se lève dans la classe, seule. C'est celle de Tim.
-La nouvelle ?
-L'ADN et l'ARN sont toutes deux des macromolécules contenant le code génétique d'un être vivant. Mais leur constitution est légèrement différente : la Thymine de l'ADN est remplacée par l'Uracile sur l'ARN. l'ADN ne sort jamais du noyaux des cellules. C'est l'ARN qui sert de doublon et qui permet la synthèse de protéines extra-nucléaire. C'est pourquoi l'ordre de ses acides aminés doit être strictement identique à celui du bout d'ADN modèle.
Jessie s'est (encore) mis à la fixer avec ses yeux de...Ballon de basket avec cette fois en plus un sourire admiratif :
-Elle est calée !
-Tu m'étonnes, rétorque James, son père est biochimiste.
-Oh, ça ne veux pas forcément tout dire ça...
Moi, mon père, il n'a jamais fait d'informatique et il galère carrément pour ouvrir un truc genre Word. C'est pour ça que je n'étais pas d'accord.
-Bien, bravo mademoiselle Sita, et pouvez vous me dire pourquoi l'ADN ne quitte jamais le noyau ?
-L'ADN contient tout le code génétique de l'être vivant à qui il appartient. Toutes les informations sur tous ses caractères y sont contenues. Si jamais il est endommagé, cela pourrais donne lieu à des mutations pouvant favoriser l'apparition de cancers et la mort.

Le cours s'est poursuivi comme ça pendant une heure et demi : la prof parlais et Tim lui répondait, elle développait, rectifiait...Tandis que Céleste notait toutes ses remarques en plus du cours standard, que Jessie répètait pour son rôle de future mouche aux supers yeux, et que James balançait entre somnolence, sommeil profond et ronflements intempestifs. Puis la sonnerie a annoncé la fin et on s'est donc dirigé vers la sortie. En se levant, Jessie accoste James sortant de sa sieste :
-Dis, Tim, tu m'a dit que tu la connais, c'est ça ?
-Hein ? Heu...Bof...
-Tu pourrais me présenter à elle ?
-Heu...Ben...
-S'il te plaît !
-Oh c'est bon...
On sort dans la court et James s'approche de Tim, l'air un peu nerveux...
-Salut Tim ! Dit je voudrais...
-T'as vraiment pas fini de m'embêter, oui ? Tu m'énerves, c'est tout. Tu as été lourd pendant deux mois, maintenant, ça va bien.
James fait demi-tour et reviens vers nous, l'air à moitié sonné.
-La vache ! A fait Jessie, qu'est-ce que tu lui as fait ?
-Ben...Disons qu'elle n'aime pas mon caractère qui est plutôt...
-Stupidement impulsif ? ai-je tenté.
-Ouais...On peut dire ça comme ça.
-Bah.
C'est à ce moment que William-Yann se la ramène de son pas assuré et propose à Tim d'aller manger.
-En tout cas...Elle n'est pas insensible à la drague foireuse, a commenté James. Jessie, derrière lui, était en train de faire la grimace...
-M'étonnerai que ça dure, ai-je lancé. Bon ! Et si on mangeait nous aussi ?
On s'est dirigé vers le self. Céleste nous a rejoints entre temps. Dans la queue, James me demande :
-Au fait, le superordinateur, il tourne ?
-Il est en veille, il maintient le monde en vie, j'ai presque fini le moteur physique primaire et le programme de gestion du climat est opérationnel !
-Il faudra qu'on se voie pour programmer les plantes et les bâtiments.
-Oui, disons...Ce soir ?
-Nan, a fait Céleste, je peux pas, j'ai dessin.
-Bon, OK, demain soir ?
James approuve :
-Pour moi, ça va
Jessie confirme :
-Moi aussi
Et Céleste ajoute :
-Et moi aussi.
-Ok, donc sauf imprévu, demain soir, rendez-vous chez moi, au grenier.

C'était une nuit menaçante, grise, orageuse...Mais elle n'était pas différente des autres nuits d'automne dans la région du Mans. Pourtant cette nuit-là, quelque chose n'était pas normal : les lampadaires qui éclairaient habituellement les rues d'une puissante lumière orange vacillaient. Comme si toutes les ampoules allaient griller. Une pluie fine se mit à tomber. Un des lampadaires se mit à clignoter de plus en plus fort. Dans un grand flash, une décharge électrique sortit par l'ampoule et sauta sur le fil électrique le plus proche. Des arcs surgissaient de tous les côtés du fil. La ligne semblait surchargée. La décharge continuait d'avancer sur le câble et remonta jusqu'à une maison de campagne, dans un village voisin de la ville, c'est la maison de Fred.

Une des prises du grenier crépite légèrement, un petit arc électrique remonte le fil jusqu'à atteindre une coque d'aluminium. Le Macstodonte démarre sans avoir reçu d'ordre. Ses machines restent pourtant silencieuses. Sur l'écran principal une fenêtre s'ouvre, une fenêtre où il est écrit très nettement en lettre rouges :

Access Denied

La machine reste un moment dans cet état. Puis soudain les moteurs se mettent en route, lentement. Le grondement du supercalculateur s'intensifie. Quelques étincelles sortent des circuits, les prises crépitent. Sur l'écran, la fenêtre disparaît puis se réaffiche, une fois, deux fois, trois fois, puis soudain une autre fenêtre s'ouvre, le texte cette fois est vert :

Access autorised

Cette fois, le grondement s'amplifie pour de bon. Une lumière rouge s'allume sur les deux G5 et tous les voyants des G4 passent à l'orange. l'écran secondaire s'allume, l'état des machines apparaît : tout est dans le rouge. Des arcs électriques sortent de toutes les prises de la machine et filent en direction des lignes téléphoniques, dans toutes les directions. Toutes les lignes électriques brillent de milles feux, pourtant aucun bruit ne se fait entendre. Le village continue de somnoler paisiblement. Les arcs électriques se dirigent vers les maisons environnantes. Dans l'une d'elles, deux ordinateurs. Un fixe et un portable. Ils reçoivent tout deux une décharge et se mettent instantanément à fumer. Dans une autre maison voisine, le PC s'allume. Instantanément un écran bleu de la mort le fige. Puis l'image saute deux trois fois avant de s'éteindre pour de bon. toutes les machines de l'école primaire du village émettent un flash puis un crépitement sinistre avant de libérer une intense odeur de métal fondu. En l'espace de quelque minutes, le village voisin du Mans où habite Fred viens de perdre tous ses ordinateurs, tous ? Non...

Les décharges électriques disparaissent des prises mais le Macstodonte continue de gronder. Soudain, une ombre jaillit d'un câble téléphonique et s'élève dans le ciel. Elle passe à travers le vélux et plonge dans le G5 maître. Les deux écrans virent au noir. Un symbole s'affiche en rouge. Ce symbole est plutôt étrange, il n'est pas commun du tout...On dirait...Une sorte d'œil...L'image saute et crépite. Des pulsations régulières se font entendre. Puis soudain, tout s'éteint. Les machines se calment pour de bon, les voyant rouges disparaissent...Le Macstodonte replonge dans sa veille nocturne...

To be continued...
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