Neuvième épisode : Céleste, le tournevis cruciforme, X.A.N.A. le pyromane et Jessie à la pastèque
Quelle heure est-il ? Je ne sais pas. Le ciel à une drôle de couleur dehors...Il est violet. Une incroyable sensation de calme et de bien être semble régner dans le grenier. Avec Céleste, je répare le Macstodonte. J'ai réussi à l'éteindre. Mais je suis sûr que X.A.N.A. en a profité pour s'enfuir ailleurs en attendant. Dans le frigo peut-être...
-Tiens, tu me passe le tournevis magnétique ?
Je dois dévisser le processeur du G5 maître pour mettre un disque dur à la place. Ça fera plus de mémoire vive.
-Tout de suite, Frédéric !
Elle cherche dans la boîte à outils qui est par terre, elle se baisse, dos à moi. Surpris, je détourne le regard et me concentre sur l'écran. Il est noir. Mais je suis sûr que la suie de ma cheminée est plus noire que ça. Céleste me passe la clé à molette. Je m'apprête à la prendre mais j'ai un moment d'hésitation. Je relève mon regard vers elle, elle sourit. D'un sourire très étrange, les joues légèrement rosies. Attends, c'est...C'est pas normal ça, il se passe quelque chose ! J'avais demandé le tournevis mais en fait il me fallait un marteau piqueur ! Heu...Attends ! Non !
Céleste continue à me fixer, comme si elle était en pause. Je ne comprends plus trop ce qu'il se passe, j'ai l'impression de voir la pièce vaciller autour de moi, pourtant je me sens encore...Magnifiquement bien. Puis une main me tape dans le dos. Je me retourne. C'est James. Il n'est pas censé être là. Je pensais qu'il devait jouer à lancer des dynamites sur la voie pour faire voler le train. Il a une sorte de...plaie sur le front. Et il est tout blanc. Complètement blanc. Il ne sourit pas, lui.
-Fred, adieu. Je suis mort. X.A.N.A. m'a tué.
-Que...Quoi ? Mais non ! Tu t'es relevé le plus naturellement du monde !
-Le choc électrique m'a fait prendre trop de jus, je viens vous dire au revoir.
-Mais...Mais...Non !
Ma sensation d'euphorie s'en va, une grande peur la remplace. Une très grande peur.
Un éclair sort du G4 que je réparais, ça illumine le grenier. C'est...très joli. L'éclair fonce dans notre ancien frigo. Celui-ci s'ouvre et une volée de câbles en sort. Ils embarquent Céleste. Celle-ci retire son sourire de son visage pour le remplacer par une expression d'horreur. Je me lève de ma chaise et me dirige instinctivement vers les câbles, mais j'ai l'impression qu'ils s'éloignent quand je m'approche. J'ai l'impression que tous le fond du grenier s'éloigne à mesure que je cours.
-Fred, s'il te plaît, sort moi de là !
Céleste a hurlé ces mots qui ont résonné dans tout le grenier. Puis elle disparaît dans le frigo, une volée d'éclairs entourent alors celui-ci, ponctués par les hurlements de la jeune fille...
Je m'arrête. J'essaie de répondre, mais seul du souffle sort de ma voix. Je suis aphone. Je me retourne. Le Macstodonte est derrière moi. Il est réparé, imposant. 4 G5, 8 G4, 4 écrans. Une ombre en sort. Elle s'arrête devant moi. J'entends mon coeur battre. Très fort. L'ombre ouvre un oeil, un oeil très étrange, terrifiant. Elle ouvre également sa bouche et dit d'une voix à l'apparence électronique :
-Access Denied, Fred, tu ne peux pas la sauver. Après tout, je vais tous vous tuer.
Puis l'ombre s'évapore en laissant derrière elle une volée de flammes. Tout le grenier brûle ! Tous mes souvenirs ! Toute ma vie. Je panique. Je n'en peux plus. Malgré la chaleur environnante j'ai très froid. Le feu dévore tout sur son passage. Seul le bureau du Macstodonte se dresse au milieu du feu. Noir. Beaucoup plus noir que la suie de ma cheminée. Le toit du grenier se fissure et de l'encre noire s'échappe du plafond. A ce moment une autre main me tape dans le dos. Jessie est à côté de moi, l'air aussi paniqué que moi.
-Fred ! Ton grenier brûle ! Vite, prends une pastèque !
Jessie sort une pastèque de derrière les flammes et l'essore comme une éponge. Le feu semble reculer. Mais le plafond fini par tomber pour de bon. Libérant une flopée d'encre qui noircit le feu. Au milieu des flammes noires et du ciel violet qui est désormais terrifiant, j'ai perdu Jessie. J'essaie de l'appeler mais je n'y arrive pas. Je ne fais que souffler. Je regarde dans toutes les directions et trouve une pastèque. Je la prends. Je lève la tête. L'ombre est là, dans le ciel. Accrochée à la ligne téléphonique par un arc électrique. Elle est devant la lune qui malgré sa lumière jaunâtre ne l'éclaire pas. Je m'apprête à presser la pastèque dans sa direction quand celle-ci disparaît d'entre mes mains. L'ombre me regarde d'un sourire démoniaque et hurle :
-Operation Cancelled by user X.A.N.A. !
Puis elle se met à rire. A rire sans s'arrêter. En me regardant moi. Au milieu des restes de mon grenier rongé par des flammes noires. J'ai de plus en plus peur. Je ne peux plus bouger. Je suis tétanisé par la terreur, par le froid...Je regarde devant moi. Le Macstodonte est toujours là. Au milieu des flammes. Des lignes de code vertes circulent sur ses écrans. Sous le bureau, j'aperçois un corps. Celui de Lucie. Il semble sans vie.
Cette fois, s'en est trop. Je tente de crier, je souffle. Je réessaie, plus fort, encore du souffle. Je prends une grande inspiration, et cette fois, ça marche :
-AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !
J'ai mal partout. Je suis trempé de sueur froide. Un liquide me chatouille les lèvres, mon nez saigne. Je suis assis. Assis dans quelque chose de confortable. Je regarde un peu autour de moi. J'aperçois des chiffres verts. Je sursaute : le Macstodonte ! Ah, non, l'écran est plus petit. C'est mon réveil, il est 3h30. Je tourne lentement la tête de l'autre côté. L'iBook sur mon bureau sommeille. Son voyant scintille dans le noir d'une lumière blanche et rassurante. Je me retourne vers la table de nuit et vois mon verre d'eau. Je le prends et le bois cul-sec. Ça me fait du bien. Petit à petit mon coeur reprend son rythme normal. Je prends également un mouchoir pour stopper mon nez. Puis ma porte s'ouvre. Mon père, en pyjama, entre, l'air sonné.
-Fred, ça va ?
-C'est rien, c'est rien, cauchemar.
-Ah bon, je retourne me coucher alors.
-Désolé.
-Pas grave.
J'ouvre le tiroir de ma table de nuit et allume la veilleuse. Je sors un cahier. C'est mon carnet de rêves. Je les note tous depuis près de 8 ans dans ce cahier, juste après les avoirs fait. Pour avoir un maximum de détails. J'inscris la date et l'heure, et je commence à écrire. Ce rêve est sans doute le plus marquant que j'ai jamais fait, son début était...Extraordinairement agréable et sa fin terriblement effrayante. Je me demande s'il est prémonitoire...Non. C'est impossible, c'est juste un rêve. Enfin...
J'écris, pendant presque une heure mon rêve, le plus précisément possible. Puis après, je monte au grenier. Le Macstodonte trône au centre de la pièce, mais il n'a pas son aspect menaçant. Il faut dire qu'il est éteint et que la moitié de ses machines sont ouvertes, partiellement démontées. A sa droite, j'aperçois notre vieux frigo. Je n'y avais jamais vraiment fait attention, c'est fou comme notre inconscient joue sur les rêves...Ce frigo était très design. Tout en inox avec de belles courbes rondes un peu genre réveil des années 80. Mais son moteur a grillé, on ne l'a pas encore jeté. Le grenier est vraiment très calme sans le bruit du Macstodonte. J'y allais quand j'étais petit pour farfouiller, retrouver mes vieux jouets, de vieux trucs idiots, des déguisements, des cachettes...Quand j'y pense...Oui. Une bonne partie de ma vie est dans ce grenier. Un morceau de mon enfance et un morceau de ma vie de lycéen. Elle a bien changée ma vie depuis...Je regarde lentement toutes les vieilleries une à une. Chaque fois me viens un souvenir, une anecdote. Puis je m'arrête sur le superordinateur. Il faudra que je le répare. Pas seulement pour X.A.N.A. Mais j'ai l'impression qu'il fait désormais partie de cette pièce. Des souvenirs apparaissent aussi en lui : le début du projet, la construction du monde, la recherche de la partition avec Céleste, l'électrocution de James...Peut-être que dans plusieurs années, je retomberai sur cette machine et je me rappellerai de tout ça...avec le sourire. J'ai toujours vu la vie comme une aventure. Mais je me rends compte que là, j'en vis vraiment une. Il faudra s'arranger avec les autres pour réparer notre engin. Le plus vite possible. Et reprendre le combat.
Je regarde à travers le vélux. La lune brille. D'une lumière blanche. Aussi rassurante que celle de l'iBook. La nuit est noire, mais certainement moins que la suie de ma cheminée.
To be Continued...
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