Quinzième épisode : Attaque nocturne

-C'est joli la campagne.
-Heu...Oui Jessie, je suis assez d'accord.
Je marche. Sur une route bordée de champs. Des poteaux électriques de bois et des barrières la suivent sur le côté droit. Le ciel est bleu gris, éclairé d'une lumière blanche un peu bizarre mais agréable. A ma gauche, Jessie regarde les champs avec son sourire...niais. A ma droite, Céleste marche. Le nez en l'air, les yeux fermés. Un sourire innocent luisant sur son visage. James marche de manière décontractée, les mains dans les poches en sifflant. Moi, les mains derrière le dos, je constate. Je ne pense à rien...Je marche, droit devant moi. La route semble sans fin. C'est pas plus mal. C'est agréable de marcher. Il viendrait à pleuvoir que ça serait presque génial...

Tiens ? Il semble que je distingue quelque chose à l'horizon. Un objet posé sur la route...Bizarre. Bah...On s'approche, on va bien voir ce que c'est.
-Tiens, 'zavez vu ? Fait James.
-Où ça ? Répond Jessie qui fixe encore les champs...
Céleste continue de musarder sans rien dire. Moi, je ne réponds pas, mais j'ai vu.

On s'approche doucement, l'objet se dessine. Rectangulaire, avec une sorte de poignée sur son dessus, il est de taille moyenne...Posé sur des sortes de pieds...

C'est une valise. C'est LA valise. La valise de...
-Hé ! Mais c'est ma...
bip bip bip BIP BIP BIP BIP

Je refais surface, il est minuit deux. La lune éclaire ma chambre par la fenêtre, tandis qu'un bip bip retentit dans la pièce. Je tourne la tête vers la gauche, non, ce n'est pas mon réveil...J'entends un petit bruit de ventilateur. Je commence à comprendre et me tourne vers mon bureau. Sur ce dernier, l'iBook vocifère le bip bip comme s'il appelait au secours. Bien qu'il soit fermé, la fente entre son écran et son clavier luit dans le noir. Je me lève en sursaut et manque de chanceler, je suis fatigué. Je mets mes lunettes et m'assois sur ma chaise. J'ouvre l'iBook. L'écran lance brutalement sa lumière dans mes petits yeux exténués...Je les ferme par réflexe et les rouvre doucement. Le grand carré blanc se colore et se précise. Une fenêtre d'alerte réseau clignote. J'arrête le bip bip et tends l'oreille vers le plafond, ça bourdonne là-haut...

Je prends ma robe de chambre et mon verre d'eau. J'ouvre la porte, traverse le couloir. Je passe devant la porte de la chambre de mes parents. Mon père ronfle tellement fort que même si ma mère étais réveillée, elle n'aurait pas pu entendre le bip bip ou le Macstodonte. Je passe ensuite devant la porte de Lucie qui est ouverte. Ma petite sœur dort dans son lit avec un sourire qui ressemble à celui de Céleste. Elle suce son pouce, tout en serrant son canard en peluche. Innocemment, je souris...

Je tourne à droite, sur la pointe des pieds. Le couloir est bien étrange la nuit. Noir par endroits et illuminé par la lune à d'autre, labyrinthe d'ombre et de lumière.

Je suis fatigué. Chaque pas me semble être une épreuve. Mon esprit vacille, je me sens aller et revenir vers la réalité. Je lève la tête, j'ai atteint le bout du couloir. L'échelle monte vers le plafond, vers la trappe. Je mets mon pied sur un barreau, le deuxième au-dessus, une main, puis l'autre. Je monte, du plus vite que je peux, ce qui est pourtant très lent.

Ma tête passe la trappe. Il fait noir comme dans une marmite là-dedans. Le grenier ferait presque peur par son noir plus noir que de la suit. Encore plus avec le gros grondement que l'on entend dans le fond de la pièce. Je tâtonne et trouve sur le sol le petit interrupteur. Le vieux spot s'allume, m'éblouissant de nouveau. Mes yeux se refocalisent et la pièce apparaît. Le monstre est toujours au fond du grenier, hurlant de tous ses ventilateurs comme s'il exprimait toute la colère du programme qu'il contient. Je hisse mes jambes sur le sol et me dirige lentement vers le Macstodonte. Je me laisse tomber sur la chaise, plisse les yeux et allume les écrans.

X.A.N.A. est apparemment reparti sur le réseau. Je me demande ce qu'il trafique. Tiens, il a relancé une décharge. Même itinéraire que la dernière fois, mais plus lente. Le froid doit diminuer la conductivité des câbles.

Je lance Skype, personne de connecté...Bon. J'enclenche la fonction téléphone et compose le numéro de Jessie. Je tombe sur le répondeur. Je tente celui de Céleste. Après une demi-douzaine de sonneries, celle-ci décroche :
-Allô ? Demande-t-elle dans un bâillement.
-Céleste...C'est...Fred. Vraiment désolé de te réveiller. Je...X.A.N.A. attaque.
-Hein ?
La voix de Céleste s'est littéralement transformée : elle était molle, fatiguée et faible, elle vient de reprendre son aspect normal, avec une pointe de panique.
-J'arrive.
-Heu...Tu...Arrives ?
-Oui, j'habite pas loin, j'ai une bicyclette, j'arrive. James et Jessie sont au courant ?
-Heu...Nan.
-Ok, je me charge de James, tu te charges de Jessie, OK ?
-Ok mais il...
-Dis-lui de prendre son vélo. James habite entre lui et le Mans. Avec un peu de bol il peut passer le prendre avec la bombe et foncer vers la décharge, Ok ?
-Oui, mais il...
Clac. Elle a raccroché...
J'ai mal à la tête. Je n'ai pas eu le temps de dire que Jessie ne répondait pas. Je fatigue de plus en plus, c'est affreux...J'en ai presque mal.

Je tente de remettre mon cerveau en route. Jessie. Jessie…attends, je sais ! Je masque Skype, ouvre la fenêtre du disque du G5 maître, dossier Applications/Jeux, Galactic Battle, Enter !

Le jeu démarre, sa musique me vrille les tympans jusqu'à ce que je retrouve la touche "mute". Je lance le jeu multijoueur, option « vos amis », gagné, il est là ! Je démarre le chat.
-Salu Fred, alor, tu té enfin Dcidé à co ! Cool Lol, on va se maré !
-Salut Jessie, désolé de ne pas pouvoir jouer mais X.A.N.A. attaque, il a lancé une nouvelle décharge. Si j'en crois la carte elle fonce vers le Mans. Prends ta bicyclette et fonce. La maison de James est sur ta route. Tu le récupéreras avec la bombe au passage.

Petit temps d'attente puis la réponse apparaît :

-Reçu. J'y vais.

C'est fou comme le sérieux de la situation se répercute sur ce clown de Jessie...
Je soupire, soulagement, les autres sont prévenus, on va s'en sortir. Toc toc. Heu...Tiens ? On frappe au vélux...Attends, AU VELUX ?

Non, je ne rêve pas. C'est Céleste, habillée de sa jupe et de sa veste sur une chemise de nuit, qui toque au vélux. Sur le toit de la maison. Elle est assez jolie avec ses cheveux détachés et décoiffés. Sans son fond de teint, ses tâches de rousseur réapparaissent...Je lui ouvre, à moitié sonné. La demoiselle saute sur le plancher et m'adresse un sourire un peu amusé. C'est à ce moment précis que je constate que je suis toujours en pyjama et en robe de chambre, sans même avoir pris la peine de prendre des pantoufles.
-Bonsoir Fred ! Désolée d'entrer de manière improbable, quand je suis arrivée devant ta maison, j'ai vu une grande échelle qui montait vers le toit, je me suis dit que ça serait plus pratique de passer par là pour ne réveiller personne. J'ai prévenu James, il attend Jessie.

Je remets mon esprit en route. Oui, effectivement, l'orage d'il y a quelques jours ayant fait tombé quelques tuiles. Mon père a dû sortir l'échelle pour les remettre. Mais bon c'est pas tout ça, on a un X.A.N.A. sur le feu.
-Bon ! Tu prends le contrôle du GPS ? Je me charge des circuits.
-Hein ? Heu...Oui.
Céleste est d'une étrange bonne humeur, ce qui contraste énormément avec mon air fatigué. Je suis pourtant d'un naturel assez nocturne d'habitude...
Je me redirige vers la machine. Je me rassieds et repose doucement mes mains sur le clavier. Je regarde le GPS, la décharge de X.A.N.A. approche du Mans. Un second point apparaît à quelques centaines de mètres d'elle, Skype sonne.
-Salut Fred, c'est James, je suis avec Jessie sur la bicyclette, on a la valise, on fonce direction le Mans, j'ai activé la localisation de mon portable sur l'IP du Macstodonte, tu me vois ?
-Oui.
-Ok, on est à quelle distance ?
-Je dirais 500 mètres, vous la rattrapez.
Je sors ma calculatrice et tente de rester concentré.
-Sauf que vous n'allez pas assez vite, elle peut encore vous distancer jusqu'au Mans, il faut accélérer !
Une voix lointaine et essoufflée résonne dans le haut-parleur.
-Facile à dire Fred, c'est pas facile le cyclisme après Galactic Battle en pleine nuit, je fais ce que je peux.
Je réfléchis, si Jessie ne peut pas accélérer, il faut ralentir la décharge, comment ralentir un courant électrique...En baissant la conductivité. Ouais, nan, je peux pas faire ça...Raisonnons informatiquement...Voyons voir...
-Fred ? Tu es sûr que ça va ? Tu es tout blanc...
-Céleste, tourne le bouton sur ta droite et appuie sur la plaquette sur ta gauche, actionne l'interrupteur du circuit bleu et branche le fil vert sur la prise blanche du circuit rouge.
-Heu...D'accord.
L'interface réseau s'ouvre sur l'écran secondaire. L'historique sur la droite, les specs sur la gauche, sur l'écran principal, le terminal réseau attend la prochaine commande, screenWeb system connecté.
Ok. X.A.N.A n'a visiblement pas accès à la connexion rapide, en plus sa décharge est ralentie par le froid. Je pourrais envoyer un message de surcharge pour la freiner en utilisant le double gigabit du G5 maître, Ok, c'est parti, alors...

Je tapote légèrement le clavier pour me chauffer. Soudain je vois l'écran se flouter et vaciller, en fait ça doit être ma tête qui vacille, heureusement que ma main la rattrape.
-FRED !
-Ça va, ça va, tourne la réglette de gauche sur x2. Et règle l'interrupteur du circuit vert sur "Max".
Céleste s'exécute. L'air un peu inquiet. Je reprends le contrôle de mes mains et tape sur le clavier, pour de bon cette fois. Je commence à réfléchir sur les calculs tout en tapant la commande. J'ai l'impression de tourner au ralenti. Mais je tourne encore. Je ne dois pas m'arrêter. On tient, on tient. J'évalue la taille du Paquet, paramètre l'IP de destination sur celle de la décharge et visionne les MACS, j'ouvre les ports et prépare l'Ethernet. Puis j'appuie sur Enter.
-Attention Céleste, recule.
Elle fait un bond en arrière, juste à temps : une autre décharge part par les câbles et se jette dans le mur. On la voit partir dehors, dans la rue. Vite. Bien plus vite que celle de X.A.N.A.

La route noire se distingue à peine malgré le phare de la bicyclette. La nuit est sombre. Seule la lune se distingue d'entre les nuages. C'est assez inquiétant. Si on oublie la bicyclette et les roues de la valise, aucun bruit ne se fait entendre. Jessie pédale de toute sa force. James tente de rester éveillé. Quand soudain une lumière l'éblouit au loin :
-Là bas ! C'est elle !
Luisant au milieu de la nuit, la décharge fonce sur le fil. La bicyclette s'en rapproche lentement. Au loin, les lueurs de la cité du Mans apparaissent.
-Jessie, accroche-toi, il faut qu'on la dépasse !
Soudain un éclair double la bicyclette et fonce vers la décharge à vitesse grand V. Les deux arcs se rencontrent et se stoppent en une explosion de lumière. Stable, au milieu des fils. Les deux lycéens regardent le spectacle d'un air ahuri.
-James ! J'ai trouvé comment freiner la décharge, elle est quasiment immobile pour quelques secondes, vite ! Dépassez là !
Les deux répondent en chœur :
-Reçu !
Jessie donne tout ce qu'il a à ses mollets et pédale comme un fou. La boule de lumière se rapproche de plus en plus vite. Puis ils passent en dessous. Et là voilà qui s'éloigne. Revoilà le noir à l'avant. Puis soudain le téléphone se fait remarquer.
-Les gars, d'après mes calculs, vous êtes à bonne distance, amorcez la bombe !
-Sir yes Sir !
Ce qu'ils font. Ils freinent brutalement. James ouvre la valise, la paramètre et cours se mettre dans le fossé avec Jessie qui se bouche les oreilles. Le spectacle n'est pas bien différente de nuit : compte à rebours, puis la décharge arrive et pile quand elle passe au-dessus de la valise, s'évapore comme un rêve. James se relève et remet son téléphone à son oreille et chuchote :
-Mission accomplie.
Un sourire se dessine sur le visage de Céleste, elle pose le fil qu'elle venait de débrancher sous mes ordres.
-Bon...Et bien...Je referais pas ça toutes mes nuits, mais c'était rapide. Allez, je vais rentrer avant qu'on se doute de...
Mes oreilles se mettent violemment à palpiter. Ma tête semble soudain brûler comme une cheminée. Mes jambes me lâchent et mes mains semblent disparaître de mon corps. Une impression d'intenses vagues me submerge. Ma vision s'éclaircit violemment. Céleste semble luire, de plus en plus fort. Tout semble m'éblouir. Soudain je sens ma tête m'alourdir brutalement et je vois mon clavier. Il se rapproche. De plus en plus vite. De plus en plus fort...

BLAM !

To be continued...
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