Seizième épisode : Dispute d'idiots
Il fait noir, très noir. Je ne sais pas trop où je suis. Je constate que j'ai très mal à la tête. Je suis très fatigué. Pendant que je fais ces constatations, je vois mon champ de vision s'éclairer lentement. Une lumière diffuse et blanche arrive à mes yeux. J'essaie de voir s'ils sont ouverts ou fermés...Ouvert dirait-on : des formes se précisent. Une lueur intense, le soleil, à ma fenêtre. Je suis dans mon lit. Toute ma chambre est éclairée par le jour. Je relève la tête, lentement, elle me semble peser trois tonnes. Elle brûle encore. Je me tourne vers mon réveil mais je n'arrive pas à lire les chiffres. J'aperçois tout de même mes lunettes. Je les mets, c'est un peu mieux. Au fur et à mesure que mes yeux se réhabituent, je finis par enfin distinguer l'heure : 11h17, ainsi qu'un mot sur ma table de nuit. Je l'ouvre et je reconnais l'écriture de mon père :
Fred, surtout ne t'inquiète pas, on ne t'a pas oublié ! On a vu ce matin que tu ne te levais pas. On est allé voir et on a constaté que tu étais brûlant de fièvre, avec des sueurs froides. Du coup, on a estimé qu'il fallait mieux te laisser te reposer, tu as dû attraper la grippe. On a appelé le docteur. Il passera à midi quand nous rentrerons.
L'écriture de ma mère suit celle de mon père.
Il serait préférable vu ton état que tu ne te fatigue pas d'avantage devant un écran. On n'a pas touché à ton ordi parce qu'on sait que tu n'aimes pas ça, mais évite tout de même d'en faire.
Maman, papa.
Je replie le papier et le repose...Effectivement, vu ce qui m'est arrivé pendant la nuit, il est préférable d'éviter les machines. Attends...Durant la nuit ? J'ai fait un malaise sur le Macstodonte ! Dans le grenier ! Comment je me suis retrouvé ici ?
En quête d'explications, je me lève (en manquant de tomber) et m'approche du bureau. L'iBook attend, en veille. Je sais que c'est pas génial mais je dois savoir ce qu'il en est du monde virtuel. Je prends le laptop et un livre pour dissiper la chaleur et reviens à mon lit, j'ouvre la bestiole et m'apprête à appuyer sur le bouton d'allumage quand je remarque un autre mot qui était coincé entre le clavier et l'écran. Il est écrit d'une jolie écriture cursive.
Fred,
J'espère que tu vas bien. En tout cas ça n'allait vraiment pas hier soir, au cas où tu ne te rappellerais plus, il y a eu une attaque de X.A.N.A. en pleine nuit. On a réussi à le stopper mais tu t'es évanoui juste après. Comme je ne pouvais pas te laisser sur ton clavier, je t'ai transporté jusqu'à ta chambre et je t'ai remis dans ton lit. J'ai remarqué que ton ordi portable sur le bureau était allumé. Il affichait plusieurs alertes que je n'ai pas pu déchiffrer. Pour ne pas faire suspect, je l'ai mis en veille. Je termine d'écrire et je rentre en passant par l'échelle. J'espère que ça va aller. Bonne nuit, et j'espère à demain.
Céleste.
D'accord, je revois le truc. Bon dieux que c'est pas cool d'être malade...Attends ! Des alertes ? Sur l'iBook ? Purée, ça peut être grave ça ! Cette fois j'appuie sur le bouton. Le petit portable lance son de démarrage et allume son écran. Mes yeux envoient leur refus et leur douleur de regarder à mon cerveau, je sens la fatigue grandir. Le curseur de chargement apparaît. Plus vite, plus vite ! L'écran de session apparaît. Je tape mon mot de passe, le système se prépare. Allez mon vieux accroche-toi ! C'est une question de vie ou de mort, accélère !
L'exécution automatique lance le terminal, je rentre les commandes d'historique, allez, vite !
Error log :
Master PowerMac G5 from Macstodonte sends this : Alimentation survolted, today, 00h02
Master PowerMac G5 from Macstodonte sends this : Alimentation survolted, today, 00h24
Les décharges...Ce sont les décharges. Ouf ! Ce n'est rien. Il ne s'est rien passé de plus depuis l'attaque...Ma chère Céleste, ça ne te suffit pas que j'ai la grippe ? Tu veux en plus me refiler une crise cardiaque ? Ah là là...
Je rendors la machine et me rallonge brutalement. Le plafond semble tanguer un moment puis se stabilise. Je me rends compte que je pleure. La maladie certainement. Je prends un mouchoir posé sur ma table de nuit (oui, on trouve de tout sur ma table de nuit) et m'éponge les yeux. Je les referme.
Au lycée Jules Ferry les cours suivent leur lenteur habituelle, si ce n'est que James et Jessie se sont inquiétés :
-Et tu sais ce qu'il a ?
-Non. Il était pâle comme un mort, il avait l'air faible. Mais il respirait encore, ça devait être un malaise...Du coup je l'ai remis dans son lit, j'ai pas mal galéré d'ailleurs...
-Si ça se trouve-il est mort !
-Ne dis pas de bêtise Jessie, fait James. Tiens, 12 heures ? Faut que je vous laisse.
-Tu ne manges pas avec nous ?
-Hem...Non.
-Mais...Pourquoi ?
James ne répond que par un signe de la main et s'éloigne dans la cour. Jessie le regarde partir puis se tourne vers Céleste qu'il dévisage. Celle-ci se contente de sourire.
-Mon cher Jessie, nous allons manger en tête à tête.
Ce dernier répond en rougissant légèrement.
-Bonjour Fred ! Tu fais des heures sup de sommeil ? Le Marchand de sable t'a fait un bon prix ?
Je rouvre les yeux, devant moi se trouve Madame Causse, de son prénom Méline. C'est le médecin du village. Il y a fort longtemps que je ne l'avais pas vu, je ne tombe pas souvent malade. C'est une jeune femme aux longs cheveux noirs et raides et aux yeux bleu clair qui bien que simple médecin de quartier se permet de porter une blouse blanche sous son manteau. C'est le genre de médecin qui peut vous faire une piqûre sans vous faire peur. Il faut dire qu'elle le fait avec le visage qu'elle affiche actuellement devant moi : à savoir les yeux qui pétillent et un sourire rassurant. Mes deux parents se tiennent derrière elle.
-Alors comme ça on est malade, ça ne t'arrive pourtant pas souvent. Enfin, tu permets que je t'examine ? Allez, ouvre la bouche.
Elle me pose un bâton de bois sur la langue. J'ai horreur de ça, mais je ne dis rien, je tolère. Ensuite le thermomètre dans l'oreille, c'est déjà plus supportable. Je préfère d'ailleurs 100 fois plus son thermomètre auriculaire que le thermomètre anal de la maison...Enfin bref. La série de tests de routine, ce pour en arriver à a conclusion suivante :
-Effectivement, c'est bien une bonne grippe. Il n'y a pas grand-chose à faire, du repos, beaucoup de repos. Ça devrait passer dans trois-quatre jour. Si ça dure plus longtemps rappelez- moi.
Elle se retourne vers moi.
-Quoi qu'il en soit, tu devrais rester contagieux pendant environ une semaine, c'est pourquoi tu ne retourneras pas au lycée avant une semaine. J'espère que tu as un copain...Ou peut-être une copine qui te passera les cours. Me dis-t-elle avec un clin d'œil.
Trois-quatre jours ? Une semaine ? Cool ! Quand ça ira mieux j'aurai trois-quatre jours pour programmer le monde virtuel, on va bien avancer là !
-Tu ne mange pas Jessie ?
-Si si...Je m'inquiète un peu pour Fred...On l'a un peu abandonné sans trop savoir ce qu'il avait.
-Ne t'inquiète pas. Il n'avait pas l'air si mal que ça, il respirait encore régulièrement et semblait plus très fatigué qu'autre chose. Enfin...c'est vrai que j'aimerais savoir comment il va aussi.
-Tu le connais depuis longtemps ?
Céleste est un peu étonnée par la question de Jessie qui change un peu de sujet, suivant sa propre logique. Mais prend un léger sourire pour répondre simplement :
-Oui et non, on est dans la même classe depuis la primaire, mais Fred a toujours été quelqu'un de très fermé, on ne s'était jamais vraiment parlé avant.
-Moi je l'ai rencontré au collège. Comme ça avait d'être un bon en science, je lui avais demandé de m'aider pour un exo, puis on est devenu meilleurs potes.
L'anecdote n'est pas très impressionnante mais élargit tout de même le sourire de Céleste. Mes deux amis prennent leur plateau et repartent. Une fois dans la cour Jessie annonce :
-Je vais aux toilettes.
-Ok.
Et il laisse Céleste. William-Yann, qui devait guetter de loin, en profite pour ramener sa bobine de tronche de magazines.
-Salut Céleste.
-Ah tiens, salut William-Yann, répond-elle d'un air absent.
-Dis-moi, supertronche n'est pas là ?
-Tu parles de Fred ? Non, il n'est pas là.
-Tu ne sais pas ce qu'il a ?
-Non. Pourquoi je saurai quelque chose ?
-Vous bossez pas sur le même projet d'info ?
-Il ne m'a pas prévenu qu'il ne viendrait pas.
-D'ailleurs, il me semble que tu ne m'as toujours pas dit en quoi votre projet consistait. Pour notre part on fait un compteur sportif. Pour compter les scores de certaines équipes. On a cherché à rejoindre notre domaine, quoi.
-Ah...
-Sans doute que vous aussi, bon, Meuringue il a pas de problème vu que son truc c'est l'info. Jessie son truc c'est être un peu con et l'autre allemand ça doit être le disco. Et toi ?
Céleste hésite un moment puis rentre dans le jeu.
-Le dessin.
-Sérieusement tu dessines ? J'adore le dessin, les crayons, l'imagination tout ça. Tu dois être super bonne !
-Je me débrouille, sort-elle d'un air un petit peu hautain.
-Sérieusement, j'ai trop envie de voir ce que tu fais, si on en reparlait ce soir après les cours, on pourrait aller quelque part pour que tu me montre tout ça...
-Hé ! Le beau gosse !
C'est Bertrand qui appelle de loin.
-Ça fait presque une heure que je te cherche ! Laisse tomber ta rouquine, on doit bosser sur le projet !
-Ow ! Respecte là un peu ! La rouquine, c'est pas très sympa !
-Je l'appelle comme je veux, tu diriges peut-être ce foutu projet mais tu ne me diriges pas tout court. Et en attendant, c'est moi qui me tape tout le code, alors tu te ramènes et tu viens me donner un coup de main.
-J'ai déjà fait ma partie de boulot, à savoir les concepts.
-Et ben tu vas faire la maquette algorithmique !
-Si je veux oui !
-Tu vas te ramener oui ?
-Tes pas mon père Dagobert !
Le beau gosse et le teigneux se regardent d'un air peut amical et sortent leurs poings. Mais la sonnerie retentie. Sauvés par le gong.
-VOILA ! Une heure de boulot de perdue par ta faute !
-Par ma faute ? T'avais qu'à bosser tout seul !
-Hé Brad Pitt, je te signale que c'est un travail de groupe.
Céleste regarde les deux colérique s'éloigner d'un air amusé, quand on lui tape sur l'épaule.
-Alors demoiselle ? Bien mangé ?
C'est James...Il est...Un peu étrange. Les joues plutôt rouges et un inexplicable sourire qui ressemble un peu à celui de Jessie. Ben tiens, en parlant du loup...
-Désolé, le dej de ce matin a eu du mal à passer. Bon, on retourne en cours ?
To be continued...
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