Xanadmin : troisième épisode
Dix-neuvième épisode : Orage sanguinaire...
La bicyclette file sur la route de campagne, du plus vite qu'elle peu. Sur un paysage terrifiant. Il n'est pas rare, quand le soleil se couche, sur la ville du Mans, de voir le ciel se rosir en un splendide crépuscule. Ce soir, c'est un ciel rouge sang qui annonce la nuit. Accompagné de gros nuages noirs qui déversent toutes leurs menaçantes larmes dans une pluie violente. Des éclairs blancs comme des spectres accompagne ce cauchemar par leur terrifiant coup de timbale.
-On en est où James ? Hurle le pilote.
-Je ne sais pas Jessie, il pleut trop pour que je puisse voir quoi que ce soit. A part le ciel rouge et les nuages noirs.
-Ouais. Moi aussi, j'ai du mal à voir la route. En plus, je me les gèle.
-On va y arriver vieux, accroche-toi !
Le vélo dérape dans les virages. Il faut dire que la bombe à l'arrière n'aide pas aux manœuvres. James manque de la lâcher à chaque angle.
Au bout d'un moment, une silhouette brillante apparaît au milieu du rouge, elle est presque éblouissante. La pluie semble refléter sa lumière.
-James ! Il y a un panneau là bas ! Tu peux essayer de le lire ?
James lève la tête et concentre ses yeux sur la plaque qui se rapproche. Les caractères apparaissent et se précisent avec la distance qui diminue, finalement il en arrive à cette conclusion :
-Le Mans, 1 km.
-On y est presque, purée, j'ai hâte que ça se termine.
-Tiens, branche moi ce câble sur l'adaptateur DVI. La prise blanche sur le moniteur principal.
- Je ne risque pas de me rebrûler ?
-Non, m'étonnerai que le moniteur ait chauffé.
-Ok. C'est le troisième adaptateur d'affilé qu'on branche...Cette machine n'a plus rien de moderne, tu es sûr que ton plan va marcher ?
-Je ne sais pas, Céleste. En théorie, oui, et on a pas grand chose d'autre à tenter.
-Soit Fred. C'est branché.
-Ok.
J'appuie sur l'interrupteur. La LED du Commodore s'allume. L'écran principal reste noir quelques instants puis affiche le très célèbre :
**** COMMODORE 64 BASIC V2 ****
64K RAM SYSTEM 38911 BASIC BYTES FREE
READY.
Suivi du curseur qui clignote. Pas le temps de crier victoire. Je commence déjà à initier la machine au sein du Mastodonte.
-Céleste, active les trois interrupteurs du circuit où on a branché le Commodore.
-Fait.
Et c'est reparti à zéro. Programme d'éjection. En Basic Commodore cette fois. Pour changer...Les touches sont un peu plus dures que le clavier du G5, mais j'ai l'impression que le vieux mécanisme se dépoussière au fur et à mesure que je tape. Céleste sort un mouchoir de sa poche et l'enroule autour de son doigt. On a tenu face à la ruse de X.A.N.A., on redémarre, la bataille n'est pas terminée. Je sens mon courage remonter en moi, j'accélère le rythme. Le Commodore se montre de plus en plus réactif. Le doux ronronnement des condensateurs semble montrer le contentement de la machine de sortir de 30 ans de sommeil. La mise en place d'autorisation et l'entrée du Commodore s'effectue en quelques minutes. J'avoue ne pas avoir fait tout seul. Mon père avait une disquette qui contenait un début d'instruction pour MODEM de Commodore. Ce truc était une vraie arnaque à son époque et n'aurait jamais pu marcher. Mais en se servant du circuit multitâche comme décodeur réseau et comme traducteur x86 PPC, j'ai réussi. J'essaie de retrouver le log du G5 dans les fichiers, pour me reloger en possesseur root sur le Macstodonte et récupérer le plein pouvoir. J'espère que X.A.N.A. n'a pas eu le temps de toucher à ces fichiers. Sachant qu'avec le Commodore je le prends par surprise je devrais avoir l'avantage.
J'entre la commande de visionnage, corrige PPC en MOS, Macintosh en Commodore, G5 en 64. Je lance la fast Mt486 execution. Ça marche, je rentre mon nom et mon mot de passe, le second mot de passe et la clé de cryptage. Ouf ! Ça marche ! Retour à la case départ. Allez, maintenant, le programme.
Céleste, qui a remarqué mon sourire, m'interroge.
-Tu y arrives ?
-J'ai de nouveau les pleins pouvoir. X.A.N.A. va morfler, dis-je en crachant bien chaque syllabe entre les dents de mon sourire. Tu te souviens des manips que tu as fait au début de l'attaque ?
-Heu...A peu près ?
-Refait tout.
-D'acc.
Céleste s'exécute. Elle active la passerelle réseau (elle appuie sur sa droite), passe le Macstodonte en mode Root program (en enclenchant les interrupteurs) et met le potentiomètre général à 10 (je pense que c'est assez compréhensible comme ça). Du coup les condensateurs B1 à 25 passent en mode charge. Les turbines de la machine accélèrent. C'est parti.
Je tape sur le clavier. Le fait qu'il soit en QWERTY ne me dérange pas le moins du monde. Je ne me préoccupe pas de ce genre de détail, c'est la partie auto-inconsciente qui s'en charge, comme sur un vélo. Je me concentre sur le code, chaque commande, chaque caractère. Le programme fait une ligne, puis deux, puis dix...
Arrivé à la 324ème ligne je lève le doigt bien haut et "le jette" sur la touche Enter.
Exécution...
-Yes ! Ça marche. Le programme va recalculer les droits selon les anciens logs de roots. X.A.N.A. devrait perdre tous ses droits d'ici quelques minutes, ma chère Céleste, on y est...ATTENTION !
Sans trop comprendre ce qu'il se passe Céleste se jette sous le bureau. Visiblement surprise par mon cri. Cri que j'ai poussé à la vue de l'écran secondaire qui affiche une alerte de tension. Et il ne s'est pas trompé. 5 grand flashs accompagnés de 5 détonations ont fusé dans la pièce. Les spectres sont partis. Sous l'onde de choc provoqué par les décharges le vélux s'ouvre et la pluie s'engouffre dans le grenier. L'ampoule du vieux spot explose dans un fracas de verre et laisse place à l'éclairage rouge et sombre du ciel à la couleur d'hémoglobine. Je me relève. L'onde de choc m'avait fait tombé de ma chaise. C'est passé tellement vite que je n'avais même pas percuté. Lentement, je me remets devant le Commodore. Le programme tourne toujours. Mais le Macstodonte se calme. Ça ne lui demande plus autant de puissance. Bientôt, le vrombissement devient un faible ronronnement que la pluie parvient à couvrir. Bizarrement, cette ambiance sonore est pire que le bruit d'avion habituel...Je sens une bouffée de peur monter en moi.
-Céleste ?
To be continued...Soon...
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