Xanadmin : dernier épisode

Vingt-et-unième épisode : Horreur de tout côté

Je m'apprêtais à ouvrir Skype quand je percute que sans le G5, je ne peux pas. Du coup, je pars à la recherche de mon téléphone. Sachant que j'ai énormément de chances de le trouver dans 50 ans, on est assez mal parti. Oui, vous avez, bien entendu, je n'utilise pas mon téléphone. Cette invention me casse littéralement les pieds pour pas dire autre chose. Le fait que ce bidule puisse sonner pour te déranger absolument n'importe quand m'énerve. Quoi ? Si je connais le mode vibreur ? Mais c'est pareil ! Pour moi le simple fait qu'il se manifeste me gave. Du coup, il est éteint dans un coin de la maison. Faut juste que j'essaie de me rappeler où.

Je descends du grenier et fil à ma chambre. C'est parti pour l'exploration. Sous l'iBook ? Non. Dans la pile de CD ? Non. Sous le lit ? Non. Dans l'armoire ? On dirait pas. Dans la...
-C'est ça que tu cherches ?
Céleste est sur le bas de la porte. Le bras tendu dans ma direction, avec un air un peu moqueur qui me rappelle sa façon de déchaîner la foudre. Sans trop réfléchir je fais un bond en arrière et me prend la poignée de mon armoire. Ben...Ça fait mal. Surtout quand on ne s'y attend pas. Je me relève en massant mon dos et remet mon regard sur Céleste qui prend un air étonné. Ce qu'elle me tendait était mon portable. Quel idiot !
-Si tu pouvais éviter de me refaire ce coup-là à l'avenir...
-Heu...Soit, fait la demoiselle, quoi qu'il en soit, j'ai trouvé ça en me lavant les mains. Tu sais, c'est pas génial pour recevoir des appels de mettre le téléphone dans un lieu où on passe surtout pour se laver.

Je me contente de soupirer. Je m'approche et prend le téléphone des mains de Céleste. Au moment de l'attraper je bloque légèrement et dirige mon regard vers elle. Mes yeux croisent les siens. Pendant un petit instant, il ne se passe rien. Puis Céleste semble soudain réaliser que je la regarde et rougis.
-Euh...Qu'est-ce qu'il y a ?
C'est à cet instant précis que je réalise que je la regarde.
-Hein ? Heu...Je...réfléchissais.
-Ah ?
-Oui, j'essayais de calculer où en sont les deux autres.
-Ah. Ben appelle les, ça sera plus simple.
-Sûr.
-Je retourne avec les nains. On fait une partie de petits chevaux.
-Reçu. On fait sauter ces décharges et j'arrive.
Céleste se retourne et prend la direction de la chambre de Lucie. Je la suis et continue en direction de la trappe. Je me remets devant le Macstodonte. Le programme a presque fini sur le Commodore. J'allume le téléphone, compose le numéro de Jessie et appelle. Ça ne prend même pas le temps de sonner.
-Fred ! Purée ! Qu'est-ce que tu faisais ! C'est la merde ici !
Pour que Jessie en vienne à utiliser ce vocabulaire, ça doit effectivement être grave.
-Qu'est-ce qu'il se passe, Jessie ?
-On est arrivé au nœud des câbles électriques, sauf que la bombe a apparemment pris l'eau et ne veut pas s'amorcer. James essaie de la réparer. Mais on aimerait savoir le temps qu'il nous reste.
-Ah. Ça va pas être facile vu que je n'ai plus le G5 sous la main, va falloir que je programme une interface pour le Commodore. Ça va prendre un peu de temps, tenez bon !

Je remets une énième fois mes mains sur le clavier. Mais...Je n'arrive plus à taper vite, la fatigue et l'émotion m'ont complètement crispé...Je tente malgré tout de donner tout ce que je peux. De toute ma vie, je crois que je n'ai jamais eu aussi mal aux mains. Seulement, je ne peux pas me permettre de m'arrêter. Allez, encore une trentaine de commandes et c'est bon, on s'accroche ! On s'accroche ! On s'accroche...La fatigue m'envahit entièrement, le tout n'est plus de rester concentrer mais de ne pas tomber de fatigue sur le bureau. Allez ! La commande de compilation du programme de gestion cartographique, on repasse le binaire en hexa, un peu d'assembleur...

Sous un abribus, non loin du transformateur électrique à l'apparence assez ancienne, près d'un vieux réverbère apparemment en fin de vie, James trifouille dans sa valise, les fils et les composant électroniques s'étalent autour de lui. Il n'est pas du tout de bonne humeur.
-Saleté ! Pourquoi tu marche pas putain ! Il est où le problème !
Jessie regarde son pote sans trop savoir quoi faire. Il jette un coup d'oeil à sa bicyclette. Elle a crevé en route. Mais le pneu est resté suffisamment gonflé pour arriver jusqu'ici. Le retour va par contre être plus spartiate. La pluie ne semble pas vouloir s'arrêter et le ciel s'assombrit...On peut difficilement imaginer pire.
-RAAAAAAAAAAAH !
-Tu trouves ?
-NAN ! NAN ! Et reNan ! Cette saleté a tout ce qu'il faut pour marcher et elle ne veut pas s'amorcer ! Ça méneeeeeerve !
-C'est pas la pile ?
-NAN ! Je l'ai testée avant de partir.
Jessie cherche une éventuelle autre cause au problème...Sans résultat.
-Bon, il en est où Fred, là ? Lance James.
Jessie reprend le téléphone et compose le numéro. Je décroche.
-Les gars, j'y suis presque, ça charge. C'est pas facile vu que toute la partie maître du Macstodonte n'est que partiellement gérée. Ça y est ! J'ai le plan. Il vous reste 5 minutes ! Pas plus !
-SCHEIßE ! fait une voix lointaine
-Heu...C'est James ça ?
-Ouais. Ça fait un quart d'heure qu'il est dans les circuits de sa bombe et qu'il ne trouve rien.
-Fred ! M'étonnerai sérieusement que je te fasse des miracles en 5 pauvres minutes !
-Franchement James, je ne sais pas quoi te dire...On n'a pas le choix. C'est l'horreur de tous les côtés, crois-moi.
Apparemment, James est reparti dans ses circuits en maugréant. D'après ce que j'ai entendu.

Je rentre les commandes pour visualiser l'état du programme d'éjection. Plus qu'une minute et c'est fini. Bon, Ça fait tout de même une bonne nouvelle. Plongé dans sa valise, James ausculte chaque composant avec un multimètre placé dans la valise en cas de pépins de ce genre avec d'autres outils. Les tensions que l'appareil affiche correspondent bien à celles indiquées sur le schéma du circuit. Le fait que tout semble apparemment en bon état mais que le compteur s'obstine à ne pas s'enclencher énerve l'Allemand de plus en plus.
-Il n'y a pas moyen de court-circuiter la procédure d'amorçage ? Demande Jessie.
-NAN ! Durant cette procédure les générateurs se chargent, il faudrait court-circuiter une bonne partie des circuits et charger à la main. Ce serait trop long et trop dangereux, tu crois quand même pas que j'y avait pas pensé ? Crache James tel un serpent.
-Calme toi vieux, j'essaie de t'aider, c'est tout !
-Tu veux m'aider ? Fiche-moi la paix !
La machinerie semble se déclancher dans la tête de Jessie. La situation est désespérée, James l'a bien vu, et c'est pour ça qu'il est dans cet état. Il reprend son téléphone.
-Fred, combien de temps avant l'impact ?
-Trois minutes et 37 secondes. 35, 34, 33...Dis-je de ma voix exténuée.
-On n'y arrivera jamais...
Je rassemble ce que je peux de force pour redonner un aspect percutant à ma voix.
-Jessie, faut surtout pas dire ça ! Je t'expliquerai plus tard mais je viens de frôler la mort il y a quelques instants, et si j'ai bien cru que j'allais y passer, j'ai réussi à m'en sortir au dernier moment ! Il ne faut pas qu'on laisse tomber tant que ces décharges n'ont pas atteint leur destination.
-Elles vont où d'ailleurs ?
-Je ne pourrai pas te dire maintenant...La fin de l'itinéraire est cryptée, comme a chaque fois. Ça va jusqu'au Mans, c'est sûr, mais après, où dans le Mans...J'ai réussi à récupérer la source du programme de gestion des spectres de X.A.N.A. mais elle est sur le G5 qui n'est pas en mesure de faire quoi que ce soit.
-Purée, mais qu'est-ce qu'il s'est passé dans le grenier ? T'a frôlé la mort et perdu le G5 !
-Plus tard je t'ai dit !
Jessie raccroche. Et reviens vers James qui semble à deux doigts de péter une durite.
-POURQUOI TU MARCHE PAS !
Jessie se met à faire les cent pas. James tente une nouvelle fois de percer le mystère de ses circuits. Quand soudain Jessie s'arrête et affiche une expression de terreur.
-James !
Ce dernier sort de sa valise et regarde dans la direction de Jessie. Par-delà la pluie et la légère brume qu'elle engendre, bien visible dans la nuit, un éclair remonte à toute vitesse vers la cité. Deux autres arrivent par deux autres fils. Ils semblent légèrement plus petits. Jessie saute sur le téléphone.
-Fred ! Les décharges !
-Je sais. La bombe est réparée ?
Jessie a du mal à ravaler sa salive.
-...Non.
-Et bien...Je crois que nous avons...
BOOM !
Un gros grondement masque le bruit de la pluie et une grande lumière blanche illumine tout sur son passage. Impossible de distinguer quoi que ce soit pendant une fraction de secondes pour les deux agents de terrain de la confrérie. Les décharges disparaissent instantanément de l'écran du Macstodonte, qui du coup affiche un message d'erreur. Jessie reçoit une onde de choc de plein fouet et tombe assis sur le trottoir. Ses yeux voient tout bleu pendant un moment puis finissent par refocaliser sur le monde réel. Malgré quelque perturbation des couleurs dues à la lumière blanche imprévue.
-Jessie ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Fait-je.
-Heu...Je sais pas.
-J'aurai peut-être pas dû court-circuiter le générateur sur l'aiment de la cage de Faraday...Mais on dirait que ça a fait de l'effet.
James, coiffé littéralement façon pétard, l'aspect totalement soufflé émerge de l'abribus à moitié dissimulé par un épais nuage de fumée. Jessie le regarde comme s'il voyait un extra-terrestre.
-Oui, bon, j'avais pas prévu que ça exploserait comme ça. Mais bon, on dirait bien que ça a marché, et en plus, c'était cool ! Ajoute James en levant son pouce qui fume et en affichant un sourire stupide pur Jessie-Style visage couvert de poussière en option. Apparemment rassuré par le sourire, Jessie l'affiche à son tour et de met à rire. Suivi par son pote. Devant le Macstodonte, je me contente d'en rester au sourire. Mais le coeur y est. C'est à ce moment-ci que le Commodore bipe.
-Les gars, j'ai encore une bonne nouvelle ! Le programme s'est exécuté ! Ça y est ! X.A.N.A. est redevenu un bête user !
Les rires s'intensifient.
-On a gagné ! Hurlent-ils.
-Bon, je pense que cette fois on a eu très chaud ! Dis-je
-Ouais, c'était vraiment un coup de bol là ! Fait Jessie.
-Vais essayer de rendre la bombe moins sensible à la pluie. 'fin...Quand je l'aurai réparée.
Bien que la valise soit encore entière, son intérieure est une vraie soupe électronique...
-Va falloir aussi réparer le Macstodonte...Remettre le G5 en maître et vérifier que les THT ont tenu le coup.
-En attendant, on ferait mieux de tous rentrer ou on va prendre un beau savon, fait James.
-Oui. Purée ! En plus faut que je repasse prendre Nestor !
-Oui. C'est Céleste qui s'en occupe. Je vais la prévenir. Allez, bien joué les gars, bonne nuit ! Et à tout' Jessie !
-Ouais !

Je raccroche le téléphone, coupe le Commodore et met en veille les circuits du Macstodonte. Sûr de notre victoire sur X.A.N.A. l'ex admin.

To be continued...
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