Arc une nuit chez Freddie : cinquième épisode
Trente-troisième épisode : Final Boss Battle
Je ressors dans le couloir, je me dirige vers le fond, vers l'échelle, vers la trappe. Alors que je n'y avais que peu prêté attention jusque là, je constate à nouveau que la pluie est toujours violente, les éclairs font rage, mettant de psychédéliques coups de puissante lumière blanche dans mon obscure maison. C'est terrifiant. Tout bonnement terrifiant. L'envie de fuir cet enfer est très grande.
Mais je ne peux pas. Si je fuis, si je renonce, ma famille est en péril. Le monde est en péril. Si j'abandonne ça sera pire. Je n'ai aucune autre option que de faire face. Je ne peux m'en sortir qu'ainsi. Quel qu'en soit le prix. Je mourrai forcément si je renonce, j'ai une chance de survivre si je fais face. Il me faut la prendre. Je n'ai pas le choix pour vivre.
Je vois l'échelle au bout du couloir. Le grenier en haut de la trappe. Je dois y aller. C'est mon seul espoir.
Ah je sais. Pourquoi ?
C'est simple en fait. J'aurai dû y penser plus tôt. Depuis qu'il nous traque, notre seul moyen de défense contre X.A.N.A., c'était le Macstodonte. Sans lui, toute riposte est impossible, jusque là on pensait que X.A.N.A. en avait besoin pour nous attaquer. Il s'avère que non. Mais nous nous sommes trompé. X.A.N.A. n'a plus besoin du Macstodonte. Et nous n'aurions jamais dû le démonter.
J'approche lentement de ce sombre cul-de-sac. Mes mains tremblent. Mes yeux pleurent. Je ne veux pas. Je veux m'enfuir. Je veux que ça s'arrête.
Mais je n'ai pas le choix.
Ma seule solution pour réellement en finir de cette nuit d'enfer, c'est remettre le Macstodonte en état et affronter X.A.N.A. sur son terrain. Trouver la tour, où qu'elle soit, et tenter de la désactiver. C'est comme ça qu'on aurait toujours dû faire. A chaque fois. Désactiver la tour. Couper le programme d'attaque de X.A.N.A. et son lien avec le monde réel.
Je suis arrivé à l'échelle. Je pose lentement ma main moite sur le premier barreau. Je le serre. Fort. Je prépare ma deuxième main à en faire autant.
Il n'y a plus de courant dans la maison. Ça je le sais, mais X.A.N.A. peut en faire abstraction. Via les batteries, les onduleurs. Jusque là, je pensais qu'il avait l'avantage, en fait non. Nous sommes à armes égales. J'ai les batteries du Mach 2. Je peux remettre le Macstodonte en état d'attaque. Je peux aussi recharger mon téléphone et prévenir les autres.
Je hisse une jambe. Pose un pied sur l'échelle, prêt pour la montée.
Ça va vraiment pas être de la tarte. Dès la première machine rallumée, X.A.N.A. pourra s'en prendre à moi dans le grenier. C'est un risque énorme à prendre, mais j'ai autant de risques à désamorcer l'ordinateur du couloir. Sauf que si je désamorce l'ordinateur du couloir, je ne désactive pas la tour. X.A.N.A. trouvera bien un plan pour m'attaquer…X.A.N.A. trouve toujours. Il faut l'empêcher de pouvoir chercher pour l'avoir.
Je hisse mon corps vers le haut. Avec difficulté. Le simple fait de me sentir m'élever me terrorise. J'y vais. J'entre dans l'arène. Ave Imperator. Morituri te salutant.
Je ne pourrai jamais remettre en place tout le Macstodonte. Je pense pouvoir ranimer Mach2, le G5 maître et 3 G4. Avec le circuit multitâche. De quoi je pense faire tenir Alpha. Mais jamais assez pour démarrer Lautriv ou Replika One. Mais comme on doit aller sur Replika Two…La tour doit être là-bas.
Un violent éclair illumine ma montée, je vois la trappe se découper sur le plafond. Mon entrée. Vers la mort ou vers la vie. Que le sort en soit jeté. J'ai peur. Très très peur. Je n'ai que peu de chances de m'en sortir.
J'avais développé des générateurs de trames pour pouvoir faire voyager Alpha dans le réseau. Je n'avais pas terminé les réglages de configuration des interprétations du Web, mais je peux me servir de celles de X.A.N.A. Elles doivent être compatibles avec Alpha avec un peu de chances.
La réalité est très étrange. En fait...Depuis le début de cette nuit je ne sais plus si on peut vraiment parler de réalité. Je ne sais même pas si ce n'est pas un très très violent cauchemar ou une suite d'hallucinations. Je ne sais plus. Rien n'est fixe dans mon esprit. Je ne comprends plus. Je ne sais plus comment ça marche, je ne fais que conjecturer.
Je pose ma main sur la lourde trappe. J'entend le vacarme des gouttes sur le toit du grenier, le vent qui souffle à travers les interstices, les gouttières qui hurlent de leur trop plein d'eau au dehors…
Je me sens léger. Je pourrais presque être un fantôme. Mes sensations sont vagues et étranges, je me sens à peine respirer. Je suis terrifié. Presque paralysé.
Il faut que je le fasse.
Les logs doivent toujours contenir l'adresse MAC de Replika Two. Il faudra diriger Alpha vers ces coordonnées. En espérant que X.A.N.A. attaque bien depuis Replika Two. Mais il doit faire au plus simple. Il n'a je pense pas le temps de rendre son parcours réseau plus vicieux. C'est trop dangereux. Mais en même temps. Je ne peux pas parler de logique avec X.A.N.A. Il ne fait que suivre son protocole, son algorithme. Rien de plus. Et rien n'est forcément logique du coup.
La lumière de la lampe est vraiment faible. Sa lumière blanche vacille. La trappe se soulève lentement. Je sens un froid glacial m'étreindre. Je sens l'air raclé contre le sang séché sur mon nez, je sens mon cœur battre en plein rêve. Seconde après seconde.
Je me hisse dans la pièce sombre. Le monstre est là, silencieux. Il n'attend que moi.
J'avance lentement dans la pièce. J'ai pas envie. J'ai pas envie, j'ai pas envie…Mais il faut. Il faut…
J'approche prudemment des restes du Macstodonte. Je pose la lampe sur le vieux bureau. Sur l'arrière, dans le fond, près des multiprises et du tas d'électronique, trainent les batteries du Mach2. Débranchées. J'attrape un des câbles et le relie en tremblant, lentement, doucement, pendant un temps qui me semble interminable, au G5 maître. Puis au G4 QuickSilver, a deux des G4 graphites, au circuit multitâche. Au Mach2 lui même. J'ai envie de vomir. Mon cœur, ma vue, mon cerveau…Tout me dit d'arrêter. Mais je n'ai pas le choix. Je branche mon portable au G5. Je m'assois à la chaise du Macstodonte.
C'est bizarre. D'habitude…Ça ne me dérange pas d'être à cette place. Face au clavier, aux commandes, pas loin des circuits. Et pourtant…Cette nuit-là, la lampe éclaire d'un air inquiétant la bonne centaine de touche qui se trouve devant moi, les potentiomètres, les condensateurs, régulateurs, convertisseurs, les fils qui passent entre les cartes et les tours, les deux écrans…
C'est moi qui ai construit cette machine. Ce monstre de puissance complexe et redoutable. Celui-là même qui…Qui s'est retourné contre moi. Les dizaines de commandes qui me font face me mettent mal à l'aise. C'est moi qui contrôle ce mastodonte. C'est moi qui doit tout surveiller, tout gérer, c'est…C'est un peu ma faute, tout ça…Quelque part…
Je ressens, dans les sensations glaciales de ma peur, une étrange tristesse. Un souhait de revenir en arrière. De réparer mes erreurs…Je sens une larme rouler sur ma joue et tomber sur le vieux clavier…
On ne revient pas en arrière. Le temps avance. Sans s'arrêter. Comme me l'a montré la petite montre tout à l'heure. C'est fou comme ça me semble déjà loin…Ça fait à peine quelque heures et j'ai l'impression de vivre un enfer depuis des jours…Reverrai-je un jour la vie sous un angle moins…terrifiant ? Je ne peux pas le savoir. Le futur n'est pas écrit. Mais c'est moi qui l'écris. Par mes choix. C'est parce que je veux survivre…Que je survivrai.
Enfin…J'espère…
J'appuie sur le G5. Le léger bourdonnement se fait entendre. L'installation redémarre. La console s'affiche. Mon portable se recharge. Ça y est. J'ai mon arme. Je peux me battre.
Mais dés que j'ai appuyé sur ce bouton, j'ai aussi rendu son arme à X.A.N.A. Et…je n'aurai donc qu'une chose à dire…
Que le meilleur gagne.
Première étape…les renforts. Je dégaine le téléphone. Comme la dernière fois, je commence par Céleste. Ça sonne pendant un moment, puis la demoiselle décroche, de sa voix fatiguée.
-Allô ?
-Céleste ? Ici Fred.
-Qu'est-ce qu'il se passe ?
-X.A.N.A. attaque.
-Hein ? Mais…le Macstodonte…Je…Et ton oncle ?
-Compliqué à expliquer et on a pas le temps. Réveille-toi vite et appelle les autres, j'ai besoin de vous tous, désolé que ce soit en pleine nuit. Je…
Un bruit de moteur. J'entends un bruit de moteur ! Mon dieu, ça y est. Il relance la chose bizarre. Je vais y passer…J'y arriverai jamais.
-Fred ?
-Je…je….Rappliquez tous au grenier du plus vite que vous pouvez. C'est….C'est l'enfer ici. Viiite ! Et passez par le vélux.
-Mais qu'est-ce qui se passe enfin ?
-Pas le temps d'expli…
Blam…
Un truc est tombé. Je sais pas quoi, mais un truc est tombé dans le grenier. Qu'est-ce qu'il se passe ? Je raccroche.
Faut que je remette le Macstodonte en état d'attaque. Vite. Alors…la console attend les instructions de synchronisation pour le target, faut que je relie les câbles FireWire, alors, entre les deux G5 j'ai pas besoin, du G5 au QuickSilver, du Silver au G4 graphites…
Le bruit de moteur. Je déteste ce bruit de moteur. Ça se rapproche. Vite.
Potentiomètre général à 32, circuit multitâche en mode reconnaissance, on enclenche les interrupteurs 3, 7 et 8. Ensuite il faut actionner les reset PMU dans les machines…Voilà…Puis lancer le Mach2. Le bruit de néon se fait entendre. J'ai la très désagréable sensation d'être observé de l'obscurité du grenier. Je n'ose même pas brandir la lampe pour regarder. On reste concentré, la lumière va manquer, je n'ai pas beaucoup de temps. Le bruit de moteur est toujours là…On réinitialise les PRAM. J'ai pas vérifié les barrettes…Tant pis. On fera sans. Alors, les cartes graphiques doivent être réglées à 110% de leur puissance et les altivecs amorcés ainsi que…
Oh nan…oh nan nan nan…Tout…Mais pas ça.
Je connais bien la musique qui résonne dans le grenier. Je l'aime beaucoup trop pour l'oublier. Tout ! Tout mais pas ça. Je ne veux pas. Je ne veux pas l'écouter, là. Ça fait mal. Pas ici. Pas maintenant. Pas cette jolie boîte à musique usée par le temps…Pas ce son cristallin qui m'a toujours endormi dans de jolis rêves…
Je me relève. Complètement tétanisé. Je ne sais pas quoi faire. J'ai la trouille. Pourquoi cette musique ? On joue avec mes nerfs ? A moins que…Nan. Je ne veux pas. Tout sauf ça. Je sens que quelque chose se tiens juste derrière moi. La source de la musique est très proche de moi. Pitié que ça s'arrête.
J'ai envie de fuir. Vraiment envie de fuir. Mais ça serait déraisonné. J'ai aucune chance de survivre si je fuis. Aucune. Je…
Le bruit du moteur force un grand coup violemment, je l'entends se rapprocher de moi à toute vitesse, le son est accompagné d'un sinistre et strident hurlement de folie meurtrière. Un hurlement qui n'a…Rien d'humain. On dirait un circuit déphasé qui tente de reproduire le cri d'effroi d'une jeune fille, sans pour autant y arriver. Par réflexe je me retourne et brandis la lampe vers mon agresseur, qui en est stoppé net.
Jésus Marie-Madelaine…Je ne suis pas religieux mais je n'ai aucune autre interjection pour décrire toute l'épouvantable horreur qui prend possession de mon corps. Ce que j'ai devant moi est absolument monstrueux. Je me sens vaciller. Je lutte contre le malaise. J'ai encore envie de vomir, et mon cœur va sérieusement finir par lâcher.
Bonnie.
Je connais Bonnie depuis…Je m'en rappelle même plus. C'est un de mes plus vieux amis. Je l'ai un peu délaissé ces temps-ci…Mais on délaisse tous ses peluches un jour ou l'autre. C'est la vie. Ce n'est pas que je n'en voulais plus, c'est juste que…Le temps a passé. Et j'ai grandi. Mais là…Je m'en voudrais presque de ne plus l'avoir chouchouté. J'ai toujours aimé Bonnie et j'ai arrêté de le lui dire. C'était un beau lapin bleu. Assez moderne qui plus est. Avec des membres motorisés et une jolie et rassurante petite boîte à musique au sein de son mécanisme. Il paraît que l'on appelait ce genre de bestiole…des animatroniques.
Bonnie se tiens donc face à moi…Enfin…La version cauchemardesque de Bonnie. Si la peluche faisait à peine 40 centimètres, l'animatronique qui se trouve devant moi fait bien deux mètre et me domine de sa hauteur. Ses yeux de verre brillent d'une lueur violacée assez intrigante, avec des reflets argentés, le symbole de X.A.N.A. brille en leur centre. Comme la peluche elle est d'un bleu usé. Je reconnais bien sa texture.
D'ailleurs, c'était bien cette texture dans la chambre tout à l'heure. Et je me disais bien que je connaissais le bruit de ces moteurs…
Là où en revanche, le monstre diffère de mon doudou, c'est au niveau des proportions. Les jambes sont bien plus grandes, les mains démesurées, la tête également, et, au lieu de la mignonne petite bouche, elle est dotée d'une mâchoire démesurée aux dents d'acier aiguisées comme des couteaux de cuisine. Les mains sont d'ailleurs dotées de griffes ayant le même aspect. De tous les côtés son corps semble être écartelé. On voit des fils, des rouages, des morceaux de son squelette interne dépasser de ses parties extérieures. Elle est absolument répugnante, repoussante, une version gozilla de mon doudou préféré...
La bestiole bloque un peu devant la lumière de ma lampe puis à un réflexe de recul. Elle est visiblement éblouie par le faisceau. Malgré toute la terreur qui m'a pris en la voyant, je suis légèrement rassuré de constater son point faible.
L'animatronique se retourne pour éviter la lumière et se frotte lourdement les yeux. D'une façon oscillant entre humanité et geste robotique. Sans trop réfléchir je saute de ma chaise pour profiter de mon avantage sur la bête. Je me met devant elle et lui braque la lumière devant les yeux. La bête saute en arrière en émettant un nouveau hurlement strident. Mais apparemment plus proche de la souffrance que de la folie. Elle chancelle et manque de tomber sur le bureau.
Ça me fait soudainement réfléchir. Je ne peux qu'éloigner la bestiole. Alors pourquoi je la propulse sur mon lieu de travail ? Je suis vraiment un boulet...Ou surtout trop terrorisé pour réfléchir...Mon corps est littéralement survolté. Je ne tourne qu'aux réflexes de défense. Je ne réfléchis plus qu'à ma survie. J'ai peur. Très très peur.
L'animatronique se relève d'un air sonné, je lui mets un nouveau coup de lampe dans la direction opposée au bureau. La bête sursaute une nouvelle fois et recule pour tomber dans la partie sombre du grenier. Produisant un insupportable vacarme d'objets en tout genre qui quittent leur équilibre précaire.
Je n'ai pas beaucoup de temps. Viiiiiiite ! Les condensateurs B2 et B3 vers le canal RAM principal, potentiomètre secondaire sur 45, cartouche zip d'automatisation 25 dans le lecteur du second G4. Allllezzzzzz ! Il arrive !
Le démarrage de secours est presque terminé. Encore quelques manips. J'entend Bonnie approcher, au bruit de ses moteurs se couple un étrange bruit de respiration essoufflée, un râle assez...électronique dans sa résonnance...
Je me prépare, je continue de brancher mes fils comme si de rien n'était. J'entends les pas lourds sur le sol. Concentré comme un moine tibétain. J'essaie d'évaluer la distance du monstre avec le peu de lucidité qu'il me reste.
Ça y est ! Il est trop prêt ! Je me retourne brutalement et lance ma lumière vers les yeux de la bête, qui retourne valdinguer en arrière. Pas le temps de savourer le plan qui marche, disque dur 4 centralisé, RAID 0 opérationnel, branchement des circuits auxiliaires, connexion et allumage de l'écran secondaire...Le revoilà qui approche, ça me donne la nausée.
Je me retourne une nouvelle fois et braque la lampe sur les yeux violets. Je ferme mes propres yeux sous la peur du face à face. Mais cette fois-ci, la bête ne réagit pas, les pas se rapprochent encore, à une distance de plus en plus dangereuse.
Je rouvre les yeux. Horreur. Enfer. Damnation.
La lampe m'a lâché.
Une idée. Vite ! Une idée ! Quelque chose ! N'importe quoi ! Un miracle ! Par pitié ! Nooooon, pourquoi cette musique ? Pourquoi Bonnie ? Pitiééééé que ça s'arrête ! Je n'en peux plus ! Je regarde de tous les côtés. Cherchant quelque chose, n'importe quoi, une lumière sacrée, mais il n'y a rien ! Rien à part les grands yeux de l'animatronique et l'écran du Macstodonte...Il est sur la console DOS, elle sert surtout pour la communication avec le processeur du circuit multitâche. C'est à ce moment là que me vient l'idée inespérée. Alors que l'animatronique brandis sa grande patte tranchante vers moi, je me retourne sur le clavier et tape à une vitesse ahurissante la commande suivante, sans faute de frappe, miraculeusement :
C:/ Color FF
Mes yeux cessent de répondre brutalement. Je manque de tomber à la renverse. Mais l'animatronique en fait autant. C'était brutal mais efficace. La commande qui allume l'écran en blanc.
Le grenier est alors éclairé d'une lumière bien plus puissante et froide que feu ma pauvre lampe. Je vois tout ce que l'animatronique a renversé en tombant tout à l'heure. Animatronique qui rampe d'ailleurs, sonné, à plat ventre, la tête contre le sol. Pour le coup, malgré toute l'adrénaline de mon corps je ressens un léger soulagement, et continue le démarrage.
Terminaison des protocoles targets, speedtests des connexions, mise en place de la symbiose, amorçage du kernel...Enclenchement des règles de hiérarchie, entrée du mot de passe root. Bon ! Je crois que c'est bon. G5 maître, OK, G4 2, 3 et 4, ok, circuit multitâche paré, Mach2, paré à fonctionner. Fonctions graphismes initialisées, manque plus que le programme d'Alph...
BLAAAAAAAAAAM !
Une immense explosion de lumière s'empare de mon assurance, le souffle de la détonation m'expulse lourdement à l'autre bout du grenier, mes yeux se referment et je sens une nouvelle fois mon dos se fracasser méchamment contre une poutre. Ainsi que mes pieds qui ont raclé contre le vieux sol de bois...
Une immense, colossale fatigue m'envahit avec le choc. C'est comme si je pouvais à peine vivre. Mais mon corps répond encore, je ne suis pas mort.
Le lourd sifflement qui avait remplacé mon sens de l'audition s'estompe petit à petit. Révélant à mes oreilles un vacarme absolument insupportable. Mon cerveau se réenclenche comme il peut. J'essaie de comprendre ce qui peut produire un tel bruit. Mais je n'y parviens pas. Il me faut plus d'informations. Je donne un grand coup d'énergie et parviens à ouvrir les yeux. Ses derniers mettent un temps qui me semble une éternité à faire leur focale. Mais finalement, le spectacle s'offre à moi.
C'est l'apocalypse. Il n'y a pas d'autre mots. L'apocalypse. Des éclairs dansent absolument partout dans mon champ de vision, détruisant et brûlant grande partie des objets de mon vieux grenier, un vent monstrueux fait tout voler dans la pièce, et une pluie torrentielle s'engouffre par la vitre du vélux explosée. Le Macstodonte est là. Au milieu de ce carnage. Tous les éclairs semblent y converger. Vers le Mach 2 plus précisément. Mach 2 qui émet une sinistre et irréelle lumière verte. Qui éclaire toute la pièce avec l'éblouissant écran blanc tiraillé par les arcs électriques.
Tout le Macstodonte est visiblement en surtension évidente. Il a dû prendre la foudre. Ça explique pourquoi le vélux a explosé. J'aurai dû y penser. Sur les batteries du Mach 2 je ne dispose pas de la sécurité du disjoncteur. Une surtension ne peut pas être coupée, et le Mach 2 a dû créer une différence de potentiel suffisamment grande avec le ciel pour attirer la foudre.
Normalement le Mach2 possède une prise de terre, mais, sans doute de part son ancienneté, elle n'est pas comprise avec la prise secteur. Et dans ma peur, j'ai oublié de la brancher.
Il faut que je la branche. Vite. Avant que tout ce chaos n'en finisse avec moi pour de bon. Allez, vite. Je force sur mes jambes et donne tout ce que je peux donner à mon dos pour qu'il me tienne. Je ne veux pas mourir, je tiens à la vie. Courage. Allez. Courage.
Ma poitrine est au bord de l'explosion. Tout ce qui se déroule autour de moi est bien trop rapide pour mon pauvre cerveau épuisé. Je parviens tout de même à retrouver mon équilibre sur mes de pieds. Couverts de sang et de brûlantes griffures au passage...
Le vacarme m'assourdit et me sonne l'esprit. Je comprends à peine la réalité. Réalité qui n'a plus rien de réel. Je suis en plein cauchemar, en plein délire. C'est trop terrifiant pour être réel. Lourdement, j'avance un pied. Puis l'autre. Seconde après seconde. J'approche du Macstodonte.
Epuisé, à peine debout, vacillant dans le vent et la tempête, je lutte. Parce que je n'ai que ça à faire. C'est mon seul espoir. Je regarde autour de moi et reconnaît beaucoup d'objets torturés, détruits par endroits, brûlés à d'autres, trempés pour beaucoup. Le vieux miroir défoncé que j'avais utilisé contre Céleste, les restes de mon cheval à bascule, les pantoufles de ma mère, la vieille tringle d'acier des rideaux de la cuisine...
C'est à, ce moment que j'entend ce hurlement désormais familier. Mais toujours aussi terrifiant. Je tourne ma tête vers la gauche. Au milieu du massacre, Bonnie, gueule ouverte, griffes dégainées, fonce vers moi de toute la puissance de ses moteurs. J'ai à peine le temps de me saisir de la tringle par réflexe et de stopper l'animal dans sa folie meurtrière.
C'est atroce. Absolument atroce. L'animatronique donne toute sa force pour venir à bout de la barre de fer qui retient ses griffes. Ses mâchoires sont à quelques centimètres de mon nez. Je sens l'odeur de vieille peluche de la bestiole. Une odeur que j'ai pourtant tant apprécié...Et la musique. La musique retentis dans mes oreilles, je sentirai presque les notes vibrer sur la tringle de fer. Bonnie force. Force de tout ce qu'il peut. Mes jambes tiennent. Ma volonté de survie doit être la seule chose qui me maintient sur cette terre à l'heure actuelle. Mais la barre se tord lentement, et risque de casser...
Je suis dans une impasse, une nouvelle fois. Une idée...Vite. Cette fois-ci...je ne vois pas tellement d'autre alternative que courir pour ma vie.
Je lâche brutalement la barre de fer et file dans l'obscurité du grenier. Choix assez maladroit après réflexion. Mais on a pas tellement le temps de donner une conférence. Je contourne le bureau par le fond et tente de revenir par la lumière, l'animatronique aux talons. Ce dernier est assez lent, mais je ne suis pas une fusée non plus. Si mes pieds pouvaient hurler à chaque pas, ils n'auraient tout simplement plus de gorge. Qui plus est, le sol est loin d'être stable avec tout son bazar chaotique.
Je repasse devant le Macstodonte et tente de contourner le scanner qui vacille dangereusement à mon passage. Bonnie se rapproche de moi. Je n'en peux vraiment plus. Mon corps va me lâcher avant ma raison. J'ai mal au cœur, j'ai mal aux pieds, j'ai mal aux yeux, j'ai mal à la tête...je donnerai tellement de choses pour que ça s'arrête, que je puisse me réveiller bien sagement dans mon lit pour voir que tout n'était que cauchemar, j'en ai trop vécu de cette nuit...
Je cours vers le fond du grenier, la partie la moins touchée par la tempête. Je connais suffisamment le terrain pour avancer dans le noir sans trop tâtonner, mais je ralentis malgré tout. J'entends un grand BOUM faire trembler le sol. Je me retourne.
Bonnie, ses yeux brillants du moins, se trouvent juste devant le scanner, qui s'est visiblement renversé. Je remet ma vue devant moi et tente d'accélérer. Il me vient une idée. C'est classique...Mais ça peut marcher. De toute façon, c'est la seule option que j'ai.
Je cours droit devant moi, l'animatronique est de plus en plus prêt. Ses griffes se rapprochent de mon épaule. Plus vite ! Plus vite ! Je veux vivre ! J'y suis presque !
J'y suis ! Alors que je sens la pointe d'une griffe rentrer dans ma chair je donne tout ce qu'il me reste à mes jambes et m'élance en avant dans une grande foulée. Je prend mon envol un bref instant, je sens la griffe descendre le long de mon dos et tenter de s'agripper pour éviter la chute. Puis elle quitte ma peau et, comme le reste du monstre, tombe dans les profondeurs sombres de la trappe d'entrée. La chute n'est pas bien longue, et un gros CLANG vient la terminer.
Avant même de songer à me relever je referme et verrouille la trappe, puis me jette près de la commode la plus proche et la pousse de toute mes forces, de toute mon âme, de toute ma volonté de survie, sur la trappe. C'est dur, très dur, mes muscles sont fatigués, mais je n'ai pas le choix. Finalement, au bout d'une minute, j'y parviens. Je me laisse tomber lourdement contre le meuble.
Je...n'en...peux...plus. J'ai l'impression d'être aux portes de la mort. Je ne suis pourtant pas bien blessé...mais...je suis secoué. Méchamment secoué. Je reste un instant scotché devant le chaos du grenier qui se dévaste encore à l'instant même...Le Macsotodonte brille par ses éclairs et son étrange lumière. Le spectacle est tout bonnement terrifiant. Mais Bonnie n'est plus là. Il n'y a plus...réellement de danger...enfin...Je crois.
Je me relève et m'approche prudemment de la machine, trouve le fil de la prise de terre et le branche. La machine se calme. Ne reste que le bruit du vent et de la pluie. Et les traces horribles à voir du massacre d'une bonne partie de mes souvenirs, plus le scanner qui a certainement pris un coup...
Je me relaisse tomber assis sur le sol. Complètement dévasté par ce que je viens de vivre. Je ne sais pas combien de temps je suis resté assis comme ça, j'ai sans doute dû m'endormir. C'est une voix bien connue qui me réveille, elle vient du vélux.
-Fred ? C'est Céleste. Est-ce que tout va bien ?
To be continued...
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