Voilà. C'était bon. Il avait tout gagné. Naruto allait tuer son boss.
Il entra dans la chambre d'hôtel en désordre avec un grognement de frustration. On lui avait ordonné de nettoyer une suite tout seul. Tout seul. Comme dans ça allait lui prendre au moins trois heures pour tout terminer. Comme dans le boss de Naruto souhaitait vraiment sa mort.
Le Silver Palace n'était pas un hôtel cinq étoiles, mais cela n'empêchait pas leurs suites d'être gigantesques. En fait, les suites devaient probablement avoir valu à elles seules deux de leurs trois étoiles. Tout ceux qui les louaient étaient soit des friqués de passage à Mushroom City, ou bien des abrutis bourrés qui venaient jeter l'argent qu'ils avaient gagné au casino par les fenêtres — et ils étaient toujours suivis par une horde d'autres abrutis. Naruto n'arrivait pas à se rappeler une occasion où une suite n'avait pas été utilisée pour accueillir une fiesta vicieuse peuplée de fous furieux. La veille n'avait pas fait exception, semblait-il.
On pouvait même avancer que ça avait été encore pire que d'habitude. Il n'avait pas été de service à l'hôtel la nuit dernière, mais l'état de la chambre parlait de lui même. Nom de Dieu, même les lampes accrochées au plafond penchaient sur le côté, comme si quelqu'un s'y était balancé. Avec un autre soupir frustré Naruto commença à retirer les couvertures du lit. Il essayait de ne pas réfléchir à la nature des substances qui lui collaient aux doigts alors qu'il pliait les draps et les jetait dans le chariot qu'il avait pris avec lui. Il grimaça lorsqu'il vit qu'il manquait leur taie à tous les oreillers. Certain d'entre eux avaient même été vidés de leur rembourrage en coton.
Naruto se traîna à travers la pièce en grognant, tout en ramassant les oreillers plats et vides. Le blond espérait juste que son patron n'allait pas ressentir le besoin irrépressible de se comporter en enculé une fois encore et de lui faire laver à la main tous les putains de draps.
Il poussa un cri lorsqu'il trébucha sur un morceau de tissu qui traînait sur le sol. Il grogna tout en se redressant et jeta un regard noir au coupable inanimé.
Le blond plissa le nez.
C'était une petite culotte.
Et du genre froufrouteuse. Avec de la dentelle, des ficelles, légèrement froissée, et tout le tralala. Naruto foudroya la culotte du regard pendant de longues secondes.
Oh, et puis merde.
Il la fourra dans sa poche.
Il continua ensuite à nettoyer la chambre — ou du moins, il essaya. Lorsqu'il avait commencé à travailler ici, il avait mis un point d'honneur à s'appliquer, parce qu'il souhaitait plus que tout au monde prouver à sa grand-mère qu'il pouvait subvenir à ses propres besoins et gagner son propre salaire. A présent, il ne se fatiguait même plus. Son boss le traitait comme une sous-merde peu importe ce qu'il faisait, et personne ne s'en rendait jamais compte quand il faisait du bon boulot, de toute façon. Il ne s'appliquait que lorsqu'il travaillait avec Sakura, mais la jeune femme n'était pas venue au travail ce matin. Naruto ne se rappelait pas de la dernière fois où Sakura avait séché le boulot, mais il était mal placé pour la juger sur le sujet : il ne s'était lui-même pas privé de prendre une bonne quantité de congés-maladie l'année précédente.
Lorsqu'il eut terminé de ramasser les draps et les oreillers, il tira la chariot à linge jusque dans la laverie au bout du couloir. Il y avait à l'intérieur un placard qui stockait tous les appareils ménagers ainsi que les détergents. Naruto n'y connaissait absolument rien et ne s'enquiquinait jamais à lire les étiquettes, donc il entreprit de rafraîchir l'oxygène à coups de produit à vitres et de briquer les fenêtres à l'aide de quelques giclées de Fébreze.
Une heure et demie plus tard, il contempla l'ensemble de la chambre. Il n'avait pas fait du bon boulot. Ceci étant dit, il retira sa charlotte de travail et sorti de la pièce. En ce qui le concernait, son job était terminé. Il laisserait ceux qui devraient faire le lit s'occuper du reste.
Naruto descendit les escaliers les mains dans les poches vu que les employés n'étaient pas autorisés à prendre l'ascenseur. Il était déjà plus d'une heure de l'après-midi. Leur abruti de patron avait instauré une règle conne comme quoi personne n'avait le droit de quitter son affectation une fois qu'ils avaient commencé à travailler, alors il avait loupé l'heure du repas. D'habitude les employés récupéraient leur temps de pause perdu, mais il était toujours raccourci d'au moins vingt minutes. Naruto ne préparait jamais son repas de midi, alors il doutait d'avoir assez de temps pour sortir s'acheter un truc à manger.
Naruto accepta son sort en soupirant et se traîna jusqu'à la pièce qui leur servait de salle de repos. Il allait encore devoir mendier de la bouffe à Kiba. Il ouvrit violemment la porte de la salle et la balaya du regard. Il espérait ne pas avoir raté son meilleur ami. Personne d'autre n'aurait accepté de partager son repas avec lui.
Heureusement pour lui, l'homme qu'il cherchait était assis juste à côté des fenêtres, concentré à dévorer sa nourriture.
« Kiba! » cria-t-il avant de se diriger vers la petite table à laquelle il était assis. Le brun leva les yeux le temps d'une seconde, lui décocha un sourire insolent avec la bouche pleine de bouffe et hocha à la tête en montrant la chaise à côté de lui. Naruto opta pour celle en face de Kiba. Il fixa le jeune homme d'un sourire rusé en s'asseyant. « Coucou Kiba, » déclara-t-il en reniflant de manière ostentatoire autour de la boîte-déjeuner de son ami.
Kiba fronça immédiatement des sourcils. « Même pas en rêve, Naruto, » grommela-t-il, ses mots à peine intelligibles à cause de la nourriture dans sa bouche. « La dernière fois tu t'es enfourné plus de la moitié de mon repas— »
« Sauf que ça ne se passera pas comme la dernière fois, » assura Naruto. « Ce jour-là je n'avais même pas pris de petit dej' ; je crevais la dalle! Et puis en plus, » ajouta-t-il en souriant de plus belle, « j'ai quelque chose à t'échanger. »
Kiba leva un sourcil. « Qu'est-ce que tu pourrais bien avoir pour que j'accepte d'abandonner ma bouffe? »
Naruto fouilla dans sa poche avec le même sourire machiavélique et en sorti la culotte en dentelle qu'il avait trouvée dans la chambre. Il observa avec amusement Kiba marquer une pause, la cuillère suspendue dans l'air et la bouche ouverte — fixant avec des yeux ébahis les sous-vêtements dans la main de Naruto. Il y eut un instant de silence avant que Kiba ne repose lentement sa cuillère dans sa boîte-déjeuner et fronce les sourcils.
« Naruto… » commença-t-il après avoir avalé. « Tu sais bien que j'aime les sous-vêtements usagés autant que tous les autres mecs de la planète, mais— »
« Mais quoi? » interrompit Naruto. « C'est une véritable, pure et immaculée petite culotte usagée! »
Kiba secoua la tête. « Je vais fermer les yeux sur l'énorme antithèse qui se trouve dans cette phrase, mais laisse-moi te dire que je me sens légèrement méfiant à propos des trucs qui traînent dans les chambres d'hôtel usagées… »
Naruto émit un grognement de désespoir avant de laisser sa tête tomber sur la table. Il savait où son ami voulait en venir mais, « j'ai juste teeeellement faim… Et tu sais bien que le patron ne me laissera pas sortir avant — je sais pas moi, — vingt-deux heures ; surtout vu que Sakura n'est pas là aujourd'hui! »
Kiba haussa des épaules et retourna à sa boîte-déjeuner. « Désolé mon vieux, mais c'est pour la fois où tu m'as englouti mon repas. En plus, Tenmo m'a dit que tu as du te taper la suite du quatrième étage. Je sais pas pour toi, mais moi je ne ferais jamais confiance à des strings qui viennent de là. Est-ce que tu as la moindre idée de toutes les conneries qui se passent dans les suites? »
Naruto soupira et hocha la tête de mauvaise grâce. Il se redressa sur sa chaise avec un gémissement. « J'espère que tu as un costard orange chez toi, » annonça-t-il amèrement. « Parce que tu vas en avoir besoin pour mon enterrement. Et ne soit pas surpris si l'autopsie confirme que je suis mort par la faute d'un inexplicable coup de pute d'un meilleur pote, » menaça-t-il en feignant un regard noir vers son ami.
Kiba se contenta de rire et fixa le blond avec des yeux pétillants. « Tu m'enverras une petite carte, » gloussa-t-il. « Je ne voudrais surtout pas manquer tes funérailles. » Il avala une cuillerée de sa nourriture. « T'as toujours envie que les gens s'habillent en orange pour ton enterrement? »
Naruto leva un sourcil. « Et pourquoi je devrais vouloir autre chose? C'est juste la meilleure idée de tous les temps. »
Kiba répondit en souriant. « Nan, mon gars. C'est juste que ça me surprend toujours quand je me rends compte que t'as encore les mêmes idées que t'avais que quand on était gosses.
Les yeux de Naruto se rétrécirent malicieusement. « Et c'est sensé être une mauvaise chose? Même pas hier on était encore des ados. »
Kiba haussa les épaules. « T'es la seule chose qui n'a pas vraiment changé dans les environs, Naruto. » Son sourire fondit. « J'aimerais que tout le monde soit aussi constant que toi… »
Naruto fronça les sourcils aux paroles de son ami et patienta jusqu'à ce que Kiba aie fini de mâcher avant de parler. « Qu'est-ce que tu veux dire? »
Kiba se tut pendant quelques instants, fixant sa nourriture. « C'est Shino. »
Naruto eut un mouvement de surprise. Il ne s'attendait pas du tout à ça. « Qu'est-ce qu'il a? »
Kiba ferma les yeux le temps d'une seconde avant de secouer la tête et de revenir à son repas. « C'est rien. » Naruto ouvrit la bouche pour protester, mais Kiba l'interrompit. « Vraiment, c'est rien. C'est juste qu'en ce moment, il… il se comporte… bizarrement. »
On pouvait deviner par l'expression sur le visage de Kiba qu'il ne lui disait pas tout, mais Naruto ne le releva pas. Après avoir jeté un coup d'oeil à l'horloge à l'autre bout de la pièce, le blond soupira et se détendit sur la chaise. « J'aurais dû tenter ma chance et aller chercher de la bouffe… » grommela-t-il avec regret en regardant Kiba manger.
Le brun secoua la tête. « Tu n'aurais pas pu t'en tirer comme ça, » répliqua-t-il gravement. « J'te jure, le boss doit avoir une dent contre toi. Tu te souviens quand t'étais pas venu le dimanche après-midi où t'es allé rencontrer les déménageurs à ton nouvel appart? Quand tu t'es barré le matin, le boss a eu une putain de crise d'hystérie! Il a menacé de te virer, tu sais? »
Naruto grogna en se remémorant l'évènement. « Ouais je sais, il a téléphoné à la maison de mes grand-parents. Mamie a dû l'amadouer pour qu'il accepte de me laisser revenir bosser. » Soudain, Naruto eut une expression hésitante. « Je suis pas sûr, mais… Je pense que Mamie connaît le boss… personnellement… Peut-être même d'avant ma naissance. Je suis sûre qu'elle est avec lui au téléphone des fois, et ils s'engueulent tout le temps, quelque chose de bien… »
Kiba rigola. « Oh, c'est le coup classique. C'est assez évident, si tu veux mon avis. »
« Ben, dis-le moi alors. »
Kiba eut un sourire moqueur. « D'après ce que j'ai compris, le patron et ta mémé ont dû avoir une relation sentimentale, et puis un beau jour elle l'a quitté pour ton grand-père, d'où la haine inexpliquée du boss contre toi, » conclut Kiba.
Naruto se contenta d'en rire. « Kiba… On n'est pas dans un roman d'amour— »
« C'est la seule explication logique— »
« Le boss n'est pas vraiment quelqu'un de… logique, tu ne crois pas? Et on parle de ma grand-mère, là. Elle doit avoir, genre… soixante ans, » rétorqua Naruto.
Kiba ria. « Elle n'a pas toujours eu soixante ans, mon gars. Et puis, moi je dis juste… » commença le brun alors qu'il mâchait les dernières bouchées de sa nourriture. « Tu as quand même dû faire quelque chose à un moment donné. »
Naruto haussa les épaules et regarda une nouvelle fois l'horloge. « Je ferais mieux de dire à ceux qui doivent faire les lits que j'ai fini la chambre… » déclara-t-il tristement avant de se lever. Kiba acquiesça silencieusement et fit au revoir de la main à son blond ami.
« Essaye d'être sympa avec le boss! » cria-t-il avant que Naruto ne puisse refermer la porte derrière lui.
Naruto franchit la porte de son appartement à minuit ce soir—, euh, ce matin-là. Peu importe. Ce n'était pas vraiment tard, étant donné les heures auxquelles il rentrait chez lui quand il était encore au lycée. Ce n'était pas vraiment tard, étant donné le fait que soixante-dix pour-cent de la putain de population ne dormait sûrement jamais, et ce n'était pas vraiment tard, étant donné le fait qu'il était un adulte. Mais ça faisait tard étant donné le fait que son jour de travail finissait officiellement à neuf heures du soir, et que son patron l'avait obligé à bosser jusqu'à onze heures!
Naruto bouillonnait alors qu'il retira sa veste, enleva son T-shirt et la jeta de l'autre côté du salon. Son abruti de patron avait définitivement une dent contre lui. Non seulement il avait donné à Naruto des chambres à faire tout seul pour le restant de la journée, mais on lui avait demandé de faire les lits aussi! Naruto n'avait jamais fait de lits auparavant. C'était le boulot de Sakura, où qu'elle soit.
Naruto avait faim, et il était crevé, et il avait faim. Tous les magasins des environs où il avait l'habitude d'acheter sa nourriture étaient fermés, et il n'avait pas d'autre option que les gros supermarchés ouverts 24h/24h ; Naruto n'y avait jamais mis les pieds avant. Il était tenté d'aller au moins y jeter un petit coup d'oeil, mais il ne se sentait pas de gaspiller le prix d'un ticket de bus juste pour aller voir. Pas pour l'instant. A la place, il s'était donc décidé à rentrer tout simplement chez lui et à retourner ses tiroirs jusqu'à ce qu'il trouve quelque chose de mangeable.
Avec un nouveau soupir frustré, il ouvrit violemment un tiroir et tira une tête de six pieds de long lorsqu'il vit des paquets de nouilles crues à la place des nouilles instantanées ; ces bâtardes prenaient au moins vingt minutes à cuire—
Ok, va te faire foutre, pensa amèrement Naruto. Il dormirait le ventre vide. Pas de quoi en faire un fromage. Ça lui était déjà arrivé avant — mais jamais dans des circonstances aussi rageantes. Il se traîna dans sa chambre avec un grognement irrité, soupesant dans sa tête l'idée d'aller insulter son patron le lendemain matin et de rendre son tablier… Avant de se souvenir qu'il ne travaillait pas le lendemain…
« Fais chier, » grommela Naruto dans sa barbe en se laissant tomber sur son lit de fortune. Peut-être qu'il devrait appeler sa grand-mère…? Nan. Il avait trop la flemme d'allumer la lumière, mais le courant d'air froid qui s'engouffrait par sa fenêtre commençait à l'agacer. Tout en lâchant son énième soupir exaspéré de la soirée, Naruto se releva et se dirigea vers sa fenêtre pour la fermer.
Et il s'arrêta.
Ses yeux se levèrent nerveusement et échouèrent sur la fenêtre en face de lui.
Il soupira de soulagement : il n'y avait personne en face. Les lumières étaient éteintes et les vitres étaient… propres… oui, on pouvait dire ça. Après quelques secondes de silence gênant, Naruto regarda encore une fois la fenêtre.
…Et il y avait quelque chose à propos de ça qui semblait… bizarre. Il n'aurait pas su dire pourquoi, et il était probablement encore en train de se faire une montagne de pas grand-chose, mais… l'aura qui émanait de la fenêtre quand il la croisait du regard le faisait se sentir—
Mais qu'est-ce qu'il était en train de se raconter? Ce n'était rien.
Après avoir secoué la tête pour se débarrasser de ses pensées délirantes, Naruto se retira de devant sa fenêtre et se remit au lit.
Quand même, il avait toujours besoin de ces foutus rideaux.
Naruto aurait adoré ronfler toute la journée, mais avec la chance de merde qu'il se traînait ces derniers temps, il n'était pas étonné lorsque des coups légers résonnèrent contre sa porte. Avec un grognement de fatigue et d'abattement, il se tortilla sur son oreiller, prêt à ignorer qui que fût l'intrus.
« Euh… Monsieur Uzumaki? C'est-c'est votre proprio. »
Et avait-il déjà mentionné le fait que les murs étaient faits en carton? Maintenant qu'il savait qui se trouvait devant la porte, ce serait encore plus difficile de l'ignorer. Avec un autre grognement, il se retourna sur son futon. Va t'en, pensa-t-il.
« Ah, euh…D'accord, dans ce cas… Je reviendrai une autre fois. »
Naruto gémit désespérément dans son oreiller. Merde. Un poli.
« A-Attendez! » s'écria-t-il en s'extrayant de son lit. « Une petite seconde! »
Il ne prit pas la peine de mettre des chaussures, vu la courte distance qui le séparait de la porte, et il avait toujours son pantalon de la veille alors même si il était torse nu, il était quand même convenable. Il ouvrit la porte avec un bâillement. Il fut très surpris — non pas par le proprio souriant devant lui, mais par les plats que l'homme tenait dans chaque main.
Les yeux de Naruto s'écarquillèrent. « C'est… C'est quoi…? » demanda-t-il précautionneusement.
Le proprio rigola. « Des tourtes. » répondit-t-il simplement avec la voix mature et douce qui le caractérisait. « Je sais que c'est un peu ringard, mais… J'apporte toujours des tourtes aux nouveaux locataires… »
Naruto fixa les plats pendant plusieurs secondes. Les tourtes étaient bien grosses et avec un contenu rouge à l'intérieur qui faisait baver le blond. « C'est pas parce que c'est un peu ringard que c'est pas bien pour autant… » murmura-t-il, fasciné. « …Euh, Monsieur…? »
L'homme secoua la tête. « S'il te plaît, appelle-moi Iruka. Excuse-moi si je t'ai réveillé ; je pensais que vu qu'on est l'après-midi tu serais… »
Naruto balaya ses excuses d'un revers de la main. « Non, c'est pas grave ; je devrais être debout de toute façon. Ne vous inquiétez pas pour ça. »
Il y eut quelques secondes de silence gêné jusqu'à ce que Naruto détourne le regard et gigote nerveusement devant le large sourire d'Iruka. « Donc, euh… Vous voulez entrer…? »
Le sourire d'Iruka tomba. « Ah, non non. Je ne pourrais — je ne voudrais pas déranger— »
« Arrêtez de raconter n'importe quoi, » interrompit Naruto tout en faisant un pas de côté afin que l'autre homme puisse entrer. « Vous m'avez apporté une tourte. Le moins que je puisse faire est de vous inviter à l'intérieur. »
L'homme sourit et entra dans l'appartement. Une fois à l'intérieur, Naruto referma la porte sans prendre la peine de la verrouiller. Lorsqu'il se tourna vers Iruka, il ne put empêcher ses yeux de se fixer sur les plats dans les mains du proprio. Ils étaient fumants — de la vapeur délicate s'élevait de la croûte brune en une spirale tentatrice. Le blond était comme hypnotisé, un peu de bave au coin des lèvres.
Iruka rit, et leva l'une des tourtes vers Naruto. « S'il vous plaît, acceptez-la, Monsieur Uzumaki. Bienvenue dans l'immeuble. »
« Appelez-moi Naruto… » marmonna-t-il distraitement alors qu'il se saisit du dessert couvert de papier alu. Il grimaça légèrement à cause de la chaleur et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il réalisa que le plat était fait en une sorte de verre peint. Il hocha la tête vers l'autre main d'Iruka. « C'est pour qui la deuxième tourte? »
Iruka tenait à présent la seconde tourte à deux mains. « C'est pour un autre nouveau venu dans l'immeuble. »
Naruto déposa sa tarte sur le comptoir de sa kitchenette et croisa les bras. « Vous savez quoi, Iruka? » déclara-t-il. « Soyez sympa, et donnez-moi cette tourte? » demanda-t-il sérieusement. Et Naruto était sérieux. Il avait toujours eu un gros appétit. Les nouilles instantanées qu'il avait apportées avec lui n'avaient pas duré plus de deux jours en sa présence. Et combien de temps cela faisait-il depuis qu'il avait mangé de la tourte? Une seule ne serait sûrement pas assez.
Iruka éclata de rire une nouvelle fois. « Ha ha, j'ai bien peur de ne pas pouvoir, Naruto, » s'excusa-t-il d'un air amusé. « Mais tu sais quoi? Si la personne n'est pas chez elle, je te la donnerai avec joie. »
Naruto fronça les sourcils et prit son menton entre ses doigts dans une position pensive.
« Est-ce que quelque chose ne va pas? »
Naruto secoua la tête. « Je réfléchis à un moyen de tuer la personne à qui est destinée cette tourte avant que vous n'arriviez à sa porte, » répondit-il platement.
Iruka se remit à rire trés fort cette fois-ci, et mit une main devant la bouche dans un tic afin de dissimuler son sourire. « Ta grand-mère n'avait pas dit que tu serais drôle, » parvint-t-il à sortir entre deux éclats de rire.
Naruto leva un sourcil à ses paroles, pas le moins du monde surpris. « Elle a réussi à me localiser aussi vite, » marmonna-t-il amèrement, se détachant de son comptoir vers le salon. « Euh, écoutez, Monsieur le— »
« Iruka. »
« Iruka, » corrigea Naruto en ramassant le T-shirt qu'il avait jeté au sol la nuit dernière. « Je n'ai rien à faire de spécial aujourd'hui, alors… Est-ce que vous voyez un inconvénient à ce que je vous accompagne donner la tarte…? » demanda-t-il prudemment.
Le sourire du proprio s'agrandit encore plus. « Ça serait adorable, Naruto. » Il marqua une pause. « …Tant que tu ne prévois pas d'assassiner le locataire pour que je te la donne… » ajouta-t-il avec un regard malicieux.
Naruto eut un petit rire. « Je ne le ferai pas… ou du moins… j'essayerai de ne pas le faire… » assura-t-il en mettant son T-shirt.
Iruka secoua gaiement la tête. « Je suppose que tu ne vas pas prendre le temps de te laver avant de partir? » demanda-t-il de manière éloquente.
Naruto le regarda avec un sourcil levé. « Non, pourquoi? » répondit-t-il en reniflant son aisselle. « Je pue? »
« Pas encore, » dit l'autre d'un ton faussement inquiet.
Naruto éclata de rire. « Vous n'avez vraiment pas à vous inquiéter, Monsieur — je ne sue pas. »
Iruka lui répondit par un sourire et se dirigea vers la porte. « On prendra l'ascenseur, de toute façon. »
Naruto sourit. Il décida qu'il aimait cet homme. Il n'avait été en sa compagnie que depuis quelques minutes, mais il se sentait déjà à l'aise autour de lui. Hmm… Peut-être que c'était à cause de la tourte?
Après que Naruto se soit dépêché d'aplatir ses cheveux en batailles, d'ajuster son T-shirt et de mettre ses baskets, il avança jusqu'à la porte et la tint ouverte pour l'autre homme. La vraie raison pour laquelle il accompagnait son proprio était parce qu'il voulait faire la connaissance des gens de l'immeuble. Il s'était toujours senti très isolé chez sa grand-mère, et il ne voulait plus jamais subir ça. « Donc, où est-ce qu'on va, Mons— Iruka? »
Iruka sortit du petit appartement et hocha la tête en direction de l'ascenseur. « On va dans l'immeuble 1313, » dit-il au blond en train de verrouiller sa porte.
Les antennes de Naruto se dressèrent. « L'immeuble 1313? Ça veut dire qu'on quitte le mien? »
Iruka acquiesça. « C'est ça, » répondit-il alors qu'ils remontaient le couloir vers les ascenseurs. « Cet immeuble-là, le 1312, m'appartient, et la personne qui partage ma vie possède le bâtiment 1313. Etant donné qu'on vit ensemble, c'est comme si on possédait les deux. »
Naruto lui décocha un sourire. « Alors… Ça veut dire que vous sortez ensemble tous les deux? » demanda-t-il malicieusement. « Comme c'est mignon — deux proprios qui se mettent ensemble. Elle est jolie? »
Iruka rougit et baissa les yeux. Ils étaient devant l'ascenseur et Naruto pressait impitoyablement le bouton. « Euh… En-En fait, il est en quelque sorte un… euh… policier à la retraite… Il a hérité de l'immeuble par sa mère… » expliqua-t-il.
Naruto s'arrêta brusquement dans son pressage de bouton répété et leva les yeux sur le visage écarlate de son proprio. « …Euh… » Naruto déglutit. « …Il? »
« Ah ha ha, le-l'ascenseur est arrivé! » constata rapidement l'autre alors qu'il se dépêchait d'entrer à l'intérieur. Naruto resta planté en face de la cabine avec des yeux exorbités, mais se précipita à l'intérieur de l'engin lorsque les portes commencèrent à se refermer. Iruka avait déjà appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée. Il y eut un silence gêné alors qu'ils descendaient.
Naruto, incapable de supporter cette ambiance une seconde de plus, se décida à parler. « Euuuh… » Si seulement il savait quoi répondre à quelque chose comme ça. Il savait qu'il n'était pas dégoûté… Ou quoi que ce soit d'autre… N'est-ce pas? Il savait que ces choses-là existaient.
Naruto balaya ses pensées négatives d'un mouvement de tête. « Ça… » commença-t-il, « …ne me dérange pas vraiment… » lâcha-t-il de façon peu convaincante. « J-Je veux dire… Maintenant que j'y pense… C'est vrai que vous aviez l'air un peu… Euh… Hum… » Ah, merde. Il était en train de s'enfoncer, là. Est-ce qu'il avait été sur le point de sortir qu'Iruka était efféminé? Il savait à peine ce que « être gay » signifiait.
Iruka observa silencieusement Naruto lutter intérieurement, puis eut un petit rire en secouant la tête. « Tsunade avait bien dit que tu réagirais comme ça. »
Naruto leva les yeux sur l'autre homme dans un geste de surprise.
« Elle a dit que tu étais un bon gamin, » clarifia-t-il avec un petit sourire. « Et, oui. La personne qui partage ma vie est bien un homme. »
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Naruto suivit Iruka, abasourdi. « Euh… » commença-t-il en se grattant l'arrière de la tête. « Et comment il s'appelle…? »
Naruto regarda avec amusement les oreilles d'Iruka rougir. « Kakashi Hatake, » répondit-il en souriant légèrement.
L'attention du blond fut piquée par cette information. « Hatake? Comme dans Département de Police Hatake? »
« C'est ça. »
Naruto prit une expression perplexe. « J'ai un ami qui travaille là-bas… Et Hatake est le commissaire, c'est ça? Donc votre petit ami est— »
« Ah, non non non! » l'interrompit Iruka en ouvrant la porte du hall d'entrée de l'immeuble. « C'est son père. »
La bouche de Naruto s'ouvrit en un « Oh » de compréhension. « Oh… Donc il est… juste un policier à la retraite, alors…? » Son expression s'assombrit soudain. « Attendez… Est-ce qu'il est, genre… vieux? »
Iruka se mit à rire en secouant la tête. « Non, juste… flemmard, » expliqua-t-il simplement. « Il a tiré sa révérence avant que son père n'ait eu le temps de le virer pour… incompétence… » commenta-t-il lentement alors qu'ils quittaient l'immeuble de Naruto.
Le blond avait les pensées assez confuses, mais acquiesça quand même afin de montrer qu'il avait compris. Ils étaient dehors maintenant, et le jeune homme tremblait dans la brise. Il avait oublié à quel point il faisait froid en ce moment. Iruka lui jeta un regard en souriant et pointa l'immeuble en face d'eux du doigt. « Voilà, c'est celui-là, » annonça-t-il dans un sourire. « Ça tombe à pic, il est juste de l'autre côté de la rue. »
Naruto marqua une pause. Hmm… Alors c'était cet immeuble…
Il suivit l'autre homme jusqu'au trottoir d'en face. « Tu sais, c'est quand même une assez grosse coïncidence… »
Naruto le fixa, l'invitant silencieusement à continuer.
« Un homme, peut-être quelques années de plus que toi, a emménagé dans cet immeuble-là quelques semaines avant toi, » continua Iruka alors qu'ils atteignaient l'entrée du dit-immeuble. Il ouvrit la porte et la tint sur le côté afin de laisser le blond passer. Naruto marmonna quelques mots de remerciements alors qu'il se dépêchait d'entrer à l'intérieur tout en frottant ses bras gelés.
« Ah oui? » demanda distraitement le blond alors qu'il se dirigeait vers l'ascenseur. « A quel étage? »
Iruka sourit et hocha la tête en direction de l'ascenseur. « Au cinquième. Comme toi. »
Naruto leva un sourcil. « C'est… Euh… une assez grosse coïncidence, en effet. »
Iruka acquiesça et appuya une seule fois sur le bouton de l'ascenseur — contrairement à Naruto qui ne pouvait s'empêcher de le presser frénétiquement — tout en tenant la tourte d'une main. « J'ai essayé de lui donner son cadeau de bienvenue pendant des semaines, » expliqua Iruka d'un ton légèrement frustré. « Mais il n'est jamais chez lui. » Il haussa les épaules. « C'est quelqu'un de très occupé sans doute. »
« Ou alors il ne fait que dormir toute la journée, comme moi je fais, » ajouta Naruto avec un petit rire.
Iruka rigola avec lui et se fit face aux portes de l'ascenseur. « Ça m'étonnerait. Il m'avait dit que le bruit ne le dérangeait pas, et les derniers appartements disponibles étaient à côté de familles bruyantes à propos desquelles je reçois des plaintes sans arrêt. Et il ne s'en est jamais plaint depuis qu'il est arrivé là, alors… » Il y eut un silence confortable avant qu'Iruka ne se remette à parler. « Mais tu sais, la coïncidence ne s'arrête pas là. »
Naruto se tourna vers Iruka et le fixa avec curiosité.
L'autre homme hocha la tête devant le regard d'encouragement muet de Naruto. « Eh bien, tu vois, il a demandé les mêmes choses que toi, » continua Iruka avec un sourire. « Il voulait un petit appartement — très peu cher, le strict minimum, tout ça. »
Naruto ne sut pas pourquoi, mais alors qu'il l'écoutait attentivement, il ressentait une sensation étrange… comme si une catastrophe était sur le point d'arriver. Il secoua la tête et continua à écouter.
« Naruto, quel le numéro de ton appartement? » demanda Iruka avec un petit sourire rusé, comme s'il connaissait déjà la réponse.
Naruto réfléchit le temps d'une seconde. « Euh… le 5F ? » répondit-il précautionneusement.
Le sourire d'Iruka s'élargit et il se tourna vers le blond. « Le sien aussi. » Ceci étant dit, Iruka refit face aux portes de l'ascenseur.
Naruto cligna des yeux. Le sourire attentif sur son visage fondait peu à peu. « Il a le même numéro d'appartement que moi? » demanda-t-il doucement. Il observa Iruka acquiescer. Naruto cligna des yeux une nouvelle fois. Il était en train de rater quelque chose. La sensation de pressentiment morbide résonnait fortement au fond de lui, et son coeur… Son coeur… Qu'est-ce qu'il savait que lui ne savait pas? Pourquoi est-ce qu'il battait si fort? Qu'est-ce que ça pouvait bien faire que quelqu'un ait le même appartement que lui, qu'est-ce que ça pouvait bien faire s'il se trouvait dans l'immeuble en face de—
Attends.
En face.
Comme dans… Parallèle au sien. Comme dans… Face à face… Comme dans…
Bordel de merde.
Naruto eut un frisson soudain. Il se tourna vers Iruka, les yeux écarquillés. « H-Hé, Iruka? »
« Hmm? » L'autre appuya encore une fois sur le bouton de l'ascenseur sans regarder le blond.
« Euh… S-Si ce mec a… le-le même numéro d'appartement que moi… Est-ce que ça veut dire qu'il peut… » Naruto luttait pour trouver ses mots. « Est-ce qu'on est…? »
Iruka fronça les sourcils et se tourna vers le blond. « Qu'est-ce qu'il y a, Naruto? »
Naruto composa un sourire nerveux et secoua la tête. « Rien… Je me demandais juste… Si on est, genre… en face l'un de l'autre… V-Vous savez… Est-ce que je peux le voir de mon appartement? »
Iruka fit « Oh » de la bouche et se remit une fois encore face à l'ascenseur. Il plissa pensivement la bouche. « Si je me souviens des plans des immeubles correctement, alors oui… »
Naruto sentit son coeur tomber.
« Vous devriez pouvoir vous apercevoir depuis la fenêtre de votre salon, » conclua Iruka.
Le coeur de Naruto se remit à battre. Ha ha, pensa-t-il tout en lâchant un soupir soulagé. Il voyait l'appartement d'une vieille dame depuis la fenêtre de son salon. Dieu merci—
« Ah, non, » s'exclama brusquement Iruka tout en secouant la tête. « Désolé. Depuis les fenêtres de vos chambres. Nos immeubles sont parallèles par rapport aux fenêtres des chambres, » se reprit-il avec un sourire, amusé par son erreur.
Pendant ce temps-là, le coeur de Naruto s'était arrêté de battre.
Bor… del… de merde. Naruto avait toujours eu des petits problèmes d'anxiété. Ça n'avait jamais été assez grave pour qu'on lui recommande de prendre des médicaments, mais ces moments de pressentiments intenses et foudroyants le frappaient toujours aux moments les plus inattendus.
Les portes de l'ascenseur choisirent ce moment pour s'ouvrir. « Enfin, » marmonna Iruka en entrant à l'intérieur. Mais tout ce à quoi Naruto pouvait penser était—
Putain de merde.
Et puis il cligna des yeux. Il était ridicule—
« Naruto, les portes vont se refermer. »
Putain de merde.
Naruto entra dans l'ascenseur à pas hésitants et tremblants, puis se mit à côté de son propriétaire. Iruka se mit à rire, inconscient de la lutte interne qui déchirait Naruto et pressa le bouton pour le cinquième étage.
Une seule pensée traversa l'esprit de Naruto lorsque les portes se fermèrent.
Mort imminente.
Lorsque l'ascenseur se mit à monter, les yeux de Naruto s'exorbitèrent plus qu'il n'était possible.
Putain de merde.
Deuxième étage.
Putain de merde.
Troisième étage.
Putain de bordel de meeeerde
Quatrième étage.
Merde!
Cinquième étage—
« Naruto— ? »
« Putain de merde! »
Iruka, surpris par l'éclat de voix inattendu de Naruto, dut stabiliser la tourte à l'aide de ses deux mains lorsque Naruto commença à racler ses ongles contre la porte.
« Je peux pas! » cria-t-il, son anxiété le dévorant tout entier.
Et puis soudainement, la porte de l'ascenseur s'ouvrit sur le…
Long…
Froid…
Couloir noir du cinquième étage.
Les pupilles de Naruto tressaillirent. Mort imminente.
Mort, mort, mort—
« Naruto? »
Naruto se retourna lentement vers Iruka, fixant l'homme avec des yeux exorbités. « Euh… » bégaya-t-il. « Je… »
« Naruto, qu'est-ce qu'il se passe ? » lui demanda son proprio d'un ton sincèrement inquiet.
Naruto secoua la tête et composa un sourire crispé. « Je viens juste de me souvenir… J'ai un truc à faire, » bafouilla-t-il en détournant le regard. « Je… J'ai un truc à faire, » conclut-il maladroitement.
Il y eut quelques moments de silence avant qu'Iruka ne hoche la tête. « Bon… Eh bien… » Il fit un sourire inquiet à Naruto avant de sortir de l'ascenseur. « Je… Je te verrai plus tard alors? »
Naruto répondit d'un mouvement de tête, son sourire faux toujours plaqué sur son visage. « Ouais… Et, euh… N-N'oubliez pas la tourte! » ajouta-t-il gaiement, même si sa nervosité transparaissait à travers son petit rire.
Iruka sourit et acquiesça lorsque Naruto mentionna la tourte. « Je n'oublierai pas. » Il marqua une pause et fixa Naruto avec des yeux légèrement suspicieux. Naruto se recroquevilla sous son regard. Heureusement pour lui, les portes de l'ascenseur commencèrent à se refermer. « Oh. Euh, passe une bonne fin de journée, Naruto! » s'exclama Iruka avec un petit salut de la main. Naruto parvint à retourner le geste avant la fermeture des portes.
Puis…
…Il s'écroula sur le sol dans un coin de la cabine.
Nom de Dieu, pensa-t-il, pathétique. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui? Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond dans son putain de cerveau? Après s'être secoué la tête, il se releva sur ses deux jambes. Il avait vraiment honte de lui-même. Mais de quoi avait-il eu tant peur?
Naruto couvrit son visage de ses mains. Probablement de la confrontation. Et si jamais l'autre l'avait reconnu comme le mec qui l'espionnait régulièrement depuis sa fenêtre…? Et s'il savait qu'il avait vu ce qu'il s'était passé la première nuit où Naruto avait dormi dans son nouvel appartement….?
Le blond émit un grognement et enleva les mains de son visage alors que les portes de la cabine s'ouvraient sur le rez-de-chaussée et une petite foule de gens en train de patienter devant l'ascenseur. Il sortit de la cabine avec un soupir et rentra chez lui.
Il allait devoir expliquer pas mal de choses, pensa-t-il. Plus à lui-même qu'à Iruka. Il ne savait toujours pas la raison pour laquelle il s'était comporté de cette façon. Les confrontations étaient bien sûr des situations angoissantes, mais la façon dont son coeur s'était mis à battre aussi frénétiquement dans sa poitrine était la preuve que quelque part, dans son subconscient, il y avait quelque chose. L'instinct. Son anxiété pouvait des fois le faire se sentir très mal, mais c'était différent.
En entrant dans son appartement, ses yeux échouèrent sur la tourte reposant sur le comptoir de la cuisine. Il plissa le nez à sa vue.
Il était vraiment pathétique pour penser des choses pareilles, pensa-t-il. L'homme en face de lui était sûrement un type sans histoires, sur le point de recevoir une tourte tout comme lui. Et il allait sûrement sourire en voyant la tourte, et il allait remercier Iruka pour lui avoir souhaité la bienvenue… Et puis il mangerait la tourte. Gaiement. Comme une personne normale.
Naruto était ridicule. Il se mettait dans des états pas possibles pour des choses insignifiantes. Si un jour il venait à rencontrer cet homme mystérieux, ils s'esclafferaient sûrement ensemble devant ces coïncidences et apprendraient à mieux se connaître autour d'une bonne tourte.
Le blond secoua la tête avec un sourire. Il devrait aller s'excuser un de ces jours — s'ils avaient jamais le plaisir de se rencontrer. C'est ça, pensa joyeusement Naruto. Ce serait sûrement un plaisir de rencontrer ce gars.
Son téléphone portable choisit ce moment pour se mettre à sonner. Naruto tourna la tête de droite à gauche précipitamment. Où est-ce qu'il avait bien pu poser ce foutu appareil? Il ne l'avait pas pris avec lui pour aller dans l'immeuble d'en face. Il suivit la sonnerie jusqu'à sa chambre et vit son portable posé sur le sol, en train de vibrer à côté de son matelas. Il le ramassa sans prendre le temps de regarder l'identité du contact et décrocha.
« Yo, » répondit-il de manière complètement désinvolte.
« Naruto… » Il entendit une femme sangloter à l'autre bout du fil.
Naruto écarquilla les yeux. « Sakura? » Sakura ne lui répondit pas pendant de longues secondes, et tout ce que le blond pouvait percevoir était des reniflements ainsi que de faibles hoquets. « Sakura, qu'est-ce qu'il ne va pas? » demanda-t-il, inquiet. Il se rendit à sa fenêtre par habitude et s'appuya sur elle alors qu'il écoutait la jeune femme pleurer.
« J-Je suis désolée, Naruto. » Sa voix était faible. Naruto ne parvenait pas à se rappeler de la dernière fois où il avait entendu Sakura pleurer de cette façon. « C'est juste que… » elle inspira brusquement et il entendit un faible 'Seichi, laisse-moi. Je vais bien' dans le combiné.
Naruto fronça les sourcils et appuya son oreille contre le téléphone. « Sakura, qu'est-ce qu'il se passe? »
« C'est Sasuke, » gémit Sakura.
Les yeux de Naruto se plissèrent, un rictus de colère se formant sur son visage. « Qu'est-ce qu'il s'est passé? Est-ce qu'il t'a frappée— ? »
« N-Non, c'est pas ça. »
« Alors qu'est-ce que c'est, Sakura?! » s'écria Naruto de frustration.
Sakura lâcha un gémissement lancinant. Ses yeux se radoucirent de culpabilité. « Pardon Sakura, » s'excusa-t-il doucement alors que d'autres sanglots distants et faibles bruits de mouvement résonnaient dans le combiné.
« C'est pas grave, » assura Sakura une fois calmée. « C'est… C'est juste que… Le commissariat a appelé et… Sasuke… Il… » Il y eut une autre pause pendant laquelle Naruto attendit patiemment en écoutant la respiration irrégulière de son amie. « Il… » continua Sakura. « Il n'est pas là-bas. »
Naruto fronça les sourcils. « Sakura, il est sûrement en train de rentrer chez vous. Est-ce qu'il a fini sa journée— »
« Il n'a pas été là-bas, Naruto! » hurla Sakura, interrompant le blond. « Ça fait des semaines qu'il est pas revenu à la maison! »
Nartuo cilla. « Mais tu m'as dit qu'il avait— »
« Moi aussi je pensais ça… » La respiration de Sakura était entrecoupée de hoquets. « Mais le commissariat de police a appelé tout à l'heure pour me demander… » Il y eut une nouvelle pause à l'autre bout du fil, et Naruto pensa entendre la jeune femme ravaler sa salive. « Ils… Ils ont demandé quand Sasuke prévoyait de retourner travailler… Parce que ça fait des mois qu'il n'est pas venu au travail, Naruto!… Il m'a menti pendant tout ce temps! » hurla-t-elle, de plus en plus hystérique. « Il n'a jamais eu de promotion! L-Le chef m'a dit qu'il n'avait même jamais— »
« Sakura, calme-toi. Je comprends rien à ce que tu— »
« Sasuke a disparu! Il a disparu, Naruto! C'est quoi que tu comprends pas dans— » Sakura se tut brusquement et Naruto entendit un bruit sourd à l'autre bout du fil.
« Sakura...? Sakura! »
Il réussit à percevoir un juron étouffé de la jeune femme avant l'apparition d'autres bruits de mouvement. « Je suis désolée, Naruto, » souffla-t-elle après quelques instants.
« Sakura, qu'est-ce que— »
« Je dois y aller. »
« Sakur— »
« Au revoir, Naruto. »
Clic.
Naruto cligna des yeux et fixa son téléphone. Que… Qu'est-ce qu'il venait de se passer, là? Il jeta son portable sur son lit avec un grognement frustré, et se tourna vers la fenêtre dans un mouvement de colère. Il appuya ses coudes sur le rebord et se mit à réfléchir. Il allait devoir aller voir Sakura, à présent. Sasuke, putain d'enfoiré. Il bouillait intérieurement. C'était toujours lui qui faisait pleurer Sakura. Toujours. Ça faisait enrager Naruto à un point… Même en passant outre le fait que Sasuke avait tout ce que Naruto avait jamais désiré dans la vie, c'est-à-dire : une femme sublime, un gosse qui était son portrait craché et un boulot grâce auquel il pouvait protéger les gens et subvenir aux besoins de sa famille ; ce bâtard considérait tout comme acquis et ne respectait rien. Il n'était pas allé au travail depuis des semaines? Il mentait à sa femme?
Naruto leva les yeux dans un souffle pour foudroyer du regard la fenêtre en face de la sienne. Il allait falloir qu'il rende visite à Sakura, pensa-t-il une nouvelle fois. Dés qu'il se serait lavé, il ferait tout ce qu'il serait en son pouvoir pour comprendre le fin mot de cette affaire.
Il poussa sur ses bras et se redressa.
Lorsque son regard dévia vers la rue, il fut surpris de voir Iruka en train de rentrer dans leur immeuble. Les coins de sa bouche tressaillirent, mais il résista à la tentation de l'appeler. Puis, il remarqua quelque chose : Iruka n'avait plus la tarte sur lui. Naruto eut un sourire éloquent, la scène avec Sakura quelques minutes avant ne lui permettant pas de sourire comme il l'aurait voulu.
Le fait qu'Iruka sorte de l'immeuble les mains vides signifiait que le roux était probablement en train de faire ce que Naruto pensait qu'il faisait. Il était sûrement en train de manger la tourte et de l'apprécier et de se moquer gentiment des manières ringardes d'Iruka—
Ses yeux se levèrent sur la fenêtre en face de lui. Ses pensées cessèrent brusquement lorsqu'il vit quelque chose clignoter.
La lumière… elle était allumée.
Il se sentit se pétrifier sur place et son coeur recommença à battre à toute vitesse.
Et puis Naruto secoua la tête. Arrête ton char, pesta-t-il contre lui-même. Il se comportait comme un idiot. Pourquoi est-ce que la lumière serait éteinte? C'était une fin d'après-midi comme les autres. Les gens allumaient leurs lumières. Il n'y avait pas de quoi avoir peur. Le blond sourit et fixa la fenêtre sans peur ni hésitation, attendant de voir si quelque chose allait se produire. Quelques minutes passèrent et le clignotement n'était toujours rien de plus qu'un simple clignotement. Naruto se moqua amèrement de lui-même. Il était vraiment ridicu—
Attends…
… Quoi…?
Les yeux de Naruto s'écarquillèrent.
Qu'est-ce que… Qu'est-ce que c'était… que ça?
...
...
Oh...
…mon …
Dieu.
La salive de Naruto était bloquée dans sa gorge. Alors que ses yeux s'exorbitaient à ce à quoi il venait juste d'assister.
En un éclair — même pas une seconde — la fenêtre en face de lui s'était ouverte pour révéler le roux qu'il avait déjà entraperçu auparavant. Et dans ce laps de temps, il avait vu tout ce qu'il n'avait pas vu avant. Dans cette seconde d'intervalle — non, demi-seconde — il vit la pâleur de l'homme, il vit le rouge de ses cheveux, il vit le noir autour de ses yeux, et il regarda avec des yeux bleus écarquillés d'horreur l'homme tenir la tourte d'une main et la jeter par la fenêtre.
Crch— Splat.
...
…
Le bruit résonna dans les oreilles de Naruto. Splat… splat… crch splat.
Naruto ne put s'empêcher de regarder le résultat en contrebas.
La… La tourte… elle… Elle avait fauché quelqu'un.
Naruto se redressa légèrement. De la fraise, pensa-t-il faiblement. Ses yeux étaient bloqués sur les traînées de jus rouge qui se répandaient sur le sol. C'était… bien du jus, n'est-ce pas? Naruto sentit un haut-le-cœur arriver. Non… Non, c'était… C-C'était pas… C'était pas du jus.
Il y avait des gens attroupés tout autour de la scène, maintenant, et il y avait une… u-une personne par terre. Naruto n'entendait plus rien. Il était en état de choc. Tous les cris et toutes les voix venant d'en bas étaient comme étouffées — tout ce qu'il voyait était du rouge… rouge… rouge. Il y en avait certains qui regardaient en l'air afin d'essayer de voir — en vain — qui avait fait ça. Naruto n'avait pas besoin de regarder devant lui pour savoir que le roux était hors de vue maintenant, fenêtres closes et lumières éteintes.
Un moment passa durant lequel Naruto se rappela dans un flash de la sensation du dur, froid plat en verre qui avait contenu la tourte. Le plat en verre qui venait de tomber sur la tête de quelqu'un. Le plat en verre qui était irrémédiablement disséminé en mille morceaux sur le sol, juste à côté d'un vieil homme saisi de spasmes et saignant de la tête, avec du sang coulant en abondance de son—
Haut-le-coeur.
Naruto essaya de dire quelque chose. Réveille-toi, pensa-t-il. Mais tout ce qui sortit de lui fut un faible marmonnement.
Il recula de la fenêtre avec une respiration tremblotante, ne prenant pas la peine de vérifier si le roux était toujours là. Ses jambes flageolantes le portèrent jusqu'à la salle de bains, où il trébucha contre le lavabo et se maintint debout à l'aide de ses bras calés sur les bords en porcelaine. Il leva les yeux sur le miroir, fixant l'expression d'horreur absolue qui déformait ses traits blêmes et tremblants.
...
...
« Pu-Putain— »
Pause.
Non.
Pas tout de suite.
Mets de l'eau sur ta figure.
Respire.
Respire.
OK.
Maintenant tu peux…
...
...
« Putain de merde. »
{Note de l'auteur} : Seul Gaara peut déclencher une catastrophe avec une tourte!
