Naruto grommela dans sa barbe pour la énième fois de l'heure. En toute honnêteté, ça avait été une matinée affreuse. Il s'était brûlé avec le four au petit matin, s'était presque fait renversé par une voiture en marchant jusqu'à son travail, son patron faisait tout ce qu'il pouvait pour lui coller le maximum de taff à faire avant la fin de sa journée, et Kiba se comportait comme le roi des enculés.
« Bon, » commença Naruto, ses yeux bleus se plissant afin de bien faire comprendre à son ami là où il voulait en venir. Kiba ne le regarda pas, choisissant de continuer à faire la gueule au carrelage. Le blond roula les yeux. « J'ai aucune putain d'idée de ce qui est en train de se passer entre toi et Shino, mais si je dois te couvrir encore une fois parce que tu ne fais pas ton boulot, je te jure Kiba, je vais faire quelque chose de… de… dangereux. »
Kiba leva alors les yeux sur Naruto et haussa un sourcil. Naruto lui rendit effrontément son regard. Il avait conscience que sa menace était nulle, mais Kiba devait comprendre qu'il commençait réellement à lui taper sur les nerfs. « J'en ai vraiment ma claque de te voir faire la gueule sans arrêt, Kiba! »
Ce dernier se renfrogna encore un peu plus et détourna le regard. « Tu n'as pas à te décarcasser pour moi, Naruto. Si Orochimaru veut me foutre à la porte, qu'il le fasse. J'en ai rien à cirer. »
Naruto émit un grognement sourd avant de jeter ses bras en l'air en signe d'exaspération. « Putain, Kiba! Arrête un peu ton putain de cinoche! » Avant que le blond ait eu le temps de baisser les bras, Kiba s'était levé et l'avait poussé contre le mur. Naruto balbutia quelque chose d'incohérent avant de lever les yeux sur son ami, abasourdi. « Mais-mais c'est quoi ton problème? » explosa-t-il au visage du brun.
Kiba lui grogna dessus en retour. « Je fais pas de cinéma, enculé, » cracha-t-il avant de pousser Naruto une nouvelle fois et de sortir de la salle de repos.
Naruto resta pressé contre le mur en état de choc pendant plusieurs secondes avant de lâcher un soupir épuisé. Il se détacha du mur couvert de papier peint argenté et passa une main dans ses cheveux. Il avait déjà le sentiment que ça allait être une journée de merde.
« Seichi sait déjà que tu viendras le chercher. »
Naruto hocha la tête à l'intention de Sakura tout en ouvrant la porte de la fourgonnette qu'il empruntait pour la semaine. Il avait supposé que ce serait mieux de venir chercher la voiture avant qu'il emmène le fils de Sasuke dans son petit appartement ; il ne voulait pas que Sa Majesté Mini-Uchiha se sente trop prolétaire pendant la semaine. Il monta assez aisément dans le véhicule. Il espérait qu'il savait toujours conduire ; il ne s'était pas assis dans le siège du conducteur depuis des siècles. Il allait s'abstenir de mentionner le fait que son permis était périmé depuis longtemps à Sakura, mais la photo sur la carte était toujours valable— tout ce qu'il aurait à faire serait de gratter un peu sur la date d'expiration. Non pas que ça l'aiderait si jamais il se faisait arrêter par la police, mais…
« Naruto… » dit Sakura alors que le blond descendait la vitre. « Merci, » ajouta-t-elle sincèrement, un autre de ses sourires larmoyants plaqué sur le visage. Elle se pencha afin d'embrasser Naruto sur la joue. « Tu n'as aucune idée de combien j'ai besoin de ça, de ce que ça représente pour— »
« Sakura, » l'interrompit Naruto avec un petit sourire. « Ça ira. J'ai compris. » Il lui décocha un sourire assuré et la salua. « Appelle-moi quand tu voudras le revoir, » ajouta-t-il tout en démarrant la voiture. « Si non, je suppose qu'on se reverra à la fin de la semaine. »
Sakura sourit et recula afin que Naruto puisse sortir de l'allée du garage. Elle lui fit au revoir de la main. Naruto hocha la tête, la salua de nouveau, puis s'en alla.
Il vit Sakura rentrer chez elle en courant depuis son rétroviseur sans même prendre le temps de lui rendre son geste.
Gagné.
L'école de Seichi devait être probablement encore plus grande que son immeuble.
Honnêtement, pourquoi est-ce que ces gamins avaient-ils besoin d'un putain de gratte-ciel? Evidemment il était en train d'exagérer, mais il ne serait pas surpris s'il s'avérait que le Silver Palace tout entier puisse rentrer dans une seule de leur salle de classe.
« Tu le reconnaîtras quand tu le verras, » l'avait informé Sakura quelque peu malicieusement, mais Naruto ne s'attendait pas à ce qu'elle ait raison à ce point. Un petit garçon déboucha par l'une des nombreuses portes-doubles en verre, la peau aussi pâle que la porcelaine, les cheveux en bataille et un regard maussade collé à ses yeux noirs qui donnait envie à Naruto de le frapper à coups de poings : en d'autres termes, une réplique exacte de Sasuke.
Evidemment, Naruto avait déjà vu le gamin auparavant, mais il avait énormément grandi depuis. Le garçon s'avançait tout droit, suivi par une file indienne d'élèves marchant presque au pas derrière lui. Une grande femme ressemblant à un chat, les moustaches en moins et les rides en plus, marchait à leurs côtés.
Il y avait également d'autre files d'élèves sortant du bâtiment par différentes portes-doubles. Ils avaient tous également leur propre vieille femme à allure de chat en faction à côté d'eux.
Naruto, qui avait été seul à patienter devant l'école il y avait à peine une minute, fut soudainement cerné par des parents sortant de leur voiture. Un par un, chaque enfant reconnut son parent et fut enlevé de la ligne. Les yeux de Naruto s'écarquillèrent un brin face à la soudaineté de la scène.
Ce fut à cet instant qu'il se rendit compte qu'il devrait probablement s'avancer et récupérer Seichi à son tour. C'est ce qu'il fit.
« Pardonnez-moi, monsieur, » l'interpella la grande femme d'une voix qui lui rappela sa grand-mère quelques minutes après une cigarette. Naruto n'avait même pas fait trois pas dans leur direction. « Êtes-vous perdu? Ceci est la propriété de l'école, et j'ai bien peur que votre présence soit— »
« Oh— » l'interrompit nonchalamment Naruto. « Je suis venu chercher quelqu'un, » s'empressa-t-il de la rassurer. La femme l'examina du regard des pieds à la tête. Naruto se sentait mal à l'aise, mais pas autant qu'il ne se sentait offensé. Pourquoi est-ce que cette femme avait tout de suite pensé qu'il s'était perdu? Est-ce que c'était à cause de ses fringues? Il jeta un oeil à ce qu'il portait. Il s'était sûrement habillé trop décontracté aujourd'hui, à tous les coups.
« Et qui est-ce que vous êtes venu chercher exactement? »
Naruto leva les yeux. « Euh, Sasuke— ah, non— Seichi. »
Ce dernier leva alors le regard sur Naruto. Il haussa un sourcil, se renfrogna et commença à quitter la file pour se rendre dans sa direction.
La femme l'arrêta d'une main sur son épaule. « Monsieur Uchiha, connaissez-vous cet ho— »
« Est-ce qu'il est ton majordome? » interrompit une voix de petite fille. Elle était placée juste derrière Seichi dans la file. Elle était menue et possédait deux couettes sombres qui encadraient son visage couleur caramel.
Elle avait une espèce d'accent bizarre réalisa Naruto avec une expression légèrement interloquée. Du genre qu'il entendrait à la télé ou quelque chose comme ça.
« Non… » répondit Naruto. « Je suis un ami de ses parents. »
La femme plissa les yeux. « Quel est votre nom? »
« Naruto. »
« Boujour Naruto. » C'était la petite fille qui lui répondait. « Moi je m'appelle Jenna. Jenna Sampson. Seichi et moi, on va se marier. »
« Non, » répliqua vivement Seichi. Il se tourna vers la fillette et la foudroya du regard.
Naruto assista à la scène avec de grands yeux écarquillés, luttant contre l'envie impérieuse de ricaner. Voyez-vous ça? pensa-t-il. C'était tout comme à l'époque de l'école primaire, avec la dévotion corps et âme de Sakura pour Sasuke, et le perpétuel refus du brun prétentieux.
« Madame Uchiha a bien dit quelque chose à votre sujet… » répondit la femme-chat. « Sa description semble vous correspondre… Cependant, je pense que vous n'êtes pas sans savoir que Mr. Uchiha est membre des forces de police, et il y a eu dans le passé certains incidents où Seichi a été utilisé comme un moyen d'atteindre son père. »
Les yeux de Naruto ne trahirent pas sa soudaine stupéfaction. « Oh, » répondit-il maladroitement. Il ne le savait pas. « Je— euh, je ne suis— Je ne ferais jamais— devrions-nous appeler Sakura? » bredouilla-t-il.
La femme fixa Naruto durant quelques secondes avant de secouer la tête. « Non. » Elle relâcha l'épaule de Seichi. « Seichi a les moyens nécessaires de contacter n'importe qui si jamais il se considérait en danger. N'est-ce pas, Seichi? »
Le gamin lui répondit par un bref hochement de tête avant de se diriger vers Naruto d'un regard fixe et hautement suspicieux. Naruto lui décocha un petit sourire avant de se retourner vers la femme. « Les cours commencent bien à 7h30? » s'enquit-il.
« 7h30 les lundis, mardis et jeudis ; 8h pile les mercredis et les vendredis ; 10h pendant les vacances, » répondit mécaniquement la femme. Naruto sentit une grosse goutte de sueur digne d'un anime japonais se former sur sa tempe. Il acquiesça, puis se détourna. Ils ont cours pendant les vacances?
Il observa avec émerveillement Seichi se retourner et saluer la fillette de la main. « Au revoir, Sampson, » marmonna-t-il à voix basse avant de se détourner promptement.
Naruto avait très envie de rire. Il supposa que le fils de Sasuke était d'une certaine façon un peu meilleur que son paternel s'il avait réellement dit au revoir de lui-même ; cependant, il n'était pas surpris qu'il l'ait appelée par son nom de famille.
« Au revoir Seichi! A lundi! » La petite fille fit joyeusement au revoir au dos tourné de Seichi avant que son propre parent— ou est-ce que c'était un majordome?— arrive et la récupère à son tour.
Dés qu'il furent sortis du périmètre de l'école pour se rendre vers la voiture de Sakura, Seichi prit la tête. Il marchait d'un bon pas devant Naruto, comme s'il avait déjà repéré la voiture. Il s'arrêta devant la porte passager et lança un regard irrité à Naruto qui se déplaçait de manière plus détendue, prenant son temps pour atteindre le véhicule.
Naruto laissa un regard impassible prendre place sur son visage. Déjà, il savait que ce gamin, peu importe les petites différences qu'il y avait entre lui et son père, allait lui faire la vie dure. Ça va être comme devoir se re-taper Sasuke-bâtard de nouveau…
Il appuya sur le bouton d'ouverture automatique des portes situé sur son bip et eut un moment d'hésitation lorsque Seichi grimpa sur le siège avant passager.
Naruto marqua une pause avant de mettre les clefs sur le contact. « Tu ne peux pas t'asseoir là, » déclara-t-il sans détour. Il haussa un sourcil en s'assurant que Seichi puisse bien le voir.
Le petit garçon se contenta de lui lancer un regard mauvais et continua de boucler sa ceinture. « Maman et papa me laissent toujours m'asseoir devant. »
« Et est-ce que j'ai l'air d'être ta maman ou ton papa? » répondit tranquillement Naruto.
« Non, toi tu ressembles plus à la merde qui s'écrase sur le sol quand je marche dessus, » répliqua le gamin tout aussi nonchalamment.
Naruto s'étrangla sur sa propre salive avant de soupirer et de retirer la clef du contact. « Peu importe, tu n'as pas le droit d'être ici. Tu es trop jeune. Va t'asseoir à l'arrière. »
Seichi croisa les bras. « Non. Tu violes mes droits, » répondit-il d'un ton méprisant, foudroyant le blond du regard.
Naruto roula les yeux. « Quels droits? C'est la loi. T'es bien trop petit pour être assis là. Va t'asseoir derrière avant que je t'y jette moi-même— »
« C'est ce qu'ils ont dit à Rosa Parks et elle n'a pas bougé. »
Naruto aurait encore roulé des yeux s'il n'était pas si choqué. « R-Rosa Parks? » s'exclama-t-il d'un ton incrédule avant d'éclater de rire. Quel âge avait ce gosse? Sept ans? Et ils lui enseignaient Rosa Parks à l'école? « Ecoute-moi bien, gamin, » déclara Naruto en retirant sa ceinture. « Il est hors de question que je finisse en taule parce qu'on a eut un accident et que t'es passé à travers le pare-brise. Alors dépêche-toi de t'asseoir à l'arrière, et tu rentreras à la maison en un seul morceau. »
« Bouffe ma merde. »
Un nerf palpitant céda à l'intérieur du crâne de Naruto, et il ne perdit pas de temps à se pencher vers sa droite et à retirer furieusement la ceinture du jeune brun.
Seichi se mit à hurler lorsque Naruto l'attaqua et battit furieusement des bras en frappant la tête du blond. « Lâche-moi! »
Naruto émit un grognement et finit par déboucler la ceinture. Il attrapa le garçon par la taille et le sortit de la voiture en le jetant sur son épaule comme un sac à patates.
« Hé! Hé! » hurlait le gamin.
Naruto ignora les badauds dans la rue qui s'étaient arrêtés pour regarder la scène et ouvrit la porte arrière, posa rapidement Seichi à l'intérieur puis claqua la porte. Il se dépêcha d'aller se rasseoir sur son siège, referma la porte, tourna la clef dans le contact et quitta la place de parking.
« Mets ta ceinture, » ordonna fermement Naruto en regardant dans le rétroviseur arrière. Seichi était allongé sur le côté en lui tournant le dos, les épaules tremblantes. Il ne répondit pas. « Ne me fait pas répéter. »
« Emmène-moi à la maison… » marmonna Seichi contre les sièges en cuir.
« Ta maman ne veut pas te voir à la maison pour le moment, » répondit nonchalamment Naruto. Il retint la compassion dans sa voix pour une raison.
Seichi resta silencieux pendant un bon bout de temps avant de répliquer. « Je la déteste. »
Naruto eut un moment d'hésitation. « Hum. Tu ne la détestes pas. » Mais sa voix était malheureusement peu assurée.
« Si, je la déteste, » insista Seichi en se rasseyant. « Elle m'a frappé. Et maintenant je sais pourquoi, » ajouta-t-il en foudroyant le blond du regard dans le rétroviseur. « C'est parce qu'elle est amie avec des gens comme toi. »
Naruto ne prit pas la peine de dissimuler sa colère en entendant ces mots. « Bon, ouvre grand tes oreilles, gamin : si t'écoutes pas les adultes, c'est normal que tu finisses par en payer les conséquences. Ta maman avait sûrement tort de te frapper, et elle s'en veut énormément pour ça, mais tu ferais bien de garder à l'esprit que moi, j'aurai absolument aucun scrupule à te remettre les idées en place si jamais tu me chatouilles, pigé? »
La garçon intensifia son regard haineux avant de se redresser sur son siège et et de boucler sa ceinture. « T'as entendu Madame Burns, » répondit Seichi à voix basse. « J'ai les moyens nécessaires pour appeler à l'aide si je considère qu'on m'agresse. »
Naruto renâcla. « Eh ben, garde bien ces moyens nécessaires près de toi, parce que si tu continues à ne pas suivre mes règles, tu risques de t'en servir souvent, » acheva-t-il en soufflant. Il se demanda s'il devait passer par l'autoroute. Sakura lui avait dit que ce serait plus rapide pour rentrer chez lui, mais il décida de ne pas le faire. Il y avait des chances pour que ce gamin le fasse assez sortir de ses gonds pour qu'il projette la voiture par dessus la rambarde.
Seichi resta silencieux la majorité du trajet. Il ne reprit la parole que lorsqu'ils atteignirent le quartier de Naruto. « La station de police est près d'ici, » grommela-t-il. « On peut aller voir mon papa? »
Naruto cligna des yeux. Sakura n'avait pas dit à son fils que Sasuke avait disparu? Il secoua la tête. « Ton père est très occupé, » répondit-il, mais même ses propres mots lui semblaient vides. « Il est sûrement dehors en train de combattre le crime ou quelque chose comme ça, » ajouta-t-il sans conviction. « Même si ça me soûle de l'admettre, j'ai entendu dire que ton papa est super génial. A mon avis ils doivent sûrement lui donner toutes les meilleures missions et le garder tout le temps occupé… » Il laissa sa phrase en suspens lorsqu'il remarqua l'expression de Seichi dans le rétroviseur. Il avait l'air abattu et faisait la moue.
« Papa ne vient plus jamais me voir… » dit-il à voix basse. « Il aime son travail plus que moi… »
Naruto marqua une pause et contracta ses mains sur le volant, mal à l'aise. « Tu sais… » dit-il après un certain temps. « C'est là que tu te trompes… » Il ne pouvait pas se fendre d'un petit sourire rassurant à l'égard de Seichi car il était trop concentré sur le choix de ses mots. « Sasuke… Il t'aime énormément. C'est pour ça qu'il est toujours dehors… Il te protège du monde extérieur, tu sais? » acheva-t-il avec un faible sourire tout en jetant un coup d'oeil à Seichi depuis son rétro. « Si Sasuke n'était pas sans arrêt dehors en train de sauver le monde, comment est-ce qu'il pourrait être sûr que tu es en sécurité? »
Les sourcils de Seichi se froncèrent en une expression que Naruto ne parvint pas à cerner. De la frustration? « Non, » répondit Seichi en secouant catégoriquement la tête. « J'ai pas besoin qu'on me protège de… de l'extérieur… » Il regarda par la fenêtre et fit un geste de la main. « L'extérieur ne me fera jamais de mal. Mais maman, si. »
Naruto fut reconnaissant pour le feu rouge un peu plus loin car il avait besoin de faire une pause le temps que les mots de Seichi parviennent jusqu'à son cerveau. « Ta maman? Sakura? Pourquoi est-ce que tu aurais besoin qu'on te protège d'elle? » demanda-t-il délicatement, choisissant de se retourner dans son siège afin de pouvoir voir le garçon.
Seichi se contenta de le fixer avec circonspection avant de retourner à son regard noir habituel. « T'as pas besoin de le savoir. Papa va venir me sauver. Pas toi. »
Naruto le fixa longuement, désarçonné. Mais qu'est-ce qu'il était en train de lui raconter? Un coup de klaxon retentissant résonna et il sursauta, surpris. Il se retourna face à la route et s'aperçut que le feu était déjà passé au vert, et avait dû l'être pour un petit bout de temps. Il secoua la tête et essaya de garder ses yeux sur la route, heureux que Seichi ait décidé de rester silencieux pour le reste du voyage.
Naruto avait réussi à localiser un parking à quelques rues de son immeuble. Il allait cependant devoir déplacer la voiture de l'autre côté de la rue avant huit heures, ce qui était l'heure à laquelle les balayeuses arrivaient.
Il ne fut pas surpris que Seichi lui donne du fil à retordre avant de sortir de la voiture, et refuse de lui prendre la main pour traverser les quelques rues qu'ils devaient traverser. Seichi maintint un regard hautain alors qu'il marchait devant Naruto (il se ravançait toujours dés que le blond se tenait à sa hauteur) et fusilla du regard tous les passants qui le fixaient à cause de son énorme cartable qui rebondissait bizarrement sur son dos.
Naruto fronça les sourcils devant le dos de Seichi. Il n'y avait aucune chance pour qu'il s'entende avec ce gosse. Il ne savait pas si ce serait violer la promesse qu'il avait faite à Sakura, mais il devait trouver quelqu'un pour s'occuper de Seichi, quelqu'un qui serait gentil avec lui, qui en prendrait soin et serait poli avec lui même quand le gamin se comporterait comme un idiot.
Cela excluait Kiba, ses grand-parents, et à peu près tous ceux qu'il connaissait et habitaient près. Naruto soupira. C'était sûrement mieux comme ça. Sakura lui avait confié Seichi, alors il allait devoir s'en occuper.
Ils arrivèrent à l'immeuble de Naruto en moins de cinq minutes. Naruto dut crier à Seichi de s'arrêter, et roula des yeux lorsque le garçonnet fixa le bâtiment avec une expression atterrée.
« Bienvenue à la maison, morveux, » commenta Naruto en entrant à l'intérieur. Il appuya frénétiquement sur le bouton, comme si l'ascenseur allait arriver plus rapidement comme ça et observa Seichi alors qu'il découvrait les alentours. Seichi pivota lentement sur lui-même et se figea lorsque ses yeux atterrirent sur la petite cage d'escaliers sur le côté. Naruto savait déjà dans quel état se trouvait la cage, alors il ne prit pas la peine de vérifier pourquoi Seichi s'était soudainement arrêté, avait écarquillé les yeux avec un léger frisson et fait un pas en arrière. Il fixait la cage d'escaliers avec une telle obstination que cela fit émettre à Naruto un son à mi-chemin entre le grognement et l'éternuement. Le sale gamin était probablement en train de fusiller une saleté du regard, ou de trembler à cause du carrelage dépareillé.
Etonnement, l'enfant ne fit aucun commentaire à l'arrivée de l'ascenseur, et ce même lorsqu'il dut enjamber une petite flaque d'urine avant d'entrer à l'intérieur. Naruto plissa le nez de dégoût. C'était un immeuble bon marché, ça il le savait, mais il n'avait jusque là pas eu de quoi se plaindre à propos de la propreté. Le blond lâcha un soupir. Il semblait que Seichi ne lui apporterait que le mauvais oeil.
Naruto observa avec des sourcils haussés alors que Seichi digérait l'environnement autour de lui avec des yeux écarquillés, presque terrifiés en remontant le couloir vers son appartement. Honnêtement, est-ce que c'était la première fois que le gamin voyait un peu de saleté sur le sol? Quelques graffitis sur les murs? Des néons clignotants ayant besoin d'être réparés?
Quand Naruto s'arrêta enfin devant sa porte, Seichi se tenait loin derrière lui avec une expression qui oscillait entre l'appréhension et le dégoût ; jusqu'à maintenant, il semblait cependant que le dégoût dominait.
Naruto fit un geste impatient au garçon pour lui signifier d'entrer, mais Seichi se tint à l'extérieur, fixant Naruto avec des yeux légèrement effarés. « Cet endroit, » déclara-t-il doucement, « est moche. »
Naruto ferma les yeux, pria silencieusement le ciel de lui donner la force et la patience nécessaires, soupira et fixa Seichi d'un sourire sarcastique. « Ah oui? Dans ce cas-là, il n'est pas si différent de toi, » rétorqua-t-il vicieusement. « En plus, tu ne seras là que pour une semaine. Alors endure. »
Seichi cligna des yeux à plusieurs reprises, toujours à l'extérieur de la porte. « Endurer… » dit-il à voix basse. « C'est un de nos mots de vocabulaire… »
Naruto lutta, à grand-peine, contre l'envie de rouler des yeux. « Ecoute gamin, arrête de me faire perdre mon temps. T'as pas des devoirs à faire plutôt? »
Naruto eut un regard interloqué lorsque Seichi écarquilla les yeux à ses paroles. Puis, il affecta son regard irrité habituel et entra dans l'appartement. Naruto soupira et ferma la porte. « Pose ton sac n'importe où, » grogna-t-il en enlevant son T-shirt et en le jetant au hasard dans la pièce. « Je vais aller nous cuire des nouilles, et après tu pourras faire tes devoirs et aller au lit. »
« Maman et papa me laissent toujours regarder la télé avant d'aller au lit, » répliqua Seichi d'un air renfrogné.
Naruto s'appliqua à afficher un large sourire béat. « Oh, vraiment? Dans ce cas-là, bien sûr que tu peux regarder la télévision— » Il affecta une pause dramatique, regarda autour de lui, et simula une expression catastrophée. « Oh, mais c'est vrai, je n'en ai pas. » Il secoua la tête et entra dans sa chambre afin de jeter son téléphone sur le lit. « Fais comme chez toi, gamin! » s'écria-t-il.
Seichi lui cria quelque chose en réponse, mais Naruto l'ignora et s'en alla dans la cuisine pour préparer leur bouffe.
Le blond avait déjà organisé leurs nuits. Il avait acheté un matelas en plus, un plus moelleux que celui qu'il possédait déjà, et l'avait mis à coté du premier. Ce serait le « lit » de Seichi. Il s'assura d'ajouter quelques gros oreillers moelleux à l'ensemble ainsi qu'une grosse couette, courtoisie de Sakura, car elle avait dit que Seichi ne pouvait pas s'endormir sans un minimum de familiarité.
Le fils de Sasuke se trouvait dans le salon en train de faire ses devoirs. Le blond l'aperçut à plusieurs reprises en train de travailler, et il ne put s'empêcher de rouler des yeux. Le gamin donnait l'impression de concourir à un marathon national avec la façon dont son stylo-bille se déplaçait sur le papier avec tant de rapidité. Naruto aperçut du coin de l'oeil une paire de nombres qui lui flanquèrent un mal de crâne, et retourna s'asseoir dans sa chambre.
Seichi dormirait sur le lit de gauche, pendant que Naruto serait du côté de la porte vu que c'était aussi juste à côté de la prise où il rechargeait son téléphone.
Naruto déplaça quelques unes de ses affaires hors du chemin dans un coin, et il était en train de se demander ce qu'il devait faire de son linge sale lorsque la voix de Seichi le ramena au monde réel.
« Abruti. »
Le blond faillit en tomber à la renverse. Cela n'avait pas pris beaucoup de temps à Seichi avant qu'il commence à le surnommer ainsi peu de temps après être entré dans l'appartement.
« Est-ce que tu as une calculatrice? »
Naruto fronça les sourcils. « Non, désolé. »
Seichi se mit à lui faire la tête avant de se retourner—
« Attends, » interpella Naruto en fouillant dans ses poches. Puis, il se plia en deux et ramassa son téléphone en train de charger. « Je crois que mon portable en a une. » Avant qu'il n'ait pu le lui tendre, Seichi s'était déjà avancé, le lui avait arraché de la main et était retourné dans le salon.
Naruto fronça les sourcils et se remit à ranger des choses.
Le blond sut que Seichi avait terminé ses devoirs une demi-heure plus tard lorsqu'il entendit les sons caractéristiques de Pacman hurler depuis son téléphone. Il sourit malgré lui et saisit sa chance pour enfin s'allonger sur son lit de fortune.
Ça avait été une journée étrange, mais il supposa que ça aurait pu être pire. Il s'était attendu à ce que Seichi soit un petit garçon plein de confiance en soi, crachant des insultes dés que l'occasion se présentait et criant sur tous les toits à quel point il détestait la vie et tout le reste — c'est-à-dire se comportant comme un émo stéréotypé, comme Sasuke à l'époque. Et à la place, il se retrouvait avec ça. Un petit garçon qui avait l'air plus perturbé par ce qu'il se passait autour de lui que véritablement en colère. Un petit garçon que Naruto se sentait réellement désolé d'avoir fourré sans ménagement à l'arrière de sa voiture. Hmm. Le blond soupira longuement. Ce n'était pas de discipline dont le gamin avait besoin. C'était des réponses.
Perdu dans ses pensées, il laissa ses yeux vagabonder jusqu'à ce qu'ils échouent sur les deux feuilles de papier que le policier lui avait données il y a une semaine, intactes et repoussées contre le mur à côté de son linge sale. Le blond soupira et plissa les yeux. Il n'était vraiment pas d'humeur à s'intéresser à quoi que ce soit de sérieux à cet instant.
Naruto tourna le dos aux feuilles.
…Puis il dirigea de nouveau les yeux sur elles, se pencha et les ramassa.
Il les déplia et les lut.
Gaara Sabaku Kaze.
Naruto ferma les yeux. Le nom le faisait frissonner. Il fixa les photos qu'ils avaient de lui en plissant les yeux, puis lança la feuille au loin, choisissant de jeter un oeil aux informations qu'ils avaient sur lui à la place.
Il lut lentement et précautionneusement chaque ligne, prêt à jeter la feuille au sol ou à la déchirer s'il n'en pouvait plus.
Naissance: 19 janvier 1986.
Hmm. Naruto réfléchit négligemment. Gaara était donc âgé de trois ans de plus que lui… Ce qui faisait qu'il avait… Le blond compta dans sa tête… Vingt-six ans.
Ville de naissance: Suna Kagure
Famille:
Père: Sabaku Kaze. (Décédé)
Mère: Karura Kaze. (Décédée)
Oncle: Yashamaru Ito.
Soeur: Temari Kaze.
Frère: Kankuro Kaze.
Naruto fronça les sourcils à la vue de la liste. Il se souvenait que les policiers avaient dit que son oncle avait été brûlé vif. Pourquoi n'y avait-il pas « décédé » à côté de son nom? Il devait y avoir une erreur.
Il se remit à lire la feuille d'un air interrogateur.
Marié: Jamais
Naruto rigola. Il l'espérait bien.
Antécédents Psychiatriques : Séances avec le Docteur Kabuto Yakushi / Institut pour Malades Mentaux, Asile MD, 1992 à 1998.
Remarque du médecin :
Naruto plissa les yeux afin de déchiffrer l'abominable amas de pattes de mouche qu'était l'écriture du docteur.
Patient n17. Gaara Sabaku Kaze:
1. Hallucinations? « Quelqu'un qui entrerait dans sa chambre pendant la nuit » FAUX. IL MENT. Rép. ALIENATION MENTALE.
2. Humeurs « violentes »: Causes: Déraisonnable. Rép. ALIENATION MENTALE.
3. Absence d'émotion généralisée: Ne parvient pas à reconnaître des émotions simples: Possible psychopathie, trouble schizophrène de la personnalité
Naruto cilla. Ça lui faisait mal de regarder ces mots. Ils étaient tous griffonnés dans une écriture si acerbe, et aucun n'avait de sens. Il en sauta la plupart, apercevant du coin de l'oeil des mots tels que, vie familiale instable, possible culpabilité, possible phobie, et impassibilité. Il lut en diagonale jusqu'à ce qu'il vit ce qui ressemblait à un paragraphe normal. Il était écrit en une écriture plus lisible que Naruto pouvait clairement lire. Ça avait l'air d'être une page arrachée d'un calepin et collée au hasard au beau milieu de la feuille.
[Décembre 1997,
Gaara a été l'un de mes [sujets] patientsles plus [difficiles] intéressants. Pour la première fois de ma vie [carrière], j'ai le sentiment de n'être parvenu à rien. Ce garçon est totalement et irrémédiablement fou. Les raisons derrière son état sont inconnues— possiblement héréditaires [mère montrait des signes de schizophrénie paranoïaque]. Son cerveau fonctionne comme un mécanisme d'horloge à rebours; la logique n'est pas logiquedans sa tête. Un processus illogique d'informations est en place dans son cerveau, et il agit en fonction des directions étranges que prend son esprit [et cela conduit à ses agissements discutables]. Ses crises de colère ne sont pas violentes mais sur-exagérées par ses nourrices. Il possède tout simplement une force hors du commun qui semble se manifester lorsqu'il est particulièrement contrarié, comme détecté chez la plupart des êtres vivants soumis à une pression extrême? Mais que pourrait être le cas de pression extrême? Qu'est-ce qui explique son comportement anti-social? Qu'est-ce qui explique ses attaques verbales? Un enfant de sept ans peut-il être suicidaire? Joue-t-il à une sorte de jeu complexe que lui seul sait comment gagner? Sa solution pour gérer les sentiments étrangers consiste simplement à se rouler en boule, et à se raidir. Il attaque rarement physiquement; cependant, lorsqu'il attaque, ce n'est jamais par contact humain. Je ne doute pas un seul instant que sa vie à la maison joue un rôle-clé dans son comportement; cependant, ses nourrices ont refusé de me rencontrer.
Malgré son incontestable insanité, il reste, indéniablement, un génie. J'oserais même dire que je n'ai jamais de ma vie rencontré un être humain avec la capacité de manipuler, déformer et tordre les esprits sans méfiance afin de les faire plier et soumettre à sa moindre volonté. Ce garçon n'a pas la capacité de nuire sans volonté, de détruire sans confirmation, de tuer sans accord… Mais il a l'aptitude d'embobiner, de masser, de conforter, de cajoler votre essence-même dans l'idée de la Mort. Il ne vous tuera pas. Vous vous tuerez si vous restez trop longtemps en sa présence.
Ses intentions sont opaques. Son esprit est trop difficile à cerner. Son génie est le fruit de la folie de notre société, dois-je dire avec remords et gratitude, car je pense qu'un enfant avec des capacités si hors normes n'est pas prêt à apporter sa contribution à une société. En même temps, la version contrôlée et exploitée des compétences de cet enfant éclate à mes yeux et m'ouvre la porte vers une vision d'un monde dans lequel ce garçon serait l'instigateur de progrès incroyables, à l'intérieur de ce qui nous tient lieu d'univers. Jusqu'à ce que les motivations derrière les actes du Patient n17 nous soient révélées, il serait préférable qu'il continue à travailler avec moi, car je crains qu'il n'en vienne à accomplir quelque chose de dangereux si son esprit n'est pas canalisé.]
[Pièce à conviction dans l'Affaire: Gaara Sabaku Kaze contre Kaze, avril 1998]
Naruto ne fut qu'à moitié surpris de voir que ses mains tremblaient en tenant la feuille. Ses yeux était écarquillés, et une goutte de sueur se formait sur son front. Il avait lu le paragraphe si rapidement que le contenu tourbillonnait dans son cerveau. Mécanisme à rebours, illogique, génie, dangereux— cet homme était fou. Naruto inspira quelques bouffées d'air avec difficulté. Comment Sasuke pouvait-il être parti à la recherche de cet homme? Qu'est-ce qu'il pouvait bien obtenir de quelqu'un qui—
Ses yeux descendirent vers le bas de la page où l'on pouvait lire tous les crimes de Gaara. Mort ceci, mort cela, mort, mort, mort, cet homme était véritablement monstrueux—
[Novembre 1998]:
A poignardé son père à la poitrine à vingt-sept reprises à l'aide d'un couteau de chasse réglementaire de l'Armée. Faibles chances de survie du père.
A mit le feu à son oncle en utilisant de l'essence. Faibles chances de survie de l'oncle.
[23 décembre 2004]:
A assassiné douze enseignants au moyen d'un gaz étrange. Gaz: inconnu. Suspecté d'avoir été conçu à la main. Effets du gaz: Semble avoir causé une explosion des nerfs cervicaux après inhalation. Corps des enseignants retrouvés intacts, mais avec saignements auriculaires. Aucun survivant.
A assassiné soixante-trois étudiants au moyen d'un gaz étrange. Gaz: inconnu. Suspecté d'avoir été conçu à la main. Effets du gaz: Semble avoir brûlé la peau par simple contact physique. Etudiants retrouvés avec la chair se détachant des os, et les entrailles sortant de leur—
« C'est quoi? »
Naruto eut peur. Assez peur pour hurler et balancer la feuille en l'air. Au lieu de trouver le meurtrier en personne devant sa porte, il vit Seichi. Naruto cilla à sa vue. « Je… euh… C'était… » il déglutit et secoua la tête. « C'est rien. »
Seichi haussa un sourcil. « C'est du porno? »
Naruto s'étrangla et fixa Seichi avec des yeux assez écarquillés pour sortir de leurs orbites. « Qu-quoi? Non! Non! Comment est-ce que tu peux— Je ne suis même pas— quoi? » Le bredouillement incrédule de Naruto fut interrompu lorsque le papier qu'il avait jeté en l'air se posa sur ses cuisses. Il grommela et plia la feuille en deux.
Seichi fronça les sourcils. « Laisse-moi voir. »
Naruto fixa le garçon d'un air menaçant et secoua la tête. « Dans tes rêves, gamin. C'est pas pour toi. »
Seichi grimaça. « Tu étais en train de regarder des femmes nues. »
Naruto lui rendit son regard. « Pense ce que tu veux… » Il glissa la feuille sous son oreiller et fixa Seichi du regard en guise d'avertissement, le mettant au défi de venir la chiper.
Au lieu de ça, le petit garçon se dirigea sur la gauche de Naruto, près de l'endroit où son linge sale était empilé. Il commença à hausser un sourcil, mais réagit trop tard en voyant Seichi se baisser pour ramasser les photos de Gaara qu'il avait jetées par terre quelques minutes auparavant.
Il était sur le point de crier et de les lui arracher des mains lorsqu'il vit l'expression sur le visage de Seichi. C'était le même regard qu'il avait eu avant d'entrer dans son appartement. Cela ressemblait à de la méfiance, sauf que la terreur déformait son visage, et ses yeux s'élargirent. Il ne tremblait pas comme l'avait fait Naruto lorsqu'il avait eu le dossier du mec entre les mains. Au lieu de ça ses yeux se plissaient, puis s'écarquillaient, puis se plissaient encore, comme s'il essayait de se décider sur quelque chose.
Naruto tendit le bras vers lui. « Seichi… Est-ce que tout va bien? »
Les yeux du garçon s'attardèrent sur le papier avant de le rendre à Naruto. Il tira également le portable du blond de sa poche et le lui tendit. Puis, il marcha jusqu'à son lit et commença à se déshabiller pour aller dormir.
Naruto se pencha légèrement en avant en signe d'inquiétude. « Seichi, » fit-il doucement. « Qu'est-ce qu'il y a? »
Pas de réponse.
Naruto fronça des sourcils. « Seichi, » répéta-t-il plus fermement, « Est-ce que tout va— »
Il s'arrêta lorsque Seichi pointa du doigt la grande photo entre les mains du blond. « Cet homme, » répondit-il finalement. Il s'interrompit dramatiquement et regarda Naruto dans les yeux avec un regard que le blond ne parvint pas à cerner. C'était comme s'il s'attendait à ce que Naruto devine tout seul ce qu'il était en train de lui raconter. « Cet homme. » répéta Seichi. Puis il se détourna et s'assit sur son lit. « Je l'ai vu. »
Le coeur de Naruto s'arrêta immédiatement de fonctionner.
Hein?
Hein?
« Euhm… Qu'est-ce que tu… »
Seichi montra une nouvelle fois la photo. « Je l'ai vu, » murmura-t-il.
Naruto essaya d'ouvrir la bouche dans le but de parler, mais seuls des sons étranglés franchirent sa gorge. « Ou-où— » toussa-t-il. « Où est-ce que tu l'as vu? » demanda-t-il précautionneusement. « A la télé? Sur une affiche? Est-ce que ton papa te l'a— »
« Ici. »
L'estomac de Naruto chuta quelque part au niveau de ses intestins.
« Je l'ai vu ici, » continua doucement Seichi. C'était presque comme s'il essayait de rassurer le blond. Naruto ne savait pas pourquoi il parlait de cette manière-là, comme si quelqu'un risquait de l'entendre s'il parlait trop fort.
« Tu… » Naruto fit un geste bizarroïde avec ses mains, ferma étroitement les yeux, puis inspira profondément. « Tu l'as vu… ici? »
Seichi acquiesça. « Ici. Dans l'immeuble. Quand on est rentrés. »
Les yeux de Naruto s'élargirent progressivement.
« Il se tenait… » Les yeux de Seichi se ternirent. « …Dans la cage d'escalier. »
…
…
Naruto n'avait pas assez confiance en sa voix pour parler. Il se souvenait vaguement de Seichi qui s'était arrêté pour regarder la cage d'escalier, mais comment cela avait-il pu être—?
Non.
Non.
Naruto secoua la tête et fit un petit sourire prudent. Il regarda Seichi qui le fixait avec des yeux calmes et ternes. « Seichi, » commença-t-il lentement, « Tu étais sûrement en train de… d'imaginer des choses, » se dépêcha-t-il de continuer. « Cette personne, » il fit un geste vers la photo, « c'est impossible qu'il soit ici. C'est même impossible qu'il soit toujours dans le pays— »
« C'était lui, » rétorqua Seichi d'une voix douce tout en l'interrompant. « Je sais. Je l'ai vu. »
Naruto serra la feuille entre ses doigts jusqu'à la froisser. « Mais c'est impossible— »
« C'était lui, » insista calmement Seichi. « Je sais. J'ai vu. » Il fit une pause, baissant la tête pour fixer ses draps. « Il avait… ces yeux. »
Naruto regarda le petit garçon désespérément. « Que… Mais c'est… C'est impossible. » Naruto prit sa tête entre ses mains. « S'il te plaît, Seichi, dis-moi que tu me mens. S'il te plaît, dis-moi que tu n'es pas sûr… »
Seichi leva les yeux sur Naruto, interloqué et apeuré. Le blond jura mentalement. Mince, Seichi ne savait pas que cet homme était dangereux. Il pensait probablement que c'était juste un gars bizarre dans une cage d'escalier, et maintenant Naruto était en train de l'effrayer.
Naruto lui fit un sourire. « Ecoute, Seichi, » dit-il délicatement. « Décris-le moi. »
Seichi fixa Naruto un peu plus longtemps avant de ciller. « Il ressemblait à… » commença-t-il. Puis, il soupira. « Il ressemblait à la photo, » acheva-t-il simplement. Naruto était sur le point de grommeler qu'il avait besoin de plus d'informations lorsque Seichi reprit la parole. « Il était… grand. » Il regarda ses mains. « Il était très pâle… Et son visage était… » les yeux de Seichi se plissèrent alors qu'il cherchait ses mots. « Il était… très… froid. » Il serra ses petits poings à ce moment-là. « Il ressemblait à papa, quand il s'était fait tirer dessus… et qu'ils l'avaient emmené à l'hôpital… comme s'il n'était plus vivant… »
Les yeux de Naruto se fermèrent au souvenir de cet épisode.
« Et il… » Seichi arbora un regard perdu. « C'était comme si il… n'était pas là… Il… Il scintillait. » Le petit garçon fit un mouvement bizarre de ses mains tremblantes. « Il était… flou. » Seichi cilla et ses yeux se perdirent dans le vague.
Naruto se souvenait que l'entrée de la cage d'escalier était particulièrement sombre. Ça expliquait sûrement qu'il ait été flou—
« Mais… » ajouta Seichi après de longs moments de silence. « Il y avait quelque chose de différent… des photos… »
Naruto sentit son coeur s'envoler à ces mots. Merci mon Dieu. Peut-être que Seichi ne faisait que s'imaginer des choses, comme il l'avait espéré. Il y avait probablement eu un homme en bas, mais ça avait dû être quelqu'un qui avait simplement l'air bizarre— sûrement un clodo à l'agonie qui avait dû errer désespérément autour de l'immeuble à la recherche de quelque chose à—
« Il avait… un tatouage… sur son… » Seichi s'arrêta et pointa son front du doigt.
Yes, yes, yes, pensa Naruto. Gaara n'avait pas de tatouage. L'homme qu'avait aperçu Seichi n'était pas Gaara du tout. C'était juste un pauvre type en train de chercher—
« Ses cheveux, » interrompit brusquement le garçon, toujours les yeux dans le vague en signe de confusion. Naruto se demanda négligemment ce qu'il y avait de si intéressant que ça à fixer sur ses murs. « C'était pas… Ils étaient pas— bruns— comme ça. » Il montra les photographies du doigt, son doigt restant appuyé pour un petit bout de temps avant de lever les yeux sur Naruto avec un visage vide qui effraya le blond. « Ils étaient rouges. »
Naruto ne sut pourquoi son coeur se mit à accélérer dramatiquement. Rouges? Ses cheveux étaient… rouges? Qui est-ce qu'il connaissait… qui avait des cheveux rouges… Naruto cligna des yeux et pour une certaine raison, ces derniers allèrent se poser inconsciemment… sur la large fenêtre de sa chambre…
Il n'y avait personne lorsqu'il regarda. Alors dans ce cas, pourquoi est-ce que sa poitrine tambourinait comme ça? Pourquoi est-ce que son coeur frappait si fort contre sa—
Et puis soudain—
Flash.
Ça y était.
Du mouvement.
L'Homme à la Tourte se tenait devant sa fenêtre, passant, s'agitant vivement dans des gestes presque fiévreux, les bras se balançant de haut en bas, haut en bas, haut en bas, haut en bas—
Mais qu'est-ce qu'il fou—?!
SPLAT.
Trainée.
Noire.
Plein partout sur les vitres.
Naruto eut un spasme.
Ou est-ce que c'était du rouge?
...
...
Le mouvement s'arrêta. Et l'Homme à la Tourte se tenait là. Tremblotant. Scintillant? Naruto regarda la silhouette pendant si longtemps, oubliant de cligner des yeux en fixant la nouvelle tache qui décorait sa fenêtre.
Encore du pétrole?
Nan.
Naruto déglutit. Avec difficulté.
« Seichi… » commença-t-il lentement, encore en train de fixer la fenêtre d'en face avec des yeux assez exorbités pour qu'ils menacent de sortir de leurs orbites. « Promets-moi une chose. »
Seichi le regarda d'un air perplexe. Un air que Naruto fut reconnaissant de voir sur son visage, car cela signifiait que le gamin n'avait aucune idée de la merde dans laquelle ils se trouvaient.
Naruto se retourna pour lui faire face avec un regard dur et posa lentement ses mains sur les côtés de sa tête, le forçant à la regarder droit dans les yeux. « Peu importe ce que tu fais… » chuchota-t-il, comme si quelqu'un risquait de les entendre s'il parlait plus fort, « ne regarde jamais par cette fenêtre. »
Seichi cilla. « Pourquoi? » murmura-t-il.
Naruto cilla à son tour.
Pourquoi?
C'était parce que son coeur, il chantait mort, mort, mort.
Fin du chapitre
[Beta'd by AkizukiSakura]
Notes de l'auteur:
Pas le meilleur des chapitres, désolée.
Quelques questions?
1. Pourquoi est-ce que l'oncle de Gaara n'avait pas la mention « Décédé » à côté de son nom?
2. Est-ce que Naruto sait réellement qui vit dans l'appartement du cinquième étage en face de lui?
A la prochaine fois.
