« Qu'est-ce que tu regardes? »

Naruto était trop plongé dans ses pensées pour sursauter. Il cilla lentement à la place, se redressa sur son siège et soupira.

Il était grillé.

« C'est qui? »

C'était Konohamaru qui arrivait derrière lui, se penchant au-dessus de la chaise avec une aisance qui supposait qu'il était déjà venu bon nombre de fois auparavant.

Naruto était sur le point de supprimer la page montrant le visage de Sasori lorsque Seichi la pointa du doigt.

« Hé… C'est ce type, » dit-il doucement.

Naruto se retourna lentement vers lui. « Quel type? »

Seichi lui jeta un regard égal. « Le type dans les escaliers. »

L'expression sur le vis age de Naruto s'affaissa lentement. Il se déplaça sur sa chaise afin de pouvoir mettre les deux mains sur les épaules de Seichi. « Non, » commença-t-il sérieusement. « Tu avais dit que l'homme que je t'ai montré hier était le type que tu avais vu dans les escaliers. »

Seichi plissa les yeux. « Je… » Il leva pensivement les yeux. Puis il secoua la tête. « Ils sont pareils. »

Naruto sentit un sentiment d'horreur l'envahir. Pitié, non. « Seichi, » fit-il lentement. « Ce sont deux personnes différentes. Maintenant dis-moi: l'homme que tu as vu dans la cage d'escaliers— c'était celui sur la photo, ou celui que tu vois maintenant? »

Seichi essaya de se dégager de l'étreinte de Naruto. « Je… Je ne me rappelle plus très bien de la photo d'hier. Je ne— Pourquoi tu veux tellement savoir? »

Naruto fixait Seichi avec des yeux écarquillés.

Seichi lui rendit son regard avec un petit peu de peur dans les yeux. « Tu… Tu me fais mal… » tenta-t-il.

Naruto eut un léger sursaut avant de relâcher Seichi. Il était en train de lui broyer les épaules. « Désolé. »

Seichi le fixa avec des yeux méfiants. « Pourquoi tu veux tellement savoir? »

Naruto ignora immédiatement cette question. Il n'était absolument pas question qu'il dise à Seichi dans quoi son père s'était embarqué ; il ne voulait pas l'effrayer.

« Va jouer, » lui dit-il en secouant la tête et en se retournant face à l'ordinateur. « Je suis occupé. »

Seichi plissa les yeux. « Pas avant que tu me dises qui est ce type-là. Est-ce que… Est-qu'il a quelque chose à voir avec mon papa? »

Naruto se figea alors qu'il s'apprêtait à cliquer et émit un soupir las. « Non gamin. C'est rien. Va jouer. »

Le garçon ouvrit la bouche dans le but de protester, mais Naruto se retourna vers lui pour lui décocher un regard noir qui le fit se taire. Seichi releva le menton en signe de défiance le temps d'une seconde avant que Konohamaru, étonnamment silencieux durant le reste de l'échange, lui tire le bras avec insistance en chuchotant 'viens, viens'.

Naruto lança un dernier regard autoritaire au garçon jusqu'à ce qu'il soit de retour au milieu de la pièce, forcé de s'asseoir sur le tapis en face d'une montagne de jouets par le neveu d'Iruka. Puis, le blond soupira et se retourna vers son écran. Il se renfrogna.

Comme s'il n'était déjà pas assez perdu comme ça. Il avait des choses plus importantes auxquelles réfléchir, maintenant.

Il contempla la photographie de Sasori, une main sous son menton et perdu dans ses pensées. L'adolescent ne ressemblait pas tellement à Gaara. Gaara avait des yeux plus grands, pas de sourcils, et (autant que l'on puisse en juger à partir d'une photo imprimée) une peau encore plus pâle.

Naruto secoua la tête. Merde. Il avait été persuadé d'avoir tout compris. Quand il avait vu la photo de Sasori qui était décédé, il en avait immédiatement déduit que Gaara avait d'une façon ou d'une autre pris son nom, l'utilisait afin d'échapper à la police ou quelque chose comme ça. Mais maintenant…. Maintenant, Seichi lui disait qu'il n'était plus sûr de savoir s'il avait vu Sasori ou Gaara. Est-ce que ça signifiait que Gaara utilisait aussi son identité? Ou était-ce l'inverse?

Attends, Naruto, attends. Ne rends pas les choses plus compliquées qu'elles ne le sont déjà. Prenons les choses unes par unes.

Si Gaara était celui que Seichi avait vu dans la cage d'escalier, et habitait bel et bien dans l'appartement en face de chez lui, alors la seule raison pour laquelle Seichi n'était pas capable de se prononcer était parce que le déguisement de Gaara était nickel.

Mais.

Seichi avait dit la veille que c'était l'homme sur la photo qu'il avait vu, alors pourquoi ne serait-il plus sûr maintenant?

Naruto roula désespérément des yeux en signe d'exaspération avant de se détendre sur son siège et de soupirer. Cette histoire était en train de lui échapper. Il devrait dire ses soupçons à la police et les laisser s'en charger. Il ne manquerait plus qu'il devienne impliqué dans tout ce bordel.

En secouant une nouvelle fois la tête, il se re-pencha sur l'ordinateur. Il fixa la photographie avec précaution. Il regrettait de ne pas avoir pris la photo de Gaara pour comparer, mais il avait un très bon souvenir de ce à quoi ressemblait le gars.

Première chose, ce type— Sasori— souriait si sereinement sur sa photo— et il n'avait rien vu de pareil sur aucuns des clichés de Gaara. Sur les plus anciennes du meurtrier, il y avait parfois le fantôme d'un sourire sur ses lèvres, mais il n'était jamais… Comment dire?… Sincère. Ce type-là, en revanche, donnait l'impression de sourire sans arrêt. En plus, dans l'une des photos en couleurs qu'il avait de Gaara, ce dernier avait les cheveux bruns— et non pas rouges comme l'avait dit Seichi. Et les sourcils. Sasori avait des sourcils fins et réguliers, alors que Gaara n'en avait pas— même pas sur les photos de son enfance.

Naruto plissa les yeux devant la photographie de Sasori. Il regrettait vraiment qu'ils n'aient pas posté une photo de Gaara sur la page, pour qu'il puisse comparer pour de vrai.

Naruto marqua une pause. Il se tenait devant l'Internet mondial, pour l'amour de Dieu. Bien sûr que si qu'il pouvait trouver une photo de l'autre et comparer.

Mais attends. Naruto ne voulait pas faire ça. Il savait que Sasori et Gaara étaient deux personnes différentes. Et concernant la probabilité que ce soit Sasori et non pas Gaara que Seichi avait vu, c'était impossible, parce que Sasori était mort. Naruto soupira longuement. Exactement. Sasori était mort, et Gaara lui avait volé son identité. Mais… Mais pourquoi? Pourquoi prendre l'identité d'une personne décédée? Et pourquoi celle-là en particulier?

Naruto se donna une gifle mentale exaspérée avant de soupirer encore une fois. Bordel de merde. Il ne savait plus du tout quoi penser.

En levant des yeux fatigués de sur le clavier, il regarda encore une fois l'écran. Sasori Akasuna. Beau garçon, comme Gaara. Pâle, comme Gaara. Mort, contrairement à Gaara.

N'est-ce pas?

Naruto cliqua sur la photo de Sasori dans un faux mouvement. Il fut surpris lorsqu'une nouvelle fenêtre s'ouvrit, lui montrant une liste de mots occupant la moitié de la page. Naruto se redressa sur son siège et commença à lire.

Major de Promotion.

Naruto cilla. Eh ben.

Délégué de classe 1999 (4ans)
Président du BDE
Président de la Maison des Lycéens
Secrétaire-délégué du Principal Wimbledon

Naruto s'arrêta de lire. Il restait encore tant de titres à lire. Ce mec-là avait sûrement dû être le type-même de l'élève parfait. Il y avait encore une sous-partie complète de prouesses académiques nommée « Récompenses », et c'était long d'une vingtaine de lignes. Naruto aurait roulé des yeux si ce n'était pour le fait que ce gars-là était mort.

Il descendit le curseur vers le bas de la page pour tomber sur une petite phrase. On pouvait lire au-dessus de celle-ci : « Déclaration de remise de diplôme ».

Naruto se pencha en avant, intéressé. Il avait dû lui aussi faire une déclaration lorsqu'on lui avait remis son diplôme, lors de la cérémonie de fin d'année. Les déclarations de remise de diplôme étaient supposées résumer rêves et attentes pour le futur. Naruto inspira et se prépara à lire ce qui allait sûrement le plonger dans une profonde dépression, étant donné que ce Sasori était mort et n'aurait jamais l'occasion d'accomplir aucun de ses rêves, quels qu'ils soient. Il secoua la tête, puis posa les yeux sur la ligne.

Eliminer les barrières érigées par les prophètes cosmiques à l'encontre des théories techniques de néo-embalmination.

Naruto cligna des yeux.

Hein?

Le blond secoua vigoureusement la tête. Est-ce que c'était du jargon de major de promo, ou est-ce que ce type était complètement fada? Naruto relut la phrase. Mais qu'est-ce que c'était que… euh… em… bal… mination…?

Il ouvrit une nouvelle page Voogle et tapa le terme dans la barre de recherche.

Résultats pour Embalmer

Naruto plissa les yeux. Est-ce que ça voulait dire que le mot « embalmination » n'existait pas? Il cliqua sur « Embalmer » pour voir.

Wikimedia: Embaumeur {traduction de l'anglais « embalmer »}: Equivalent de croque-mort; Les embaumeurs préparent les cadavres en les désinfectant, en expulsant l'air bloqué dans les poumons et en drainant le sang du système sanguin, le remplaçant par une sorte de gel spécial visant à préserver les chairs. Ils appliquent ensuite différents cosmétiques afin de donner au corps un aspect le plus proche possible de celui qu'il avait étant vivant.

Naruto cligna des yeux. Il avait la réponse à sa question: ce type était barjot. Le blond se redressa sur son siège et fixa longuement la définition d'embaumeur avant de secouer la tête. Apparemment, le souhait de Sasori avait été de vider des cadavres et de les maquiller.

Le blond retourna sur l'autre fenêtre afin de relire la phrase.

Néo-embalmination.

Hmm.

Naruto revint sur la barre de recherche et écrivit le terme en entier. Les résultats étaient pareils à la recherche précédente, il faut dire que c'était un risque à prendre quand on modifiait sa rech—

Résultats pour Neo-Embalming Methods Organization (NEMO)

Naruto plissa les yeux devant son écran. Comment avait-il pu passer de néo-embalmination à NEMO?

Il cliqua sur la suggestion.

2 356 résultats.

Hmm. C'était très réduit comparé à toutes les autres recherches qu'il avait pu faire dans sa vie. Il cliqua tout naturellement sur le premier lien, vu qu'il y avait marqué NEMO ainsi que le nom de l'organisation en grosses lettres. Le lien le conduisit sur une page web encore plus déprimante que celle de la cérémonie de remise de diplômes. L'interface était noire et blanche, agrémentée en plein milieu d'une photo elle aussi en noir et blanc représentant deux hommes affichant ce qui aurait pu être des sourires. On pouvait voir une paire de jambes derrière les deux hommes. On aurait dit qu'il y avait une personne d'allongée sur un lit— ou bien une table vu comment c'était plat. Mais ce qui détonnait vraiment restait l'étiquette qui pendait d'un de ses orteils. Naruto pensa que ça ressemblait à une étiquette de vêtement. Pourquoi cette personne était-elle allongée sur une table avec une étiquette accrochée au pied?

Il y avait un court paragraphe en dessous de la photo, mais les mots étaient écris dans une police si petite qu'il dut se pencher vers l'écran pour les lire.

Tentativen23: Succès
Sexe: Homme
D.D.N: 3 juillet 1936
D.D.D: 26 décembre 1992
C.D.D: Problèmes de santé/Attaque cardiaque, AVC, etc.
A.M.D: 56 ans
Description de la tentative: Février 1993: le sujet a répondu à des chocs de 400 watts administrés au

« Naruto? »

Le blond sursauta légèrement avant de se redresser et de se retourner sur son siège. Il vit Iruka fixer l'écran derrière lui avec un regard perplexe. « A-ah, Iruka, » fit-il maladroitement. « Euh, je… Je suis juste— »

« Qu'est-ce que tu regardes? »

Naruto jeta un regard à l'écran avant de se retourner vers Iruka. « C'est rien, » répondit-il en secouant la tête. Il refit face à l'écran et supprima la fenêtre. « Je fais juste une ou deux recherches. »

Iruka haussa les sourcils. « Des recherches? » dit-il en se redressant. « Je ne savais pas que tu étais à l'Université. »

« L'Université? Mon Dieu, non, » répondit Naruto en secouant la tête. « C'est juste… C'est pour un ami. Il a pas d'ordi chez lui, alors… »

Iruka hocha la tête avant de sourire. « D'accord, je comprends. J'étais juste venu te dire que Kakashi voulait te parler. S'il veut te faire travailler, dis-lui non. Cet homme est trop paresseux pour son propre bien, » dit-il en tendant le cou et en fronçant les sourcils à la vue du concerné qui pénétrait dans le salon.

Naruto se leva alors et eut un sourire gêné. « C'est pas grave, Iruka. » Il se dirigea vers Kakashi. Iruka lui tapota affectueusement l'épaule avant qu'il soit hors de portée et le prévint que le repas serait bientôt prêt.

Le blond hocha la tête en réponse avant de faire signe à l'autre homme. « Tu voulais me dire un truc, Kakashi? »

Ce dernier leva les yeux sur Naruto et lui fit un sourire amical. « C'est bien ça, » confirma-t-il d'un ton léger. « Suis-moi, Naruto. »

Naruto haussa un sourcil et le suivit à l'intérieur du long couloir qu'il avait déjà traversé afin de réparer le lavabo. Cette fois-ci cependant, ils dépassèrent la salle de bains et Kakashi le conduisit jusque dans une pièce située un peu plus loin. Ils s'arrêtèrent face à une petite porte peinte en bleu clair. Kakashi l'ouvrit tout en se tournant pour décocher un sourire à Naruto, puis entra à l'intérieur. Naruto eut un moment d'hésitation, mais se décida à le suivre.

Il dut cependant faire une pause sur le palier avant de pouvoir entrer complètement.

A cause des armes à feu.

Partout.

Elles étaient placardées sur les murs comme des trophées et à côté d'elles il y avait de nombreux trophées, récompenses, et des papiers dispersés dans tous les coins—

« Euuh… » Les yeux de Naruto devinrent exorbités.

Kakashi se tourna vers lui et sourit. « Oh, » fit-il tout en jetant un regard tout autour de lui. « Ça, là? » Il fit un geste vers les pistolets et le foutoir. « Fais pas attention. C'est pour mes études. Ferme la porte derrière toi. »

Naruto fit ce qui lui était demandé, avec des mains tremblantes.

Kakashi s'assit sur une chaise et posa les yeux sur Naruto avec le même sourire sympathique qu'avant avant de pouffer. « Je t'ai amené ici parce que c'est le seul endroit de la maison où Iruka ne viendra jamais. Le bordel, c'est pas sa tasse de thé. »

Et les flingues? lâcha mentalement Naruto.

Soudain, le sourire disparut du visage de Kakashi, et il croisa les bras. « Naruto, » dit-il gravement. Le blond se raidit pour quelque raison.

« Euh, oui? »

L'autre homme le fixa longuement avant de secouer la tête. Son sourire n'était pas revenu. « Ça m'a pris un peu de temps, mais j'ai fini par exclure la possibilité que tu sois un flic en civil ou criminel. »

Naruto sursauta. « Quoi? »

Kakashi continua tout en l'ignorant. « Aucun criminel ou flic en mission sur cette planète ne serait assez stupide pour amener le fils d'un policier porté disparu dans l'appartement d'un ex-policier. »

Naruto ouvrit la bouche pour s'exprimer, mais Kakashi ne lui laissa pas le temps.

« Au début, je pensais que t'étais un poulet. Mais j'avais aucun souvenir de toi, et tu n'avais pas l'air de capter les codes que je t'envoyais quand je m'adressais à toi. »

Naruto eut un petit sursaut. Ça expliquait pourquoi Kakashi lui avait parlé de façon un peu bizarre pendant qu'ils réparaient l'évier.

« Ensuite, j'ai pensé que tu étais un criminel. Et un bon en plus, vu que tu avais ta petite histoire toute prête, et qu'une femme—Tsunade c'est bien ça?— nous avait bombardé d'informations sur toi au préalable. Tu aurais été le criminel parfait, ou plutôt le pion d'un criminel, ou peut-être même l'élément déclencheur dans le plan génial d'un criminel… Mais quand j'ai pris le fils de Sasuke à part, il m'a dit que tu étais un idiot et que sa mère t'avait demandé de le garder. » A ce moment-là, Kakashi soupira et secoua la tête. « C'est pourquoi je vais te demander ça, Naruto. Je vais te poser une seule question, et je veux la vérité. Je n'aurais aucune responsabilité envers ta vie après que tu m'aies donné ta réponse, car je prendrai personnellement toute menace envers ma famille, et je te descendrai. Mais tu dois me dire la vérité. Et il faut que tu saches que je suis très bon pour repérer les mensonges. Alors. Naruto. Es-tu ici pour faire du mal à ma famille? »

« Non! » s'écria désespérément Naruto. « Mon Dieu, non, je ne—! »

« Fais-tu partie d'une conspiration illégale? »

« Non! Je n'ai jamais »

« Est-ce que tu trouves Iruka sexy? »

« Non!— Je ne— Attends, quoi? »

« Non? » Kakashi rigola. « Dans ce cas, je vais devoir te tuer. » Kakashi fit mine de faire un pas vers l'un de ses flingues—

« A-a-attends— J-je ne— Quoi? » Naruto commença à reculer précipitamment vers la porte.

L'autre homme eut un autre rire et secoua la tête. « Calme-toi, petit. Je vais pas te faire de mal. »

Naruto s'était déjà retourné et était en train d'essayer d'ouvrir la porte de toutes ses forces, sans succès.

« La porte se verrouille de l'intérieur, » éclaircit Kakashi d'un ton léger avant de secouer la tête et de recommencer à rire.

Naruto se tourna pour lui faire face et se plaqua dos à la porte. Il leva des yeux écarquillés sur Kakashi.

Ce dernier se remit à rire. « Et voilà aussi pourquoi tu ne pourrais pas être un flic ou un criminel. Il a trop de choses qui transparaissent sur ton visage. »

Naruto, pratiquement au bord des larmes, émit un sanglot étouffé. « Q-qu'est-ce que qu'il se passe ici bon sang? » Cria-t-il. « Qu'est-ce que tu me veux? »

Kakashi lui sourit. « Détends-toi, Naruto. Je ne veux pas qu'Iruka sache qu'on est ici. »

Naruto ouvrit la bouche pour protester, mais Kakashi leva une main afin de l'interrompre.

« Ecoute-moi juste, Naruto, » lui dit-il calmement. « Ce n'est pas une plaisanterie. » L'homme prit alors un air pensif. « Bon— du moins le début n'en était pas une, » rigola-t-il. « En fait je voulais juste que tu répondes à ma première question— » Il acheva sur un autre petit rire et se détendit sur sa chaise.

Naruto se renfrogna. « Mais qu'est-ce que tu racontes? Je—! »

« Je t'ai dit que je ne plaisantais pas, Naruto. Je pensais que tu étais un flic ou un criminel. Je savais que tu nous avais menti à un moment. Déjà, tu viens chez moi avec le fils de Sasuke, et après tu veux des informations sur l'un de mes locataires— comment est-ce que je pourrais ne pas te trouver suspect? »

Naruto afficha une expression abasourdie et secoua la tête. « J-je— »

« Ne dis rien, Naruto, » lui recommanda Kakashi, jonglant avec un petit pistolet. Naruto sursautait chaque fois que le flingue atterrissait dans ses mains. « Je veux juste que tu me dises la vérité à partir de maintenant, OK? »

Naruto ne répondit pas. Ses yeux étaient fixés sur le pistolet.

« Je veux que tu me dises la vraie raison pour laquelle tu voulais connaître le nom du nouveau locataire. »

Naruto ouvrit la bouche, mais garda ses yeux sur l'engin meurtrier. « Je-Je ne pense pas que je puisse, » avoua-t-il d'une voix tremblante.

« Et pourquoi ça? »

« N-Neji. Il m'a dit de le garder pour moi. »

« Oh, » fit Kakashi d'un ton amusé. « Alors il y a bel et bien une histoire de crime. Souviens-toi, c'est à un ex-agent que tu parles. Tout ce qu'ils savent, je le sais déjà. »

Naruto tiqua. Cet homme avait vraiment l'air de savoir que Sasuke avait disparu. Et il semblait connaître Neji… « Ils sont à la recherche de Sasuke, » articula lentement Naruto. « Ils disent qu'il est parti à la poursuite d'un homme qui… je crois… il est possible qu'il… habite dans ton immeuble. »

Il arracha finalement ses yeux du pistolet pour voir l'expression de Kakashi. L'homme aux cheveux gris le regardait avec un air pensif. « Quel homme? » s'enquit-il.

Naruto déglutit. « Gaara Sabaku Kaze. »

Pour la toute première fois, Naruto vit un air de surprise passer sur le visage de Kakashi. Cela ne dura qu'une seconde, mais il la vit. « Gaara? » répéta-t-il d'un ton hautement incrédule. « C'est impossible, » affirma-t-il finalement. « Un homme comme Gaara ne viendrait jamais habiter dans un endroit aussi proche du lieu où il a commis ses crimes… » Kakashi leva les yeux dans le vide. « Ou alors si…? »

« Alors tu le connais? » demanda le blond. « Tu connais Gaara? »

« Ça dépend de ce que tu entends par 'connaître', » lui répondit l'autre sans vraiment lui payer attention. « J'ai vu les nouvelles à la télé ainsi que les reportages et j'ai participé aux recherches juste après les meurtres, mais on ne m'a jamais confié l'affaire. C'était Shikamaru qui en avait la charge. »

Naruto haussa un sourcil. « Q-qui est Shikamaru? »

Kakashi balaya sa question d'un geste de la main. « Juste un autre policier. Capitaine de son unité. Brillant face aux criminels particulièrement ingénieux. Je me souviens qu'on l'avait retiré de l'affaire à cause d'une histoire personnelle… Mais oublie tout ça. Qu'est-ce qui te fait penser que Monsieur Akasuna est Gaara? »

Naruto ouvrit la bouche pour expliquer, mais l'autre homme tripota son pistolet et il tiqua.

Kakashi fronça les sourcils. « Tu es pathétique, Naruto. Se chier dessus à cause d'un simple flingue. Tu as la charge du fils de Sasuke Uchiha. Sasuke, l'homme aux multiples ennemis. Si quelqu'un venait à pointer un pistolet sur Seichi, qu'est-ce que tu ferais? Tu t'enfuirais? Tu l'abandonnerais parce que tu as trop peur? » Kakashi cracha la dernière partie d'un ton acerbe tout en fusillant le blond du regard.

Naruto souffla bruyamment. « Comment oses-tu… Je n'abandonnerai jamais ce gosse, même si c'est un sale petit trou de balle— »

« Alors prends tes couilles à deux mains et arrête de trembler devant ce flingue. » Kakashi leva ce dernier et le pointa sur Naruto.

Naruto se déporta précipitamment sur le côté, mais le bras de Kakashi le suivit. Naruto serra les dents et lui lança un regard noir. « Arrête! » grogna-t-il.

Kakashi plissa les yeux. « Sinon quoi? »

« Sinon rienarrête! »

« Non, » répondit tranquillement Kakashi avant d'incliner le pistolet d'une mouvement fluide et de presser la détente.

« Aaarrghh! » hurla Naruto désespérément en couvrant son visage de ses bras.

Mais pour se protéger contre quoi?

Naruto entrouvrit les yeux de derrière son bras et vit Kakashi qui lui souriait ironiquement, pistolet toujours pointé sur lui.

L'homme aux cheveux gris pressa plusieurs fois la détente avant de baisser son pistolet. « Ça fait des années qu'il n'y a plus de munitions dans ces armes, Naruto, » lui dit-il tranquillement. Il se retourna afin de poser l'engin sur la table avant de s'étirer brièvement. « Bon. » Il était redevenu sérieux. « Qu'est-ce qui te fait penser que mon locataire est Gaara? »

Arborant une expression plus qu'effarée, Naruto fixa l'homme avec des yeux méfiants et écarquillés. Il haletait, et sa mâchoire pendait de manière très peu élégante. Finalement, il reprit son souffle et rouvrit la bouche. « Ça— » Il s'arrêta afin d'inspirer une nouvelle fois. « Ça a commencé quand ils m'ont donné une photo— »

« Kakashi! Naruto! »

Naruto sursauta violemment en entendant la voix d'Iruka crier leurs noms. Kakashi dirigea son regard sur la porte et lâcha un soupir. « On dirait bien qu'on va devoir finir notre conversation une prochaine fois… » commenta-t-il. « Il ne faudrait pas inquiéter Iru-chan. » Kakashi soupira de nouveau, puis contourna Naruto afin de déverrouiller la porte à l'aide d'une clé que le blond n'avait pas remarqué auparavant. Il lui décocha un grand sourire avant d'ouvrir la porte. « Oh, et Naruto. Soit sympa et ne dis pas à Iruka que j'ai pointé un flingue sur toi. » Il fit un clin d'œil au blond et sortit de la pièce. « Ferme la porte derrière toi. » Il partit dans le couloir.

Naruto se tint immobile sur le pas de la porte, son cœur battant avec assez de force pour percer sa poitrine. Il se retourna afin de jeter un dernier regard à l'arme qui avait été pointée sur lui quelques secondes avant, à présent inoffensif sur la table. Naruto ferma les yeux et soupira de fatigue. Il espérait vraiment ne plus jamais avoir à faire face à l'un de ces trucs.

Il sortit de la pièce en fermant la porte derrière lui, puis remonta le long couloir jusque dans la salle à manger. Il pénétra dans la pièce pour trouver Seichi et l'autre petit garçon déjà assis à table, s'amusant à faire rouler des véhicules bizarroïdes. Kakashi était là aussi sur une chaise les bras croisés. Il sourit lorsque le blond entra dans la pièce.

« Naruto. »

Le blond se retourna pour faire face à Iruka sortant de la cuisine avec plusieurs assiettes. Naruto fit un pas de côté afin de le laisser passer. « Euh, coucou, » dit-il maladroitement avant de s'asseoir sur une chaise à l'autre bout de la table.

Iruka lui sourit et secoua la tête. « Toi et Kakashi, vous êtes restés un bon bout de temps là-bas. J'espère qu'il ne t'as pas faire travailler trop dur. »

Naruto s'appliqua à ne pas croiser le regard de Kakashi alors qu'il eut un petit rire nerveux. Ses mains tremblotaient, toujours sous le choc. « Ah… N-non… Pas du tout. »

« Hé, le blond, » appela le garçon sans dents de devant dans un léger zozottement.

« Konohamaru, sois poli, » le gronda Iruka.

« Ouais, bon, » dit le garçon en agitant une main. « Dis, tu pourrais ramener Seichi demain aussi? Il voudrais revenir jouer. »

Naruto était toujours un peu trop secoué pour s'offusquer devant le manque de politesse du gamin, donc il tourna lentement le regard vers Seichi. Le garçon lui rendit un petit regard timide. Il reposa le jouet qu'il tenait dans sa main comme s'il en avait honte et baissa les yeux. Naruto fut pris de la brusque envie de lever les yeux au ciel. Compte sur Sasuke pour mettre dans la tête de son fils qu'il était trop bien pour s'amuser comme un enfant de son âge.

« Seichi, » dit-il d'un ton léger. « Est-ce que tu veux aller chez Konohamaru demain? »

Le petit brun leva lentement les yeux. « Hm… Pourquoi pas. »

Le blond lâcha un soupir. « On ira demain dans ce cas-là. »

« Trop cool! » hurla l'autre garçon.

« Konohamaru! » avertit Iruka en passant la tête par la porte de la cuisine pour réprimander le gamin du regard. « On ne hurle pas à table. »

« Ben, on est pas à table, là, » répondit le petit garçon. « Y'a personne en train de bouffer. »

Depuis le coin de son œil, Naruto put voir Kakashi pouffer de rire pendant qu'Iruka donnait plusieurs petites claques sur le sommet du crâne du gosse.

Le blond se demanda comment quelqu'un pouvait sourire après avoir pointé un pistolet sur le visage d'un homme.


« Putain, mais pourquoi ton école doit commencer aussi tôt? » Grommela Naruto alors qu'il essuyait quelques croûtes de sommeil de ses yeux.

Seichi s'assit sur la banquette arrière de la voiture en croisant les bras. « C'est de ta faute si tu ne t'es pas couché assez tôt, » commenta-t-il d'une voix nettement plus alerte que celle de Naruto.

Ce dernier grommela quelque chose dans sa barbe avant de démarrer la voiture.

« Est-ce que tu peux te dépêcher? » Lui cria à moitié Seichi. « Je peux pas la laisser gagner encore une fois. »

« Ecoute-moi bien, gamin. J'ai déjà accepté de sauter une foutue douche pour que tu puisses arriver à l'école avant cette Sampson, ou je ne sais quoi. Alors ne me presse pas plus que nécessaire. »

Naruto sortit de la voie de garage avec des yeux plissés. Il n'avait pas vraiment besoin de s'enquiquiner à faire attention. Il était si tôt qu'il n'y avait pratiquement personne dehors.

« Alors, à quelle heure finit ton école aujourd'hui, Seichi? »

« Comme tous les jours, » répliqua le garçon avec mauvaise humeur. « A cinq heures. »

« Tu vas à l'école dix heures pas jour? » Demanda le blond en secouant la tête. « Il devrait y avoir une loi contre ça. »

« En fait c'est neuf heures et demie, » répondit le garçon en regardant par la fenêtre. « Et c'est une école privée, alors les lois du public ne s'appliquent pas. »

Naruto fronça les sourcils. « Alors est-ce qu'ils vous… donnent des coups ou des trucs du genre? »

Seichi le fusilla du regard. « C'est pas une école militaire, c'est juste privé. »

« C'est toi qui as dit qu'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient. »

« C'est nos cerveaux qu'ils veulent discipliner. Pas besoin de frapper quelqu'un pour ça. »

Naruto haussa les épaules. « Moi, mes vieux ils avaient l'habitude de me coller de bonnes raclées, et ça— »

« —Et ça ne t'as pas empêché de devenir quelqu'un de normal, c'est ça? » coupa Seichi d'un ton sarcastique.

« La ferme, p'tit merdeux, » répliqua Naruto en pouffant.

Le garçon se moqua de lui puis se retourna vers la vitre.

Ils se turent pendant quelques instants alors que Naruto conduisait à toute vitesse sur l'autoroute et que le fils de Sasuke regardaient négligemment le paysage par la fenêtre.

« Alors… » commença Naruto une demi-heure plus tard. « Quand est-ce que… toi et ta petite copine vous avez commencé à faire la course de celui qui arriverait le plus vite à l'école? »

Le garçon se répandit en bafouillages. « Ma cop— elle est pas ma petite copine! »

Naruto éclata de rire, content de pousser le gamin dans ses retranchements. « C'est ce que disait Sasuke à chaque fois que je le chopais tout seul avec Sakura, » commenta-t-il doucement, un sourire aux lèvres à ce petit souvenir. Il fut surpris d'entendre Seichi émettre un son dégoûté.

« Jenna n'a rien à voir avec maman, » cracha-t-il. « Elle ne dit pas de gros mots, elle ne me frappe pas, et c'est pas une idiote. »

Naruto le fixa avec des yeux ronds depuis le rétroviseur arrière. « C'est de ta mère dont tu parles? On parle bien de la même? »

Seichi lui rendit un regard noir par le rétroviseur mais ne répondit rien.

« Seichi— »

« Ferme-la et conduis. Même si je te disais la vérité, ça m'étonnerait que tu me croies vu comment t'es raide amoureux de la pétasse. »

Naruto faillit faire un écart. « Seichi. Primo, ne traite pas ta mère de… ne la traite pas. Deuzio, ta mère et moi on— »

« Est fait l'un pour l'autre. Vous êtes tous les deux aussi stupides et violents. »

« Seichi! C'est quoi ton problème? » Naruto prit le risque de se retourner afin de pouvoir voir les yeux du gamin.

Ce dernier croisa les bras de manière puérile et détourna le regard. « Oublie ce que j'ai dit, » grommela-t-il à voix basse.

Naruto émit un grognement frustré. « Non, je n'oublie pas, Seichi. Est-ce que tu aurais quelque chose à me dire? Quelque chose que je devrais savoir à propos de Sakura? »

Le garçon ne répondit pas. Il ne décolla pas ses yeux de la vitre jusqu'à ce que Naruto soit obligé de se retourner pour faire face à la route. Le reste du voyage se passa dans le silence, avec Naruto fusillant son volant du regard et Seichi traitant de la même façon le dos du siège conducteur. La tension à l'intérieur du véhicule était palpable, mais aucun d'eux ne voulait rompre le silence.

Lorsqu'ils débouchèrent dans la rue de l'école de Seichi, Naruto prit une petite inspiration, puis la parole. « On en reparlera quand tu reviendras de l'école, Seichi. »

« On reparlera de rien du tout, » dit le gamin avant d'ouvrir la portière et de se glisser hors du véhicule. Il claqua la porte avec force avant de s'élancer vers l'entrée de son école.

Naruto le regarda avec des yeux fatigués. Puis il jura à voix basse. « Putain de merde. »

Il y avait manifestement quelque chose entre Seichi et sa mère dont il ignorait l'existence, ou qu'il ne parvenait pas à capter. Il avait présumé que le comportement de Seichi n'était qu'une petite crisette due au fait qu'il ne voyait plus son père, mais… Il y avait quelque chose qui le faisait douter de sa théorie. Seichi n'avait pas l'air d'être le genre de gamin à tout prendre en grippe comme son père l'était auparavant. Il avait l'air d'être plus simple que ça… Il semblait être disposé à laisser couler si on lui en donnait l'occasion. Voilà pourquoi Naruto ne pensait pas que toutes ces références au comportement… inhabituel de Sakura soient un tissu de mensonges.

Le blond soupira de nouveau. Qu'est-ce qu'il était censé faire maintenant? Il n'avait pas vraiment besoin d'aller au boulot aujourd'hui, vu qu'il avait pris sa semaine… Mais il n'avait pas spécialement envie non plus de retourner chez lui et de traîner toute la journée. Naruto cligna des yeux. Il n'avait toujours pas bougé sa voiture de devant l'école de Seichi.

Peut-être que…

Naruto se redressa.

Peut-être qu'il pouvait aller rendre visite à Sakura? Elle n'avait pas dit qu'il ne pouvait pas, et il était sûr qu'elle serait enchantée de savoir à quel point lui et Seichi s'entendaient bien. Euh— ou plutôt qu'ils ne s'étaient pas encore entretués.

Sa décision prise, Naruto redémarra la voiture. Il allait rendre visite à Sakura et peut-être lui poser quelques petites questions. Ça ne ferait de mal à personne, n'est-ce pas?


Naruto fut surpris de voir une voiture noire stationnée dans l'allée du garage de chez Sakura alors qu'il se garait à côté. Il se demanda si c'était une hypothétique deuxième voiture de Sakura, mais il ne pensait pas que c'était cela. La seule explication rationnelle était que Sakura était en train de recevoir quelqu'un. Peut-être ses parents? Ou alors un autre agent de police? Naruto secoua la tête à cette pensée. Si ça avait été un flic, il serait venu en voiture de fonction.

Il se rendit jusqu'à la porte et toqua légèrement. Selon la jeune femme, la maison de Sakura était bâtie de telle façon qu'on pouvait entendre quelqu'un toquer à la porte d'entrée à travers à l'autre bout de la baraque.

Il n'y eut pas de réponse pendant quinze secondes, alors Naruto toqua encore une fois, cette fois un petit peu plus fort.

Il entendit du bruit de l'autre côté, et il sourit. Elle était en train d'ouvrir la porte.

« Naruto? »

Naruto cilla. Ce n'était pas Sakura. C'était… « Ino? » La jeune femme blonde se tenait sur le perron avec les cheveux truffés de bigoudis. « Q-Qu'est-ce que tu fais ici? »

« Qu'est-ce que moi je fais ici? » répéta-t-elle d'un ton lent. « Et toi alors? Il est huit heures du mat', et on est lundi. »

Naruto re-cligna des yeux. « Euh-hm. J-Je voulais voir Sakura. »

Ino lâcha un soupir las à la face du blond et haussa une épaule. « Sakura n'est pas là. »

« Oh. Et tu sais où elle est? »

Elle haussa les épaules encore une fois et bâilla. « Chais pas. Elle a appelé chez moi samedi dernier à quatre heures du matin pour me demander de garder sa baraque. »

« Comment ça, garder la maison? »

« Je viens de te le dire, » confirma-t-elle d'un air clairement emmerdé. « Enfin bref, tout ça pour dire, j'ai aucune idée d'où elle est. Elle est pas rentrée chez elle depuis… depuis… » Elle lâcha un autre bâillement. « Depuis samedi dernier. »

Naruto la fixa. « Hm, est-ce que tu as parlé avec elle avant qu'elle s'en aille? Tu lui as demandé où est-ce qu'elle allait? »

Ino lui lança un regard agacé et croisa les bras. « Elle n'était déjà plus là quand je suis arrivée, » dit-elle négligemment. « Et puis, tu sais bien que Sakura et moi, ça fait longtemps qu'on ne se parle plus. On est pratiquement ennemies jurées maintenant. De toute façon, c'est pas vraiment mes oignons alors je vois pas pourquoi je lui demanderais. »

Naruto leva sur elle des yeux incrédules. « Alors tu as accepté de garder sa maison sans poser de question? »

La jeune femme roula des yeux. « Elle était pressée quand elle m'a téléphoné, Naruto. Qu'est-ce que t'aurais voulu que je dise? Elle avait l'air d'avoir des trucs importants à faire, alors je suis venue. »

Naruto continua de la fixer, abasourdi. Il ne savait pas du tout quoi penser. Peut-être que Sakura était partie en vacances ou quelque chose comme ça? Mais dans ce cas-là, pourquoi avoir demandé à Ino de garder la maison?

« Dis Ino, est-ce que je peux entrer? »

Ino lui renifla au visage. « Tu me prends pour qui, Naruto? Je suis en pyjama. »

Naruto leva les yeux au ciel. « Oh, je t'en prie Ino, t'es à peine potable à huit heures du mat'. »

La jeune femme renâcla de manière peu distinguée et fit un pas de côté pour le laisser entrer. Naruto la contourna et entra à l'intérieur.

Il marqua une pause.

« Euh… Vous êtes qui? »

L'homme qu'il avait aperçu dans la cuisine se tourna pour lui faire face, une cigarette à la bouche. « Qui est-ce que ça intéresse? »

Naruto tiqua. « C'est moi que ça intéresse, esp— »

« Détends-toi, Naruto, » ordonna Ino en arrivant derrière lui. « Tu ne pensais quand même pas que j'allais vivre dans cette maison toute seule? J'ai apporté mon petit chéri avec moi. En plus, Shika et Sasuke se connaissent bien. »

« Shika? » répéta Naruto d'un ton incrédule. Mais il se contenta de secouer la tête et soupira. « Peu importe, on s'en fout. J'ai juste— »

« Et pourquoi t'es là, toi, au fait? » demanda la jeune femme en se laissant tomber sur le sofa. Une cigarette fit magiquement son apparition entre ses doigts et elle la porta à sa bouche.

Naruto re-tiqua. « Je voulais juste discuter de quelque chose avec Sakura… »

Ino le fixa pendant de longues secondes avant d'afficher un sourire ricanant. Un briquet apparut tout aussi magiquement entre ses doigts, et elle alluma la cigarette. Elle tira une longue bouffée et tapota les cendres pour les faire tomber — tragiquement — sur le canapé à fleurs de Sakura.

Naruto re-re-tiqua.

« Juste pour lui parler, hein… » répéta lentement Ino. Son sourire s'élargit encore plus, et elle entreprit de se pencher vers Naruto et de lui donner au passage une vue imprenable bien que non désirée sur son décolleté tirebouchonnant. « Et tu fais souvent ça, Naruto…? » commença-t-elle lentement. « De venir un lundi matin… Quand tout le monde est parti… Seichi à l'école… Sasuke au travail… Et Sakura ici… Toute seule… Juste pour lui parler? »

Naruto plissa les yeux. Où est-ce que cette femme voulait en venir?

La blonde se mit à glousser. « Naruto. Toi et Sakura, vous seriez pas par hasard… amants? »

Naruto bafouilla dramatiquement. « Q-Quoi? »

L'homme dans la cuisine pouffa à son tour. Il ne regardait même pas dans leur direction. Au lieu de ça, il était accoudé au lavabo tout en triturant sa cigarette entre ses doigts.

Ino sourit. « Ça va, tout le monde le fait, » dit-elle à Naruto tout en le fixant d'un regard éloquent. « Après tout, Sasuke et moi on a bien eu une petite histoire quand il a commencé à travailler à la caserne. » Elle haussa les épaules et décocha un clin d'œil coquin à Naruto.

« Quoi. » répondit Naruto d'un ton grave. Ce n'était même pas une question. Si jamais il apprenait que Sasuke avait trompé Sakura, il—

Ino éclata de rire. « J'déconne! » Elle émit un gloussement éraillé qui la fit se plier en deux sur le sofa. « T'aurais dû voir ta tête! »

Naruto laissa échapper un grognement de dégoût et la foudroya du regard. « J'arrive toujours pas à croire que Sakura t'aie demandé de garder sa baraque, » grommela-t-il en partie pour lui-même.

« Et pourquoi c'est si difficile à croire? » Demanda l'homme sur le comptoir d'un ton négligeant.

Naruto se tourna vers lui pour le fixer d'un regard antipathique. « Qu'est-ce que tu veux dire, si difficile à croire? » demanda le blond. « Ino et Sakura se sont haïes pendant des années. »

« Ah, ok… » répondit l'homme d'une voix peu intéressée.

Naruto plissa les yeux dans sa direction. « Comment ça se fait que tu saches pas ça? Ino avait dit que vous étiez… ensembles. »

Ino gloussa derrière son dos. « C'est mon p'tit chéri! » s'exclama-t-elle. « Mon chéri d'hier soir, quoi. »

Naruto fit mine de s'écarter d'elle, puis il se retourna pour pouvoir regarder l'homme accoudé au comptoir. Il portait un débardeur et un jean noir, et fixait Naruto d'un œil impassible. Le blond s'étrangla. « T'as… » commença-t-il lentement. « T'as amené une espèce de gigolo chez Sakura? » cria-t-il à Ino.

Cette dernière éclata de rire. « Reprends-toi, Naruto. Ça fait des années que j'ai arrêté ce genre de trucs. » Elle tira une longue taffe sur sa cigarette. « Il est arrivé ici quelques heures après moi. Il a commencé à me parler d'une investigation ou d'une connerie dans ce genre. » Ino haussa les sourcils. « J'ai pas réussi à le persuader de baiser avec moi, mais c'est pas grave. » Elle éclata de rire encore une fois. « Il va rester ici un bout de temps. Bien plus qu'il ne m'en faut pour le faire succomber à mon charme. » Elle fit un clin d'œil à Naruto.

Ce dernier frissonna. « Mais c'est quoi ton problème, Ino? »

La blonde eut un sourire mou et posa un bras sur l'accoudoir du canapé. « Il se peut que Sakura aie eu quelques bouteilles de vin dans sa cave… » insinua-t-elle en tirant sur sa clope.

Naruto la fixa pendant quelques secondes de plus avant de se tourner vers l'homme dans la cuisine. « Bon, t'es qui toi, du coup? Et qu'est-ce que tu fous là? »

L'homme retira la cigarette d'entre ses dents et exhala un nuage de fumée. « Tu peux m'appeler Nara, » répondit l'homme d'une voix traînante. « Je suis ici sur les traces du Uchiha porté disparu. »

Naruto cligna des yeux. « Sur les traces… Est-ce que tu serais pas un policier? »

L'homme haussa des épaules. « On peut appeler ça comme ça. » Il farfouilla dans sa poche et en sortit un badge qu'il brandit sous le nez de Naruto.

Naruto plissa les yeux. Ça avait l'air officiel. « Qui… t'a engagé? »

L'homme pouffa. « Engagé? Envoyé, plutôt. J'ai été envoyé ici par le commissaire. Hatake. »

Naruto cilla. Ça voulait dire qu'Ino n'avait pas menti quand elle avait dit que cet homme et Sasuke se connaissaient. Cependant, il avait toujours quelques réserves à propos de ce type. Il ne faisait pas vraiment confiance aux deux oiseaux qui vivaient chez Sakura. Et en parlant de Sakura, où est-ce qu'elle était passée?

« Vous sauriez pas où Sakura aurait pu aller, par hasard? »

L'homme passa une main dans ses cheveux. Les mèches emmêlées pendaient sur ses épaules et miroitaient comme s'il venait juste de sortir de la douche. « J'ai ma petite idée… » répondit-il d'un nonchalant. « Pas sûre de pouvoir te la dire, par contre… »

Naruto se renfrogna. « Sakura m'a laissé la charge de son gosse, s'il vous plaît. Alors je pense être plus en droit de savoir que vous. »

Le type lui fit un sourire. « Haruno a aussi laissé cette femme garder sa maison, » continua-t-il en pointant un doigt sur Ino. « Tu veux dire qu'elle a autant le droit de savoir que toi, dans ce cas-là? »

Naruto lui lança un regard mauvais. « C'est autre chose. J'ai aucune idée de ce qu'Ino fabrique ici. »

Le type haussa les épaules pour la énième fois. « Je fais que suivre les ordres, de toute façon. Je vais continuer à faire mon job et à ne pas révéler d'information, comme on me paye pour le faire. »

Naruto ne lâcha pas l'homme du regard. Merde, pensa-t-il. Il ne pouvait pas vraiment discuter. « C'est quoi votre nom déjà? »

« Nara, » répondit le type. « Shikamaru Nara. »

Naruto cilla. « Shikamaru? » Où est-ce qu'il avait déjà entendu ce nom?

Le gars lui rendit son regard. « Oui? »

Naruto secoua la tête. « Non, rien. Je, » il jeta un œil à sa montre. « Je dois y aller. » Il fit un mouvement vers la porte du salon, mais s'arrêta net lorsqu'il vit Ino affalée sur le canapé, les yeux clos. Quand est-ce qu'elle s'était endormie? Il y avait un filtre de cigarette pas tout à fait consumé écrasé sur le sofa. Le blond ferma les yeux et lâcha un soupir. « Pouvez-vous me faire une faveur et l'empêcher de dégueulasser la maison plus qu'elle ne l'a déjà fait? » demanda-t-il tout en se retournant vers le flic.

Le type le salua de la main et se décolla du comptoir pour sortir de la cuisine. Naruto le suivit des yeux alors qu'il montait les escaliers, puis il se dirigea vers la porte d'entrée.

Lorsqu'il fut installé dans sa voiture, il posa sa tête sur le volant et resta dans cette position pendant quelques minutes.

Pourquoi est-ce que sa vie devenait si compliquée?

Il avait emménagé dans son appartement à peine quelques semaines plus tôt, et maintenant il devait s'occuper d'un gamin, esquiver des balles de pistolet, tout ça pour s'apercevoir que son amie s'était barrée quelque part sans laisser d'adresse. Naruto cogna sa tête contre le volant une troisième fois. Tout allait partir en vrille à partir de maintenant, supposa-t-il.

Il démarra la voiture avec un autre soupir pesant avant de déboîter de l'allée du garage.

Il conduisait depuis plusieurs minutes déjà lorsque son portable se mit à sonner. Il décrocha d'un geste fatigué et répondit. « Ouais…? »

« Naruto. »

Le blond se redressa. « Kiba? Qu'est-ce qu'il y a? T'es au boulot? »

Il y eut un moment de silence à l'autre bout du fil. « J-J'irai pas bosser aujourd'hui. »

Naruto cilla. « Oh. T'as appelé pour dire que t'étais malade? »

« Non. »

« Euh… Ok? Bon, qu'est-ce qu'il y a? Pourquoi t'as—? »

« Naruto, » l'interrompit l'autre une nouvelle fois.

« Oui? »

« Tu… » Il y eut encore une longue pause. « Tu seras toujours mon pote, quoi qu'il arrive, hein? »

Naruto cligna lentement des yeux. « Kiba, » commença gravement Naruto. « Est-ce que tu as tué quelqu'un? »

Un rire. « Pratiquement. »

Naruto inspira difficilement. « Kiba, qu'est-ce que t'as été foutre? » Demanda-t-il d'un ton ferme.

« C'est… C'est rien—enfin—si, c'est quelque chose mais c'est… c'est pas… quelque chose à laquelle tu t'attendrais. »

Naruto soupira de frustration. « Dis-moi vite ce que t'as fait… » lui ordonna Naruto d'un ton menaçant.

Il y eut un autre rire à l'autre bout du combiné. « Ok, ok… Juste… Promets-moi juste de toujours être mon ami après que je te l'ai dit… »

Naruto cligna lentement des yeux. « Tant que t'as tué personne. »

Un gloussement. « Peut-être que tu regretteras que j'aie pas vraiment tué quelqu'un… quand je te l'aurais dit… » dit doucement l'homme à l'autre bout du fil.

Naruto se tendit. « Dis-moi. »

Un soupir. « Ok, Naruto… J'ai… »


Quelque part sur l'Avenue des Primevères, une petite vieille dame sortait de chez elle afin de se rendre à son travail. Elle ferma à clef la porte de sa maison, et se dirigea vers sa voiture. Alors qu'elle marchait, elle vit passer un jeune homme au volant d'une grosse fourgonnette avec son téléphone collé à l'oreille. Elle secoua la tête. Les jeunes de nos jours, vraiment…

Elle se dirigea vers sa voiture dans un soupir et tendit le bras vers la portière, lorsqu'elle entendit un cri étranglé—

« Tu as fait QUOI!? »

Le véhicule du jeune homme s'écrasa contre un lampadaire.


« Regardons les choses en face, Monsieur Uchiha. Votre soi-disant tuteur ne viendra pas, » annonça Madame Eartburn en secouant la tête. « Vous allez devoir emprunter le service d'escorte de l'établissement. »

Seichi roula des yeux et croisa les bras. Cela faisait presque une demi-heure qu'il attendait que l'abruti de blond vienne le chercher. « Si ça vous chante. »

« On ne dit pas, si ça vous chante, dans les locaux de l'école, jeune homme— »

« Ben, on est pas vraiment dans les locaux de l'école, n'est-ce pas Madame Eatburn? » Répondit le garçon avec un regard noir.

La femme à côté de lui fulminait silencieusement. Seichi pouvait le sentir, et ça lui donnait envie de rigoler. Il savait que ses parents payaient un petit extra afin que les adultes de l'école ne le harcèlent pas autant que les autres élèves à propos des règlements et de ce genre d'inepties. Il venait juste là pour apprendre et devenir le CE2 le plus doué de tous les temps. Il n'avait pas besoin qu'on lui fasse des leçons de manières.

« Trés bien, Monsieur Uchiha, » souffla la femme. « Dans ce cas, je demanderai à l'escorte de vous emmener chez vous. Est-ce que vous connaissez votre nouvelle adresse? »

Seichi arbora un air pensif. Il se souvenait de la rue et de la direction qu'ils étaient supposés emprunter pour y parvenir. Ça devrait suffire. Il acquiesça.

« Trés bien, dans ce cas, » dit la femme. « Suivez-moi. »

Il dut la suivre à l'intérieur des bâtiments afin de commander l'escorte, qui consistait en fait d'un des employés sanitaires temporairement renommé chauffeur. Ils le conduisirent vers l'arrière de l'école où il put monter dans un véhicule noir auquel il devait manquer à peine deux portières pour pouvoir être considéré comme une limousine. Il boucla sa ceinture et dit au chauffeur ce qu'il savait du chemin pour se rendre à l'appartement de l'autre idiot.

Il n'était vraiment pas surpris que Naruto aie tant de retard pour venir le chercher. Il ne pouvait honnêtement pas s'attendre à plus de la part de quelqu'un comme ça. Bruyant, tapageur, invraisemblablement stupide, 2 de Q.I.— la liste n'en finissait pas.

Il savait exactement pourquoi sa mère l'avait laissé avec Naruto. C'était une forme de torture— juste un autre moyen pour elle de lui pourrir la vie, comme elle le faisait toujours. Seichi pouffa sur la banquette arrière puis se renfrogna. Il espérait réellement ne plus jamais revoir sa mère.

Au moins autant qu'il espérait revoir son père.

Seichi secoua la tête et soupira. Il perdait du temps, à ruminer comme ça. Il serait mille fois plus productif s'il essayait de finir quelques devoirs pendant le trajet.

Le voyage fut assez long pour permettre à Seichi de terminer ses devoirs de lecture en cinquante minutes, ha ha. Il rit à sa propre blague et leva les yeux lorsque le chauffeur gara la voiture. Il vit l'immeuble familier lui faire face et il soupira. Foyer, Foutu Foyer, pensa-t-il alors qu'il rassemblait ses affaires afin de sortir du véhicule.

« Passez une bonne fin de journée, monsieur, » salua gentiment le chauffeur.

Seichi ne répondit pas. Il se contenta de s'extraire de la voiture et hissa son sac à dos sur ses épaules. Il ne prit même pas la peine de refermer la portière, étant donné que n'importe quel chauffeur à peu près décent la lui aurait ouverte au moment de descendre. Seichi donnait une chance à cet homme de remplir son devoir.

Son gros sac bien en place sur ses épaules, Seichi se dirigea vers l'immeuble. Quelqu'un lui tint la porte ouverte en sortant et lui épargna la peine de la tirer lui même. Il marmonna un rapide remerciement et marcha vers l'ascenseur. Il aurait prit les escaliers en temps normal, vu qu'ils étaient seulement au cinquième étage, mais son sac était juste trop lourd.

L'ascenseur arriva quelques minutes plus tard. Il ne fut pas le seul à monter dedans, ce qui le faisait se sentir un peu plus en sécurité. Les ascenseurs avaient l'air si endommagés qu'il ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il serait facile de se faire coincer dedans. Il pressa le bouton cinq et attendit aux côtés des autres personnes dans la cabine d'arriver à son étage.

Il fut le premier à descendre. Quelqu'un murmura « bonne journée », mais il l'ignora. Alors que Seichi s'engageait dans le couloir, il réalisa petit à petit combien l'endroit avait l'air sale comparé à ce matin. De nouveaux graffitis étaient apparus là où auparavant il n'y en avait aucun, toutes les portes qu'il dépassait étaient égratignées et dégoûtantes, les murs blancs délavés étaient maintenant à la limite du jaunâtre— Etait-il possible que cet endroit puisse être encore plus sale?

Seichi plissa le nez de mécontentement et soupira lorsqu'il atteignit enfin l'appartement 5F.

Puis il se figea.

Des clés.

Il n'avait pas de clé. Seichi souffla sèchement et commença à frapper bruyamment contre la stupide porte. Il espérait vraiment que l'abruti avait seulement eu une panne d'oreiller, parce s'il devait attendre dans ce couloir noir, crasseux et infect que ce crétin de consanguin revienne, il allait—

Cri-chink!

Seichi soupira. Dieu merci, l'abruti… était…

Seichi cilla.

…chez lui?

Le petit brun inspira péniblement lorsqu'il leva les yeux non pas sur les cheveux blonds en bataille, les yeux bleus et l'air niais de Naruto, mais sur une chevelure de feu, une face aussi pâle qu'une toile vierge, et les yeux d'un monstre.


« Seichi! »

Naruto déboula dans l'appartement, le cœur battant à tout rompre.

Putain de bordel de merde. Il avait plié la voiture de Sakura. Plié. Et tout ça parce que Kiba lui avait dit que… qu'il avait…—

Oh merde, il n'arrivait toujours pas à y croire—!

« Seichi! »

Et quand il était enfin arrivé devant l'école de Seichi, une heure après la fin des cours, la femme— il avait oublié son nom— qui l'avait énervé la dernière fois lui avait dit que Seichi était rentré chez eux via un service d'escorte.

Naruto avait envie de hurler. Un service d'escorte? Mais qu'est-ce que ctait que ça? Quand un parent est en retard pour récupérer son gosse, on lui offre pas un putain de service d'escorte! Mais qu'est-ce que c'était que ça? Sérieusement? Un service d'escorte? Les élèves étaient des enfants de sept ans, pas des vieux de cinquante.

Naruto déboula dans la chambre en soufflant précipitamment. « Seichi! »

Et maintenant, il devait en plus se soucier de savoir si le gamin était chez lui

Putain de merde, il ne lui avait même donné de clés

« Seichi! »

« Quoi? »

Naruto se figea. « Seichi? » Le cri venait de la salle de bain. Le blond soupira et ouvrit la porte en grand. « Seichi, tu— »

« Aaaahh! »

« Aaaarrggh! » hurla Naruto tout en cachant ses yeux et son nez de ses mains. « Oh mon dieu— » dit-il en reculant. « T-tu pourrais prévenir, quand même! »

Seichi le fusilla du regard. « J'ai appelé depuis la salle de bains. Qu'est-ce que j'aurais dû dire de plus? » dit-il en remontant son pantalon afin de couvrir ses hanches.

« T'aurais pu me prévenir que t'étais en train de poser ta pêche, » répondit Naruto en levant les yeux au ciel lorsque l'odeur le frappa. Il n'en put plus et referma la porte.

Il s'appuya contre le mur et soupir. « Comment t'as réussi à entrer dans l'appartement? » grommela-t-il.

« Je suis monté chez Iruka. » La voix du garçon était étouffée par la porte. « Il est descendu et m'a ouvert la porte. »

Naruto hocha la tête. « Oh, » fit-il avant de soupirer de soulagement. Alors en résumé, il s'était encore excité pour rien. Il resta silencieux quelques instants, puis il soupira de nouveau. « Seichi, je suis désolé… » lâcha-t-il en cognant légèrement la tête contre la porte. « C'est juste que… Il s'est passé tellement de choses aujourd'hui, et j'ai juste… J'ai géré mon temps comme un pied et… »

« C'est pas grave, » fit la voix du gamin à travers la porte.

Naruto sourit. « Pas grave, hein… Je suppose, vu comment t'es super débrouillard et tout ça… Je me rappelle même pas t'avoir dit l'adresse. »

Il y eut du silence de l'autre côté de la porte le temps de quelques secondes. Puis, Seichi reprit la parole d'une voix timide. « E-en fait, j'ai fait une petite erreur. »

Naruto cilla. « Une erreur? Comment ça? »

Nouvelle longue pause. « Je… Je suis allé dans le mauvais immeuble. »

Respire, Naruto.

Le blond ferma les yeux et inspira dans un tremblement. « Quel immeuble? » demanda-t-il lentement et aussi calmement qu'il le pouvait.

Encore plus de silence...

…..

Puis—

« Celui d'en face. »

Naruto expira si difficilement que la force qu'il lui fallut pour le faire le fit glisser lentement vers le sol. « E-Et tu-tu as toqué? »

« Oui. Trés fort. »

Il ferma les yeux. Le temps s'étira à l'infini. C'était comme si son cœur battait à une vitesse telle qu'il ne battait même plus. Il pouvait entendre les pulsations frénétiques battre dans ses oreilles, comme une serviette mouillée qu'on claquerait contre une planche encore et encore. Cela lui prit un peu de temps pour poser la question suivante. « C-c'était lequel? » murmura-t-il, avant de secouer la tête parce que ce n'était pas la question qu'il devrait poser. « Est-ce qu'il t'a fait du mal? Est-ce que tu vas bien? »

Le petit garçon ne répondit pas pendant de longues secondes, mais Naruto ne le pressa pas. Il ne pouvait pas. Il avait trop peur de la réponse.

« Naruto… » dit finalement Seichi, et le blond entendit la porte s'ouvrir derrière lui. Il s'écarta afin que Seichi puisse sortir. Même l'odeur post-excrémentielle ne parvenait pas à le distraire du pressentiment morbide, pesant et suffocant dans ses entrailles.

« Naruto, » répéta Seichi en s'avançant en face du blond. Naruto ne le regarda pas. Le garçon lui parlait encore une fois avec ce ton, comme s'il essayait de le détendre, de le calmer. « Naruto, » répéta-t-il pour la troisième fois.

« Dis-moi, » répondit doucement et calmement Naruto.

Seichi fit un petit geste de sa main, et dit, d'une petite voix mal assurée, « Pourquoi est-ce que t'as aussi peur de ce type? »

Naruto leva les yeux depuis sa position pathétique sur le sol. « Qu'est-ce que tu veux dire, « pourquoi j'ai si peur de lui »? J'ai pas peur. J-je suis juste inquiet pour ta sécurité. »

Seichi le fixa. « Alors pourquoi tu trembles comme ça? »

Naruto regarda ses mains. Elles tremblaient violemment. Naruto siffla et les pressa l'une contre l'autre. « Oublie ça, Seichi. Contente-toi de me dire s'il t'a blessé ou pas. »

Le gamin haussa les épaules. « Je suis là, non? »

Naruto secoua la tête et s'accroupit afin de se mettre à la hauteur de Seichi. Puis, il se saisit de ses épaules. « Seichi, » commença-t-il lentement. « Dis-moi ce qu'il t'a fait exactement. Est-ce qu'il a ouvert la porte? Tu as vu son visage? »

Seichi hocha la tête et arbora une grimace. « Ouais, il a ouvert la porte— »

« Et puis quoi? »

« Et puis rien, » dit le garçon d'une voix où transparaissait l'impatience. « Il m'a juste regardé, et puis il a refermé la porte… » Seichi essaya de se dégager de la poigne de Naruto, mais le blond le tint fermement. Lorsque le petit garçon reposa les yeux sur Naruto, il vit des yeux bleus plissés dangereusement vers lui.

« Et à quoi est-ce qu'il ressemblait? » demanda-t-il distinctement.

Seichi fronça les sourcils. « J-j'ai pas vu son visage. Le couloir était sombre… Mais il avait les cheveux rouges, e-e-et ses yeux. Ils étaient… » Seichi détourna les yeux comme pour laisser sa phrase en suspens, mais les re-dirigea sur Naruto une seconde plus tard. « Grands. »

Naruto fronça les sourcils. « Grands? »

Seichi acquiesça. « Ouais. Un peu comme le Grand Méchant Loup, » dit-il avec un haussement d'épaule et un coup d'œil nerveux sur le côté.

Naruto plissa les yeux. « Seichi… » commença-t-il doucement. « De quoi est-ce que tu parles— »

« Ecoute, » s'écria Seichi tout en se dégageant brutalement de Naruto. « J'ai beaucoup de devoirs à faire. »

« Seichi— »

« Oh, et au fait, la chasse d'eau ne marche plus, alors— »

« Seichi »

« Laisse tomber, OK! » Siffla le gamin. « Il ne s'est rien passé, d'accord? Il m'a refermé la porte au nez, et je suis venu ici. Pourquoi t'en fais tout un plat? » Le petit brun foudroya Naruto du regard le temps de quelques secondes de tension avant de se retourner et de se rendre dans le salon.

Naruto ouvrit la bouche pour parler; puis il la referma. Il fixa l'endroit où Seichi s'était tenu quelques secondes plus tôt, abasourdi. Puis, il pencha la tête vers la porte du salon, d'où il put entrevoir le fils de Sasuke fouiller dans son sac, une expression tourmentée tirant ses traits. Soudain, Naruto aperçut brièvement une couverture de livre ; « Les Contes de Grimm: Le Petit Chaperon Rouge. » Pour la toute première fois depuis qu'il avait emménagé dans son appartement, Naruto était enfin sûr d'au moins une chose.

Il y avait quelque chose que Seichi lui cachait.


End of Chapter

Notes de l'auteur

Je vous donne la permission de me tuer pour avoir mis autant de temps à re-poster* T_T (*et ça vaut pour la traductrice aussi :p). Pour une certaine raison, ce chapitre a été très difficile à écrire, ou plutôt c'était assez dur de trouver des idées! Une fois que j'ai eu l'idée par contre, l'histoire a juste coulé toute seule, mais ça ne change rien— ça m'a pris des mois! Je suis désolée! Vous me pardonnerez?

Mais ça a au moins le mérite d'avoir l'air d'aller quelque part! C'est tellement excitant. Je pense que j'ai assez bien posé les grandes lignes de cette histoire. Je ne sais pas combien de chapitres ça prendra. Ça dépend. Pour combien de temps aurez-vous envie de lire ça? Je pense que cette fic ne dépassera pas la barre des vingt chapitres, vu qu'ils sont toujours très longs.

Quelques questions!

1. Qu'est-ce Kiba a dit à Naruto?

2. Qu'est-ce qu'est partie faire Sakura? Pourquoi a-t-elle demandé à Ino en particulier de garder sa maison?

3. Qu'est-ce que Seichi cache?

J'espère que ça vous a plu! =) A la prochaine!