« …Et t'as fait des recherches pour t'en assurer? » demanda Kakashi en regardant Naruto avec des yeux méfiants.
Le blond hocha la tête pour la dixième fois, tout en croisant les bras pour appuyer son propos. « Yep'. C'est marqué sur le site internet. »
Kakashi soupira et détourna le regard sur sa gauche. « C'est pas que je te fais pas confiance, Naruto. C'est juste que… » Il laissa sa phrase en suspens tout en fronçant les sourcils.
« Eh bien quoi? » demanda Naruto tout en haussant un sourcil et en s'appuyant patiemment contre la porte de l'appartement de Kakashi.
« C'est juste que, » continua l'ex-policier, « quand j'ai entendu parler de Gaara pour la première fois, je le voyais juste comme un ado capricieux, et j'ai passé trés peu de temps sur l'affaire… Mais maintenant que j'en sais plus sur lui… Sur ce dont il est capable, je peux pas m'empêcher de penser que chacune de nos actions, que ce soit pour le capturer ou le comprendre, est complètement futile. »
Naruto baissa les yeux au sol. « Ouais, je connais ce sentiment. »
Kakashi le regarda dans les yeux. « Tu comprends, alors, » dit-il. « Tu comprends pourquoi j'hésite à te laisser aller comme ça. »
Naruto acquiesça. « Ouais, j'ai compris. Mais je veux quand même le faire, même si c'est futile. »
« Et si jamais Kaze était en train de t'observer en ce moment-même, s'il te suivait, s'il écoutait notre conversation— » Il leva une main lorsque Naruto ouvrit la bouche pour l'interrompre, « Je sais que ça te semble impossible, mais après ce qu'on a entendu— »
« Je crois pas que ce soit impossible, » dit le blond en levant un peu la voix. « On a absolument aucune idée de ce à quoi on a affaire ; tout est possible. Surtout quand on sait ce qu'il s'est passé ces derniers temps. »
Kakashi acquiesça, satisfait que lui et le blond soient d'accord sur ce point. « Il y a un truc qui me travaille par contre… » fit-il doucement. « Un truc que Shikamaru a dit. »
Naruto acquiesça, attendant qu'il continue. Il se redressa et se détacha de la porte en affichant un air attentif.
« Il sait ce qui était… Ce qui est… Ce qui sera… » murmura Kakashi. Il fixa le sol pendant un long moment avant de s'éclaircir la gorge et de lever les yeux sur Naruto. « En temps normal je trouverais ce genre d'affirmation ridicule, mais pour une certaine raison… » Il baissa les yeux encore une fois. « Ce qu'il a dit m'a interpellé. On dirait presque que Kaze connaît tous nos faits et gestes… hein? » Il regarda Naruto dans les yeux, et Naruto lui rendit un regard triste.
« Ouais, » approuva-t-il. « Et pour être honnête, ça me fait vraiment flipper. »
Kakashi lui fit un petit sourire, qui disparu aussi vite qu'il était apparu. « En parlant de ça, je voulais te demander… Pourquoi tu fais tout ça, Naruto? Qu'est-ce que tu gagnes à t'impliquer dans tout ça? »
Naruto eut un moment d'hésitation visible, écarquillant les yeux avant de ciller et de se gratter l'arrière du crâne. « Je… je… » Il fronça les sourcils en cherchant ses mots. « J'ai juste l'impression que… qu'il y a des gens que je connais qui sont affectés par cette histoire… » Il plissa les yeux. « Des gens pour qui je me suis battu, avec lesquels je me suis disputé… Des gens que j'aime et que je déteste. Et il y a cinq ans à peine je me serais coupé les couilles pour les tirer d'affaire… » Il ferma les yeux et soupira. « Depuis que ma mère s'est cassée avec un mec pendant que j'étais au lycée, je suppose que j'ai… Je sais pas… Perdu la motivation. Et puis j'ai terminé le lycée avec des notes trop basses pour aller où je voulais ou faire ce dont j'avais envie, alors j'ai pris un boulot de merde, et j'ai regardé tout mes amis réussir leur vie autour de moi… » Il haussa les épaules. « Je suppose que j'ai changé à ce moment-là. »
« Et cette affaire, c'est l'occasion pour toi de relever la tête, » acheva Kakashi pour lui.
Le blond lui fit un léger sourire. « Je pense que j'ai du avoir une sorte de… révélation. Je sais que je dois m'impliquer dans cette affaire ; je peux pas me contenter de rester en retrait et d'attendre qu'on trouve mes amis à ma place — pas quand je serais parti les chercher moi-même il y a même pas quelques années, tu sais? » Il passa une main dans ses cheveux. « Et je dois admettre, » continua-t-il doucement, « Gaara, il… il m'intéresse… »
Kakashi leva un sourcil et Naruto secoua la tête.
« Je veux dire… Tout ce que je sais de lui… J'ai jamais vu quelqu'un comme lui avant. »
« Ben, tu l'as jamais vu, » fit Kakashi.
Naruto hésita. « Ou-ouais, mais… Est-ce qu'on en est vraiment sûrs? » demanda-t-il doucement. « Il sait ce qui est, ce qui était, et ce qui sera après tout. Pour ce que j'en sais, je le vois sans arrêt. »
Le blond dit cette dernière phrase en rigolant, et Kakashi lui fit un petit sourire. « Je suppose que t'as raison. »
Naruto lui rendit son sourire et il y eut un petit silence confortable avant que Kakashi s'éclaircisse la gorge. « Je suppose que tu vas y aller, maintenant… »
Naruto perdit son sourire avant d'hocher la tête. « Ouais. »
« Et tu sais comment y aller? »
« J'ai l'adresse juste ici, » dit-il en agitant une feuille de papier pliée. « C'est de l'autre côté de Mushroom City, alors ça fait un bon bout de chemin. Genre trois trains et deux correspondances en bus… » fit-il en vérifiant sur la feuille.
« Naruto, » l'interpella Kakashi.
« Hmm? »
« Prend ma voiture. »
Naruto s'interrompit dans sa contemplation du bout de papier et leva de grands yeux écarquillés. « Quoi? » demanda-t-il bêtement.
« Prend ma voiture, » répéta l'ex-policier en souriant. « Ou plutôt celle d'Iruka — mais ça lui manquera pas. »
Naruto leva un sourcil. Il avait vu Iruka frapper Kakashi à la tête plus d'une fois après que ce dernier aie affirmé qu'Iruka n'aurait aucun problème. « Tu, t'es sûr? Iruka— »
« Si ça pose un problème à Iruka, ça sera pas toi qu'il ira engueuler. Je… le distrairai si jamais il se fâche vraiment. »
Naruto fixa l'homme aux cheveux gris, avant de comprendre soudainement ce qu'impliquait la « distraction » en question. Il sentit son visage chauffer en un temps record. « E-Euh, O-OK alors. Euh… M-Merci, » acheva-t-il péniblement.
Kakashi hocha la tête. « Pas de soucis. »
« Par contre avant que je m'en aille, » s'arrêta Naruto en fronçant les sourcils. « Je dois retourner sur internet et ré-imprimer le trajet — par voiture, et pas par les transports en commun. »
Kakashi secoua la tête. « Tu vas bientôt épuiser notre stock de papier, Naruto. »
Naruto ouvrit la bouche pour s'excuser, mais Kakashi le coupa en levant une main, souriant.
« J'te taquine. Si Iruka et moi on s'inquiétait du papier d'imprimante, on t'aurait pas laissé imprimer chez nous. Fais ce que t'as besoin de faire. »
Naruto était sur le point de répondre quelque chose, mais il se rendit compte qu'il n'avait rien d'autre à ajouter, alors il se contenta d'acquiescer en signe de gratitude.
Le trajet en voiture dura une heure et demie, une heure de moins qu'en utilisant les transports en commun selon les indications Voogle. C'était pas que Mushroom City était super loin de son appartement, c'était juste qu'il devait conduire jusqu'à l'autre bout de la ville, et cette ville était comme une île trés trés longue.
Il était resté sur l'autoroute tout le temps du trajet, alors il n'avait pas pu observer les rues avec nostalgie. Il ne quitta l'autoroute qu'à la toute dernière sortie, et emprunta une petite route à travers une partie inconnue de Mushroom City en direction de l'hôpital spécialisé.
C'était l'Institution d'aide aux Malades Mentaux. Ce n'était pas un asile — ils insistaient bien sur ce point sur leur site internet —, mais un endroit où l'on venait soit-même recevoir des soins psychiatriques. Si ce n'était pas volontaire, alors on pouvait être « forcé » de s'asseoir avec des psychiatres et de recevoir de l'aide. Partout où il avait cherché, Naruto avait lu que l'institut n'était pas parti du bon pied. La plupart des gens admis au début se sont suicidés à cause de la sécurité déplorable au sein des cellules, ou tout simplement parce que leur état ne s'améliorait pas après les séances. Cependant, après qu'une réforme soit passée en 79 sur les pratiques psychiatriques, l'endroit s'est amélioré.
Naruto put garer sa voiture assez près du bâtiment, lequel avait l'air d'être haut de cinq étages depuis le sol. C'était un bâtiment blanc qui dégageait une aura morose malgré sa couleur. C'était sûrement parce que le temps était déprimant. Il avait plu un peu plus tôt, alors les nuages qui restaient cachaient toujours le soleil, lequel n'avait pas encore pointé le bout de son nez.
Naruto se rendit à l'intérieur avec appréhension. Il réalisa soudain qu'il n'avait aucune idée de comment il allait faire pour entrer en contact avec Kabuto Yakushi. Est-ce qu'il devait demander à quelqu'un pour avoir un rendez-vous avec lui? Est-ce qu'il devait faire semblant d'avoir des troubles mentaux ou quoi? Non, ça serait pas trés intelligent. Et si on finissait par le coller dans une cellule?
Une fois à l'intérieur, il fut surpris de l'air terne du hall d'entrée, beaucoup plus triste que celui de l'hôpital. Le bureau d'accueil n'aidait pas à réchauffer l'ambiance, avec sa couleur marronasse. Une vieille dame était assise derrière le bureau en bois en train de fixer un écran d'ordinateur. Elle se tourna vers Naruto et lui fit un sourire crispé.
Naruto acquiesça avec hésitation. La femme n'était pas si vieille que ça, maintenant qu'il pouvait mieux la voir. Elle était probablement dans sa quarantaine. Le chignon qu'elle portait sur sa tête étair tellement serré que ça en levait ses sourcils. Sa peau était extrêmement pâle, et elle ne portait ni maquillage ni bijoux. Elle était vêtue d'un uniforme gris, qui n'égayait en rien sa face décolorée.
Naruto se tortilla un peu. Tout ce qu'il avait vu jusqu'à maintenant était plutôt déprimant. Comment est-ce que qui que ce soit pouvait espérer améliorer sa santé mentale dans un endroit pareil?
« Bonjour, Monsieur. Comment puis-je vous aider? »
« Euh, euuuh…. » bafouilla Naruto. Que devait-il dire? Qu'il voulait voir Kabuto? « Euuuh, je— »
« Est-ce que vous voulez vous faire interner? » demanda-t-elle. « Si oui, vous n'êtes pas au bon endroit. Vous devez— »
« Non, non, » démentit rapidement Naruto. « C'est pas ça. Je suis venu voir Kabuto Yakushi. »
La femme cilla. « Oh. Vous avez rendez-vous? Excusez-moi, je ne vous ai pas reconnu— » Elle se mit à feuilleter les papiers sur son bureau.
« Ah, non M'dame, c'est la première fois que je viens ici. »
La femme leva sur lui un regard peiné. « J'ai bien peur que vous ne deviez prendre rendez-vous avec le docteur Yakushi si vous voulez le voir. »
« S'il vous plaît, » fit Naruto, désespéré ; il ne voulait pas être venu jusqu'ici pour rien. « Je ne suis pas ici pour, euh, recevoir de l'aide psychiatrique. J-J'ai juste besoin de lui poser quelques questions. »
La femme cligna des yeux. « Vous êtes journaliste? Le docteur Yakushi ne— »
« Non, c'est pas ça. C'est pour lui poser des questions sur…. un de mes proches. Je voudrais savoir… Quels soins il a reçu ici. »
La femme marqua un temps d'hésitation. « Est-ce que vous êtes venu récolter des preuves pour traduire le docteur Yakushi en justice? Si oui, je suis navrée mais vous devrez revenir avec votre avocat et— »
« Non, rien de tout ça, » l'interrompit Naruto d'un ton exaspéré. « Je suis juste— juste curieux de savoir quels types de soin ce proche à moi a reçu ici. Un cousin à moi. Ça-ça ne prendra pas longtemps. Peut-être un quart d'heure ou— »
« Un rendez-vous avec lui aurait duré aussi longtemps… » l'informa-t-elle avec méfiance. « Il va falloir que je l'appelle pour voir avec lui s'il veut bien vous recevoir. C'est tranquille aujourd'hui, alors peut-être que… » Elle laissa sa phrase en suspens et décrocha son téléphone. Elle tapa quelque chose de trop court pour être un numéro de téléphone — probablement un raccourci, et attendit quelques secondes avant que la personne à l'autre bout du fil décroche.
Le hall d'accueil était silencieux, alors Naruto pouvait presque entendre ce que racontait la voix grave.
« Docteur Yakushi? »
« Oui, Madame Fri…r? Qu'est-ce que c'est? »
Naruto ne parvint pas à distinguer le reste du nom de la femme.
« Il y a quelqu'un ici qui veut s'entretenir avec vous. Il dit qu'il voudrait vous poser quelques questions sur un ex-patient. Un membre de sa famille. Il n'a pas pris rendez-vous. »
« Comment s'appelle-t-il? »
« Ah, » hésita-t-elle avant de lever des yeux interrogateurs sur Naruto.
« Uzumaki Naruto, » murmura le blond.
« Il s'appelle Uzumaki Naruto, Monsieur, » répéta-t-elle rapidement.
« Je n'ai jamais… »
Naruto ne put entendre le reste.
« Oui, j'entends bien Monsieur. C'est la première fois qu'il vient ici. »
« Qu'est-ce… savoir? »
Naruto leva un sourcil. On ne bitait décidément rien du tout.
La femme se tourna vers lui. « Comment s'appelle ce cousin? Sa mémoire est limitée, il ne peut pas se souvenir de cette personne exacte. »
Naruto écarquilla les yeux. « Euh… » Qu'allait-il faire maintenant? Il n'aurait jamais du dire qu'il voulait poser des questions sur un membre de sa famille. Le psychiatre savait forcément que Gaara n'avait aucun parent du nom d'Uzumaki Naruto. Peut-être qu'il allait devoir inventer un mytho tout craqué, comme quoi c'était un cousin perdu de vue ou un truc comme ça.
« A-Ah. Gaara Sabaku Kaze, » répondit-il doucement.
La femme resserra sa poigne sur le combiné. « G-Gaara? » chuchota-t-elle à Naruto, d'un air quasiment affolé.
Il y eut un son interrogatif à l'autre bout de la ligne.
Naruto s'éclaircit la gorge. Il s'était engagé là-dedans, alors il irait jusqu'au bout. « C'est ça. Gaara Sabaku Kaze. »
La femme eut l'air d'essayer de reprendre ses esprits. Elle déglutit avec difficulté avant de se tourner vers le combiné. « Il veut vous poser des questions sur Kaze, Monsieur, » répondit-elle doucement.
Il y eut un gros silence à l'autre bout de la ligne, et Naruto se mit à prier silencieusement dans sa tête.
« ….yez-le en haut, » entendit-il.
« Bien Monsieur, » répondit-elle. Elle raccrocha et se tourna vers Naruto. « Le docteur va vous recevoir immédiatement. J-Je ne sais pas pour combien de temps ; il n'a pas précisé, » elle se leva de sa chaise et fouilla dans un tiroir de l'autre côté du bureau. Elle en sortit ce qui ressemblait à une carte en bois. « Vous allez devoir prendre ça avec vous, » dit-elle en lui tendant la carte. « C'est un pass, histoire que les infirmières ne vous confondent pas avec un patient en fuite. »
Naruto saisit le pass, et fut surpris de sa légèreté et de sa finesse. « Merci, » fit-il. « Donc… »
« Le bureau du docteur Yakushi se trouve au troisième étage. Salle 323, dernière porte avant la cage d'escaliers et troisième porte sur la droite après l'ascenseur. » Elle pointa un doigt sur sa gauche, montrant un énorme ascenseur rouge, assez vif pour réchauffer un peu l'ambiance de la salle.
« OK, » dit-il en acquiesçant. « Salle 323, vous dîtes? » re-demanda-t-il pour s'assurer.
La femme hocha vivement la tête et se rassit sur sa chaise. Elle avait l'air d'avoir trés envie de le voir partir. « Oui, 323, » répondit-elle précipitamment.
Naruto haussa un sourcil avant de se diriger vers l'ascenseur.
Lorsqu'il fut devant les portes, il prit quelques secondes pour contempler l'énorme engin. Comment avait-il pu le rater en entrant dans le hall? Il appuya sur le bouton qu'il mit encore plus de temps à trouver, et patienta moins de trente secondes avant que l'ascenseur arrive.
L'intérieur de l'ascenseur était énorme aussi. Naruto avait le sentiment que c'était encore plus gros que sa propre chambre.
Il pressa le bouton du troisième étage, mais l'ascenseur s'arrêta au deuxième. Lorsque les portes s'ouvrirent, Naruto sentit ses yeux s'écarquiller. Le deuxième étage était si différent du hall d'entrée. La lumière qui illuminait le couloir était aveuglante, et un homme énorme tenait la main d'une femme à l'allure étrange, munie de cheveux sombres et mal coiffés.
« Vous montez? » Demanda l'homme d'une voix rauque.
« Monteeeeeeer! » hurla sauvagement la femme, ce qui fit sursauter Naruto.
« Euuuuuh… Oui, » s'empressa-t-il de répondre.
L'homme pénétra dans l'ascenseur sans un mot en traînant la femme étrange. Elle regarda à droite et à gauche nerveusement avant de se mettre à mordiller soudainement l'énorme main qui tenait la sienne.
Naruto sentit ses yeux s'exorbiter. Le troisième étage arriva rapidement et il se rua à l'extérieur, évitant à tout prix de regarder les deux autres à l'intérieur de l'ascenseur.
« Hé. Gamin. »
Naruto déglutit. Pas de chance. « Euh, o-oui? » fit-il en se retournant vers l'homme.
« T'as la permission de ton aide-soignant pour te promener dans l'hôpital. » Ce n'était même pas une question.
« E-Euh, j-je suis pas— » Il s'arrêta en se souvenant du pass. Il le tira de sa poche et le montra à l'armoire à glace.
Il ne reçut qu'un grognement en réponse, et l'ascenseur lui ferma ses portes au nez.
Le blond leva un sourcil et réprima le frissonnement qui voulait remonter le long de sa colonne vertébrale.
Alors qu'il observait le couloir, il fut surpris de le trouver de nouveau banal et chiant, avec des murs jaunâtres et des portes brun foncé.
Salle 323…
Il ne se rappelait pas du nombre de portes qu'il devait passer en partant de l'ascenseur pour accéder au bureau de Yakushi, mais il savait qu'il devait tourner à droite. Après avoir dépassé quelques portes en moins de dix secondes, Naruto se tenait devant la salle 323. Il y avait une petite fenêtre qui donnait sur la pièce, et un panneau gravé du nom complet du docteur en lettres capitales.
Il toqua.
Une fois… Deux fois—
« Entrez. »
Naruto avait à peine entendu, mais il ouvrit la porte tout de même.
En pénétrant à l'intérieur et en fermant la porte derrière lui, il vit un homme un peu plus âgé que lui mais plus petit, avec une barbe de 3 jours et de longs cheveux blancs attachés en queue de cheval. Cette dernière tressauta lorsqu'il se leva et fit un signe de tête au blond.
« Uzumaki Naruto? » demanda l'homme. Il tenta un sourire, mais n'y parvint pas comme si l'effort nécessaire était trop demander pour lui.
« Euh… Bonjour, » fit Naruto en hochant la tête à son tour. « Je— »
« Vous êtes de la police? » demanda le docteur avant qu'il puisse prononcer le moindre mot.
Naruto s'arrêta net. « Je suis pas— » Mais il s'arrêta de nouveau, parce qu'il ne pouvait pas vraiment dire qu'il n'avait aucun lien avec la police, non? Toute information importante qu'il pourrait soutirer à ce type parviendrait aux oreilles des autorités, ou au moins à Kakashi. Il n'avait pas trop confiance en ses seules capacités, mais il allait faire de son mieux.
« Je suis pas vraiment de la police, » déclara-t-il finalement. « Je… On peut dire que je suis en quelque sorte impliqué dans une enquête… Et je suis venu ici pour récolter plus d'informations. »
L'homme le fixa d'un regard perçant, comme s'il essayait de déterminer ce qu'il pouvait lui cacher. « Est-ce que ça a un rapport avec le fait que vous soyez un membre de sa famille? » demanda précautionneusement l'homme.
Naruto écarquilla légèrement les yeux en entendant ça. « Je… Euh… » Merde. Est-ce qu'il voulait vraiment continuer dans ce mensonge-là? Il ne voulait pas que ça influe sur les infos que le mec allait lui donner. « En fait je— »
« Vous devez venir du côté de sa mère… » spécula l'homme en l'observant avec des yeux plissés. Il avait l'air de scanner Naruto de haut en bas. « La couleur de vos cheveux ressemble à celle de son oncle et de sa sœur… »
Naruto cilla. Est-ce qu'il était en train de parler de Gaara?
« Ces yeux par contre… Je n'ai pas vu cette couleur dans la famille Kaze. Comment s'appelle votre mère? Votre père? »
Naruto déglutit. « Hm… S-son nom de famille à lui, c'était Uzumaki — mais je l'ai pas vraiment connu en fait, » acheva-t-il rapidement.
Le docteur haussa les sourcils. « Vous avez été élevé par un Kaze alors? » demanda-t-il.
Naruto secoua violemment la tête avant de réfléchir. « J-J'ai pas connu ma mère… Non plus… » acheva-t-il sans grande conviction.
L'homme aux cheveux blancs fronça les sourcils. « Alors comment êtes-vous sûr que vous faîtes partie de la famille de Gaara? »
« Euh… » commença Naruto. « J'ai demandé un peu partout… Et j'ai fait des recherches dans mon arbre généalogique… E-Et apparemment je suis son cousin. Au second degré. » Il tenta un sourire, mais il se fana devant les yeux plissés du psychiatre. « Du côté de son père… » lâcha-t-il dans un couinement qu'il refusait d'admettre.
Le docteur sembla réfléchir quelques secondes, avant de pencher la tête. « Je ne savais pas que M. Kaze avait une sœur… »
« Ben, si, » dit finalement Naruto, dans l'espoir que la conversation se termine aussi vite que possible. « Et je voudrais vous poser des questions sur mon cousin — au second degré — que vous avez soigné ici. »
« Et ce serait Gaara Sabaku Kaze… » L'homme avait un ton incrédule, et il fixait le blond d'un œil soupçonneux.
Naruto lui rendit son regard en souriant, histoire de réchauffer l'atmosphère.
Kabuto arbora un air désarçonné. « Trés bien dans ce cas, M. Uzumaki, » dit-il en se rasseyant sur son siège. « Je vous en prie, asseyez-vous. » Il montra une chaise confortable devant son bureau.
Naruto s'assit sur la chaise avec précaution, avant de se relaxer lorsqu'il réalisa à quel point le siège était agréable. Il s'enfonça un peu plus et se redressa soudainement lorsqu'il vit le docteur le fixer avec un regard on ne peut plus sérieux.
Naruto s'éclaircit nerveusement la gorge avant de se mettre à parler. « Hmm… Vu que vous êtes son psy… Je me doute que vous êtes au courant de… du passé de Gaara. Ses crimes, sa condamnation… sa fuite… »
Le médecin déglutit. « Oui, je sais tout cela, » confirma-t-il doucement, sans regarder le blond dans les yeux. « Que voulez-vous savoir exactement? Comment je me suis occupé de Gaara? Comment il a bien pu devenir un tel… » Il s'interrompit et baissa les yeux au sol.
Naruto le regarda quelques secondes sans vraiment comprendre son comportement, avant de reprendre la parole. « Eh bien, il y a peu… Il s'est passé certaines choses… des choses qui me laissent penser, moi et certains policiers, que Gaara est impliqué dans un incident concernant des personnes récemment portées disparues, des assassinats, et une usurpation d'identité. »
Kabuto se rajusta nerveusement sur son siège. « Qu'est-ce que vous dîtes? Qu'il est redevenu actif? » demanda-t-il avec appréhension.
Naruto haussa les épaules. « Pour ce que nous en savons, il a toujours été actif. C'est juste que maintenant il est de retour dans cette ville, et on veut le capturer avant qu'il s'échappe encore une fois — avant qu'il fasse du mal à quelqu'un. »
Kabuto secoua la tête d'un air lamentable, avant de pousser un profond soupir. « Il se trouve ici, dans cette ville? » chuchota-t-il en fixant Naruto d'un air presque trahi.
Naruto cilla avant de secouer la tête. « C'est ce qu'on pense, ouais. »
« Vous n'arrêtez pas de dire 'on' depuis tout à l'heure, » souligna le docteur après quelques secondes, visiblement destinées à reprendre ses esprits. « Si vous faites partie de la police, dîtes-le moi. Vous n'avez pas à garder votre couverture. Je ne vous cacherai rien, » promit-il.
Naruto déglutit. Il se demanda si l'homme allait lui donner plus d'informations s'il pensait qu'il faisait partie des autorités. Est-ce qu'il aurait des ennuis s'il disait qu'il était un agent de police? Naruto secoua la tête. Il savait qu'il y avait une loi quelque part qui interdisait de se faire passer pour ce que l'on n'est pas, même pour un temps limité. Mais tout de même…
« Je suis… » Il détourna les yeux, comme si toutes les réponses étaient marquées sur le mur gris. « …Détective, » lâcha-t-il finalement. Il sut qu'il avait commis une erreur à la seconde-même où il l'avait dit. Il ne savait pas comment se construisait la hiérarchie policière, mais il savait qu'il n'aurait pas pu sortir pire qu'un détective. Les détectives ont des compétences bien spécifiques qu'il se savait incapable d'imiter, et maintenant ce médecin allait lui donner des informations qu'il n'aurait dit qu'à un policier. « Je ne fais pas partie de la famille de Gaara. J-J'espérais juste que ça vous pousse à me parler… » acheva-t-il lamentablement.
Lorsque le blond tourna le regard vers le docteur, il fut surpris de voir une expression de profonde détresse déformer ses traits. « Détective… » murmura l'homme en secouant la tête, comme s'il n'avait pas entendu l'aveu de Naruto.
Naruto s'agita un peu sur sa chaise. Est-ce que cet homme l'avait déjà percé à jour?
« Trés bien, » fit Kabuto après une longue minute de silence. « Qu'est-ce que vous voulez savoir? »
Naruto ne répondit rien pendant un moment, occupé qu'il était à essayer de comprendre l'homme en face de lui. Est-ce qu'il était aussi perturbé parce qu'il devait lui parler? Le blond ne savait pas ce qui pouvait mériter l'air dévasté du docteur. Peut-être qu'il ne voulait tout simplement pas parler de Gaara…
« Alors? »
Naruto cilla avant de reprendre ses esprits. « Ah oui, euh… » Il plongea la main dans la poche gauche et en tira quelques papiers. « J'ai en ma possession quelques rapports que vous avez écrits concernant Gaara il y a quelques années. Vous y aviez expliqué ce que vous pouviez sur sa condition, je pense, mais c'est en grande partie illisible. » Il tendit les papiers au docteur.
Kabuto les prit et les étala sur son bureau. Il saisit une paire de lunettes au bord de la table avant de les enfiler et d'observer avec attention les documents un peu chiffonnés. « Oui, » fit-il en hochant la tête. « Je me souviens de ça… La police est venue dans mon bureau et a exigé que je leur donne tout ce que j'avais noté sur Gaara. » Son regard se ternit un peu. « Quand je leur ai demandé pourquoi ils en avaient besoin… Ils m'ont raconté les crimes affreux que Gaara avait commis la nuit précédente… »
Kabuto secoua la tête avant de se rasseoir sur sa chaise. « Je leur ai donné bien plus que ça. Presque tout a été transféré au personnel psychiatrique de sa prison. »
Naruto plissa les yeux. « Alors vous êtes en train de me dire que la police a bien plus d'informations que ça sous la main? »
Kabuto haussa les épaules. « Je ne sais pas. Je sais juste que je leur ai donné tout ce que je pouvais dans un laps de temps aussi court. Ils avaient besoin de toutes les informations possibles sur cet enfant de douze ans, parce qu'ils se préparaient à ce que la défense plaide la démence. »
Naruto secoua la tête d'incompréhension. « Attendez, je… Si j'ai bien compris, les policiers ont fait ça par précaution? »
Le médecin acquiesça. « La police et ses frère et sœur ne voulaient rien de plus au monde que de mettre Gaara en prison pour un trés long moment. Sauf que les autorités se sont rendues compte qu'il avait reçu des soins psychiatriques, et elles ont pris des mesures pour mettre la main sur tous les documents qui prouvaient ces soins, en passant par moi, afin de contrer tout argument en faveur de l'explication psychiatrique. »
Naruto porta l'index et l'annulaire de chaque main à ses tempes. Il se fit la promesse de ne pas se contenter d'ignorer ce qu'il ne comprenait pas, mais d'essayer de le percer à jour — et ce que Kabuto venait de dire lui semblait pour le moment n'avoir aucun sens.
Alors, se dit-il en son for intérieur, le frère, la sœur de Gaara ainsi que les agents de police voulaient flanquer Gaara en prison, et ils voulaient préparer une contre-attaque pour si jamais les avocats de Gaara plaidaient la folie, alors ils ont acquis toutes ces informations sur ses dossiers psychiatriques?
Naruto secoua la tête. Même après avoir organisé les informations dans sa tête, il ne comprenait toujours pas. « A quel point la police s'est-elle investie dans le cas de Gaara à l'époque? Je n'ai jamais entendu dire que la police s'impliquait autant dans les affaires relevant du tribunal. »
Le docteur secoua la tête. « Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est qu'ils voulaient les informations, au cas où. »
« Et est-ce que vos notes ont aidé au final? »
Kabuto secoua une nouvelle fois la tête, d'un air plus détaché que triste. « Ils n'ont pas eu besoin de toutes ces recherches. Gaara a plaidé coupable pour toutes les charges. »
Naruto pris le temps d'enregistrer cette information. « Est-ce que c'était une stratégie de son avocat pour réduire le nombre d'années que Gaara allait devoir passer en prison ou— »
« Non, » fit Kabuto. Il s'était mis à secouer la tête avant même que Naruto aie fini sa phrase. « Il était clair pour tout le monde que Gaara ne ressentait… aucun remords pour ce qu'il avait fait. Et il aurait démenti tout argument en faveur de son instabilité mentale. Il existe une sorte de lien de confiance entre les avocats et leurs clients, et je sais que dans le cas de Gaara et de son avocate de l'époque, il n'y avait rien de semblable. Ils auraient appris des plaidoiries par cœur pour rien… » expliqua le docteur avant de se frotter le menton d'un air sombre.
« Comment vous savez ça? » demanda doucement Naruto.
Kabuto poussa un long soupir. « J'étais présent à toutes les séances au tribunal… Et malgré son pedigree de crème de la crème des avocats spécialisés dans les affaires de meurtres, elle s'est présentée totalement résignée et non-préparée à toutes les séances. Elle n'a appelé aucun témoin à la barre pour soutenir le camp de Gaara, et a délivré une plaidoirie scandaleusement mauvaise en conclusion à des jurés qui étaient restés de glace. » Il avait dit tout cela d'un ton qui laissait supposer que c'était l'évidence-même.
Naruto fronça les sourcils. « C'est… pas juste du tout, » fit-il lentement. « Que Gaara aie eu une avocate aussi incompétente— »
« Vous ne m'avez pas entendu? » l'interrompit Kabuto. « Ils avaient engagé la crème de la crème. » Il se redressa sur sa chaise et essuya sa lèvre supérieure d'une main nerveuse. « La crème de la crème, » répéta-t-il. « Et Gaara l'a détruite, » siffla-t-il. Il se pencha en avant, comme pour capter l'attention toute entière de Naruto. « Vous m'entendez? » lança-t-il. « Gaara. L'a. Détruite. »
Naruto cilla avant de secouer brusquement la tête et de se redresser. « Je ne… Qu'est-ce que vous dîtes? Comment il a fait ça? »
Kabuto se rajusta sur sa chaise et baissa les yeux au sol. « Je ne sais pas. Mais je suppose qu'il lui a fait la même chose qu'à moi durant nos sessions… » Il laissa sa phrase en suspens, avant de replonger le regard dans les yeux de Naruto. « Gaara a tout simplement… une certaine qualité en lui… qui pousse les autres à trop… ruminer sur l'univers… la vie… et le sens de leur propre vie, » acheva-t-il en haussant les épaules. Il fit un autre petit sourire sans vie qui mourut sur ses lèvres à la seconde où il tenta d'apparaître.
Naruto déglutit et s'agita un peu plus sur sa chaise.
Après quelques instants de silence, le médecin se remit à parler. « Trés peu de temps après la sentence de Gaara… » commença-t-il lentement. « Son avocate, une femme d'origine Hong-Kongaise — Ten-Ten quelque chose — s'est suicidée. » Il secoua la tête d'un air misérable.
Naruto écarquilla les yeux avant de se redresser sur son siège. « Quoi? Pourquoi…? » demanda-t-il avec précaution.
Lorsque Kabuto ne lui répondit qu'un regard éloquent, Naruto lui rendit un regard irrité.
« Oui, je sais que c'est Gaara ceci et Gaara cela — mais comment, exactement? Qu'est-ce qu'il fait pour rendre les gens si… » Il ne voulait pas utiliser les mots 'dépressifs' ou 'suicidaires'.
« Effrayés, » compléta Kabuto en roulant des épaules, comme pour se débarrasser d'une crampe à l'épaule. « Il les effraie. »
« Mais de quoi? »
Kabuto marqua une longue pause avant de répondre. « Il leur donne peur de vivre, » lâcha-t-il brutalement. Puis, il leva sur Naruto des yeux hésitants, comme s'il venait de s'en rendre compte lui-même. « Il introduit des peurs dans les tréfonds de leur cœur en mettant l'accent sur l'absurdité de la vie… Il arrive à rendre la mort… » Il haussa les épaules et détourna une nouvelle fois le regard avec des yeux contemplatifs. « …Réconfortante, » acheva-t-il dans un murmure.
Naruto cilla. « …Et… Gaara a toujours été comme ça? » demanda-t-il doucement. « Même au tout début, quand il a commencé les séances avec vous? »
Le médecin plissa les yeux, perdu dans ses pensées. « Au début? » se demanda-t-il à voix basse. « Je présume qu'au début il avait juste un potentiel naissant dans la monstruosité. » Il haussa les épaules d'un air neutre. « Mais on ne peut pas vraiment avoir ce genre d'hypothèse avant que le mal soit fait, n'est-ce pas? » Il secoua la tête. « Pas quand il s'agit d'un petit garçon de six ans. »
« Qu'est-ce que vous voulez dire? » dut demander Naruto, étant donné que Kabuto avait plus l'air de se parler à lui-même.
L'autre homme fixait Naruto. « Je veux dire, que quand j'ai rencontré Gaara pour la première fois… Il n'avait pas vraiment le profil-type d'un futur meurtrier. C'était juste un petit garçon trés étrange, en avance pour son âge. »
Naruto acquiesça et posa les mains sur ses genoux. « Est-ce que je peux vous demander, si ce n'est pas trop indiscret, comment est-ce qu'un enfant de six ans a pu être conduit dans un endroit pareil? Est-ce que ses parents le trouvaient bizarre depuis le début ou— »
« C'était à cause des cauchemars, » répondit le médecin. « Sa mère est venue vers moi, et m'a demandé si son fils pouvait me parler, de temps en temps. Histoire d'essayer de trouver l'origine de ses terreurs nocturnes… »
« Sa mère… » acquiesça Naruto. « Est-ce qu'elle et Gaara étaient… proches? J'ai lu dans l'un des dossiers qu'elle est morte à l'été… 93, c'est ça? Gaara avait sept ans. »
Kabuto hocha la tête. « Vous avez bien fait vos devoirs avant de venir. Oui, je crois que c'était effectivement en 93. Elle est morte au petit matin, et Gaara est venu à notre session seul pour la première fois ce jour-là. Je crois que j'ai peut-être été le premier à savoir, après lui-même, que sa mère était morte… »
Naruto secoua la tête. « Attendez, quoi? Comment elle est morte exactement? »
« La mère de Gaara s'est suicidée, » fit Kabuto en faisant un geste de la main. « Il a tout vu lorsque c'est arrivé, n'a rien dit au reste de sa famille, et est venu me voir à peine quelques heures plus tard. On dirait qu'il l'a abandonnée en la laissant pour morte, hein? » ajouta-t-il avec un sourire en coin, à la vue de la colère visible du blond.
« On dirait complètement ça, oui, » s'exclama Naruto. Lui et sa propre mère n'avaient jamais été les meilleurs amis du monde, mais jamais il ne se contenterait de regarder sa mère mourir. « Gaara a regardé sa mère se suicider et n'a rien dit à personne— ? »
Le médecin leva une main, interrompant de fait Naruto. « Je sais de quoi ça a l'air… J'irais même jusqu'à avancer que Gaara aurait pu… participer à la mort de sa mère… Mais retenez bien ceci, » dit-il en fixant Naruto d'un regard grave. « Gaara aimait sa mère, » murmura-t-il. « D'un amour profond que la plupart des enfants ne comprennent pas avant d'être bien plus vieux, mais Gaara… Il l'aimait. » Il acquiesça d'un air solennel et se rassit sur sa chaise.
« Comment tout ça peut bien être possible? » demanda Naruto d'une voix incrédule. « Ça ne se peut pas de ne pas avoir de réaction de panique quand quelqu'un qu'on aime se suicide devant nous— »
« Je ne peux pas vous dire pourquoi les choses se sont passées ainsi, » interrompit une nouvelle fois le docteur. « Mais je peux vous dire pourquoi je pense ce que je viens d'affirmer. » Il renifla et pris l'un des papiers sur son bureau. C'était la feuille avec les photos de Gaara. Il passa le doigt sur l'un des plus vieux clichés. « Sa mère, dés qu'elle surgissait dans notre conversation, il en parlait toujours sous un angle positif — bien que l'on ne puisse pas vraiment dire que l'angle employé était effectivement positif, à moins de mieux connaître Gaara. Il s'exprimait d'une… sorte de… ton quasiment énigmatique. Il ne disait jamais les choses de manière évidente. Je devais déchiffrer tout ce qu'il disait. Et quand il parlait de sa mère… » Il soupira et détourna le regard. « Il disait des choses absolument… étranges et… alambiquées. C'était assez fatigant, pour parler franchement… de toujours devoir lire entre les lignes, et d'essayer de comprendre où il voulait en venir… »
Pause.
« Mais après un certain temps, j'ai réalisé que Gaara… aimait tout simplement et sincèrement sa mère… J'oserais même dire qu'il aurait pu être amoureux d'elle. » Il secoua la tête une nouvelle fois et se remit à fixer le vide. « Même après que la mort de sa mère aie été confirmée — pendant un moment, les médias locaux n'ont parlé que de ça, j'ai même des unes de journaux en ma possession —, même après ça, il parlait toujours d'elle. Comme si elle était toujours en vie, en fait. Quand je lui demandais ce qu'il pensait de la mort de sa mère, il me répondait toujours… » Il fit une pause, cherchant ses mots. « …'Elle est enfin devenue une éternité'… »
Naruto plissa les yeux à ces paroles. « Et c'était ses mots exacts? »
Kabuto haussa les épaules. « Quasi exacts. Il disait beaucoup de choses étranges. J'en ai retenu certaines par cœur, et d'autres flottent dans les tréfonds de ma mémoire… »
Naruto se rassit sur sa chaise. Il avait apporté une feuille vierge et un crayon pour prendre des notes, mais il se demandait si ça serait malpoli de les sortir. Il plissa le nez. Il était un 'détective', maintenant, non? Ça n'aurait rien d'étrange de sa part de prendre des notes.
Il plongea la main dans sa poche et en tira la feuille mal pliée qu'il avait apportée avec lui ainsi que le crayon. « Excusez-moi deux secondes, » fit-il au docteur avant d'étaler la feuille froissée sur son genou et de commencer à écrire.
« Vous voulez un calepin? » demanda poliment Kabuto de l'autre côté du bureau.
Naruto leva les yeux sur lui, avant de les ramener sur sa pathétique feuille de papier froissée. « Euh… Si ça ne vous dérange pas… » approuva-t-il d'un ton embarrassé.
Kabuto hocha la tête et se redressa pour ouvrir un tiroir dans son bureau. « Pas le moins du monde. » Il jeta un petit objet vers Naruto, et après l'avoir attrapé, le blond se rendit compte qu'il s'agissait d'un calepin miniature.
« Vous pouvez le garder. »
Naruto acquiesça en remerciement et se mit à écrire rapidement.
Pris en charge à cause de cauchemars, proche de sa mère, s'exprime en énigmes—
« Alors, » continua Naruto. « Tant qu'on est sur le sujet de sa mère, est-ce que vous pourriez m'en dire un peu plus sur sa famille? »
Kabuto inclina la tête sur le côté et fixa Naruto d'un air étrange.
« Qu'est-ce qu'il y a…? » Demanda Naruto avec précaution.
« Rien, » répondit rapidement l'autre homme. « Je me demande juste comment ça se fait qu'un détective ne sache pas déjà tout de la famille de Gaara. Toutes ces informations devraient se trouver dans un dossier accessible aux forces de l'ordre… »
Naruto cilla, et hésita. « Euh… E-En fait… Je suis nouveau, » fit-il. « Et, c'est en quelque sorte ma… première mission. D'aller récolter des informations auprès de vous. »
Kabuto afficha un air incrédule, et presque scandalisé. « Ils laissent un débutant travailler sur une mission en rapport avec Gaara? »
Naruto déglutit avec difficulté. « C'est juste que… Ils ont peur que Gaara finisse par les reconnaître… Et finisse par reconnaître leurs tactiques, alors ils ont mis une nouvelle personne sur l'affaire. Quelqu'un qu'il ne connaît pas… »
Kabuto se rassit sur sa chaise et émit un son pensif. « Je vois… » dit-il d'une voix grave. « C'est un peu… égoïste de leur part, vous ne croyez pas? De vous faire risquer votre vie comme ça. »
Naruto cligna des yeux. Il était tellement occupé à jubiler à cause du super mensonge qu'il venait de sortir, qu'il se sentit complètement perdu lorsqu'il dut répondre à cette question. Quand il devint évident que Naruto ne dirait rien de plus après quelques longues secondes de silence, Kabuto leva la main, ce-faisant balayant la question d'un geste, et reprit la parole.
« D'après mes informations, Gaara vivait avec ses frère et sœur, son père, sa mère jusqu'à son décès, ainsi que son oncle. »
« Celui que Gaara a brûlé à mort? »
« A mort? » répéta Kabuto en haussant un sourcil. « Il a été brûlé vif, oui — mais pas à mort. Il est toujours vivant. La dernière fois que j'ai entendu parler de lui, il avait été admis dans un asile de fous peu de temps après avoir guéri de la plupart de ses brûlures. »
Naruto faillit s'étouffer sur sa propre salive. « Il est toujours en vie? Comment il a fait? »
Kabuto haussa les épaules. « Je suppose qu'il avait une forte volonté de vivre? » Suggéra-t-il d'un ton nonchalant. « Je n'y ai jamais vraiment réfléchi… Je pense qu'il est venu s'installer avec la famille Kaze peu après le décès de la mère, mais je n'en suis pas sûr. Je ne suis pas sûr de pouvoir vous donner une vraie appréciation des relations que Gaara entretenait avec le reste de sa famille, mais suite à nos sessions, j'ai compris qu'il ne portait pas d'intérêt particulier à son frère ni à sa sœur. Quand on parlait d'eux, il passait rapidement sur leur sujet, comme s'ils n'étaient que… des gens qui vivaient chez lui, je présume. Ils étaient bien plus âgés que lui, alors je suppose qu'il était difficile pour lui de former une connexion avec eux… »
« Est-ce que vous savez ce qu'il pensait de son père et de son oncle? » demanda Naruto. « Ce sont eux qu'il a attaqués, après tout. »
« Pour vous dire la vérité, et j'ai honte de l'admettre, on ne parlait d'eux que trés rarement… » Il se caressa le menton. « Si on m'avait demandé qui Gaara aurait tué s'il en avait l'opportunité à l'époque, non seulement j'aurais répondu que ce n'était absolument pas dans son caractère, mais en plus je n'aurais suspecté ni son père, ni son oncle. Son père devait plutôt bien subvenir à ses besoins, étant donné que je suis à peu près sûr que c'était lui qui payait les séances de Gaara avec moi… »
« Comment vous le savez? »
« Eh bien… Mes services ne sont pas donnés, » répondit-il en recommençant à se caresser le menton. « Et j'ai fait quelques recherches de mon côté lors des mois qui ont suivi la première condamnation de Gaara. Apparemment son père, qui je suppose devait recevoir un petit pécule de son travail de pasteur, avait un demi-frère riche du côté de sa mère. »
« Son père était un pasteur? » demanda Naruto, en oubliant momentanément le reste des informations. « Comme un homme d'Église? »
Kabuto acquiesça. « Oui, il dirigeait une église à Suna — l'une des nombreuses petites villes aux alentours de Mushroom City. »
Naruto plissa le nez avant de noter 'Suna' sur son calepin. « Est-ce que Gaara est né là-bas? »
Kabuto haussa les épaules. « Je n'en suis pas si sûr. La plupart de ces bourgades comptent sur l'hôpital et les cliniques de cette ville pour couvrir leurs besoins médicaux. A moins qu'il soit né à la maison, je pense plutôt que Gaara est né ici. Par contre, je peux vous affirmer qu'il a vécu pratiquement toute son enfance à Suna. »
Naruto acquiesça. Il ne connaissait pas grand-chose à propos de Suna, mais il savait en revanche que ses parents avaient vécu à Konoha, laquelle se trouvait au nord de la ville. Il savait aussi qu'il y avait d'autres petits bourgs, comme Kumo, un endroit vallonné que Naruto avait traversé en voiture une ou deux fois avec des amis, Kiri, où beaucoup de jeunes allaient chercher du travail alors qu'ils étaient toujours au lycée, et le district d'Oto, qui était en réalité plus une ville à faible population…
« Quand vous dîtes que vos services ne sont pas donnés, » commença lentement Naruto, « est-ce qu'ils sont vraiment chers? »
Kabuto fit un geste nonchalant de la main. « Mes patients habituels sont issus de familles de classe moyenne supérieure. Je n'ai pas fait de recherches concernant le statut social de la famille de Gaara à l'époque, mais s'ils étaient capables de payer, alors je suppose qu'ils étaient suffisamment aisés. »
Naruto émit un son compréhensif. « Et ce demi-frère… Est-ce qu'il… payait pour tout ça? »
Kabuto haussa les épaules. « Je ne suis pas certain des tenants et des aboutissants de l'arrangement. Tout ce que je sais, c'est que son demi-frère est le fondateur d'une compagnie pétrolière — la Kage-Oil, il est possible que vous en ayez déjà entendu parler, mais elle est plus connue à l'étranger, vers l'ouest. »
Le nom de la compagnie disait vaguement quelque chose à Naruto. Ils avaient l'air assez puissants.
« Je ne sais pas si ce n'est qu'une rumeur, mais dernièrement le premier fils de Kaze — son prénom m'échappe —travaille avec son demi-oncle en ce moment, et il essaye de fusionner deux firmes. »
« Kankurô? » demanda Naruto en se demandant s'il avait bien prononcé son nom.
Kabuto acquiesça. « Oui, je crois que c'était ça son nom. La Kage-Oil va fusionner avec la firme Kaze Mining. Ils vont appeler ça Kazekage Fuel… » Il haussa les épaules. « Je ne prête pas trop attention à ce genre de nouvelles économiques, mais si ça vous intéresse, notez-le. »
Naruto hocha la tête. Il avait lu en ligne que Kankurô avait plutôt réussi sa vie après avoir fait des études dans l'une des écoles les plus cotées du pays, mais il ne s'intéressait pas assez au grand frère de Gaara pour aller plus loin.
« Est-ce que vous savez dans quoi travaillait la mère? »
« D'après ce que je sais, elle était juste mère au foyer, » répondit Kabuto.
Naruto hocha la tête une nouvelle fois et gribouilla quelque chose sur son calepin. Alors qu'il passait en revue tout ce qu'il avait marqué jusque là, il s'arrêta sur la toute première chose qu'il avait écrite :
Pris en charge à cause de cauchemars…
« Est-ce que vous pourriez m'en dire plus sur les cauchemars de Gaara? » s'enquit-il. Il était surpris d'avoir oublié une telle information.
Kabuto eut soudain l'air aussi gêné qu'il avait eu au début de la session.
« Des cauchemars… » répéta-t-il lentement, avant de se redresser. « Lui, il ne les considérait pas vraiment comme des… cauchemars à proprement parler. Je crois que sa mère lui avait simplement demandé de dessiner ses rêves sur une feuille… et que ce que Gaara a dessiné l'a perturbée… »
« Qu'est-ce qu'il dessinait? Du sang, des tripes, des trucs comme ça? » demanda Naruto en se préparant à des détails assez gore. Il avait vu des films d'horreur comme ça, avec des enfants traumatisés qui dessinaient des choses dérangeantes.
Kabuto agita l'index de droite à gauche d'un air éloquent. « C'est ce à quoi on s'attendrait quand on nous dit qu'un enfant a des rêves perturbants, n'est-ce pas? Et c'est souvent le cas d'ailleurs pour les enfants à l'esprit instable. J'ai vu des enfants dessiner des parents rouges de sang, des animaux de compagnie mutilés, et ainsi de suite, mais Gaara… » Il prit ses mains l'une dans l'autre et fixa Naruto avec des yeux sombres. « Il a dessiné sa mère en train de donner le sein à des serpents et des araignées, il a dessiné des arbres avec des visages qui crachaient du feu à la tête de son frère et de sa sœur, il s'est dessiné en train de tomber dans un puits noir avec des mains enflammées qui l'attendaient au fond… » Il semblait vouloir continuer, mais s'arrêta lorsqu'il vit l'expression de Naruto. Il lui fit un petit sourire triste. « Oui, je sais, » acquiesça-t-il d'un air morose.
« C'est tellement… dérangeant, » lâcha le blond. Sa bouche était sèche.
« Surtout pour un enfant de six ans, » approuva Kabuto. « Mais sur le coup je ne me suis pas senti aussi perturbé que je l'aurais du. J'étais si jeune et naïf à l'époque ; en fait, j'ai pris l'esprit étrange de Gaara pour quelque chose de positif. Je pensais qu'il allait devenir une sorte de génie artistique ou littéraire quand il serait grand. Ses dessins n'étaient pas de simples gribouillis d'enfant qui broie du noir ; c'était des descriptions réfléchies qu'il inventait tout seul. Des choses auxquelles il réfléchissait, vous comprenez? Et la manière dont il écrivait était aussi trés étrange pour un enfant de son âge. Quasiment poétique, sauf que je ne comprenais jamais ce dont il parlait à moins que je lui demande directement. Il écrit des choses que lui seul comprend. Pour lui, tout est comme un… tête à tête entre lui-même et son esprit. »
Naruto acquiesça. « Et vous avez vu ce qu'il dessinait et ce qu'il écrivait de vos yeux? Ou est-ce que Gaara vous a juste décrit— »
« Oh, non non, je les ai vu. J'étais sur le point d'aller vous chercher ses dessins, mais je ne suis pas certain qu'ils soient toujours dans ce bureau. Par contre j'ai gardé beaucoup des travaux écrits de Gaara : des exercices d'expression écrite que je lui faisais faire pendant nos séances. Vous pouvez y jeter un œil si vous le voulez. »
« J'aimerais beaucoup, » dit Naruto avec gratitude. « Si ça ne vous dérange pas. »
Kabuto secoua la tête. « Absolument pas. J'ai tout bien organisé, alors je serai capable de les trouver assez rapidement et de les remettre à leur place. Faites juste attention à ne pas mélanger les feuilles quand vous les aurez, » recommanda-t-il en se levant de sa chaise. Il se rendit au fonds de son bureau où se trouvaient quatre placards, tous hauts de cinq étages. « Comme je le disais, » dit le médecin tout en ouvrant l'un des tiroirs, « vous devez garder à l'esprit que les dessins de Gaara ne lui sortaient pas de la tête comme ça — ils étaient dans ses rêves. Cependant, on ne peut rêver que de choses ou d'images qu'on a déjà vues, entendues, ou dont on a au moins une certaine connaissance, alors j'ai trouvé le contenu de la plupart de ses rêves trés étranges pour son âge. »
« Et Gaara ne pensait pas que c'était des cauchemars? » demanda Naruto avec précaution.
« Non, pas du tout, » répondit Kabuto en fermant un tiroir et en en ouvrant un autre. « En fait il pensait que — non, il ne pensait pas. Gaara ne pensait jamais rien. D'une manière ou d'une autre, il savait, tout simplement. »
« Qu'est-ce que vous voulez dire? »
« Eh bien, la plupart des trés jeunes enfants posent des questions sur tout, et en général ils ne sont pas trés sûrs d'eux, parce qu'ils ont l'habitude que les adultes prennent toutes les décisions à leur place. Mais Gaara? Pas du tout. Il parlait comme s'il savait. Comme si ses mots étaient des faits au lieu d'idées. Des fois il posait des questions en ayant l'air de déjà connaître la réponse — comme s'il voulait juste voir si la personne en face dirait la même chose qu'il avait en tête. »
Naruto frissonna. Gaara faisait cet effet-là même alors qu'il n'était qu'un petit garçon? « Est-ce que cette impression qu'il savait tout est devenue légitime à force? Est-ce qu'à partir d'un moment vous avez commencé à croire sérieusement en ce qu'il disait, parce qu'il finissait toujours par être dans le vrai, ou quelque chose comme ça? » Naruto avait conscience qu'il n'avait pas trés bien formé son idée, mais il espérait que le médecin comprendrait.
A sa grande surprise, Kabuto se figea brièvement, avant de rouler des épaules et de se remettre à observer le contenu des tiroirs. « Vous voulez dire, est-ce que Gaara avait des raisons concrètes pour avoir autant de confiance en ce qu'il disait? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Mais je ne fais pas confiance à ma capacité de jugement sur ce point. Pendant longtemps, Gaara me faisait juste flipper — pardonnez mon manque de professionnalisme — alors tout ce qu'il faisait ou disait me semblait un petit peu trop… important, » acheva-t-il péniblement, mais Naruto ne pouvait pas s'empêcher de penser que le docteur était en train de sérieusement édulcorer quelque chose.
« Mais comment est-ce qu'il était? » se sentit obligé de demander Naruto. « Est-ce qu'il… je sais pas, est-ce qu'il faisait peur? Est-ce qu'il dégageait une sorte d'aura inquiétante? »
Kabuto resta silencieux pendant quelques secondes, et Naruto l'observa retirer un dossier d'un tiroir avant de le refermer. Il se retourna et revint à son bureau. Il poussa un profond soupir en s'asseyant. « L'aura inquiétante dont vous me parlez a commencé peu avant le décès de sa mère. Et quand elle est morte… » Il secoua la tête. « Eh bien, Gaara n'a plus jamais été vraiment le même. »
Naruto déglutit avec difficulté. Est-ce que ça voulait dire que la mort de la mère de Gaara avait fait de lui l'homme qu'il était à présent? Se pourrait-il que tous ses crimes aient été une sorte de cri de désespoir envers l'amour perdu et lancinant de sa mère? « En quoi a-t-il changé? » demanda doucement Naruto.
Le médecin fixa longuement son bureau. « Gaara a toujours été… » Il s'interrompit, ayant visiblement ouvert la bouche avant d'avoir organisé ses pensées. Il ne tourna pas le regard vers Naruto lorsqu'il reprit la parole. « Gaara a toujours été un peu… étrange… en avance sur son âge. Et je pense que… s'il était resté le même, il serait simplement devenu un enfant avec peu d'amis et beaucoup d'idées inhabituelles. Il aurait peut-être développé de l'intérêt pour des concepts gothiques, peut-être qu'il aurait développé un goût prononcé pour la lecture, probablement. Mais… après son septième anniversaire, quelque chose dans sa vie à la maison a commencé à le changer. Ça l'a dévié du chemin que j'avais anticipé pour lui. » Il eut un sourire amer. « Je crois que la mort de sa mère a été l'évènement-clé qui l'a fait passer d'un simple gamin étrange à un meurtrier sans remords. »
« Mais comment? » demanda Naruto, d'un ton presque exaspéré. « Comment ça s'est fait? Je prétends pas être docteur ès psychologie ou quoi, mais je crois pas que les évènements traumatisants fonctionnent aussi simplement que ça. »
Kabuto acquiesça vivement. « Et vous avez raison de penser qu'ils ne fonctionnent pas aussi simplement ; il faut déjà avoir des pré-dispositions pour que les évènements nous affectent ainsi — cependant, en gardant ceci à l'esprit, n'oubliez pas que les êtres humains sont capables de presque tout. En sachant cela, les traumatismes peuvent vraiment changer quelqu'un en quelque chose de terrible, parce que les êtres humains l'ont en eux depuis le départ. » Il se pencha en avant et posa sur Naruto des yeux fiévreux, pressant le blond de comprendre là où il venait en venir.
Naruto se remit à secouer la tête en signe de confusion, mais Kabuto continua.
« Bien sûr on doit prendre en compte que d'une certaine manière il s'agit d'un exemple de cause à effets. Cependant, une cause ne produit pas toujours des effets, à cause d'éventuelles tierces parties. Par contre, si cette tierce partie est déjà présente dans chaque être humain — cette partie étant la capacité innée de commettre des crimes atroces — alors des causes trés simples, telles que la mort d'une mère, peuvent engendrer un complet changement de personnalité chez quelqu'un. C'est comme une cause pré-existante ou aggravante d'une maladie mentale. »
Naruto cilla, le cerveau complètement engourdi d'incompréhension. « J-Je suis désolé… Quoi? »
Kabuto secoua la tête. « Veuillez m'excuser ; je me suis un peu emporté. Ce que je veux dire c'est qu'il est effectivement possible que des évènements traumatisants changent totalement une personne. Dans le cas de Gaara, c'était simplement le… l'achèvement d'une sorte de transformation progressive. La propension au meurtre et à la destruction… étaient chez lui plus proches de la surface que chez l'être humain normal — je reconnais être en capacité de le dire, maintenant. »
Naruto cilla une nouvelle fois. « Vous êtes en capacité de dire ça maintenant? »
Kabuto hocha la tête. « Je dis 'maintenant' parce que quand je repense au temps que j'ai passé avec lui, je me rends compte de choses que je n'avais pas réalisé avant. » Il s'agita de nouveau sur sa chaise, encore une fois embarrassé. « Parfois… quand j'y repense… Je me rappelle de choses qu'il m'a dites, et je ne peux m'empêcher de penser qu'il… était en train de me prévenir, d'une certaine manière, qu'il allait faire ce qu'il a fait. »
« Vous voulez dire, poignarder son père et mettre le feu à son oncle? »
« Oui. »
« Et est-ce que vous avez une idée de pourquoi Gaara l'a brûlé vif? Pourquoi il a tué son père? »
« Non, » soupira le docteur. « Je vous l'ai dit : on a trés peu parlé d'eux pendant nos sessions. Même dans les exercices d'expression écrite que je lui faisais faire sur sa journée, ou sur sa vie de famille, il ne les mentionne jamais. »
« Ce qu'il a écrit… est-ce que je peux le voir? » demanda Naruto en pointant du doigt le dossier sur le bureau de Kabuto.
« Oui, bien sûr, » dit Kabuto en lui tendant le dossier. « Au début, la plupart des exercices que je lui faisais faire racontaient ses rêves, mais après il a commencé à parler de monstres qui existaient réellement selon lui, et d'autre choses étranges— »
« Quels monstres? » demanda Naruto en levant les yeux du dossier. Il se souvenait avoir lu que Gaara affirmait que des monstres entraient dans sa chambre.
« Eh bien, après la mort de sa mère… Il a commencé à parler d'êtres inhumains qui s'introduisaient dans sa chambre, des monstres qui voulaient non pas le manger, mais qu'il se mange lui-même. »
Naruto leva ses deux sourcils.
Kabuto acquiesça. « Il disait que ces choses étaient ses 'ombres', et il disait qu'elles voulaient le regarder se dévorer lui-même, se ronger lui-même, et renaître comme l'un des leurs — l'ombre de sa propre personne. »
Naruto secoua la tête. « Je suis désolé, mais je ne comprends pas. »
« Je ne comprenais pas moi-même. Je ne comprends toujours pas. Mais il parlait toujours trés étrangement. Il ne donnait jamais de réponses directes. Tout était une métaphore ou quelque chose qu'on aurait dit sorti d'un roman du dix-neuvième siècle. Il avait commencé l'école primaire à l'époque, alors je pensais que l'éducation qu'il y recevait l'influençait d'une certaine manière. Cependant, quand je lui posais des questions sur sa vie à l'école, il survolait le sujet comme quelque chose d'insignifiant. » Kabuto soupira et tritura le crayon qui reposait sur son bureau. « Je savais qu'il y avait quelque chose qu'il me cachait. Il ne voulait pas que je sache quelque chose. Quelque chose se passait, et il ne me le disait pas. »
Pause.
« Même si je reconnais que n'avais trop cherché à creuser à l'époque. J'avais… peur de lui. Il me faisait penser à des choses auxquelles je ne voulais pas penser, et il… Il avait une rage — est-ce que vous avez lu ça? »
« Oui — mais est-ce que vous pourriez développer un petit peu plus? Je crois que vous avez marqué dans l'un de vos rapports que Gaara avait une sorte de trouble psychologique… »
« Oui, le trouble explosif intermittent. Ce n'était pas un diagnostic à proprement parler, mais plus une… intuition. Ça ne s'est pas déclaré immédiatement après la mort de sa mère, mais quelques mois après le décès, il a commencé à entrer dans des colères noires face à de simples questions, ou si je ne comprenais pas ce qu'il disait… » Le médecin secoua la tête tristement. « Cette rage a duré quelques mois, mais là— »
« Attendez, mais qu'est-ce que vous voulez dire par 'rage'? » pressa Naruto. « Vous avez écrit dans vos rapports qu'il ne se mettait pas en colère comme tout le monde. »
« Il se fâchait quand je lui posais certaines questions, » répondit Kabuto. « Surtout des questions sur sa vie à la maison. Mais il ne se fâchait pas comme un enfant normal. Quand il est en colère, disons qu'il se met à bouillir et réfléchit à comment il pourrait faire du mal à la personne en face. » Il passa une main lasse dans ses cheveux. « Pas physiquement, mais mentalement. Ce gamin-là, il pouvait s'immiscer à l'intérieur de vous. C'était comme s'il vous voyait afficher une expression faciale, et qu'il savait exactement ce que vous pensiez… » L'homme s'arrêta pour secouer la tête de nouveau. « Et ses yeux. C'est comme ça que vous saviez qu'il n'était pas content — ils avaient presque quelque chose de… démoniaque quand je disais quelque chose de malvenu. Et c'était… perturbant de voir ce regard sur un enfant aussi jeune. Ça me faisait peur. »
Il laissa échapper un soupir.
« Les fois où j'arrivais à lui tirer des informations, » reprit-il, « sur ses émotions et sur sa vie en général, il me parlait de ces monstres qui entraient dans sa chambre. A un moment il m'a parlé d'un monstre différent, dont il n'avait pas peur. Il disait que ce nouveau monstre était faible, pathétique, et ne cherchait pas à le changer, mais seulement à l'utiliser — ou quelque chose comme ça. »
Naruto acquiesça vaguement, sans avoir compris un seul mot de ce qu'avait dit le médecin.
« Il y avait aussi d'autres troubles psychologiques, » continua Kabuto. Il pointa l'une des feuilles de Naruto du doigt. « C'est la liste que j'ai faite de tous les troubles dont il présentait les symptômes. » Il saisit la feuille et traça la liste du doigt.
Naruto vit que c'était l'un des rapport qu'il n'arrivait pas à déchiffrer car trop illisible.
« Il y avait le trouble explosif intermittent… et pendant un temps il a décrit des symptômes similaires au Syndrome de la tête qui explose. »
Naruto haussa un sourcil. « La tête qui explose? »
Kabuto acquiesça. « L'appellation est assez barbare, je sais. Mais Gaara m'a dit que des fois, après certains rêves, il entendait des bruits incroyablement forts, comme des coups répétés, des hurlements et des explosions successives, tout ça pendant quelques minutes. »
« Que… Comment est-ce que—? »
« Il s'agit d'hallucinations, » clarifia Kabuto. « Elles n'existent que dans sa tête. C'est une sorte de phénomène. On ne sait pas pourquoi ça existe, et il n'y a aucun traitement connu. »
Naruto plissa le nez. « Je deviendrais fou si j'avais une maladie comme ça, » souffla-t-il avec raison.
Kabuto haussa les épaules. « Certaines personnes se portent parfaitement bien après avoir vécu quelque chose comme ça. Même si c'est vrai que c'est trés rare. »
« Hmm. Qu'est-ce que Gaara avait d'autre? Ou du moins, qu'est-ce que vous croyez qu'il pourrait avoir d'autre? »
« Quelques troubles de la personnalité, comme le trouble de la personnalité schizotypique, de l'asocialité, et en me basant sur les histoires qu'il m'a racontées, j'ai détecté une possible pyromanie — une sorte d'obsession pour le feu et les incendies —, de l'asymbolie à la douleur — l'incapacité à ressentir la douleur —, et de l'anhédonie — l'incapacité à ressentir du plaisir. »
« Sur quoi vous basiez-vous pour former ces hypothèses? Et qu'est-ce que vous avez fait pour l'aider? »
« Eh bien… c'est tout, » dit Kabuto à voix basse. Il détourna le regard nerveusement et se gratta le côté du crâne. « Ce sont juste des théories. En tant que psychiatre, je peux prescrire des médicaments, mais étant donné que je n'avais jamais pu diagnostiquer directement Gaara avec certitude, je… » L'homme aux cheveux blancs secoua la tête et posa les mains sur ses genoux. Il ne regardait pas Naruto. « Je lui ai donné un assortiment de pilules. En cachette. J'allais dans le labo et je leur mettais des points de couleur pour qu'il puisse savoir lesquelles prendre et quand, et après je lui demandais de me décrire comment il se sentait après chaque pilule. » Kabuto dit rapidement ces mots, et après avoir fini sa phrase, il soupira et se rassit sur sa chaise.
Naruto cilla. Un assortiment de pilules? « Mais vous aviez la permission de faire ça, n'est-ce pas? » demanda-t-il avec précaution.
« En cachette, » répéta Kabuto. « Personne n'était au courant… à part moi et Gaara. Je lui ai dit directement que je faisais une sorte d'expérience, et il n'y était pas opposé… Ça… l'amusait presque. »
Naruto se rassit sur son siège et serra fortement les bras du fauteuil. « Est-ce que ce ne serait pas… un genre de faute professionnelle? » demanda-t-il en sentant quelque chose qui s'apparentait à de la colère inonder son estomac. « Est-ce que ce ne serait pas… un genre d'abus chimique? Vous vous êtes servi de Gaara comme d'un rat de laboratoire— »
« C'était pour son propre bien! » s'écria Kabuto en se redressant sur son fauteuil. « Je lui ai donné un planning pour qu'il sache quand prendre chacune d'entre elles, et comment les prendre. Ce n'était même pas de vraies pilules — plutôt des compléments pour augmenter le niveau de dopamine et améliorer son taux de sérotonine dans son— »
« Attendez, attendez, attendez, » l'interrompit Naruto en levant les mains. Si Kabuto se mettait à déblatérer des trucs scientifiques, il allait perdre le fil de toute la conversation et oublier pourquoi il était en colère. « Comment est-ce que Gaara a réagi à ces… pilules, exactement? Et comment vous avez fait pour garder une trace de ces réactions? »
« On avait des séances quatre fois par semaine, et je lui en faisais prendre une après chaque séance, pour qu'il me raconte ses effets à la suivante, et une avant chaque séance, pour que je puisse voir les résultats moi-même. »
« Et? Est-ce que les pilules… ont fonctionné? »
Kabuto déglutit avec difficulté. « Il… euh… Il ne réagissait pas trés bien. Les anti-dépresseurs faisaient grandement accélérer son rythme cardiaque, sans lui donner le sentiment de bonheur escompté, les pilules pour son absence de plaisir ont elles aussi eu de gros effets indésirables, et la plupart des autres pilules l'épuisaient, et le rendaient encore moins sensible qu'à l'accoutumée… Et certaines d'entre elles le rendaient… malade. Il vomissait, avait des nausées… encore plus d'hallucinations… » Il détourna de nouveau le regard avant de s'essuyer la bouche d'un geste coupable de la main.
« C'est horrible, » s'exclama Naruto en se penchant en avant. « Est-ce que vous avez la moindre idée de ce qui aurait pu arriver? » En toute honnêteté, Naruto lui-même ne savait pas ce qui aurait pu arriver. Ça lui semblait juste tellement sale que cet homme aie pu faire une chose pareille.
« S'il vous plaît, » supplia Kabuto. « Essayez de ne pas… me dénoncer. Je sais que ce que j'ai fait était une erreur, mais je ne lui ai donné qu'un seul assortiment, alors… l'expérience, » il grimaça lui-même en prononçant le mot, « n'a duré que deux mois. Grâce à cela, je pense avoir trouvé le seul diagnostic pertinent pour expliquer le comportement anormal de Gaara. »
Naruto inspira profondément et fixa le psychiatre d'un regard noir. Il se rappela soudain du titre de détective qu'il s'était auto-attribué. L'homme avait en réalité plus peur que Naruto le dénonce aux autorités qu'autre chose. Mais les mots de Kabuto retinrent son attention, et il ravala sa colère alors qu'il la sentait déborder de sa poitrine. « Et qu'est-ce que ce serait? » demanda-t-il d'une voix lente et grave.
Kabuto se pencha en avant avec de grands yeux écarquillés, et si Naruto s'était trouvé plus près de lui, le blond aurait parié que le psychiatre aurait essayé de lui prendre les mains. « Tout cette histoire ne mène qu'à une seule conclusion, mes séances avec Gaara comme sa vie après nos sessions. Gaara est tout simplement un psychopathe. »
Naruto cligna des yeux en essayant de comprendre l'information. « Un psychopathe? »
Kabuto hocha lentement la tête. « Je… » Il marqua une pause et baissa le regard. « Pas complètement, » avoua-t-il. « Il lui manque la tendance à refuser d'assumer ses responsabilités, ainsi que le comportement impulsif et irresponsable caractéristique, mais il semble présenter des manifestations trés puissantes d'autres symptômes : un manque complet d'empathie envers les autres, comme l'ont prouvé les meurtres qu'il a commis sans l'ombre d'une raison, ainsi que son incroyable capacité à manipuler les autres. »
Naruto plissa les yeux. « J'ai oublié de vous poser des questions là-dessus. Je me souviens avoir lu dans vos rapports que Gaara avait tendance à manipuler les gens. Développez. » Naruto n'arrivait pas à rester poli, maintenant qu'il savait ce qu'avait fait l'autre homme.
Kabuto eut une hésitation visible avant de parler. « Gaara était… En fait il savait ce qui vous obligerait à faire ce qu'il voulait que vous fassiez. Il savait quoi dire pour que vous vous pliiez à sa commande, et c'était un… maître-chanteur… expert… » acheva l'homme en détournant le regard.
« Est-ce que vous êtes en train de me dire qu'un gamin de six ans vous a fait chanter? » demanda Naruto, abasourdi.
« Il était plus âgé quand c'est arrivé. Onze ou douze ans, » contesta Kabuto maladroitement.
« Et qu'est-ce qu'il a fait exactement? »
Le psychiatre fit une autre longue pause. « Je… préfèrerais ne pas dire, » lâcha-t-il enfin. « Il s'agit d'une affaire privée. Sachez juste que Gaara parvient à tout savoir de vous sans que vous puissiez connaître quoi que ce soit de lui. C'est absolument rageant. C'est comme s'il était un expert en émotions humaines, malgré le fait qu'il montre des symptômes de schizoïdes, qui peuvent à peine les interpréter. » Kabuto se rassit sur sa chaise avec colère, sa frustration apparaissant sur son visage.
« Tout ce qui s'apparentait à une sorte d'anormalité mentale, je l'ai noté, mais je ne pouvais pas le traiter convenablement parce que je ne pouvais jamais être sûr de rien avec lui. C'est pour ça que je—! » Il s'arrêta et détourna le regard d'un air rageur. « C'est pour ça, » reprit-il plus calmement, « que je lui ai donné l'assortiment de pilules. Je voulais juste trouver des réponses à nos questions et l'aider. C'est tout ce que je voulais faire… » acheva-t-il avant de fermer les yeux.
Le regard de Naruto s'adoucit. Il n'était pas d'accord avec les méthodes du médecin, mais il n'arrivait pas non plus à rester en colère contre lui.
Il était trop occupé à triturer les bords du lourd dossier que Kabuto lui avait donné. C'était un dossier en carton marron, et Naruto pouvait voir quelques feuilles jaunes dépasser sur les côtés.
« Est-ce vous voulez regarder tout ça, maintenant? » demanda Kabuto d'un ton neutre.
Naruto acquiesça sans le regarder, et retira les élastiques qui maintenaient le carton. Le dossier s'ouvrit soudainement, et Naruto du poser précipitamment le dossier sur le bureau pour empêcher les feuilles de s'éparpiller partout.
« Faites attention… » dit Kabuto depuis l'autre côté du bureau.
Naruto hocha la tête et saisit la première feuille. On aurait dit que ça avait été arraché d'un carnet de note jaune. Il y avait un titre au-dessus, d'une écriture différente du reste du texte : Mai 1992. Sujet : cauchemars.
Naruto lut les premières lignes de l'écriture menue et nette.
J'ai revé que je pleurai toute l'eaux sortai de mes yeu et le monde toute entié été noiyé j'avais pas peure parse que maman n'été pas noiyé. elle été sur le lit et on a pri le lit comme un batau et on a echapé en flotant. mais il y avais teleman deaux et haute comme le soleil et l'aux nous a avalés. Maman et moi on a brulés et puis j'été révayé mais j'avai pas peure parse que le feu c'est cho dans mes reves
Naruto haussa un sourcil. La grammaire et l'orthographe surtout laissaient à désirer… mais le fonds. Le blond secoua la tête. Quel genre d'enfant de six ans rêvait que tout le monde se noyait avant de brûler dans le soleil avec sa mère? « Je croyais qu'il était un génie… » blagua Naruto avec petit rire, en référence à l'orthographe et la grammaire.
Kabuto eut l'air confus. « Qu'est-ce que vous voulez dire? Il avait six ans quand il a écrit ça. »
« Et c'est quelque chose qu'un enfant de six n'est pas capable de faire? » demanda Naruto. Il n'était pas orthophoniste, mais il ne voyait pas grand-chose de spécial dans ce qu'il venait de lire.
« Les enfants de six ans n'arrivent pas à former de phrases correctes en général, et ils ne savent pas orthographier grand-chose. C'est à cet âge-là que leur vocabulaire s'accroît exponentiellement, mais ils ne savent pas quoi faire des mots qu'ils apprennent. Mais la grammaire et l'orthographe ne sont pas importantes. Qu'est-ce que vous pensez de ce qu'il a écrit? »
« C'est… bizarre, » lâcha Naruto.
Kabuto acquiesça. « Plus il grandit, plus son intellect se détache de celui des autres enfants. Vous verrez que son écriture, son orthographe et son style changent drastiquement en quelques mois. Il apprend trés vite. »
Naruto fronça les sourcils et pris une feuille au hasard vers le milieu de la pile.
Encore une fois, la date et le titre étaient d'une écriture différente que le texte véritable.
Octobre 1995. Sujet : les monstres.
Il y en a un troisième, maintenant. Il ne fait pas grand chose. Sauf si on observe ses yeux. Il ne me crie pas dessus, et il ne m'apelle pas non plus, pas comme les autres. Il ne me touche pas comme l'autre. Il s'assoit et regarde. J'aime quand il regarde. J'aime bien qu'il me regarde. Chacun de ses cils tombera pour caresser les os de chaque pèche sans noyaux. De tout don, il choisira le rouge et elle choisira le maron. Ils me regarderont, ensemble et pour l'éternité, avant que l'aube soit tombée et que la nuit se soit levée. Entre-temps, nous souffrirons tous. Et je serai le seul qu'il connaitra jamais.
Naruto cligna des yeux. Avant de re-cligner. Il…
Il ne savait pas quoi dire. Il ne savait pas du tout comment appréhender ce qu'il venait de lire. Ça allait encore au début ; Gaara parlait d'un être étrange — mais c'est trés vite devenu bizarre. Il ne comprenait rien à la partie sur les pèches, ou les couleurs—
Ça n'avait juste aucun sens.
« Que venez-vous de lire? » demanda Kabuto.
« J'ai… Aucune idée, » répondit Naruto en secouant la tête. « U-Un truc sur… » Il soupira. « Je sais même pas comment résumer ça. Il parle de quelqu'un — ou de quelque chose — qui est en train de le regarder. Et puis après il parle de cils qui tombent sur des os et— »
« Ah oui, » fit le docteur en hochant la tête d'un air éloquent. « Je ne sais pas à quel texte vous vous référez, mais il utilisait souvent une phrase semblable. Est-ce qu'il parlait aussi de fruits sans noyau? »
Naruto acquiesça. « Là-dedans, il parle d'une pèche sans noyau. »
Kabuto acquiesça. « Quand je lui ai posé des questions là-dessus — étant donné qu'il avait écrit si souvent cette expression — il m'a dit que le fruit était la terre… Et que le noyau de la pèche était le noyau terrestre — un noyau, qui selon lui, n'existe pas. Il disait qu'il y avait quelque chose d'autre à la place. Il disait que c'était là où se trouvaient tous les monstres quand ils n'étaient pas avec lui. »
Naruto plissa les yeux. « C'est-à-dire… l'Enfer? » demanda-t-il prudemment.
Kabuto fit un geste d'incertitude de la main. « Chaque fois que je mentionnais l'Enfer, il me répondait 'pas celui que vous imaginez' ou quelque chose de similaire. »
Naruto inclina la tête. « Est-ce que Gaara était… religieux? Je veux dire… Son père était pasteur et tout— »
« Je ne pourrais pas vous dire, » avoua l'autre à regrets. « Par contre je ne… » Il s'arrêta, cherchant ses mots sur le mur du fond. « Je ne peux pas vous dire s'il l'était ou s'il ne l'était pas parce qu'il ne laissait jamais entendre une telle chose. Et quand le thème de la religion survenait, il en faisait aussi peu de cas que l'école ou ses frère et sœur. Je peux vous dire qu'il parlait latin quasi-couramment, par contre. Du moins c'est ce que j'ai compris. Je crois que c'était dû au fait de devoir lire de vieilles bibles… » Il leva les yeux sur une vieille horloge au fond de la pièce.
« …Il parlait couramment latin? » demanda Naruto d'un ton incrédule. « Comment est-ce que vous pouvez dire ça comme si c'était rien? Un gamin de six ans qui sait parler latin? »
Kabuto haussa les épaules. « J'en ai appris durant mon enfance. Moi aussi j'ai grandi dans une famille religieuse. Mais je n'était pas trés doué. Le latin qu'il me reste vient de ce que j'ai appris à l'école, pas de ce que j'ai appris à la maison étant petit. »
Naruto secoua la tête. Il avait complètement raté l'épreuve de latin du Bac, et Gaara était apparemment capable de le parler couramment dés le CP.
« Ce n'est pas vraiment un exploit, » continua Kabuto, ce faisant remuant encore plus le couteau dans la plaie de la fierté de Naruto. « Beaucoup d'enfants sont bilingues de nos jours— »
« Mais il n'avait que six ans, » rappela Naruto.
Kabuto secoua la tête. « Vous semblez oublier que j'ai travaillé avec Gaara pendant presque six ans. Quand nous nous sommes quittés, il entrait en sixième ou cinquième. Considérez Gaara comme un adolescent pré-pubère trés intelligent, au lieu d'un enfant, maintenant. »
« Ouais, mais le latin reste quand même une langue morte, » contesta Naruto. « On ne le parle quasiment plus, alors il doit l'avoir étudié un bon bout de temps quand même. »
« Ou il a juste beaucoup lu la Bible, » suggéra Kabuto d'un haussement d'épaules. « Ce n'est pas si extraordinaire que ça. Il y a cent ans nous saurions tous parler latin couramment — si nous étions chrétiens. »
Naruto balaya le sujet d'un revers de la main. « OK, Gaara était un gamin intelligent. Et après ses deux années en prison? Est-ce que vous avez une idée de comment il était au lycée? Et comment est-ce qu'il a réussi à rester en phase avec ses études, et comment ça se fait qu'on l'aie accepté au lycée après deux ans de prison pour meurtre? »
Kabuto secoua tristement la tête. « J'aurais aimé pouvoir vous répondre, mais Gaara et moi ne nous sommes plus jamais revus depuis. On ne l'a même pas autorisé à rentrer chez lui. Il a vécu dans un orphelinat pendant un moment, et son tuteur légal l'accompagnait à l'école tous les jours. »
« Et vous n'avez aucune idée de ce qui l'aurait poussé à tuer tous ces gens dans son lycée? » demanda Naruto d'un ton désespéré.
« Non, désolé. Je sais qu'il était trés intelligent et qu'il s'en est trés bien sorti, » répondit-il. « Gaara a été scolarisé à la maison pendant deux ans après sa remise en liberté, par contre. Je crois me souvenir qu'il est resté assigné à résidence pendant un temps. Quand il est entré à Mushroom Tech via une sorte d'essai de placement, il était en Seconde. »
Naruto plissa les yeux. « Alors il a tué des gens qu'il ne connaissait que depuis deux ans? »
Kabuto secoua la tête. « C'est long deux ans. Il se peut que ça n'aie l'air de rien pour vous parce que vous avez probablement eu trois ans pour connaître vos camarades, mais en deux ans tout peut arriver… »
« Ouais, mais on parle de vies humaines, là. De soixante-quinze, plus précisément. »
Kabuto hocha la tête, mais fit néanmoins un petit sourire impuissant à Naruto. « Ce qui est arrivé ne peut être effacé. Et, pour vous dire la vérité, je ne pense pas qu'il soit utile de courir après un mobile. Gaara était… instable. S'il avait des raisons… Elles n'auraient sûrement aucun sens à vos yeux. »
« Qu'elles aient un sens ou non, je veux quand même les connaître, » contesta Naruto d'un ton déterminé.
Kabuto soupira et jeta un regard désespéré au blond. « Vous avez lu les rapports traitant du massacre, n'est-ce pas? Ils disent que Gaara n'a jamais fait preuve d'aucun signe de méchanceté envers ses camarades. Il les ignorait, et ils l'ignoraient. Ses professeurs avaient été prévenus de ses antécédents, alors ils se sont montrés prudents avec lui, et lorsqu'il est entré dans son année de Terminale, Gaara était juste un adolescent normal avec un passé morbide. »
Naruto fronça les sourcils. Il avait lu des choses comme quoi Gaara n'avait jamais donné l'impression qu'il était prêt à assassiner l'intégralité de sa promotion, mais simplement choisir d'ignorer ses camarades ne lui semblait pas suffisant pour obtenir le titre 'd'adolescent normal'.
« Pendant quelques temps, les journaux disaient que Gaara était jaloux de ne pas avoir reçu le titre de Major de promo dans son lycée. »
« Quoi? » demanda Naruto en haussant les sourcils.
Kabuto acquiesça. « Gaara aurait été dans la course étant donné qu'il avait parmi les meilleures notes, mais il était de toute façon disqualifié d'avance, parce qu'il n'avait pas passé les trois années au sein de son lycée. »
« C'est… » fit lentement Naruto, « ridicule. »
Kabuto eut un petit rire. « Effectivement. Quelqu'un comme Gaara ne se soucierait jamais d'une telle chose. »
Naruto se redressa en se remémorant soudain qui était le Major du lycée.
« Est-ce que vous savez si Gaara parlait avec quelqu'un des fois? Peut-être qu'il discutait avec le Major lui-même? »
Kabuto posa sur lui un regard impuissant. « Je suis désolé, mais je n'en sais rien. Et le plus triste, c'est que ce sera difficile d'enquêter sur le sujet, parce que tous ceux qui auraient pu vous parler de Gaara pendant ses années de lycée… sont morts. Il a tué les élèves comme les professeurs. »
Naruto jura intérieurement. Le médecin avait raison. C'était comme si tout témoignage de son existence avait été anéanti, tout souvenir de lui enfermé à jamais dans des cerveaux morts, profondément enfouis sous la terre.
« Nom de Dieu… » jura doucement le blond.
« Loin de moi l'idée de vous presser, » signala Kabuto d'un ton léger. « Mais j'ai un rendez-vous dans environ un quart d'heure, et j'aimerais me préparer un peu avant l'arrivée de mon patient. Je sais que vous pourriez regarder ces dossiers toutes la journée… »
Naruto leva des yeux trahis. « Vous voulez que je m'en aille? » Il ne savait pas vraiment quoi dire, ou quoi penser. Kabuto lui expliquait les grandes lignes, mais quand il s'agissait d'expliquer le cœur ou la raison profonde des choses, le psychiatre n'avait rien à lui dire. Naruto n'irait pas jusqu'à dire que sa visite avait été sans intérêt, mais il avait espéré obtenir plus d'informations que ça.
Kabuto acquiesça. « Mais vous pouvez jeter un œil au tout dernier texte. Il est trés bref. Ça vous donnera une idée de son état d'esprit juste avant les meurtres, je suppose. »
Naruto émit un petit son pour montrer qu'il avait compris et feuilleta les pages jusqu'à la dernière. Il vit passer quelques dessins sur lesquels il du s'arrêter quelques secondes. Ce n'était pas des images d'allaitement ou de puits noirs, mais des maisons en flammes, des nourrissons volant vers le soleil, ainsi que d'autres choses étranges. Il parvint à la dernière page plus que perturbé et se mit à lire le texte. L'écriture était plus nette qu'elle ne l'avait jamais été.
Février 1998
Je serai le dernier à comprendre pourquoi. Lui sera le premier, toujours le premier, et peut-être l'expliquera-t-il avant que la mort le berce dans un sommeil éternel. Peut-être expliquera-t-il pourquoi il m'a dévoré tout entier, m'a dévoré par le ventre, s'est inséré dans mon esprit. Mais un ventre ne porte pas d'esprit, seulement des circonstances. Le mouvement m'abandonnera, l'abandonnera lui, abandonnera mon existence, et à la fin mes rêves se transformeront en hasard, et je n'aurai nulle part d'autre où aller que dans le feu. Mon unique crainte est de ne pas réussir à brûler.
Un léger frisson passa dans ses mains alors qu'il lisait le dernier texte. Il remit toutes les feuilles à leur place et referma le dossier. « C-C'était… »
Kabuto acquiesça tristement. « Je sais. Et de penser qu'il a écrit cela trois jours à peine avant d'assassiner son père et de brûler son oncle quasiment jusqu'à la mort… »
« Et vous avez dit que son oncle était dans un asile de fous, c'est ça? » demanda rapidement Naruto en déposant le dossier sur le bureau et en reprenant son calepin. « Est-ce que vous savez lequel? »
Kabuto joignit les mains. « Il n'y a qu'un seul asile de fous dans le district d'Oto, et je sais qu'il est là-bas. La prison du district d'Oto est d'ailleurs celle où Gaara était incarcéré… »
Naruto écrivit furieusement. Il se demanda s'il n'allait pas rendre une petite visite à cet oncle...
« Aussi, » reprit le psychiatre. « Je ne suis pas sûr que ça vous sera d'une aide quelconque, mais je sais que la sœur de Gaara vit toujours à Suna. Je ne sais pas où exactement, mais vous avez des chances de la trouver là-bas. Je suis allé la voir une fois dans l'espoir d'y trouver des réponses. Je n'en ai rien tiré, mais peut-être que vous aurez plus de chances que moi. »
Naruto écrivit quelques mots de plus sur son calepin. Il ne savait pas trés bien en quoi la sœur de Gaara pourrait l'aider, mais il pouvait garder cette information à l'esprit. Une fois qu'il eut fini, il leva les yeux sur le médecin, sourit et se leva. Kabuto se leva également et contourna le bureau pour lui serrer la main. Il avait le même air que lorsque Naruto était entré pour la première fois : méfiant, gêné et légèrement craintif.
« Un plaisir… » murmura-t-il.
« Euh, oui, » répondit Naruto. « Vous m'avez beaucoup aidé. J'ai l'impression d'en savoir beaucoup plus sur Gaara… Mais il me reste encore beaucoup à découvrir. Il se peut que j'aille rendre visite à son oncle. »
Kabuto plissa les yeux. « Je ne sais pas trop en quoi ça pourrait vous aider. Il est fou maintenant. Seuls des délires sortiront de sa bouche… »
Naruto plissa les lèvres en réfléchissant. « Je devrais quand même aller le voir, » dit-il après quelques secondes. « Il pourrait m'apprendre des choses que vous n'avez pas pu me dire sur sa vie à la maison et sur sa relation avec les autres membres de sa famille… »
Kabuto haussa les épaules. « Je suppose. »
Ils se lâchèrent la main, et Naruto se retrouva planté devant le docteur dans un silence gênant. « Bon… Je pense que je vais m'en aller. Euh — merci encore. »
« Revenez quand vous voudrez… » dit lentement Kabuto en mettant les mains dans son dos. « Mais avant que vous partiez, » reprit-il alors que Naruto posait la main sur la poignée de la porte. « Je voudrais juste vous demander… Est-ce que vous avez… dit à beaucoup de monde que vous vous rendiez ici? Est-ce que… vous aviez planifié votre venue d'avance… ou est-ce que vous avez marqué ce rendez-vous à un endroit où… d'autres personnes auraient pu savoir que vous étiez...? »
Naruto haussa un sourcil. Il avait formulé sa question de manière trés maladroite, mais il devina que l'homme était en train de lui demander si quelqu'un d'autre savait qu'il était là. « Euh… J'ai décidé de venir ici ce matin-même, » dit-il d'un ton léger. « Personne n'est vraiment au courant… » Il ne voulait pas mentionner Kakashi, juste au cas où Kabuto paniquerait ou quoi.
A sa grande surprise, le docteur eut soudain l'air trés malade.
« Vous allez bien? »
Kabuto secoua la tête. « Je… Je vais bien. J'ai juste… » Il secoua la tête. « J'ai rendez-vous. C'était un plaisir de parler avec vous. Allez-vous en maintenant. »
Naruto cilla. « Euuh… OK? » Il ouvrit la porte.
« Oh, et M. Uzumaki, » l'interpella Kabuto une dernière fois.
« Quoi? »
« Est-ce que… Est-ce que vous croyez que je suis pardonné? » demanda-t-il rapidement.
Naruto cilla. « Pardonné pour quoi? »
Kabuto cilla à son tour, l'air perdu, avant de secouer la tête. « C'est rien, » dit-il doucement.
« Euh… »
Kabuto posa alors sur lui un regard grave. « Je ne sais pas… à quoi pensaient vos supérieurs en chargeant un débutant de rassembler des informations sur Gaara… Mais laissez-moi vous dire une bonne chose : sortez-vous de cette histoire pendant que vous le pouvez encore. Laissez tomber l'affaire, ou ce que font les détectives dans ces cas-là. » Ses yeux devinrent soudain trés sombres. « Vous n'avez aucune idée de ce à quoi vous avez affaire. »
Naruto se figea sur le pas de la porte. Il sentit un frisson glisser le long de sa colonne vertébrale comme un doigt. « Euh… » Il se demanda s'il devait rajouter quelque chose, mais décida d'en rester là. Il acquiesça et sortit de la pièce avant de marcher d'un pas rapide vers l'ascenseur avant que Kabuto décide de redire quelque chose de glauque.
Lorsqu'il fut de retour au rez-de-chaussée, la femme à qui il avait parlé était toujours derrière son bureau. Elle arrêta ce qu'elle était en train de faire pour le fixer d'un œil méfiant alors qu'il traversait le hall.
« Euh, merci, » fit-il tout de même. « Merci de m'avoir aidé tout à l'heure. » Il posa le pass en bois qu'elle lui avait donné sur le comptoir.
La femme ne lui répondit rien. Elle ne hocha pas la tête. Elle eut même un mouvement de recul lorsque Naruto lui adressa la parole, et baissa la tête sans quitter la silhouette de Naruto des yeux alors qu'il sortait du bâtiment.
Naruto frissonna.
Cet endroit était tellement putain de glauque.
Une fois qu'il fut dans la voiture de Kakashi, il posa son menton sur le volant et pris un moment pour réfléchir. Devait-il retourner à la maison ou aller rendre visite à l'oncle dans son asile?
Après quelques instants de réflexion, Naruto décida qu'il serait plus avisé de garder ce voyage pour un autre jour. Il ne savait même pas vraiment où se trouvait cet asile — sans parler de la quantité d'essence qu'il lui restait dans son réservoir.
Naruto secoua la tête. Il rentrait donc à la maison.
Il toucha le calepin à l'intérieur de sa poche.
Au moins il ne rentrerait pas chez lui les mains vides.
A l'intérieur d'une pièce froide et sombre, pourvue de murs blancs délavés, de placards gris et d'un modeste bureau bordeaux, le docteur Kabuto Yakushi est assis sur sa chaise, tremblant.
Il a annulé tous ses rendez-vous de la journée.
Il a ordonné à la réceptionniste de ne lui transférer aucun appel.
Il pense à rentrer chez lui.
Mais il ne veut pas rentrer chez lui.
Il ne sait pas ce qu'il trouvera là-bas.
Le docteur Kabuto Yakushi passe une main tremblante sur son front, et inspire profondément.
Aurait-il dû lui dire? se demande-t-il, en repensant au jeune homme blond.
Le détective.
Est-ce qu'il aurait dû lui dire?
Le docteur Kabuto Yakushi secoue la tête, misérable.
Il aurait dû.
Oh, il aurait dû.
Le détective aurait alors su, à quel point tout était perdu.
A quel point il était perdu.
Le docteur Kabuto Yakushi fouille dans sa poche gauche, et en tire une note. Il s'agit d'un fin morceau de papier, méticuleusement plié jusqu'à ne plus être qu'un carré minuscule.
Le docteur Kabuto Yakushi pose la note sur la table et la regarde se dévoiler, d'une lenteur douloureuse, pli par pli, se dépliant jusqu'à ce que la note révèle sa face illisible à cause des rides torturées qui mangent les mots.
Mais ça n'a pas d'importance.
Parce qu'il sait ce qu'il y est marqué.
Il a visité mes rêves. Humain tout entier, jamais machine. Il a revêtu le manteau imposteur d'un détective et il apparaîtra peu après l'aube. Il voudra ce que tu as acquis sans frais par le sacrifice. Il est bruit infini, et je porte le silence infini, lequel je n'ai aucun désir d'exercer à un niveau tel que le sien. Ne dissimule rien. Révèle-moi à lui. Et tu seras pardonné.
Note de l'auteur :
Le moment que vous attendez tous arrive! Le prochain chapitre sera séparé en trois parties, et dans la partie deux (roulements de tambours s'il vous plaît) …Naruto rencontre Gaara!
Aussi, dernier petit truc, parce que ça risque d'avoir pas mal d'importance dans le dernier chapitre : cette histoire a lieu dans un monde imaginaire avec des lieux imaginaires (et d'autres réels) qui sont basés sur de vrais endroits partout dans le monde. Alors il se peut que vous lisiez des termes tels que la section Nord (la région du pays où habite Naruto (où que ce pays puisse être)), la section Sud, ainsi que d'autres endroits que j'ai tirés de l'univers de Naruto comme Oto, Kiri, Konoha et ainsi de suite.
Merci d'avoir lu,
Tschüss.
