Chapitre 12 : Enfin nous nous rencontrons Partie II : Un secret dans un secret dans un secret


C'était pas parce que c'était dans sa chambre, luisant sur son parquet. C'était même pas parce que c'était un pistolet.

C'était parce qu'il savait quelles mains avaient touché le pistolet, la boîte, et la boîte dans la boîte. Il savait qui avait manipulé le carton, écrit la lettre, et envoyé le tout par la poste.

Pourquoi?

Evidemment, il gardait en tête la possibilité que ce ne soit pas Gaara. Que c'était peut-être un homme de main qui avait accompli cette petite tâche.

Mais la simple possibilité que ces mains aient touché les choses en face de lui suffisait au blond pour le faire reculer de peur, refusant même de poser ne serait-ce qu'un doigt sur quoi que ce soit.

Et la lettre.

Naruto frissonna.

Il avait passé les dernières minutes à tourner les yeux frénétiquement de droite à gauche, dans l'espoir de se débarrasser de l'impression de mains fantômatiques léchant la peau de sa nuque, parce que ces mots lui donnaient l'impression que quelque chose, même pas quelqu'un, était en train de surveiller le moindre de ses mouvements—

Naruto frissonna une nouvelle fois, et cette fois le frisson attaqua les glandes situées sous sa peau, et fit apparaître de la chair de poule.

Et Naruto restait assis là, tremblant — le prénom au bas de la lettre résonnant dans son crâne encore et encore et encore et encore—

Gaara.

Naruto se recroquevilla et enroula ses bras autour de lui-même.

Il n'avait jamais rien ressenti de pareil auparavant. Cette peur. Elle le traversait et l'inondait comme du café brûlant et amer qui éclabousserait ses entrailles.

Mais il y avait quelque chose d'autre.

Ce qu'il avait appris le jour-même — ce que l'oncle de Gaara lui avait fait—

Et puis il y eut d'un coup un grand vide dans ses pensées, et jamais une idée aussi claire n'avait traversé l'esprit de Naruto :

Ce n'était pas ce qui avait rendu Gaara ainsi l'important ; ni ses influences, ni son passé—

C'était la personne qu'il était maintenant. Le danger qu'il représentait, les meurtres qu'il commettrait bientôt—

La peur qu'il mettait dans le cœur de Naruto.

C'était la triste vérité, pensa le blond en secouant la tête. Neji avait eu raison de lui dire qu'il était inutile d'essayer de comprendre les mobiles d'un criminel. C'était inutile, parce que ça ne faisait qu'ajouter de la culpabilité au sentiment d'inévitabilité. Gaara devait être capturé et mis hors d'état de nuire.

Et cette lettre…

Naruto marqua une pause. La lettre l'y aiderait, n'est-ce pas? Il devait l'analyser, la comprendre, et peut-être que ça les mènera jusqu'à Gaara?

Il dut rassembler tout son courage pour se ravancer et ramasser la lettre d'où il l'avait jetée au hasard. Ses doigts tremblaient toujours alors qu'il s'en saisissait et la relisait.

E-Elle v-viendra—

Naruto jura. Putain de merde, il bégayait même dans ses pensées. Il serra les dents et grogna de frustration. C'était ridicule. Il n'avait aucune raison d'avoir aussi peur. Il s'était exposé au danger à l'instant-même où il avait décidé de s'impliquer dans ce bordel. Se laisser envahir par la peur pourrait finir par le pousser à se retirer, et c'était non-envisageable quand la vie de ses propres amis était en jeu, quand des vies innocentes étaient en danger.

Peut-être que…

Naruto déglutit. Est-ce qu'il devait appeler la police?

Il joua avec cette idée pendant un certain temps, en essayant d'évaluer quelles actions en découleraient.

Est-ce que la police l'aiderait dans ses recherches? Ou alors—

Naruto fronça les sourcils. Ou alors est-ce qu'il serait lui-même considéré comme suspect, parce que Gaara avait communiqué avec lui?

Le blond ne savait pas pourquoi mais cela lui paraissait trés probable, sachant la manière trés frontale dont les autorités avaient géré l'affaire du sosie de Gaara, c'est-à-dire en tirant d'abord et en posant des questions après.

Cela fit prendre sa décision à Naruto. Il n'irait pas trouver la police — pas pour l'instant. Ils étaient… indignes de confiance et lunatiques, et il n'était pas sûr qu'ils appréhenderaient la situation avec la prudence nécessaire pour capturer leur homme.

Pas qu'il sache lui-même comment attraper Gaara. C'était juste qu'il avait le pressentiment qu'impliquer la police serait contre-productif. Bien sûr qu'il préviendrait Kakashi, parce que ce n'était jamais bon de se mêler seul à quelque chose de dangereux, et il faisait confiance à l'ex-policier pour appréhender intelligemment une situation pareille.

Mais ça lui laissait quand-même des trucs à faire par lui-même. Il ne pouvait pas se contenter de rester planté là, tremblotant comme une pauvre feuille morte dans le vent. Ce n'était pas envisageable. Il devait être plus fort que ça.

Il secoua frénétiquement la tête et ferma les yeux. Il se promit d'arrêter de trembler une fois qu'il les aurait ouverts.

Un… deux… trois.

Naruto ouvrit les yeux.

Puis respira.

Ses mains étaient stables, son souffle était relativement calme. Son cœur battait toujours comme s'il avait couru pendant des heures, mais on ne pouvait pas tout avoir.

Et ça allait mieux. Il voyait clair de nouveau. Il se mit à relire la note.

Elle viendra déguisée en imposteur.

Naruto expira. C'était facile. Maintenant il fallait le déchiffrer.

Un imposteur. Elle.

Quelqu'un qu'il connaissait? pensa Naruto avec précaution. Quelqu'un qu'il connaissait serait déguisée… Mais il la reconnaîtrait quand même? C'était ça que voulait dire la note?

Naruto plissa les yeux. La première partie avait l'air assez simple à comprendre, supposait-il. Il passa à la suivante.

Tue-la avant qu'elle ne te tue…

Les yeux du blond se posèrent rapidement sur le flingue resté dans la boîte. C'était pour ça qu'il lui avait envoyé un pistolet? Pour tuer cette femme qu'il connaissait?

car elle a déjà prêté allégeance.

C'est-à-dire qu'elle avait choisi un camp? Naruto secoua la tête. Il arrivait à comprendre à peu près la première partie. Quelqu'un qu'il connaissait serait déguisé, mais il la reconnaîtrait tout de même, et là il devrait la tuer sinon elle allait le tuer? Parce qu'elle avait choisi son camp?

Quel camp?

Et laquelle de ses connaissances tenterait de le tuer?

Il essaya de repenser à toutes les femmes qu'il avait connues dans sa vie.

Évidemment Sakura venait en premier, mais seulement parce qu'il l'aimait si profondément. L'idée-même de Sakura tentant de l'assassiner lui brisait le cœur. Sakura ne ferait jamais une chose pareille.

Ensuite venait sa grand-mère, et après ça la liste devenait incroyablement maigre. Naruto n'avait pas été l'ami d'énormément de femmes dans le passé. Il avait eu des petites amies, vers la fin du lycée, quand il s'était résigné à l'idée que Sasuke aimait sincèrement Sakura, lui laissant ainsi zéro chance avec la demoiselle.

Et il avait eu un plan cul avec cette nana qui avait travaillé à l'hôtel pendant un temps…

Naruto secoua la tête. Il n'y avait vraiment personne qu'il pouvait soupçonner de meurtre là-dedans.

Peut-être que Gaara…

Peut-être qu'il racontait tout simplement de la merde.

Naruto plissa le nez et fusilla la note du regard. Pourquoi est-ce qu'il prêtait tant d'importance à un détail de la lettre au fait? On aurait dit qu'il pensait que c'était une sorte de prémonition. Il considérait le contenu de la lettre comme la vérité parce que…

Il sait ce qui a été, ce qui est, et ce qui sera.

Naruto ne laissa pas le frisson naissant en bas de sa colonne vertébrale se développer. Il se redressa et secoua la tête. Il ne devait pas négliger cette lettre, mais il n'allait sûrement pas la traiter comme parole d'évangile. Il devait garder une vision la plus objective possible.

Mais en était-il capable?

La lettre — le pistolet — lui était destinée à lui. Comment pouvait-il être objectif là-dessus? Alors qu'il était trés clairement impliqué dans l'histoire. Il repensa à ce que Kakashi avait dit, comme quoi Naruto pouvait tout aussi bien être au centre de tout — la pièce-clé qui poussait Gaara à agir — mais Naruto se sortit aussitôt cette idée de l'esprit. C'était impossible. Le seul rôle qu'il pouvait avoir dans cette histoire — au mieux — était celui d'un pion, d'un instrument qui aiderait Gaara à obtenir ce qu'il voulait.

Cela provoqua un petit sentiment de regret au creux de l'estomac de Naruto, quelque chose qu'il avait beaucoup ressenti lors de sa scolarité, alors qu'il restait dans l'ombre de Sasuke. L'adolescent brun et grincheux avait toujours été à la tête de toutes les tâches importantes, comme délégué de classe. De même pour ses exploits académiques pour lesquels il avait toujours été applaudi. Il avait gagné toutes les bagarres dans lesquelles il s'était retrouvé impliqué sans jamais se faire disputer ensuite, alors que Naruto avait perdu toutes les siennes et avait récolté plus de problèmes que la personne qui l'avait commencée.

Naruto ne serait pas surpris d'apprendre que Sasuke était en réalité au centre de toute cette histoire. Peut-être que Gaara avait vu en lui un ennemi personnel et s'était mis en tête de détruire tous ceux qui lui étaient chers.

Ça n'expliquait bien sûr pas le cas d'Ino, mais Naruto comprit qu'il avait une assez bonne piste. Il laissa échapper un petit sourire avant de retourner à la lettre.

Alors seulement la divinité qui pétrit nos fins nous autorisera à nous rencontrer.

Naruto plissa les yeux. Alors seulement. C'est-à-dire, ce truc avec l'imposteur et l'assassinat devait se passer d'abord. Le blond fit une pause en y réfléchissant. Mais tout ce qu'il trouva fut encore plus de questions. Il lui manquait tant de pièces du puzzle. Qui était cette femme? Quelle divinité? Et rencontre?

Est-ce que Gaara voulait vraiment dire cela, littéralement? Comme s'il voulait rencontrer Naruto? Ce dernier se mordit les lèvres. Ça… n'avait aucun sens. Qu'avait-il à voir avec quoi que ce soit?

Et puis la ligne d'après.

Honore-moi de ta langue, et je ne parlerai pas contre le soleil.

Cette phrase-là le faisait frissonner. Il ne savait pas pourquoi mais cela avait l'air de quelque chose d'étrangement… intime.

Honore-moi de ta langue.

On aurait dit que le mec voulait le couper en morceaux et mettre sa langue sur un plateau.

Et la partie où il ne parlerait pas contre le soleil? Naruto n'essaya même pas de l'interpréter. Ça lui paraissait juste n'avoir aucun sens.

Le blond se souvint de Kabuto qui avait essayé de lui expliquer à quel point Gaara s'exprimait bizarrement, rendant ainsi ses paroles difficiles à comprendre la plupart du temps. Par énigmes, avait-il dit. Est-ce que Gaara essayait de lui dire quelque chose, ou est-ce qu'il était juste complètement frappé?

Naruto reconnut que la dernière option était une explication désespérée, et il la mit de côté. Il avait dit lui-même que Gaara était un génie et qu'il savait ce qu'il faisait. Alors dans ce cas, pourquoi avoir envoyé cette lettre à Naruto? Que signifiait la lettre?

Qu'est-ce que Gaara voulait qu'il fasse?

Alors seulement pourrons-nous nous rencontrer.

Un autre frisson. Mais ce n'était pas à cause de la peur. C'était… quelque chose d'autre. De l'excitation. Naruto savait que quelque chose allait se produire. Et qu'il en ferait partie. C'était ce qui nourrissait sa détermination, ce qui le maintenait en mouvement.


« Naruto, est-ce que tu as une idée de ce que ça signifie? De ce que ça pourrait impliquer? » Kakashi faisait les cent pas, agité comme Naruto ne l'avait jamais vu auparavant. Iruka était assis sur le canapé, et regardait tour à tour son partenaire et le blond avec des yeux inquiets.

« Tu veux dire la lettre? » demanda Naruto. « Je suis justement venu vous voir pour vous poser la question. »

« Pas que la lettre, » dit Kakashi en s'arrêtant et en se tournant vers lui. « Les faits qui entourent cette lettre. Le fait que Kaze t'aie envoyé ça à toi, te contacte toi — le fait qu'il aie signé de son propre prénom— » Il fit une pause afin de passer une main dans ses cheveux. « J'y réfléchi depuis tout à l'heure, quand tu es parti, » enchaîna-t-il, un peu plus calme. « Comme quoi tu serais lié à tout ça. Quand je l'ai dit la première fois, je ne faisais que spéculer mais maintenant… » Il laissa sa phrase en suspens et tourna des yeux éloquents vers Naruto.

Naruto lui rendit un regard prudent. Il n'avait jamais vu l'homme aussi énervé. Ça aurait eu l'air normal sur toute autre personne, mais l'ex-policier était toujours si calme…

« Et cette lettre, » continua Kakashi à voix basse. « Ce qu'elle dit est… »

« …Alambiqué et direct à la fois, » finit Iruka pour lui. C'était lui qui l'avait lue, et il la tenait toujours. « La première partie annonce clairement que tu vas devoir tuer quelqu'un avant que cette personne te tue, et que ce sera quelqu'un que tu connais, comme tu l'as bien interprété. Ce que je ne comprends pas, c'est la manière dont il veut que tu le fasses, et quand. Il n'y a aucune indication temporelle… »

Naruto acquiesça. Il s'était posé des questions là-dessus, mais pas dans le contexte temporel. Maintenant qu'il y repensait, comment pourrait-il même appréhender une telle situation s'il n'avait aucune idée d'où regarder ou de quand ça allait se produire?

« Malgré tout, on sait au moins qu'il veut que tu tues quelqu'un. C'est hors de question, évidemment, et je pense que si Gaara te connaît autant que tout le monde le prétend, il est parfaitement conscient que tu en serais incapable, Naruto. »

Le blond ravala un aveu. C'était vrai, il ne pensait pas être capable de tuer qui que ce soit, mais il n'avait pas dit à Iruka et Kakashi ce que Gaara lui avait envoyé pour lui faciliter la tâche. Il ne les avait pas prévenus pour le pistolet.

« Ouais… » fit-il faiblement. « Mais on sait jamais… peut-être que si je me retrouve acculé ou que je suis sur le point de mourir, je… je sais pas… » acheva-t-il à voix basse. Il ne croyait pas vraiment en ce qu'il racontait. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

Tous les êtres humains en sont capables. Tout ce qui diffère, c'est à quel point cette facette de notre personnalité est proche de la surface, répéta la voix de Kabuto dans sa tête. Naruto secoua la tête.

« Tu ne penses pas vraiment que tu pourrais tuer quelqu'un, hein, Naruto? » demanda doucement Iruka.

Le blond secoua la tête tout en se grattant le menton. « Non… » avança-t-il avec précaution, et il le pensait véritablement. « Je ne pense pas que j'en serais capable… mais je pensais au reste de la lettre. Ça dit alors seulement, pourrons-nous nous rencontrer. Comme si ça devait se produire avant que je puisse le voir. »

« Ça ne veut pas dire que tu devrais aller tuer quelqu'un Naruto, » dit Kakashi en fixant le blond d'un regard inquiet, comme s'il voulait vérifier que Naruto comprenait ce qu'il voulait dire.

« Oui, je le sais, ça. J'ai juste l'impression que c'est quelque chose d'important — la partie où il dit alors seulement. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que quelque chose va forcément se passer, et que je vais être impliqué dedans. Peut-être que je reconnaîtrai cette personne ou quoi, mais cet évènement doit se produire pour que je rencontre Gaara. »

« On dirait presque que tu veux le rencontrer, » remarqua Iruka d'un ton léger.

Naruto cilla et hésita avant de parler. « Je veux juste l'attraper, » fit-il à voix basse. « Et j'ai l'impression qu'on s'en rapproche. On est vraiment tout près. »

Kakashi le fixa avec un regard calculateur avant de se tourner vers son compagnon. « Et le reste de la lettre? C'est plus vraiment aussi direct. »

Iruka acquiesça et montra la dernière ligne du doigt. « Honore-moi de ta langue, pourrait signifier énormément de choses, mais deux explications seulement semblent véritablement faire sens, et toutes deux sont des demandes qu'il te fait. »

« Des demandes? » demanda Naruto en haussant un sourcil.

Iruka acquiesça. « Oui. J'ai pensé que ça valait la peine d'être souligné étant donné qu'on a affaire à un meurtrier qui a quand même la courtoisie de formuler une requête. » Iruka éclata de rire à la vue de la tête effarée que tirait Naruto. « Je veux dire, il te demande, » expliqua-t-il. « Il te le demande, au lieu de se contenter de te l'ordonner, ce qu'il fait d'ailleurs au début de la lettre… » Il ne termina pas sa phrase, se concentrant de nouveau sur la note.

« Alors, c'est quoi ces deux explications? » demanda Naruto. « Il veut que je lui serve ma langue sur un plateau ou un truc comme ça? »

Iruka eut un petit sourire contrit, manifestement pas trés heureux des images mentales qui l'avaient traversé. « Eh bien, la première explication est trés trés simple. Lorsqu'on se réfère à la langue, c'est souvent en rapport au langage, ou plus largement, à la voix. Honore-moi de ta langue, ou je te prie de parler. Ou de me parler. » Iruka haussa les épaules. « C'est une bien étrange demande. »

« Et l'autre explication? »

« Eh bien, c'est une requête un brin lubrique, et assez improbable si tu veux mon avis. Kaze pourrait te demander un baiser. »

Naruto cligna des yeux. « Quoi? »

Iruka acquiesça lentement. « Ça m'étonne que tu n'aies pas pensé à ça avant, » dit-il en regardant le blond. « Quand je vois le mot langue, la première chose qui a tendance à me venir à l'esprit, c'est un baiser langou— » Il s'arrêta net lorsqu'il vit que Naruto affichait un air parfaitement horrifié et que Kakashi dirigeait sur lui un regard profond qui n'était pas trés approprié à la compagnie d'invités.

Iruka s'éclaircit bruyamment la gorge. « Euh, oui, » fit-il d'une voix forte. « Donc c'est les deux seules explications qui me viennent à l'esprit. Le problème par contre, c'est qu'aucune d'entre elles ne colle avec les théories qui me viennent pour la toute dernière phrase, » continua-t-il, ignorant ainsi avec brio le malaise qu'il avait lui-même provoqué.

« Parler contre le soleil, » poursuivit l'homme à la cicatrice, « c'est une expression latine. J'ai oublié d'où ça vient, mais ça signifie discuter un fait irréfutable, ou tenir tête à quelqu'un d'autorité supérieure. Le plus souvent Dieu. » Il plissa les yeux, comme s'il avait l'impression de passer à côté de quelque chose. « Mais ça n'a pas vraiment de sens dans ce cas… » murmura-t-il. « Il y a quatre traductions possibles : 'parle-moi et je ne réfuterai pas l'irréfutable,' 'embrasse-moi et je ne m'élèverai pas contre l'autorité supérieure,' 'parle-moi et je ne m'élèverai pas contre l'autorité supérieure,' 'embrasse-moi et je ne réfuterai pas l'irréfutable.' »

« Ça n'a pas vraiment de sens dans tous les cas… » dit Naruto en passant une main inquiète dans ses cheveux. « Qu'est-ce qu'il peut bien vouloir de moi? »

Iruka haussa les épaules. « J'ai bien d'autres théories, mais elles ne sont pas trés logiques non plus… »

« Je pense que tout s'éclaircira plus tard, » fit soudainement Kakashi. « En gros, on a déjà compris la première partie. Si on choisit de prendre ça comme une sorte de prémonition, ce qu'on a un peu tendance à faire, soyons honnêtes, alors on devrait attendre. »

« Attendre? »

« Oui. Attendre. Continuer à nous occuper de nos affaires, tout en n'essayant pas de provoquer les évènements. »

Naruto baissa les yeux, perdu dans ses pensées. Il avait pensé que Kakashi aurait mis en place une sorte de plan machiavélique, dans le but de prendre Gaara à son propre piège. « Ne rien faire…? » demanda-t-il doucement.

Kakashi acquiesça en s'appuyant contre le mur, les bras croisés. « C'est le mieux qu'on puisse faire pour l'instant. Et si on y repense, qu'est-ce qu'on pourrait bien faire? Kaze ne fait que nous parler d'évènements qui se produiront selon lui. Quand le moment viendra, ce sera à nous de choisir de suivre ou pas. Si la lettre disait qu'il allait tuer quelqu'un si on ne faisait pas une certaine tâche, les choses seraient différentes, et on essayerait de détourner ces évènements. Mais là, il attend juste de toi que tu fasses quelque chose — une chose pour laquelle je sais que tu n'as ni les outils ni la volonté, n'est-ce pas, Naruto? »

Naruto acquiesça maladroitement. « Ouais… » Il n'avait pas la volonté pour, en effet. Mais il avait les outils. L'outil. Ça le rongeait de l'intérieur, l'envie de le dire à Kakashi. Mais il y avait quelque chose qui le retenait, qui lui disait de garder le secret.

« Bon, eh bien je suppose qu'on devrait raconter tout ça à la police alors? » demanda Iruka avec précaution.

« C'est sûrement— »

« Non, » l'interrompit-il. On ne peut pas le dire à la police. Pas encore. »

Kakashi tourna lentement la tête vers lui. « Et pourquoi pas? » demanda-t-il avec prudence.

« Parce que je leur fais confiance pour tout faire foirer, » répondit brutalement Naruto. « Parce que je sais qu'ils vont mal interpréter les choses, ou qu'ils vont pas y prêter assez d'attention, et qu'ils vont garder toutes les infos qu'ils trouveront pour eux. »

Kakashi plissa les yeux. « T'y as pas mal réfléchi à ce que je vois. »

« C'est vrai, » répondit le blond sans céder de terrain. « Au premier abord ça me semblait la meilleure chose à faire — mais qu'a vraiment fait la police pour nous à part déclencher une explosion dans l'un de tes appartements— »

« Tu ne peux pas coller ça sur le dos de la police et tu le sais, Naruto, » l'interrompit Kakashi en affichant une expression sévère. « C'était la faute de Kaze, ou d'Akasuna, je comprends toujours pas trés bien cette histoire— »

« Mais t'aurais du voir la manière dont ils se sont contentés de foncer dans le tas, » répliqua Naruto d'une voix pressante. « J'ai juste dit un léger soupçon que j'avais, et d'un coup d'un seul ils ont envoyé des vans noirs pleins à craquer d'hommes armés jusqu'aux dents pour choper un seul gars— » Il s'interrompit et fit un regard implorant à Kakashi. « Écoute Kakashi, tu connais sûrement la police beaucoup mieux que moi, alors tu dois comprendre ce dont je te parle. Est-ce qu'on peut vraiment leur faire confiance? »

L'ex-flic eut un instant d'hésitation visible, aux prises avec un dilemme intérieur. Il finit par soupirer et secouer la tête. « Naruto, il faut qu'on le dise à la police. Se jeter tous seuls là-dedans n'est pas— »

« Kakashi— »

« Non, écoute-moi, » fit l'homme en levant une main. « Je comprends où tu veux en venir, et tu as raison, j'ai moi-même vu de mes yeux à quel point la police peut mal faire les choses, mais crois-moi, c'est mieux qu'ils soient au courant— »

« Comment tu peux dire ça? » demanda Naruto d'un air trahi. « Dieu sait ce qu'ils vont me faire une fois qu'ils auront compris que je suis impliqué dans ce merd— »

« C'est— »

« Tu sais ce qu'ils m'ont fait quand ils pensaient que je pouvais être impliqué dans la mort d'Ino? » fit-il en interrompant l'ex-policier. « Ils m'ont chopé en pleine rue comme si j'étais un putain de criminel, et après ils m'ont interrogé pareil. Et quand ils ont compris que je n'avais rien à avoir avec tout ça — ce que montraient bien les tonnes de preuves qu'ils avaient à disposition avant même de m'emmener —, ils m'ont sorti une histoire comme quoi ils avaient pas bien réfléchi en guise d'excuse! Ils ont fait la même chose avec Sasori. Et s'il était innocent, et s'était fait bombarder dans son propre appart' avec cinquante mecs qui lui tiraient dessus à coups de kalachs, hein?! » Sa voix était de plus en plus forte. « Et s'il était innocent, s'il avait paniqué et s'était fait tirer dessus à cause de ça? » demanda-t-il en fusillant Kakashi du regard.

« Naruto, j'ai dis que je comprenais que la manière de fonctionner de police pouvait être— »

« Alors pourquoi tu veux les appeler? » demanda Naruto d'une voix incrédule.

Kakashi eut un soupir fatigué avant de secouer la tête. « Parce qu'on ne peut pas faire ça tout seuls. On a besoin de la police pour nous couvrir en cas de problème. »

« Ils seront pas en train de nous couvrir. Ils seront en train d'essayer de nous dire quoi faire d et de maîtriser une situation dont ils ne savent strictement rien— »

« Et qu'est-ce qu'on en sait, nous? » demanda Kakashi au blond d'une voix rauque. « Est-ce qu'on a même la moindre idée de ce qu'on est en train de faire? »

« On sait à quoi s'attendre, » répondit Naruto avec colère tout en se levant. « On a la lettre— »

« Et admettons que tout ce qui est dit dans cette lettre se produise? » demanda Kakashi en s'avançant afin que lui et Naruto soient l'un en face de l'autre. « Admettons que tu finisses vraiment par rencontrer Gaara. Alors quoi? Tu vas essayer de le buter toi-même? Tu vas descendre à toi tout seul l'homme qui s'est échappé d'une prison dont personne ne s'échappe, qui a assassiné deux personnes alors qu'il n'était qu'un enfant, et soixante-quinze de plus quand il était adolescent? Tu crois vraiment que tu peux gérer ce type par toi-même? »

Les mots que le blond voulait sortir restèrent bloqués dans sa gorge, et le regard noir qu'il dirigeait contre l'ex-policier vacilla.

« Tu ne peux pas, Naruto, » appuya Kakashi d'un ton grave. « On a besoin de toute l'aide possible. Il faudra plus d'une seule personne. » Il se recula de nouveau et fixa le blond d'un regard calculateur, afin de voir s'il comprenait.

Naruto détourna les yeux, mais croisa le regard inquiet d'Iruka qui était toujours assis sur le canapé. Naruto soupira et ferma les yeux. « Je… » Il comprenait. Mais il n'aimait pas ça. Les policiers n'étaient pas… Naruto secoua de nouveau la tête. Il ne parvenait juste pas à se débarasser du préssentiment qu'ils finiraient par tout faire planter tôt ou tard.

« On est pas obligés de tout leur raconter, » intervint soudainement Kakashi en arrachant Naruto de ses pensées. « On pourrait ne pas leur dire que la lettre t'a été envoyée à toi en particulier, si tu veux. Mais Naruto, il ne faut pas considérer la police comme une force restrictive, mais comme un bouclier. S'ils savent que Kaze est après toi, ils te protégeront. Ils surveilleront chacun de tes mouvements et si quoi que ce soit a l'air de partir en sucette, ils seront immédiatement à tes côtés pour te venir en aide. »

« Ou alors ils m'enfermeront dans une cellule parce qu'ils auront la flemme de me suivre partout, » répliqua amèrement Naruto. Mais il n'avait aucune preuve solide pour appuyer ses paroles. Il n'avait pas d'assez bonnes raisons pour ne pas impliquer la police, réalisa-t-il sombrement. Il n'avait que son instinct.

« Tu sais bien que c'est trop irresponsable, » murmura Kakashi. « Même pour eux. »

Naruto laissa ses yeux se fermer alors qu'il se laissait tomber sur le canapé à côté d'Iruka. « Je comprends que j'ai besoin d'aide, » dit-il. « C'est juste que… Je sais pas. Peut-être que j'espérais n'avoir besoin de l'aide de personne. Que je serais capable de faire ça moi-même. Que j'aurais une petite importance dans tout ça… » marmonna-t-il enfin.

Le regard de Kakashi s'adoucit et il mit les mains sur ses hanches. « C'est pas le moment pour des trips égocentriques, Naruto. Tu es de toute évidence bien plus important que ce qu'on croyait avant. Mais y'a pas que toi, le plus important c'est Gaara, le retrouver et l'arrêter avant qu'il refasse d'autres victimes. »

« Et tu crois que la police va nous aider? » murmua Naruto en levant des yeux fatigués sur l'ex-policier.

« Au point où on en est, ils seront plus un avantage qu'un inconvénient, » répondit Kakashi d'un ton détaché.

« Hm, » fit Naruto en détournant le regard. « Tu fais que spéculer… »

« C'est le mieux qu'on puisse faire pour l'instant. »

« Je suppose. C'est inévitable, de toute façon, » répondit Naruto en joignant les mains et en gardant la tête baissée. « T'as entendu ce qu'a dit Shikamaru la dernière fois dans le labo. Il sait comment obtenir ce qu'il veut. Qu'on aille voir la police ou non, il sera toujours en position de force— »

« Peut-être, mais au moins avec la police on aura des renforts, » fit Kakashi d'un geste de la main exaspéré. « On doit le faire, Naruto. »

Naruto plissa les yeux. « C'est pas comme si je pouvais t'arrêter de toute façon, » murmura-t-il avec défiance.

« Et tu voudrais m'arrêter? » demanda l'ex-flic d'un ton incrédule.

Naruto soupira et se rallongea sur le canapé. « Je pense juste que c'est une mauvaise idée. »

« Ça réduira les risques, » répliqua Kakashi d'un ton ferme.

Il y eut un silence alors que Kakashi fixait le blond d'un regard sévère et que Naruto semblait incapable de le regarder dans les yeux.

« On le fait quand alors…? » demanda Iruka en dissipant délicatement le climat de tension.

Kakashi sembla sortir d'une trance, cilla, puis soupira avant de lever les yeux sur l'heure marquée sur la box internet à sa gauche. « Il est presque 18h30… Mon père sera toujours au commissariat si on décolle d'ici une heure. Pour le moment, je veux qu'on s'assure de ce qu'on va leur dire quand on arrivera là-bas. »

« Naruto, » dit-il en acquiesçant vers le blond. « Si on ne mentionne pas que tu es impliqué, qu'est-ce qu'on dit alors? »

Naruto resta silencieux pendant un moment, les yeux dans le vague. Lorsqu'il prit la parole, ses yeux s'étaient adoucis et il semblait plus fatigué qu'en colère. « Vous pouvez leur dire que je suis impliqué, » soupira-t-il. « Peut-être que cette protection dont tu me parles depuis tout à l'heure nous sauvera la mise plus tard. » Bien entendu, il n'y croyait pas vraiment. Mais c'était probablement mieux de coopérer pour l'instant.

« T'es sûr? » demanda Kakashi d'un ton hésitant.

« Ouais, » répondit Naruto avec un haussement d'épaules. « T'es plus calé sur ce genre de situations que moi. »

Kakashi lança un regard prudent vers le blond. « D'accord alors… Si on a rien à préparer, alors on devrait s'en aller toi et moi. »

« Kakashi, je viens avec vous, » déclara fermement Iruka d'un ton presque colérique, semblant avoir remarqué la manière dont son compagnon le tenait en dehors des choses.

Kakashi soupira et fit un regard suppliant à Iruka. « S'il te plaît Iruka, reste ici. Je te promets que je te raconterai tout quand je reviendrai. Pour l'instant je ne veux pas prendre le risque de t'impliquer dans quoi que ce soit. »

« Il y a eu des explosions au sein de ton immeuble i peine 3 semaines, Kakashi. Qu'est-ce qui te fait penser que je suis plus en sécurité ici? »

Kakashi hésita en fronçant les sourcils. « Je ne— »

« Laisse-moi venir avec toi, Kakashi, » fit Iruka en soupirant. « Si quoi que ce soit se passe pendant le voyage, au moins je serai avec toi. Tu ne te pardonneras jamais si je suis blessé et que tu ne peux pas être à mes côtés. » Il s'avança vers le placard à coté de la porte d'entrée et en tira une veste.

Kakashi cilla bêtement alors qu'Iruka lui passait devant. Il ouvrit la bouche pour protester, mais ravala sa remarque une seconde plus tard. Il se tourna vers Naruto qui était en train des les observer d'un regard prudent depuis le canapé. « Alors? On y va? »


« Vous êtes pas sérieux, là. »

Naruto soupira et croisa les bras. Ils se trouvaient dans ce qu'on pouvait appeler un bureau au sein du commissariat. Il y avait beaucoup de bureaux, vides pour la plupart étant donné qu'on était déjà huit heures du soir, mais certains d'entre eux étaient occupés par des personnes tapant avec lassitude sur leur clavier d'ordinateur.

Naruto était assis sur l'une des chaises faisant face au bureau avec Iruka, alors que Kakashi restait debout.

Trois officiers, Choji, Neji, et un mec qu'il avait jamais vu avant nommé Obito — lequel avait échangé une poignée de main maussade avec Kakashi et n'avait pas arrêté de fusiller Iruka du regard depuis qu'il avait franchi la porte du bâtiment — étaient debouts derrière le bureau, les bras croisés et fixant les trois civils du regard.

« On est on ne peut plus sérieux, » répliqua Kakashi, exaspéré. « Quand est-ce que vous pensez que mon père sera revenu, déjà? »

Masashi était parti du commissariat avec Shikamaru depuis ce matin, leur avait dit Choji un peu plus tôt. Il y avait eu un suicide doublé d'un homicide suspect dans un hôpital de Mushroom City, et Shikamaru avait été appelé sur place par le commissariat de police local afin de faire son travail de détective. Il avait demandé à Masashi de l'accompagner.

« Comme on vous a dit, » répondit Choji en levant les deux mains en l'air, « on en a aucune idée. Mais je suppose qu'il ne va plus trop tarder. Je pense que s'ils prennent autant de temps, c'est parce que ça prend un max de temps d'atteindre l'autre bout de Mushroom City… »

« Oubliez ça pour l'instant, » fit Neji avec impatience. « Maintenant ré-expliquez-moi ce qui se passe. Sabaku lui-même t'a envoyé une lettre? » Il fixa Naruto en haussant un sourcil condescendant. « A toi spécifiquement? Est-ce qu'il y avait ton nom dessus? »

« Pas la lettre en elle-même, mais la boîte dans laquelle on me l'a envoyée, » dit Naruto en levant les yeux au ciel. « Je vous l'ai déjà dit avant. Pourquoi vous me faîtes répéter? »

« Parce que j'ai du mal à croire que quelqu'un d'aussi insignifiant pourrait avoir un quelconque rôle dans cette histoire, » répondit Neji d'une voix forte. « Comment est-ce qu'on peut être sûrs que c'est pas un genre de petit coup-monté pour nous forcer à te dire tout ce qu'on sait? » demanda-t-il en serrant les dents.

« …Pardon? »

« Déjà la dernière fois t'as fourré ton nez là où ça ne te regardait pas, quand tu t'es pointé au rapport d'autopsie alors que t'avais absolument rien à y foutre. Et maintenant t'essayes de revenir dans l'enquête pour choper des informations— »

« C'est des conneries, » fit Naruto en haussant le ton et en serrant les bras de son siège. « Je fais rien de tout ça. Et pourquoi est-ce que vous m'engueulez pour être entré en contact avec vous? Si vous voyez quelque chose, dîtes-le. Je vois ce truc placardé partout et maintenant— »

« Calme-toi, Naruto, » supplia Choji en portant un doigt à ses lèvres, faisant un geste de la tête vers les gens qui travaillaient toujours dans la salle.

Naruto afficha un rictus de colère pendant quelques secondes, avant de reprendre la parole en chuchotant sèchement. « On ment pas. On vous a montré la preuve. » Il fit un geste de la main vers la lettre que tenait Kakashi. « Vous voulez qu'on fasse quoi de plus? »

Neji ne répondit rien, se contentant de fusiller le blond du regard.

« Je te crois, Naruto, » reprit Choji. « Je pense qu'on est juste un peu énervés en ce moment. »

« Et comment ça se fait? » demanda Kakashi en plissant les yeux. « Vous avez l'air assez stressé tous les trois. »

Choji eut un instant d'hésitation avant de reprendre la parole. « Nous trois, Masashi et Shikamaru, on est allés voir Kurenai il y a deux jours. »

« Ferme ta putain de grande gueule, Akimichi, » siffla Neji.

« Quoi? » demanda Naruto en se redressant sur son siège. « Pourquoi? Et pourquoi on m'a pas— »

« Elle nous a appelés en premier en nous disant qu'elle avait quelque chose à nous montrer. Masashi l'a convaincue de ne pas vous prévenir, toi et son fils. » Il s'inclina légèrement.

Pendant ce temps-là, Naruto sentait de la colère monter en lui. Il le savait, il savait que la police allait lui cacher des choses — « Qu'est-ce qu'elle a dit alors? C'est quoi les résultats? »

Choji eut soudain l'air mal à l'aise. « Eh bien… C'était assez dérangeant… »

« Vous voulez bien accoucher, ouais? » cracha Naruto, exaspéré par tant de suspense.

« Elle a finit ses recherches sur cet Akasuna, » prononça une voix que Naruto ne connaissait pas. En regardant sur sa gauche il vit que c'était l'homme nommé Obito qui avait parlé. Il était appuyé contre le mur, les sourcils froncés. Il s'était enfin arrêté de lancer des regards noirs à Iruka (des regards que l'homme ignorait avec superbe) et s'était tourné vers Naruto. « Elle a vraiment creusé le sujet. Elle a trouvé toutes ses données biologiques et s'est renseignée en profondeur sur sa vie personnelle. Et donc— »

« T'es bien sûr de vouloir leur dire ça? » demanda Neji en se tournant pour faire face au brun. Naruto ne savait pas pourquoi mais le type lui rappelait étrangement Sasuke.

« Ben, tout le monde va finir par savoir de toute façon, » fit-il en haussant les épaules. Il n'avait pas l'air d'avoir moins de trente ans. « Elle a dit que les données biologiques qu'elle avait rassemblées sur Akasuna correspondaient quasiment à 100% avec le gars qui s'est fait réduire en charpie dans l'immeuble 1313. »

« Quasiment à 100%? »

« Les pourcentages manquants sont dus aux altérations que le gars a fait subir à son propre corps, » clarifia-t-il. « Et il en a fait beaucoup, semble-t-il. Les seuls trucs qu'il a laissés intacts étaient ses yeux et son cœur. Il y avait même des trucs bizarres dans son sang, mais c'est pas le plus important. »

Pause.

« Kurenai nous a dit qu'elle était sûre à 90% que c'était bien Sasori sur la table, mais elle a dit que la seule façon d'en être sûrs à 100%, c'était d'ouvrir sa tombe et de voir par nous-même… »

« C'est là que les choses sont sérieusement devenues glauques, » acheva Choji, ne rajoutant rien de plus. Même Obito resta silencieux, fixant le sol avec la bouche de travers.

« Est-ce que vous pourriez juste — pitié, les mecs? » hurla Naruto. « Arrêtez avec votre suspense, dîtes-nous juste ce que vous avez trouvé. »

« On a trouvé un corps, » lâcha Neji avec réluctance. « Mais c'était pas un vrai. Ça avait l'air d'un vrai — mais ça se pouvait pas, parce que c'est impossible d'être mort depuis des années sans avoir pourri même un tout petit peu. »

Neji acquiesça. « On a trouvé des photos de lui sur le site internet du lycée, et c'était des copies exactes du corps qu'on a retrouvé dans cette tombe. On a envoyé le tout à Kurenai et elle a commencé à déblatérer tout ce bordel sur la néo-embalmination ou je sais pas quoi— »

« Trop enthousiaste pour son propre bien, » marmonna Obito. « Elle a dit que Sasori avait totalement maîtrisé l'art de la néo-embalmination et simulé sa propre mort il y a des années, et qu'il était réapparu ici comme un genre de terroriste. »

« Attendez, vous savez toujours pas pourquoi il a fait ça? » demanda Kakashi.

Obito lui répondit, mais Naruto se trouva incapable d'écouter. Quelle importance de connaître la raison? Il bloquait toujours sur ce qu'avait fait Sasori. Il avait simulé sa mort? Qu'est-ce que ça voulait dire? Est-ce que ça signifiait qu'il avait réussi à s'échapper des griffes de Gaara? Mais s'il avait échappé à Gaara, pourquoi diable s'était-il mis à son service?

Naruto secoua la tête.

Attends.

Il ne savait pas avec certitude si Sasori travaillait effectivement pour Gaara. Il n'avait que son instinct. Il restait toujours la possibilité que Sasori travaillait tout seul depuis le début, et n'était qu'un simple copieur comme ils l'avaient pensé auparavant, mais—

« Putain, mais c'est quoi ce bordel? » Les six hommes se retournèrent pour voir Masashi et Shikamaru entrer dans la pièce, accompagnés de quelques autres officiers.

« Coucou papa, » bafouilla Kakashi en écarquillant les yeux.

Lorsque Masashi vit son fils, Iruka et Naruto rassemblés dans la salle, ses yeux se plissèrent en un regard meurtrier et il se rua dans leur direction. « Dis-moi, » cracha-t-il gravement en se penchant d'un air menaçant vers Naruto, le surplombant de toute sa hauteur, « ce qui est passé par ta petite tête. » Il gronda la dernière partie et se tourna vivement vers son fils. « Et toi, » siffla-t-il. « Tu l'as aidé. »

« Papa, de quoi tu parles… » commença lentement l'ex-policier.

« Tu le sais parfaitement! » cria Masashi en abattant son poing sur le bureau en face duquel Naruto était assis. Son autre bras était enfermé dans un plâtre.

Le blond sursauta et décida de se lever de sa chaise. « Toi et ce morveux, » poursuivit le chef, « vous avez fait un petit voyage à l'asile de dingues, hein? Vous avez voulu tirer des informations de l'oncle fada de ce putain d'assassin — vous avez essayé de doubler la police— »

« On a pas fait ça pour vous doubler, » commença Kakashi, déjà exaspéré. « C'était pour— »

« On s'en bat les couilles de savoir pourquoi! » hurla le chef d'une voix rauque.

Shikamaru posa une main sur son épaule, mais Masashi la dégagea. Les autres officiers qui étaient entrés à sa suite s'agitèrent nerveusement derrière lui.

« Vous avez tout fait foirer, espèce de saletés de branleurs! » cria-t-il une nouvelle fois. « Une femme s'est rendue au département de police du centre de Mushroom et leur a raconté tout ce que vous avez tiré de l'oncle, » cracha-t-il. « Ils vont découvrir le pot aux roses! Ils vont comprendre qu'on a gardé pour nous toutes les pistes qu'on avait sur Sabaku, et il va y avoir des putains de JT entiers sur ce qui est arrivé au meurtrier quand il était— »

« Attends un peu, » l'interrompit Kakashi. « Qu'est-ce que tu veux dire par 'pot aux roses'? Quelles pistes? Pourquoi tu parles comme s'ils savaient déjà pas tout ça? » demanda-t-il en plissant les yeux.

Son père hésita avant de rester silencieux.

« C'est parce qu'ils ne le savent pas, » lâcha finalement Shikamaru. « On leur a rien dit. »

Lorsque Naruto leva les yeux sur le visage de Kakashi, il y vit beaucoup d'émotions différentes, mais aucune ne déformait autant ses traits que la colère et l'incrédulité. « Quoi. »

Shikamaru croisa les bras. « On a rien dit aux autres départements, » répéta-t-il. « On travaille tout seuls sur cette affaire. Depuis que Sasuke a disparu. »

« Depuis que— » la fureur de Kakashi le coupa net, et il baissa soudainement la tête en portant une main à sa bouche. « Depuis que Sasuke a disparu? » siffla-t-il. « C'était il y a quasiment huit mois! Vous êtes en train de me dire que vous essayez de mettre la main sur l'homme le plus introuvable de la région Nord tout seuls—! »

« On avait de bonnes raisons, » intervint Masashi en haussant la voix. « On avait bien plus d'indices que n'importe quel autre commissariat. On était à deux doigts de trouver ce type, et puis il a fallu que Sasuke aille tout foutre en l'air. »

« Quoi? » fit Naruto en s'avançant. « Sasuke? Qu'est-ce que vous voulez dire par là? Putain mais qu'est-ce vous avez— »

« Ça fait des mois que tu nous gonfles à nous répéter de fermer nos gueules à ce sujet, » interrompit Neji, « et au final c'est toi qui balance tout. » Il fusilla son chef du regard.

Masashi lui rendit son regard. « C'est parce qu'on est complètement cramés, » siffla-t-il. « Ces deux fils de pute ont tout gâché. »

« Et qu'est-ce qu'on a gâché? » cria Naruto. « Vous parlez de quoi? »

« Ce qu'il veut dire, » reprit Shikamaru, « vu que de toute façon on a l'air d'être partis pour tout déballer, c'est que ça fait un bon moment que notre commissariat est sur la trace de Kaze. On le traque depuis qu'il s'est échappé de prison. »

« Ben, comme tous les autres commissariats de la région Nord, » dit Kakashi en enfonçant des portes ouvertes.

« Oui… pour un temps, » répondit lentement Shikamaru. « Mais tu sais comment fonctionnent ces choses-là, hein Kakashi? On cherche le gars pendant quelques mois, et quand on trouve aucune trace de lui, on laisse tomber l'approche offensive et on passe à la défensive — on attend que des indices sur la position du criminel fassent surface plutôt que d'en chercher activement. C'est ce qu'ont fait tous les autres. Sauf nous. »

« Et puis vous avez trouvé une piste, c'est ça que vous dîtes? » demanda Kakashi. « Vous avez trouvé une piste et puis avez décidé de le dire à personne? »

« C'est ça, » répondit Shikamaru avec un petit hochement de tête. « Tu sais comment vont les affaires dans ce département, Kakashi. On a raté plus de missions qu'on ne peut en compter, et combien de personnes qu'on nous a signalées sont toujours portées disparues? Et— »

« Et quoi? » s'écria Kakashi d'un ton abasourdi. « Vous capturez Gaara, vous vous en attribuez le mérite, vous recevez une sorte de récompense et des honneurs, tout ça pour le commissariat? Est-ce que vous avez la moindre idée de ce que vous avez fait? Vous mettez des vies innocentes en danger— »

« On a des officiers dans chaque district de la section Nord qui surveillent toutes activités suspectes qui pourraient avoir un lien avec le meurtrier— »

« Alors c'est ça le job que vous avez donné à Sasuke? » interrompit Naruto. « Vous l'avez envoyé surveiller des endroits où Gaara aurait pu— »

« Sasuke a pris ses propres décisions, et c'est pour ça qu'il en est là— »

« Quelles décisions? » demanda Naruto d'une voix pressante. « Dîtes-moi immédiatement tout ce qu'il s'est passé. En détails. »

Masashi regarda Naruto comme s'il n'était qu'un insecte. « Si t'avais pas fait de la merde, tout se serait passé comme prévu, et on serait pas aujourd'hui dans ce putain de merdier— »

« Dîtes-nous tout de suite ce que vous avez fait, putain de bordel de merde! » cria Naruto d'une voix plus forte.

« Naruto, » fit Kakashi.

« Non. Pourquoi ils font ça? Pourquoi ils passent leur temps à noyer le poisson comme si on était complètement débiles? Dîtes-moi ce que vous avez fait à Sasuke, » gronda-t-il en se plantant pile devant Masashi.

« J'ai rien fait du tout à ce gamin, » lui siffla Masashi, pas le moins du monde intimidé. « Il voulait en faire plus que tout le monde, et être plus important que tout le monde, alors il a gardé une piste pour lui et il est parti tout seul à la recherche de Gaara. J'ai aucune putain d'idée de ce qui lui est arrivé, et s'il a disparu, c'est pas de ma faute. »

Le visage de Naruto s'effondra de désespoir. « Il avait une piste? Quelle piste? »

Masashi haussa les épaules. « Il racontait à qui voulait l'entendre qu'il savait où vivait Gaara, » dit-il d'un ton condescendant. « Au point où on en est aujourd'hui, soit il l'a effectivement trouvé et s'est fait buter, soit il l'a pas retrouvé et n'ose pas revenir. Dans tous les cas il est la honte du commissariat— »

« Je vais vous la montrer moi, la putain de honte du commissariat! » cria Naruto en se saisissant du col de Masashi. En un éclair, trois officiers attrapèrent le blond par les épaules et le jetèrent au sol alors que deux autres dégainaient leur pistolet.

« Naruto! » C'était Iruka qui s'était levé de sa chaise. Kakashi le retint par le bras.

Lorsque Naruto releva la tête pour voir deux pistolets braqués sur lui, il trembla pendant une minute entière, avant de froncer les sourcils en serrant ses mains tremblotantes. « Je l'ai menacé de mon poing. Pas d'un flingue, » fit-il lentement. « Regarde un peu ce que tu leur as fait, » continua-t-il en fixant le chef. « Ils sont sûrement stressés en permanence, ils ont sûrement peur que Gaara les tue avec leur famille. Et tu les as dressés à sortir leur arme dés que quelqu'un s'apprête à frapper? »

« Ils n'ont aucune intention de tirer, » répondit Masashi sans sourciller. « C'est de l'intimidation. Juste au cas où tu décides de m'attaquer. »

Naruto grogna en se relevant.

« Naruto, c'était vraiment pas la peine, » lui siffla Iruka tel un père réprimandant son fils.

Le blond ne lui prêta pas attention. « Je vous défends d'insulter Sasuke comme vous le faîtes, » dit-il en fixant Masashi. « Il a une femme. Un fils. »

« Arrête de me blâmer pour ses erreurs, » répliqua l'homme. « Il a pris lui-même ses décisions— »

« Et t'as pris les tiennes, » intervint de nouveau Kakashi. « Papa, t'as merdé. Non seulement t'as mis en danger des vies innocentes en n'impliquant pas les autres départements dans l'enquête, mais en plus— »

« On s'en contrecarre de ce que j'ai fait, » répondit le chef avec colère. « Tout est foutu de toute façon, tout ça parce que toi et ce gamin de merde, vous nous avez balancés aux putains d'autorités— »

« Stop, stop, stop, » intervint Naruto en levant une main. « Tout ce que j'ai fait, c'est de me rendre à l'asile pour interroger l'oncle de Gaara. J'ai jamais— »

« T'avais rien à foutre là-bas non plus, » l'interrompit le chef. « Ce qui nous a foutu dans la merde jusqu'au cou, c'est que t'as dit à d'autres ce que t'étais venu faire avant ton interrogation idiote. T'as donné l'impression que tu faisais partie d'une enquête officielle. La femme qui a contacté la police a dit que deux flics, » il cracha le mot avec un rictus, « étaient venus poser des questions, et qu'ils avaient trouvé des trucs intéressants — vous avez la moindre idée de ce que vous avez fait, bande d'enfoirés? »

« On a pas à subir tes engueulades pour une bourde que t'as toi-même commise, » gronda Kakashi à son père. « C'est illégal ce que t'as fait. C'est pas grave quand c'est des petits délinquants locaux, mais quand on a quelqu'un comme Gaara en cavale dans la nature, on met tous les commissariats en alerte rouge — c'est la loi. »

Masashi répondit à son fils par grognement. « Personne n'était censé savoir. Nos plans étaient à toute épreuve, et on était tout près de réussir jusqu'à ce que Sasuke se casse avec nos pistes. Il devait avoir flairé quelque chose, et il a rendu Gaara encore plus prudent— »

« Je comprends mieux maintenant, » dit lentement Kakashi. « La manière dont vous vous comportiez tous, les choix étranges que vous avez faits, la raison pour laquelle vous n'avez pas placardé des avis de recherches partout dans la région Nord… Vous êtes tellement désespérés de mettre la main sur Gaara que vous avez ignoré toutes les règles qui régissent la police. A chaque fois que vous avez un indice sur un truc lié de près ou de loin à Gaara, vous foncez dans le tas, en négligeant totalement le respect dont vous êtes censés faire preuve en tant qu'officiers. Je veux dire, la façon dont vous avez emmené Naruto sans prévenir en pleine rue alors qu'il attendait le gamin, la façon dont vous avez chargé dans mon immeuble — vous êtes désespérés, tous autant que vous êtes, et vous êtes égoïstes— »

« T'as aucune idée de quoi tu parles, toi, » railla Masashi. « T'as toujours été comme ça. Moralisateur. Incapable de prendre des décisions fortes. C'est pour ça que t'as raté ta carrière au sein de la police. »

« Non, la raison pour laquelle je me suis barré de cette turne, c'est parce que je refuse de bosser pour un type qui peut pas s'empêcher d'insulter l'amour de ma vie— »

« L'amour de ta— » Masashi fit un pas en arrière en portant une main à son visage. Un rictus incrédule déformait ses traits. « Appelle-ça comme tu veux, Kakashi. C'est pas le moment. »

« Vous avez raison, c'est pas le moment, » appuya Shikamaru qui plissait les lèvres. « On a des trucs plus importants sur le feu. Maintenant qu'on est sûrs que ce commissariat va bien se faire allumer, il faut qu'on trouve un moyen de mettre en sécurité les mois de recherches qu'on a fait par nous-même— »

« Vous prévoyez sérieusement de mentir à la presse et au reste de la police alors qu'il y a trois civils prêts à vous dénoncer dans cette pièce avec vous? »

« On sait que tu ne diras rien, Kakashi, » répondit Shikamaru d'un ton léger. « Tu as vu ce qu'on a fait. Tu avais bien remarqué notre comportement anormal, et pourtant t'as attendu maintenant pour confronter le chef. Au fond de toi, tu espérais qu'il y ait des raisons valables derrière tout ça. Peut-être même que tu en inventais, et même maintenant que tu connais la vérité, tu ne diras rien, parce que tu aimes ton père. »

Kakashi hésita et Naruto déglutit. Maintenant qu'il y repensait, Kakashi parlait toujours de police comme si ce qu'ils faisaient servait l'intérêt général. Il n'avait jamais remarqué que l'homme n'en était pas totalement convaincu, mais maintenant…

« En plus, » poursuivit Shikamaru. « Tu t'es toi aussi impliqué dans cette histoire. » Il posa les yeux sur Naruto.

Naruto fit un pas en arrière. Est-ce qu'ils étaient au courant de la lettre qu'il avait reçue?

« Concernant notre problème actuel, » intervint Choji d'une voix timide. « Si on disait qu'on venait tout juste de commencer l'enquête? Qu'on a pas eu le temps de prévenir les autres parce que— »

« Ça va être beaucoup plus compliqué que ça, » répondit Masashi. « Ni Kakashi, ni Naruto ne font partie des forces de police, et les gens pensent que c'est l'un de nous qui est allé à l'asile. Quand ils se rendront compte que c'était en fait un policier à la retraite et un citoyen anonyme, l'opinion publique se demandera comment ça se fait que ces deux-là aient été mis au courant, et pas le reste de la population. Et alors le commissariat qui les a mis au jus de l'enquête sera mis sur la sellette. C'est-à-dire, nous. »

« On peut faire plus simple, » proposa Kakashi. « Vous avez qu'à leur dire qu'on est flics— »

« C'est absolument hors de question, » siffla Masashi en fusillant son fils du regard. « Il y aura des conférences de presse, des reportages. On ne peut pas faire de deux civils le visage de ce commissariat— »

« On pourrait essayer de dénicher deux officiers de ce département qui ressemblent à Naruto et Kakashi— »

« Non, » répondit Masashi en secouant la tête. « Des gens les ont vus. Ils se rendront compte si on utilise des leurres. »

Il y eut un moment de silence alors que Naruto sentait sa tête lui tourner. Il y avait tant d'informations à la fois. Il ne savait même pas s'il les comprenait toutes. L'élément qui résonnait encore et encore dans sa tête, était la partie sur Sasuke. Il avait fait partie de la chasse à l'homme pour retrouver Gaara, et il avait voulu faire du zèle? Ça lui ressemblait. C'est juste qu'il ne comprenait pas ce que Masashi avait dit à propos de la piste sur laquelle était Sasuke. Il avait réussi à trouver où se cachait Gaara? Comment était-ce possible? Et si c'était vrai, alors peut-être que…

Naruto déglutit. Peut-être que Sasuke était réellement…? Non, pensa-t-il en secouant la tête. Il ne penserait pas à ça. Pas maintenant.

« On se préoccupera des aspects techniques plus tard, » souffla Masashi en balayant l'air d'un geste fatigué de la main.

« Mais vous avez dit que les médias allaient s'en mêler, » intervint Neji dans le fond. « Vous savez bien qu'ils seront ici à la première heure demain matin pour soutirer le plus d'informations possi— »

« Ils sont pas au courant de ce qu'on a fait. Le plus gros de leurs questions se concentrera sur ce que nos deux soi-disant agents ont trouvé sur l'oncle de Gaara. Et évidemment, la question la plus importante, ce sera de savoir si on craint une ré-évaluation de la décision du tribunal de l'avoir envoyé en prison la première fois, ou si on décidera de juger l'oncle— »

« Ouais, mais ils finiront par poser la question, » insista Choji en se levant. « Ils vont nous demander ce que l'un d'entre nous fabriquait là-bas, et depuis combien de temps on n'a rien dit aux autres départements— »

« Sans parler du fait que quelqu'un a informé un autre commissariat de notre visite. Alors ce commissariat aura des questions à nous poser aussi, n'est-ce pas? Peut-être qu'on a pas à se soucier que ça arrive jusqu'à la presse pour le moment, mais ça se produira tôt ou tard, » continua Neji.

Masashi inspira lentement et baissa la tête. « On trouvera quelque chose, » dit-il à voix basse. « Pour l'instant, je veux que tous ceux qui ne sont pas de service de nuit foutent le camp. » Il se dirigea vers la sortie.

« Attends, » intervint Kakashi. « Il faut encore qu'on parle de la raison pour laquelle Naruto et moi on est venus ici. »

Masashi s'arrêta et se retourna vers eux. « C'est vrai, qu'est-ce que vous faîtes là? »

Kakashi et Naruto échangèrent un regard. Maintenant qu'ils savaient que la police avait fait tout son possible pour dissimuler des preuves, était-ce toujours pertinent de le leur dire? Mais ça n'avait pas d'importance de toute façon, vu qu'ils l'avaient déjà dit à—

« Naruto dit qu'il a reçu une lettre de Gaara. »

Neji.

Masashi haussa un sourcil, et Shikamaru leva la tête. « Quoi? » demanda le chef.

« Il a reçu une lettre, avec l'adresse de son appartement, mais sans l'adresse de l'expéditeur. »

Masashi resta silencieux, et Naruto pouvait le voir en train de serrer les dents. « Je peux voir la lettre? »

Son fils la lui tendit, et Masashi se mit à la lire avec attention. Plus il avançait dans sa lecture, plus son visage semblait lentement s'affaisser. « Mais pourquoi il t'enverrait un truc pareil à toi? » demanda-t-il en chuchotant.

Naruto fronça les sourcils. Qu'est-ce que c'était que ce ton qu'il détectait dans la voix de l'homme? On aurait dit qu'il était… déçu? Non, c'était pas ça. C'était de la jalou—

« Ça fait un petit moment que j'ai l'impression que Naruto est impliqué dans cette affaire, » dit Kakashi. « Même s'il ignorait absolument tout de la situation, beaucoup d'actions de Gaara semblent avoir une relation avec lui— »

« Je veux bien, mais pourquoi est-ce que Sabaku lui a envoyé ça? Il a rien à voir— »

« Il a forcément quelque chose à voir avec cette histoire, » interrompit Shikamaru en levant des yeux calculateurs sur Naruto, « si Kaze a pris la peine de lui envoyer cette lettre. » Il venait tout juste de terminer de la lire par-dessus l'épaule de son chef.

« Mais ça n'a aucun putain de sens, » répliqua brutalement l'autre. « Ça n'a aucune logique. »

« Il a aussi reçu une carte, » ajouta Kakashi. « Ça disait 'un cadeau' en latin. »

« Et où est le cadeau? » demanda Shikamaru. « Vous l'avez avec vous? »

Kakashi secoua la tête. « Il n'y avait que cette lettre. On pense que c'est peut-être la lettre, le cadeau. Peut-être qu'il s'agit de la connaissance de ce qu'il va se passer ou un truc comme ça. »

Shikamaru plissa les yeux. « Vraiment, » murmura-t-il. « Il n'y avait rien d'autre avec la lettre? » Il se tourna alors vers Naruto et le scruta de nouveau avec ces yeux calculateurs.

Naruto secoua lentement la tête. « Non, » répondit-il. « Il n'y avait rien d'autre. »

Shikamaru continuer à le fixer. « Hm, » fit-il légèrement, avant de revenir à la lettre. « Est-ce que vous avez une idée de ce que ça pourrait bien signifier? »

« Évidemment qu'on a des idées, » répondit Kakashi. « Mais ça reste des idées. On ne saura vraiment ce que ça veut dire que quand tout ça se sera produit, je pense. »

« Et tu penses que Sabaku veut rencontrer Naruto? » demanda Masashi en fronçant les sourcils.

« C'est ce que dit la lettre, » répondit Kakashi en hochant la tête. « Et il l'a signée de son nom, » souligna-t-il. « Ça doit vouloir dire que— »

« Que Kaze veut qu'on sache que c'est lui… » chuchota Shikamaru les yeux au sol. « Quelque chose se prépare, » poursuivit-il. « Et on dirait bien que Naruto sera la pièce centrale. »

Masashi grogna et plaqua la lettre contre le torse de son fils. « Je doute que ça veuille dire quoi que ce soit. Sabaku n'a rien à voir avec Naruto — ça doit être une farce qu'un ami à toi a du t'envoyer. T'as parlé de Sabaku à combien de personnes? »

« Papa, t'es pas sérieux là— » fit Kakashi en affichant une expression d'incrédulité et de colère.

« On a pas le temps pour ça! » s'écria Masashi en secouant la tête. « On doit réfléchir à un plan, et on a un petit fait-divers larmoyant de merde sur l'oncle du meurtrier à réviser avant que— »

« Un petit fait-divers larmoyant? » répéta Naruto d'un ton abasourdi. « C'est pas qu'un petit fait-divers larmoyant. Gaara s'est fait violer. » Il cracha le mot alors que ça lui faisait mal de le dire. « Ce monstre a complètement niqué sa santé mentale, et je suis prêt à parier que si le docteur Kabuto n'a jamais rien soupçonné, c'était parce que Gaara était tellement secret pendant leurs sessions— »

« Qu'est-ce que t'as dit? » demanda Masashi en écarquillant grand les yeux.

Naruto s'interrompit, se rendant compte de la manière dont le chef avait les yeux braqués sur lui. Shikamaru le fixait d'un regard perçant, en agrandissant les yeux sous l'effet d'une révélation soudaine.

« Je— » hésita-t-il. « Quoi? »

« Le nom. Qu'est-ce que tu viens de dire? »

Naruto fronça les sourcils. « Le docteur Kabuto? » répéta-t-il lentement.

Le blond vit le chef serrer les poings. « Et d'où tu le connais? » demanda-t-il lentement.

Naruto bafouilla d'hésitation. Pourquoi est-ce qu'ils le fixaient comme ça? « Je… le connais grâce aux papiers que Choji m'a donnés la dernière fois chez Sakura, » répondit-il nonchalamment.

« Tu as fait quoi? » entendit-on Neji siffler à son partenaire.

« Je voulais en savoir plus sur Gaara, » poursuivit Naruto. « Alors je me suis renseigné et j'ai vu qu'il travaillait toujours à l'hôpital, alors je suis allé le voir— »

« Quand ça, » siffla Masashi.

« I-Il y a quelques jours à peine, pourquoi— »

« Putain de bordel de m— » Masashi fut une fois de plus interrompu par sa propre rage. Il se tourna et se mit à faire les cents pas.

« Quoi, quoi? » demanda frénétiquement Naruto. « Qu'est-ce que j'ai fait? »

« Rien que Kaze n'aie prévu que tu fasses, » répondit lentement Shikamaru en reposant sur Naruto ce regard perçant et calculateur.

« Mais qu'est-ce qu'il y a? » demanda Kakashi. « Papa, pourquoi tu— »

« L'affaire d'aujourd'hui, » dit Shikamaru en faisant face à Kakashi. « On sait toujours pas si c'était un double-suicide ou un homicide et un suicide. Tout ce qu'on sait c'est que le docteur Kabuto Yakushi est mort. »

« Qu— »

Quoi. Naruto sentit ses yeux s'écarquiller tant qu'il eut peur qu'ils tombent de leurs orbites. Quoi. Kabuto était…

C'était…

« Pourquoi? » murmura-t-il. « Qu'est-ce qu'il s'est passé? » Tout ce à quoi il parvenait à penser était qu'il avait prévu de revoir Kabuto, parce qu'il avait oublié de prendre les papiers que Choji lui avait donnés la première fois—

« On ne sait pas comment. Ni pourquoi, » dit Shikamaru. « Tout ce qu'on sait, c'est qu'on a retrouvé cette lettre. » Il farfouilla dans sa poche avant d'en sortir un morceau de papier chiffonné et plié tant de fois que ça ressemblait à un détritus.

« Détective Nara, » gronda Masashi en guise d'avertissement, mais Shikamaru l'ignora.

« Il a visité mes rêves, » commença-t-il. « Humain tout entier, jamais machine. Il a revêtu le manteau imposteur d'un détective, et il apparaîtra peu après l'aube. »

Naruto se figea. Quoi?

« Il voudra ce que tu as acquis sans frais par le sacrifice, » poursuivi Shikamaru. « Il est bruit infini, et je porte le silence infini, lequel je n'ai aucun désir d'exercer à un niveau tel que le sien. » Shikamaru leva alors les yeux sur Naruto. « Ne dissimule rien. Révèle-moi à lui. Et tu seras pardonné. »

Un silence de mort s'abattit sur la pièce.

Ce fut Iruka qui le brisa. « Naruto, » dit-il doucement. « Je crois que cette lettre parle de toi. »

Naruto cligna des yeux et inspira profondément. En vain, car son souffle lui paraissait hors de portée. « Je— » Il s'étouffa sur ses propres mots et toussa de surprise.

Kakashi s'avança à ses côtés et lui mis la main sur l'épaule. « Est-ce que tu vas bien? »

Naruto leva des yeux incrédules sur Kakashi. S'il allait bien? Comment pouvait-il aller bien?

Gaara savait. Il savait. Comment avait-il pu savoir que Naruto serait là-bas? Qu'il allait faire semblant d'être un détective? Comment avait-il su?

« C'est pas possible, » fit Masashi en s'arrêtant de marcher pour lancer un regard noir à Naruto. « Qu'est-ce qu'il a à voir avec cette histoire? » fulmina-t-il.

« Lâchez l'affaire, chef, » dit Shikamaru en se retournant face à Masashi le temps de quelques secondes. « Vous n'avez jamais été concerné par cette histoire. Selon toute évidence, c'était Naruto que Kaze voulait. Pendant tout ce temps… »

Masashi siffla et se retourna.

« Papa, » fit lentement Kakashi.

« Ça change toute la donne, » dit Shikamaru.

« Attendez une minute, » intervint Neji en s'avançant. « Vous êtes en train de me dire que ce gamin a un rôle à jouer là-dedans après tout? Comment c'est possible? » Il se tourna face à Naruto avec un regard mauvais. Naruto n'avait même pas le cœur à s'offenser. L'organe était en train de battre furieusement dans sa poitrine, et son souffle ne parvenait pas à suivre. Il avait peur d'hyper-ventiler, et la seule chose qui l'empêchait de s'écrouler au sol était sa main sur le bureau.

Comment Gaara avait su?

Il ferma les yeux et inspira une nouvelle fois.

Kakashi avait raison. Comment avait-il pu croire être capable de gérer tout ça par lui-même? La prétention dont il avait fait preuve le frappa avec force. Il ne savait pas ce que voulait Gaara, s'il voulait le tuer, ou se jouer de lui. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il était une sorte de pion. Gaara jouait avec lui, il l'utilisait comme un simple instrument pour…

Pour faire quoi? Et cette frustration revint à pleine puissance, parce qu'il ne savait rien. Tout le monde ici était plongé dans le noir total, et les condés qui gardaient des secrets—

C'était tellement la merde. Rien ne se passait comme il fallait.

« Qu'est-ce qu'on doit faire alors maintenant? » demanda Choji. « Les médias vont se ruer sur cette histoire. Tout le monde se souviendra que Gaara est toujours en liberté. La panique que ça va provoquer… »

« Sans parler des autres départements qui vont tous nous envoyer au tribunal pour ce qu'on a fait… » ajouta Neji d'un ton grave.

« Vous n'avez que vous-mêmes à blâmer, » répondit Kakashi. « Vous pouvez vous en sortir par toutes les pirouettes et les mensonges que vous voudrez, ils vous suspecteront toujours. La seule chose que vous puissiez faire, c'est les mettre au parfum de tous les éléments de l'enquête— »

« Hors de question, » grogna Masashi. « On est assez dans la mouise comme ça— »

« Tu te fous de ma gueule? » gronda Kakashi en fusillant son père du regard. « Pourquoi tu refuses toujours d'entendre raison, papa? Même si vous leur dîtes pas vous-même, le monde aura toujours bien en tête que Kaze est toujours en cavale. Il va y avoir des reportages, des documentaires, et— »

« En fait ça pourrait être trés bon pour nous, » souligna Shikamaru. « Maintenant que les médias vont se mêler de l'histoire, si on reste bien dans l'ombre et qu'on répond correctement aux questions qui toucheront à notre secret, alors peut-être que toute l'attention portée sur cette affaire résultera en un encore plus grand succès quand on aura enfin capturé Kaze. »

« Sauf que quand il verra que tout le monde est en alerte, il ira sûrement se terrer je sais pas où et on le retrouvera jamais— »

« C'est impossible, » répondit Shikamaru à Neji. « Apparemment, Gaara veut rencontrer Naruto. Ses anciennes lettres ont montré à quel point… ses prédictions sont sérieuses. Je pense que tout ça fait partie d'un plan. »

« Tu veux dire qu'il voulait que Naruto aille visiter l'asile? Comme il s'attendait à ce que Naruto aille voir le docteur? »

« Exactement, » répondit le détective en hochant la tête. »

« Comment est-ce qu'il sait tout ça? » fit Naruto d'une voix tremblante malgré lui. « Comment il fait pour savoir? Je n'ai dit à personne d'autre que Kakashi que j'allais là-bas, et j'arrive pas à comprendre comment— »

« On doit vérifier qu'il y ait pas de câbles ou de micros chez toi, » dit Choji. « Maintenant qu'on sait que Kaze a de l'intérêt pour toi, on doit passer ton appartement au peigne fin. Ton ordinateur. Peut-être qu'il s'est débrouillé pour le pirater pour se tenir au courant de toutes vos recherches, ou qu'il a installé des micros partout chez toi. »

Naruto se sentit étonnement soulagé. Des micros et des câbles, pensa-t-il. C'était logique. Ça enlevait à Gaara son aura surnaturelle habituelle, et le rendait en quelque sorte plus humain. Pendant un moment, il avait presque cru que Gaara était une sorte d'être psychique, qui ne pouvait être arrêté à cause de ce qu'il savait. S'ils trouvaient des caméras et des fils dans son appartement, alors cela prouverait que l'homme était juste trés malin et savait s'organiser.

« T'as raison, » dit Shikamaru en hochant la tête. « Ça serait la meilleure chose à faire pour l'instant. »

« Et quand est-ce qu'on se prépare à accueillir la presse? » demanda Neji.

Shikamaru regarda successivement Kakashi, puis Naruto. « On doit traiter les problèmes un par un, » répondit-il rapidement. « On est pas obligé d'apporter des réponses pour l'instant. On dira qu'on est occupé et qu'on a beaucoup de pain sur la planche. »

« Et qu'est-ce qu'on fait s'ils nous demandent où en est l'enquête pour capturer Gaara? »

« On leur dira qu'on n'a jamais arrêté les recherches. Mais on leur dévoilera pas toutes les pistes qu'on a accumulées depuis des mois. »

« C'est ça dont je voulais vous parler, » dit Kakashi en faisant un signe de tête au détective. « De quelles pistes vous parlez? Quelles sont les preuves que vous avez en votre possession sur sa position pour être aussi sûrs de vous? »

Shikamaru lui fit un sourire en coin, peu commun chez lui. « J'ai bien peur que ce ne soit classé top secret. »

« Tu te fous de ma gueule— »

« Je t'assure que ça ne te mettra pas en danger si tu ne le sais pas, » le coupa Shikamaru en levant une main. « En plus, ces prétendues pistes sont devenues périmées dés l'instant où Sasuke a décidé de partir seul. »

« Mais comment ça se fait? » demanda Naruto.

Shikamaru soutint son regard avec un air calme. « Il a forcé Kaze à changer de planque, » dit-il doucement. « On avait été plutôt prudents jusque là, mais Sasuke ne l'était pas ; il a laissé des traces derrière lui. Quand on est arrivés sur place pour arrêter Kaze à l'endroit où on savait qu'il se cachait, il était parti. Toutes les affaires qu'il y avait dans le minuscule appartement d'Oto avaient disparu, comme si personne n'avait jamais emménagé là. Mais on sait qu'il vivait là-dedans. Et il s'est enfui. »

Naruto cilla. Enregistrant l'information. « Ça fait combien de temps qu'il a déménagé? Et vous avez attendu combien de temps avant de faire quelque chose après avoir su qu'il était là-bas? »

« A l'époque on était plus prudents, » dit Shikamaru d'un ton léger. « Ça faisait un moment qu'on le surveillait. On s'est assurés que c'était notre homme. Et puis il y a eut cette toute petite erreur qui au final nous a coûté énormément, et on a complètement perdu sa trace. C'est pour ça qu'on n'hésite plus dés qu'on a le moindre indice sur sa position. On attaque à pleine puissance, parce qu'il est si rapide. Et j'ai l'impression que notre prochaine chance de l'attraper repose sur toi, Naruto, » dit-il en hochant la tête. « Tant qu'on sera près de toi, qu'on te surveillera, dés que Kaze entrera en contact avec toi, nous serons là. »

Naruto inspira profondément. C'était… rassurant.

« Qu'est-ce que je dois faire en attendant? » demanda-t-il à voix basse.

Shikamaru haussa les épaules. « Qu'est-ce que tu faisais avant tout ça? »

Naruto hésita. Qu'est-ce qu'il faisait avant tout ça?

Il cilla. « Je travaillais à l'hôtel, » dit-il, surpris de lui-même. Et en tout honnêteté, il avait pratiquement oublié cette histoire — qu'il avait été un simple travailleur, vivant sur son salaire mensuel, persécuté par son boss et aux prises avec un meilleur ami caractériel.

La vie de Naruto avait été normale à une époque. Et maintenant…

« Eh bien fais-donc ça, » acquiesça Shikamaru. « Retourne au travail. Reprend un rythme de vie normal. Si Kaze reste fidèle à lui-même, tout finira par arriver tôt ou tard. Il se révèlera comme il a dit qu'il le ferait. Et on le capturera. »

« Plus facile à dire qu'à faire, » murmura Kakashi en scrutant le détective d'un air résigné.

« Qui a dit ça? » demanda Shikamaru en haussant les sourcils et en regardant l'ex-policier. Mais avant que Kakashi puisse répondre, il se retourna et leur lança un dernier regard, rendant ainsi sa question purement réthorique.

« Je suppose qu'on a plus qu'à prévoir ce qu'on va faire une fois que la presse viendra, » déclara-t-il. « Allons-y. »