Deux semaines… Deux longues semaines s'étaient écoulées depuis que Stiles était sorti de la brèche avec Derek, laissant son frère derrière lui. Le temps était passé si vite et si lentement à la fois depuis ce jour. Il avait demandé de rentrer au bunker dès que le jour s'était levé le lendemain.

Pour Stiles c'était comme si retourner dans le lieu où il avait passé tant de temps avec S allait le faire revenir. La seule chose qu'il avait pris le temps de faire avant de quitter cette ville maudite, c'était de serrer son père dans ses bras en lui chuchotant qu'il le pardonnait. Il ne lui avait pas dit qu'il savait pour Stuart ni même que S et Stuart étaient une seule et même personne. De toute façon ça n'aurait servi qu'à le faire souffrir.

Et sans un mot pour les membres de la meute qui les avaient aidés, il était parti avec les Winchester.

Seulement, depuis qu'il était au bunker, rien ne se passait comme il l'imaginait. Il avait espéré pouvoir ressasser ses souvenirs avec S, toutes ses journées passées à s'entraîner. Seulement c'était là que ça coinçait. Sa mémoire avait décidé de lui faire défaut.

Ça avait été discret, lent et insidieux, comme un poison qui se répand lentement dans les veines. Un poison à l'air inoffensif, indolore, et lorsqu'il arrivait à votre cœur il vous foudroyait. C'est ce que Stiles avait vécu. Il avait été foudroyé. Alors qu'il était allongé dans son lit, ne parvenant pas à dormir, il s'était rendu compte qu'il n'arrivait pas à se souvenir de certaines choses. Comme leurs jeux lorsqu'ils étaient enfants, même des souvenirs plus récents comme certaines discussions qu'ils avaient eues. Tout s'effaçait. Cette nuit-là ce fut la première fois qu'il fit une crise de panique seul. S, n'était pas là pour le rassurer. S n'était pas là pour le soutenir. Stuart n'était presque plus là dans sa mémoire.

Paniqué, il fit la première chose qui lui vint à l'esprit. Attrapant son téléphone, oublieux de l'heure, il appela un numéro que Dean avait lui-même rajouté dans son téléphone. Alors que les bips se répétaient encore et encore, il se demanda si c'était une bonne idée. Finalement une voix ensommeillée lui répondit.

— Allô.

Le ton était froid et peu engageant, ce qui ne fit qu'augmenter la panique de Stiles qui sentait sa respiration devenir sifflante tellement il était difficile pour lui de trouver de l'air.

Le silence s'éternisa au bout du fil avant que l'interlocuteur ne réagisse.

— Stiles c'est toi ?! Respire Stiles, écoute ma respiration et suis le même rythme. Inspire… Expire…

La voix au téléphone lui répéta des paroles rassurantes, et petit à petit Stiles finit par se calmer assez pour parler, la voix rendue rauque par sa crise.

— Merci Lydia.

— Maintenant, tu as intérêt à tenir la discussion, parce qu'à cause de toi je n'arriverai pas à me rendormir.

Stiles sourit, il connaissait le but de Dean en lui notant le numéro de la rousse. Et bien que Stiles se soit énervé en lui disant qu'elle n'était pas son genre, il était content de pouvoir parler à Lydia. Elle était la personne qui lui fallait, la seule qui comprendrait. Car contrairement à Dean ou Sam elle avait vécu ses souvenirs de son point de vue. Elle pourrait donc lui raconter.

Et elle le fit. Après que Stiles lui ait expliqué ce qui c'était passé dans la brèche, ce qu'il avait appris et ce qu'il venait de réaliser. Elle lui raconta tous les souvenir qu'elle avait captés lors de leur connexion, et elle le fit tout le reste de la nuit, jusqu'au petit matin. Elle le laissa uniquement lorsqu'elle dut rejoindre la fac, non sans lui promettre une chose.

Elle viendrait le voir au bunker dès qu'elle pourrait.

[…]

Pour Stiles la chasse avait été interdite pour un temps indéterminé. Selon Dean, il devait d'abord s'habituer à chasser sans S, comme s'il avait besoin de Stuart pour tirer juste. Bon peut-être un peu, mais seulement pour les cas extrêmes.

Stiles grimaça, c'était toujours étrange pour lui de se souvenir de ses moments avec S. Ça faisait plusieurs mois depuis la nuit où il avait appelé Lydia. Ils s'étaient reparlé régulièrement, mais maintenant il avait l'impression d'essayer de se greffer les souvenirs de quelqu'un d'autre.

Enfin, peu importait, aujourd'hui il commençait à s'y faire. Et en plus Lydia lui avait envoyé un message pour lui dire de préparer le Mojito. Stiles en avait sauté de joie. Le bunker était trop vide depuis quelques jours. Sam et Dean étaient partis en chasse et Castiel avait mystérieusement disparu (il avait très certainement suivi Dean). Il prépara donc la venue de la rousse avec une bonne humeur qu'il croyait encore impossible quelques jours auparavant.

Sans qu'il ne s'en rende compte, l'heure arriva. Ce fut donc en courant qu'il se rendit à la porte lorsqu'il entendit quelqu'un klaxonner. Une fois à l'extérieur il dut monter les quelques marches avant de se stopper net. Lydia se tenait devant une voiture qu'il reconnaissait bien : une Camaro flambant neuve. Mais avant qu'il ne puisse voir si son propriétaire l'accompagnait, une nuée de cheveux roux lui boucha la vue.

— Je suis tellement contente de te voir.

— Moi aussi Lydia, moi aussi.

Ils se serrèrent ainsi une longue minute avant que la jeune femme ne s'écarte, laissant ainsi Stiles voir que Derek l'avait bien accompagné. Le brun salua timidement Stiles, ne sachant pas quoi faire. Et le plus jeune laissa simplement échapper un « salut » timide. La rousse leva les yeux au ciel face à leur comportement, mais elle n'ajouta rien sur le sujet. Elle s'en tiendrait au plan.

— Et si on rentrait les garçons ? Il fait chaud ici.

Ils l'écoutèrent sans attendre, d'ailleurs ils l'écoutèrent toute la soirée, suivant le programme qu'elle semblait avoir organisé depuis des mois. Parfois les deux hommes se regardaient intrigués par son comportement, mais la gêne entre eux persistait et elle les empêchait de discuter réellement.

Finalement, boissons aidant, ils se détendirent, riant pour un rien, même le loup finit par sentir les effets de l'alcool lorsque Lydia rajouta « un ingrédient secret » dans son mojito. Et sans prévenir, Lydia s'éclipsa, seulement ils ne s'en rendirent compte que bien après.

— Elle est où Lydia ?

Derek se concentra, secouant la tête plusieurs fois, c'était difficile de se concentrer avec tous cet alcool dans le sang, il n'aimait pas ça, mais il finit par l'entendre. Un battement de cœur lent, une respiration apaisée.

— Elle est allée se coucher.

— Avec S, il aurait juste, piouuuuuf et je n'aurais pas eu besoin de te demander.

Puis Stiles hocha la tête à ses propres paroles. Il hocha la tête si longuement, qu'il oublia en cours de route pourquoi il hochait la tête. Cette soirée lui avait fait du bien il devait l'avouer, mais la fatigue l'étreignait. Il se laissa glisser sur le canapé et sa tête tomba sur l'épaule du loup qui avait les yeux fermés.

— Pourquoi tu étais gêné tout à l'heure ?

Derek rouvrit les yeux, légèrement crispé et finalement en regardant Stiles à moitié endormi sur son épaule il se détendit.

— Je pensais que tu m'en voulais. Lydia m'a dit pour tes souvenirs de ton frère.

Stiles se redressa en vitesse surpris, mais il regretta bien vite et se repositionna sur l'épaule (étrangement confortable) du brun.

— Je n'ai aucune raison de t'en vouloir, c'était la seule décision possible. Je suis triste qu'il ne soit plus là et en colère de l'oublier, mais ça n'a jamais été ta faute.

Stiles sentit que le brun hochait la tête en silence et ce calme dura plusieurs minutes avant que le plus jeune reprenne la parole.

— Merci.

Un ronflement lui répondit.

— Bonne nuit toi aussi.

[…]

— C'est quoi ce bordel !

Le cri réveilla les deux endormis du canapé et toutes les personnes qui s'étaient endormies dans le bunker en réalité. À savoir Lydia, mais elle ne s'alarma pas en prenant son temps pour se lever. Pendant ce temps, Dean avait sorti son arme et il la pointait (pour ne pas changer) sur le loup garou qui était sous sa forme intermédiaire. Bien sûr c'était loin de plaire au chasseur.

— Qu'est-ce que tu crois faire là ?!

Stiles les regardait avec un agacement dont il ne se cachait pas. Il avait un mal de tête carabiné et ça, combiné au cri de Dean, il voyait rouge. Il n'avait même pas pris la peine de se lever au contraire du loup qui s'était -à juste titre- senti menacé. Stiles songea à demander à S de les faire arrêter lorsqu'il se rappela qu'il ne pourrait plus régler les problèmes ainsi. Et ce qui devait arriver arriva, Stiles craqua.

— Ça suffit Dean ! On a bu, on s'est endormis maintenant t'arrête de faire chier. Derek assis. En aucun cas tu ne devrais te sentir menacé ici. Toi et Lydia vous êtes mes invités, si Dean n'est pas content il n'aura qu'à dormir ailleurs.

Contre toute attente, le loup s'exécuta, mais il garda ses griffes et ses crocs dehors. Au moins jusqu'à ce que Castiel arrive pour tirer hors de la pièce, un Dean hébété de s'être fait engueuler par son petit frère.

— Allez viens Dean tu vas prendre un café et un morceau de tarte la route a été longue.

Continuant de tirer l'humain en direction de la cuisine, il lui prit son arme et se tourna vers Stiles et Derek pour le saluer avec un sourire sincère (ou sincèrement désolé de l'attitude de Dean). Même l'ange savait que la réaction de Dean n'était pas une réaction appropriée. Pourtant, Castiel n'était pas connu pour sa tenue en société.

Alors qu'ils se retrouvaient enfin seuls dans le salon, Stiles soupira et relâcha ses muscles crispés avant de se tourner vers Derek. Celui-ci avait retrouvé figure humaine, mais Stiles eut un sourire espiègle.

— Ne crois pas que j'ai pas remarqué ton absence de sourcils.

Après un rire il força le brun à se réinstaller mieux pour pouvoir poser sa tête sur ses cuisses, le réveil avait été beaucoup trop brutal pour lui.

— Ne vous dérangez pas pour moi je connais le chemin.

La jeune rousse passa devant eux un sourire triomphant sur le visage. Son plan fonctionnait parfaitement. Derek se morfondait dans son coin depuis que les chasseurs étaient partis, enfin un chasseur en particulier. Et c'est pour cela que Lydia avait accepté de suivre le plan, même si elle avait ajouté une petite touche personnelle, ils faisaient une bonne équipe.

Arrivant non loin de la cuisine, elle put entendre la voix du plus vieux des chasseurs.

— S'il fait du mal à Stiles, je te promets que je ne vais pas juste l'enfermer avec son oncle.

— Dean…

La voix d'ange était douce, comme s'il tentait de l'apaiser juste en prononçant son nom.

Ce fut sans surprise pour Lydia, qu'elle les vit s'embrasser lorsqu'elle passa la porte de la cuisine. Profitant du spectacle elle resta silencieuse, même lorsque des mains se firent baladeuse elle ne leur fit pas remarquer sa présence. C'était assez impressionnant de voir leur capacité d'occultation du monde extérieur.

Finalement ce fut un raclement de gorge plus grave qui fit se séparer les deux amants. Lydia se tourna vers l'intrus les mains sur les hanches.

— Tu aurais pu attendre qu'ils enlèvent leur chemise au moins.

Sam rit, à la remarque avant de lui répondre.

— Si tu restes assez longtemps ici, tu auras le temps de voir plus que la chemise tomber.

Les deux amants grognèrent tout en restant collés, enfin Dean grogna et Castiel le regarda faire. Le jeune winchester quant à lui, ne fit aucun commentaire sur son passage au salon où il avait vu Stiles discuter avec Derek (à moitié allongé sur lui). Après tout, il aurait été déplacé de sa part de juger les choix du plus jeune. Et puis Derek semblait sympa, quand il parlait. Étrangement il lui rappelait Dean. C'était peut-être ça le problème.

— Café ?

[…]

Les Chasseurs, le loup et la Banshee était installée autour de la grande table en bois brut de ce qui leur servait de salle à manger. Et ce n'était pas le début d'une blague.

Cela fait quelques jours que Lydia et Derek étaient arrivés, et ils repartaient dans une petite semaine, mais seul Dean comptait les jours : cinq jours et treize heures. Les autres profitaient simplement pour apprendre à se connaître. Stiles avait bien tenté de dire à son aîné que sa crise de surprotection ne servait à rien, que de toute façon ils allaient repartir et il ne le reverrait certainement plus. Comme tous ceux qui passaient dans leur vie. Seulement, Dean ne semblait pas enclin à le croire. Du coup Dean était le seul à bouder autour de la table.

Alors que Stiles discutait avec Castiel et Derek, il ne pouvait s'empêcher de lancer des regards à Dean. Il ne comprenait pas pourquoi il n'arrivait pas à s'y faire. Derek les avait aidés, sans lui il n'aurait pas pu prendre de décision et…

Stiles repensa à ce moment où tout s'était décidé, oubliant la conversation qui continuait sans lui.

Il avait senti un lien possible entre le loup et lui. Maintenant il ne sentait plus rien puisqu'il n'avait plus Stuart, mais il se souvenait parfaitement de la sensation. Était-ce ce que Dean redoutait ? Qu'il crée un lien avec un loup ? Et puis d'abord, pourquoi créerait-il un lien avec lui ? Il n'était ni amoureux ni… Bon il était charmant, mais ce n'était pas assez. En réalité, plus Stiles poussait ses interrogations, plus il se disait qu'il avait dû rêver.

Pourquoi je ferais un lien avec quelqu'un, il partira comme toi.

Stiles sentit son abattement l'étreindre, il évitait toujours de penser comme si son jumeau était encore là pour entendre ses pensées.

La gorge nouée il jouait avec le contenu de son assiette lorsqu'il sentit l'atmosphère changer autour d'eux. D'ailleurs tout le monde dû le sentir puisqu'ils levèrent les yeux en même temps, comme pour chercher la source.

Cependant, personne n'eut le temps de dire quoi que ce soit, car cette étrange énergie finit par se manifester. Et ce, d'une bien étrange manière.

Elle se concentra droit sur Stiles, et poussa sa chaise contre celle du loup-garou. Stiles était bouche bée. Il n'était pas certain de vouloir comprendre ce qui s'était passé. Derek fronça les sourcils, totalement perdu, à sa droite Castiel souriait doucement et entre toutes ces réactions, Lydia eu un sourire satisfait.

Tout c'était parfaitement déroulé. Elle remercia silencieusement Stuart. Et finalement ce fut la voix de Dean qui brisa le silence.

–Putain S, t'en as pas marre de faire l'agent matrimonial ?!

Les yeux brillants de larmes, Stiles sourit bêtement en regardant le brun à ses côtés. Le lien avec Stuart n'était plus, mais il lui montrerait toujours la marche à suivre.

[FIN]

Note de fin : Un immense merci a mes bêtas Voidonce TheCrasy et Erika Keysie *Coeur sur vous*
Je pense que sans elles, je n'aurais jamais posté cette histoire. En plus ma non-satisfaction a dû se ressentir vu le peu de retour. Je sais pas, j'avoue que je suis un peu triste… Non frustré. Mais bon c'est la vie. En tout cas merci à ceux qui ont suivit malgré ma publication non régulière. Et voilà, La StoryOfTheMonth de juillet est ENFIN terminé… au mois d'octobre hahaha !