-Chapitre 4-

Assis tous les deux sur le bord de la baignoire, Jin avait sorti la trousse à pharmacie. Il passa un peu de désinfectant sur les bouts abimés des doigts de Jimin qui le regardait en silence. Les images du garçon s'accrochant à tout ce qu'il pouvait au point de s'écorcher, voire presque s'arracher les ongles, revinrent dans son esprit. Les paupières lourdes, Jimin patientait calmement. Il avait l'air serein, comme si rien ne s'était passé.

— Pourquoi m'as-tu ramené chez toi ?

— Pourquoi as-tu pleuré si fort lorsqu'ils ont voulu t'emmener ?

— On ne répond pas à une question par une autre question, répondit Jimin innocemment.

Jin leva vers lui un regard intense : il était sérieux, si bien que le visage du jeune homme s'assombrit.

— Je ne suis pas fou, déclara-t-il.

— Je sais, reprit Jin qui venait de finir de lui soigner les doigts.

— Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?

Sa peau était légèrement violacée autour de la zone où il avait été piqué quelques heures plus tôt, et Jin ne put s'empêcher de se sentir très triste pour lui.

— Tu peux rester ici aussi longtemps que tu le voudras, de toute façon on a passé un accord avec ton père. Il faudra établir quelques règles entre nous.

— Je suis d'accord, dit Jimin avec un sourire.

— Mais attention, ne joue pas trop de ton innocence pour obtenir des faveurs.

— Je ne vois pas de quoi tu parles !

Mais le sourire élargi du jeune homme en disait long sur le fond de ses pensées, et son nouveau tuteur ne put répondre autrement que par un sourire à son tour, allant jusqu'à lui ébouriffer les cheveux affectueusement. La faim commençait à se faire sentir, et la fatigue aussi. Une odeur alléchante emplissait le salon, Yoongi venait de réchauffer plusieurs plats à emporter du restaurant où il travaillait, et il y en avait suffisamment pour tous les cinq. Jin invita Jimin à s'installer avec eux autour de la table : il faisait désormais partie du foyer. Il en profita pour raconter plus en détails les événements de l'après-midi, leur rencontre avec Jimin et son père.

— Tu veux sérieusement faire le travail d'un hôpital psychiatrique ? s'inquiéta Namjoon.

— Il n'est pas dangereux.

— Je n'ai pas dit le contraire, mais tu te rends compte que ça va empiéter sur ton travail ? Tu vas devoir faire un choix.

Jin acquiesça d'un signe de tête, jetant un œil furtif à Jimin qui écoutait à peine, trop occupé à manger sous les regards amusés de Yoongi et Hoseok. Il savait que cela allait être compliqué, mais qu'il pouvait y arriver. Il ne pouvait pas être derrière Jimin et Hoseok tout le jour durant, s'il avait pour objectif de leur donner des repères, il devait également les rendre plus autonomes. Hoseok avait abandonné ses études, et Jimin n'était plus scolarisé depuis longtemps parce qu'il nécessitait une attention particulière que le système scolaire ne proposait pas. Jin commençait à se rendre compte qu'il allait devoir réaménager son travail : il était qualifié pour enseigner aux deux garçons, et si ce n'était pas possible pour Hoseok à cause de ses craintes personnelles, il pouvait espérer pouvoir intégrer Jimin dans une classe pour sa dernière année lycéenne, même pour un semestre. C'était un projet particulier, ambitieux, et parfaitement réalisable si ses anciens professeurs le soutenaient : il avait un réseau qu'il pouvait contacter pour le mener à bien, il prouverait à tous que des garçons comme Yoongi, Hoseok ou Jimin pouvaient s'intégrer dans la société sans forcément entrer dans un moule.

Tandis qu'il était absorbé dans ses pensées, Jimin faisait connaissance avec ses nouveaux compagnons. Jin surprit même Hoseok à sourire plus d'une fois à ce qu'il racontait, de même que Yoongi. Il comprit que la cohabitation débutait sous les meilleurs auspices. Namjoon devait bientôt partir, étant du service du soir à la station essence du quartier. Après avoir fini de ranger la cuisine, il adressa une caresse légère, à peine visible, sur la hanche de Jin, en lui murmurant un « bonsoir » plein de promesses.

Jimin somnolait sur le canapé pendant que Yoongi avait invité Hoseok à jouer à la console. La différence de niveau était flagrante, Hoseok ayant rarement touché une manette de sa vie.

— Et où est-ce qu'il va dormir le petit ? demanda Yoongi sans lever les yeux de l'écran.

— Il y a assez de place pour deux dans ma chambre, répondit l'autre garçon avec concentration. J'ai un grand lit.

— Tu te sens de partager ton lit ? s'étonna son camarade. Attention tu as un tour de retard. Tu t'es cru à une simulation de permis de conduire ?

— Il y a des gens sur les bords de la route, maugréa Hoseok en fronçant les sourcils, les doigts crispés sur sa manette.

— Et alors ? Ils sont virtuels, et c'est une course.

— C'est cruel…

A côté d'eux, Jimin ne disait rien, les yeux rivés sur la télévision. Il ne semblait pas concerné par ce qui l'entourait, ni impliqué dans le jeu des deux autres. Jin comprit qu'il était temps pour lui d'aller se coucher.

— C'est décidé alors ? demanda-t-il à Hoseok. Je l'installe dans ton lit ?

Hoseok émit un grondement : il venait de terminer la partie, bien loin derrière les scores de Yoongi. Il rendit la manette au geek victorieux et aida Jin à soulever Jimin qui ne répondait pas quand on l'appelait : il était à mi-chemin entre l'état d'éveil et le sommeil. Jin le prit sur son dos et il l'emmena jusqu'au lit de Hoseok. Aussitôt allongé, bien installé sous la couverture, il s'endormit profondément, les paupières closes. Il put à peine prononcer un « bonne nuit » à Jin qui déduisit que la journée avait vraiment été éprouvante pour lui, autant moralement que physiquement.

— Je compte sur toi pour veiller sur lui, dit-il à Hoseok, tout doucement.

Le jeune homme ne répondit pas avec des mots, mais le regard attendri qu'il posait sur Jimin était la meilleure réponse possible, et Jin savait qu'il pouvait le lui confier sans crainte. C'était la deuxième mission de Hoseok, un pas de plus vers la responsabilité. Jin pensait qu'à deux ils pouvaient surmonter leurs difficultés, leurs faiblesses. Hoseok était capable de canaliser l'énergie de Jimin, et de son côté Jimin pouvait prendre Hoseok par la main et mettre un peu de couleurs dans son existence.

De son côté, Namjoon passa la soirée à réfléchir intensément aux bouleversements dans son foyer. Il s'était habitué à vivre avec Yoongi, et il était prêt à s'adapter à Hoseok, mais il n'avait pas fallu longtemps avant qu'un nouvel individu ne s'installe avec eux. Il avait du mal à imaginer comment leur vie en communauté allait évoluer, mais il avait confiance en Jin. Peu avant de débaucher, il étouffa un bâillement : la fatigue se faisait sentir, surtout que les soirs d'hiver après la tombée de la nuit, presque personne ne se pointait à la station service. Alors il restait dans ses songes, se demandant comment Jin comptait s'y prendre avec son nouveau protégé, et quel pouvait être son objectif. Il se sentait fier en voyant que son compagnon était aussi déterminé à tendre la main à ceux qui étaient abandonnés : il ne lâchait rien, il devenait la rampe à laquelle ils s'accrochaient pour gravir une ascension périlleuse. Il allait sortir Hoseok de sa dépendance comme il avait sorti Yoongi de son autodestruction. Il allait éveiller Jimin au monde de la même façon qu'il l'avait fait pour Namjoon quand ses parents l'avaient mis à la rue. D'aucun penserait que Jin était un garçon incapable de dire non, faible, trop bon, voire naïf, mais Namjoon savait lui qui il était. Il voyait très bien comment il accueillait les laissés pour compte, avec chaleur mais aussi avec fermeté, capable de poser des limites, des objectifs, des règles. Il était un guide, un soutien moral, et ses promesses n'étaient pas quelque chose qui disparaissaient au vent. Il ne baissait pas les yeux devant un appel à l'aide. Il avait vu Hoseok dans la rue, il l'avait pris sous son aile. Il avait vu Jimin hurler sa terreur devant toute une rue muette, il avait fait un pas en avant et osé élever la voix. Parce que Jin était comme ça. Et Namjoon aimait ce trait de caractère chez lui. Il ne se sentait pas plus amoureux que lorsqu'il voyait cette étincelle dans les yeux de Jin qui disait « moi je peux le faire ». Il allait trouver le moyen d'aider un garçon comme Jimin, et Namjoon pourrait clamer fièrement « cet homme est l'amour de ma vie, quoi que vous en pensiez, cet homme vaut plus que tous les joyaux de cette terre et mon cœur lui appartient, dans cette vie comme dans les prochaine qui suivront. »

Au fil de ses pensées, il ne put retenir un soupir rêveur, s'imaginant à la maison, tenant Jin contre lui, lui embrassant chaque parcelle de son visage. Il dut se réveiller à contrecœur quand il entendit la porte s'ouvrir. Il reconnut instantanément la silhouette de Taehyung, caché sous la capuche de sa veste noire. Le garçon lui adressa un signe de tête en guise de salut avant d'aller déambuler dans les allées. Namjoon l'observa longtemps, et comme il semblait ne pas savoir quoi acheter, il finit par le rejoindre l'air de rien.

— Que fais-tu dehors si tard ?

Voyant que Taehyung se montrait réticent à lui faire face, Namjoon se permit de lui prendre le menton du bout des doigts pour le forcer à le regarder. Une nouvelle ecchymose marquait le côté gauche de son visage. Les traits de Namjoon se crispèrent.

— Encore ?

— Sunbae…

— Pourquoi viens-tu ici à chaque fois si ce n'est pour chercher refuge auprès de moi ?

— Je…

Sa voix peinait à sortir de sa bouche, et il était incapable de répondre à cette question. Ses yeux se mirent à briller, se remplissant de larmes. N'attendant pas qu'il éclate en sanglots, Namjoon le serra fermement contre lui.

— Quitte cet endroit nauséabond et viens avec moi, murmura-t-il.

— Je ne peux pas, répondit Taehyung, la voix étouffée dans l'épaule de son aîné. Ma sœur…

— Partez tous les deux. Il existe des refuges qui pourront prendre soin de vous. Qu'est-ce qui t'en empêche ? Ce n'est pas ton père, tu n'as plus de lien avec lui.

Taehyung le repoussa doucement, ravalant sa peine.

— En faisant les courses, j'ai oublié de lui acheter de la bière, expliqua-t-il sur un ton de culpabilité.

— Tu es encore mineur, tu n'as pas le droit d'en acheter, fit Namjoon en fronçant les sourcils. C'est une fausse excuse.

— Je dois lui en ramener.

— Légalement je n'ai pas le droit de t'en vendre, insista Namjoon.

Le jeune homme parut profondément blessé, mais au lieu de refondre en larmes, il prit le masque de la colère pour dissimuler son désespoir.

— Toi qui disais vouloir m'aider, ce n'est que du vent, dit-il sèchement.

— Ce n'est pas la bonne solution.

Taehyung ne répondit pas et, sans rien ajouter, il partit précipitamment, la tête baissée, laissant derrière lui un Namjoon dépité. Déçu, celui-ci regretta immédiatement de ne pas avoir pu lui dire tout ce qu'il aurait voulu pour l'aider à sortir de cette impasse, mais il ne courut pas à sa poursuite : il savait qu'il reviendrait. Du moins il l'espérait. Cela lui rongea l'esprit tout le reste de la soirée, même quand il rentra à l'appartement.

Le salon était vide : tout le monde était couché. Alors il prit l'escalier pour se rendre à sa chambre sans faire de bruit. Il prit quelques minutes pour se débarbouiller dans la salle de bain et enfiler des vêtements plus légers pour la nuit. Il connaissait la disposition de la chambre par cœur, si bien qu'il n'eut pas besoin d'allumer les lumières pour se glisser dans le lit. Il devinait parfaitement comment était allongé Jin, du côté droit du lit, sur son flanc droit, et le bras sous l'oreiller. Namjoon se serra contre lui, son corps se moulant au sien. Confortablement installé sous la couette, il passa un bras autour du ventre de Jin, le caressant sous le tee-shirt et lui embrassant le cou. Comme réponse, il entendit un long soupir. Jin ne dormait pas mais il gardait les yeux fermés. Il avait attendu le retour de Namjoon pour enfin laisser le sommeil l'emporter. Il posa sa main sur celle de son compagnon qui lui tenait le ventre, et enlaça ses doigts dans les siens. Ils ne dirent rien, ne firent rien, et s'endormirent rapidement après cette longue journée.

Au petit matin, Seokjin se réveilla le premier, et regarda instinctivement vers sa gauche. Namjoon était allongé sur le ventre, le visage à peine visible. Ses cheveux décoloré et dépourvus de gel tombaient sur son front, lui cachant les yeux. D'un petit geste, Jin réajusta cette frange rebelle et se baissa vers lui pour lui embrasser les paupières. Namjoon émit un faible gémissement, signalant qu'il ne voulait pas être gêné dans son sommeil. Sur ce, Jin sortit du lit sans trop insister et descendit dans la cuisine pour préparer le petit-déjeuner, pour lui-même et pour tous ceux qui dormaient encore. Yoongi se leva rapidement après lui, l'aidant même à finir les tâches dans la cuisine. Une ambiance sereine flottait dans tout l'appartement, Hoseok et Jimin se réveillèrent un peu plus tard en douceur, appelés par la faim. Jin eut même droit à une embrassade de Jimin avant qu'il ne s'installe à table.

Il manquait toujours Namjoon, et après l'avoir laissé se reposer une heure de plus, Jin remonta dans la chambre. En silence, il grimpa sur le lit, avançant à quatre pattes au-dessus de son compagnon endormi. Il l'embrassa au niveau de la tempe, si près de son oreille qu'il le sentit frissonner. Il émit même une plainte mais Jin n'y accorda aucune importance.

— Tu ne voudrais pas louper une matinée de cours, lui murmura-t-il.

— C'est une drôle de façon de réveiller les gens, répondit Namjoon d'une voix étouffée.

— Ose dire que ça ne te plait pas.

Jin reprit ses baisers tout en faisant glisser sa main sous les draps, caressant son compagnon au niveau du caleçon.

— Un peu rude comme réveil, reprit Namjoon.

— Je confirme, souffla Jin à son oreille sur un ton qui ne laissait aucun doute sur ses intentions.

Namjoon tourna la tête vers lui pour l'embrasser. Il se sentait bien réveillé à présent.

— Tu es bien cruel Seokjin. J'ai envie de toi, là, maintenant, mais le temps nous manque.

— On peut toujours trouver du temps, sourit son vis-à-vis.

Il rejeta la couette loin de Namjoon qui se mit sur le dos, et il s'allongea sur lui, alla répondre à son baiser avec plus de vigueur. Il ne se défit de ses lèvres que pour mieux goûter sa peau, s'attardant sur son cou. Il lui retira son tee-shirt rapidement pour continuer son parcours, laissant glisser ses lèvres sur son torse. Namjoon frémissait à chaque contact et il agrippa la chevelure de Jin en lâchant un soupir d'aise : il était sur un petit nuage avec toutes ces petites attentions dont il faisait l'objet, d'autant plus que son compagnon n'exprimait pas souvent ses désirs avec tant d'ardeur. La langue de Jin, brulante et assoiffée, marquait sa peau avec passion. Il se redressa rapidement, retirant à la va-vite ses vêtements, et reprit ses caresses. Namjoon s'agrippa à ses hanches, le tenant fermement contre lui. Il en oubliait presque le temps, le jour, ou même ce qu'il avait prévu de faire dans la journée : Jin et lui étaient dans leur bulle. Ses mains allaient et venaient sur la peau laiteuse de son amant tandis qu'il remuait sensuellement son bassin contre lui, intensifiant le désir. Etreinte douce, étreinte fougueuse, pourraient-ils aimer quelque d'autre à ce point ? Ils s'effleuraient encore comme s'ils cherchaient à se connaître : les longs doigts de Namjoon frôlaient avec une tendresse infinie les lèvres pulpeuses de Jin, celui-ci gardait les mains à plat sur le torse de son compagnon pour sentir les battements de son cœur. Jusqu'à la délivrance.

Le visage humide, Jin se pencha sur Namjoon, lui donnant un baiser langoureux. Ils restèrent quelques minutes l'un contre l'autre, le temps de reprendre leur souffle.

— La cruauté de la chose c'est que je dois vraiment me lever alors que tout ce que je veux c'est rester comme ça pour l'éternité, dit Namjoon d'une voix plus rauque que d'habitude.

— On pourrait prolonger tout ça par une douche, et on laissera le temps reprendre son cours.

xXx

Jin descendit rapidement les escaliers, avec des habits tout propres et les cheveux encore mouillés au sortir de la douche. Namjoon le suivait avec nonchalance et ils jetèrent un œil aux garçons qui finissaient leur petit-déjeuner tranquillement. Une cigarette à la main, Yoongi les regarda en retour en haussant un sourcil.

— Vous en avez mis du temps, commenta-t-il.

— Le temps de bien se mettre en forme, répondit Namjoon d'un air rêveur en attrapant la cigarette de Yoongi pour en tirer une bouffée. Bien dormi ?

Il s'était tourné vers Jimin qui venait de poser son bol de riz vide dans l'évier.

— Comme un loir, fit-il avec un grand sourire.

— Comme une pierre, confirma Hoseok.

— Je t'imaginais plus avoir le sommeil agité et faire vivre un cauchemar à Hoseok, dit Namjoon en lui rendant son sourire.

Il ne put discuter plus longuement avec les autres, après un café bien corsé, il partit pour l'université. Jin devait également partir, retrouver ses professeurs pour discuter de son projet avec Hoseok et Jimin, trouver les bons arguments pour que ce soit compté comme un objectif professionnel. Il trouverait peut-être le moyen de les scolariser dans le lycée où il était assistant, mais pour le moment il avait d'autres projets pour eux.

Pendant l'absence de Jin, Yoongi avait encore du temps pour veiller sur les garçons. Hoseok avait pris un livre et s'était installé sur le canapé. Jimin s'allongea à côté de lui et lui demanda de lire à voix haute. Ils passèrent leur matinée aussi paisiblement, même Yoongi respecta la quiétude du moment, écoutant de temps en temps l'histoire que racontait Hoseok. Il souriait dans son coin, reconnaissant l'histoire d'Harry Potter, le premier tome. Il se disait que ces deux garçons avaient un peu besoin de magie et d'enfance dans leur quotidien. Quand Jin rentra quelques heures plus tard, il était temps pour Yoongi de partir au travail à son tour. Hoseok et Jimin s'assirent autour la table de la salle à manger et ils ne comprenaient pas très bien ce que Jin attendait d'eux. Il s'installa avec eux, sortit des papiers, et commença à répondre à leurs interrogations. Tout d'abord, il rappela à Hoseok ses engagements envers lui : l'aider à sortir de sa dépendance aux médicaments, mais également à trouver sa voie, ce à quoi le garçon répondit par un signe de tête positif. Quant à Jimin, il lui expliqua qu'il ne se contenterait pas d'être une substitution à un hôpital psychiatrique.

— De ce que je comprends de ta pathologie, reprit-il en consultant un dossier marqué de l'emblème de l'institut, c'est qu'il faut faire avec tes différentes phases et non pas te traiter comme un malade qu'il faut constamment surveiller. Tu n'es pas malade, tu dis toi-même que tu n'es pas fou, et je le sais. J'ai l'impression que tes parents n'ont pas su gérer ton trouble du déficit de l'attention, et je dirais même qu'ils ne t'ont pas confié à un corps médical compétent. Pourtant de ce que je vois en te regardant, ça n'a pas l'air très lourd.

— Je crois que mes parents auraient voulu un enfant normal, répondit simplement Jimin, avec une expression sérieuse qui surprit Hoseok. Moi je veux juste être avec eux. Je sais ce que j'ai, et me bourrer de médicaments n'atténue pas les symptômes. Ils ne me laissent même pas m'exprimer et considèrent que je suis dangereux pour ma petite sœur.

— Tu es donc conscient que tu peux à tout moment péter une crise comme hier ? demanda Hoseok.

— A tout moment, non, il faut vraiment que tu me contraries de façon très violente pour ça. Et ce n'est pas quelque chose que je contrôle.

— Et alterner les phases où tu agis comme un enfant et celles où tu parles comme un adulte ça fait partie de ta pathologie aussi ?

Jimin haussa les épaules. Jin ne commenta pas non plus. Il attendit quelques secondes avant de déposer devant eux quelques papiers, et Hoseok remarqua aussitôt qu'il s'agissait de tests scolaires.

— Tu es sérieux ? Je suis un cas désespéré tu sais…

— Ce sera la seule et unique fois. Avant toute chose, je veux voir où vous en êtes, que ce soit dans vos savoirs que dans vos savoir-faire. Je m'adapterai en fonction pour reprendre votre instruction.

— Tu vas nous faire cours ? s'étonna Jimin.

— Pas de façon conventionnelle, sourit Jin. Je ne vais pas me mettre à un tableau à vous faire la leçon, et je ne peux pas m'occuper de Hoseok comme je m'occuperai de toi. J'ai discuté avec mes professeurs de toutes les solutions alternatives à l'enseignement. Je ne vous obligerai à rien, ça ne durera pas toute la journée, parfois on sortira même pour prendre l'air.

— C'est que je n'ai jamais fait de tests de ma vie, murmura Jimin en regardant sa feuille.

— Ce n'est pas compliqué et ce n'est pas un piège, mais si tu ne veux pas le faire, je ne vais pas te le reprocher, ajouta l'aîné.

Mais le garçon ne se laissa pas décourager et prit un crayon, concentré sur la première question. Hoseok l'imita et un silence studieux s'empara de l'appartement. Au bout d'une demi-heure, ils avaient fini toute la feuille, et Jin regarda attentivement les résultats. Il griffonnait des notes dans la marge à chaque fois avec un stylo bleu, et semblait satisfait devant un Hoseok inquiet et un Jimin incrédule.

— Tu t'en es très bien sorti Hoseok, je ne comprends pas pourquoi ça te fait peur. Tu réponds avec logique et réflexion, parfois avec un peu trop de prudence mais on peut comprendre pourquoi.

Le jeune homme rougit, loin de s'être attendu à ce genre de remarque. C'était au tour de Jimin de se mordre la lèvre inférieure en attendant de recevoir l'analyse de Jin. Celui-ci notait beaucoup de choses dans la marge, presque le double de ce qu'il avait écrit pour Hoseok.

— Là encore vous m'étonnez. Bien sûr je ne m'attendais pas à quelque chose de catastrophique, mais vous vous sous-estimez beaucoup, et je crois pouvoir l'expliquer.

— Mais je ne savais pas comment répondre à la plupart des questions, murmura Jimin d'une petite voix.

— Ce ne sont pas des mathématiques, ni des questions fermées. Je ne cherchais pas à voir si vous pouviez répondre correctement à tout, seulement voir vos démarches de réflexion et de logique, reprit Jin en se levant, donnant l'effet d'être un vrai professeur devant ses élèves. Et vous avez montré beaucoup de savoir-faire dans ce domaine. Seulement, j'imagine qu'on a dû vous dire, vous répéter, que vous ne valez rien, n'est-ce pas ?

Le regard de Hoseok en disait long sur cette affirmation.

— On a conditionné Hoseok à ne pas se sentir inclus dans le système scolaire, et Jimin a besoin de méthodes éducatives adaptées, voilà pourquoi vous ne pouvez pas suivre des cours dans un lycée actuellement. Mon objectif c'est de vous aider à pouvoir y aller sans devoir vous tailler pour que vous entriez dans le moule.

— Tu peux vraiment faire ça ? demanda Hoseok.

— Je pense que oui. Mais surtout, j'ai confiance en vous pour y arriver aussi, vous aurez la majeure partie du travail à accomplir. Vous pouvez aller vous détendre maintenant, je vais vous préparer quelque chose de bon.

Jimin se leva précipitamment pour serrer Jin dans ses bras. Hoseok et lui retournèrent sur le canapé et reprirent la lecture jusqu'à l'heure du repas. Ensuite, Jimin demanda à ce qu'on termine le livre, et Jin cette fois s'assit avec eux. Le garçon s'allongea entre les deux autres, la tête posée sur la cuisse de Jin, tout en écoutant avec attention l'histoire racontée par Hoseok qui commençait le chapitre de dénouement.

— C'est vraiment pour les enfants ? demanda Jimin alors que Hoseok était en train de décrire la tête de Voldemort derrière le crâne d'un autre qui parlait avec le jeune Harry Potter.

— Ce n'est pas aussi simple, répondit Jin avec un sourire amusé. Tu ne veux pas savoir la suite ?

Le garçon se tut et Hoseok put reprendre jusqu'à la toute fin. Il referma le livre et le posa sur la table du salon, satisfait de l'avoir terminé. Ils restèrent longuement silencieux tandis que Jimin faisait glisser ses doigts sur ceux de Jin d'un air songeur.

— Elle est jolie cette bague, dit-il quelques minutes plus tard en tripotant l'anneau argenté que Jin portait à l'annulaire gauche. C'est un cadeau de Namjoon ?

— C'est exactement ça, répondit le jeune homme en tendant sa main devant lui.

— Il en a une lui aussi ?

— Oui.

— Vous êtes mariés ?

— C'est plus compliqué. Deux hommes ne peuvent pas se marier dans notre pays.

— C'est dommage.

— Tu es un amour.

xXx

En quelques jours, ils purent instaurer une véritable routine. Yoongi et Namjoon continuaient à aller au travail six soirs sur toute la semaine, Jin restait auprès de Jimin et Hoseok la journée. Ils passaient la matinée à étudier sur la table de la salle à manger et à faire des promenades dans les parcs pour s'aérer. On arrivait à la fin du mois de mars.

Yoongi s'était beaucoup rapproché de Jimin et Hoseok. Il avait même appris à Jimin comment se servir d'une manette de console de jeu même si le garçon avait du mal à comprendre le principe. Plusieurs fois il avait hurlé devant l'écran quand il avait vu sa voiture aller dans le sens inverse qu'il avait voulu. Hoseok s'en amusait beaucoup, à côté de lui, il était un expert dans ce jeu. Jin fit remarquer à Namjoon que depuis l'arrivée de Jimin, le jeune homme réservé, d'ordinaire assombri par sa solitude, souriait de plus en plus de bon cœur, et il ne pensait même plus à son joker. Un soir, Jin, Hoseok et Jimin étaient devant un drama historique pendant que Namjoon et Yoongi étaient encore au travail.

Après ses cours, la journée de Namjoon était loin d'être terminée. Travailler dans une station service était simple : accueillir les clients, parfois mettre de l'essence dans leurs voitures, et surtout tenir la superette rattachée à la station. Le propriétaire était avec lui, vérifiant les stocks et faisant les comptes dans son coin. Il devait avoir commencé depuis deux heures quand une jeune fille entra dans le magasin, l'air hagard. Ses longs cheveux bruns étaient presque décoiffés, et elle chercha des yeux Namjoon. Elle parut soulagée de le voir alors que le jeune homme la regardait avec interrogation.

— Kim Namjoon ? demanda-t-elle, essoufflée.

— Oui ? Vous êtes ?

Les yeux de Namjoon s'arrondirent, comprenant peu à peu qui était cette fille. Il l'avait vue deux ou trois fois déjà : elle était la grande sœur de Taehyung. Quelque chose de grave avait dû se produire, il se précipita à l'extérieur en suivant la jeune fille. Il parcourut quelques mètres et trouva Taehyung assis sur le sol, adossé au mur du magasin. Il était à peine conscient, sa tête ballotant sur son torse. Namjoon s'agenouilla près de lui, lui levant le visage pour qu'il puisse l'examiner. Il était tuméfié, et semblait avoir les membres douloureux. Cette fois, son beau-père était allé beaucoup trop loin.

— Taehee, que s'est-il passé ? demanda Namjoon.

— Il était ivre. Il a commencé à lever la voix sur moi, raconta la sœur, le visage rouge et les yeux remplis de larmes. Et Taehyung s'est interposé. Il s'est acharné sur lui comme jamais… je n'ai pas su… j'avais peur qu'il le tue. Je n'ai même pas pu prendre des affaires, je l'ai pris avec moi et nous sommes descendus jusqu'ici, il ne pouvait pas aller plus loin.

Namjoon essayait de faire réagir Taehyung, mais celui-ci avait le regard vitreux. Il ne pouvait plus marcher, il n'allait vraiment pas bien. Il n'avait pas d'autre choix que d'aller aux urgences. Namjoon sortit son téléphone et appela Jin, lui demandant de venir le plus rapidement avec la voiture, en lui expliquant rapidement le problème.

— Je te remercie, murmura Taehee.

— Où est-ce que vous irez ?

— Je ne sais pas trop… j'ai une copine de fac qui m'avait proposé de m'accueillir, mais je ne veux pas le laisser.

— Ne t'inquiète pas pour Taehyung, nous allons veiller sur lui le temps que vous trouviez une solution.

La jeune femme pleurait, et Namjoon remarqua qu'elle avait une marque rouge sur la joue qui ne venait pas de ses larmes.

— Il t'a aussi frappée n'est-ce pas ?

— Avant que Taehyung ne s'interpose, répondit-elle d'une voix rauque.

— Il faut le dénoncer à la police, porter plainte, vous délivrer de lui.

Elle ne dit rien. Taehyung émit un gémissement plaintif et elle lui caressa les cheveux d'une main tremblante, en lui répétant « je suis désolée, je suis désolée ».

Beaucoup plus loin dans son restaurant branché qui devenait un bar la nuit, Yoongi était derrière le comptoir à préparer les boissons. Le grand patron était présent exceptionnellement, alors il se tenait bien droit. Cet homme l'avait accepté malgré ses cheveux décolorés et ses piercings, alors il se devait de lui montrer un plus grand respect. Il s'inclina quand il tourna son regard vers lui, et il lui répondit par un sourire protecteur. Yoongi faisait du bon travail depuis quelques semaines. Il apprenait vite, s'entendait bien avec les autres serveurs, mais aussi avec les cuisiniers. Il vit le patron partir vers les salles individuelles où parfois s'isolaient les groupes qui préféraient boire en intimité, et il reprit ses habitudes en servant les clients au bar ou à leurs tables. Quelques minutes plus tard, un homme passa la porte d'entrée, habillé dans un vieux costume trois pièces, examinant la salle avec dédain. A son côté, il y avait un garçon, les mains croisées devant lui, l'air mal à l'aise. Il avait le corps élancé, et au plus grand étonnement de Yoongi, il ne put s'empêcher de remarquer qu'il était beaucoup plus jeune que lui. Trop jeune pour trainer dans un bar à cette heure de la soirée. L'homme le regarda sévèrement, et le garçon semblait s'affaisser sur lui-même. Une hôtesse d'accueil s'avança vers eux. Yoongi entendu à peine ce qu'elle dit mais la voix de l'homme parvint à ses oreilles.

— Nous sommes attendus. Je vous prie de me conduire à votre directeur.

L'hôtesse s'inclina et conduisit l'homme avec le garçon vers les salles individuelles, et Yoongi ne put s'empêcher de trouver cette scène louche. Que faisait ce garçon à cet endroit ? Pendant de longues secondes, il se dit que cela ne le regardait pas, mais le regard de détresse du jeune homme ne laissait place à aucun doute sur le fait qu'il voulait être partout ailleurs sauf à cet endroit. Il n'eut pas à attendre longtemps avant d'avoir les réponses à ses questions, car on lui demanda d'emmener les boissons dans la salle où ils s'étaient réfugiés. Dès qu'il entendit la voix des deux hommes, Yoongi s'immobilisa, patientant derrière la porte pour comprendre ce qu'il se tramait.

— C'est un plaisir de faire affaire avec vous, dit la voix de l'invité, grasse et arrogante.

— Mais pour moi également, répondit le patron. Comment te sens-tu Jungkook ? Es-tu à l'aise ?

Il mit un petit moment avant de répondre.

— Oui monsieur.

Il n'était pas du tout à l'aise, cela s'entendait parfaitement, mais personne n'en fit la remarque à en juger par le rire du patron.

— Tu as quel âge ?

— Seize ans.

— C'est un peu juste.

— C'est tout de même légal, intervint l'invité de sa voix insupportable aux oreilles de Yoongi.

— J'en doute.

— Vous refusez ?

— A-t-il eu d'autres expériences ?

Yoongi eut un haut-le-cœur, espérant que les conclusions qu'il en tirait étaient fausses.

— Bien sûr que non, je vous laisse ce privilège, mais ça vous coûtera un petit extra.

— Il n'y a pas de petit profit, n'est-ce pas ? fit le patron avec amusement. Vous êtes un cas à part, je n'ai jamais rencontré de père qui serait prêt à confier leur fils à mes services.

— Au moins, je sais comment tirer profit des talents du gamin, répondit l'homme.

— Père… murmura le garçon d'une petite voix, comme une supplication.

— Silence.

— Je ne veux pas.

— Il ne veut pas, répéta le patron, toujours sur un ton amusé.

— Tiens donc, reprit le père, sèchement.

— Laisse-moi te regarder, coupa le patron d'une voix doucereuse.

Ce fut à ce moment-là que Yoongi décida d'entrer. Qui que ce soit, il ne laisserait pas un garçon même pas majeur se faire traiter comme un morceau de viande par un vieux pervers. Il garda une certaine contenance le temps de poser le plateau avec les boissons sur la petite table. Les grosses mains du patron, un homme d'une cinquantaine d'années, tenaient le visage encore rond de l'enfance de Jungkook. Crispé, il était obligé de se laisser faire par une force inconnue de Yoongi. Comment un père pouvait-il convaincre son enfant de se laisser toucher de cette façon, contre son gré ?

— As-tu déjà embrassé un garçon ? demanda le patron.

— Ah çà oui, répliqua le père dans un grognement. J'en ai été témoin.

— Un camarade de classe ?

Jungkook ne répondit pas, les larmes aux yeux. Personne ne s'inquiétait de la présence de Yoongi qui fulminait à l'intérieur. Il devait faire quelque chose, et après une telle découverte, il ne pouvait pas rester une minute de plus au service de cet homme. Il bouscula légèrement la table, de sorte que cela puisse se faire passer pour un accident, et un verre se renversa, directement sur les chaussures du patron qui sursauta de surprise.

— Mais enfin ! Fais attention !

— Je suis désolé, dit aussitôt Yoongi en faisant mine de vouloir essuyer le sol.

Il poussa la table encore plus loin, libérant le passage devant le directeur de l'établissement ainsi que Jungkook qui ne comprenait pas ce qu'il se passait. D'un geste rapide, Yoongi donna un coup de coude dans le visage de son patron, ponctué d'un « vieux pervers ! ». Il profita de l'effet de surprise pour prendre la main de Jungkook, le faisant se lever, et il l'emmena en courant vers la sortie de secours la plus proche, sous les cris des deux hommes qui enrageaient. Le garçon le suivait, les yeux écarquillés, incapable de dire quoi que ce soit, et Yoongi courait, ouvrant la porte à coup de pieds, et disparut rapidement dans les ruelles sans lâcher Jungkook une seule seconde. Après cette esclandre, il n'allait sûrement pas pouvoir retourner travailler dans cet endroit, il le savait, mais il venait d'être témoin d'une scène qui allait à l'encontre de la loi ou même de la morale : un jeune homme qui n'était pas majeur vendu comme un objet sexuel à un pervers qui avait l'âge d'être son père.

Ils arrivèrent dans une rue plus grande et animée, où ils pouvaient se perdre dans la foule, et Yoongi ralentit le pas pour reprendre son souffle. Il sentait la main de Jungkook trembler dans la sienne.

— Ça ne va pas ? s'inquiéta Yoongi.

— Qu'as-tu fait ? lui demanda le garçon, pâle comme un linge.

— Je t'ai sorti d'une galère dont tu aurais eu du mal à te remettre.

Jungkook se baissa, les mains sur les genoux et la tête penchée vers le sol.

— Depuis quand les pères prostituent leurs fils ?

— Depuis qu'ils ont vu leur fils flirter avec un garçon de sa classe, répliqua-t-il.

— C'est bien, au moins tu n'es plus pétrifié par la peur, soupira Yoongi.

Il le regarda se redresser, le visage tendu, luttant pour que ses larmes ne coulent pas. Yoongi ressentit de la compassion pour lui, un nouveau membre du club des enfants aux parents indignes.

— Je connais un endroit où tu peux te cacher, te reposer, et même trouver une solution à ton problème. A moins que tu ne veuilles retourner auprès de ton père et que tu passes ta nuit dans le lit d'un vieux.

— Au point où je suis, je vais te suivre jusqu'en Sibérie, répondit Jungkook avec une grimace.

Yoongi lui offrit son plus beau sourire d'encouragement avant de le guider jusqu'à l'appartement. En chemin, il alluma une cigarette pour se détendre.

— Je me serais cru dans un film ! s'exclama-t-il en repensant à ce qu'il s'était passé.

— Moi dans un cauchemar, ajouta Jungkook en lui prenant sa cigarette.

— La prochaine fois qu'on me pique une clope, je mords, marmonna Yoongi en se souvenant que Namjoon lui faisait souvent le coup.

— Tu n'es pas le seul à avoir besoin d'un peu de détente, fit le garçon en lui rendant son bien.

— J'imagine. Tu ne passeras pas à la casserole ce soir. Heureux ?

— J'ai connu mieux.

Le temps qu'ils discutent, ils arrivèrent jusqu'à l'immeuble, et Yoongi l'emmena jusqu'à chez lui. S'attendant à trouver tout le monde au salon, il fut surpris de voir Hoseok et Jimin en pleine séance de lecture, sans Namjoon, et surtout sans Jin. Les deux garçons regardèrent les arrivants avec curiosité.

— Où est Jin ? demanda Yoongi.

— Namjoon l'a appelé pour une urgence à son travail, répondit Hoseok.

— Que ferait Jin dans une station service ?

Hoseok haussa les épaules. Il n'en savait pas plus, alors il ne pouvait en dire plus. Jimin regardait fixement Jungkook qui recommençait à pâlir à cause du contrechoc. Yoongi lui fit signe de s'asseoir dans un fauteuil et il lui prépara une infusion.

— Qui es-tu ? fit Jimin.

Mais il n'obtint pas de réponse. Yoongi attendait avec impatience le retour de Jin et Namjoon. Ces-derniers étaient aux urgences. Jin s'était précipité avec la voiture jusqu'à la station service. Ils avaient installé Taehyung à l'arrière, avec sa sœur, et ils étaient tous partis jusqu'à l'hôpital. A présent, le garçon était allongé dans un des nombreux lits des urgences, endormi. Le médecin l'avait examiné, pansé les plaies qu'il avait au visage, prescrit quelques médicaments pour soulager la douleur quelques jours, mis une attèle à son bras droit qui avait pris beaucoup de coups, sûrement lorsqu'il était en position de défense. L'amie de la sœur de Taehyung était arrivée à la hâte, avec inquiétude, serrant sa camarade dans les bras, outrée par la violence du beau-père. Avec Namjoon et Jin, ils discutèrent longuement des mesures à prendre contre cet homme, mais Taehee n'avait pas envie d'y penser dans l'immédiat.

— Vous prendrez soin de lui, n'est-ce pas ? s'enquit-elle en regardant Jin avec espoir.

— Bien sûr, tu peux suivre ton amie pour aller te reposer. Taehyung restera avec nous.

— Je suis désolée de vous demander ça.

Elle s'inclina, les joues rouges, et son amie la prit par le bras pour l'emmener avec elle. Taehyung revenait à lui, calmé par les antidouleurs. Namjoon lui expliqua la situation, et le jeune homme ne put qu'hocher la tête pour signifier qu'il acceptait de le suivre. Après s'être occupé des dernières obligations avec le médecin des urgences, Jin leur fit signe qu'ils pouvaient rentrer. Taehyung avait encore besoin d'aide pour marcher, et Namjoon fut sa béquille durant tout le trajet jusqu'à la voiture. Au bout de vingt minutes, ils arrivèrent enfin à l'appartement. Ils virent Yoongi sur le canapé avec Hoseok et Jimin, ainsi qu'un garçon inconnu sur un fauteuil. Ils les regardaient avec autant d'étonnement qu'eux.

— Qui est-ce ? demandèrent simultanément Yoongi et Namjoon.

Jin fit un geste pour que tout le monde laisse le canapé à Taehyung qui souffrait encore d'être debout. Il l'aida à s'allonger, l'accompagnant dans ses gestes pour que le fait de passer de la verticale à l'horizontale soit le moins brusque possible. Les autres grimacèrent en le voyant, comprenant qu'il n'avait pas dû passer une très bonne soirée.

— Taehyung est un ami de lycée de Namjoon, expliqua Jin rapidement. Il va rester ici au moins pour cette nuit.

— Jungkook n'a nulle part où aller, ajouta Yoongi en montrant le jeune homme qui semblait perdu. J'ai empêché son père d'en faire un prostitué.

— Je vois que nous sommes tous fatigués, reprit Seokjin. Les explications plus détaillées arriveront demain. En attendant, ce foyer est le vôtre, même si nous manquons de place.

— Taehyung est déjà endormi, on ne va pas le déplacer de nouveau, dit Namjoon. Je vais juste lui apporter une couverture et un oreiller pour que ce soit plus confortable.

— Comme Hoseok a décidé de partager son lit avec Jimin, moi j'ai de la place dans ma chambre. Je te laisse la moitié de mon lit, Jungkook, si ça ne te pose pas de problème, proposa Yoongi.

— J'ai la tête de quelqu'un qui compte faire le difficile ? soupira Jungkook, toujours aussi blême.

— Dans cette bonne humeur générale, je vais te présenter la salle de bain, répondit son sauveur du tac-au-tac.

— Au lit Jimin, dit Jin.

— Pourquoi moi en particulier ?

— Parce que tout le monde va se coucher.

Jimin fit une mine boudeuse mais son bâillement en disait long sur sa fatigue. Pendant que Namjoon prenait soin de Taehyung, on laissa la salle de bain à Jungkook, et petit à petit, chacun d'eux fut prêt à aller dormir, et surtout, laisser cette journée bien derrière eux.

— Bienvenue dans le groupe des parents qui craignent, conclut Yoongi.