Chapitre 5
En mauvaise compagnie.
8h dans un restaurant retiré de la ville
Vincent était venu la chercher, comme convenu. Lorsqu'elle était rentrée dans sa voiture, durant tout le trajet, seule la radio avait comblé les blancs.
Il ne parlait pas, elle non plus, elle était un peu timide ne sachant que dire vu qu'elle ne se souvenait plus de rien. Elle ne voulait pas le blesser en lui posant des questions en rapport avec ce qu'ils avaient vécu. C'était un peu délicat.
En même temps, vu son histoire personnelle, il était préférable d'avoir tout oublié... Tous ces morts, ces "non dits", elle avait presque l'impression de les ressentir, comme si... Rien qu'en le racontant, elle le vivait en même temps. Mais à part cela, elle n'avait rien ressenti d'autre.
Elle avait essayé de coller ces visages sur des noms comme les photos de Ninon, la fille de Vincent, qu'il lui avait montré sur son téléphone. Mais ça ne l'aidait pas, il n'y avait pas cette petite étincelle qui aurait pu l'aider à se rappeler, petit à petit.
Vincent s'était garé dans le parking. Il n'avait pas osé lui parler, en dire davantage pour qu'elle se souvienne de quelque chose. Elle ne semblait pas avoir le déclic et c'était tant mieux. Il fallait repousser l'échéance au maximum... Seulement, combien de temps allait il tenir?
Céline et Vincent se dirigèrent vers le petit resto. Il y avait très peu de monde, c'était un coin assez reculé de Marseille, à vrai dire. Ce qui n'attirait que les habitués ou les connaisseurs. Céline était loin de se douter de ce qu'il se tramait. Elle se contentait de regarder autour d'elle, la blonde trouvait l'endroit charmant. Elle préférait, et de loin, un petit coin isolé qu'un grand resto en plein coeur de Marseille. L'ambiance était plus détendue, loin d'un oppressant restaurant bondé.
Ils étaient installés à une table sur la terrasse, il faisait un peu frais et l'air marin n'arrangeait rien, mais, au dessus d'eux un radiateur extérieur les réchauffait. Comme ça, ils pouvaient avoir la vue, l'odeur sans le léger froid qui régnait.
Le serveur avait tendu deux cartes, mais Céline hésitait longuement. Elle ne savait pas si elle aimait ou non, certains plats du menus. N'ayant pas eu le temps de tout goûter jusqu'à présent, il était difficile de faire un choix.
Vincent, lui, semblait avoir choisi d'avance. Il avait jeté un coup d'œil sur le menu et l'avait rapidement refermé. En voyant la tête de Céline, qui restait toujours concentrée sur la carte, il ne put s'empêcher de lui demander : Un problème?
Céline releva le nez, brusquement, pendant quelques secondes elle avait presque oublié qu'il était la. Heu... Je ne sais pas quoi choisir... Je... Je ne suis pas sur... De... De mes gouts.
Vincent lui sourit puis, Céline baissa sa carte pour qu'il puisse l'aider. Il se rappelait encore de ses goûts, enfin plus ou moins. Difficile d'oublier ce genre de chose, surtout quand on se marie 2 fois avec cette personne. La dorade tu n'aimes pas beaucoup, les spaghettis au saumon tu les aiment bien al dente. Hum… La bouillabaisse et l'aïoli tu aimes… La soupe au pistou et l'oursinade un peu moins… Par contre, ...
Il avait fait presque toute la carte, ce qui avait amusé Céline. Elle l'avait regardé faire sans oser intervenir. Elle avait fait son choix depuis la première minutes, en oubliant le reste de ce qu'il disait. Elle décida de choisir l'aïoli, même si il n'y avait aucuns ingrédients qui pouvaient lui donner un peu de pistes sur le genre de plat que c'était.
Le serveur arriva quelques minutes plus tard pour prendre les commandes. Une fois partit, Vincent décida de briser le silence qui ne cessait de s'installer. Tu aimes cet endroit?
Céline avait fini par fixer l'horizon, tourna la tête vers lui. Elle semblait la sans vraiment l'être. Pas qu'elle se questionnait comme d'habitude, d'ailleurs c'était quelque chose qui l'avait frappé. Depuis qu'elle avait rencontré Vincent, ses questions étaient moins nombreuses, comme si elle savait qu'il la connaissait et qu'avec ce statut elle pouvait se reposer entièrement sur lui.
Oui, c'est très calme et la vue est magnifique... Ça change de Paris.
Vincent sourit. Ah c'est sur! C'est loin d'être la même chose.
Tu connais Paris, non? demanda t elle sans réfléchir.
Le tutoiement était venu naturellement et puis il le lui avait demandé, se sentant en confiance elle n'avait pas eut de mal à changer rapidement.
Oui, je t'en avais parlé cet après midi... Tu ne t'en souviens déja plus?
Céline fronça les sourcils tentant de se rappeler. Ah oui! fini t elle par s'exclamer. Tu es venu de Paris, jusqu'à Marseille… Dans ma boite de BTP.
Voila. Dit il avec un sourire. Je travaillais à Paris, mais j'ai voulu bouger un peu sortir du contexte parisien. Parce qu'on a beau dire que Paris est une ville fantastique quand on y travail on a vite des envies d'ailleurs. Enfin, pas pour tout le monde bien sur. Mais ça à été mon cas.
Céline lui sourit, elle ne connaissait pas trop ce sentiment là puisqu'elle n'avait pas repris le travail. Elle passait son temps à l'appartement d'Anaïs. Certes, elle aussi avait envie de partir, mais dans le sens de "sortir dehors se promener". Dans les rues, des jardins, peu importe. Que ce soit Paris ou une autre ville, tout lui allait, tant qu'elle ne restait pas enfermée à tourner en rond.
Pres de la plage
Virginie avait garé son vieux scooter sur le parking, près de la plage. Elle y avait déposé son casque et s'avançait à présent vers la mer.
A cette heure ci il n'y avait plus personne, elle pouvait laisser son scooter non accroché sans problèmes. Elle enleva ses chaussures pour marcher pieds nus sur le sable...
A cet instant, des flashs de son malaise sur la plage de Barcelone lui revinrent. Depuis la temps, elle n'avait pas eut un moment pour elle. Se mettant face à la mer, les pieds s'enfonçant légèrement dans le sable rugueux, elle ne l'avait pas ressentit depuis son malaise...
Peut être que ce malaise avait rapport avec l'accident cardiaque de son père? C'était dans la même période après tout. Elle secoua la tête. Non ce n'était pas possible d'être liée à ce point avec son père. Elle se faisait juste des films, le manque de sommeil avait eut raison d'elle à ce moment là, c'était tout. Du moins, c'était surtout l'explication la plus valable.
Elle fit quelques pas pour atteindre le sable humide. la mer venait quelquefois à la rencontre d'un de ses orteils mais n'allait jamais plus loin. Virginie respira à plein poumon l'air marin de Marseille.
Les lieux méditerranéen avaient peut être la même odeur pour certains mais pour Virginie celui de Marseille avait quelque chose en plus... Une sorte d'odeur indescriptible qui la rendait différente.
Elle ferma les yeux et se laissa emporter par ses souvenirs grâce à cette odeur si commune..
Quelques instant plus tard elle ré ouvrit les yeux et marcha en direction de la crique... Il devait sans doute y avoir un groupe de jeune.
Elle voyait au loin quelques flammes et une épaisse fumée qui s'y échappait. Elle ne s'avança guère plus loin. Elle connaissait ce coin et savait qu'il ne valait mieux pas les déranger.
A l'époque, sa bande et elle renvoyaient quiconque tentait de s'approcher du lieux. C'était comme un lieux sacré autorisé à eux seuls. Ils valait mieux les laisser tranquilles.
Elle rejoignit son scooter, puis remis ses chaussures, tout en jetant des coups d'œil au alentours. Rien n'avait changé. Ca la fit sourire, le vieux scooter attendait a la même place. Il manquait ceux des autres, de son anciens groupe. A la place, deux voitures légèrement tunées étaient garées. Sans doute celles de la bande qui squattait la place. Les choses changeaient.
Après avoir lacé ses chaussures et jeté un dernier regard à la mer, elle reprit le chemin de la maison de son père.
Elle décida de passer par le petit raccourci, celui qui passait près du resto. Celui ou, des fois, elle y avait mangé lorsqu'elle partait furieuse après une dispute avec son père. Le gérant ne devait pas avoir trop changé, elle lui passerait peut être le bonsoir.
En passant devant, elle ne pu détourner le regard d'une tête familière. Elle n'en revenait pas, elle était de nouveau la, à Marseille tout comme à Paris...
Mais la dernière fois, Virginie n'avait pas compris pourquoi à Paris elle l'avait totalement ignorée.
Lorsqu'elle regarda l'homme assis en face d'elle elle grimaça.
Chaumette.
Céline devait sans doute bosser avec lui, encore... Mais de là à dîner en tête à tête... Se pouvait il qu'ils aient "remis le couvert"? Non, impossible, surtout après ce que lui avait raconté Céline à propos de Vincent!
Enfin, tout ça datait de tellement longtemps, peut être qu'elle avait changé et que beaucoup de choses avaient évoluées?
Virginie ne pu se résoudre à passer son chemin sans faire une pause. Elle s'arrêta sur le bas coté et regarda le couple plus que bancal qui dînaient dehors. Elle remonta un peu plus son col, après avoir coupé le moteur. Il y avait une brise légère et dîner dehors par ce temps, était ridicule. Non. Ce qui était ridicule c'était ce dîner "aux chandelles".
Virginie n'arrivait pas à comprendre Céline. Cette dernière ne lui avait-elle pas dit qu'elle haïssait Chaumette? Pour l'entreprise elle se forçait au moins pour garder une relation de travail stable. Sauf que ce dîner n'avait rien à voir avec une relation de travail!
Virginie bouillait intérieurement. Ok, c'était elle qui l'avait abandonné suite à cette histoire de pollution. Ok elle n'avait pas voulu se battre et avait fini par fuir. Mais Céline aurait pu la retenir! Céline aurait pu la chercher! Mais non... Au lieu de ça, elle dînait avec Chaumette. VINCENT CHAUMETTE!
S'en était trop pour l'ex cheffe de chantier de Phénicie. Elle enfourcha sa mobylette et redémarra. Tant pis pour le patron et le petit coucou qu'elle voulait lui passer. Elle ne pouvait pas se pavaner comme ça devant eux. Il était hors de question qu'elle participe à ce spectacle plus longtemps.
Tout ça l'avait énervé. Elle démarra en trombe et rentra chez elle. Mais une question ne cessait de hanter son esprit. Pourquoi Céline était elle retombée dans les bras de Chaumette?
Virginie ne supportait pas de la voir se pavaner avec son ex. Après toutes les histoires affreuses qu'elle avait entendu sur ce magouilleur, comment Céline pouvait de nouveau retomber dans ses filets?
Elle s'en voulait à ce moment très précis de ne pas s'être plus battue pour la blonde. Parce qu'en règle générale elle ne ressentait plus rien pour ses ex et arrivait même à les oublier rapidement... Mais la, Céline semblait être ancrée dans sa tête et ne plus vouloir en ressortir.
Sans doute aurait elle dû revenir? Sans doute aurait elle dû laisser passer après la tempête et venir s'expliquer? Mais Céline avait franchit beaucoup de limites. Ça avait commencé par le bébé... Virginie avait accepté de faire un compromis mais au final elle avait encore été déçue.
Céline avait trahie sa confiance, elle avait cru en son père mais pas en sa compagne. Et ça Virginie avait du mal à le digérer, encore maintenant.
Bon sang! Le père de Céline face à elle le choix n'aurait même pas du être fait! Surtout connaissance le père Frémont et son passif. Mais Céline, elle, avait fait un choix et Virginie n'avait pas apprécié que la blonde accorde plus de confiance en son père, arnaqueur et mafieux, face à elle.
Elle était partie, puisque Céline n'avait plus confiance, pourquoi continuer cette mascarade?
Un peut plus loin au même endroit, sur la terrasse d'un restaurant.
… Et c'est comme ça qu'on l'a surnommer le chef au grand pieds...
Céline se mit a sourire, l'histoire était amusante bien qu'étant présente à ce moment, elle ne se souvenait absolument de rien.
Vincent avait commencé à raconter des anecdotes de boulots pour que la mémoire lui revienne mais... Rien n'eut l'effet escompté. Céline se contentait de rire ou bien de sourire par politesse, mais jamais sur son visage n'apparaissait l'étincelle qui lui aurait rappelé un détail de ce qu'il racontait.
Vincent était satisfait le plan qu'il prévoyait, mais qui n'était pas prévu au programme, s'annonçait des plus lumineux.
Il avait décidé ça dans la fin de l'après midi. Après l'avoir vue dans la rue. Il avait été plus que contrarié, la présence de la blonde ruinait ses plans. Mais, lorsqu'il s'était approché d'elle pour lui dire bonjour, Céline n'avait pas cillé. C'était comme si elle ne l'avait pas reconnu. Il s'était retourné et l'avait appelé, une seconde fois. Elle n'avait pas réagit non plus, il avait du s'approcher d'elle.
Heureusement que la jeune fille lui avait tout de suite dit qu'elle était amnésique, cela avait évité LA gaffe. Il avait alors échafaudé un plan pour parvenir enfin a ses fins. Ou, du moins, a celle de cette famille qu'il haïssait tant.
Céline s'était mise a sourire de nouveau, mais elle semblait ne pas se rappeler de cette histoire non plus. Après quatre anecdotes du même genre, Vincent se décida a amorcer son plan.
Tu... Il hésita, rendant son discourt plus réaliste. Tu te rappelle de ce que j'avais dit concernant notre relation ?
Oui... Céline se sentit soudain, mal a l'aise sans savoir pourquoi. Sans doute, que cet homme attendait de retrouver l'ancienne Céline, cette dernière n'arrivait malheureusement pas a la faire revenir. Vincent était toujours un étranger pour elle.
En fait... Il ne savait pas s'il devait annoncer ça directement ou attendre qu'il se soient plus vus. Peut etre que le fait de se voir régulièrement aiderait a mettre plus son plan en place ? Il se ravisa alors. Non, c'était sans doute trop tôt.
Mais la curiosité de Céline l'emporta a nouveau. Non, non, c'est bon... Qu'est ce qu'il y a ?
Il ne fallu pas plus longtemps avant que Vincent n'avoue. En fait, avant que tu partes, je t'avais annoncé une nouvelle qui t'avais énormément plus...
Céline fini par le couper. Quelle nouvelle ? Il semblait trop lent pour elle, sans doute pour la ménager ?
On avait prévu.. Il marqua une nouvelle pause... D'aller plus loin. Il se tu, attendant la réaction de Céline. Celle ci fronça des sourcils.
Plus loin ? Dans quel sens ?
Vincent hésita a nouveau. Peut être que ce n'était pas le bon moment. Peut être qu'il fallait attendre. Non. De toute façon, plus tot c'était en place, mieux c'était. Il lui fit un sourire.
En fait, avant que tu partes, on avait décidé de passé a l'étape supérieur. Enfin, étape... Ce n'est pas vraiment le mot juste.
Céline voyait qu'il hésitait. De quoi avait il peur ? De sa réaction ?
Tu peux tout me dire, dit elle en se voulant souriante, cachant ce malaise grandissant.
C'était facile pour elle, elle ne savait absolument pas de quoi parlait ce dernier. De son côté, Vincent jouait son parfait rôle de composition. Prenant son temps pour lui faire croire qu'il ne voulait pas la blesser ou quoi que ce soit. Jouant l'homme attentionné et charmant. A ton retour, il la regarda dans les yeux marquant une nouvelle pause. On avait prévu de se marier.
Céline eut un hoquet de surprise, elle en lâcha même sa fourchette qu'elle avait en main. Le serveur leur avait amené leur plats et, depuis longtemps déjà, ils avaient entamés leur dessert.
En voyant sa surprise, Vincent posa doucement sa fourchette. Il fit un petit sourire, tâchant d'avoir l'air un peu triste. Je peux tout te dire... Sauf ça, répondit il avec un sourire faussement triste.
Céline reprit ses esprits. Non, non... C'est... Juste que... Enfin, je ne m'attendais pas à ce genre de nouvelle. Elle lui fit un sourire timide, tentant de le consoler comme elle pouvait.
Elle était si désolée pour lui. Elle voulait lui montrer que tout allait bien, mais c'était loin d'être le cas. Cet homme était son mari ? Enfin... Pas vraiment, mais c'était pratiquement la même chose. Ils étaient fiancés.
Il lui sourit, il parlait doucement et avec calme pour ne pas l'effrayer. Jouant le jeu au maximum pour que ça soit vraiment réaliste. J'aurais peut être dû attendre avant de te l'annoncer comme ça, je suis désolé. Mais nous étions tellement heureux… Je pensais...
Non, ça va ! Céline lui avait presque coupé la parole. Tu... On avait sans doute très envie de se marier... Et au lieu d'attendre quelques jours tu as du attendre plus d'un an. Pour... Au final, te retrouver avec une femme qui ne se rappelle même plus de ton nom. Je comprends que tu sois si pressé, ne t'excuses pas pour ça. Malheureusement, je ne me rappelle vraiment de rien et... Enfin, la nouvelle m'a surprise, c'est tout.
Vincent décida de jouer une autre carte. Prenant un air triste et désolé il continua. Oh... Je pensais que... Ça t'avais remonter des souvenirs de te parler de tout ça... Mais je vois que... Il ne termina pas sa phrase pour qu'elle fasse plus effet. Accentuant son faux chagrin au maximum.
Céline lui prit la main, a ce moment la, un bruit de moteur de mobylette parvint jusqu'à eux. Céline retira sa main et fixa la route, comme une petite fille prise en faute. Comme si ce bruit l'avait coupé dans son élan de compassion pour Vincent.
Après avoir jeté un rapide coup d'œil vers la rue, elle vit un scooter passer en trombe. Une femme brune, cheveux virevoltant aux vent conduisait le bolide. Des flashs, alors, lui vinrent à l'esprit.
« C'est fini nous deux... »
« Tu ne m'aimes plus ? »
Elle revivait la scène de son rêve, mais cette fois ci elle n'était pas en train de dormir. Elle ne rêvait pas. Le visage de cette femme, son air grave, puis sa silhouette qui s'en allait.
Céline ne comprenait pas pourquoi cette image la hantait a nouveau, surtout a ce moment précis. Avec ce bruit de scooter qui s'en allait.
Ça ne va pas ? Demanda Vincent, la faisant sortir de ses pensées.
Non, c'est bon... C'est passé. Mais Céline restait pensive.
Vincent pensa d'un coup, qu'elle avait retrouvé la mémoire. Que tout son plan étant fichu. Mais, heureusement, il y avait le plan B. Il préféra tâter le terrain. Tu t'es rappelé de quelque chose ?
Après un long silence, elle se décida à lui dire la vérité. Oui... Et non...
Le cœur de Vincent manqua un battement. Il ne fallait pas flancher maintenant, tout n'était peut être pas perdu. Après tout elle ne semblait pas vraiment sûre d'elle. Cette pensée lui permit de retrouver un peu de courage de continuer à la questionner. Oui et non ?
Oui, je me souviens de quelque chose et non... Parce que je me souviens juste de ça et que ça ne m'aide pas plus.
Bien qu'un peu paniqué, il répondit d'un ton faussement enjoué. C'est génial si tu te souviens ! Il te suffira juste de te souvenir de l'avant et de l'après et, au fur et à mesure tu retrouveras la mémoire ! Il n'en menait vraiment pas large, mais son jeu d'acteur devait être parfait puisque Céline ne semblait pas se douter de quelque chose.
La blonde sentait qu'il pouvait être quelqu'un de confiance. Après tout, elle avait toujours ressenti quelque chose en sa présence. C'était bizarre et elle n'arrivait pas a mettre un nom dessus, c'était peut être de l'amour. Ou de l'envie ? Après tout, ils auraient dû se marier. Ils avaient été très proche et se connaissaient depuis longtemps. Et puis, c'était la seule personne de son entourage qui la connaissait d'avant. Elle se laissa alors aller aux confidences.
Elle lui expliqua le rêve qu'elle avait fait, ou plutôt ce cauchemars qui la réveillait chaque nuit. Même, plusieurs fois par nuits. Elle lui expliqua sa « rencontre » où elles s'étaient vu sur les champs puis, dans la file d'attente de la tour Eiffel.
Vincent écoutait attentivement, se demandant comment il pouvait contourner la vérité. Alors qu'il réfléchissait, car il avait rapidement compris que Céline parlait de sa rupture avec Virginie surtout lorsque celle ci l'avait décrite physiquement, Vincent esquissa un sourire. Alors, la seule chose qu'elle se rappelait après cette perte de mémoire totale était l'autre goudou ?
Il n'en croyait pas ses oreilles, pourtant, à eux deux ils en avaient vécus bien plus que Céline avec l'autre ! Quoi qu'il s'en fichait pas mal au final, mais si elle s'était rappelée d'un de leur moment à eux, cela l'aurait franchement mieux arrangé.
Tu la connais peut etre ? C'était qui pour moi cette fille ? A moins... Qu'elle ne fasse pas partie de ton cercle d'amis ?
Vincent profita de cette question pour tourner cette histoire a son avantage. C'était plutôt saugrenu, mais pourquoi pas ? Un pari.
Un pari ? Demanda Céline déroutée.
Oui, on était avec une bande d'amis, on avait un peu bu et... On s'est lancés des paris comme ça. Ou cela allait il le mener ?
Quel genre de pari ? Céline ne comprenait pas, elle pensait que cette fille, d'après ce seul souvenir qu'elle avait... Enfin, qu'il s'était peut être passé quelque chose de fort. Le « Tu m'aimes plus » prouvait qu'il y avait plus que de l'amitié. Mais c'était difficile à croire, surtout après ce que lui avait dit Vincent. Comment pouvait elle être avec cette femme si elle allait se marier ?
On était dans un bar, un peu tous éméchés... A l'époque nous ne sortions pas encore vraiment ensemble. Un de nos amis a parié que tu ne pourrais pas sortir plus d'une semaine avec la personne qui franchirait la porte du bar. Il marquait une courte pause, c'était vraiment une histoire à dormir debout. Le pire était que Céline semblait pendue à ses lèvres. C'était presque trop facile. Et cette personne c'était Virginie.
Virginie ? Lança t elle en faisant un petit sourire.
Vincent ne savait pas si l'évocation de son nom l'aidait a retrouver un peu de ses souvenirs. Il haussa les épaules, se voulant détendu. Oui. Il mangea de son dessert qui commençait à fondre a vu d'œil. Virginie Mirbeau.
Céline savait qu'il ne comprenait pas sa réaction. Elle enchaîna pratiquement après l'évocation de son nom de famille. Virginie... C'était comme ça que je me faisais appeler. C'est le premier nom qui m'est sortit de la tête. Elle continua d'un air pensif. C'est bizarre quand même, si c'était un pari je devrais pas tant m'en souvenir que ça, non ? Et puis, je ne me souviens que d'elle. Sans compter que je me faisais appeler comme elle... Et le plus bizarre c'est que je la voyais partout...
Céline avait fini par croire que son esprit lui jouait des tours, que les deux fois qu'elle l'avait vu, elle avait rêvé. Qu'elle n'était pas réelle.
Souvent, on se souvient des détails insignifiant plus que le reste... Commença Vincent. J'ai lu un article une fois, les gens qui perdent la mémoire se raccrochent souvent aux petites choses qui ne leur est arrivés que très peu de fois dans la vie. Une vieille dame amnésique s'était souvenue de son conducteur de bus qu'elle croisait quand elle allait faire son marché chaque vendredi.
Ah... Les espoirs de Céline s'étaient effondrés. Pour elle, seule la personne qui nous avait réellement marqué restait imprimée dans notre mémoire, si ancrée en nous que même amnésique, on pouvait en avoir encore quelques bribes. Mais, face à l'argumentation de Vincent, elle dû se rendre à l'évidence, elle avait tout faux.
Vincent savait balancer des mensonges si aisément que ça lui faisait presque peur. Effectivement, il avait lu quelques articles sur le sujet, mais, bien sur, ils expliquaient tout le contraire. En ne démentant pas sur le fait qu'on pouvait aussi se souvenir d'un visage que l'on avait pourtant vu qu'une fois dans sa vie. Les deux était possible, donc au final, il n'avait vraiment menti. Il avait juste caché une partie de la vérité. Il voulait absolument mettre son plan en œuvre. Si elle n'avait pas débarqué comme ça, il n'aurait même pas eu à faire ça.
La fin du dîner se termina sans encombres. Vincent avait troqué les anecdotes de bureau contre celles qu'ils avaient vécu lorsqu'ils étaient en couple. En omettant, bien sûr, de dire que tout se passait pendant leur deux mariages catastrophique ainsi que les divorces. Bon, il parlait aussi de quelques disputes, ça faisait plus réaliste comme ça. Après tout, quel couple n'avaient pas eu de disputes ?
Ensuite, lorsqu'ils eurent finis leurs plats, ils se dirigèrent vers la voiture pour se rendre dans la grande maison des Beaumartin. Durant le trajet, ils parlèrent peu, mais déjà plus qu'à l'allée. Plus elle était en sa compagnie, plus Céline se sentait en confiance avec lui. Enfin, elle appelait ça « confiance », car elle ne savait toujours pas comment expliquer ce qu'elle ressentait vis à vis de cette sensation qu'elle découvrait. Sûrement le fait qu'il l'ai connu intimement jouait. Il savait beaucoup de chose sur elle, et contrairement à lui, elle ne se souvenait de rien. Mais, vu qu'il l'a connaissait d'avant elle n'avait pas à craindre quoi que ce soit avec lui de toute façon?
Lorsqu'ils furent arrivés devant la maison, Céline ne savait que faire pour lui dire au revoir. La bise ? Non. Surtout après ce qu'il lui avait dit. Ça lui aurait fait de la peine. L'embrasser ? Non. C'était trop tôt pour elle. Lui dire simplement au revoir et partir ?
Elle soupira, ne sachant pas quelle attitude adopter. Finalement il la regarda sans bouger, un « au revoir » serais sans doute de rigueur.
Il mit le frein à main et la regarda. Je sais que tu en as appris beaucoup ce soir, sans doute préfères tu te reposer demain?
Non, plus j'en apprends sur moi et mon passé, mieux c'est. Elle marqua une courte pause. Enfin, c'est ce que je pense.
Alors, tu ne vois pas d'inconvénients à ce qu'on se voit régulièrement ? Demanda t il avec un petit sourire joyeux.
D'après ce que j'ai compris, ton boulot de prends du temps... Mais s'il t'en reste pour moi alors... Pourquoi pas ?
Après demain ? Dans l'après midi ?
D'accord.
Vincent lui tendis sa carte. Appelles moi demain, dans la journée. Pour fixer l'heure.
Céline prit sa carte et le salua puis, elle claqua la porte et regarda la voiture s'en aller. Elle baissa la tête pour regarder un peu mieux la carte.
Vincent Chaumette, Architecte.
37 rue Villafranca
13008 Marseille
Chaumette SA, entreprise de BTP et Architecture.
S'en suivait le numéro de fixe et de portable. Elle mit précieusement la carte beige et rouge dans sa poche et entra enfin dans la grande maison.
Maison des Beaumartin.
Amandine et son frère Nicolas, leur conjoints respectifs ainsi qu'Anaïs, Armand, le cousin d'Amandine et Bernard, le frère de la défunte, étaient tous présents dans le salon. Seule, Julie manquait. Elle devait être dans son lit a cette heure tardive. Céline hésita a les rejoindre, alors qu'elle pesait le pour et le contre, Amandine se leva et se dirigea vers elle.
Ah ! Virginie...
Non, Céline... Dit la blonde avec un petit sourire.
Amandine s'était habituée à l'appeler ainsi, même lors-qu'avec Julie elle lui avait annoncé son vrai nom. Amandine ne cessait d'employer constamment l'autre prénom. Ah. Oui Pardon... Céline. On était en train de mettre en place les chambrées pour ceux qui arrivent. Le fils de Édouard, Axelle et les enfants devraient arriver demain. Ce qui ferait en tout une quinzaine de personnes. Axelle est l'aînée après il y a Édouard, puis moi... Et ensuite Nicolas! Lança t elle avec un clin d'œil.
Elle lui expliqua ensuite qui était l'enfant de qui, un rapide petit résumé, même si Céline était complètement perdue et le serait encore lorsqu'ils débarqueraient. Oh ! Et j'allais oublier Nadine ! C'est la fille de Nicolas, la sœur de Julie. Elle va venir avec ses jumeaux. Sadie et Noah, ils ont un an et ils sont à croquer !
Céline lui fit un sourire, par politesse. Mais, perdait complètement le fil de la conversation. D'ailleurs, Amandine le compris bien vite. Allez, je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps, je suis sûre que vous êtes fatiguée par cette grosse soirée. Ne vous sentez pas obligée de rester avec nous demain. Même par politesse.
Céline la remercia et s'écroula plus tard, sur son lit. Épuisée par cette journée. Celle de demain n'allait être guère mieux. En effet, dès 10 heures du matin, le début du cortège commença. Un ballet de voiture ne cessait de passer devants la bâtisse. La plupart habitaient sur la cote, d'autre plus loin, près de Montpellier. Et d'autres encore dans les Yvelines... Eux risquaient d'arriver plus tard dans la soirée.
Antoine, le fils d'Édouard et la sœur d'Amandine avec sa fille Sophie ainsi que ses enfants arrivèrent les premiers. Julie était ravie de retrouver ses petites cousines. On ne les vit plus jusqu'à l'heure du déjeuner. Dans l'après midi, Armand et Patrick les frères de Sophie arrivèrent, suivirent de leurs enfants plus vieux. Certains d'entre eux étaient des ados de pas plus de 15 ans.
Juliette, la seule ado de 16 ans, se réfugia dans sa chambre et se posa face a son ordinateur. On ne la vit pas avant le dîner. Il ne restait que les adultes et les jeunes de 20 ans.
Céline, qui ne cessait de suivre Anais des yeux, la perdit de vue. Elle s'était installée avec Alice et Alexandre, ses cousins qui avaient le même age qu'elle. Tous le monde discutait autour d'un pastis, et Céline se sentit de trop.
Mais la journée passa assez vite, et avec toutes ses allées et venue elle avait complètement oublié d'appeler Vincent. Elle se leva, se frayant un chemin entre les Beaumartin et s'éclipsa du salon pour téléphoner. Après de nombreux bips, elle fini par perdre espoir. Alors qu'elle allait raccrocher, quelqu'un daigna enfin lui répondre.
Oui ?
Vincent ?
Oui... Qui est ce ?
C'est Vi... Céline. Désolée, je n'ai pas pu t'appeler plus tot j'ai... Enfin, il y a eu beaucoup d'arrivée aujourd'hui et je n'ai pas trouvé le temps.
Ah... Ce n'est pas grave, j'ai été moi même très occupé.
Je te dérange peut être ? Tu veux que je te rappelle plus tard ?
Non non, c'est bon. Alors, pour demain. Quel horaire te convient ? Que dirais tu de14H30 ?
Va pour 14h30 dans ce cas.
Après avoir pris congé, elle raccrocha et monta dans sa chambre, en attendant le diner. Bien qu'elle n'ai fait aucun exercice, a part peut être aider quelques fois à transporter les valises, elle était épuisée. Elle se dirigea vers sa chambre et s'allongea sur son lit puis ferma les yeux.
Elle entendit a l'entrée des exclamations, sans doute ceux qui devaient arrivés de plus loin. Après, elle ne se rendit même pas compte que tout s'était tue. Du moins, pour elle. Puisqu'elle avait rejoint les bras de Morphée.
Maison de Fernand.
Il était tard maintenant et Virginie avait passé sa journée a faire des allées et venues. Chez son père il n'y avait que le strict minimum. C'est a dire, presque rien. Virginie avait du faire des courses, pour remplir de frigo. Ainsi que la salle de bain qui ne contenait pas grand chose non plus, surtout pour elle.
L'après midi, elle était retournée voir son père qui semblait de plus en plus fatigué. Elle se demandait si ce n'était pas, justement, le fait d'être a l'hôpital. Après avoir passé deux longues heures avec lui, elle était rentrée et s'était collée devant les info régionales.
Elle n'écoutait pas vraiment ce dont le présentation parlait, elle repensait à sa journée, plus particulièrement aux endroits ou elle était passée. Lorsqu'elle avait fait ses courses du matin. Elle s'était surprise a prendre le chemin qu'elles prenaient habituellement. Revoir les places, les habitants et le fameux couple de vieux sur le banc. Céline et elle en avaient même fait des remarques, ce jour la. Tellement prise dans ses pensée, Virginie avait même faillit faire ce geste. Celui de tapoter le bras de Céline pour qu'elle se retourne. Sa phrase sonnait encore dans son esprit.
« Tu crois qu'on sera comme eux dans 30 ans ? »
Chaque fois, c'était la même question. Soit de Céline, ou d'elle même. Et a chaque fois, leur réponses tournaient souvent autour du même sujet.
« Non, on sera mieux. Et entourées de pleins de petits enfants. »
S'en suivait alors des questions plus drôle, sur les surnoms de mamies qu'elles voulaient avoir. Et a leur vie future.
FLASH BACK.
Céline et Virginie marchaient cote a cote dans la ruelle qui donnait sur la place, Virginie guettait le moment ou elles verraient le couple de petit vieux assis sur le banc.
Elles avaient toutes deux de lourds sacs chargés de provisions, puisque la dernière fois Virginie avait oublié de faire les courses et que Céline n'avait pas pu y aller par la suite. Du coup, elles avaient vécu sur les réserves. Qui s'épuisaient. Lorsqu'il ne restait que 3 yaourt périmés au frigo, elles s'étaient bougée. Céline avait embarqué de force Virginie pour l'aider a refaire des réserves.
Arrivées a l'extrémité de la ruelle, Virginie donna un petit coup d'épaule à sa compagne. T'as vu ?
Quoi ? Céline tentait désespérément de faire tenir les sacs sur son épaule. Sa main était devenu pratiquement hors service. Elle regarda dans la direction de Virginie. Lorsque celle ci vit ce dont elle parlait, elle se mit a sourire. Virginie enchaîna.
Tu crois qu'on sera comme eux dans 30 ans ?
Elles passèrent a coté du couple et Céline baissait instinctivement la voix pour se rapprocher de Virginie, afin qu'elle seule entende. Non, on sera bien mieux. Elle marqua une courte pause avant de continuer. Et entourées de petit enfants.
Ah... Je les avais oublié ceux la...
Grand mère indigne ! Lâcha Céline en souriant.
Non. Mamie. Tu préfère qu'ils t'appellent « grand mère » toi ?
Je sais pas... Continua t elle d'une voix normale. Mamie Céline... Grand mère Céline... Elle grimaça. C'est horrible, rien que de le prononcer j'ai l'impression d'avoir déjà des cheveux gris.
Pauvre petite mamie Céline.
Eh ! Laisses moi le temps de m'habituer a maman Céline d'abord, pour le mamie, on verra plus tard.
Ah oui, j'avais oublié cette étape là, tiens. Dit elle en faisant un petit rire. Mélissa et Erwan, nos terreurs !
Mélissa ? Erwan ?
Virginie avait lancer des noms qu'elle n'aimait pas, et connaissait très ben l'avis de Céline sur ceux ci. Oui, nos enfants !
Céline blêmit. T'es pas sérieuse la... Si ? Voyant que Virginie commençait a pouffer, la blonde leva les yeux aux ciel.T'es pas possible.
Eh ! Dis Virginie en essayant de la rejoindre, trop accaparée a rire plutôt qu'a suivre le rythme. J'aurais pu dire Ginette, ou Paulette aussi. Ou alors, Henriette !
Céline grimaça, mais son visage exprimait bien plus que du dégoût.
En tout cas, je les imagine blonds. Avec tes yeux. Notre petite « 'Riette » au yeux bleux...
Riette ?
Oui, le surnom de la petite.
Virginie, je crois que je choisirais moi même le prénom du bébé. Ça vaudra mieux pour lui. Et j'aurais le droit de véto pour le surnom aussi.
Oh allez ! T'as pas d'humour ! Henriette ça revient a la mode en plus !
Jamais de la vie!
Tu t'imagines ? Quand tu t'énerves et que tu l'appelles : « Henriette Jeannine Frémont Mirbeau ?! » On dirait presque qu'on parle de nos ancêtres la !
Céline avait posé ses sacs, et Virginie en avait profité pour faire autant.
Bon, si j'ai compris Henriette c'est mort. Jeannine ? Elle vit le regard faussement noir de Céline. Ok, on oublie. Erwan et Mélissa aussi, je suppose... Et Germaine ? Germain pour le garçon et Germaine pour la fille ?
Emmanuelle tant qu'on y est, proposa Céline. Et pour le garçon, on change juste la fin pour Emmanuel. Encore plus pratique ! Ironisa t elle.
Ah oui ! Génial ! Continua Virginie en souriant beaucoup trop pour que ça soit réel. J'adore !
Je plaisantais.
Moi pas. Virginie lui sourit, prouvant qu'elle plaisantait mais qu'elle voulait juste la charrier.
C'est bien ça qui me fait peur...
Virginie éclata de rire, puis, elles se dirigèrent enfin vers l'appartement. Prenant soin de faire des pauses régulières tant les sacs étaient lourds.
Fin du FLASH BACK
En se souvenant de ce rituel, Virginie en avait eut les larmes aux yeux. Tout ça lui manquait. De toutes ses ex, Céline était la seule qui continuait les délires de Virginie. Quand elle était avec Céline, la brune ne jouait pas un rôle. Elle était elle même. Entière. Avec ses défauts et ses qualités. Et, surtout, son grain de folie.
Avec Sylvie, c'était loin d'être le cas. Et, Laeticia, avant c'était encore autre chose... D'ailleurs, cette dernière l'avait tellement blessée qu'elle avait faillit faire une croix sur une possible descendance.
Mais, encore une fois, Céline l'avait transformé. Le seul problème était que ce sujet était sensible pour les deux. Et quand Céline avait rayonnée au bras de Thomas, Virginie elle, avait ruminé dans son coin. Ça avait été le début de la fin. Comme elle l'avait dit. Et comme ça s'était produit.
Le projet était tombé a l'eau avec Thomas, mais il flottait dans l'air et allait revenir sur le tapis. Bien plus tard.
Seulement, entre temps, un autre sujet... Bien moins joyeux, celui la, était revenu à la charge. Charles Frémont. Céline avait fait l'erreur de s'être trompé de camp. Ou d'en avoir choisit un.
Pourtant, Charles Frémont n'était pas de ceux a qui l'on pouvait faire confiance. Et sa fille le savait beaucoup plus que Virginie. Elle avait grandit avec lui. Sauf qu'elle avait voulu faire comme elle le faisait souvent. Elle voulait le croire. Imaginer que son père puisse changer. Et, ce qui avait changé, fut leur relation.
Virginie s'était sentie a l'écart depuis Thomas et n'avait pas supporté un second « échec ». Elle s'était enfermée dans sa bulle pour ne pas souffrir. Mais rien avait fonctionné. Et elle ne cessait de ressasser. Tout avait pris fin un peu subitement. Même si elle avait très souvent réfléchit. Ce qui la freinait était son orgueil. Elle n'allait pas de nouveau ramper pour se faire jeter à la prochaine occasion. Elle aurait pu revenir, mais Céline aussi après tout. Elle aurait pu s'excuser aussi. Tout comme Céline, non ?
Virginie considérait qu'elle n'était pas la seule fautive, et que son dernier statut lors de le séparation lui donnait le droit de ne pas faire le premier pas. Céline avait compris que son père avait mentit. La blonde était donc la première a devoir venir vers elle, et non l'inverse.
Elle éteignit la télévision et mangea le plat qu'elle avait cuisiné tout en ruminant ses pensées. Elle n'avait pas vraiment faim. Ensuite, elle se traîna jusqu'à sa chambre, regrettant d'être venue la. Tout. Tout lui rappelait Céline. Même cet endroit la.
Elle avait passé un week end ici lorsqu'elles s'étaient disputées la dernière fois. A son retour, elles s'étaient réconciliées... Mais pour se séparer quelques jours plus tard.
Virginie s'allongea en soupirant. Non, elle ne risquerait pas de trouver le sommeil. Comment le pouvait elle ? Surtout après avoir repensé a tout ça.
Elle rêva alors d'une rupture ou elle était fautive. Puis, d'une réconciliation, ou elles étaient entourées d'enfants. Ensuite, son père et celui de Céline avaient kidnappés la ribambelle d'enfants dans une fourgonnette. Céline avait pleuré et imploré son père, mais ce dernier les jeta dans une piscine sans fond. Et il ne cessait de lui répéter qu'elle finirait comme son jumeau. Virginie n'arrivait pas a l'aider parce que son propre père le lui empêchait. Lorsque Céline se noya, il la projeta dedans qu'elle eut du mal a remonter a la surface. Elle se retrouva enfin près du corps de Céline, mais tous ceux de leurs enfants, qui se multipliaient autour d'elle et l'ensevelissait. Elle étouffait.
Et c'est a ce moment la qu'elle se réveilla en sursaut. Elle avait du mal a oublier le corps de Céline au milieu de la piscine. Entouré de tous ces corps d'enfants morts. Leurs enfants. Il fallait qu'elle sorte prendre l'air.
Maison des Beaumartin
Céline s'était levée tôt, ça en devenait une habitude. A force, elle avait fini par s'y faire : se réveiller en sursaut suite à un énième « c'est fini nous deux ».
Après avoir pris un café, elle se dirigea vers la grande terrasse qui surplombait la mer. Elle posa ses mains contre la pierre tiède, réchauffée par le soleil qui pointait a l'horizon. A ce moment la, elle se sentait bien. Ni trop près, ni pas assez de la longue étendue d'eau (qui l'avait quasiment traumatisée lorsqu'elle y avait aventuré ses pieds). Elle avait compris que tout ça était lié a son frère mort noyé. Si elle l'avait su plus tôt, elle ne se serait jamais risquée si loin.
Heureusement que Vincent était la, c'était sa mémoire. C'était la seule personne qui connaissait la « Céline Frémont » mieux qu'elle même. D'ailleurs, elle avait rendez vous avec lui dans l'après midi.
Elle était heureuse dans un sens, ici personne ne la connaissait complètement, mais elle se sentait de trop. Surtout depuis que tout le reste de la famille avait débarqué. Anaïs n'était plus vraiment là elle passait son temps avec sa famille, ce qui était normal après tout. Par conséquent, Céline se réfugiait vers quelqu'un qui était la pour elle, qui l'écoutait et la connaissait déjà.
La matinée s'était vite écoulée, l'après midi encore d'avantage. Plus les jours se succédait, plus Céline se sentait proche de Vincent. Elle se sentait vivre au travers de ses histoires.
La semaine chez les Beaumartin touchait à sa fin et Céline ne savait que faire... Bien sur, elle ne voulait encombrer personne et dans les deux cas c'était impossible. Deux choix s'imposaient. Retourner avec Anaïs à Paris, ou rester ici avec Vincent. Lors du dernier week-end, celui ci le lui demanda, ou plutôt l'invita, à poursuivre les semaines suivantes chez lui. Céline en parla alors avec Anaïs qui, triste de rentrer seule mais heureuse à l'idée que Céline ai retrouvé son amant, du se résoudre a remonter seule dans sa voiture.
Après avoir fait ses valises et s'être rendue devant l'entrée de la grande demeure, elle remercia mille fois sa famille « d'accueil » de l'avoir hébergée et d'avoir pris soin d'elle. Vu qu'Amandine habitait Marseille ainsi que Nicolas, le père de Julie, il lui était possible de les voir, si le cœur lui en disait.
Mais, même si Céline faisait de plus en plus confiance a Vincent, si elle avait l'impression de ressentir un sentiment nouveaux vis a vis de lui. Celui qu'elle avait ressentit la première fois et qui ne l'avait toujours pas quitté. Elle savait que tôt ou tard, Vincent souhaiterait reprendre leur relation malgré le fait qu'elle ne se souvienne de rien. Elle était légèrement étonnée d'ailleurs qu'il veuille reprendre ou il en était connaissant la situation. Après tout elle était complètement différente de l'ancienne Céline. Mais ce dernier était si attentionné qu'elle en oubliait son questionnement.
Il l'avait aider a porter les bagages, et puis l'avait installé dans sa chambre d'amis. Elle pensait que c'était pour ne pas la brusquer. Cela dit, leur rapprochement au fur et a mesure des jours suivant était palpable. Vincent tentait de l'approcher plus physiquement et elle se laissait complètement faire. Heureuse d'être choyée et d'avoir de l'attention, en plus d'en apprendre plus sur elle même jour après jours.
Maison de Fernand
Durant cette semaine Virginie s'était occupée, comme prévu, du chat Léon et de la maison. Son père était sortit le mardi après midi de la semaine suivante et elle n'avait pu se résoudre à le laisser seul. Et puis, il lui restait encore des semaines de congés. Elle avait donc appelé Béatriz pour lui parler du report de son retour. Cette dernière n'était pas du tout paniquée a l'idée d'avoir l'appartement pour elle seule. Tony était parti pour 3 jours en week-end avancé et elle pouvait pleinement profité de l'appartement seule.
Après l'attaque cardiaque de son père, Virginie avait aperçu quelques changements. Il avait plus de mal a faire certaines choses habituelles. Elle s'empressait alors de l'aider pour le plus grand bonheur de son père, qui était ravi que sa fille soit à ses cotés. Du coté de la brune, elle n'avait pas profité de son père depuis plus d'un an c'était un bon retour aux sources pour elle aussi. C'était le bon moment pour rattraper le temps perdu. Même si elle avait apprécié cette année loin de tout et qu'elle le disait souvent collant, il restait son père. Et elle ne pouvait pas décemment le laisser seul suite à tout ce qu'il s'était passé. Il avait besoin d'aide et elle avait besoin de se changer les idées. D'oublier ce passé qui ne cessait de la hanter.
Maison de Vincent
Vincent habitait une grande maison de plein pied, une sorte de grand loft face a la mer. Il avait annoncé a Céline que l'ancien loft dans lequel ils avaient vécu avait été repris par sa fille et qu'ils iraient sans doute la voir un jour ou l'autre. Peut être que ça pourrait l'aider de revoir ce lieu et les personnes qu'elle avait connu.
Les jours passaient et la visite n'était toujours pas d'actualité. Vincent repoussait l'échéance. Il ne voulait pas que Roland, Mirta et tous les Mistraliens la voient, sinon son plan tombait complètement a l'eau. Eux, ils n'étaient pas amnésiques et c'était bien dommage ! Pensa t il.
Le loft de Vincent comportait une terrasse en pierre qui contrastait avec la baie vitrée plutôt design. Céline ne cessait de s'installer sur les sièges de la terrasse pour observer la mer. Il était beaucoup prit à cause de son boulot d'architecte et elle passait donc son temps a lézarder au soleil. Il lui arrivait de marcher dans les rues pavillonnaires jusqu'au parc, mais elle revenait toujours et ne s'éloignait jamais vraiment. Elle préférait rester sur la terrasse pour contempler l'horizon. Ici, elle ne restait pas enfermée et proche du loft. C'était le lieu idéal.
Alors qu'elle regardait la mer, une femme qui marchait sur le bord attira son attention. Céline le savait, c'était elle. Cette femme qu'elle voyait constamment. Elle ne savait pas si elle devait aller la voir. Après tout, les autres fois n'avait été que des visions, celle ci devait en être une non ?
La curiosité fini par l'emporter. Oubliant sa phobie, elle descendit précipitamment les petites marches, traversant le jardin et poussant le petit portillon pour aller enfin à sa rencontre. Elle aussi la connaissait un peu, après tout. Et puis, elle voulait s'excuser. C'était bête, elle ne se souvenait plus de rien elle n'aurait pas eu a le faire... Mais elle sentait que c'était la seule chose, l'unique même, qu'elle devait faire.
Maison de Fernand
Virginie avait pris son petit déjeuner tôt, ne sachant que faire de sa journée, elle décida d'aller marcher un peut sur la plage. Comme elle le faisait régulièrement par le passé lorsque son père dormait encore. Elle descendit en mobylette jusqu'à l'endroit qu'elle connaissait tant et se gara sur le fameux parking. Il n'y avait personne à cette heure, sauf quelques joggeurs qui allaient et venaient le long du rivage. Ou quelques gens matinaux qui promenaient juste leur chiens.
Virginie ôta son casque et l'enchaîna à sa roue avant, comme elle le faisait dans sa jeunesse. Elle marcha en direction de la petite crique puis, se ravisa et se mit à marcher à l'opposé, le long de la cote. Elle s'arrêtait de temps a autre pour voir l'heure et contempler l'horizon.
Peut être que son père avait lu son mot, celui qu'elle avait écrit a la vas vite avant de partir ? Ou dormait il encore ? Il était encore assez tôt et le soleil, bien que bas, éclairait déjà tout autour de lui. Virginie se remit en marche, elle ne remarqua même pas les maisons au bord de la cote... Encore moins la jeune femme blonde qui venait a sa rencontre.
Sur le bord de mer
Céline n'était plus qu'a quelques centaines de mètres, mais déjà elle s'arrêta. Devait elle lui parler réellement ? Toute cette histoire datait de plus d'un an, la jeune femme l'avait sans doute oublié non ? Le cœur de Céline battait la chamade, la peur sans doute, elle ne comprenait pas elle même pourquoi si prêt du but, elle voulait renoncer.
Elle resta figée sans savoir quelle décision prendre. Comme si elle attendait que l'autre femme la prenne pour elle. Les secondes qui défilaient lui paraissaient ne jamais vouloir se finir. La brune s'était arrêtée pour regarder la mer, non sans un coup d'œil a sa montre. Attendait elle quelqu'un ? Si oui, Céline allait être de trop. Elle ne voulait pas lui remémorer des souvenirs douloureux alors que l'autre jeune femme vivait sa vie tranquille avec, probablement, son nouveau compagnon. La blonde se remémora les paroles de Vincent. Ou peut être sa compagne plutôt? Puisqu'elles avaient eu une histoire toute les deux, cette femme était probablement avec une autre femme. D'ailleurs, Céline ne s'était jamais posé de questions sur le sujet de sa bi sexualité, mais a présent... C'était une tout autre histoire. Sachant en plus qu'elles étaient toutes proche, le stress augmenta d'un cran.
Ses questions se bousculaient sans qu'elle puisse en saisir une seule pour l'analyser. De toute façon elle ne pouvait pas en savoir plus en restant plantée là. Pas le temps de faire un geste, la brune s'était retournée et lui faisait face, à présent.
Virginie avait regardé le lever du soleil une dernière fois avant de rebrousser chemin, vu l'heure il était plus judicieux de rentrer. Son père devait l'attendre maintenant, elle ne voulait pas le laisser seul. Alors qu'elle s'apprêtait à revenir sur ses pas, son regard accrocha celui d'un bleu azur, qu'elle avait tant connu.
Elle s'immobilisa comme une statue, ne sachant pas si c'était un hallucination ou une réalité. De longues secondes s'égrainèrent sans qu'aucunes des deux n'ouvrent la bouche. Elles restèrent la, a se fixer. Certaines que l'hallucination était trop réelle pour être fausse, cette fois. Attendant que l'autre face le premier pas, aussi.
Voyant qu'elle ne bougeait pas, Céline décida de s'avancer la première. Elle ne risquait pas grand chose vu qu'elle ne se souvenait de rien. Mais... Plus elle s'approchait, plus elle sentait son cœur cogner dans ses tempes. Elle ne comprenait pas pourquoi son corps réagissait a chaque fois ainsi, une sorte de peur mélangé à... De l'envie ? Quelque chose d'inexplicable se passait en elle, sans qu'elle en saisisse le sens. Son corps avait enregistré une donnée que son esprit n'avait pas.
Elle était a présent face a face, Céline ne sachant que dire se contenant d'un simple :
Bonjour.
Virginie la voyait s'avancer, n'osant bouger de peur qu'elle ne s'enfuie encore une fois. Elle était spectatrice de l'instant se maudissant de l'avoir laissé, d'avoir fuit. C'était la plus grosse erreur de sa vie, et elle venait de s'en rendre compte. Était ce trop tard pour la conquérir de nouveau ?
Virginie ne voulait pas penser, elle ne voulait pas souffrir encore. Surtout qu'elle avait encore en tête l'image de Céline et Vincent en tête a tête dans ce restaurant. Cependant une chose était sûre. Ce souvenir la, n'était pas un rêve ou une hallucination. La voir lui redonnait le sourire, la faisait revivre. Mais aussi, elle avait peur et se sentait trop fautive pour dire quoi que ce soit. A cet instant, elle était trop préoccupée par le fait de ne pas s'avancer plus pour l'enlacer. Elle en mourrait tellement d'envie !
Bon... Bonjour. Elle était hésitante, beaucoup trop. Céline pouvait se douter de quelque chose... Pire, elle pourrait très bien comprendre !
Ça va ? Demanda la blonde. C'était pitoyable, Céline n'arrivait même pas a lui dire franchement ce qui lui trottait dans la tête.
Ça va. Virginie ne voulait pas s'étendre sur le sujet. Toutes les choses qui n'allaient pas, ne pouvaient être dites. D'une, Céline avait toujours eu du mal avec son père même si elle aurait feint d'être compatissante, elle ne l'aurait pas pensé. Et l'autre chose la concernait, beaucoup trop... Virginie ne voulait pas se mettre a nue maintenant après toute cette année de silence. Comment lui expliquer qu'elle s'en voulait après tout ce temps ? C'était bien trop tard ! Et toi ?
Aussi. Que dire d'autre ? Parler du beau temps ? Tout ça est absurde, pensa Céline, elle n'aurait jamais du aller la voir. De toute façon, elle était très bien avec Vincent. Il lui apportait tout ce qui lui fallait, elle n'avait fréquenté cette jeune femme bien moins de temps que lui !
De longues secondes s'écoulèrent a nouveau sans qu'aucunes ne prenne la parole. Pourtant, toutes les deux avaient énormément de chose a dire.
Et Phénicie ?
Ma boite de BTP ? Je n'y bosses plus... A vrai dire, je ne bosse plus du tout.
Ah. Virginie ne voulait pas trop être indiscrète, parler boulot autant pu leur faire gagner un peu de temps avant un nouveau silence. Mais elle elle commençait a lui poser mille et une questions sans doute, Céline lui aurait rétorqué qu'elle l'aurait su si elle ne l'avait pas quitté. Ce a quoi, Virginie lui aurait donné entièrement raison.
Céline avait eu un doute, Vincent lui avait parlé de Phénicie mais sur le coup et avec le stress elle en avait presque oublié le nom de son ancienne boite. Elle ne voulait pas s'étendre sur un sujet qu'elle ne maîtrisait pas assez et décida de relancer la conversation sur son interlocutrice.
Et toi, le boulot ? Comment pouvait on annoncer a quelqu'un qui nous connaissait : Je suis amnésique je ne me souviens de rien et encore moins de toi. Pire. On m'a tout raconté sur nous mais je ne m'en souviens pas, je voulais juste m'excuser. Et d'ailleurs, s'excuser de quoi, puisqu'elle ne se souvenait de rien ? Céline se maudissait, elle n'aurait jamais du aller à sa rencontre.
Je bosse a Barcelone, toujours dans la même branche.
Céline ne savait même pas de quelle « branche » elle parlait. Sans doute bossait elle dans les bureaux ?
Et t'as des nouvelles de Chaumette ? La brune avait lancé ça l'air de rien, mais ça sonnait faux. Elle aurait pu balancer directement qu'elle l'avait vu dîner avec lui et lui demander carrément si ils avaient prévu de remettre le couvert. Mais sa question était plus simple et moins intrusive.
Chaumette... Chaumette... Céline avait du voir ce nom quelque part. Soudain, elle se rappela de la carte de visite. Vincent Chaumette. Étant donné qu'elle l'avait toujours appelé par son prénom, elle avait eu du mal a se souvenir de ce détail. Elle mit quelques temps avant de lui répondre.
Oui, il m'héberge. La blonde avait dit ça simplement, de toute façon Virginie avait du le savoir. Cette dernière, pourtant, paraissait surprise au point de répéter.
Il t'héberge ? Autrement dit, ils couchent ensemble pensa t elle. Mais Virginie avait du mal a y croire, surtout après leur passé tumultueux.
Oui... Il est charmant... D'ailleurs, nous allons nous marier.
Virginie avait l'impression de se prendre un couteau en plein cœur. Était elle consciente du mal que Céline était en train de lui faire ? Si c'était une blague, elle était de fort mauvais goût ! Pardon ?!
Soit Céline était en pleine crise de démence, soit elle avait loupé un énorme chapitre. Pourtant, en un an les choses ne changent pas tant que ça si ? Oui... Mais on va sans doute repousser le mariage a cause... De quelques contre temps. Céline mentait carrément a présent. Elle ne faisait que répéter certains mots de Vincent. Ça ne comptait pas vraiment du coup, elle ne se souvenait de rien. Pourtant, la blonde avait perçu comme une pointe de tristesse dans son regard. L'aimait elle encore ? Malgré tout ce qu'il s'était passé entre elles ? Je suis désolée. Lâcha t elle après de longues minutes de silence. Elle l'avait dit. C'était sans doute hors contexte, mais elle s'était excusée comme elle avait voulu le faire. Avec un peut de chance, Virginie aurait compris ?
Désolée ? Elle était désolée ? Elle remettait le couverts avec Vincent pour la 3 eme fois et elle était... Désolée ?!
Virginie se referma immédiatement dans sa coquille. Elle ne voulait pas souffrir. Elle ne répondit rien et contentant d'écouter et d'attendre le moment propice pour s'éclipser.
Céline se demandait si elle avait bien fait, la jeune femme semblait s'être emmurée dans le silence depuis cette révélation. Elle s'était juste contenté d'hoché la tête en guise de réponse. Se pourrait il qu'après un an, elle n'ait toujours pas digéré leur histoire ?
En même temps, Céline pouvait la comprendre, sans doute si quelqu'un s'était joué de ses sentiments elle lui en voudrait encore. Excuse moi... Virginie... Je n'aurais pas du venir te voir... On aurait... Je ne t'embêterais plus.
Elle s'était rappelé de son prénom puisque pendant longtemps, avant de le connaître, elle s'était fait appeler de la même façon. Mais... Le lui dire a elle, l'avait fait hésiter. Détournant le regard, elle lui tourna le dos et s'éloigna vers la maison de Vincent.
Tandis que la silhouette de Céline disparaissait, Virginie réfléchissait. Elle n'avait pas bougé d'un pouce depuis l'annonce du mariage. Alors ça allait être ça leur dernière conversation ? Un simple « ça va » et un « je vais me marier avec Vincent ?! »
Virginie bataillait intérieurement, elle était partagée entre la colère et une incompréhension totale. Non, cette Céline n'était pas réelle. Elle avait du rêver de tout ça, à nouveau. Ce n'était pas possible... Pourtant, au fond d'elle quelque chose semblait émerger... Et si ?
Et si c'était vrai ? Dans ce cas, ça pouvait expliquer son agissement à Paris, le fait qu'elle la fuie, qu'elle se sente mal a l'aise voir complètement ailleurs ? Non. Son regard ne trompait pas. A Paris tout comme ici, elle avait remarqué dans son regard quelque chose... Quelque chose avait changé, elle le sentait sans pouvoir se l'expliquer.
Peut être que Chaumette la manipulait ? Virginie commençait a se persuader de cette hypothèse. Comment la blonde avait pu retomber si bas ? Surtout avec ce qu'ils avaient en commun et leur deux mariage ratés... Vincent devait faire pression sur elle et peut être qu'il devait la faire suivre ou qu'elles avaient été surveillées... Peut être que dans son regard ce qu'elle aurait du lire était quelque chose comme : « Aide moi » ? Si elles avaient été épiées, comme Virginie semblait le penser, alors le fait d'être allé la voir était un problème. Virginie était emprunt a de nombreux doutes, soit elle avait raison à propos de Vincent, soit c'était la triste réalité.
Céline n'ayant trouvé personne d'autre, elle s'était réfugiée dans les bras du seul homme avec qui elle avait vécu de nombreuses années. Céline avait toujours eu ce manque affectif. Mais, Vincent Chaumette? C'était trop gros, Virginie n'arrivait pas à y croire. Ou ne voulait pas y croire. Malheureusement, elle ne pu en savoir plus. La blonde avait disparue.
Perdue dans ses pensée, elle n'avait même pas remarqué ou Céline était passée. Elle regarda face à elle, dos a la mer, ces 3 grandes maisons qui surplombait la plage. Les mémorisant, elle savait qu'il n'allait pas être difficile de les retrouver. Elle jeta un dernier regard sur ces trois grandes bâtisses, mémorisant cette image dans son cerveau et se promis de revenir plus tard. Elle avait besoin d'explications. Mais d'abord, elle devait mettre de l'ordre dans ses pensée et s'occuper de son père.
Céline ne sachant que dire de plus avait fini par lui dire au revoir et l'avait planté la. Mais elle doutait de la façon dont cette femme s'était fermée lorsqu'elle lui avait parlé de Vincent. Son regard, son expression lui avait serré le cœur sans qu'elle n'en comprenne le sens. Elle sentait qu'elle l'avait blessé, se pourrait il que la brune ait quelque sentiments encore enfouis ? Qu'elle l'aimait encore ?
Elle avait du enfoncer le clou en parlant mariage... Pourquoi au fond d'elle, elle ressentait le besoin de lui faire mal malgré elle ? Comme si elle voulait lui montrer qu'elle continuait a vivre. Alors que Céline ne savait pas du tout ou elle en était dans sa propre vie. Pourquoi s'acharner ainsi sur une parfaite inconnue pour elle ?
Elle regrettait de ne pouvoir en savoir plus sur son passé. Elle s'attristait du fait qu'une part de son cerveau gardait jalousement ses souvenirs. Certes, Vincent lui avait raconté son passé. Ça l'avait soulagé d'avoir un passé et une histoire. Mais ça ne remplaçait pas des véritables souvenirs. Rester spectatrice de sa vie devenait frustrant.
Elle était a présent sur la terrasse, elle avait continué son chemin sans regarder en arrière. Elle ne voulait pas regarder cette femme et sentir sa tristesse. Elle se maudissait d'avoir voulu la voir juste pour s'excuser. Elle avait peut être, inconsciemment, fait ça pour soulager sa conscience mais maintenant c'était pire. Elle se sentait mal de l'avoir blessé sans qu'elle n'y trouve une véritable raison. Pourquoi avait elle eu ce besoin de la voir et de lui parler ? Encore des questions sans réponses...
Elle se retourna pour regarder la jeune femme s'éloigner. Lorsque la brune se retourna une dernière fois avant de poursuivre son chemin, le cœur de Céline se serra. Une impression de déjà vu la fit frémir. Le fait de la voir s'en aller, comme don son rêve... Virginie semblait toujours vouloir « s'en aller » sauf que, pour une fois, c'était la blonde qui l'avait fait avant.
Ce qui la troubla d'avantage, bien plus que la tristesse qu'elle avait vu dans son regard, c'était le manque. Elle ne comprenait pas pourquoi, en la voyant partir, elle eu soudainement ce manque physique d'elle. Si cette femme n'avait pas tant compté, comme disait Vincent, pourquoi elle ressentait tout ça ? Pourquoi avait elle envie de retourner la voir?
Avant, elle n'avait pas réussit a mettre un mot sur ce sentiments et il était encore supportable. Mais la, elle lui avait parlé, elle l'avait vu de près et avait lu cette tristesse dans ses yeux... Cette douleur qu'elle y avait vu avait du, sans doute, accentuer ce manque. Bien que ça ne soit pas très cohérent, elle pouvait aisément mettre un mot sur ce sentiment, à présent.
Elle se laissa tomber sur une des chaises du jardin, vidée de cette « confrontation ». Des larmes ruisselaient le long de ses jours bien qu'elle n'en comprenne pas vraiment le sens. Pleurer lui faisait du bien, elle relâchait la pression qu'elle s'était mise jusque la.
