Polala.

Je savais que je finirais pas être en retard! Navrée pour cette période d'attente, je tente de faire de longs chapitres à chaque fois. On est toujours dans une introduction, cette fois des personnages, j'espère que ça vous plaira :)

Merci beaucoup à ceux qui ont commencé à me lire ça m'a énormément touchée et fait plaisir, j'ai sauté comme une gamine à chaque fois (sans commentaires).

Bonne lecture et à tout bientoot

xoxo, jilyann


Je m'enfonçai dans le couloir, tandis que le train me bringuebalai dans tous les sens, faisant tressauter ma valise et la cage d'Elina. Des élèves de tous âges encombraient le chemin, cherchant leurs amis dans divers compartiments, babillant ou frétillant d'impatience dans l'attente du chariot de friandises. Je me faufilai entre eux, essuyant quelques regards curieux, intrigués et pour certains garçons, lubriques. Pfff.

Restait à trouver un compartiment. Pas libre, je n'étais pas folle ; j'étais seule, tout le monde avait ses propres amis et je n'étais pas arrivée très tôt. Dépitée d'avance, je jetai un œil aux espaces. Pas celui-là, ces quatre garçons avaient vraiment l'air turbulents. Ni celui-ci, je ne supporterai pas plus de dix minutes passées à radoter sur la nouvelle étoile montante du Quidditch (siiiiiiii canon!), ou la couleur la plus fashion de cet automne. Tiens! Celui-là n'avait pas l'air si mal. Occupé seulement par une fille - à l'acné purulente, certes - mais qui devrait faire l'affaire. Je m'apprêtai à ouvrir la porte coulissante lorsque la fille en question se fourra d'une manière plus ou moins discrète le doigt dans le nez. Elle ressortit son doigt, l'examina un instant puis le passa sous son siège, afin de l'essuyer. Beurk! Pas étonnant qu'elle soit seule! Pas question, j'avais bien trop d'amour-propre.

Je passai furtivement mon chemin. D'autres situations semblables aux précédentes se succédèrent. J'avais presque atteint le bout du train lorsque je tombai enfin sur un compartiment où l'ordre semblait régner. Il était occupé par trois filles, qui paraissaient avoir mon âge. La plus près de moi, une fille très mince aux cheveux et yeux de jais extrêmement longs, lisait un épais volume aux pages jaunies. Sa peau pâle portait des traits fins et délicats, asiatiques.

Les deux autres étaient plongées dans une conversation des plus animées. Une jeune fille à la chevelure d'un roux flamboyant agitait fébrilement ses mains pour appuyer ses dires, tandis que son interlocutrice, une fille à la peau métissée et aux yeux bleus incroyablement beaux, riait aux éclats.

Je fis coulisser la porte, affichant un air gêné.

"Ça vous dérange si je m'incruste?" Demandai-je. "Tous les autres compartiments sont complets."

Bon, théoriquement, c'était faux. Mais je ne tenais absolument pas à partager une journée de voyage avec une sans-amie crado. Ce serait pas le top pour commencer l'année, et pour ma cote de popularité.

"Bien sûr", me sourit la rousse.

Je lui retournai son sourire, hissai ma grosse valise dans le filet à bagages et pris place sur la banquette, à côté de l'asiatique. Cette dernière, toujours plongée dans son livre, releva à peine le bout du nez pour me saluer.

La rouquine reprit la parole, troublant le silence palpable.

"Moi c'est Lily Evans", se présenta-t-elle. "Et elle c'est..."

"Rubi Koumba" compléta la métisse, non sans un regard noir vers son amie. "Je suis capable de parler toute seule."

La dénommée Lily roula des yeux et désigna de la tête la dernière fille. "Et cette antisociale, là, c'est Niu-Ling. Mais appelle-la Niu tout simplement, parce que sinon elle va te faire un caca nerveux."

"C'est pas de ma faute si ma grand-mère a tenu à me choisir quinze mille prénoms chinois", grommela l'intéressée. "Je suis autant britannique que vous. Oh, et puisque vous m'avez dérangée, autant participer à la conversation", grogna-t-elle encore.

Elle referma sèchement son livre, qui émit un "clap" sonore. Lily se retourna vers moi, un sourire aux lèvres.

"Alors? Et toi? Je n'ai pas le souvenir de t'avoir déjà vue à Poudlard et, du peu que tu as parlé, ton accent ne me semblait pas très british."

"C'est juste", grimaçai-je. "Je m'appelle Enola Chevalier, je viens tout droit de Beauxbâtons."

Rubi ouvrit de grands yeux. "T'es française et tu parles anglais comme ça?!"

Sans prévenir, ces mots francs déclenchèrent l'hilarité. En même temps, je devais bien avouer que la plupart des français possédaient un accent médiocre en ce qui concernait l'anglais - bon, il n'y avait pas qu'eux qui craignaient, mais en grande partie. Bref, j'en faisais plus ou moins partie.

L'atmosphère sembla soudainement s'alléger et nous entreprîmes de commencer une discussion, dans le but de mieux nous connaître.

Niu se pencha vers moi, ses yeux sombres me fixant avec intérêt. "Alors, c'est comment Beaubâtons? Est-ce que que vous avez vraiment des chevaux géants? Est-ce qu'il n'y a que des filles? Est-ce qu'il fait chaud en France? Pourquoi tu viens maintenant à Poudlard? Pourquoi..."

"Wowowow". Je levai les mains en signe de reddition et Lily, vite suivie de Rubi, éclata de rire. "Vas-y mollo avec les questions!"

Pas gênée le moindre du monde, Niu se redressa dignement et afficha un sourire discret. "Je voulais juste en apprendre plus, c'est tout", se justifia-t-elle.

J'essayai donc de répondre du mieux que je pus à ses multiples questions. Je lui expliquai que Beauxbbâtons était une école de filles, et également très stricte. L'uniforme en règle était une robe légère en soie bleu clair, très féminine et absolument immonde, et une cape. Je leur confiais l'épisode durant lequel j'avais tenté de recycler cet uniforme en pantalon et chemise - mauvaise idée, étant donné mes talents de couturière. Elles hurlèrent de rire avec moi quand je racontais la réaction de mon professeur d'enchantements, s'arrachant les cheveux, le visage violacé, quand j'avais accidentellement transformé mon voisin en limace. Je leur parlais des jardins immenses, découpés dans les Pyrénées, de la fontaine au pouvoirs curatifs trônant au milieu des jardins, du château et de leur raffinement à la con, des profs débiles, et même de mes meilleurs amies. Quand je leur contai, dans les grandes lignes, que j'avais dû déménager sans être au courant de rien, elles exprimèrent chacune leur révolte.

"Je peux pas le croire!" S'insurgea Rubi. "Partir sans même dire au revoir, tu te rends compte Niu? Comment t'es parents ont-ils pu te faire ça, Nola? Franchement, je crois que si ça avait été moi, je..."

Et tandis qu'elle débattait avec Niu, je fixais la banquette. Ma mère n'aurait jamais permis à mon père de faire ça. Tout était de sa faute! Je fronçai le sourcils, si fort qu'ils devaient probablement se toucher. Pourquoi avait-il fallut que ce soit elle qui partît en premier!

J'interrompis mes réflexions, sentant un regard peser sur moi. Ce n'était autre que les yeux émeraudes de Lily, qui me fixaient avec un air inquisiteur. Je sentis bien qu'elle avait décelé que quelque chose ne tournait pas rond et que c'était en rapport avec mes parents. Je pinçai les lèvres et regardai ailleurs. Quand je lui jetai un nouveau coup d'œil furtif quelques secondes plus tard, elle m'adressa un haussement d'épaules et un sourire amical. Soulagée, je le lui rendis.

J'embrayai quelques secondes plus tard un nouveau sujet. "Alors, c'est comment, Poudlard? Qu'est-ce qu'il faut savoir sur qui? Qui sont les profs à éviter? Quels sont vos endroits préférés? À vous de subir l'interrogatoire, mouahah" imitai-je en me frottant les mains avec un faux air machiavélique.

Elles éclatèrent de rire et Lily commença à prendre la parole. "Et bien, Poudlard est reparti en quatre maisons, Pouffsouffle, Serdaigle, Gryffondor et Serpentard, selon leurs aptitudes et leur caractère. Les Poufsouffles sont sympa, en général. La maison accueille les gens loyaux, patients et travailleurs. Enfin, pas les gros intellos, hein! (Nous rîmes encore.) Ça, c'est le travail de Serdaigle. Là-bas, ils sont soit-disant matures, réfléchis et sages. Allez dire ça à Craig Moore... La maturité et la sagesse c'est pas trop son truc."

Elle fronça les sourcils. "Il a essayé de m'inviter au bal l'année passée, comme si j'allais..."

"Oui, oui, Lily, tu ne vas pas nous ressasser le refrain de Craig-est-un-stupide-crétin-immature", rétorqua Rubi avec véhémence. "De toute façon, tu parles de Potter de la même manière. Au moins ce dernier a eu le bon sens de lui casser accidentellement son nez après ce malheureux incident, comme par hasard..." Murmura-t-elle avec un sourire espiègle.

La rousse balaya de la main ses paroles et poursuivit son exposé : "Ensuite il y a Gryffondor, les lions, les courageux, les loyaux, les meilleurs. (Je ris avec les deux autres et elle eut un sourire malicieux.) Je crois que tu as deviné notre maison. Concluons avec Serpentard, crois-moi, ne t'approches pas d'eux. Ils méprisent les nés-moldus, sont encore plus détestables que Potter et le venin qui sort de leur bouche est tout aussi redoutable que les sortilèges qu'ils te jettent dès que tu as le dos tourné."

"Tu me parais bien inspirée", siffla Rubi.

"J'ai eu matière à réfléchir, pendant ces vacances", grimaça-t-elle.

Elle crispa ses poings et ses phalanges blanchirent. À mon tour, je lui jetai un regard interrogateur, mais contrairement à moi, elle le soutint tristement en haussant à nouveau vaguement les épaules.

"Bon, et les mecs canons? Parce que, pour tout vous dire, j'ai vu beaucoup de bombes au féminin (je leur adressai un clin d'œil faussement aguicheur et elles pouffèrent), mais question garçon, ça vole pas plus haut qu'une vieille Étoile Filante", coupai-je vivement, interrompant l'échange de regards éloquents entre Lily et les deux autres filles, changeant de sujet.

Les yeux de Rubi s'illuminèrent. "Ça tombe bien que tu demandes ça!" Elle eut une mimique malicieuse et passa la main dans son épaisse crinière bouclée. "Cet été, j'étais chez ma grand-mère et il se trouve que l'ennui a guidé ma main sur une feuille de papier. (Elle prit un air théâtral.) Poussée par une inspiration soudaine, j'ai donc commencé à écrire ce petit chef d'œuvre", ajouta-t-elle en dégainant le parchemin en question.

Elle l'ouvrit précautionneusement, comme si elle tenait dans ses mains le Saint-Graal, tandis que nous la regardions faire avec religion. Elle retourna le papier à notre vue, exposant son écriture un peu brouillonne à nos regards.

Elle inspira bruyamment. "Je vous présente ma liste non-exhaustive, mon classement le plus parfait, de tous les garçons de Poudlard!" Clama-t-elle. "Chaque garçon de chaque année a été recensé dans cette magnifique œuvre, triés par année et surtout par beauté. Et je peux te dire (elle se tourna vers moi) que certains dépassent clairement la hauteur d'un Friselune".

Niu ricana. "J'espère que tu y a mis les Maraudeurs, ma chérie. Tu risques de contrarier Lily si Potter n'est pas numéro un du classement."

L'intéressée jeta un chocogrenouille au visage de la chinoise, qui l'évita habilement. Il heurta la banquette et je m'en saisis pour le dévorer avec avidité. Rubi tapa dans ses mains avec enthousiasme.

"Évidemment! Ce ne serait pas un vrai classement sinon!"

Je fronçai à les sourcils. "Une seconde. C'est qui ça, les Maraudeurs?"

Les filles se regardèrent, Rubi excitée, Niu blasée et Lily consternée. Ce fut la métisse qui se chargea de me répondre. "Les Maraudeurs, c'est le quatuor le plus populaire de Poudlard. On a pris quatre beaux gosses, dont deux joueurs de Quidditch, un intello et... (Elle fronça les sourcils.) Peut importe. Ils ont réussi les plus grandes farces de l'histoire de Poudlard. Imagine ça, et le fait qu'ils réussissent tout ce qu'ils entreprennent - et ça donne les Maraudeurs."

Niu frappa gentiment Lily à l'épaule. "Tu oublies de préciser qu'ils ne sont pas parfaits, Rubi, meme si..." Elle s'interrompit brièvement. "...Tu le sais mieux que quiconque. Je te signale que Peter n'est pas aussi beau que les trois autres, qu'ils - surtout James et Sirius - sont toujours en retenue, que James et un harceleur, Sirius un dragueur et Remus... (Elle hésita devant moi.) Est un idiot", finit-elle par compléter. "Mais", poursuivit-elle à mon intention, "Tu auras tout le loisir de te forger toi-même une opinion sur le sujet. (Elle regarda dehors.) On arrive."

En effet, la verdure s'était épaissie et des paysages du style écossais défilaient maintenant derrière la vitre. Nous nous changeâmes avec empressement, tout en babillant allègrement. J'osai espérer me retrouver avec elles à Gryffondor. Elles étaient si gentilles et drôles, et je sentais que ce début d'amitié pouvais déboucher sur quelque chose de bien plus grand et puissant. J'avais si hâte.

Le train s'arrêta finalement dans un long sifflement. Un brouhaha envahit le couloir et des "bam" sonores, provoqués par la chute des valises, se firent entendre. Nous descendîmes nos bagages du filet et sortîmes du train, m'exposant ainsi à l'une des vues les plus incroyables de mon existence.

Au loin, se découpant dans le ciel sombre, se tenait un imposant château, aux multiples tours et aux impressionnantes façades. Si Beauxbâtons avait tout du château de princesse, ce dernier sortait tout droit d'un conte médiéval. Je m'amusais à imaginer des chevaliers aux armures rutilantes et des festins dignes de rois. (Et oui, j'étais loin de penser à ce moment-là que je n'étais pas si loin de la réalité.)

"Ferme ta bouche, tu baves", me taquina Lily en pouffant.

Je rougis et lui lançai un coup de coude amical dans les côtes, histoire de ne pas rester sans rien faire devant sa boutade. N'empêche, si c'était l'extérieur, qu'est-ce qui pouvait bien m'attendre dedans?

Ellipse

La réponse à ma question m'avait été dévoilée quelques instants plus tôt, lorsque j'avais pénétré, entourée de premières années, dans l'immense château. J'admirais la grandeur et la majestuosité des lieux, les escaliers de marbre bougeant à leur bon gré, les armures ricanantes et les portes massives. Je m'amusai à imaginer la réaction de mes condisciples de Beauxbâtons à la vue de cet imposant édifice, qui auraient sans doute varié entre "eurk", "quand est-ce la dernière fois qu'ils ont nettoyé ces sols?" et "ramenez-moi à Beaubâtooooooooons!". Une belle bande de crétins parfaits et ingénus. Je n'en aimais que plus mon nouveau chez-moi.

On me fit patienter dans une petite salle à l'écart, au milieu de tous ces morveux piaillants que je dominai d'une bonne tête. L'un d'eux m'écrasa le pied, et il eut droit au regard le plus noir de son existence. Sale gosse.

Une femme de haute stature fit son entrée dans la pièce, imposant sans la moindre parole un silence de mort. Malgré son âge encore peu avancé (elle devait avoir la quarantaine) son chignon très serré tiré en haut de son crâne, sa posture stricte et son attitude sévère la vieillissaient et lui donnaient une autorité naturelle. Cette femme à la longue robe sorcière verte émeraude m'imposa immédiatement le respect et je me promis de tout faire pour ne pas la contrarier. Elle n'avait pas l'air de plaisanter.

"Bienvenue à Poudlard", lança-t-elle d'une voix forte à l'accent anglais très prononcé. "Je suis le professeur McGonagall, directrice de la maison Gryffondor. Car, comme vous le savez sûrement déjà, cette école comporte quatre maisons différentes, qui ont pour nom Gryffondor, Serdaigle, Pouffsouffle (elle marqua une légère pause) et Serpentard." Elle arpenta l'espace devant les élèves de long en large, poursuivant son discours. "Vos bonnes réponses en cours vaudront des points supplémentaires pour votre maison, toute infraction au règlement sera punie par la sanction d'une certaine somme de points. À la fin de l'année, la maison avec le plus de points remportera la coupe des quatre maisons. Et maintenant, suivez-moi."

Nous obtempérâmes et la suivîmes dans un brouhaha de voix aiguës. La petite foule se pressait, compacte, derrière elle, impatiente de découvrir la suite. Je dus bien admettre que j'étais moi-même rongée par l'excitation.

Finalement, nous pénétrâmes dans la salle le plus incroyable qu'il m'eût été donné de voir de toute ma vie. Nous marchions entre quatre tables très longues, autour desquelles des centaines d'élèves étaient assis. Au fond, une autre table, sans doute celle des professeurs, dominait les autres sur une estrade. Sur cette dernière, devant les professeurs, trônait un tabouret surmonté d'un chapeau miteux. Quatre étendards pendaient derrière la table, au mur, sans doute les emblèmes dès fameuses maisons (un serpent, un blaireau, un lion et un aigle). Mais le plus impressionnant, en plus de l'immensité de l'endroit, était sans doute le plafond, ou plutôt ce qui y ressemblait, puisqu'il représentait un ciel étoilé et au loin, une autre galaxie, avec une précision et une netteté étonnante.

Je sentais des paires d'yeux sur moi et les murmures surpris qui s'élevaient sur mon passage. Pfeuh. Je relevai le menton et affichai un air fier, et les ignorai avec soin. Néanmoins, en passant à la hauteur des trois filles du train, je baissai la tête et nous échangeâmes un sourire complice.

Nous arrivâmes finalement à la hauteur du tabouret et McGonagall tira un parchemin de sa robe. Je compris vite le principe : appel des noms des nouveaux dans l'ordre alphabétique, désignation de la maison par le mystérieux chapeau parlant. Rien de bien sorcier (pardonnez mon humour. J'ai un léger penchant pour le sarcasme). Évidemment, ce fut bientôt mon tour.

"Chevalier", énonça clairement le professeur.

Je m'avançai sous l'attention générale. Les conversations reprirent, bourdonnement sourd derrière moi. Peu m'importaient ce qu'ils pouvaient bien dire sur moi. Les médisances ne n'affectaient plus depuis bien longtemps.

Je posai le chapeau sur ma tête et il me tomba légèrement devant les yeux. Une petite voix tinta dans mon oreilles. "Ah! Du nouveau sang. Un beau mélange que voilà." Tu te prends pour qui, petit chapeau de mes deux. J'espère que tu n'as pas de poux, au moins. "Hm, je perçois tellement de choses contradictoires..." Tu t'y feras, c'est le propre de ma personnalité. Je ne sais jamais ce que je ne veux, bordel! "Tu as un tempérament rebelle et du caractère, mais tu n'aimes pas les changements. Tu es bornée et casse-cou mais portant très méfiante et nerveuse!" Mais tu vas te calmer, oui! Lire dans la tête des gens, pis quoi encore? Violation de propriété privée, je dis. Appelez la police, le ministère, qui vous voulez. Ah, les anglais et leurs idées tordues! "Une bonne dose de courage, d'intelligence et de loyauté... C'est bon, mon choix est fait."

"GRYFFONDOR!"

Je soufflai de soulagement et rejoignis la table qui applaudissait à tout rompre. Lily se décala immédiatement pour me laisser une place, s'écartant au maximum d'un beau garçon aux cheveux en pétard.

"Nola! Viens t'asseoir là!" S'écria-t-elle avec entrain et une expression que j'interprétai comme du soulagement. Je m'exécutai et elle m'adressa un sourire rayonnant. Elle chuchota: "Tu me sauves de Potter. Je t'en serai éternellement redevable. Au fait, je peux t'appeler Nola?"

"Pas de soucis", répliquai-je. "C'est qui, ce Potter?"

"C'est moi", répondit une voix claironnante à ma droite, au timbre chaleureux et plaisant.

Lily me lança un regard alarmé et retourna à ses pommes de terre. Intriguée, je me retournai face à mon interlocuteur.

C'était un beau garçon, indéniablement. Pas un vrai bad boy, juste un gars se faisant passer pour en masquant par la même occasion ses véritables qualités. Une posture fière, une tignasse indomptable, des yeux chocolat encerclés par de fines lunettes rondes... Pas mal. Je ne voyais pas en quoi Lily semblait tant le détester. Il était pourtant plutôt mignon dans son genre.

"C'est donc toi le harceleur?", demandai-je, mi-sérieuse, mi-amusée.

Ledit harceleur prit une mine offusquée et ma voisine me refila un coup de coude dans les côtes. Je pouffai.

"Hé, je ne suis pas une harceleur. Je dis juste que si Lily n'était pas si bornée, elle n'aurait pas à supporter des demandes incessantes. Un oui, ma chérie, et ton cauchemar éternel cessera à jamais", ricana Potter.

Les joues de mon amie prirent une teinte rosée qu'elle tenta de cacher derrière un geste obscène à son égard. Tachant de garder contenance, elle répliqua un "va te faire voir, Potter" et replongea dans son assiette. Mon voisin esquissa un sourire attendri à son attention et me tendit la main.

"James Potter. J'espère que ton amitié avec Lily et sa bande ne feront pas de toi une coincée refusant les avances d'un pur beau gosse."

Je serais sa main avec réticence tout en marmonnant mon prénom, appréciant peu le fait qu'il traite ma nouvelle amie de coincée. James me désigna les trois garçons assis à ses côtés.

"Voilà Peter, Remus, et Sirius", dit-il en me montrant successivement un garçon petit et rondelet ayant conservé les rondeurs infantiles, un joli garçon aux cheveux châtains et au doux regard chocolat, et... Un pur beau gosse. Nan, sans rire. Ses cheveux noirs retombaient juste avant ses épaules en boucles élégantes, ses yeux anthracites étaient hypnotisants, ses traits harmonieux et nobles. Tout dans sa posture indiquait la nonchalance, de sa cravate savamment desserrée à son sourire charmeur et faussement innocent, aux dents parfaitement alignées. Si James n'était qu'un gentil adolescent se cherchant des faux airs, ce Sirius était l'exemple parfait des méchants garçons que j'avais laissés en internat. Il était si beau, et m'attirait tant, que je le détestais aussitôt.

Ce dernier vrilla ses yeux sur moi, observant chaque détail de mon visage, me mettant mal à l'aise. Je sentis son regard s'attarder sur la balafre me défigurant, scruter attentivement la pupille fendue de mon œil gauche, dont le noir se mélangeait curieusement avec le miel, presque jaune, de mon iris. Puis il s'accouda à la table, se rapprochant de moi pour voir au-delà de James.

"Aah, mais on dirait que y'a du potentiel sous cette robe", m'aguicha-t-il, accompagnant sa remarque inadéquate et surtout très beauf d'un clin d'œil. "Ça te dit que je te fasse visiter les placards de Poudlard? Il y en a plein, mais on peut tous les essayer."

Ravi de sa petite phrase pleines de sous-entendus que je n'eus aucune peine à comprendre, il sourit et croqua dans la pomme qui se trouvait dans sa main. Estomaquée intérieurement par tant d'audace, je répliquai. Il s'adressait tout de même à Enola Chevalier, bon sang. Je n'avais jamais eu la langue dans ma poche, et ça n'allait certainement pas commencer maintenant.

"Alors, Black... C'est ça, Black, n'est-ce pas? Laisse-moi t'apprendre quelque chose." Je joignis mes mains au-dessus de mon plat de purée et pris un ton philosophe. "Les femmes... Les femmes ne sont pas des êtres compliqués. À vrai dire, il n'y a rien de plus simple : avec de la galanterie, de l'humour, un physique à leur goût, tu as toutes tes chances. Mais, comme visiblement tu ne rentres dans aucune de ces catégories à mon avis et que tu traites les femmes comme des objets - (je lui adressai un sourire hypocrite) - oublie les filles qui sont trop intelligentes pour toi et concentre ton attention sur celles qui sont à ta véritable portée."

Son visage pourtant si sûr de lui vira au cramoisi et sa mâchoire se crispa de fureur. "Espèce de sale petite..."

"Patmol.", l'interrompit Remus.

Black serra ses poings puis les relâcha. Avec une voix de nouveau sereine, il me lança : "Tu ne sais pas à qui tu as affaire, Chevalier. Apparemment, tu ne choisis pas les ennemis les plus faciles. Tu viens à peine d'arriver, et ça fait six ans qu'on règne en maîtres avec les Maraudeurs. Attends-toi à des mauvaises surprises."

Après cette menace, il adressa un signe de tête aux autres et ils se décalèrent légèrement, mettant leur conversation hors de portée de nos oreilles. Je fis volte-face et m'indignai.

"Non mais c'est quoi ce con? Il se prend pour qui, sous prétexte qu'il a une gueule d'ange?!"

Lily, Rubi et Niu s'esclaffèrent. "Ça fait des années que personne n'a cloué le bec à cet idiot, Nola. Merci, ô grande Enola", rit Rubi en faisant mine de se prosterner devant moi.

"Je t'érige un temple demain, tu veux une statue grandeur nature?", proposa Lily

Je leur topai dans la main. "Contente toi de me passer une part de cheesecake", souris-je.

"Aaaaargh", soupirai-je en me jetant sur le lit à baldaquin en mode baleine. "Je n'ai jamais autant mangé de ma vie."

Ma voix me parvint étouffée à travers les draps, ma tête étant profondément enfoncée dans la couverture épaisse. Les trois autres pouffèrent. Nous étions remontées en même temps que tous les autres élèves, mais mes camarades de chambre avaient tenu à effectuer un détour pour me montrer le premier des sept autres étages. On aurait pu y passer des heures, mais nous nous étions contentées de passer en coup de vent avec la promesse d'explorer plus le lendemain. Nous avions ainsi rejoint la tour des Gryffondor avec une demi heure de retard, mais Lily étant préfète, personne n'avait rien trouvé à redire, pas même les quatre imbéciles qu'on surnommait les Maraudeurs. J'avais bien sûr eu droit au regard mauvais de la part de Black, regard que je lui avait rendu. Il avait beau avoir un visage - et sans doute un corps - à tomber par terre, il n'en restait pas moins un débile profond à la cervelle aussi utile que son existence (c'est-à-dire zéro).

J'avais découvert avec émerveillement le dortoir des sixièmes années. Spacieux, confortable et chaleureux, il était occupé par six lits à baldaquins aux rideaux bordeaux. Nos affaires avaient été déposées au pied de chaque lit, dont deux étaient encore vides.

"Mais c'est qu'on a le dortoir pour nous quatre!" M'exclamai-je joyeusement.

"Oooh, si seulement", soupira Niu. "Tu n'as juste pas encore la joie de connaître nos colocataires."

Un hurlement suraigu retentit alors dans la cage d'escaliers et mes amies se regardèrent avec affliction. "Et voila la douce mélodie du malheur", ajouta Lily, le visage sombre.

Deux filles débarquèrent alors dans la chambre. La première, la propriétaire de la voix de poule éraillée, était une jolie fille à la chevelure raide châtain clair descendant jusqu'aux fesses. Ses traits, à la beauté banale, n'avaient pas cette délicatesse si féminine, ni ce charme qu'on remarque chez d'autres. La fille la précédant, en revanche, n'avait absolument rien à envier aux modèles faisant la couverture du Teen Vogue.

Ses cheveux blond cendré retombaient autour de son visage à l'ovale parfait en un carré élégant et parfaitement coupé en mèches souples et soyeuses. Elle avait des yeux bleus et, si son amie possédait plutôt une poitrine généreuse, elle était au contraire tout en longueur. Hissée sur une paire de jambes interminables, elle atteignait facilement 1.70m. Sa silhouette longiligne et gracieuse eut le don de m'exaspérer prodigieusement, et je vis en jetant un coup d'œil à mes voisines que je n'étais pas la seule.

Twiggy s'approcha de moi avec un sourire impeccable pendu aux lèvres. Elle me tendit la main.

"Te voilà donc! Ravie de te rencontrer, Enola. Je suis Catherine Tramell, et (elle désigna l'autre) voici Blair Witch. Je suis sûre que nous allons être amies."

"C'est ça, ouais", acquiesçai-je, peu convaincue. Le jour où elles et moi serions amies, il pleuvrait sans doute des beaux gosses qui ne sont pas gais, plus vieux, célèbres ou déjà casés. Ou mieux, des pizzas. Oui, tout le monde préfère les pizzas aux beaux gosses.

Sur un signe de la main et un énième sourire de publicité, les deux mégères quittèrent le dortoir et s'engouffrèrent dans la salle de bain en piaillant.

"Aaaaah, je les déteste", s'écria Lily en s'éventant. "Autant cette bécasse de Blair est facile à haïr avec ses manies de prostituée, autant l'autre - elle cracha littéralement le mot - se cache sous des mines de princesse alors qu'elle est pire que Witch!"

"Bien sûr", intervint Rubi, "tous les mecs n'y voient que du feu. Elle papillone entre chaque Maraudeur, et même Remus tombe dans le panneau."

Elle soupira de désespoir et s'assit sur son lit. Nous l'imitâmes.

"Enfin, faites pas cette tête d'enterrement! On est pas obligées de les supporter h24", m'exclamai-je. "Le truc, c'est qu'il faudrait qu'on ait notre propre endroit, notre repère, où personne ne viendrait nous déranger et où on pourrait faire ce qu'on veut. Ça doit bien exister, dans ce château énorme?"

Les trois filles se jetèrent un coup d'œil avec malice. "Oh oui", sourit Niu. "Mais d'abord, on a quelque chose d'important à faire. Avec les filles - elle jeta successivement un regard aux deux autres - on doit te dire quelque chose de capital. Lily, quand tu veux."

La rousse prit la parole avec un air mi-sérieux, mi-amusé. "Nola, tu as aujourd'hui prouvé ta valeur en tant que future copine en sympathisant immédiatement avec des psycho-rats-de-bibliothèque (elle ignora le commentaire indigné de Rubi) et a gagné notre respect éternel en ridiculisant Sirius Black."

Elle sortit un parchemin d'une boîte sous son lit et le déplia avec délicatesse, comme s'il allait la brûler, puis en commença la lecture.

"Jures-tu, sur les lois sacrées de notre bientot quatuor, de ne rien laisser entraver notre prochaine amitié?"

"Je le jure", ai-je confirmé.

"De détester quoi qu'il arrive les Maraudeurs?"

"Une seconde", ai-je plaidé. "Je pourrais savoir pourquoi vous les détestez autant? Je veux dire, Black, ça se comprend, Potter à la rigueur, mais les autres ont vraiment l'air inoffensifs."

Les filles ont échangé des regards appuyés, mal à l'aise. Enfin, Rubi prit la parole.

"C'est à cause de moi."

Elle se racla la gorge, visiblement gênée. "Il n'en a pas toujours été ainsi. Je veux dire, les Maraudeurs ont toujours été les Maraudeurs, et nous des filles plus ou moins studieuses - du moins en apparence - mais on entreprenait plus ou moins des rapports cordiaux et distants - bon, sauf entre Lily et James où l'histoire a toujours été un peu plus compliquée. Quand on est jeune, tout et plus simple, mais à partir de la cinquième année, on a commencé à envisager d'autre sortes de possibilités entre les deux sexes, on va dire."

Elle marqua une pose, tripotant nerveusement une bague à son annulaire gauche, un joli bijou en or très délicat.

"J'étais très amoureuse de Remus, et je crois qu'il m'appréciait bien, lui aussi. Il semblait calme et posé, travailleur et doux. Un soir, apres la victoire d'un match de Quidditch dûment arrosée, ce qui devait arriver arriva - elle rougit jusqu'à la pointe des oreilles - et..."

Sa voix se brisa et ses yeux s'embuèrent. "Et tout s'est enchaîné, du retard, des vomissements."

Je saisis aussitôt. Elle éclata en sanglots sans parvenir à terminer. Ce sujet était l'un des plus sensibles pour elle et elle venait de m'en faire part alors que l'on ne se connaissait que depuis quelques heures. J'étais touchée, émue et révoltée.

"Que s'est-il passé ensuite?", ai-je demandé avec douceur.

"Elle a essayé d'en faire part à Remus, et il s'est dérobé. Il répétait sans cesse qu'il était désolé, quil etait mauvais et quil ne fallait plus que Rubi l'approche. Il ne lui a apporté aucun soutient et l'a laissée se débrouiller avec tous les frais d'avortement magique", poursuivit Lily. Ses yeux verts brillaient de colère. "Elle a été avec nous à St-Mangouste, l'hôpital sorcier, et tout s'y est bien passé, heureusement. Mais en revenant, Remus l'ignorait. Il n'a même pas demandé comment elle allait et sa manière de s'excuser fut de laisser une boîte de chocogrenouille dans la chambre, avec un désolé griffonné à la va-vite. Quand tu viens d'avorter à tout juste quinze ans, "désolé", c'est vraiment pas suffisant."

"Et depuis ce jour, on se déteste", termina Niu. "Ce... Ce chien n'a pas osé apporter son soutient à Rubi qui en avait tant besoin et a arrêté de lui parler alors qu'ils s'entendaient si bien et qu'il savait pertinemment qu'elle l'aimait."

"Mais personne n'a tenté de faire la paix, de savoir pourquoi il avait agit ainsi?"

"Cet imbécile n'ose même plus me regarder en face!" Explosa enfin Rubi, les joues couvertes de larmes.

Ses yeux bleus brillaient d'une rage contenue trop longtemps. La douleur, la haine et le chagrin se lisaient facilement sur ses traits, déformant son si joli visage. Debout, les poings serrés, elle ne ressemblait plus du tout à la jeune fille fofolle et rigolote que j'avais vue quelques minutes auparavant. Tous les muscles tendus à l'extrême, la mâchoire contractée, elle était l'effigie-meme de la souffrance. Je vis aux regards écarquillés de mes voisines qu'en plus de cinq ans d'amitié, elles ne l'avaient jamais vu comme ça.

Puis, soudainement, son visage se décomposa et elle tomba à genoux. Et elle pleura.

Longtemps, sans relâche, déversant toute cette peine qui s'était logée en elle depuis des mois. Si je ne savais pas ce qu'elle avait vécu, je comprenais extrêmement bien la rage, la douleur d'être dédaignée par les gens que l'on aimait, la solitude. Au milieu de nous trois, elle soulagea enfin sa peine.

Rubi se frotta les yeux et renifla. Elle avait les yeux tout enflés et rouges, le nez qui coulait et les cheveux en pétard.

"J'suis pas belle à voir, pas vrai?" Lança-t-elle piteusement. Elle se reprit. "Quoi qu'il en soit... Je suis heureuse que tu aies posé la question, Nola." Elle inspira profondément puis souffla. "Je me sens beaucoup mieux. Je crois que... Je crois qu'il fallait que ça arrive."

Je pressai doucement sa main. "Je jure solennellement que je vous protégerais comme mes sœurs et que je collerais une tarte à Remus Lupin."

Niu et Lily rirent et même Rubi parvint à esquisser un sourire. Certaines personnes ont le don de prendre une part importante de votre vie en un court laps de temps, et ces filles en faisaient de toute évidence partie.