Assise sur son lit, les genoux recroquevillés contre sa poitrine, Marinette luttait pour retenir les larmes qui menaçaient à tout instant de déborder de l'océan de ses yeux bleus.

Une dispute.

Leur première dispute.

Et ce n'était parti de rien, de tellement rien que ça en était presque ridicule.

Marinette avait passé une semaine difficile, subissant énormément de pression au sujet d'un projet qu'elle devait rendre. Le stylisme avait beau être sa passion, elle avait clairement été au bord de la crise de nerfs ces derniers jours, consacrant tout son temps et son énergie à tenter de finir dans les temps.

La date de rendu de son projet n'était nulle autre qu'aujourd'hui même, et Adrien et elle avaient prévu de se retrouver le soir au restaurant pour fêter l'événement. Marinette avait attendu ce rendez-vous avec impatience, ayant autant hâte de pouvoir se changer les idées que de passer un moment en compagnie son charmant petit ami qu'elle n'avait pas pu voir depuis bien trop longtemps à son goût.

Et il avait eu du retard.

Énormément de retard.

Certes, alors qu'elle était attablée à l'attendre, il lui avait envoyé un message pour la prévenir qu'il n'arriverait certainement pas à l'heure. Étant elle-même d'ordinaire loin d'être irréprochable en matière de ponctualité, Marinette ne s'en était guère formalisé, lui répondant de bonne grâce qu'elle était déjà au restaurant et qu'elle l'attendait.

Et elle avait attendu.

Encore.

Et encore.

Sa soirée commencée dans la joyeuse impatience d'un agréable rendez-vous prenait des allures de naufrage, alors qu'elle était échouée seule à la table d'un des plus grands restaurants de Paris. Ces derniers jours avaient été absolument affreux et cette soirée avec Adrien avait été la seule attrayante perspective de son orageuse semaine. Elle s'y était raccrochée comme un naufragé à sa bouée de sauvetage pour conserver un semblant de bonne humeur, attendant avec une impatience presque douloureuse de pouvoir enfin passer un bon moment avec Adrien.

Et maintenant, vêtue d'une de ses plus belles robes, maquillée et coiffée avec soin, elle espérait en vain qu'il ne daigne la rejoindre.

Un serveur plein de compassion pour la jeune femme en détresse lui fit cadeau d'un verre de jus de fruit, mais cette délicate attention ne fut hélas guère suffisante pour remonter le moral de Marinette. Sa tristesse se mua rapidement en colère, toute l'exaspération et la tension qu'elle avait accumulé durant ces tumultueux derniers jours faisant de nouveau surface, déferlant sur elle comme une onde de tempête.

Elle avait laissé un message acerbe sur le répondeur d'Adrien avant de s'enfuir du restaurant, ignorant ensuite royalement les tentatives d'appels du jeune homme sur le trajet du retour. Mais comble de malchance, elle l'avait croisé juste en bas de chez elle, essoufflé et échevelé alors qu'il se précipitait vers son immeuble. Il l'avait suivie jusque dans son salon, et Marinette avait alors déversé sur lui toute sa rage et sa frustration, vibrant de colère tandis que le stress dévorant qu'elle ressentait encore suite à son horrible semaine prenait le pas sur elle.

Puis, abandonnant dans l'entrée de son appartement le jeune homme abasourdi par ce virulent éclat, elle était partie se réfugier dans sa chambre.

Sa jolie robe avait rageusement volé dans les airs, rapidement suivie par ses chaussures. La jeune femme avait ensuite passé une main hargneuse dans ses cheveux, réduisant ainsi à néant le charmant arrangement de boucles brunes qu'elle s'était tant donné de peine à mettre en place et les faisant à présent anarchiquement cascader sur ses épaules.

De ses doigts tremblants, elle s'était hâtivement emparée d'une tunique abandonnée sur sa chaise, la passant rapidement avant d'aller se réfugier sur son matelas.

Et maintenant, bourrelée de remord, elle fixait avec acharnement son plafond tout en tentant désespérément de retenir les larmes qui menaçaient de dévaler à tout instant la délicate pente de ses joues.

Ce n'était pas dramatique en soi, rien à voir avec une dispute qui risquerait d'entraîner une rupture ou qui les laisserait en froid des semaines entières. Ils se réconcilieraient bientôt, Marinette n'avait aucun doute là-dessus. Mais le fait de s'être ainsi fâchée avec Adrien lui brisait le cœur.

D'autant qu'à la réflexion, il n'avait même pas eu tant de retard que ça. Elle lui avait déjà fait bien pire, et Adrien l'avait toujours accueillie sans la moindre rancune, avec cet extraordinaire sourire qui lui donnait l'impression d'être la personne la plus importante au monde et qui lui réchauffait le cœur aussi sûrement que l'aurait fait une douce flamme.

Elle n'aurait pas dû passer ses nerfs sur lui.

Son cœur se serra lorsqu'elle entendit le claquement étouffé d'une porte d'appartement qui se ferme. C'était normal qu'il soit fâché. C'était normal qu'il soit reparti.


Marinette renifla légèrement, secouant machinalement la tête. Une larme s'échappa du coin de son œil, perlant un instant au bout de ses longs cils avant de tomber au sommet de l'une de ses pommettes. Elle roula lentement le long de sa joue, en une brillante bille cristalline qui traça un humide sillon sur sa peau de porcelaine avant de finir sa course à la pointe de son menton.

La jeune femme la recueilli du bout des doigts, essuyant ensuite machinalement sa peau mouillée.

Dans son dos, Marinette entendit la porte de sa chambre s'ouvrir doucement. C'était sûrement son chat, toujours prompt à venir réconforter sa maîtresse lorsque le moral de celle-ci était en berne. Puis elle se redressa légèrement, surprise. Le pas qu'elle entendait dans la pièce était plus lourd que celui du petit félin.

Adrien ?

Elle sentit son matelas s'incurver subtilement sous un poids qui était clairement plus celui d'un humain adulte qu'un chaton d'une dizaine de mois.

Adrien.

Derrière elle, elle l'entendit pousser un lourd soupir, avant qu'il ne se racle nerveusement la gorge. Elle n'avait même pas besoin de se retourner pour savoir qu'il était certainement en train de se passer la main sur l'arrière du crâne, comme il le faisait à chaque fois qu'il était embarrassé.

- « Marinette ? », murmura-t-il d'une voix où perçait tant de détresse et de remord qu'elle en eut presque le cœur brisé.

La gorge tant nouée qu'elle était incapable d'articuler le moindre mot, elle hocha doucement la tête.

- « Je suis… Je suis vraiment désolé », poursuivit-il avant de s'interrompre de nouveau, cherchant manifestement ses mots.

Un frisson parcouru l'échine de Marinette lorsque les doigts du jeune homme effleurèrent délicatement son bras nu, en une légère caresse dans laquelle il tentait de mettre toutes les excuses du monde. Elle tendit sa main à son tour, interceptant celle d'Adrien pour l'emprisonner avec force dans la sienne.

Achevant d'essuyer ses joues de sa main libre, elle se tourna enfin vers lui. Son cœur rata un battement lorsqu'elle vit à quel point il avait l'air affligé, ses yeux verts habituellement si étincelant semblant comme voilés d'un sombre nuage. Serrant convulsivement ses doigts entre les siens, elle trouva la force d'esquisser un pâle sourire malgré le dévorant remord qui lui tordait les entrailles.

- « Non, c'est de ma faute », souffla-t-elle, évitant son regard. « Je n'avais pas à passer ma mauvaise humeur sur toi. »

- « Et je n'avais pas à être en retard », répliqua-t-il aussitôt d'un ton ferme.

- « J'ai déjà fait bien pire », lui rappela-t-elle avec un petit rire étrangement semblable à un sanglot.

- « Ce n'est pas une raison », rétorqua-t-il, ses yeux s'illuminant de plus en plus au fil de leur conversation, comme si une douce flamme s'était ravivée derrière ses vertes prunelles.

Doigts toujours entrelacés avec ceux d'Adrien, Marinette se rapprocha de lui, tandis que le jeune homme avait levé son bras libre pour faire courir ses phalanges le long de la mâchoire de sa compagne. Lorsque Marinette fut suffisamment proche, la main d'Adrien se déplaça sur la taille de la jeune femme, attirant cette dernière contre lui pour finalement la faire s'asseoir sur ses genoux.

Le cœur battant à tout rompre, Marinette se pelotonna dans les bras d'Adrien, enfouissant son visage contre sa nuque tandis qu'elle respirait le parfum apaisant et familier de sa peau mêlé d'eau de Cologne. Les mains du jeune homme traçaient de réconfortants cercles dans son dos, dansant lentement de part et d'autres de sa colonne vertébrale.

Instinctivement, les lèvres de la jeune femme se posèrent dans le creux du cou d'Adrien, qui tressaillit légèrement sous cette douce caresse. Marinette traça une délicate ligne de baiser, remontant le long de la gorge de son compagnon, dessinant les contours de sa mâchoire, pour enfin s'emparer presque timidement de ses lèvres.

Ils restèrent ainsi enlacés de longues minutes, échangeant de doux baisers dans lesquels ils tentaient de tout leur cœur de dire à l'autre à quel point ils regrettaient leur stupide dispute. Adrien avait fini par basculer en arrière, entrainant Marinette avec lui contre le matelas.

Puis leurs baisers s'étaient faits peu à peu moins délicats, plus francs, tandis qu'ils pouvaient sentir des sourires de plus en plus prononcés se dessiner sur leurs lèvres. Les doigts d'Adrien jouaient paresseusement avec les boucles de la jeune femme, tandis que les mains de cette dernière avaient naturellement trouvé leur place derrière la nuque et sur le torse de son compagnon.

Avec un léger soupir, Marinette s'arracha aux lèvres d'Adrien. Les yeux de la jeune femme s'étaient parés d'une profonde couleur bleue qui les faisait ressembler à deux pierres précieuses, fascinantes et étincelantes. Un léger sourire dansait sur ses lèvres tandis qu'elle dévorait du regard le charmant jeune homme allongé sous elle. Il était particulièrement séduisant en chemise, et elle eut une fugitive pensée de regret pour la jolie robe dans laquelle il n'avait guère eu le temps de l'admirer. Au vu de l'heure, leur soirée à l'extérieur semblait définitivement compromise.

- « On dirait que c'est raté pour le restaurant », lança-t-elle dans un souffle.

- « On reste à la maison ? Câlins et pizzas ? », suggéra Adrien avec un léger sourire, déposant amoureusement un baiser sur la mâchoire de la jeune femme.

Un délicieux petit rire s'échappa des lèvres de Marinette, alors qu'elle hochait la tête d'un signe approbateur.

- « Câlins et pizzas. »


Après une petite pause pour cause de bouclage de "Quand tout explose", je reprend (enfin ! ) "Un soir d'été". J'aime toujours autant écrire cette fic, c'est un vrai plaisir par rapport aux autres histoires dont les chapitres me donnent généralement plus de fil à retordre ^^ .

J'espère que ça vous a plu, et merci de m'avoir lue jusqu'ici ^^ !