Dire qu'Adrien était nerveux n'était pas peu dire.

Il allait rencontrer les parents de Marinette d'ici une dizaine de minutes à peine.

Les.

Parents.

De.

Marinette.

De l'adorable jeune femme avec qui il sortait depuis maintenant plusieurs mois.

Le jeune homme avait beau se répéter encore et encore qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter, il n'arrivait pas à empêcher une appréhension non négligeable de nouer insidieusement ses entrailles, les tordant un peu plus à chaque minute qui s'écoulait pendant que Marinette et lui faisaient route vers la boulangerie des Dupain-Cheng.

Adrien sentit soudain la main délicate de Marinette se poser doucement sur son bras, descendant ensuite le long de son poignet avant que ses doigts fins ne s'entrelacent avec les siens. Elle avait probablement noté sa nervosité, songea Adrien avec un faible sourire, tandis que sa compagne le gratifiait d'une réconfortante pression de la main.

Les circonstances étaient d'autant plus particulières qu'ils rejoignaient les Dupain-Cheng pour passer avec eux le réveillon de Noël.

Adrien ne célébrait plus cette fête depuis des années à présent. C'était une fête de famille, et la sienne avait volé en éclat à la mort de sa mère. Quand cette dernière avait disparu, son père s'était muré dans le silence et l'indifférence, s'abrutissant de travail pour oublier sa douleur et négligeant son fils unique alors encore adolescent. Dès que décembre arrivait, le célèbre Gabriel Agreste fuyait son domicile, trouvant tous les prétextes possibles pour s'éloigner de cette immense bâtisse où l'absence de sa femme se faisait encore plus cruellement ressentir en ces périodes de célébrations familiales.

Bien qu'il en ait terriblement souffert dans les premiers temps, Adrien avait fini par en prendre son parti, s'habituant à ces Noëls en solitaire.

Mais lorsqu'il avait fait part à Marinette de ses projets de passer une nouvelle fois le réveillon seul, cette dernière, choquée, l'avait invité sans même hésiter une seconde à se joindre à ses parents et elle. Adrien était tant accoutumé à ce que personne ne se soucie d'où il passe Noël, ou avec qui, qu'il avait été extrêmement surpris par sa proposition.

Extrêmement surpris, mais aussi extrêmement touché.

Pour la première fois depuis des années, quelqu'un s'inquiétait de ce qu'il devenait durant ces instants traditionnellement réservés aux fêtes de familles.

Et quelqu'un refusait catégoriquement de le laisser seul.

Bien sûr, il lui était déjà arrivé que certains de ses rares amis proches abordent le sujet des fêtes de Noël, mais le jeune homme était devenu un expert pour éluder la question ou pour feindre une parfaite indifférence quand il annonçait qu'il se retrouvait seul une fois de plus, et jamais personne ne lui avait proposé aussi fermement de passer le réveillon avec sa propre famille.

Sur le coup, Adrien avait été tellement étonné qu'il avait commencé par balbutier un vague refus, argumentant qu'il ne souhaitait pas déranger ses parents en s'immisçant ainsi dans leur soirée avec leur fille unique, mais Marinette avait balayé ses excuses d'un revers de main. Il revoyait encore ses immenses yeux bleus rivés aux siens, le fixant avec autant d'intensité que s'ils pouvaient lire au fond de son âme tandis que la jeune femme semblait le défier de penser que sa présence n'était pas souhaitée.

Elle voulait qu'il vienne.

Elle voulait être avec lui.

Adrien aurait été incapable de lui dire l'importance que cela avait pour lui.

Alors, se sentant envahit d'une bouffée de reconnaissance qui irradiait d'une douce chaleur dans sa poitrine, il avait pris Marinette dans ses bras, la serrant de toutes ses forces contre son cœur avant de l'embrasser.

Tentant de lui faire comprendre avec ses mains, avec ses lèvres, à quel point il était se sentait comblé qu'elle soit dans sa vie et à quel point elle comptait à ses yeux.

Peut-être avait-elle compris, car c'est le regard humide qu'elle lui avait tendrement rendu son étreinte, l'embrassant à son tour et lui murmurant de douces paroles, chuchotant au creux de son oreille qu'elle serait toujours heureuse de l'avoir auprès d'elle.


Après plusieurs minutes à avancer à travers les avenues de Paris qu'illuminaient des décorations de Noël plus éblouissantes les unes que les autres, le jeune couple avait fini par atteindre la boulangerie. Même si la neige brillait par son absence en ce froid mois de décembre, les températures n'en était pas moins suffisamment basses pour ne pas inciter Marinette et Adrien à rester dehors plus que nécessaire, et c'est donc d'un pas rapide qu'ils pénétrèrent tous deux dans le couloir.

La jeune femme adressa un ultime sourire d'encouragement à Adrien en le voyant passer nerveusement le doigt dans le col de sa chemise, avant de pousser la porte d'entrée de l'appartement de ses parents.

Le cœur d'Adrien battait à tout rompre tandis qu'il s'y engouffrait à la suite de sa compagne. Même si Marinette lui avait assuré que ses parents étaient loin d'être surprotecteurs au point de traiter avec méfiance le moindre garçon gravitant autour d'elle, il n'en avait pas moins gardé une certaine appréhension à l'idée de se présenter comme le compagnon de leur fille unique.

Heureusement pour lui, ses craintes s'avérèrent vite infondées.

Il fut accueilli par un homme d'une carrure impressionnante, dont le sourire enthousiaste lui rappelait furieusement celui de Marinette. Le père de cette dernière lui serra vigoureusement la main, tout en lui ordonnant d'emblée de l'appeler Tom. Le jeune homme eut à peine le temps de se présenter à son tour qu'une femme en robe traditionnelle chinoise disant s'appeler Sabine le prenait dans ses bras, lui faisant chaleureusement la bise tout en lui souhaitant la bienvenue. L'attrapant ensuite familièrement par le coude, elle l'entraina en direction du salon sous les regards amusés de Marinette et de son père.

Le réveillon de Noël pouvait commencer.


Suite au prochain épisode :)

J'espère que ça vous a plu, merci pour vos favs, follows et reviews ! A la prochaine :)