Chloé s'arrêta brutalement quelques mètres plus loin, se tournant ensuite vers Marinette pour la jauger ostensiblement du regard.

- « Alors c'est toi la fameuse Marinette », lança-t-elle d'un ton pincé.

- « Fameuse ? » releva la jeune femme avec une certaine perplexité.

- « Façon de parler », répliqua aussitôt sa blonde hôtesse avec un petit geste de la main. « Adrien n'a que ton prénom aux lèvres depuis des mois. Mais je tenais à avoir une petite discussion avec toi, en privé », poursuivit-elle en la pointant du doigt.

Marinette haussa un sourcil, intriguée.

- « Parce que vois-tu », poursuivit Chloé, ses yeux d'un bleu vif fixant sans cille son interlocutrice, « Adrien n'est pas n'importe qui, et tu ne serais pas la première petite arriviste à lui tourner autour. Il est beau, il est riche, et il est le fils du plus célèbre styliste de Paris. Je ne compte plus le nombre d'hommes ou de femmes qui ont tentés de l'approcher dans leur propre intérêt, que ce soit pour profiter de son argent ou pour tenter d'obtenir les faveurs de Gabriel Agreste. Et sincèrement, Adrichou est bien trop gentil pour avoir à endurer ce genre de comportement. »

Alors que Marinette serrait les poings, prête à répliquer vertement alors qu'elle s'empourprait sous l'insulte, Chloé l'interrompit d'un geste.

- « C'est pour ça que je préfère veiller au grain. Les gens du peuple ne peuvent pas imaginer le nombre de parasites qui peuvent rôder autour des membres d'illustres familles comme la sienne ou la mienne », poursuivit-elle d'un ton hautain, « mais à force, moi, j'ai fini par développer un sixième sens pour les repérer à des kilomètres. »

- « Je ne… », commença Marinette, à présent rouge de colère, mais Chloé n'avait manifestement pas fini son discours.

Elle leva crânement le menton, n'ayant manifestement pas la moindre volonté d'écouter ce que son invitée pouvait bien à voir à lui dire tant qu'elle n'aurait pas terminé sa propre tirade.

- « Mais Adrichou m'a beaucoup parlé de toi, et il a l'air de penser que tu ne fais pas partie de ce genre de personnes. »

Chloé s'interrompit une fraction de seconde, ses joues s'empourprant si subtilement que Marinette eut un instant l'impression d'avoir imaginé ce léger changement de nuance, à peine visible sous une épaisse couche de fond de teint.

- « Il m'a dit que j'avais un jugement très sûr, et qu'il me faisait confiance pour voir en toi tout ce que lui voyait », continua-t-elle avec une pointe de fierté. « Il a tellement insisté que j'ai décidé de te laisser une chance », conclut-elle non sans une certaine condescendance, comme s'il était impossible à Adrien de fréquenter qui que ce soit sans son aval.

Marinette était quant à elle passée de la fureur à l'incrédulité la plus totale. Lorsqu'il l'avait invitée à la soirée organisée par le maire, Adrien l'avait prévenue que sa blonde amie d'enfance avait élevé au rang d'art le fait de se montrer exécrable, ne sachant principalement communiquer qu'en se montrant arrogante et égoïste. Mais là, très clairement, elle dépassait toutes les attentes de la brune jeune femme. Et bien que presque chacune de ses paroles ait été insultante ou méprisante, Chloé semblait à présent presque s'attendre à des remerciements en échange de sa généreuse indulgence concernant la présence de Marinette dans la vie d'Adrien.

Serrant de nouveau les poings avec tant de force que ses ongles s'enfonçaient dans les paumes de ses mains, la jeune femme prit une forte inspiration pour se forcer à garder son calme. Le moment n'était pas opportun pour déclencher un scandale, d'autant que pour ce qu'elle avait compris du caractère de l'irascible héritière de la famille Bourgeois, Adrien n'était sûrement pas étranger à la relative tolérance dont elle semblait faire preuve à son encontre. Il avait très certainement plaidé sa cause avec insistance pour que Chloé Bourgeois se montre si magnanime envers elle.

Tournant légèrement la tête, Marinette surprit le regard inquiet de son compagnon qui se tenait manifestement près à voler à sa rescousse au moindre signe d'hostilité de la part de Chloé. Elle lui adressa un sourire rassurant, avant de faire de nouveau face à son hôtesse. Marinette riva son regard au sien, ses yeux d'un bleu de chaleureux ciel d'été soutenant sans ciller ceux d'une couleur polaire de Chloé.

- « Je ne fréquente pas Adrien pour profiter de son argent ou de ses relations », lança-t-elle d'une voix claire.

- « Je suppose. Comme dit, je te laisse le bénéfice du doute », répliqua Chloé, avant de s'interrompre une seconde. « Par contre, gare à toi si j'apprends qu'Adrien s'est trompé sur ton compte », reprit-elle d'une voix menaçante. « Si tu le manipules, si tu lui brise le cœur, tu auras affaire à moi. Et crois-moi, tu ne veux pas savoir ce qu'il en coûte de contrarier quelqu'un de la famille Bourgeois. »

Puis, se détournant soudain de Marinette comme si le sujet ne l'intéressait à présent plus, elle fit de grand geste à l'attention d'une jeune femme rousse qui attendait un peu plus loin.

- « Sur ce, passe une bonne soirée », laissa-t-elle tomber avec une arrogante indifférence. « Sabrina ! », se mit-elle à hurler d'une voix perçante tandis qu'elle s'éloignait à grandes enjambées. « Je meurs de soif. Où est mon champagne ? »

Encore légèrement sonnée par cette tempétueuse discussion, Marinette rejoignit ses amis. Quand Adrien s'inquiéta de la teneur de leur conversation, elle lui confirma que Chloé s'était montrée parfaitement odieuse. Cependant elle rassura bien vite son compagnon, qui oscillait entre une légitime fureur et le fait d'être désolé qu'elle ait eu à subir une pareille scène, lui affirmant qu'elle considérait à présent l'incident comme clos et qu'elle comptait bien profiter pleinement du reste de la soirée.


Ce malencontreux épisode fut heureusement rapidement oublié, et alors que la faim commençait à se faire sentir, les quatre amis se firent un devoir de dévaliser contentieusement le succulent buffet mis à la disposition des invités. Les fastueuses réceptions du maire étaient également connues pour proposer les mets les plus fins, et force était de reconnaitre que leur réputation était manifestement loin d'être usurpée. Les plus savoureux des petits fours côtoyaient de délicieuses pâtisseries, dont la dégustation plongeait peu à peu les jeunes gens dans un agréable état d'euphorie. La présence d'un barman expérimenté achevait de compléter cette sympathique expérience gustative, l'homme servant de délicieux cocktails sans alcool que les invités pouvaient consommer sans la moindre modération entre deux coupes d'un délicat champagne.

Le moral de Marinette était de nouveau au beau fixe, et elle avait à présent la grisante sensation que rien ne pouvait assombrir son excellente humeur. Elle pétillait littéralement de joie de vivre, bavardant joyeusement, plaisantant, ou encore riant aux éclats, tandis qu'un lumineux sourire semblait être incapable de se détacher de ses lèvres rouges.

Une musique entrainante s'éleva soudain dans les airs, faisant converger une large partie des invités en direction de la piste de danse. Adrien échangea un large sourire avec Marinette, avant de glisser sa main autour de sa taille et de l'entrainer elle aussi sur la piste, aussitôt imité par Nino et Alya.

Si Adrien était loin d'être un danseur hors-pair, il pouvait néanmoins se vanter d'avoir suffisamment de coordination pour offrir une prestation honorable. Marinette, quant à elle, pirouettait avec une grâce et une souplesse qui pouvait être surprenante au vu de la façon dont ses pieds semblaient parfois mystérieusement s'emmêler au quotidien, et c'était pour le jeune homme un vrai délice que de la faire virevolter avant de lui faire regagner ses bras. Au vu de la façon dont les yeux bleus de Marinette étincelaient de joie et dont ses joues se coloraient du plus délicat des rouges, cette joie était par ailleurs plus que partagé. La douceur de ses doigts s'attardant à peine sur la peau d'Adrien et le doux parfum qu'elle dégageait quand elle se rapprochait de lui enivrait le jeune homme, et il se faisait un plaisir de ces occasions de la serrer contre lui pour lui dérober de furtifs baisers.

Plus tard dans la soirée, il accorda une danse à Chloé tandis que Nino faisait à son tour tournoyer Marinette, puis il lui en offrit gracieusement une seconde en constatant que sa compagne faisait à présent valser Alya. Mais à son grand soulagement, Marinette le rejoignit ensuite, et il confia Chloé à un nouveau cavalier avant de saisir sa partenaire par la taille avec une joie non dissimulée.


Soudain, la musique se coupa et les lumières s'éteignirent tout aussi brusquement, tandis que de gigantesques chiffres scintillants étaient projetés au plafond et sur les murs pour marquer le décompte des dernières secondes avant minuit. Rapidement, un trois géant s'afficha, suivit d'un deux, puis enfin d'un un, dont l'image explosa enfin en une gerbe scintillante d'étincelles tandis que les chandeliers se rallumaient et que des hurlements de joie s'élevaient de la foule. Simultanément, de flamboyants feux d'artifices s'élevèrent à l'extérieur du bâtiment, leurs chatoyantes couleurs illuminant à leur tour la salle de réception par les immenses baies vitrées bordaient la pièce.

Marinette se rua aussitôt sur Alya, se jetant en riant dans ses bras avant de lui plaquer un baiser sonore sur la joue.

- « Ne t'étonne pas », confia Nino à Adrien avant de lui faire la bise et de lui souhaiter ses meilleurs vœux pour l'année à venir. « Elles se souhaitent toujours la bonne année en premier, c'est une tradition qui dure depuis le collège. Par exemple », poursuivit-il avec un petit rire, « l'année où Marinette était en stage à l'étranger, personne n'a vu Alya entre 23h55 et minuit et quelques parce que ces demoiselles étaient devant leurs ordinateurs respectifs en train de s'échanger leurs bons vœux. »

Cependant, Marinette se détacha rapidement d'Alya pour rejoindre Adrien d'un pas vif. Se blottissant contre lui, elle glissa ses bras autour de son torse, faisant reposer ses doigts fins sur ses omoplates. Elle leva vers lui ses immenses yeux bleus qui brillaient avec autant d'éclat que la plus étincelante des étoiles et son fascinant regard captura instantanément toute l'attention du jeune homme. Il passa à son tour l'un de ses bras autour de la taille de Marinette avant de lever sa main libre vers son lumineux visage, ses doigts suivant avec une infinie délicatesse le contour de ses lèvres qui s'incurvaient à présent en un doux sourire. Toujours hypnotisé par le regard de la jeune femme, Adrien se pencha lentement vers elle pour emprisonner sa bouche dans un tendre baiser, avant de s'écarter de quelques centimètres à peine.

- « Bonne année, Marinette », murmura-t-il amoureusement.

Le sourire affectueux de la jeune femme s'élargit, avant qu'elle ne lui réponde avec une égale tendresse :

- « Bonne année, Adrien. »


Enfin fini avec le nouvel An ! ça a été bien plus long que prévu tout ça xD

J'espère que ça vous a plu, et merci énormément pour vos reviews :)