Assise à l'arrière de la voiture conduite par un homme impassible qu'Adrien lui avait malicieusement confié surnommer "Le Gorille", Marinette se décomposait de minute en minute.

Connaissant les liens entre les familles Agreste et Bourgeois, Adrien et elle auraient pu se douter que l'information concernant la présence de la jeune femme au réveillon du Nouvel An aurait fini par arriver aux oreilles du père d'Adrien.

Tout comme ils auraient dû savoir qu'à partir de cet instant, il y avait de grandes chances pour que le célèbre styliste souhaite rencontrer celle qui partageait la vie de son fils unique.

Malgré tout, les deux jeunes gens n'en avaient pas moins étés surpris lorsque Gabriel Agreste avait laissé un bref message à Adrien, leur indiquant que son assistante les recontacterait rapidement pour convenir avec eux d'une date où ils pourraient venir dîner au manoir familial, afin qu'il puisse faire la connaissance de Marinette. C'est pour cette raison que le couple se retrouvait à présent à faire route en direction de la maison d'enfance d'Adrien, la nervosité de la jeune femme se faisant de plus en plus palpable à l'idée de rencontrer celui qui était à la fois le père de son compagnon et l'une de ses plus grandes idoles. Si elle avait toujours énormément admiré le travail de Gabriel Agreste, elle savait également qu'il avait la réputation d'être exigeant et inflexible, et le peu qu'Adrien disait de son père n'avait hélas fait que confirmer la rumeur. Marinette ne pouvait s'empêcher de paniquer à l'idée des innombrables faux-pas qu'elle ne manquerait certainement guère de commettre, et même la pression réconfortante de la main d'Adrien sur la sienne peinait à la rassurer.


Lorsque la voiture ralenti, puis finalement s'arrêta dans une allée soigneusement déneigée, Marinette n'en cru un instant pas ses yeux. C'était trop grand, bien, bien trop grand pour être la maison de quelqu'un. Le gigantesque bâtiment dont la taille concurrence celle des immeubles alentour s'élevait glorieusement dans les airs, au milieu d'un jardin qui aurait aisément pu passer pour un parc. Elle descendit du véhicule, incapable de détacher ses yeux de la massive bâtisse.

- « Il y a plusieurs appartements là-dedans ? » demanda-t-elle à Adrien qui la regardait, manifestement amusé par son air surpris.

- « Non, il n'y a que mon père qui vit ici », répondit-il.

- « Tout seul ? » s'exclama-t-elle avec incrédulité, avant de laisser échapper un léger soupir quand Adrien approuva d'un signe de tête. « Décidément, ce n'est pas le même monde que le mien. »

- « Enfin, pour être exact », précisa Adrien avec un petit sourire malicieux, « mon père vit seul, mais ses domestiques sont quand même là pendant la journée. »

- « Vraiment pas le même monde », maugréa Marinette en levant les yeux au ciel.

Étouffant un léger rire, Adrien tendit la main vers la jeune femme pour l'accompagner vers la volée de marche qui menait vers l'entrée de la maison.

- « Woaa... », laissa échapper Marinette devant l'immensité du hall d'entrée, tout en déglutissant péniblement alors que l'angoisse continuait de lui nouer le ventre.

Mais si cette salle était d'une taille démesurée, cela ne faisait qu'accentuer la froideur et l'austérité qui se dégageait de ces lieux d'où la moindre couleur semblait bannie. Partout prédominaient de glaciales colonnes de pierre blanche et de sévères touches de marbre noir, qui auraient mieux convenues à un caveau qu'à l'entrée d'un domicile. Même sur le colossal portrait d'Adrien et de son père qui ornait la pièce, les deux hommes étaient vêtus de sombres habits, accentuant la dérangeante impression de pénétrer dans un triste mausolée plutôt que dans une demeure familiale. Au pied d'un imposant escalier lui aussi fait de marbre les attendaient une femme qui se présenta comme l'assistante de Gabriel Agreste. Nathalie Sancoeur leur souhaita la bienvenue, d'annoncer aussitôt à Adrien que son père avait eu un imprévu et qu'il ne serait pas là avant une bonne heure au moins.

Le jeune homme poussa un lourd soupir tout en se passant machinalement la main sur l'arrière du crâne.

- « Classique... », murmura-t-il d'un ton désolé, tandis que Marinette exerçait sur son bras une légère pression en signe de compassion.

Adrien lui adressa un bref sourire de remerciement, avant de se tourner de nouveau vers Nathalie.

- « Nous serons dans ma chambre en attendant », lui lança-t-il avant d'entrainer Marinette à sa suite dans les escaliers, sans laisser à l'assistante de son père le temps de placer le moindre mot.

Alors qu'ils grimpaient la volée de marches d'un pas vif, Adrien jeta un rapide coup d'œil à sa compagne.

- « Je suis navré », s'excusa-t-il avec un haussement d'épaule, « C'est un des grands classiques de mon père. Me convoquer à un rendez-vous et tout annuler ou repousser à la dernière minute », précisa-t-il quand la jeune femme haussa un sourcil interrogateur. « Mais il faut voir le bon côté des choses », rajouta-t-il avec un clin d'œil malicieux en voyant son regard s'assombrir. « Tu vas pouvoir découvrir ma chambre. »

S'arrêtant devant une large porte, il l'ouvrit d'un geste exagérément pompeux, avant de se pencher en une théâtrale courbette pour inviter Marinette à entrer. Les paroles qu'elle s'apprêtait à prononcer moururent sur ses lèvres lorsqu'elle pénétra dans la pièce, stupéfaite une fois de plus par le gigantisme des lieux. Son étonnement était tel qu'il chassa immédiatement l'inquiétude qui lui avait jusque-là tordu les entrailles.


Oubliant totalement sa future rencontre avec Gabriel Agreste, elle s'avança à pas lents dans la salle, tournant sur elle-même tandis que son cerveau refusait difficilement de croire les informations que lui envoyaient ses yeux.

- « C'est... c'est... », balbutia-t-elle, ayant du mal à trouver ses mots pour exprimer son ahurissement.

- « Un peu grand ? » compléta joyeusement Adrien.

- « Un peu grand ? », reprit Marinette, ses immenses yeux bleus toujours dilatés par la surprise. « Mon appartement tout entier doit pouvoir facilement rentrer deux fois dans cette pièce. »

- « Je te l'accorde, ma Lady », approuva Adrien dans un léger éclat de rire. « Mon père a toujours eu la folie des grandeurs pour ce qui touche à l'architecture. Mais si tu veux visiter, n'hésite pas », poursuivit-il avec un large sourire, tout en l'encourageant d'un geste de la main. « Rien n'a changé ici depuis mon adolescence. »

Marinette lui jeta un regard circonspect, avant de commencer son exploration. Adrien avait l'air bien trop amusé par la situation à son goût, mais elle ne pouvait nier que sa curiosité était piquée au vif à l'idée de découvrir l'environnement dans lequel il avait vécu avant de quitter le domicile paternel. Elle se demandait rêveusement à quoi pouvait ressembler cet Adrien adolescent qu'elle n'avait pas connu, quand elle failli trébucher de surprise en réalisant devant quoi elle se tenait.

- « Attends... Un mur d'escalade ? », s'exclama-t-elle. « Tu as un mur d'escalade dans ta chambre ? Le panier de basket, pourquoi pas, mais... Un. Mur. D'escalade. Dans une chambre. Je ne savais même pas que c'était possible. »

- « Quand je te disais que mon père avait la folie des grandeurs... », se justifia Adrien avec un sourire contrit, tout en passant machinalement sa main dans ses cheveux.

- « Je vois ça... », répondit distraitement Marinette en parcourant la pièce du regard, notant au passage la présence de multiples écrans d'ordinateur, de machines de jeux d'arcades ou encore d'un babyfoot.

Elle secoua la tête avec incrédulité en remarquant la présence d'une mezzanine sur laquelle trônait une impressionnante bibliothèque, qui contenait certainement plus de livres que la sienne et celles de tous ses amis ou membres de sa famille réunie. Elle s'apprêtait à en faire la remarque à Adrien lorsque son regard fut brusquement attiré par l'armoire en verre, dont les étagères débordaient littéralement de trophées et de médailles qui étincelaient doucement à la lueur des lampes.

S'approchant de quelques pas pour déchiffrer les inscriptions qui ornaient les coupes, elle jeta un coup d'œil incisif à Adrien.

- « Je savais que tu avais fait de l'escrime, mais pas que tu avais été aussi bon », lui fit-elle remarquer avec une pointe d'admiration dans la voix.

- « Oh, tu sais, je n'étais pas si doué que ça », répondit Adrien en se grattant nerveusement le crâne. « Je m'en sortais juste de façon honorable en tournoi ». Il s'interrompit un instant, avant d'éclater de rire quand Marinette le gratifia d'un regard goguenard. « Bon, d'accord, de façon plus qu'honorable », reprit-il. « J'ai remporté quasiment toutes les compétions auxquelles j'ai participé jusqu'à l'âge vénérable de dix-huit ans, âge où j'ai décidé qu'il était temps pour le monde de l'escrime continue de tourner sans mes extraordinaires compétences », conclut-il avec une ironique emphase. « Est-ce que c'est mieux ? »

- « Beaucoup mieux, chaton », approuva Marinette en riant. « Est-ce que je dois t'appeler Zorro ? », lui demanda-t-elle malicieusement.

- « Uniquement si j'ai le droit de me balader vêtu de noir et portant un masque », répliqua aussitôt Adrien avec un clin d'œil effronté.

- « Du moment que tu évites une tenue en latex ou quoi que ce soit d'approchant, tu fais ce que tu veux », rétorqua la jeune femme d'un ton espiègle. « Parce que ne le prend pas mal, chaton, mais je te verrais mal habillé comme ça. »

Elle se détourna de lui dans un nouvel éclat de rire pour poursuivre ses explorations, tandis qu'Adrien songeait rêveusement que de son côté, il imaginait merveilleusement bien sa Lady dans une moulante combinaison.

Mais pas noire, non.

Rouge.

Du rouge lui irait beaucoup mieux.

L'imagination du jeune homme commençait à agréablement vagabonder, son regard errant sans la moindre discrétion sur les harmonieuses courbes de Marinette pendant que celle-ci s'approchait de son bureau. Surprenant le minutieux examen auquel il la soumettait, sa compagne lui lança un mutin clin d'œil qui le frappa tel un éclair d'un bleu vif, traversant instantanément sa colonne vertébrale et lui liquéfiant les genoux.

Adrien s'approcha d'un pas rapide de la jeune femme qui s'était détournée de lui pour se plonger dans la contemplation de ses vieux livres de cours. Marinette affichait une indifférence parfaitement calculée, qui n'était trahie que par la légère rougeur qui colorait à présent ses joues et le sourire qui flottait sur ses lèvres entrouvertes. Adrien avait posé sa main sur la taille de sa compagne pendant que celle-ci tournait distraitement les pages des ouvrages qu'elle avait entre les doigts.

- « Allemand... Chinois... Espagnol... », murmurait-elle. « Tu as étudié tout ça ? »

- « Mmmm », approuva Adrien en glissant ses bras autour de la jeune femme, avant de déposer un léger baiser sur sa nuque. « J'ai toujours été très doué avec les langues. »

Marinette pu le sentir sourire contre sa peau, et elle se retourna aussitôt pour lui faire face.

- « Avec les langues, ou avec ta langue ? », releva-t-elle en lui donnant une pichenette affectueuse sur le nez.

- « Oh, ça me vexe presque que tu poses la question », répondit Adrien à voix basse, tandis que ses lèvres s'incurvaient en son plus séduisant sourire. « Depuis le temps, j'aurais cru que tu étais au courant. »

- « J'aurais peut-être besoin d'un rappel... » commença Marinette. « Mais quand on sera rentrés à la maison », l'interrompit-elle en se dégageant doucement, alors que les mains d'Adrien tentaient de s'aventurer le long de ses côtes.

- « Ahhh, Princesse », laissa échapper Adrien en laissant retomber ses bras à regret, sans néanmoins cesser de dévorer sa compagne du regard. « Ni toi ni moi n'avons envie d'être ici, et je crois que tu ne te rends vraiment pas compte à quel point tu rends les choses plus... »

- « ...dures ? », compléta Marinette en battant innocemment des cils.

Adrien étouffa un grognement, tandis que la jeune femme s'éloignait avec un petit rire tout en accentuant malicieusement le balancement de ses hanches.

- « Je ne l'aurais pas mieux dit, ma Lady », soupira-t-il en levant les yeux au ciel.


Les chapitres de cette fic deviennent de plus en plus long... x) Et Papadrien se fait attendre !

J'espère que ça vous a plu. Merci pour vos reviews, favs et follows, et merci de m'avoir lue : )