- «IL T'A DIT QUOI ? » hurla Alya avec tant de force que Marinette dû écarter vivement son téléphone de son oreille pour éviter de perdre l'un de ses tympans.

Alors qu'un sourire amusé se dessinait sur ses lèvres, la jeune fille rapprocha de nouveau l'appareil pour poursuivre la conversation qu'elle tenait à l'instant même avec sa meilleure amie.

- « Il a proposé qu'on emménage ensemble », reprit-elle du ton rêveur qu'elle adoptait désormais sans même s'en rendre compte à chaque fois qu'elle évoquait ses projets d'avenir avec Adrien.

- « Ensemble, genre ENSEMBLE-ENSEMBLE ? », s'écria Alya, qui semblait quant à elle être au bord d'une fulgurante crise d'hystérie.

- « Non, ensemble-séparé », rétorqua malicieusement Marinette, riant devant le visible enthousiasme de son amie. « On divisera l'appart' en deux, et chacun aura son côté. »

- « Haha... Tu passes un peu trop de temps avec Monsieur Je Fais Mon Malin, on dirait », la taquina la jeune journaliste. « Je n'aurais pas cru que son humour pouvait être contagieux. »

- « Et ce n'est pas prêt de s'arrêter », rétorqua joyeusement Marinette. « Vu. Qu'on. Emménage. Ensemble. »

- « Je n'arrive toujours pas à y croire ! », reprit Alya, son excitation se faisant palpable même par l'intermédiaire du téléphone. » Je suis tellement contente pour vous ! Comme quoi j'ai bien fait de te le présenter », poursuivit-elle avec une fierté non dissimulée. « Je savais que vous étiez faits l'un pour l'autre ! J'ai vraiment l'œil pour ce genre de choses ! »

- « Au bout du 28ème garçon avec lequel tu voulais me caser, il fallait bien que tu finisses par tomber sur le bon », répliqua sa meilleure amie avec un rire espiègle. « Il y a des fois où j'ai vraiment eu l'impression que tu me les présentais au hasard.»

- « Hey ! », protesta aussitôt la jeune journaliste, « je veux bien admettre qu'il y a eu des ratés, mais à ce point... »

- « Tu tiens à prendre le pari ? Je suis sûre que je dois pouvoir retrouver mes vieux messages... »

- « Mmm, non , il ne vaut mieux pas » répliqua Alya avec un joyeux éclat de rire. « Ok, je te l'accorde, j'ai peut-être été un peu excessive à une époque. Mais avoue qu'avec Adrien, j'ai vu juste ! »

- « Oui. Et je t'en serai éternellement reconnaissante », répondit Marinette avec une profonde sincérité. « Merci. »

Bien qu'elle s'amuse encore régulièrement à taquiner sa meilleure amie sur l'insistance qu'elle avait eu à lui présenter tous les célibataires de son entourage, Marinette avait parfaitement conscience que sa rencontre avec Adrien était l'une des plus belles choses qui lui soit arrivée et qu'elle ne remercierait jamais assez Alya d'avoir tant insisté pour qu'elle fasse enfin la connaissance du mystérieux meilleur ami de Nino.

Adrien était entré dans sa vie avec charme et désinvolture, puis s'était emparé du cœur de Marinette avec une force que la jeune femme n'aurait jamais soupçonné. Que ce soient ses cheveux blonds qui semblaient toujours gorgés de soleil, son rire enchanteur, son courage, ses sourires malicieux, ses jeux de mots approximatifs, sa gentillesse sans borne, ses yeux d'un impossible vert ou sa vivacité d'esprit, Marinette aimait tout de lui, et ce depuis longtemps déjà.

Elle était amoureuse.

Complètement, totalement, irrémédiablement amoureuse, et parfaitement contente de l'être.

- « Et donc, pour l'emménagement », reprit brusquement Alya, ramenant la conversation sur son sujet initial. « Vous allez faire comment ? Il s'installe chez toi ? Tu t'installes chez lui ? Je sais qu'il habite déjà pratiquement chez toi, mais sans vouloir t'offenser, on doit facilement pouvoir faire rentrer trois fois ton appartement dans le sien... »

- « Ni l'un ni l'autre ! », répliqua Marinette en riant. « On déménage tous les deux. On est en train de chercher un nouvel appartement où s'installer. »

- « Ohhh, un nouveau petit nid d'amour ? », souligna la journaliste d'un ton taquin.

- « Tout à fait », confirma sa meilleure amie en riant joyeusement. « Oh, Alya, si tu savais à quel point j'ai hâte d'y être ! »

- « J'imagine, ma belle, j'imagine », approuva Alya.

La conversation se poursuivit encore quelques instants, puis Marinette raccrocha avant de porter toute son attention sur son ordinateur, et plus précisément sur les multiples annonces de logements à louer qu'elle avait ouvert. Adrien et elle n'avaient guère perdu de temps, se mettant à la recherche de l'appartement de leurs rêves à peine quelques heures après que le jeune homme ai fait sa proposition à sa charmante compagne.

Les parents des deux jeunes gens avaient rapidement été informés de ce changement de situation à venir, Tom et Sabine Dupain-Cheng réagissant avec autant d'enthousiasme que si Adrien était venu leur demander la main de Marinette, tandis que le sévère Gabriel Agreste leur avait fait l'agréable surprise de n'émettre aucun commentaire désobligeant à l'annonce de cette importante nouvelle. Le célèbre styliste n'avait par ailleurs pas laissé repartir le jeune couple sans leur arracher la promesse de choisir un immeuble avec une entrée suffisamment sécurisée et situé dans un quartier sûr, ainsi que leur parole qu'une fois dans leur futur appartement, ils installeraient immédiatement un système d'alarme à ses frais.

La semaine de Marinette et d'Adrien s'écoula rapidement, rythmée par les contacts avec les agences immobilières et les prises de rendez-vous pour des visites d'appartements. Les parents de la Marinette se faisaient également un devoir d'inonder les deux jeunes gens de mails présentant des logements à louer - étrangement tous situés dans les quartiers voisins de leur boulangerie -, tandis qu'il ne se passait pas un jour sans qu'Adrien ne reçoive des brochures vantant les mérites des plus performants systèmes de sécurité de la part de son père.


Adrien et Marinette commencèrent leurs visites avec un enthousiasme que ne réussit même pas à atténuer le peu de succès que rencontrèrent les premiers appartements qu'ils eurent l'occasion de voir. Les deux jeunes gens ne désespéraient pas de tomber enfin sur un logement qui trouve grâce à leurs yeux, mais plus les jours s'écoulaient, plus ils réalisaient que leurs recherches allaient probablement s'avérer beaucoup plus ardues que ce qu'ils avaient espéré.

Il y avait eu l'appartement dont les photos étaient tout à fait prometteuses, mais dont l'immeuble était une telle ruine qu'ils avaient fait demi-tour à peine la porte du bâtiment franchie, n'osant pas s'aventurer dans des escaliers à la solidité plus que douteuse. Puis celui qui avait été refait intégralement à neuf, mais dont l'isolation sonore était si mauvaise qu'il était possible d'entendre tout ce qui passait à trois rues aux alentours.

- « Ah, je t'avais bien dit que j'avais entendu un camion frigorifique depuis la salle de bain », avait d'ailleurs fait remarquer Adrien sur le chemin du retour, en passant devant ledit véhicule qui se trouvait garé à plus d'une centaine de mètres du logement qu'ils venaient de visiter.

Il y avait également eu celui qui aurait été parfait si l'agence immobilière ne s'était pas trompée en affirmant qu'il était encore à louer – Marinette se rappelait d'ailleurs toujours avec une certaine honte du regard surpris des locataires quand Adrien et elle avaient fait intrusion dans leur salon. Puis celui qu'une agence leur avait spontanément proposé en affirmant qu'il s'agissait là d'un « bien tout à fait conforme à leurs attentes », et qui correspondait au contraire si peu à ce qu'ils recherchaient que les jeunes gens s'étaient sincèrement demandés si on ne les confondait pas avec d'autres clients.

Et la liste était hélas encore longue...

Celui avec un dégât des eaux au plafond. Celui encore en cours de travaux. Celui qui était « original et atypique », au point que Marinette était persuadée que seul un architecte ivre et des ouvriers plus ivres encore avaient pu donner le jour à une telle monstruosité. Celui dont le circuit électrique capricieux avait failli envoyer à l'hôpital le malheureux agent immobilier qui les accompagnait. Celui dont l'agencement des pièces défiait la logique la plus élémentaire.

Au point où en étaient rendues les choses, les deux jeunes gens commençaient sincèrement s'il existait un appartement encore à louer dans Paris qui corresponde à leurs critères pourtant loin d'être irréalistes.


- « Allez, courage, celui-là sera peut-être le bon », lança Marinette avec optimiste, tandis qu'Adrien dirigeait avec habileté sa voiture à travers les flots du trafic parisien, en direction d'un nouveau logement à voir.

- «Je le souhaite aussi, ma Lady », répliqua le jeune homme. « J'espère qu'au moins celui-là aura une clef suffisamment solide pour ne pas rester cassée dans la serrure», rajouta-t-il, grimaçant légèrement au souvenir de la façon catastrophique dont s'était terminée la visite du dernier appartement qu'on leur avait montré.

- « Espérons ! », approuva Marinette avec un petit rire. « Là, à droite », s'exclama-t-elle soudain, tendant le bras vers une minuscule rue à sens unique. « C'est ici. »

Par miracle, Adrien trouva presque immédiatement une place où se garer, et les deux jeunes gens rejoignirent d'un pas vif l'agent immobilier qui les attendait patiemment devant un petit immeuble de quelques étages à peine.

Marinette eut tout de suite un excellent pressentiment. Tandis qu'Adrien répondait aimablement aux salutation de l'homme qui allait leur faire visiter les lieux, la jeune femme laissait son regard courir sur la façade extérieure du bâtiment. L'immeuble n'était certes pas neuf, mais il avait un charme indéniable auquel Marinette était loin d'être insensible, charme que rehaussait une superbe porte cochère dans le plus pur style Art Nouveau.

Sur les pas de l'agent immobilier, Adrien et Marinette passèrent ladite porte pour atteindre une ravissante cour pavée, subtilement décorée de plantes en pot qui offraient une vision de verdure bienvenue. Après les avoir laissé admirer un instant les lieux, l'agent offrit aux jeunes gens de les emmener visiter le fameux appartement dont il leur avait tant fait miroiter les qualités. Il les mena le long d'un élégant escalier de bois, à la courbe parfaite et dont la rambarde superbement travaillée formait de délicats entrelacs métalliques.

Alors qu'elle grimpait les marches, Marinette attrapa machinalement la main d'Adrien, serrant ses doigts entre les siens.

C'était le bon.

Elle en était sûre.

L'immeuble était parfait, la cour était parfaite, les vitraux étaient parfaits, l'escalier était parfait.

L'appartement ne pouvait être que parfait. Il fallait qu'il soit parfait.

Le cœur battant à tout rompre, la jeune femme regarda l'agent immobilier se débattre un instant avant son trousseau de clefs, avant de trouver enfin celle qu'il cherchait. La serrure se déverrouilla dans un doux cliquetis métallique, puis l'homme s'effaça pour laisser le couple découvrir les lieux.

Sans lâcher les doigts d'Adrien, Marinette s'avança dans l'appartement. A la lumineuse entrée succéda un immense salon, lui aussi baigné de lumière grâce aux immenses fenêtres qui ornaient l'un de ses murs. Constatant que cette superbe pièce donnait sur une cuisine ouverte, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire. Elle visualisait déjà comment elle pourrait aménager les lieux. Un canapé dans cet angle, une table a proximité de la cuisine, quelques tabourets de bar...

- « Marinette, tu as vu ça? », l'interpella soudain Adrien, la voix vibrante d'enthousiasme.

La jeune femme se retourna vers son compagnon, avant de laisser échapper un petit cri de ravissement. Non, jusque-là, elle n'avait pas vu. Parmi les fenêtres du salon, il y avait une intruse. Une porte-fenêtre. Et un balcon. Un adorable balcon de fer forgé, sur lequel elle s'imaginait déjà lire ou coudre quand le temps serait suffisamment clément pour le lui permettre, et qu'elle pourrait sécuriser pour permettre à son chat de se profiter également de l'extérieur.

Se retenant de sautiller d'excitation, Marinette lâcha la main d'Adrien puis tourna les talons pour visiter le reste du logement. Et si son intuition avait été juste ? Et si c'était enfin le bon ?

A la plus grande joie de la jeune femme, le reste de l'appartement s'avéra tout aussi enthousiasmant que l'avait été le salon. Avec leurs murs clairs et leur parquet travaillé par le temps, les deux chambres disponibles étaient tout à fait charmantes. La plus grande offrait l'indéniable avantage d'être pourvue de placards muraux, et pourrait tout naturellement être utilisée par Adrien et elle. Ils pourraient même s'offrir le luxe de conserver le lit d'Adrien, qui aurait été bien trop grand pour l'appartement exigu dans lequel habitait actuellement la jeune femme, mais qui serait parfait ici. La petite chambre ferait quant à elle un bureau tout à fait acceptable, où Marinette pourrait entreposer ses travaux de couture à l'abri des facéties de son minuscule chat. Comme la plupart des salles de bain parisiennes, celle du logement qu'ils visitaient était ridiculement petite, mais elle était propre et suffisamment bien aménagée pour que sa taille ne présente pas un handicap majeur.

Marinette fit plusieurs fois le tour des lieux, et chaque seconde qu'elle passait ici, chaque regard qu'elle laissait courir sur les pièces, chaque doux grincement du parquet sous ses pieds la faisait se sentir de plus en plus à l'aise. La faisait se sentir chez elle.

Les yeux brillants comme des étoiles, Marinette se tourna vers Adrien. Avant même qu'elle n'ait eu à lui demander ce qu'il pensait de cet endroit, elle su. Son sourire lumineux, l'éclat enthousiaste de ses yeux d'un vert impossiblement brillant, et la façon dont il l'enlaça soudain pour la serrer contre son cœur étaient autant de réponses de la part du jeune homme.

C'était le bon.


Ahhh, les recherches d'appart, ce grand moment xD !

J'espère que ce chapitre vous a plu, merci de m'avoir lue jusqu'ici :)