Salut à tous et à toutes !

On se retrouve pour la deuxième partie de cette fiction : l'arrivée à Poudlard !


Là où tombent les étoiles filantes

Deuxième Partie : Un château en Écosse


Aquila remonte le train en direction de la locomotive, trainant derrière elle sa lourde valise de cuir sombre. Elle se sent bien. Presque libre. Père et Mère sont restés sur le quai, ainsi que ce cafard de Kreattur, et leurs regards de glace ne pèsent plus sur son dos. Poudlard est une véritable bouffée d'air frais, pour elle. Plus de parents dédaigneux, plus de grand-mère aigrie, plus d'horrible elfe de maison… Regulus lui manque un peu, mais elle lui écrira. Il a beau être l'Héritier, c'est son petit frère, et elle l'aime au moins un peu, malgré la jalousie qui enserre son cœur quand Walburga l'enlace.

La petite fille jette un coup d'œil dans les compartiments, mais la plupart sont déjà occupés par des élèves bien plus âgés qu'elle. Si elle les rejoints, elle risque de se faire éjecter d'un rapide "Va jouer ailleurs, microbe". Et ça, pas question. Elle a beau ne plus vouloir être une Black, il lui en reste au moins la fierté.

En entrant dans un nouveau wagon, Aquila croise Narcissa.

Elle est au bras d'un grand blond au sourire arrogant, qui caresse sa joue d'un air étrange. La petite fille tente de passer discrètement, mais sa cousine l'aperçoit et lui lance :

– Aquila ! Viens ici ! Je te présente Lucius Malfoy. Lucius, voici ma cousine, Aquila.

– C'est la fille de ton oncle ? Enchanté, Aquila, lui dit-il d'un ton suave.

– Moi de même, grommelle-t-elle en retour.

Elle ne l'aime pas. Il pue le Sang-Pur par tous les pores de la peau, et son sourire n'a l'air sincère que quand il se tourne vers Narcissa. Celle-ci propose :

– Veux-tu venir dans notre compartiment ? Orpheus Greengrass et Cassandra Fawley y sont déjà. Tu pourras faire leur connaissance…

Pas sûr qu'elle en ait envie. Ils sont déjà venus au 12, Square Grimmaurd, aussi elle les connait au moins un peu. Greengrass est un garçon maussade toujours plongé dans un livre d'astronomie, et Fawley représente à elle toute seule l'orgueil et la beauté froide des Sang-Purs.

– Je préfèrerai être avec des gens de mon âge, fait-elle en amorçant un mouvement de recul. Narcissa a à peine le temps d'acquiescer que sa jeune cousine s'est déjà précipitée vers le wagon suivant.

Tant pis pour la politesse.

o-oOo-o

Quelques minutes plus tard, Aquila trouve enfin un compartiment occupé par un Première Année. C'est un petit garçon à l'air pensif, plongé dans un livre épais. La peau de son visage est parsemée de fines cicatrices, comme s'il s'était heurté à une vitre et que les éclats de verre l'avaient irrémédiablement blessé. D'une certaine façon, il lui rappelle Andromeda : même expression sage et tranquille, même mélancolie au fond des yeux. Sans hésiter, elle ouvre la porte, balance sa valise dans le porte-bagage, et s'assied sans aucune grâce sur les banquettes de cuir.

– Salut !, lance-t-elle d'un ton enjoué. Moi c'est Aquila. Tu t'appelles comment ?

Le garçon lève les yeux de son livre et la fixe d'un air étrange, comme si elle venait de dire quelque chose de particulièrement étonnant.

– Remus. Remus Lupin.

– Enchantée de te connaitre, Remus ! Dis-moi, qu'est-ce que tu lis ?

Elle n'aime pas particulièrement la lecture, sauf en cas d'ennui prolongé, mais cela semble un bon moyen de débuter une conversation. Surtout que Remus a l'air du genre réservé. Elle n'a pas fui Narcissa pour voyager dans un silence total !

– Oh, euh… C'est un ouvrage moldu, répond le garçon. Un vieux livre. Les "Trois mousquetaires". Tu connais ?

– Pas du tout. Ça parle de quoi ?

Si c'est un livre moldu, ça l'intéresse. Elle a déjà épuisé toute la littérature sorcière de la bibliothèque d'oncle Alphard (la seule qui lui soit accessible, puisque ses parents ont depuis longtemps décidé de la cantonner aux ouvrages de bonnes manières et de généalogie), et une telle nouveauté ne peut qu'être enrichissante.

– C'est l'histoire de trois mousquetaires et d'un de leurs amis qui doivent retrouver le collier de la reine, déclare Remus, l'air un peu apaisé. C'est un livre très célèbre.

– Mes parents n'ont pas ce genre d'histoire chez eux, grimace-t-elle. Le plus excitant que j'aie trouvé dans notre bibliothèque, c'est un ouvrage sur la vie de mon ancêtre Sirius. Il a passé son existence à tenter de démontrer que son beau-frère, Hector Gamp, avait tort quand il disait qu'on ne peut pas métamorphoser quelque chose en nourriture. Résultat, il est mort en s'étranglant avec un hérisson ressemblant férocement à une part de tarte au potiron.

Remus sourit, et Aquila range ça dans une de ses victoires personnelles. Il n'a pas l'air joyeux, ce garçon. Peut-être qu'il lui est arrivé quelque chose ?

Pendant le reste de leur conversation, elle examine avec attention son compagnon de compartiment. Il est très pâle, remarque-t-elle, et maigre aussi. Ses robes de sorciers sont rapiécées avec soin, comme pour ne pas en perdre un centimètre, et sa valise semble provenir d'un autre âge. Il est sans doute pauvre. Normal, donc, qu'il ait cet air si triste. Si ça se trouve, il ne mange pas tous les jours à sa faim.

Alors, quand la vendeuse de bonbons passe avec son chariot et qu'elle voit Remus les lorgner discrètement, elle en achète un maximum et lui en fourre la plus grande partie dans les bras.

– Tiens. On entre à Poudlard, il faut fêter ça !

Et Remus sourit à nouveau.

o-oOo-o

C'est en toute fin d'après-midi, quelques minutes après qu'ils aient passé la frontière écossaise, que le bruit tonitruant d'une explosion ébranle tout leur wagon.

Ni une ni deux, Aquila se lève, abandonnant au passage Remus et leur passionnante conversation, et fonce ouvrir les portes du compartiment dont semble provenir le choc. Elle y trouve une fille – dont les joues rougies par la colère s'harmonisent assez bien avec ses cheveux roux – faisant face à un garçon à la chevelure hasardeuse qui se plie de rire sur sa banquette.

– TU N'AS PAS HONTE DE FAIRE ÇA !, rugit-elle. C'EST DÉBILE ! PARFAITEMENT DÉBILE ET MÉCHANT !

Mais le garçon ne l'écoute pas, trop occupé à empêcher ses lunettes de dégringoler le long de son nez sous la force de son hilarité. Curieuse, comme toujours, Aquila demande sur un ton enjoué :

– Qu'est-ce qui s'est passé ? On a senti une explosion, c'était terrible ! Plus fort qu'un éternuement de dragon !

La rouquine lui lance un regard en biais, et lui désigne du doigt un autre occupant du compartiment que la jeune Black n'avait pas remarqué au premier abord.

– Ce… Ce crétin n'a rien trouvé de mieux à faire que de lancer une chose dégoûtante sur mon ami Severus.

Ledit ami exhale une odeur particulièrement désagréable, à mi-chemin entre le fruit pourri et l'excrément de dragon. Aquila plisse le nez, mais garde le sourire. C'est le genre de blague qu'elle adorerait faire chez elle. Le coupable, entre deux accès de rire, lâche d'un ton narquois :

– Ça s'appelle une bombabouse, pour ton information. Et dis-toi qu'au moins maintenant l'odeur de Servilus est en accord avec son apparence.

Il n'a pas tort. Servilus a le teint cireux, presque coulant, et ses cheveux tombent en larges mèches grasses en travers de son visage. Il porte de vieilles robes noires un peu crasseuses, sans doute achetées dans la friperie la plus infecte de l'Allée des Embrumes. Immédiatement, Aquila décide qu'elle ne l'aime pas. Il a l'air mauvais. Une sorte de Kreattur en plus grand et moins fripé.

– MAIS TU N'EN A PAS FINI !, fulmine de nouveau la fille. SEVERUS NE T'A RIEN FAIT ! LAISSE-LE TRANQUILLE !

– Ce n'est pas grave, Lily, marmonne son ami en jetant un regard haineux au binoclard, qui se contente de rire de plus belle.

– Tu ne t'embêtes pas un peu, dans ce compartiment ?, glisse Aquila en direction de ce dernier. Il y a de la place dans le mien, si tu veux. Et on sait y apprécier les bonnes blagues.

Mr Cheveu-en-folie lui lance un large sourire, tandis que la rouquine semble mortifiée qu'une fille puisse approuver de tels actes.

– Carrément. En plus, Servilus commençait à m'inquièter avec sa grassitude. Si ça se trouve, c'est contagieux et il va me contaminer.

Cette dernière remarque pousse définitivement à bout l'amie de Servilus.

– C'EST ÇA, DÉGAGE ! ON A AUTRE CHOSE À FAIRE QUE SUBIR LA BÊTISE D'UN DÉBILE COMME TOI !

La furie les pousse dehors et leur claque les portes au nez. Immédiatement, le garçon repart dans un joyeux fou-rire, dans lequel Aquila le suit bien volontiers. Ils finissent écroulés par terre dans le couloir, le souffle court.

– Joli coup, déclare Aquila.

– Merci, répond son désormais camarade de compartiment. James Potter. Et toi ?

Un Potter ! Merlin, Morgane et toute la clique sont avec elle. Oncle Alphard lui a parlé d'eux. Ce sont des gens très amusants, des bons vivants. L'opinion de Walburga Black à leur sujet est que ce sont d'immondes traîtres à leur sang, mais la petite fille s'en fiche comme de son premier elfe.

– Je m'appelle Aquila.

Un instant, elle craint qu'il lui demande son nom, mais il n'en fait rien. Tant mieux. Elle se doute bien qu'il ne doit pas avoir une très bonne appréciation des Black, et ce James Potter, elle veut vraiment s'en faire un ami. Pour survivre à Serpentard, il lui faudra une aide extérieure. Et qui de mieux placé que qulqu'un partageant son amour des farces ?

– Qu'est-ce qui s'est passé ?, demande une voix douce.

En levant les yeux, Aquila s'aperçoit que Remus est debout en travers des portes de leur compartiment. Un instant, elle a quelques remords de l'avoir laissé seul. Lui aussi, elle le veut comme ami. Il n'est pas aussi exubérant que Potter, mais elle le trouve vraiment sympathique. Il est gentil, tout simplement. Comme Andromeda, comme cette cousine qu'elle aime de plus en plus au fur et à mesure que les années passent.

– Remus, je te présente James, fait-elle avec un grand sourire.

o-oOo-o

Quand Poudlard dresse enfin ses hautes tours devant eux, il fait déjà nuit.

L'excitation de James n'a cessé de croître depuis que Remus leur a fait remarquer qu'ils allaient bientôt arriver. Il saute le marchepied et atterrit à pieds joints sur le quai, du pas agile des lutins.

– Moi, je ne m'imagine pas ailleurs qu'à Gryffondor. Mon père y a été, son père aussi, et la plupart des autres avant, c'est pareil. Il y a juste oncle Charlus qui a été à Serpentard… Mais on ne parle jamais de lui à la maison. Il parait qu'il s'est marié à une Sang-Pure, mais je ne sais pas si c'est vrai.

Aquila retient une grimace. Pour avoir potassé durant des heures les arbres généalogiques de sa famille, elle sait que Charlus Potter a bien épousé une Sang-Pure. Une Black, même : Dorea, la sœur de sa mère, oncle Cygnus et oncle Alphard, partie depuis des années en Azerbaïdjan pour "communiquer avec les énergies de la nature".

Ce n'est pas une rareté de trouver le nom des Black au hasard d'un arbre généalogique. Prewett, Londubat, Crabbe, Rosier, MacMillan, Croupton et Potter ne sont que les plus récents. Aquila peut se vanter d'avoir un lien de parenté avec une bonne partie de la société sang-pure.

– Ma mère a été à Poufsouffle, par contre, continue James alors que le flux de la foule les conduits vers le château. C'est une bonne maison, mais mes parents disent que je suis bien trop remuant pour y aller. Mais de toute façon je suis paresseux, alors que là-bas ils sont très travailleurs, donc ce n'est pas possible…

Elle échange un regard entendu avec Remus. Leur nouvel ami est une véritable pie, pire que Narcissa dans ses mauvais jours.

– Ce garçon, Servilus, c'est sûr qu'il ira à Serpentard. Ça se voit à sa tête qu'il aime la magie noire. Et sa rabat-joie de copine, c'est une vraie Serdaigle.

– Mon père était à Serdaigle, intervient Remus.

James a la décence de paraitre gêné.

– Oh, euh… Mais bien sûr, il n'y a pas que des raseurs chez les Serdaigles. C'est des gens très intelligents. La ministre de la magie, elle était à Serdaigle.

Remus lui lance un regard indulgent. De son côté, Aquila se demande si James acceptera vraiment d'être l'ami d'une Serpentarde. Certainement pas. Dommage, elle l'apprécie beaucoup. Mais peut-être que si elle se montre assez sympathique, il voudra bien passer outre ?

Une voix tonitruante interrompt soudain ses réflexions :

– Les premières années ! Par ici, venez avec moi !

– Par Merlin, est-ce que c'est un géant ?, murmure Remus.

En effet, on est en droit de se poser la question. L'homme est gigantesque : ses mains sont grandes comme des couvercles de casseroles et il dépasse en taille Aquila, Remus et James empilés. Au milieu d'une masse de cheveux broussailleux, un visage affable tonne des instructions aux enfants stupéfaits.

– Venez, venez. Je suis Hagrid, le Gardien des Clés de Poudlard. Je suis chargé de vous conduire au château. Il y a des barques, là-bas : prenez-en une pour quatre. Et pas de disputes ! Je vous tiens à l'œil !

– On prend cette barque-là, dit James en désignant l'embarcation la plus proche d'eux. Les bords sont plus bas, peut-être que ça va attirer le calmar géant !

Remus ne semble pas enjoué par cette perspective, mais il suit ses deux compagnons sans rechigner. Voyant qu'il n'est pas à son aise, Aquila lui tend la main pour l'aider à monter dans la barque. Il accepte son aide avec un regard de remerciement, pendant que James scrute avec avidité les profondeurs du lac.

– Les enfants ?, fait la grosse voix d'Hagrid. Ce garçon n'a pas de place. Ça ne vous dérange pas de l'accueillir ?

Le géant se tient devant-eux, son énorme main posée sur l'épaule d'un petit garçon trapu aux grands yeux humides. Il leur jette un regard implorant, auquel Remus répond :

– Bien sûr qu'il peut venir. Viens, attrape ma main. Comment tu t'appelles ?

Le garçon s'assied en reniflant et déclare :

– Merci, c'est gentil. Je m'appelle Peter. Peter Pettigrow.

o-oOo-o

Le plafond enchanté de la grande salle reflète une nuit claire, parsemée d'étoiles. Machinalement, Aquila situe la constellation de l'aigle et son étoile la plus brillante, Altaïr. Son étoile, d'une certaine façon. Elle la prie de toutes ses forces, parce que dans quelques instants, le professeur McGonagall l'appellera pour passer sous le choixpeau pour la Répartition, et alors… alors tout s'écrira.

Pour le moment, elle est coincée au milieu des autres Première Année, et séparée de James et Remus. Il doit y avoir une trentaine d'enfants autour d'elle, et pourtant elle se sent effroyablement seule.

La petite fille sent soudain une main qui effleure la sienne, et est surprise de voir le petit Peter qui lui sourit avec compréhension. Ses doigts potelés tremblent un peu contre sa peau à elle, froide et immobile.

– Tu… tu n'as pas besoin de t'inquiéter, tu sais. Tu es le… le genre de personne qui va dans les grandes maisons. Comme mes cousins qui sont allés à Serdaigle. Leurs parents étaient fiers. Moi, ma mère, je ne sais pas si elle sera fière de moi…

– Dans quelle maison penses-tu aller ?, demande-t-elle.

– Je… Liam dit que j'irai à Poufsouffle, parce que c'est la seule maison qui acceptera de m'accueillir. C'est mon cousin, Liam. Il est très intelligent, tu sais ? Il a eu presque que des Optimals à ses BUSEs.

Aquila réprime un tic nerveux. L'admiration qu'elle devine dans les yeux de Pettigrow la ramène des années en arrière. Bellatrix aussi était très intelligente. Mais elle se trompait sur les moldus – et sur tellement d'autres choses…

Elle jette un regard scrutateur à Pettigrow.

– Donc, ton cousin dit Poufsouffle. Mais dans quelle maison penses-tu aller, toi ?

Son visage rond s'empourpre, et bégaie :

– Je… enfin… M…moi je voudrais aller à… à Gryffondor. M…mais c'est pour les gens cou… courageux et m…moi je suis…

Il s'interrompt et se met à fixer ses pieds comme s'ils s'étaient soudain transformés en trolls des neiges dansant le flamenco.

– Tu es quoi ?, insiste la petite fille.

– Je suis… je suis lâche, souffle Peter, le visage écarlate.

Elle hausse un sourcil.

– Et alors ? Est-ce que tu veux le rester toute ta vie ?

– Je… Je… Non…

D'un œil critique, elle observe Peter, sa silhouette courte et un peu ronde, ses mains tremblantes et son air perdu. Quelles sont les chances qu'un être comme celui-là devienne quelqu'un d'important ? Aucune, nada, niet. Sauf s'il se ressaisit lorsqu'il en est encore temps.

– Si tu veux être dans la maison que toi tu veux, il faut faire quelques efforts.

C'est cet instant que le professeur McGonagall choisit pour sortir de sa manche un parchemin, se racler la gorge et appeler :

– Black, Aquila.

o-oOo-o

– Alors, alors… Qu'avons-nous là…

Assise bien droite sur le tabouret à trois pieds, le choixpeau posés sur ses cheveux sombres, Aquila peine à garder un visage indéchiffrable. A la table des Serpentard, Narcissa darde vers elle un regard impérieux. Les mots d'Orion viennent danser devant ses beaux yeux gris, toujours chargés de ce même mépris. Ne nous fais pas honte.

– Une Black, continue le couvre-chef. Une lignée fort ancienne. Ta famille est célèbre pour sa faculté à s'épanouir au milieu des serpents…

– Je vais y aller, n'est-ce pas ?, fait-elle.

– Quoi ? Oh non, ma petite. Tu as de la ruse, certes, mais pas l'ambition ni la subtilité de Serpentard. Ta curiosité et ton intelligence pourraient bien te conduire chez Serdaigle, mais par-dessus tout, tu es loyale et courageuse. Tu seras à GRYFFONDOR !

Une marée de chuchotements fait écho au cri du chapeau enchanté. Du haut de son siège, la petite fille peut voir le visage de sa cousine se décomposer, et un grand sourire étonné éclairer ceux de Remus, James et Peter.

Tranquillement, sans se soucier de la surprise générale, elle se lève, pose le choixpeau sur son tabouret et va s'assoir à la table des lions avec tout le naturel du monde.

Une Black à Gryffondor. Qui l'eut cru ?

o-oOo-o

Quand le choixpeau répartit finalement Remus Lupin à Gryffondor, après de longues et atroces minutes de réflexion, Aquila applaudit de bon cœur.

– Félicitations, lui lance-t-elle avec un grand sourire, alors qu'il vient s'assoir à côté d'elle, l'air stupéfait d'être là.

– Je… Merci, bredouille-t-il, un peu hagard. Je n'imaginais pas vraiment me retrouver ici.

– Et moi donc, murmure-t-elle, sans doute un peu plus pour elle-même que pour lui.

Quelques places plus loin, deux filles de troisième année la regardent avec insistance, tout en échangeant des messes basses. A l'autre extrémité de la table, c'est un grand garçon blond qui la fixe, ses yeux bleus écarquillés jusqu'à ressembler à deux billes luisantes. Brusquement, il se lève, longe la table d'un pas lourd et se laisse tomber lourdement face à Aquila. Elle retient une grimace.

– Alors… Tu es une Black, fait-il en croisant les bras devant lui.

– Oui. Ça pose un problème ?, répond-t-elle en le regardant droit dans les yeux.

Le garçon avale sa salive, avant d'arborer un grand sourire qu'il imagine probablement charmeur.

– Aucun, aucun ! Je me présente : Ludovic Verpey. Je me disais que… hum… comme ta famille n'est pas… heu… coutumière de Gryffondor, et bien peut-être que tu aurais besoin d'une personne pour t'aider… Je veux dire, je suis ton ainé de deux ans, donc c'est normal que je…

– C'est gentil, mais ça ira, merci, rétorque-t-elle sur un ton cassant. Je saurai me débrouiller, je crois.

Les deux bécasses qui l'espionnaient se sont visiblement rapprochées, l'oreille tendue. Bien sûr, elle ne passe pas inaperçue. A la table des Serpentard, elle peut sans peine imaginer le concert de chuchotement qui doit s'élever.

Verpey semble vouloir répliquer, mais une voix féminine l'interpelle soudain :

– LUDO ! ON AVAIT DIT QU'ON DISCUTAIT STRATÉGIE ! RAMÈNE-TOI OU JE METS LE FEU À TON BALAI !

Le garçon pâlit et se lève à toute vitesse pour courir vers sa place précédente. Il trouve néanmoins le temps de lancer :

– Pense à ma proposition, Black !

– C'est ça, oui, grince la petite fille. Bon vent.

Elle se tourne vers Remus, le visage maussade. Son camarade l'observe avec une sorte de tristesse voilée, sourcils haussés en signe d'étonnement. Aquila soupire :

– Désolée. Je ne sais même pas qui c'est, ce type.

– Ludo Verpey, le batteur de Gryffondor, l'informe une voix dans son dos. Aussi lourd que les cognards qu'il repousse, selon mon père. Il cherche tous les appuis possibles pour lancer sa carrière dans le Quidditch.

Elle se retourne et croise les yeux pétillants de James. Derrière lui, Peter Pettigrow sourit à pleines dents, comme s'il avait gagné la Coupe du Monde de Quidditch. Le blason de Gryffondor s'étale sur le devant de leurs robes. Et il n'y a aucune animosité dans leurs yeux, même envers elle. Et la petite fille en ressent un immense soulagement. C'est comme un grand poids qu'on ôte de ses épaules, une véritable bouffée d'air frais.

– Alors, Black, contente d'être chez les lions ?, demande Potter sur le ton de la plaisanterie.

– Comment peux-tu en douter ?, riposte-t-elle.

o-oOo-o

Les dortoirs de Gryffondor sont tout ce que le 12, Square Grimmaurd n'a jamais été : chaud, accueillants, et empreints d'une joie de vivre typique de l'enfance. Aussi, c'est avec un soupir de contentement qu'Aquila se laisse tomber sur le rouge moelleux des couvertures, tandis que ses camarades féminines s'attribuent les autres lits.

– Je prends ce lit-ci, déclare Mary McDonalds, ça ne dérange personne ?

– Non, non, lui répond Alice Anderson. Prends celui que tu veux. Tu pourrais juste venir m'aider avec ma valise ? C'est mon père qui l'a fermée, et j'ai du mal à la rouvrir…

Sans même se redresser, Aquila tend sa baguette et lance un alohomora nonchalant. Alice se tourne vers elle, un peu étonnée, puis sourit.

– Merci, Aquila. C'est sympa de ta part.

La petite fille doit avouer qu'elle est assez fière de son tour. Elle a consacré du temps à l'apprentissage de ce sortilège fort utile, surtout pour entrer là où ses parents ne voudraient pas qu'elle aille.

– Tu es sûre qu'on peut utiliser la magie en dehors des cours, demande une voix sévère.

C'est Lily Evans qui a parlé. Décidément, elle ne sait pas faire grand-chose d'autre que jouer les rabat-joie de service. Pourquoi n'a-t-elle pas fini à Serdaigle, ou avec son copain graisseux à Serpentard ? Elle aurait sans doute été bien plus heureuse en compagnie de gens de son espèce. Mais non, le choixpeau s'est dit que coller une Miss-je-suis-le-règlement dans la même maison qu'Aquila Black et James Potter était une bonne idée.

– On est dans une école de magie, Evans, lui rétorque-t-elle. C'est normal de s'en servir. Sinon, à quoi ça sert d'apprendre des sortilèges ? Tu comptes jeter ta baguette à la fin des cours ?

– Ça va, je posais juste la question. Pas la peine de me répondre comme ça.

– S'il vous plait, pas de mauvaise ambiance dès le premier jour, implore Marlène McKinnon depuis son lit. Vous allez devoir cohabiter sept ans ensemble, essayez de ne pas vous voler dans les plumes à la première occasion !

Aquila hausse les épaules et se tourne vers l'imposante valise qui trône au centre de la pièce pour en tirer ses vêtements de nuit, tout en évitant soigneusement de regarder la rouquine qui lui lance des regards furieux. Elle n'a visiblement pas oublié l'incident du train.

Ses compagnes de dortoir sont sympathiques – à l'exception notable d'Evans – mais la petite fille aurait préféré dormir avec ses amis. Aucune de ces filles ne sait rire comme James, ou encore parler comme Remus. Elle se demande si les garçons pensent à leur amie, dans leur dortoir lointain. Peut-être. Elle l'espère un peu, au fond d'elle.

Quand enfin les Première Année sont toutes blotties dans leurs draps et que les lumières s'éteignent, Aquila ferme les yeux et s'autorise un dernier sourire avant de céder au sommeil.

Elle est à Poudlard.