Salut à tous et à toutes !

Cette troisième partie a mis un peu plus de temps que je ne l'avais prévu à arriver, principalement parce que je suis en train de relire intégralement la saga. À ce propos, j'ai une question à vous posez : souhaitez-vous qu'Aquila subisse le même destin que Sirius, à savoir mourir à la fin du tome 5 ? Parce que je n'arrive pas à me décider sur la question.

Sur ce, le chapitre !


Là où tombent les étoiles filantes

Partie 3 : Andromède


Père et mère sont furieux, bien sûr.

Aquila n'a pas reçu de Beuglante, contrairement à Tracey Davis qui avait eu la malchance de tomber à Serpentard, mais chaque mot de la lettre envoyée par ses parents au lendemain de la cérémonie de Répartition transpire la haine.

Etonnement, elle n'a pas encore été reniée. Ses parents semblent garder l'espoir qu'elle revienne un jour dans le droit chemin, et l'encouragent à fréquenter les Serpentards que Narcissa lui présentera. Ne nous fait pas honte, jeune fille. Ne nous fait pas honte.

Inutile de dire que le papier finit au feu.

o-oOo-o

Au bout d'une semaine de cours, elle et James deviennent inséparables.

C'est de lui que la petite fille se sent la plus proche. Peter est trop timide, trop discret, trop… fade. Et Remus lui semble presque inaccessible, avec sa passion des livres et son application à respecter les règles. Alors elle passe son temps avec le jeune Potter, au point qu'il devient presque impossible de les imaginer l'un sans l'autre.

Ils sont assis ensemble en cours, côte à côte sur les bancs de la Grande salle, l'un derrière l'autre lorsqu'ils échappent à un concierge au comble de la fureur. Soudoyer Peeves pour qu'il aille mettre le bazar dans son bureau était un joli coup, qu'ils comptent bien réitérer à l'intention des Serpentard. Même si le Professeur McGonagall et Remus ne trouvent pas vraiment ce qu'il y a de drôle là-dedans, sinon constater la perte de nombreux points pour Gryffondor.

Ils s'en fichent un peu. Ils ont onze ans, la vie est encore belle pour eux. Même si les parents d'Aquila la haïssent, même si ceux de James toussent un peu trop fort ces derniers temps.

Ils ont envie de rire, et tant pis si leur humour est un peu cruel.

Après tout, ils sont à l'image du monde qui les a vus naitre.

o-oOo-o

Et un jour, Remus disparait.

C'est trois fois rien, une simple grippe sorcière qui le cloue aux lits de l'infirmerie, selon le Professeur McGonagall. Oui, Mr Pettigrow, il sera bientôt sur pied. Non, Mr Potter, vous ne pouvez pas le voir. Miss Black, cela ne sert à rien d'insister : il est contagieux. Vous ne voudriez pas voir apparaitre d'horribles pustules violettes sur votre visage, n'est-ce pas ?

Effectivement, Aquila ne veut pas. James et Peter non plus, d'ailleurs. C'est pourquoi ils lâchent l'affaire, non sans un concert de grognements réprobateurs qui manque de coûter dix points à Gryffondor.

Les trois amis retrouvent brièvement leur bonne humeur en faisant pousser jusqu'au sol les poils de nez d'un Servilus qui passait par là, avant que la morosité ne revienne au triple galop. Remus laisse comme un vide, même si cela ne fait que quelques heures qu'il a disparu.

Remus, c'était l'oreille attentive qu'il fallait à Peter, le rempart anti-Evans de James et le garde-fou d'Aquila. Et maintenant qu'il n'est plus là, ils se rendent compte de la facilité avec laquelle ils lui ont fait une place dans leurs petites vies égoïstes. Comme si c'était naturel.

Aquila songe que le hasard a décidément bien fait les choses, dans ce train qui l'éloignait des Black.

o-oOo-o

Cette nuit-là, James et Peter invitent Aquila dans leur chambre. Le lit de Remus est trop vide, et c'est avec joie qu'elle déménage prestement dans le dortoir des garçons. Elle ne prévient aucune fille à part Alice Anderson – la plus calme de ses camarades, et étrangement la moins attachée au respect du règlement et donc celle qu'elle apprécie le plus.

Cette nuit-là, elle se sent bien. A sa place. Elle s'est installée dans le lit de Remus, et il y a des odeurs douces de chocolat et de vieux parchemins qui viennent lui effleurer les narines. James a ouvert l'un des innombrables paquets de sucreries que ses parents lui envoient chaque semaine, et les trois enfants discutent à la lumière tremblante des bougies.

– Mes parents m'ont eu très tard, raconte James en avalant un fizwizbiz. Ils pensaient qu'ils ne pourraient jamais avoir d'enfants. Mais un jour, bim ! Je suis arrivé. Comme un miracle !

– Frimeur, ricane Aquila. Moi, si mes parents avaient étés suspectés de ne pas pouvoir donner naissance à un Héritier, on aurait répudié ma mère et Père se serait remarié. On ne rigole pas avec les enfants, dans ma famille.

– Quoi ?, s'écrie Peter. Mais c'est horrible ! Ma mère dit que séparer deux personnes qui s'aiment, c'est le pire crime au monde !

– Père et Mère ne sont pas amoureux. C'est de ma cousine Andro que je le tiens. Ils se sont juste mariés pour perpétuer la lignée.

– C'est pas vraiment normal, insiste Peter.

– Je n'y peux rien. Tout le monde est comme ça, chez les Black. On se marie juste pour avoir de jolis héritiers au sang pur.

– T'as une famille de cinglés, conclut James.

– Certains sont pires que d'autres.

Le matin les trouve roulés en boule dans leurs draps, et les elfes qui viennent faire le ménage doivent ramasser le tas de papiers de bonbons éparpillés sur le sol.

o-oOo-o

Remus revient en fin de journée, pâle et l'air encore plus fatigué qu'à l'ordinaire.

– Ça va mieux ?, demande Peter, inquiet de le voir ainsi.

– Je suis encore un peu malade, répond le petit garçon. Mais je vais bien, ne vous en faites pas. Mme Pomfresh est très compétente.

L'inquiétude des trois enfants décroit au fur et à mesure de la journée. Leur ami est pareil à lui-même : tranquille, appliqué, répondant avec succès aux questions des professeurs. Sans doute qu'une bonne nuit de sommeil effacera de son visage les dernières traces de sa maladie.

Après les cours, ils mettent à profit les dernières chaleurs de l'été pour aller explorer le parc. James invective le calmar géant, lui ordonnant de se montrer, mais lac reste noir et immobile. Ils longent la lisière sombre et touffue de la forêt interdite, et Aquila se retient de plonger entre les branches pour en explorer les profondeurs. On dit qu'il y a des centaures dans ces bois. Sont-ils aussi sanguinaires que le prétendent les livres du square Grimmaurd ?

Hagrid leur ouvre avec plaisir la porte de sa cabane, de laquelle ils ressortent en se jurant de ne plus jamais accepter un des biscuits du garde-chasse. James fait le pitre sur le terrain de Quidditch, rejouant la victoire du Pays de Galles à la dernière Coupe du Monde jusqu'à ce que le capitaine de l'équipe de Serdaigle leur hurle de dégager pour laisser ses joueurs s'entrainer tranquillement. Après quelques pieds de nez, les enfants finissent par s'exécuter, non sans avoir crié haut et fort que Gryffondor les écrasera lors des matches à venir.

C'est alors que le soleil commence à décliner que Peter aperçoit un arbre gigantesque, dressé au sommet d'une petite colline.

– Regardez ! Ce ne serait pas l'arbre magique qu'ils ont planté cet été ? Vous savez, le Saule Tapeur !

– C'est le Saule Cogneur, corrige Remus. On ne devrait pas s'en approcher. Les professeurs ont dit qu'il était dangereux.

– Oh, Remus, soupire James. Que serait la vie sans un peu de danger ?

Sur ce, il s'avance vers la silhouette encore fine du jeune arbre, indifférent aux exhortations de Remus qui le conjure de revenir à l'abri. Aquila le suis de près, fascinée par la masse sombre et effilée du Saule.

– Alors, vieille branche, claironne-t-elle. Qu'est-ce qui fais si peur à nos chers professeurs chez toi ?

Elle a rapidement sa réponse. Une des branches cingle l'air juste devant elle avec un sifflement strident, et la petite fille doit faire un vif saut en arrière pour l'empêcher de la blesser. James, lui, n'est pas assez rapide. Un chapelet de feuilles lui arrache ses lunettes, et il perd l'équilibre.

– Aïe !

Aussitôt, Remus se rue à ses côtés avec une vélocité surprenante pour une brindille comme lui et le tire en arrière.

– Je vous avais dit qu'il ne fallait pas aller aussi près !, gémit-il d'une voix paniquée. Tu n'es pas blessé ? Ça va ?

– Hé, c'est bon, répond James en riant. L'arbre est juste plus réactif que je ne le croyais. Quelqu'un pourrait me passer mes lunettes ?

Aquila les ramasse et les lui tend avec un sourire railleur.

– T'es sûr que c'était l'arbre, le problème ? Moi, je n'ai eu aucun mal à l'éviter. Les bonbons d'hier soir te pèsent sur l'estomac ?

– Miss Black, vous osez douter de mes capacités sportives ? Attendez de me voir sur un balai, vous réviserez votre jugement !

– Oh, j'en doute fortement, Mr Potter !

o-oOo-o

Le pire, c'est que James avait raison : il vole vraiment bien.

Son décollage parfait lui attire les félicitations du Professeur Piedtendre, tandis qu'autour de lui ses camarades moins expérimentés peinent à garder leur balai stable. Peter se cogne violemment la tête contre le sol et finit à l'infirmerie, Anderson glisse à plusieurs reprises à terre, le balai d'Evans est pris de sursauts furieux, et celui de Remus refuse obstinément de se décoller du sol. McDonald et McKinnon s'en tirent un peu mieux, mais ce n'est pas vraiment fameux.

De son côté, Aquila n'en mène pas bien large. Elle n'a absolument pas le sens de l'équilibre, et il lui faut tous les efforts du monde pour garder le manche de son balai parallèle au sol. Il faut dire que ses parents ne lui ont jamais offert la moindre leçon de vol, le Quidditch étant un sport bien trop populaire pour une Black. Ce qui fait qu'elle a l'air parfaitement ridicule, à fixer son balai comme s'il allait brusquement l'emmener au loin.

Son seul réconfort est que les Sang-purs de Serpentards ne se débrouillent pas mieux qu'elle. Wilkes et Rosier se sont mutuellement entrainés à terre, Avery tourne sur lui-même comme une grosse toupie verte et argent et Rookwood oscille de haut en bas d'une manière inquiétante. La seule à s'en tirer plutôt bien est Virgina Goyle, qui adresse des ricanements bien sentis aux membres de sa maison.

– Allons, allons, s'écrie le Professeur Piedtendre. Un peu de discipline ! Vous, Avery ! Cessez de vous pencher sur la gauche, ça fait tourner votre balai !

– MON PÈRE ENTENDRA PARLER DE ÇA !, beugle le concerné.

Aquila ricane, tandis que le professeur jette un sortilège de stupéfixion au Serpentard pour qu'il cesse de tourner. James vient tranquillement se glisser à sa droite, toujours sur son balai, et lui glisse sur un ton sournois :

– Un paquet de chocogrenouilles que Rookwood est le prochain à mordre le gazon.

– Tenu, lui souffle-t-elle en retour.

Quand Rosier et Wilkes s'écroulent à nouveau par terre, elle lui adresse une grimace moqueuse et tend la main.

o-oOo-o

– Aquila ? Je peux te parler ?

La petite fille se détourne à regret des messes basses qu'elle échangeait avec James à la sortie du cours de sortilèges– son dernier de la journée – et adresse un regard méfiant à Narcissa.

– Ça dépend. Si c'est pour me transmettre un message de Père et Mère, tu peux t'en aller.

– Ce n'est pas de ça dont il s'agit, répond sa cousine.

Avisant James qui la fixe avec curiosité, elle demande :

Je… C'est possible de se parler en privé ?

Narcissa ne semble pas être dans son état habituel. Au lieu de reposer bien sagement le long de son corps, ses mains fines et blanches se tordent compulsivement sur la reliure de son manuel de métamorphose. Elle a abandonné le ton posé de la parfaite petite Sang-pure, laissant entendre une voix tremblante, presque un sanglot. Malefoy n'est nulle part derrière elle, contrairement à l'habitude. Quelque chose ne va pas, c'est évident.

– Si tu veux, fait la petite fille, avide d'en savoir plus sur ce qui peut tant bouleverser sa cousine. James ? Tu peux y aller, je te rejoins à la salle commune.

Il ne semble pas enchanté de partir, mais elle lui fait signe qu'elle lui racontera tout plus tard, et il consent finalement à s'éloigner.

Dès lors que le jeune Potter a tourné à l'angle du pouvoir, Narcissa déclare :

– Aquila, il y a eu un problème avec… avec Andromeda.

– Qu'est-ce qui s'est passé ? Elle a eu des problèmes ?

– On… On peut dire ça comme ça. Andro est… Elle est partie. Elle est partie et elle ne reviendra peut-être jamais à la maison.

Aquila se fige. Andro ? Andro est partie ? Comment, pourquoi ?

L'air prête à fondre en larme, Narcissa continue :

– Elle s'est enfuie avec un… un Moldu. Ted Tonks, il s'appelle. Elle a laissé une lettre où elle dit qu'elle va se marier avec lui. Mère m'a écrit que tante Walburga a brûlé son nom sur la tapisserie familiale et que Père… Père a dit que… qu'il allait la …

Elle fond en larmes avant même d'achever sa phrase. Face à elle, Aquila se tient immobile. Andro est partie, s'en est allée durant son absence pour ne jamais revenir. Comme Quincky, dont la tête continue de sécher dans l'escalier du Square Grimmaurd. Andro est partie sans un mot, l'a laissée derrière, l'a abandonnée.

Brusquement, Narcissa l'agrippe et l'emprisonne dans une étreinte étouffante, ses beaux cheveux blonds s'éparpillant sur l'épaule de la petite fille. Elle sent les fleurs du printemps, et ses bras sont presque doux. Lentement, muscle par muscle, Aquila se détend et consent même à lui tapoter timidement le dos.

Andro laisse un vide glacé dans son cœur, mais au moins elle sait qu'elle n'est pas la seule.

o-oOo-o

Septembre s'achève sans aucune nouvelle d'Andromeda. Puis c'est au tour d'octobre de passer, jusqu'aux célébrations d'Halloween. Le banquet organisé pour l'occasion est égayé par la magnifique prestation de Servilus, qui s'est malencontreusement retrouvé avec une citrouille en guise de tête. Quand le professeur Slughorn s'est mis à chercher le coupable de cet acte odieux, Aquila, James et Peter ont souri d'un air innocent sous le regard déjà blasé de Remus.

Cependant, malgré l'amusement que lui procurent ces farces, la petite fille ne peut s'empêcher de penser à Andro. Où est-elle ? Avec qui ? L'a-t-on déjà rattrapée ? Et si oui, qu'est-ce qui va lui arriver ?

Un instant, la petite fille pense aux paroles de Narcissa au sujet de son père. Qu'est-ce que Cygnus Black serait capable de faire à sa propre fille ?

Elle pense à cet oncle mince et sec, au sourire absent mais dont les doigts lui serraient l'épaule au point de lui laisser un bleu, quand elle venait le saluer. Sa femme, pourtant si volubile en temps normal, avait toujours les yeux baissés en sa présence. Il n'y avait que Bellatrix, parmi ses filles, pour oser lui parler en égale.

Andro ne l'avait jamais vraiment aimé et sans doute que lui aussi n'avait jamais aimé Andro.

Aquila voudrait savoir ce qu'est devenue sa cousine préférée. Si elle vit bien. Si elle est heureuse. Si ce Ted la traite comme il le faut, comme la jeune fille extraordinaire qu'elle est. Mais pas une lettre, rien. C'est à croire qu'Andro la met dans le même panier que le reste des Black.

Pourtant, s'il y a une personne qui connait le dégoût d'Aquila pour cette famille noire, c'est bien elle.

o-oOo-o

Quand elle se réveille, le trois novembre 1971, Aquila met quelques secondes à se rappeler pourquoi ce jour lui parait spécial.

– C'est mon anniversaire, déclare-t-elle dans le silence de son dortoir.

– 'Est-ce qu'tu dis ?, grogne une voix dans le lit à côté.

– Non, rien. Rendors-toi, McKinnon.

Sa camarade acquiesce, se retourne dans ses couvertures et revient à son doux sommeil.

C'est le premier anniversaire d'Aquila en dehors du Square Grimmaurd. D'habitude, le jour de sa naissance est le prétexte de rencontres mondaines aussi longues que barbantes, suivies d'un déluge de cadeaux coûteux dégotés pour la plupart dans les boutiques de l'Allée des Embrumes. Les seuls présents auquel elle prêtait véritablement de l'importance étaient ceux d'Andromeda et de l'oncle Alphard. C'était les seuls à lui offrir des livres intéressants, dont un splendide exemplaire enluminé des Contes de Beedle le Barde qu'elle gardait comme un trésor.

Mais aujourd'hui, ils n'y aura pas d'invités, et sans doute moins de cadeaux : sa répartition à Gryffondor a certainement choqué une bonne partie de la noblesse sorcière. Andromeda ne sera pas là, et oncle Alphard ne pourra pas venir la réconforter d'une tape bienveillante sur la tête, en sortant de sa poche des friandises venus des pays lointains.

Aquila sent une soudaine envie de pleurer se presser contre son cœur, et elle essuie d'un geste rageur les larmes qui commencent déjà à monter. Elle ne pleurera pas le jour de son anniversaire ! Pas alors qu'elle est loin de cette maison de malheur aux couloirs lugubres décorés de têtes d'elfes décapités !

Sans bruit, elle s'habille et se glisse hors du dortoir. Il est très tôt : une bonne partie des Gryffondors dort encore. La salle commune est déserte de toute vie, et l'absence de feu dans la cheminée fait peser dans a pièce une fraicheur inhabituelle.

La petite fille hésite un instant à attendre James, Remus et Peter, mais elle finit par descendre dans la Grande Salle, où quelques Serdaigles matinaux déjeunent déjà. Un préfet de Poufsouffle discute avec le Moine Gras devant un bol de porridge qui attire régulièrement le regard du fantôme, lequel soupire avant de reprendre la conversation. A la table des enseignants, seule est présente Madame Lémure, le professeur de Défense contre les Forces du Mal. Ses yeux perpétuellement cernés, pareils à deux billes noires au milieu d'un visage si pâle qu'il en parait gris, scrutent la salle avec attention.

Cette femme est l'idole de Remus. Depuis leur premier cours, le jeune garçon lui voue une admiration sans borne. Il faut dire que son palmarès en tant que Briseuse de sorts chez Gringotts est assez impressionnant : momies, inferii, dragons, vampires, trolls, géants… Elle a beau faire un mètre cinquante pour quarante kilos, Aquila ne voudrait pas la mettre en colère.

– C'est étonnant de te voir levée si tôt, fait une voix derrière elle. Il y a une raison spéciale ?

– C'est mon anniversaire, répond-elle sur un ton dégagé.

Remus s'assied à côté d'elle et étale ses manuels d'Astronomie sur la table. D'ordinaire, ses devoirs sont toujours finis la veille, mais il a dû quitter l'école en catastrophe pour aller rendre visite à sa mère malade, et sa soirée a déjà été employée à rattraper ses cours manqués. Il y a même passé une partie de la nuit, car ses épaules courbées et sa mauvaise mine démontrent sa fatigue.

– Joyeux anniversaire, alors, lui souhaite-il en souriant. Désolé, je n'ai pas de cadeau…

– Ce n'est pas grave, le rassure-t-elle. Tu n'étais pas au courant.

Et étrangement, le petit nuage de déprime qui la suivait depuis son réveil s'est dissipé de lui-même. Remus a un pouvoir apaisant sur elle, quelque chose sur lequel elle a du mal à mettre les mots. Ils ne se connaissent pas depuis bien longtemps, mais d'une certaine façon c'est comme s'il avait toujours été là.

Au bout de presque une heure d'attente – durant laquelle Remus a eu largement le temps d'achever ses devoirs – James et Peter finissent par les rejoindre. Une fois mis au courant, ils s'empressent de souhaiter un bon anniversaire à leur amie, avant de se jeter comme des ogres affamés sur leur petit-déjeuner. La salle se remplit au fur et à mesure, devenant de plus en plus bruyante et bondée.

Quand les hiboux postiers commencent à apparaitre, dans un vacarme de hululements et de plumes froissées, c'est une véritable clameur qui s'élève.

– Tu as du courrier, Aquila, fait remarquer Peter, la bouche maculée de confiture.

La petite fille reconnait avec plaisir le hibou grand-duc de l'oncle Alphard, dont la force ne l'empêche pas de ployer sous le poids du paquet qu'il porte. Elle déballe avec frénésie l'immense colis, et découvre un ouvrage presque aussi grand qu'un elfe de maison. Elle connait ce livre. C'est la Magna Monstrorum Encyclopedia, un livre écrit de la main même de son oncle et fruit de ses voyages à travers le monde. Il n'y a jamais eu qu'un seul exemplaire, et elle le tient entre ses mains.

Pour ma nièce préférée, déclare une petite note glissée comme marque-page dans l'ouvrage. Dont je serai toujours incroyablement fier.

Elle sourit.

Comment a-t-elle pu seulement être triste ce matin-là ?

o-oOo-o

Les cadeaux qui suivent sont identiques à ceux qu'elle a l'habitude de recevoir, bien que moins nombreux. Aquila repousse en grognant la parure de pierres de lune envoyée par les Malefoy (pensent-ils vraiment qu'à onze ans elle va se trimballer avec un truc pareil autour du cou ?), ainsi que les souliers en cuir de Boutefeu chinois offerte par les Rosier. Elle n'a pas besoin de ça. Sans doute que la fille de troisième année qui lorgne ses cadeaux quelques places plus loin aimerait bien être une Black, mais Aquila se contenterait sans problème du livre d'Alphard comme cadeau d'anniversaire.

Cependant, quand une petite chouette hulotte vient lui présenter une lettre soigneusement fermée à la mode moldue, elle décide que finalement, c'est ça, le cadeau qu'elle a le plus désiré.

Aquila,

Je suis désolée de ne pas t'avoir écrit plus tôt. Mais nous devions nous cacher, Ted et moi, et j'avais peur que quelqu'un intercepte ma lettre et nous retrouve. Tu as dû beaucoup t'inquiéter de ne recevoir aucune nouvelle. Je t'en prie, pardonne-moi.

Je vais bien. Ted m'a emmenée dans le Devon, chez ses grands-parents. Ce sont des gens très gentils, et leur maison est située près de la mer. De notre chambre, on peut voir une ile en forme de tête qu'on appelle l'ile de l'Indien. Tu adorerais venir ici. J'espère qu'un jour, nous pourront t'inviter à nous rendre visite.

Je suppose qu'à la maison, c'est un peu mouvementé. Père doit être fou de rage. J'espère qu'il n'a pas fait de mal à maman ou à Cissy. Il est capable de choses horribles quand il est en colère. Je n'ai pas eu le courage de lui parler de Ted avant notre fuite : il m'aurait tuée, je crois, plutôt que de me laisser l'épouser. Mais je l'aime, et maintenant que je n'ai plus besoin du consentement de notre famille, nous allons nous marier. J'ai écrit à Dumbledore pour lui demander que tu viennes à la cérémonie, si tu le veux, bien sûr. Ça se passera en hiver : c'est une saison magnifique dans le Devon.

Tu me manques beaucoup, tu sais ? Je me sentais monstrueuse de te laisser chez toi. Mais ç'aurait été injuste de ma part de te faire quitter la maison alors que tu avais à peine commencé tes études. D'ailleurs, je compte sur toi pour bien étudier !

Ted a trouvé un travail à Plymouth, dans une entreprise moldue. Nous allons devoir éviter le monde sorcier quelques temps, je crois. Ce n'est pas très grave, parce que Ted m'apprend tout ce que je ne connais pas sur les Moldus, mais il me faudra un petit temps d'adaptation, je crois.

Je te souhaite un joyeux anniversaire, et j'espère que tu te portes bien.

Ta cousine qui t'aime,

Andromeda