Désolé, je n'ai pas le temps de faire une longue note d'auteur mais j'espère que ce chapitre vous plaira quand même ! Merci à elfy pour la correction :-)


Chapitre 2 : Conversation au coin du feu


Bien que fascinée par les études, Rose n'était pas non plus dénuée de coquetterie comme pouvait l'être Hermione Weasley, et elle se savait plutôt jolie avec ses grands yeux bleus, sa peau de porcelaine étonnement dénuée de taches de rousseurs (sauf l'été malheureusement) et sa flamboyante chevelure rousse aux boucles souples. Et même si la jeune femme était censée détester Dimitri Dolohov, cet arrogant personnage ne pouvait pas être aussi insensible à son charme, qu'elle déployait avec force depuis le début de leur parcours dans les rues sinueuses du Saint-Pétersbourg sorcier.

En effet, bien décidée à faire payer à ce blond sexiste ses remarques sur « ce qu'aimaient toutes les femmes », Rose avait commencé par jacasser comme une pie dès que les exposés historiques prononcés d'une voix monocorde par Dimitri cessaient. Espérant agacer suffisamment l'homme pour qu'il perde cette impassibilité toute militaire qui semblait le caractériser, la jeune rousse avait vite dû déchanter car plus elle ouvrait la bouche, plus le Conseiller militaire accélérait l'allure, et, devenant rapidement essoufflée, la fille de Ron et Hermione Weasley ne pouvait même plus suivre son plan sans manquer une partie du commentaire touristique du russe qui était passionnant malgré son ton monotone. Rose avait donc choisi de changer de tactique, et pour la première fois de sa vie, elle avait décidé d'utiliser son apparence pour rendre Dimitri absolument fou. Plutôt novice dans ce domaine – car elle avait toujours donné la priorité à ses objectifs intellectuels ou professionnels au lieu d'essayer de séduire le plus de beaux garçons ou le meilleur parti comme beaucoup de filles à Poudlard – la jolie rousse avait commencé par ouvrir discrètement le deux premiers boutons de son chemisier qu'elle fermait toujours jusqu'au col.

Malheureusement, après une dizaine de minutes, elle n'avait vu ou senti aucun regard furtif sur son décolleté dévoilé, qui pourtant était une chose dont elle était plutôt fière : peu de ses cousines pouvaient se vanter d'égaler la taille de ses bonnets de soutien-gorge. Ce constat – qui normalement aurait dû la laisser de marbre, comme chaque fois qu'elle se rendait compte que dès qu'un garçon lui adressait la parole, c'était soit pour copier sur ses devoirs, soit pour être présenté à une de ses cousines – l'avait rendu furieuse et très vexée, l'encourageant à multiplier les mains sur le bras ou l'épaule de Dimitri, mettant obligeamment sous son nez sa poitrine opulente. Néanmoins, malgré tous les efforts de Rose, qui était de plus en plus agacée de ne pas parvenir à atteindre le grand Russe, une heure plus tard, il était encore et toujours de marbre. Ayant entre temps essayé la technique du silence imperturbable ou de la mauvaise humeur traduite par une flopée de critiques incendiaires, la jeune femme avait décidé d'abandonner ses tentatives pour les reprendre plus tard, une fois que sa faim aurait été assouvie.

En effet, il était environ treize heures et le ventre de la jeune femme commençait à protester bruyamment, à sa plus grande gêne. Après avoir embêté Dimitri pendant plus d'une heure, elle ne s'attendait pas à ce qu'il se montre charitable et cède aux cris de son estomac. Mais, il l'étonna de nouveau en la conduisant tout naturellement vers une rue perpendiculaire à l'avenue marchande qu'ils empruntaient et où se dressaient plusieurs bâtiments, anciens mais luxueux. Dès qu'ils entrèrent dans le plus proche, un restaurant dont le nom signifiait l'Etoile Bleue en russe, un serveur en livrée apparut pour les conduire à une table isolée au fond de la salle, à moitié dissimulée dans une alcôve et entourée par une bulle d'un bleu irisé caractéristique d'un sort de silence. Le summum du grand luxe dans le monde sorcier, car ce sort très pratique était aussi très fatigant. En effet dans une grande salle comme celle-ci, le lanceur ne disposait pas du support des murs pour fixer les bases du sortilège et chaque table disposant d'une bulle silencieuse était rattachée à un sorcier spécial dont le travail était de maintenir le sort pendant toute la durée du repas avant d'être relevé. A cause de cette importante demande en énergie, il fallait énormément d'employés pour maintenir des bulles toutes la journée et seuls les restaurant proposant des repas à plus de dix gallions pouvaient se permettre de proposer cette option, bien pratique pour les conversations privées.

Une fois assise, après que Dimitri lui ait galamment tiré une chaise, Rose se concentra sur le menu en essayant d'oublier qu'elle ne mangeait pas seule.

- Je vous présente mes excuses.

Interdite, la jeune femme releva lentement la tête, dévisageant le Conseiller au visage impassible. Se reprenant très vite, l'Ambassadrice anglaise revêtit un masque identique, dénué du moindre sentiment.

- Pourquoi me présentez-vous des excuses ? Vous n'aviez pas l'air gêné de m'avoir traité de femme stupide et superficielle il y a une heure et demi.

La voix froide que Rose utilisait en ce moment lui avait souvent servi dans le passé, quand des petits employés qui se pensaient infaillibles avaient essayé de n'en faire qu'à leur tête, sans prendre en compte ses ordres à cause de sa jeunesse. Mais Dimitri n'était ni un petit employé, ni sûr de lui sans raison – le fait qu'il siège au Conseil Impérial à un si jeune âge en était la preuve – et Rose savait que ce n'était pas ainsi qu'elle pourrait l'intimider. Sauf que son objectif était tout à fait diffèrent des autres situations lors desquelles elle avait utilisé cette voix. Cette fois elle ne voulait pas faire peur et assurer son autorité, elle voulait simplement montrer à son interlocuteur que sa remarque avait été inacceptable tout en lui laissant la possibilité de ramper pour se faire pardonner. Maintenant, la jeune femme avait hâte de voir comment ce grand blond d'un mètre quatre-vingt-dix ferait dans cette situation.

Et étonnamment, il sourit. D'un sourire minuscule, du coin des lèvres, mais qui était indéniablement sincère.

- Il est vrai que mon comportement était assez grossier, c'est pourquoi j'aimerais que vous acceptiez mes excuses, mais il est hors de question que je me traine à vos pied pour réparer cette offense, après tout c'est vous qui avez commencé en réagissant à mon nom. Un nom très respecté en Russie.

Le ton plaisant, comme s'ils avaient une conversation tout ce qu'il y avait de plus banal, cachait efficacement la menace sous-jacente de Dimitri mais Rose ne s'y laissa pas prendre. Elle comprit rapidement que, se sentant en partie fautif, le russe lui tendait un rameau d'olivier afin d'enterrer la hache de guerre, leur permettant à tous les deux de reprendre une relation professionnelle sur de bonnes bases, mais il lui avait également fait comprendre que la remarque de la jolie rousse pendant la réunion aurait très bien pu avoir des conséquences fâcheuses avec un autre interlocuteur que lui, les rendant responsables à égalité de la tension qui régnait entre eux depuis la fin de matinée.

- Je vois … murmura-t-elle, intérieurement d'accord avec ce raisonnement, bien que jamais elle ne l'avouerait, j'imagine donc que vous attendez des excuses de ma part, après quoi nous serons quittes.

- Non, je vous fait grâce des excuses, tout comme de ces ridicules stratagèmes qui avaient pour but de me déstabiliser, l'interrompit le grand blond, ses yeux pétillants d'amusement ressortant étrangement sur son visage impassible habituel, néanmoins si vous ressentez encore le besoin de faire examiner vos sous-vêtements à quelqu'un, je serais ravi d'avoir le rôle.

Affreusement gênée, Rose senti le sang colorer son visage jusqu'à la racine des cheveux, mais elle ne répondit rien. Elle n'allait pas avouer à cet homme qu'elle connaissait depuis seulement quelques heures son inexpérience dans le domaine de la séduction. Heureusement, elle n'eut pas à chercher un moyen de changer de sujet car Dimitri le fit pour elle, lui proposant innocemment de commander leur plat maintenant qu'ils n'étaient plus forcés de se tirer dans les pattes à chaque instant.

Et, étonnamment, Rose se rendit compte en arrivant à son appartement dans le bâtiment de l'ambassade qu'elle avait passé une excellente après-midi. Bien que très sérieux et cultivé, comme beaucoup d'aristocrates qu'ils soient anglais ou non, son humour discret et ironique avait beaucoup amusé la jeune anglaise. Qu'est-ce qu'elle avait ri quand il lui avait déclaré, très sérieux, avoir toujours voulu devenir chanteur d'opéra, avant qu'elle ne remarque la petite lueur amusée qui brillait dans ses yeux d'un bleu limpide. Vraiment, cette journée n'avait pas été de tout repos – après tout la jeune femme s'était entretenue avec un Empereur, qui l'avait menacée, avait vexé un aristocrate russe en essayant de l'impressionner et avait finalement fini par passer un incroyable moment avec un homme charmant – mais elle en valait aussi la peine, sans aucune hésitation.

De bonne humeur, Rose décida de prendre le temps de contacter son frère par Cheminette, leurs discussions hebdomadaires étant devenues une sorte de rituel pour garder contact alors qu'elle vivait la plupart du temps à des milliers de kilomètre de l'Angleterre, ou même de l'Europe. Posant un oreiller sur le sol avant de s'installer confortablement en tailleur, Rose jeta une bonne poignée de poudre de Cheminette d'un jolie mauve – pour les conversations internationales (mais pas intercontinentales !) – dans le foyer et jeta un sortilège de projection.

Nouvelle invention datant d'une quinzaine d'années, le sorte de projection par Cheminette permettait aux utilisateurs de montrer l'image de leur visage dans le feu de cheminée de leur correspondant tout en ne devant pas rester des heures à genoux la tête dans le conduit. Ce sort avait révolutionné la communication magique et aujourd'hui, beaucoup de sorciers utilisaient le réseau de Cheminette, qui était tombé peu à peu en désuétude à cause de l'inconfort de ce moyen de communication il y a quinze ans.

L'explosion d'étincelles qui se manifesta dans la cheminée alerta Rose que son frère était chez lui et enclenchait la liaison de son côté. Il fallut quelques secondes pour relier l'appartement d'Hugo au sien, la distance se faisant cependant moins sentir que lors de leurs prises de contact entre l'Inde et l'Angleterre, où il fallait en moyenne deux minutes pour obtenir un son et une image de qualité.

- Salut grande sœur ! s'exclama le jeune homme brun au visage couvert de taches de rousseur alors que sa tête apparaissait dans les braises, comment est la Russie ?

- Eh bien … c'est grand ! Et froid bien sûr, enfin pour un mois d'août ! Même si en Angleterre il ne fait pas souvent beau, nous ne mettons quand même pas de manteau en plein été, plaisanta la rousse avec un sourire malicieux que peu de personnes pouvaient se vanter d'avoir vu.

- Tu sais que je ne parle pas de ça. Est-ce que tu as finalement rencontré cet Empereur que tu redoutais tant ?

Mis au courant du caractère froid et impassible que les médias donnaient à Vassili Andropov par Rose, qui avait stressé pendant des semaines en vue de leur rencontre, son jeune frère lui avait constamment assuré son indéfectible soutien ainsi que sa confiance sans borne en ses capacités. Et il avait eu raison, même si la situation avait bien failli tourner au désastre !

- Oui, nous avons discuté, il est plutôt sérieux c'est vrai, et un peu effrayant, mais dans l'ensemble je trouve que c'est un bon souverain. Il a à cœur les intérêts de son peuple et ce n'est pas quelque chose que je lui reprocherais. En revanche, j'ai eu un petit diffèrent avec un de ses conseillers, son cousin en plus, qui s'est presque terminé en guerre froide.

La moue de dérision qui était apparue sur les lèvres de la jeune femme provoqua un éclat de rire chez le cadet de Ron et Hermione Weasley.

- J'imagine que, malgré tout, la situation s'est arrangé ? demanda-t-il avec un sourire en coin qui lui donnait des airs de lutin farceur.

- Comment as-tu deviné ? s'exclama Rose avec stupeur. Elle savait que rien dans sa voix n'avait laissé entendre que la conclusion avait finalement été très positive.

- Rose, soupira le jeune homme de vingt-trois ans avec un regain de sérieux perturbant, je te connais. Tu ne m'aurais jamais raconté cette histoire si elle n'avait pas été une sorte de victoire, peu importe en quoi. Tu ne parles jamais de tes problèmes, et tu supportes encore moins l'échec …

Gênée d'être ainsi mise à nu, la jeune Weasley décida de changer de sujet, devinant très bien ce qui pourrait attirer l'attention de son petit frère.

- Au fait, dis-moi, comment s'est passé ton premier jour au ministère ? s'enquit la jeune femme avec, malgré son stratagème, une véritable curiosité.

Timide, introverti et maladroit quand il était enfant, Hugo s'était libéré à Poudlard où il avait été réparti à Gryffondor, à la plus grande fierté de leurs parents – enfin surtout de leur père pour qui toute autre maison était inférieure bien qu'il ne le dise jamais à voix haute depuis que Rose avait fini à Serdaigle. Néanmoins, sa maladresse n'avait jamais disparu et il pouvait rivaliser avec Nymphadora Tonks, d'après les Weasley, en ce qui concernait le nombre d'objets qu'il faisait tomber à la minute. Courageusement, il avait fait de ce défaut une force et était devenu celui qui amusait gentiment la galerie avec ses maladresses, mais Rose savait qu'au fond de lui, son frère avait toujours été inquiet pour l'après. L'après Poudlard, quand il lui faudrait trouver un travail et qu'il se ferait surement renvoyer à cause de trop de matériel cassé.

Heureusement, Charlie, l'adorable et courageux oncle Charlie, l'aventurier qui avait épousé une femme bien plus jeune que lui, avait été là. Et une de ses blagues avait redonné à Hugo l'espoir qu'il avait perdu alors qu'à seize ans, il désespérait de trouver une filière où il pourrait s'épanouir. Quand le musculeux roux aux multiples cicatrices avait lancé à Ron en plaisantant que son fils aurait tout à fait sa place au Département des accidents et catastrophes magiques, il était devenu pour Rose une sorte de sauveur méritant toute sa gratitude pour avoir fait réapparaître dans les yeux d'Hugo cette lueur de malice qui avait presque disparu. Elle se souvenait encore de la phrase qu'il avait prononcé en rentrant à la maison après un des innombrables diners mensuels chez papy Arthur et mamie Molly. « Ce serait tellement ironique, Rosie ! L'éternel maladroit qui réparerait les bêtises des autres et qui ferait en sorte de garder secrète l'existence des sorciers. Je suis sûr que je serais le meilleur dans ce domaine !». A ce moment-là, elle avait su que malgré son ton facétieux, il était incroyablement sérieux, et avec la même solennité elle lui avait répondu qu'il avait raison et qu'il réussirait, elle en était sûre, peu importe les obstacles qui se dresseraient sur son chemin.

Elle ne s'était néanmoins pas doutée que les premiers à se manifester seraient leurs parents.

- Maintenant que tu en parles, c'était vraiment génial ! Bien sûr, j'avais déjà fait des stages avec l'Université, mais avoir ses premières responsabilités c'est vraiment quelque chose. Même s'il s'agit juste d'aller chercher un dossier au département des Aurors pour le Chef du Département.

Le sourire extatique de son frère convainquit Rose de ne pas lui faire remarquer qu'il valait bien mieux qu'un simple coursier. Si Hugo était heureux dans cette situation, alors elle l'était aussi. Elle n'allait pas se mettre à ressembler à sa mère dont les premiers mots avaient été « il est hors de question que tu ailles travailler dans ce service minable ! » quand elle avait appris les plans de carrière de son fils. Et puis Daniel Stockfield, le Directeur du Département, était un adorable nounours à l'embonpoint prononcé, aux cheveux d'un roux aussi flamboyant que les siens, qui était passionné par le marché des produits agricoles dans lequel son père avait fait fortune et dont il pouvait assommer ses interlocuteurs pendant des heures, et qui ne pouvait pas faire de mal à une mouche (tant qu'il n'était pas sur la scène politique, car il devenait un véritable requin dès que qui que ce soit s'avisait de menacer son poste bien aimé).

- J'ai d'ailleurs vu oncle Harry lors de mon passage par la ruche* et il m'a rappelé, avec le même air torturé que tous les ans, que les invitations pour le bal annuel que donnent les Potter pour la Saint-Valentin ont été envoyées par tante Ginny hier. Tu risques de recevoir la tienne dans quelques jours.

Dépitée, la jolie rousse poussa un soupire de lassitude.

- Hugo, tu sais très bien que ce bal a été une torture toutes les années où nous avons dû y aller. Maintenant que je vis assez loin pour utiliser l'excuse de la distance, je ne vais certainement pas m'en priver ! Et puis ça fait déjà trois ans que je ne viens plus, tante Gin' doit bien se douter que je vais donner une réponse négative une nouvelle fois.

- Je sais, Rosie, et je comprends, crois-moi, mais … c'est le bal des Potter, pas celui des Weasley. En refusant de venir tu évites peut être nos parents (et avec raison), mais tu prives aussi toute la famille de ta présence. Lily m'a encore demandé de tes nouvelles, tout comme James, Albus, Lucie, Fred, Roxanne … Même Molly m'a demandé comment tu allais, alors que tout le monde sait combien elle est concentrée sur sa campagne pour les élections de l'année prochaine. Ce poste de Ministre de la Magie est toute sa vie mais la plus snob et la plus égoïste de nos cousines prend tout de même de tes nouvelles ! C'est bien que tu es absente depuis trop longtemps.

Le ton suppliant d'Hugo brisa le cœur de Rose, qui comprenait que derrière le prétexte de leurs cousins, c'était son frère lui-même qui lui avouait, lui criait, qu'elle lui manquait affreusement et qu'il voulait qu'elle rentre à la maison. Malheureusement, même si la jeune femme ressentait le même manque, elle n'était pas prête à revivre l'épreuve du bal de la Saint-Valentin une nouvelle fois. Encore maintenant, alors qu'elle n'y avait pas mis les pieds depuis des années, elle se souvenait encore de cette envie de fuir qui la prenait à la gorge chaque fois que quelqu'un venait s'extasier sur l'intelligence incroyable de sa mère dont elle semblait avoir hérité. « Je n'ai rien demandé, moi ! Je n'ai jamais voulu hériter de ce stupide don ! » voulait-elle toujours hurler à ces opportunistes que la perspective d'approcher sa célèbre famille faisait saliver.

Parfois, il y avait aussi quelques journalistes qui parvenaient à infiltrer la soirée, et chaque lendemain la jeune femme fermait les yeux de rage devant les gros titres de la Gazette du sorcier ou de Sorcière Hebdo. « Nouvelle conquête pour l'aîné des Potter », « L'héritière du Baron Weasley toujours aussi rayonnante au bras de Teddy Lupin », « Molly Weasley, prochaine Ministre de la Magie ? » … Mais pour elle, la même phrase revenait toujours. Bien sûr, parfois quelques mots changeaient, mais le message était le même : Rose Weasley n'avait rien d'assez intéressant pour qu'on s'intéresse à elle et non à sa miraculeuse intelligence ! Pour tout le monde sorcier, la fille aînée de Ron et Hermione Weasley était l'intello, celle qui avait hérité de la tête bien faite de sa mère et du physique trop flamboyant de son père. Celle que personne n'avait jamais vraiment voulu connaître parce que pour tout le monde, il n'y avait rien de plus à savoir.

Agacée par la perpétuelle intrusion de la presse dans sa vie autant que par leur ignorance à son égard pour autre chose que son cerveau (très peu d'articles la concernait exclusivement et jamais pour autre chose que ses prouesses scolaires), la jeune rousse avait fini par ne plus se dévoiler à personne, à toujours paraître forte, froide et parfaite. Parce que c'était ce qu'on attendait d'elle et qu'ainsi, personne ne cherchait plus loin que ce masque que parfois elle ne savait même plus retirer. Pourtant, aucun de ses cousins ou cousines ne semblait souffrir du même problème. James, Albus et Lily étaient les plus sollicités, mais également ceux qui s'en moquaient le plus, ce qui leur avaient plutôt bien réussi puisque le premier était marié et déjà père d'une petite fille, le second roucoulait depuis quelques temps avec la sculpturale Shadoh Zabini et la jolie Lily était, paraissait-il, très épanouie à l'Université Sorcière du Royaume-Uni sur l'Isle de Wight. En ce qui concernait les enfants de Bill et Fleur, Victoire avait épousé Teddy il y avait quelques années, Dominique travaillait avec Charlie dans une réserve de dragons en Roumanie et Louis débutait une carrière florissante au football moldu. Bien sûr, la fille aîné de Percy et Audrey, Molly, était en pleine campagne pour les élections, et sa sœur, Lucy, dirigeait les boutiques Ollivander's dont elle avait développé la marque partout dans le monde. Fred s'était également lancé dans le Commerce et était le nouveau propriétaire de la firme Farce Pour Sorciers Facétieux, pendant que sa sœur Roxanne s'illustrait dans le monde de la musique, offrant une alternative bienvenue à la tristement célèbre Celestina Moldubec.

En résumé, ses cousins avaient l'air d'avoir tous plutôt bien réussi leurs vies et ils s'épanouissaient indéniablement en Angleterre, là où ils pouvaient voyager les uns chez les autres sans contraintes de temps ou de frontières. Malheureusement, Rose était incapable de les imiter et rencontrer ses parents, ainsi que certains membres étroits d'esprit de sa famille, plus de quelques fois par ans était devenu insupportable avec les années. Autant les Weasley formaient une famille soudée à la loyauté indéfectible, autant ils avaient également des jugements catégoriques sur beaucoup de sujets. Heureusement que les pièces rapportées comme Harry mettaient un peu de plomb dans la tête de tous ces roux car la majorité pouvait être désignée par le terme « buté ». La jeune femme se souvenait encore de la manière dont beaucoup avaient réagi quand Victoire avait dévoilé sa première photo publiée. Bien sûr, c'était un nu, et dans le monde moldu en plus, mais le cliché était tellement bien fait que rien ne paraissait vulgaire, ses formes étant adroitement dissimulées derrière un drapeau aux couleurs du Royaume-Uni. Il était néanmoins naturel de la part de la famille d'être sous le choc et Rose s'avouait très bien à elle-même qu'elle aurait été très mal à l'aise d'exposer ainsi son corps aux yeux de tous, mais Victoire avait dix-sept ans à cette époque, elle était donc majeure et libre de ses choix. Aucun Weasley n'avait le droit de la juger alors qu'être mannequin était ce qu'elle voulait, et Rose ne pardonnait toujours pas à Percy d'avoir refusé de parler à sa nièce pendant six mois à cause de cette photo, malgré les exhortations de sa femme.

Par conséquent, et pour toutes ces raisons même si elle aimait sa famille malgré tout, la jolie rousse n'avait aucune envie de revenir en Angleterre pour être considérée une fois de plus comme une personne ennuyeuse, fade et qui fuyait tout contact humain, les jugeant tous trop inférieurs à son immense intelligence. Et en croisant le regard d'Hugo, dans la cheminée, elle devina qu'il avait suivi le même cheminement de pensées et que, malgré ses incitations à la faire revenir, il comprenait parfaitement pourquoi elle ne pouvait pas. Il avait toujours été le plus courageux, celui qui voyait le bon côté des choses et ignorait le mauvais, une qualité que sa sœur lui enviait beaucoup. Ce n'était pas pour rien qu'il était allé à Gryffondor, et elle à Serdaigle.

- T'en fais pas, Rosie, c'est pas grave, dit Hugo avec un sourire un poil forcé, je leur dirais que tu es débordée, comme tous les ans, et comme à chaque fois ils feront tous semblant de me croire tout en se demandant pourquoi tu les évites depuis quatre ans.

La jeune femme compris parfaitement ce que voulait dire son frère, car après tout il n'avait pas complètement tort. En voulant fuir ses parents, elle se privait également de toutes les bonnes choses qu'avaient à offrir les autres Weasley-Potter, tout en n'ayant jamais expliqué à aucun d'entre eux la raison de son absence dans leurs vies.

La seule réponse que pu fournir la jolie rousse à Hugo fut la même qu'à chacune de leurs conversations. Elle n'était pas prête. Et au grand dam du jeune homme, il n'y avait aucun moyen de savoir si un jour, elle le serait enfin.


l'ambassadrice


- Mademoiselle Granger.

- Dimitri Gavriilovitch.

Un petit sourire étira les lèvres de Rose quand le grand blond avec qui elle avait appris à s'entendre au cours des semaines qui venaient de s'écouler inclina la tête pour la saluer, les yeux pétillants de cette malice qui lui faisait office de sourire la plus part du temps. En effet, plus elle passait de temps avec les Conseillers, plus elle se rendait compte qu'avec la majorité des gens, Dimitri était indissociable de son personnage de sévère militaire dont beaucoup avaient peur. Même vis-à-vis de ses collègues les plus proches, il restait invariablement à distance et excepté avec son cousin, jamais il ne se détendait. Cette constatation avait énormément étonné Rose qui avait côtoyé le côté aimable et amusant de l'homme, d'autant plus quand elle avait évoqué avec une secrétaire du palais le diner qu'elle avait partagé avec l'ombrageux conseiller lors de son premier jour comme ambassadrice en Russie. A la simple mention du nom Dolohov, la jeune femme avait dégluti avec un mélange de peur et d'excitation, murmurant précipitamment que ce diner avait dû être une corvée hormis pour ses yeux, toutes les femmes du palais sachant que malgré sa plastique idéale, le grand blond ne laissait personne l'approcher.

Intriguée par le mystère Dimitri Dolohov, la jolie rousse avait décidé de voir si, comme avec tous les autres, il s'éloignait d'elle dès qu'elle se montrait un peu trop désireuse de parler d'autre chose que du travail, sa tâche étant facilitée par le nouveau rôle de Dimitri comme médiateur entre l'Empereur et Rose dans l'affaire BorderFlash. En effet, la jeune anglaise avait décidé de ne pas laisser tomber ce dossier dont la durée de vie raccourcissait inexorablement à chaque jour qui passait et la perspective du travail qui l'attendait pour monter un nouveau projet tout en gardant la majeure partie des propositions de l'ancien lui donnait déjà la migraine. Heureusement, son étrange rapprochement avec le Russe qui ressemblait de plus en plus à une agréable amitié lui redonnait le moral. Car, après avoir abordé le grand blond quelques semaines auparavant pour lui reproposer un diner – prétextant que le premier qu'ils avaient partagé avait été plutôt plaisant si l'on exceptait les deux premières heures, tout en ajoutant qu'ils pourraient également parler de leur affaire en commun, par sécurité – Rose avait été agréablement surprise d'obtenir une réponse positive.

Ils s'étaient mis d'accord pour se retrouver le soir même, et la soirée s'était incroyablement bien passée. D'autant plus qu'ils n'avaient pas un seul instant parlé de travail, hormis lorsque la jeune femme avait questionné Dimitri sur son parcours, sur ce qui l'avait fait devenir Conseiller Militaire. Elle avait été très intéressée d'apprendre qu'il avait commencé sa carrière dans l'armée en sortant de l'Ecole Impériale des Officiers, qui accueillait des sorciers comme des moldus, ces derniers ayant cours dans une aile différente de l'immeuble qui leur servait d'école d'après les dires du russe. Après les cinq ans d'études obligatoires, il avait rempilé pour trois ans supplémentaires afin d'obtenir un Brevet en Sciences Politiques, Négociation et Stratégies Militaires. A vingt-quatre, il était sorti de l'école diplômé avec mention et était entré au palais, tout d'abord comme simple assistant de l'ancien Conseiller Militaire, puis comme Premier assistant et enfin, comme Conseiller principal deux ans auparavant. Maintenant, à trente ans, sa carrière était bien établie et il avait avoué à Rose que ce poste avait toujours été une sorte de rêve, indépendant du fait que l'Empereur Vassili était un de ses cousins éloigné. En effet, bien que leurs liens n'aient rien à voir avec le sang, la mère de Dimitri, Bogdana, était très proche de l'Impératrice douairière Natashka dont elle avait été la dame de compagnie, et dont l'arrière-grand-mère était la sœur de l'arrière-arrière-arrière-grand-père de Dimitri du côté de son père. Et d'après ce dernier, lui avait révélé le Russe, la rencontre entre Bogdana et Gavriil avait été orchestrée par Natashka, dont les dons de voyance étaient connus dans le monde entier.

Passionnée par ces histoires de famille comme elle l'avait été à ses quinze ans lors de sa découverte des racines de la famille Weasley, Rose avait écouté Dimitri parler de ses ancêtres et de la Russie Impériale sorcière, dont les usages étaient si différents de l'Angleterre, pendant des heures et une fois la soirée terminée, les deux adultes étaient devenus des amis. Mais malgré leur entente assez exceptionnelle, que ce soit au niveau professionnel ou personnel, la jeune femme se demandait encore régulièrement comment cela avait pu arriver. Elle n'était pas la personne la plus loquace, ni la plus abordable qui soit, et malgré tout, Dimitri, celui que tout le monde décrivait comme silencieux, ténébreux et secret, l'avait choisi comme amie.

Elle choisit néanmoins faire taire ses doutes alors qu'elle entrait dans le salon Vermeil – qui servait à toutes leurs discussions sur l'affaire BorderFlash – aux côtés du grand Russe, très consciente de la présence de l'Empereur et de sa femme dans la pièce. Enceinte de six mois, Sofiya Andropov, née Jablokova du nom de la puissante famille qui contrôlait les entreprises d'ensorcellement des célèbres Cristaux Eternels russes, avait l'apparence d'une femme d'affaire accomplie, le maintien irréprochable des femmes éduquées pour être sur le trône et l'impassibilité des meilleurs joueurs de poker. C'était certainement ces qualités qui avaient déterminé sa présence aux côté de l'Empereur sorcier du plus grand pays du monde car Rose n'imaginait pas Vassili traiter le choix de son épouse différemment de tous ces contrats qu'il signait tous les jours : avec logique et méthode.

- Dimitri, Mademoiselle Granger, bienvenue, dit calmement l'Empereur en se levant alors qu'ils entraient.

Sa femme l'imita, souriant gentiment aux deux nouveaux arrivants avec ce masque de politesse que Rose ne se lassait pas d'essayer de percer, en vain, depuis des semaines. « Un peu de courage, je vais y arriver un jour ou l'autre » pensa-t-elle en exécutant la révérence protocolaire, la remontrance de Vassili lors de son premier jour flottant dans son esprit. En voyant les nombreux feuillets empilés sur la table basse au centre de la pièce, la jeune femme poussa un soupir intérieur, s'installa aux côtés de Dimitri sur un incroyable sofa capitonné dont la fonction devait sans doute être de rendre ses occupants mal-à-l'aise et se redressa, prête pour la longue négociation qui les attendaient.


*c'est un terme que j'ai emprunté à Alixe dans sa fiction « Mon Sorcier bien-aimé » et qui est le nom que donnent les Aurors à leur QG.