Cinnam : Tout d'abord, merci beaucoup pour ta review ! :) Bien sûr, je ne peux pas te dire ce qui va se passer, mais même si l'Empereur est bien un manipulateur, il va réserver son prochain coup pour un autre moment que le bal. Vous allez cependant découvrir quelques petites infos surprenantes je penses :p J'espère que la suite te plaira !

Guest : J'ai bien rigolé avec tes histoires d'émoticônes donc ne t'inquiète pas, je ne te jugerai pas ! :D Merci pour les compliments sur le style, je fais de mon mieux, et il faut remercier Elfy pour la correction des fautes d'orthographe :) J'espère que tu seras satisfaite de la suite, mais bon, il faut avouer que c'est plus drôle d'arrêter un chapitre là où il y aura forcément du suspense … en tout cas pour moi ^^


Chapitre 4 : Divination et Histoire familiale


Rose et Natashka restèrent immobiles pendant de longues minutes après le départ de Dimitri. Ne sachant ni ce qu'il se passait, ni ce qu'elle devait faire pour le savoir, la jeune anglaise se contenta d'attendre que l'Impératrice douairière se décide à parler. Malheureusement, elle pressentait que, quelles que soient les informations que s'apprêtait à lui révéler la vieille dame, ce ne serait surement pas quelque chose qu'elle apprécierait, et l'expression de son ami quand il avait quitté la pièce la confortait dans son idée. Vassili, Sofiya, Dimitri, Natashka… ils partageaient tous un secret, et à sa plus grande incompréhension, ce secret semblait la concerner directement.

- Tu n'es pas currrieuse ?

L'interrogation de son interlocutrice interrompit le cours des pensées de la jolie rousse qui décida de se montrer franche. Peut-être que cela encouragerait la vénérable Russe à l'imiter…

- Je suis malade de curiosité, mais je suis également morte de peur, admit-elle, je ne comprends pas comment votre famille, qui règne sur la Russie depuis des siècles et qui ne me connaissait pas quelques semaines plus tôt pourrait savoir des choses sur moi dont je n'ai pas connaissance !

Essayant de contrôler sa panique, qui rendait sa voix plus stridente que d'habitude, la fille de Ron et Hermione Weasley crispa ses doigts autour d'un adorable coussin décoratif qui trainait sur la causeuse où elle était assise, déchirant le délicat crochet sans s'en apercevoir. Natashka, en revanche, ne manqua pas de le remarquer mais elle s'abstint sagement de tout commentaire. Après tout la destruction de ces ornements à dix gallions pièce n'était qu'un petit désagrément en comparaison de l'énormité de ce que la jeune femme allait bientôt apprendre.

- Je vais tout te rrraconter, c'est une prrromesse, mais j'aimerrrais que tu me prrromettes également de ne pas m'interrrrompre. L'histoirrre que je vais te dévoiler est longue et mystérrrieuse, encorrre aujourrrd'hui nous n'en comprrrenons pas tous les détails, commença-t-elle en s'asseyant à côté d'elle à la place où Dimitri se trouvait quelques instants plus tôt.

Presque mystique, la voix de la vieille femme excentrique fascina rapidement la rousse, si habituée à la logique qu'elle n'avait presque jamais été bercée par les contes comme tous les autres enfants. En effet, sa mère avait très rapidement détecté chez elle cette exceptionnelle intelligence qu'elle n'avait, à son grand dam, pas pu retrouver chez son plus jeune fils.

En conséquence, Rose avait rapidement été coupée des amusements « futiles » de ceux de son âge pour suivre un enseignement précoce destiné à développer son intelligence. A cette époque, elle s'en rappelait vaguement, son père – qui n'était pas encore complètement perverti par une recherche perpétuelle de richesse et de gloire – avait tenté de s'opposer à la décision de sa femme car, ayant grandi entouré de frères et sœurs, il savait à quelle point la compagnie d'autres enfants était importante.

Malheureusement pour elle, Hermione avait toujours su comment faire faire à son époux ce qu'elle voulait, et à onze ans, la jeune rousse était arrivée à Poudlard en ayant déjà étudié le programme de quatrième année. Bien sûr, elle ne connaissait que la théorie et, dans l'ensemble, ces cours n'avaient pas été vraiment pénibles : elle adorait lire, apprendre et comprendre de nouvelles choses. Néanmoins, quand par la fenêtre elle apercevait parfois Hugo et Lily jouer dans le jardin du manoir familial, la jalousie qui l'envahissait lui faisait cruellement sentir ce manque de présence humaine de son âge, que même la compagnie de son frère ne suffisait à assouvir.

Aujourd'hui, ces histoires appartenaient au passé, elle s'en était sortie et elle avait toujours été reconnaissante envers Hugo d'avoir toujours été là pour elle. Même petit garçon, il avait fait montre de cette extrême sensibilité qui lui permettait de ressentir la souffrance de la fillette isolée qu'était Rose et c'est pourquoi leur relation était si solide.

En un sens, ils étaient dans la même situation : leur mère ne s'intéressait qu'à l'intelligence de sa fille et délaissait l'ordinaire Hugo tandis que leur père ne souhaitait que retourner en enfance et jouer au Quidditch avec son fils tout en ne remarquant Rose que lorsqu'il fallait vanter ses mérites en public. L'un dans l'autre, aucun d'eux n'avait eu une enfance idéale mais, contrairement à son petit frère, la jeune femme n'avait jamais eu l'occasion d'être vraiment une enfant et souvent, elle se surprenait à haïr ses parents pour ça.

Se reconcentrant sur les paroles de son interlocutrice, la jeune ambassadrice écouta religieusement Natashka lui raconter une partie de son adolescence, lorsque à dix-sept ans, elle avait fait un rêve qui l'avait marqué pour le restant de sa vie.

- Mon statut de voyante n'est pas un secrrret, et j'imagine que tu le savais déjà, mais ce que le monde entier ignorrre c'est que mes visions ne concerrrnent que les membrrres de ma famille, ou ceux qui le deviendrrront un jour. (Le sourire étonné de la jeune femme renseigna Natashka sur ses pensées et lui arracha également un sourire) Oui, je sais, ce n'est pas le talent le plus utile qui existe pourrr une voyante ! Malheurrreusement, ni moi ni perrrsonne d'autre n'était en mesurrre de modifier le spectre de mes visions et je l'ai longtemps regrrreté.

Horrifiée, Rose écouta l'Impératrice douairière lui décrire son premier rêve prémonitoire, dans lequel elle avait pu clairement se rendre compte, si elle n'en était pas déjà consciente à l'époque, que ses parents étaient loin d'être heureux en ménage. Rien que le fait d'imaginer ses propres géniteurs au lit donnait des sueurs froides à la jeune anglaise, alors elle ne pouvait qu'imaginer l'horreur pour l'adolescente de seize ans qu'était la vieille dame de rêver de son père avec une autre femme.

- Tu imagines bien qu'à l'époque il était courrrant de contrrracter des marrriages arrrrangés dans les grrrandes familles, c'est une prrratique qui était rrrevenue à la mode aprrrès la séparrration entrrre les Empirrres Sorrrcier et Moldu en 1918. Avant cette date, il y avait toujourrrs un membrrre de la famille Impérrriale qui possédait des pouvoirrrs magiques et qui pouvait rrreprrrésenter les sorrrciers à la tête du pays et la séparrration entrrre les deux communautés était prrresque inéxistante. Les grrrandes familles se mélangeaient facilement, peut imporrrtait les statuts, ce n'était pas comme aujourrrd'hui, la haine n'avait pas encorrre corrrrompu le cœurrr des sorrrciers de Rrrussie. L'assassinat de la famille régnante les a prrrofondément affectés et ils n'ont plus jamais accepté les moldus comme avant, bien que la séparrration entrrre les deux mondes ne soit tout de même pas aussi extrême qu'en Angleterre. Il n'y a qu'à voirrr l'EIO* où Dimitri a étudié.

La jeune femme était fascinée par cette facette de l'histoire qu'elle ne connaissait pas. Ses nombreux précepteurs avaient tous été anglais et lui avaient enseigné l'histoire selon le point de vue britannique, moins anti-moldu que lors des deux guerres contre Voldemort, mais tout de même très centré sur lui-même. Elle avait bien sûr déjà lu des informations sur cette entente entre les communautés qui régnait en Russie avant la révolution mais les interprétations anglaises de cette époque, même multiples, avaient toutes un point commun : elles n'abordaient pas les sujets qui pouvaient paraitres aberrants à des lecteurs originaire de Grande-Bretagne. Même les ouvrages américains n'étaient pas objectifs à cause de la rivalité qui régnait entre les deux pays. Scandalisée de ne pas avoir pu trouver de source fiable, ou au moins qui savait un minimum de quoi elle parlait précisément et non par des rumeurs ou avec un point de vue étriqué, Rose porta encore plus d'attention au récit de Natashka, avide de connaissance comme elle ne l'avait pas été depuis longtemps.

- Si je t'explique tout cela, c'est parrrce que c'est le jourrr où la famille rrroyale a été assassinée que tout a changé. Comme tu le sais, la Grrrande-Duchesse Anastasia a surrrvécu alorrrs que le monde moldu la pense morrrte, mais ce que beaucoup ignorrrent – car c'est un rrrituel tombé en désuétude et qui était prrresque exclusivement utilisé dans les familles rrroyales – c'est que pourrr qu'elle puisse vivrrre, ses parrrents ont dû sacrrrifier leurrrs vies. (Rose fronça les sourcils, prête à intervenir, avant de se raviser en croisant le regard de l'Impératrice douairière) Bien sûrrr, dans les livrrres d'histoirrre, il est dit que les assaillants ont surrrprrris les Romanov mais qu'Anastasia a pu se prrrotéger grrrâce à la magie. Seulement, ce n'est pas du tout ce qu'il s'est passé. En vérrrité, sa baguette lui avait été confisquée dès leurrrs prrremiers jourrrs de captivité dans la villa d'Ekaterinbourg et contrrre les arrrmes à feux, elle ne pouvait rrrien fairrre. Heurrreusement, comme depuis des siècles, la famille avait prrris la précaution d'effectuer le rrrituel разделение, le parrrtage des âmes. Il ne demande pas de magie hormis pour le lanceur et consiste à frrracturrrer son âme pour prrrotéger celle de quelqu'un d'autrrre, la parrrtie de l'âme qui n'est pas dans le corrrps orrriginel serrrt de garrrde-fou et perrrmet à la personne qu'elle prrrotège de surrrvivrrre une fois à la mort**.

Bouleversée par cette terrible preuve d'amour, autant que Natashka qui avait les yeux brillants en racontant cette histoire tragique, la jolie rousse se demanda néanmoins intérieurement le rapport entre la vie d'Anastasia Romanova et les pouvoirs divinatoires de la mère de Vassili Andropov.

- Tu te demandes surrrement pourrrquoi les autrrres enfants de Nicolas et Alexandrrra n'ont pas également surrrvécu ? (« Et non raté, mais c'est vrai que c'est une bonne question » pensa Rose) L'explication est simple : il est impossible de diviser son âme en plus de deux morrrceaux sans conséquences et ils ont choisi de s'assurrrer de la surrrvie de la seule sorrrcière de lignée Impérrriale en cas de prrroblème. C'était un choix judicieux, que Raspoutine, leur conseiller sorcier leur a surement chaudement recommandé.

Le ton de la voix de vieille femme interpela la jeune anglaise, qui envisagea sérieusement l'hypothèse que Natashka ait elle-même eu recours à ce rituel pour la protection de son fils unique. Après tout, elle n'avait donné naissance qu'à un seul enfant et les seuls autres héritiers du trône étaient les fils des sœurs de Nikita, le défunt père de Vassili, mort prématurément de la Dragoncelle deux ans auparavant.

- Alexandrrra a donc surrrvécu et les mondes moldus et sorrrciers ont été irrrrémédiablement séparrrés. Mais, parrr décrrret secrrret, la nouvelle Impérrratrice a rrrendu obligatoirrre la prrrotection des hérrritiers impérrriaux parrr les âmes de leurrrs parrrents afin que plus aucun descendant des Romanov ne meurrre comme ses sœurrrs et son frrrèrrre. Dans les cas où les enfants serrraient orrrphelin, comme elle, ou trrrop nombrrreux pourrr êtrrre prrrotégés par leurrrs parrrents, elle a nommé les membrrres d'une famille volontairrre защитные, Prrrotecteurrrs. Ses membrrres ont acceptés de se plier au rrrituel et d'affecter un des leurrrs à chaque hérrritier, et en échange ils sont devenu nobles, rrrespectés et ont eu le drrroit de ne pas sacrrrifier un de leurrrs fils au parrrtage des âmes pourrr êtrrre sûrrr que leurrr lignée de s'éteigne pas.

Brusquement, la sympathie qu'avait pu ressentir Rose pour la légendaire Anastasia s'évanouit. Elle ne parvenait pas à comprendre comment cette souveraine réputée juste et bienveillante avait pu ainsi abuser de son pouvoir, même si c'était dans le but de protéger ses futurs enfants. Elle voulait bien comprendre que voir toute sa famille mourir avait pu être traumatisant, mais ce n'était pas une raison pour obliger de pauvres gens à sacrifier leur âme !

- Je sais ce que tu penses … commenta Natashka en remarquant ses sourcils froncés par la colère, mais il faut prrrendrrre en compte le contexte – elle venait de perrrdrrre ses parrrents, ses sœurrrs et son petit frrrère – et le fait que moins d'un quarrrt des membrrres de la famille des Prrrotecteurrrs ait dû se prrrêter au rrrituel. En vérrrité, horrrmis pourrr la prrrotection d'Anastasia, seules trrrois perrrsonnes ont bénéficié d'une prrrotection extérrrieurrre à la famille Impérrriale.

Cette remarque ne calma qu'à moitié la jeune femme, mais elle décida de laisser l'excentrique vieille dame finir, gardant ses nombreuses questions pour plus tard. La posture raide de son interlocutrice lui fit pressentir que la partie délicate arrivait enfin.

- Comme tu l'as cerrrtainement déjà deviné, norrrmalement, je devrrrais êtrrre celle qui prrrotège Vassia. Il est mon enfant unique et mon époux est morrrt. Malheurrreusement, c'était Nikita qui avait opérrré le rrrituel et, têtu comme il est, mon fils a rrrefusé que je prrrenne la place de son pèrrre. Il a prrréférrré me confier la prrrotection d'une cible aux rrrisques de décès moins imporrrtant, sa femme Sofiya, et il a fait appel aux Prrrotecteurrrs pour sa prrroprrre prrrotection. Habituellement, c'est le chef de famille qui aurrrait dû êtrrre choisi, mais le petit-fils aîné, le futurrr hérrritier, a passé son enfance avec Vassili et il a insisté pourrr que le rrrôle lui rrrevienne. (Prenant une profonde inspiration, les traits crispés par le chagrin, Natashka arrêta de parler quelques secondes, comme à cours de mots) J'ai rrregardé mon fils lier son destin à celui de l'homme qu'il considèrrre comme un membrrre à parrrt entièrrre de sa famille, que j'aime comme s'il était mon second fils, et je m'en veux toujourrrs de n'avoirrr rrrien fait avant qu'il ne soit trrrop tarrrd…

Tétanisée par la peur, Rose resta silencieuse quelques secondes, priant pour que son pressentiment ne soit qu'un rêve, que pour une fois dans sa vie ses exceptionnelles capacités de raisonnement lui aient fait défaut. Elle finit par se rendre compte qu'il allait falloir qu'elle le demande, car la vieille femme, après lui avoir donné toutes les clés pour comprendre la situation par elle-même, n'avait pas le courage de lui assener le coup de grâce.

- Dites-moi que ce n'est pas lui … dîtes moi que j'ai tort !

Commencée en murmurant, sa phrase se termina par un cri alors que ses yeux brillants de larmes suppliaient l'Impératrice douairière du regard. Elle ne pouvait pas supporter d'attendre dans l'incertitude plus longtemps, mais elle n'était pas non plus persuadée de pouvoir supporter la vérité une fois qu'il n'y aurait plus de doutes.

- Non, Roza. Les Dolohov sont les Prrrotecteurrrs, et c'est Dimitri qui a parrrtagé son âme pourrr prrréserrrver la vie de Vassili.


l'ambassadrice


Lassée d'attendre que le secrétaire de l'Empereur se décide à lui dire où se trouvait ce dernier, Rose se leva brusquement et, ignorant les protestations affolées du pauvre employé, s'enfonça dans les couloirs en direction du boudoir personnel de l'Impératrice. Elle, au moins, saurait où se trouvait son mari ! Aveuglée par la colère, qu'elle essayait de maitriser depuis son départ précipité du palais de Natashka – quand elle avait délibérément ignoré les appels inquiets de Dimitri pour transplaner sans attendre dans une futile tentative de fuite – la jeune femme ouvrit violemment la porte qui claqua sans douceur contre le mur, faisant sursauter les occupants du boudoir. Sofiya et Vassili, parfait !

- Mademoiselle Granger, mais qu'est-ce que … s'insurgea l'Impératrice en se levant en même temps que son époux.

Les lèvres gonflées, il ne faisait aucun doute que le couple aurait été dans une toute autre tenue si elle était arrivée dix minutes plus tard mais la jeune femme refusa de ressentir même un soupçon de culpabilité. La gifle qu'elle assena à l'Empereur laissa sa femme bouche bée, sa protestation en suspens.

- Espèce de salaud ! Comment avez-vous pu lui faire ça ! (Les hurlements de la jolie rousse devaient s'entendre dans tout le palais, mais elle s'en moquait comme de sa première plume.) Il vous aime comme un frère et vous …

Etouffée par sa fureur, elle leva la main pour le frapper de nouveau mais, libéré de sa surprise, Vassili n'était plus sans défense et il intercepta sa main d'une poigne de fer.

- Lâchez moi immédiatement, je vous interdis de me toucher, vous êtes vraiment un horrible personnage !

- Et de quoi me rendez-vous coupable exactement ? siffla-t-il, maintenant aussi en colère qu'elle.

Malheureusement pour lui, elle connaissait son sentiment de culpabilité vis-à-vis de la situation car Natashka lui avait confié cette information afin d'essayer d'adoucir son ressentiment.

- Dimitri ! A cause de vous il risque de mourir à chaque instant !

Redevenant brusquement maître de ses émotions, l'Empereur libéra son poignet mais ne recula pas, restant étrangement à portée de ses coups.

- Je vois que ma mère s'est montrée d'une franchise à toute épreuve avec vous, murmura-t-il d'une voix éteinte, elle a donc du vous dire que la colère que vous ressentez n'a d'égale que celle que je ressens envers moi-même pour n'avoir pas su dissuader mon cousin de prendre cette responsabilité.

A peine touchée par ces paroles pleines de remords, Rose s'écarta néanmoins, prenant brusquement conscience qu'elle venait de gifler l'Empereur du plus grand pays du monde. Seulement, sa colère ne voulait pas s'éteindre et rester en présence de cet individu ne faisait qu'attiser les braises de ce feu déjà brulant. Furieuse contre elle-même à cause de cette lâcheté qui l'empêchait de gifler de nouveau cet homme, elle l'incendia du regard puis tourna les talons, lui lançant en claquant la porte qu'elle ne voulait plus jamais avoir affaire à lui.

Mais, loin de réagir, Vassili se contenta de rester immobile, le regard dans le vague, comme absent de son propre corps, et c'est Sofiya qui partit à la poursuite de l'ambassadrice, encore assez agile à six mois de grossesse.

- Rose, arrêtez-vous immédiatement ! lança l'Impératrice en voyant qu'elle ne rattraperait certainement pas la jeune rousse.

Outrée de se faire interpeler de cette façon, la jeune femme s'arrêta pour faire face à Sofiya, prête à la jeter des insultes au visage. Mais l'autre femme ne lui laissa pas le temps d'ouvrir la bouche.

- Maintenant ça suffit ! s'exclama-t-elle, je sais très bien que cette situation est intenable et très difficile à accepter mais ce n'est pas une raison pour faire toute cette scène ! Je sais très bien que si Natashka vous a parlé des Protecteurs, elle vous a aussi dit pour sa vision ! Et à votre avis, qui a fait en sorte que Dimitri et vous passiez du temps ensemble ? Vous avez fait exprès d'oublier une partie de l'histoire ou vous avez simplement arrêté d'écouter quand ce que vous entendiez ne cadrait pas avec votre version de l'histoire ?!

Ne voulant pas en entendre davantage, Rose voulu se détourner pour repartir mais la plus âgée lui attrapa la main, fermement mais loin de la poigne de fer de son mari quelques instants plus tôt.

- Ecoutez, Rose, je ne veux pas vous brusquer mais je ne vous laisserai pas gâcher quelque chose de merveilleux juste parce que vous n'avez aucune certitude. Natashka nous a prévenu il y a des années que Dimitri tomberait amoureux d'une jeune femme rousse à l'accent étranger et nous avons tout de suite su que c'était vous lorsque nous vous avons vue. Vassili a spécialement choisi son cousin pour remplacer Anatoliy alors que Vera aurait très bien pu faire l'affaire parce qu'il savait que lui et vous étiez faits l'un pour l'autre. Il aime Dima comme un frère et la culpabilité pour cette histoire de rituel le ronge depuis deux ans. Il ferait n'importe quoi pour le rendre heureux, et il se trouve que vous êtes celle qui le fera. Si vous ne trouvez pas la force de lui pardonner, essayez au moins de ne pas être en colère contre Dimitri. Il ne vous a rien dit parce que ces secrets n'étaient pas les siens et qu'il ne voulait pas vous effrayer avant de vraiment avoir pu vous connaître. S'il vous plaît, Rose, pensez-y …

Touchée malgré elle par cette plaidoirie pleine d'amour et de bon sens, la fille de Ron et Hermione Weasley hocha rapidement la tête avant de retirer sa main de celles de Sofiya, partant vraiment pour son appartement cette fois. Malgré les sages paroles de son ainée, elle ne savait pas si elle aurait le courage de continuer à voir son ami russe, dont elle était en train de tomber amoureuse, tout en sachant qu'ils n'avaient peut-être aucun avenir. Dimitri lui plaisait c'était indéniable, mais après n'avoir été qu'à moitié heureuse pendant vingt-cinq ans elle doutait de pouvoir se contenter d'un amour peut-être fort mais également éternellement teinté de la peur de perdre l'être aimé.

Les larmes aux yeux et la tête pleine de questions sans réponses, elle s'enfuit de ce palais où elle avait rencontré un homme merveilleux et où une partie de son monde était tombé en poussière sans même qu'elle ne s'en rende compte, et la première raison de sa sortie d'aujourd'hui, autrement dit trouver une robe de bal, lui sortit complètement de l'esprit.


l'ambassadrice


- Rose, debout ! s'exclama Leynah en surgissant dans la chambre de la rousse comme tous les matins.

En revenant du travail la veille au soir, la jeune indienne avait découvert son amie en pleurs au milieu du salon, mais malgré toutes ses tentatives, elle n'avait rien pu faire d'autre que consoler Rose du mieux qu'elle le pouvait. La jolie anglaise refusait de parler de sa journée et, ce matin-là, elle refusa également de se rendre au travail.

- Dis-moi ce qu'il t'arrive, Rose, s'il te plaît ! Ça ne te ressemble pas de manquer le travail, tu adores ce que tu fais !

Même le ton implorant de Leynah ne réussit pas à l'attendrir et la jeune brune décida de laisser sa meilleure amie tranquille pour le moment. D'autant plus qu'elle avait une petite idée de la personne à aller voir pour obtenir des explications. Après avoir terminé de préparer son fils, ils sortirent tous les deux et se rendirent au palais Impérial en transplanant puis, une fois à l'intérieur, elle demanda à être reçue par le Conseiller Dolohov. A peine deux minutes plus tard, une assistante la fit pénétrer dans un luxueux bureau à la décoration très masculine, tout en bois foncé et cuir mat, dans lequel Dimitri attendait, debout devant une fenêtre. Dès qu'ils se retrouvèrent seuls dans la pièce, le grand blond ne lui laissa pas ouvrir la bouche et demanda immédiatement comment allait Rose.

- Pas très bien, en fait, répondit-elle avec une franchise brutale, c'est pour ça que je suis là. Elle n'est pas allée travailler ce matin et elle refuse de me parler. Je me suis dit que pour que ça l'affecte autant, tu devais surement être concerné.

L'aveu, même à demi-mot, de la jeune Indienne aurait au moins dû interpeler le Russe mais il ne réagit pas, se contentant de soupirer avant de se laisser tomber avec découragement sur un des canapés qui trônait au centre de son bureau. Encore plus inquiète, Leynah pris Raj dans ses bras et s'assit à son tour.

- Qu'est-ce qu'il se passe Dimitri ? Qu'est-ce que tu lui as fait ?

Le regard coupable, il se contenta de lui répondre que la jolie rousse avait appris un fait important sur sa famille et que cela ne lui avait pas plu. En apprenant qu'elle en avait été bouleversée au point de risquer un incident diplomatique en s'en prenant à l'Empereur, la jeune femme pris vraiment la mesure de la situation.

- Tu étais là ? Quand elle a giflé Vassili Andropov je veux dire, s'enquit-elle.

- Non, il me l'a dit lui-même quand je suis arrivé quelques minutes plus tard. J'étais tellement persuadé qu'elle rentrerait directement à votre appartement, que quand je me suis rendu compte qu'elle était vraiment absente et qu'elle ne faisait pas qu'ignorer mes appels à travers la porte, il était trop tard. Heureusement, personne n'est au courant de l'incident en dehors de Vassili, Sofiya et moi. (La jeune brune l'interrogea du regard et il développa) Je sais que je t'ai dit qu'elle lui avait hurlé dessus mais ils se trouvaient dans le boudoir de l'Impératrice et, comme les activités qui s'y déroulent ne sont pas toujours silencieuses, des sorts de silence sont perpétuellement en place autour de la pièce.

Le ton de la voix du blond renseigna clairement Leynah sur la nature de ces activités et elle se demanda pendant un instant si sa meilleure amie avait surpris le couple dans une position compromettante avant de secouer la tête. Cette curiosité mal placée n'avait pas sa place aujourd'hui, elle devait être là pour Rose avant de penser à la satisfaire, surtout avec son fils dans les bras.

- Très bien donc l'incident diplomatique a été évité, bonne nouvelle ! s'exclama-t-elle avec un optimisme un peu forcé, mais maintenant j'aimerais que tu me dises ce que tu comptes faire pour arranger la situation. Parce que si j'ai bien compris, Rose, l'ambassadrice, ne veux plus voir l'Empereur. C'est plutôt problématique ! Et la seule solution pour que la situation se débloque, c'est que les choses redeviennent comme avant entre vous deux.

- Je sais ça ! s'exclama Dimitri en se levant pour faire les cent pas, seul signe extérieur de son angoisse. Seulement je sais aussi que je ne veux pas que notre relation reste comme avant. Je veux plus, tellement plus, et Rose le sait. C'est bien ça le problème ! Elle sait que je tiens à elle mais elle connait également des choses sur mon compte qui font qu'elle risque de souffrir en acceptant de me laisser une place dans son cœur. Donc, elle a pris la décision de s'éloigner et, même si j'en souffre, je peux la comprendre.

- Alors tu vas juste abandonner ?

Le ton de totale incrédulité de la jeune femme, teinté d'un soupçon de déception, heurta le grand blond mais, après le rejet catégorique de la rousse, il ne savait pas s'il aurait encore le courage d'essayer d'arranger les choses, au risque de se faire repousser une nouvelle fois.

- Ecoute, après ce qu'il s'est passé hier, elle m'a clairement fait comprendre qu'elle ne voulait pas de moi, alors je ne crois pas que ma présence arrangerait les choses. Au contraire, il vaut peut-être mieux que je l'évite pendant quelques semaines le temps que cette histoire se tasse.

- Non mais tu es vraiment idiot ! s'énerva la jeune maman en posant un Raj gigotant par terre, si tu abandonnes maintenant, alors tu peux être sûr que tu la perdras. Je ne sais pas ce qui l'a tant fait souffrir, et je comprends que ça puisse être quelque chose de privé, mais le fait qu'elle ait fui ne signifie pas qu'elle ne tient pas à toi ! C'est simplement que Rose ne s'est jamais liée à un homme par peur d'être réduite à son intelligence comme elle l'a été pendant toute son enfance. Mais malgré ces cicatrices, elle t'a laissé entrer dans son monde, dans son appartement, et, même si tu ne le crois pas, également dans son cœur. Si tu la laisses aujourd'hui, après la première difficulté, c'est que tu ne la mérites pas ! Bats-toi, même si ça doit être contre ses propres peurs. Elle mérite que tu persévères et tu te dois d'essayer, pour éviter de regretter toute ta vie de n'avoir rien fait.

Ayant dit tout ce qui avait besoin d'être dit, et espérant que Dimitri suivrait ses conseils, la jeune femme se leva et se dirigea vers la sortie, appelant Raj qui fouinait sous un des canapés. Mais, à sa plus grande surprise, juste avant de la rejoindre, son fils tapota gentiment le genou du Russe, lui adressant un sourire où manquaient quelques dents.

- Est-ce que tu es l'amoureux de tante Rose ?

La petite voix flutée résonna dans le silence pendant quelques instants avant que le grand blond ne se remette de sa surprise et s'agenouille devant le garçonnet.

- J'aimerais bien l'être, avoua l'homme avec un sourire triste, mais je ne suis pas sûr que ta tante veuille encore de moi.

- Moi je suis sûr que oui ! Elle parle toujours de toi quand maman n'est pas la ! Di-mi-tri, articula-t-il en riant. Au revoir !

Puis, comme s'il avait dit ce qu'il pensait devoir dire, il courut pour prendre la main de sa mère et il la suivit hors de la pièce. Souriant doucement, le Conseiller ne put s'empêcher de penser que, effectivement, la vérité sortait toujours de la bouche des enfants, et heureusement pour lui, cette vérité-là avait balayé son manque de courage comme un fétu de paille pour le laisser plus motivé que jamais à arranger les choses. « Et la première étape, pensa-t-il en déminiaturisant une volumineuse boite enfouie au fond de sa poche, commence par l'envoi de ce paquet ».

Deux heures plus tard, seule dans le salon de l'appartement et emmitouflée sous une couverture, une tasse de thé à la main et les cheveux ébouriffés, Rose sursauta en entendant le bruit caractéristique d'un bec de hibou contre une fenêtre. Intriguée par ce coli qu'elle n'attendait pas, la jolie rousse le décrocha rapidement de la patte du messager – qu'elle remercia avec quelques friandises – puis retourna s'assoir sur le canapé. Malgré sa tristesse la curiosité la démangeait, remisant ses angoisses à l'arrière-plan tout en lui offrant une distraction bienvenue, et elle se dépêcha de d'ouvrir le carton. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle y découvrit un amas de tissu bleu ciel. Intriguée, elle sortit la robe de bal de sa boite et une carte tomba à ses pieds.


J'imagine que tu ne recevras pas forcément ce présent de gaité de cœur mais je t'en conjure, juge le sur lui-même et non sur son destinataire.

J'ai tout de suite su qu'elle était faite pour toi quand Natashka m'a invité dans son dressing de collection ce matin. Le tissu date du XIXe siècle mais la coupe a subi quelques modifications pour donner un style plus moderne à la robe.

Ce soir ne fait pas exception à tous les autres et je sais que tu seras parfaite mais si cela peut t'aider, tu n'auras qu'à m'appeler pour que je vienne t'épauler. J'espère que tu trouveras la force de me pardonner mais, même si ce n'est pas le cas j'aimerais que tu acceptes ce cadeau. Comme signe d'espoir ou d'adieu, il t'appartient de le déterminer.

Tendrement,

Dimitri.


Hésitant entre la colère – comment osait-il aborder par lettre cette matinée de cauchemar chez l'Impératrice douairière ! – et la joie, elle ne put empêcher l'éclosion d'une étincelle d'espoir au fond de son cœur.

Après avoir pleuré pendant des heures la veille, elle avait fini par parvenir à réfléchir calmement à la situation. La première chose qui l'avait frappé était sa réaction violente : habituellement elle n'était pas quelqu'un de particulièrement sanguin, d'où sa répartition à Serdaigle, alors pourquoi avait-elle réagit si violemment ? La conclusion logique que la jeune femme avait tiré de son propre comportement était que, contrairement à ce qu'elle avait bien voulu s'avouer à elle-même, le mois pendant lequel Dimitri et elle s'étaient rapprochés avait engendré plus que la simple possibilité d'une histoire d'amour. Elle était véritablement, et à sa plus grande surprise, tombée amoureuse de ce Russe si compliqué. Et après les révélations de Natashka, la possibilité de la perte d'une personne qu'elle aimait lui avait paru si réelle que la panique l'avait submergée.

Après en être arrivée à cette conclusion, la jolie rousse avait également compris que, même si sa peur de perdre l'héritier des Dolohov était forte, elle était encore plus effrayée à l'idée de ne plus jamais le revoir après la scène qu'elle avait provoqué la veille. Comment pourrait-il toujours vouloir d'elle alors qu'elle avait frappé son cousin ! Bien sûr, elle en voulait toujours à Vassili pour avoir mis en péril la vie de l'homme qu'elle aimait, mais elle était également consciente de son caractère buté : s'il avait décidé d'effectuer ce rituel, alors rien ni personne n'aurait pu l'en empêcher, même un ordre de son souverain et presque frère. Par conséquent, submergée par le désespoir d'avoir commis un acte impardonnable en s'en prenant à l'Empereur, d'autant plus que les coups à la porte annonçant l'arrivée de Dimitri qu'elle attendait depuis une heure n'arrivaient pas, elle s'était remise à pleurer et c'était à ce moment-là que Leynah l'avait découverte.

Chassant ces noires pensées de son esprit, la jeune anglaise rassembla tout son courage et se dirigea vers la cheminée. Jetant une poignée de poudre de cheminette dans les flammes, elle énonça la destination de sa communication et jeta un sortilège de projection. Quelques instants plus tard, un visage bien connu apparu dans les flammes.

- Rose, que puis-je faire pour vous ?

Impressionnée par la tolérance et la maitrise de l'Impératrice – après tout elle aurait pu lui en vouloir pour le restant de ses jours et refuser de lui répondre – Rose s'inclina.

- Excusez-moi de vous déranger, votre Altesse Impériale. Je souhaitais simplement vous présenter des excuses et … vous dire que vous aviez raison.

Sofiya haussa un sourcil, demandant silencieusement un éclaircissement que la jolie rousse s'empressa de lui donner.

- Vous m'avez dit hier que je ne devais pas être en colère contre Dimitri car ce n'était pas à lui de me révéler ces secrets, et vous aviez raison. Bien sûr, il est responsable de la menace qui pèse sur sa vie mais sa loyauté envers votre mari fait partie de lui, c'est une des premières choses que j'ai apprise. Je ne peux pas lui en vouloir pour être celui qu'il est et de toute façon, sans cette facette de sa personnalité il ne serait pas l'homme que j'aime. Alors, j'espère qu'un jour vous pourrez me pardonner les mots et les gestes guidés par la peur d'hier.

Les yeux plantés dans ceux de son interlocutrice, la jeune anglaise se mordit la langue pendant les quelques secondes que pris Sofiya pour lui répondre.

- Je ne vous en veux pas, Rose, finit-elle par dire d'une voix douce, aucun de nous ne vous en veut, bien que Vassili attende surement quelques excuses pour la gifle. Je suis heureuse que vous ayez pris le temps de réfléchir à la situation et je ne doute pas que tout s'arrange entre vous et Dima avec quelques efforts. Mais maintenant dites-moi pourquoi vous m'avez réellement contactée. Je sais que ce n'était pas simplement pour vous excuser car vous auriez très bien pu le faire ce soir, au bal.

A peine étonnée par la clairvoyance de l'Impératrice, la jeune femme pris une grande inspiration avant de se jeter à l'eau.

- Dites-moi, vous ne connaitriez pas un bon coiffeur par hasard ?


*Ecole Impériale des Officiers, voir la fin du Chapitre 2

** Je sais que certains feront le rapprochement avec les Horcruxes mais c'est une sorte de dérivé. Le partage des âmes ne peut être effectué que pour la protection et ceux dont l'âme est fracturée ne peuvent survivre à la destruction d'une des deux parties de leur âme.