Cinnam : Merci beaucoup ! :) et tu as de la chance, moi je me débrouille avec reverso, google traduction et word reference pour essayer de faire le russe le moins bancale possible :p J'espère que la suite te plaira :)

Guest : j'ai bien rigolé en lisant ton message donc merci, pour la review et pour le rire :-) personnellement, je n'ai pas vraiment d'avis sur la véritable Anastasia mais je trouvais ça intéressant de m'inspirer de sa légende en quelque sorte pour créer le monde magique russe. En tout cas je ne t'ai pas reconnu non, alors soit je suis aveugle soit tes indices étaient trop subtiles pour moi :-) dis moi, ne fais pas durer le suspense. A la prochaine !


Chapitre 5 : Découverte du mensonge


A peine quelques heures après le désastre de la rencontre de la matinée entre Rose et Natashka, dont il ne gardait pas un très bon souvenir, Dimitri se trouvait au milieu de la foule de ses compatriotes aristocrates dans l'immense salle de bal du palais Impérial. Incroyablement large et bâtie dans le plus pur style baroque, ce n'était ni les nombreux lustres en pierres précieuses multicolores ni les vitraux qui attiraient l'attention des sorciers, mais bien le plafond enchanté. Réalisé à la même époque que celui tout aussi célèbre de Poudlard, quand ces enchantements grandioses étaient à la mode, le plafond du Palais d'Hiver possédait la particularité de ne pas imiter le ciel mais les profondeurs de la Neva qui serpentait au pied de ses murs.

Toujours aussi fasciné par la magie des lieux, le grand blond se rappela ces soirées, il y avait longtemps, quand il n'était encore qu'un enfant ennuyé par les discussions des adultes. Pour passer le temps, il s'allongeait avec ses amis dans un coin de la salle et, cachés par les tables couvertes de de mets raffinés, ils s'amusaient à trouver le plus grand nombre de poissons possibles. Ces jeux étaient devenus une sorte de rituel, avec les années, et même à la fin de l'adolescence, Arkady, Evgeniya, Kirill et lui-même se rejoignaient en fin de soirée pour observer les flots au-dessus de leurs têtes.

Aujourd'hui, bien sûr, ils avaient tous leurs propres vies et les occasions de se voir se faisaient plus rares. Le sérieux Arkady pratiquait la médicomagie depuis deux ans en Angleterre où il était parti dès son diplôme en poche et la lumineuse Evgeniya avait réalisé son rêve de petite fille et avait créé des écoles dans tout le pays pour enseigner aux enfants les rudiments de la magie avant leur entrée à Durmstrang. Elle avait également fini par épouser Kirill, le farceur du groupe, dont le tempérament s'était remarquablement assagi après sa reprise de la chaîne de boutiques de tailleur familiale.

Souriant aux doux souvenirs qui lui revenaient à l'esprit et l'empêchaient de penser à la jeune femme qu'il attendait depuis l'ouverture des portes de la salle de bal, la grand Russe ne vit qu'au dernier moment une mince silhouette de taille moyenne lui sauter dans les bras.

- Dima ! Comment vas-tu, monsieur le Conseiller ? s'exclama une voix de femme dans sa langue maternelle.

Le ton sarcastique et exubérant ne lui laissa aucun doute sur l'identité de la personne qui le serrait dans ses bras et il rendit son étreinte à Evgeniya en retenant son rire.

- Je vais très bien, merci, répondit-il en tendant une main vers la longue chevelure couleur d'encre de Chine de son amie, prêt à défaire sa coiffure sophistiquée comme il avait l'habitude de le faire étant jeune.

Cette manie qui le faisait bien rire avait toujours agacé la brune, mais il lui avait fallu attendre des années avant de trouver un moyen pour avoir le dessus et, à chacune de leurs rencontres, Dimitri ne pouvait s'empêcher d'essayer de la décoiffer, rien que pour vérifier si elle avait bien appliqué son habituel sort de fixation pour cheveux.

- Et non, encore raté ! se moqua le mari d'Evgeniya en passant un bras autour de sa taille.

La peau dorée et les traits caractéristiques de la région du Caucase, Kirill Zakhoïev était le fils de deux Tchétchènes venu s'installer à Moscou dans les années quatre-vingt et le contraste entre sa propre culture, qui transparaissait clairement sur son physique, et celle de sa femme dont les yeux bridés trahissaient des origines d'Asie centrale, formait un mélange tout à fait unique et passionnant. D'ailleurs, leur fille Katya promettait d'être d'une grande beauté avec ses jolis yeux et ses cheveux hérités du côté maternel et sa peau de la même riche teinte dorée que celle de son père. Dimitri était incroyablement fier de sa filleule.

- Comment va ma Katya, s'enquit-il après avoir échangé avec deux de ses plus vieux amis les politesses d'usages et les nouvelles des différents membres de leurs familles. La dernière fois que je l'ai vue, elle faisait ses premiers pas en magie accidentelle !

Le ton plein d'orgueil du blond amusa beaucoup les deux parents et ils ne se privèrent pas d'abreuver le parrain de leur fille des mille petits détails de sa vie et, au fur et mesure qu'il s'émerveillait des progrès de la fillette, il ne put empêcher son esprit de faire la connexion avec un autre petit garçon du même âge dont il ne savait pas s'il aurait des nouvelles un jour. Conscient que leur ami ne les écoutait plus, les deux époux Zakhoïev échangèrent un regard perplexe : ce n'était pas dans les habitudes du blond de se montrer aussi désinvolte et vulnérable. Envoyant un message silencieux à sa femme d'un regard, Kirill s'approcha de Dimitri et posa une main amicale sur son épaule tandis qu'Evgeniya partait saluer quelques connaissances un peu plus loin.

- Dima, est-ce que ça va ?

Entrant directement dans le vif du sujet comme à son habitude, le brun à la peau dorée n'en paraissait pas moins soucieux du comportement de son ami d'enfance. Et, à sa plus grande surprise, il n'en fallut pas plus pour qu'il vide son sac en résumant la situation avec Rose en quelques phrases.

- J'ai peur d'avoir vraiment merdé cette fois, Kirill, et je suis terrifié à l'idée qu'elle m'en veuille encore, conclu le Conseiller Militaire avec un air piteux inhabituel sur son visage aux traits harmonieux.

Très surpris par les préoccupations de Dimitri, qui était bien le dernier qu'il imaginait dans une relation sérieuse à cause de sa passion pour le travail, il ouvrit la bouche pour essayer de réconforter son ami quand ce dernier se figea sur place. Posant une main sur l'épaule de son ami, le grand blond le fit tourner sur lui-même afin d'avoir une vue imprenable sur la porte principale en direction de laquelle tout le monde semblait regarder.

Entre les deux battants, précédée par les deux tantes de l'Empereur – la Comtesse Yulia Galkina et la Comtesse Mariya Pouchkina – Rose respirait profondément tout en essayant de ne pas faire attention à tous les regards braqués sur elle. Cette soirée était en son honneur, il était donc normal qu'elle soit remarquée, mais elle n'aimait vraiment pas l'impression de vulnérabilité qui l'envahissait alors qu'elle se tenait debout au milieu d'une foule d'inconnus simplement vêtue d'une robe de bal. « Enfin, inconnus peut-être pas » pensa-t-elle alors que son regard était attiré par une chevelure blonde qui dépassait beaucoup d'invités d'au moins cinq centimètres. Très élégant dans une robe de sorcier noire à la coupe étroite, comme le voulait la mode, il l'observait avec un sourire hésitant, ne semblant pas totalement croire que, oui, elle avait accepté de porter son cadeau ce soir.

- Souvenez-vous de ce dont nous avons parlé, ma chère, lui murmura Mariya avec un sourire complice, faites le mariner un peu avant de le reprendre. Il faut tout de même lui montrer votre mécontentement, même si vous lui avez pardonné. Les hommes sont toujours trop confiants !

Rendant son sourire à la malicieuse sœur du défunt Empereur Nikita, la jolie rousse hocha la tête et entreprit de suivre ses deux nouvelles amies dans leur tour de salle, saluant chaque invité et échangeant quelques mots polis en russe. Le temps passa incroyablement vite et c'est seulement trois quarts d'heure plus tard qu'elle vit de nouveau le grand blond dont elle était amoureuse.

- Et voici le Conseiller Dimitri Gavriilovitch Dolohov, que vous connaissez déjà, accompagné de Kirill Vladmirevitch et Evgeniya Nicolaïevna Zakhoïev, annonça la sérieuse Yulia qui prenait le rôle de guide dans la haute société que lui avait confié Sofiya très au sérieux.

Amusée par le regard inquisiteur dont l'entourait le Conseiller Militaire, la jeune femme décida de s'amuser un peu.

- здравствуй, Dimitri. Je suis contente de te voir ce soir, il y a un moment que nous ne nous sommes pas vus.

Haussant un sourcil, l'air de vouloir dire que ce n'était pas de sa faute et que c'était elle qui avait fui, il se contenta de sourire avant de prendre sa main pour y déposer un baiser.

- J'ai hâte que la soirée se termine pour que nous puissions discuter, Roza, susurra-t-il d'une voix de velours qui la fit frissonner. Mais pour rendre l'attente moins insupportable, m'accorderas-tu une danse ?

Riant délicieusement en comprenant que le Russe rentrait dans son jeux, la jeune femme décida de se jeter à l'eau et de parler à l'instinct, impatiente de voir où cela les mènerait. Fini de se tourner autour sans jamais s'engager, leur dispute récente avait clairement dévoilé leurs sentiments respectifs et maintenant ils pouvaient vraiment travailler à devenir plus que de simples amis.

- Si tu te montres suffisamment habile et que mes pieds réussissent à me porter jusqu'à la fin du bal, je te les accorde toutes.

Deux heures plus tard, alors que sonnaient les douze coups de minuit, tous les invités qui participaient à la fête avaient pu se rendre compte que, oui, le Conseiller Dolohov, l'un des hommes les plus proches de l'Empereur, n'était plus sur le marché. Dépitées, beaucoup de jeunes héritières qui avaient espéré finir par attirer l'attention de ce beau parti insaisissable avaient décidé de partir plus tôt, accompagnées de leurs mères dont l'état d'esprit était assez semblable. Du côté des hommes, tous ceux qui avaient toujours été jaloux ou agacés de l'attention que suscitait le blond – qui les éclipsait auprès des jeunes filles – étaient secrètement ravis : ils avaient enfin le champ libre. Enfin, ceux dont l'esprit politique analysait chaque infime évènement qui avait lieu dans la haute société et qui se tenaient toujours au courant des personnalités à connaitre dans le monde sorcier international se creusaient la tête pour essayer de deviner où ils avaient déjà aperçu cette Mademoiselle Granger.

Dimitri, quant à lui, dansait agréablement avec la femme qu'il aimait et qui, s'il ne se trompait pas sur les signaux qu'elle lui envoyait, était loin d'être réticente à entamer une relation intime avec lui. Inconscient des rumeurs qui bruissaient autour d'eux, il pensa soudainement qu'il n'avait jamais été plus heureux, avant de se moquer de lui-même intérieurement. Que lui prenait-il d'être aussi fleur bleue ?!


l'ambassadrice


Le lendemain matin, ce furent les premiers rayons du soleil qui éblouirent Dimitri et le firent sortir du sommeil. La vue trouble mais bien au chaud, le grand blond mit quelques secondes avant de réaliser que c'était un petit corps pelotonné contre lui qui dégageait cette chaleur. Prenant brusquement conscience de la situation, il s'immobilisa avant de soupirer de soulagement en se souvenant que, non, Rose et lui n'avaient pas fait l'amour, mais simplement décidé de partager le même lit après avoir discuté pendant des heures dans son appartement sur l'île de Kronshtadt, près des côtes de Saint-Pétersbourg, en rentrant du bal.

Tous les deux s'étaient un peu plus dévoilés cette nuit-là : il lui avait parlé de ses années à Durmstrang, des quatre cents coups qu'il avait fait avec ses trois plus proches amis et de l'angoisse qu'il avait toujours ressenti en tant que fils ainé, lui qui avait toujours voulu être un exemple pour ses deux frères, pour rendre ses parents et toute sa famille fière de lui.

De son côté, elle lui avait brièvement avoué que sa relation avec ses parents était loin d'être idéale, pourrie par leur incompréhension et leurs attentes exigeantes mutuelles. Mais ce qui avait le plus étonné le russe, c'était le moment où elle lui avait raconté comment elle avait obtenu le poste d'ambassadrice, d'abord en Inde, puis maintenant en Russie. D'après elle, c'était un coup de chance, elle s'était retrouvée au bon endroit, au bon moment et avait dit les mots qu'il fallait pour sauver une situation désespérée. « Bien sûr, j'étais l'assistante du précédent ambassadeur et je connaissais tous les détails de l'affaire, avait-elle dit avec un sourire doux-amer, mais je n'avais que vingt-deux ans et je crois que je n'étais pas prête à obtenir autant de responsabilités. » Elle avait ajouté que bien qu'aujourd'hui elle ait trois ans d'expérience en plus derrière elle, sa confiance en son jugement était toujours aussi mince et que chaque jour, elle priait Merlin que personne ne s'en rende compte.

Bien sûr, ils avaient aussi discuté du rôle de protecteur du Russe et après une conversation aussi privée, ils s'étaient jurés que cela resterait entre eux, et alors que l'heure devenait de plus en plus avancée, ils s'étaient endormis dans les bras l'un de l'autre.

Amusé, Dimitri se fit la remarque qu'ils avaient quand même sauté des étapes. Après tout, ils ne s'étaient même pas encore embrassés et ils dormaient déjà ensemble ! Mais il n'eut pas le temps de mener ses réflexions plus loin car la femme assoupie près de lui se mit à gigoter, lui signalant inconsciemment qu'elle était sur le point de se réveiller. Ses boucles rousses toutes ébouriffées et une petite main refermée en poing posée contre son torse nu, Rose était affreusement craquante et il dut se retenir de l'embrasser fougueusement alors qu'elle ouvrait ses deux yeux bleus encore brumeux. Sans même sembler y réfléchir à deux fois, la jeune femme lui planta un baiser sur les lèvres, marmonna un vague salut et enfoui de nouveau son visage contre son épaule. Stupéfait, il resta immobile quelques secondes avant qu'un sourire tendre ne fleurisse sur son visage. Cette petite Anglaise ne cesserait jamais de le surprendre !

Décidant de suivre l'idée de sa vraisemblablement nouvelle petite-amie, il se recoucha, referma les bras sur son corps tout en courbes pulpeuses et ferma les yeux, impatient de vivre la suite des évènements. Natashka avait eu raison, dans sa vision, Rose était vraiment la femme qu'il lui fallait.


l'ambassadrice


Les semaines passèrent, et aucun nuage ne semblait vouloir venir ternir le bonheur du nouveau couple. Travaillant toujours ensemble sur le dossier BorderFlash, malgré le retour d'Anatoliy Nikolov à plein temps, ils étaient proche de trouver une solution qui, ils l'espéraient, pourrait satisfaire les deux partis. En dehors du travail, ils sortaient souvent au restaurant ou dans différentes manifestations culturelles, ces activités leur permettant de parler et d'apprendre encore et toujours à se connaître davantage. Bien qu'ils n'aient pas encore passé le cap du sexe, ils dormaient souvent ensemble et alternaient entre l'appartement de Rose et celui du Russe, ce dernier étant souvent malgré tout utilisé en priorité en raison de la présence de Leynah et de son fils, dont Dimitri s'était beaucoup rapproché.

Un jour, alors que Rose travaillait à l'Ambassade, il rencontra son meilleur ami de retour en Angleterre, Arkady Orlov, dans un café du Saint-Pétersbourg sorcier. Originaire de la ville impériale, le médicomage profitait de sa visite dans son pays natal pour voir ses proches et sa famille, qui était responsable de l'administration des hôpitaux de Russie. C'était d'ailleurs la place de son père, à la tête du système de santé du pays, qui avait inspiré à Arkady sa vocation. Mais, au plus grand malheur de ses parents, il avait émis le souhait de pratiquer son métier à l'étranger après ses longues études et c'est l'Angleterre, plutôt évoluée dans le domaine, qu'il avait choisi.

- Alors, le changement de pays n'est plus un problème majeur ? s'enquit le grand blond en russe avec un sourire sarcastique.

En effet, les premiers mois, et même la première année, les différences de culture avaient été difficiles à assimiler, surtout pour un jeune homme qui, comme Dimitri et ses deux autres amis, avait grandi dans un univers privilégié où il pouvait obtenir presque tout ce qu'il voulait à n'importe quel moment.

- Non ! Heureusement d'ailleurs, sinon je ne serais pas resté, plaisanta Arkady, et puis après deux ans à Sainte-Mangouste, je commence à me faire un nom et les gens me respectent suffisamment pour que mon style de vie se rapproche de celui que j'avais ici. Mon nom aide également bien sûr, car après tout, ils ont beau vanter leur société basée sur le talent et non la naissance, le pouvoir que détiennent encore les familles d'aristocrates anglaises est non négligeable et mon père est très respecté dans le monde de la santé.

- J'imagine que les employés sont aux petits soins avec toi en sachant qu'en plus ta mère est la fille d'un Comte ! s'exclama Dimitri avec un rire un peu moqueur.

Il n'avait jamais compris pourquoi les sorciers britanniques essayaient désespérément de gommer leur image de pays monarchique. Bien sûr, ce système qui donnait aux familles nobles davantage de pouvoirs et d'opportunités était injuste pour beaucoup, mais il était encore plus injuste de faire croire au peuple que tout le monde avait une chance égale d'obtenir un poste haut placé au ministère alors que dans les faits ce n'était pas le cas. Si l'on en croyait les chiffres, quatre-vingt pourcents des chefs de départements et collaborateurs du ministre étaient originaires de vieilles familles, ou au moins de familles riches s'étant illustrées lors de la dernière guerre. Les vingt pourcents restant étaient soit extrêmement talentueux (ce qui ne leur permettait que d'entrer dans certains départements et à un nombre limité de postes hauts placés néanmoins), soit mariés ou amis avec des aristocrates.

Une telle hypocrisie était incompréhensible pour le Russe, car en Russie, même si le système était loin d'être égalitaire, un élément talentueux était repéré très tôt et éduqué dans les meilleures conditions, aux frais de l'Empereur, et bien sûr son succès futur rejaillissait sur toute sa famille. C'était d'ailleurs ce qui était arrivé au père d'Arkady, Boris. Génie des sciences, puis plus tard de la médicomagie, il avait rapidement gravit les échelons et s'était taillé une place dans la haute société, jusqu'à épouser la fille cadette d'un comte, transmettant à ses descendants du sang noble et des relations utiles pour leur futur.

Continuant à plaisanter avec son meilleur ami pendant une dizaine de minutes sur le snobisme britannique, étrangement encore plus présent chez les nouveaux riches d'après le médicomage, ils en vinrent à parler de la saison londonienne qui se déroulerait au printemps prochain, dans environ cinq mois.

- Alors tu vas y participer ? s'étonna le blond en haussant un sourcil.

Sa surprise, loin de de remettre en cause le physique d'Arkady – dont la grande silhouette trapue, les épais cheveux bruns et les traits réguliers attiraient les femmes comme des mouches – concernait plutôt le dégout bien connu de son ami pour les soirées mondaines. Autant Evgeniya et Kirill, les deux boute-en-train de leur petit groupe, adoraient les longues discussions et les nombreuses danses qui se pratiquaient dans les bals, autant Dimitri et Arkady étaient beaucoup plus sauvages.

- Je sais, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, grimaça le brun, mais si je veux obtenir des subventions ou des donations supplémentaires pour mon service, je dois être présent et négocier avec tous les chefs d'entreprises, aristocrates et politiciens qui constitueront le reste des invités.

Hochant la tête, le grand blond répondit qu'il connaissait bien cette situation car en tant que Conseiller Militaire, il se devait d'être présent à toutes les manifestations officielles.

- Au fait, en parlant de ton travail, tu trouves de nouveau des choses à faire dans ton domaine principal ou tu te sers encore de tes autres diplômes pour aider les Conseillers qui sont débordés ?

Secouant la tête avec amusement, il répondit néanmoins à son ami que non, les communautés sorcières dont les frontières bordaient celles de la Russie étaient toujours aussi calmes et que, puisque Vassili était incroyablement sévère sur tout ce qui était relié de près ou de loin aux crimes, les brigades de sécurité n'avaient pas énormément de travail et donc lui non plus n'en avait pas beaucoup.

- La seule chose qui me prend du temps, c'est la supervision des rapports de nos brigades dans les ambassades russes, soupira-t-il. Je me demande souvent si ce n'est pas à cause de ce manque de travail important qu'une personne aussi jeune que moi a été nommée.

- Bien sûr que non ! L'Empereur te fait confiance, tu as simplement de la chance de commencer à ton poste quand les temps sont calmes. Parce que, c'est vrai que la sécurité intérieure est loin de demander un énorme pourcentage de tes capacités et, depuis le début du règne de la dynastie Andropov et le durcissement des châtiments, ça n'a pas changé, mais je ne suis pas convaincu que les Japonais restent longtemps tranquilles. Tu sais à quel point ils nous détestent !

- Oui, je suis conscient de cette animosité, mais je suis en pourparlers avec Mariko Yoshida, la chargée des relations internationales, et nous sommes d'accord pour tout faire pour préserver la paix entre nos deux peuples tant que nos objectifs coïncident. (Il secoua la tête et soupira de nouveau) J'ai parfois l'impression que mon travail se borne plus à signer des traités de paix qu'à déclarer des guerres.

- C'est une bonne chose, non ?

- Bien sûr, mais la Conseillère en diplomatie pourrait aussi bien s'en charger ! Enfin … en ce moment je travaille sur un projet passionnant qui me prend beaucoup de temps mais qui me permet également d'en passer le plus possible avec elle.

Intrigué, Arkady fronça les sourcils. Tout comme Kirill au bal, il était plutôt surpris que Dimitri lui parle d'une femme, lui qui n'avait jamais été très passionné par ce sujet et se contentait de brèves liaisons sans importances. Du plus loin qu'il s'en souvienne, le blond n'avait jamais paru intéressé par les relations sérieuses avec le sexe opposé et la satisfaction de ses besoins physiques avait toujours semblé lui suffire. Qu'il se mette à évoquer une femme avec cette voix douce, presque tendre, était aussi inquiétant qu'étonnant.

- Elle ?

- Oui, je sais Kadia*, marmonna le blond avec un sourire de dérision, ce n'est pas mon genre de sortir sérieusement avec une femme, bla, bla, bla …

Amusé, le brun se retint de dire à son ami qu'il n'avait pas prononcé un mot dans ce sens, bien qu'il l'ait pensé très fort, et se contenta d'écouter les paroles de Dimitri en essayant de glaner le plus d'informations possibles.

- … mais cette fois c'est différent ! Je ne sais pas vraiment comment c'est arrivé, et je t'avoue qu'au début je l'ai prise pour une de ces Anglaises snob, mais finalement j'ai appris à la connaitre – je devrais remercier Vassia pour ça d'ailleurs – et elle s'est révélée très différente de ce que j'imaginais. Son incroyable intelligence est contrebalancée par une adorable fragilité qui me donne l'envie irrésistible de la protéger de tous les dangers extérieurs et ne parlons même pas de son apparence physique. Je ne jamais été très attiré par les rousses, mais sur elle ce sont les cheveux les plus beaux que je n'ai jamais vu, flamboyant comme de véritables flammes. Et j'adore sa petite taille et ses courbes incroyables que je peux totalement couvrir de mon corps…

Le ton rêveur du grand blond surpris Arkady, mais ce fut la description physique de la jeune femme qui l'interpela le plus, bien qu'il ne sache tout d'abord pas pourquoi, comme un souvenir sans importance dont il ne parvenait pas à retrouver la trace.

- Comment s'appelle-t-elle ? demanda-t-il, songeur. Je ne sais pas d'où je pourrais la connaitre, mais je pense qu'elle me dit quelque chose.

- Roza, enfin Rose Granger, répondis Dimitri en fronçant les sourcils, curieux de savoir comment sa petite-ami et son meilleur ami avaient pu se rencontrer alors qu'elle avait passé les trois dernières années en Inde.

- Et comment l'as-tu rencontré déjà ?

- Oh, je ne te l'ai pas dit je crois. C'est l'ambassadrice britannique en Russie.

Interloqué, le brun passa une main dans ses épais cheveux, tic qu'il avait développé quand il réfléchissait intensément à quelque chose. Puis, il demanda à son ami s'il était bien sûr que son nom de famille était Granger, ce qu'il confirma, légèrement inquiet maintenant.

- Pourquoi est-ce que tu me demandes tout ça, Kadia ? Il y a un problème ?

Bien sûr, Dimitri s'attendais à ce que son meilleur ami le détrompe rapidement et éclate de rire en avouant qu'il le faisait marcher, mais malheureusement, il déchanta rapidement.

- En fait oui, il y en a un. Le fait que tu me dises qu'elle s'appelle Rose Granger me surprend, parce que la seule ambassadrice britannique en Russie que je connais pour l'avoir vue dans un article d'un magazine people est Rose Weasley, la fille de Ronald et Hermione Weasley, les héros de guerre.


l'ambassadrice


- Bonne soirée à vous aussi, Danielle ! s'exclama Rose en riant alors qu'elle quittait le bâtiment de l'ambassade pour rejoindre Dimitri à son appartement.

De bonne humeur elle marchait d'un bon pas dans les rues du Saint-Pétersbourg sorcier jusqu'au port d'où elle aimait admirer la vue avant de transplaner sur l'île de Kronshtadt. Depuis le soir du bal, tout semblait aller pour le mieux dans sa vie : elle avait un travail épanouissant, très bien rémunéré, une meilleure amie dont elle ne doutait jamais et un merveilleux petit-ami qui ne se montrait miraculeusement pas insistant concernant sa réticence à explorer leur relation physiquement.

Vingt minutes plus tard, elle apparut devant l'immeuble luxueux où logeait son russe préféré et elle poussa la porte avant de monter les escaliers jusqu'au troisième étage, dont la moitié appartenait au cousin de l'Empereur.

- Dima, tu es là ? appela-t-elle en entrant, suspendant son manteau, son écharpe et ses gants au porte manteau dans l'entrée – le temps s'était beaucoup rafraîchi depuis son arrivé et alors que novembre laissait sa place à décembre, il était impossible de sortir sans les protections adéquates, même pour des sorciers.

Malheureusement, personne ne répondit à son salut. Un peu étonné que Dimitri ne soit pas encore rentré de son entrevue avec son meilleur ami – qu'il comptait d'ailleurs lui présenter dans la semaine en compagnie de ses deux autres amis qu'elle avait entrevus au bal - mais pas inquiète, elle alluma les lumières d'un coup de baguette et entra dans le salon.

- Bonsoir, Rose.

Le murmure rauque du blond, assis silencieusement dans un fauteuil, l'alerta, tout comme sa volonté manifeste de la surprendre, mais ce qui l'alarma le plus concernant l'état d'esprit de Dimitri fut l'usage de son prénom à l'anglaise, sans la note affectueuse qu'il lui donnait toujours en utilisant l'équivalent russe.

- Viens t'asseoir s'il te plait, enchaina-t-il sans lui laisser l'occasion de parler, j'aimerais que nous discutions d'un sujet qui me semble de la plus grande importance.

Obéissant à son injonction, curieuse et un peu inquiète de savoir ce qui avait bien pu se passer, Rose supporta bravement son regard accusateur dont elle ne comprenait pas la signification.

- Qu'est-ce qu'il y a Dima ?

La main qu'elle tendait vers son bras resta suspendue, tremblante, alors qu'il reculait dans son fauteuil en geste de rejet flagrant. Apparemment incapable de conserver son légendaire sang-froid, il se leva et lui tourna le dos, observant la rue en contrebas par les grandes baies vitrées.

- Je ne comprends pas pourquoi tu me l'as caché. Est-ce que c'était pour rendre le jeu plus amusant ?

- Le jeu ? Quel jeu ? De quoi parles-tu ? (il garda le silence et elle s'énerva à son tour, stressée et inquiète de ne pas comprendre les raisons de sa colère) Dimitri !

- Mais je parle de ton nom, Rose ! Weasley, pas Granger ! s'écria-t-il en se retourna, les yeux comme fous alors que le reste de son corps était crispé en une pâle imitation de son ancienne posture : raide et glaciale. Comme tu as dû trouver ça drôle ! J'imagine que tes amis héros de guerre ont bien apprécié l'ironie : la fille des célèbres Ronald et Hermione Weasley qui séduit l'héritier d'une famille de Mangemorts !

Incrédule, autant à cause de ces accusations cruelles que de la peine manifeste du Russe, la jeune femme ne sut d'abord pas quoi répondre. Puis la colère l'envahit elle aussi, car elle était furieuse qu'après tout ce qu'ils avaient partagé, tout ce qu'elle lui avait confié sur ses parents, sa famille, il puisse penser une chose pareille venant d'elle.

- Ecoute, commença-t-elle d'un ton apaisant malgré sa colère, je ne sais pas comment tu as fini par l'apprendre mais il faut que tu comprennes que si je t'ai caché cette information, à toi comme aux autres, c'est uniquement pour des raisons professionnelles ! Je t'ai dit à quel point mes parents sont exigeants, à quel point je ne supporte pas leur mélange d'opportunisme et de snobisme. Si j'ai menti sur mon nom, c'est tout simplement parce que je savais qu'en sachant de qui je suis la fille, aucun de vous ne se serait conduit naturellement avec moi.

Dans le silence qui régna à la fin de la tirade de la jolie rousse, Dimitri réfléchit à ses paroles et en vint à la conclusion qu'effectivement, il n'était pas le seul à qui elle avait menti. Mais cela n'enlevait rien au fait qu'après deux mois d'amitié, il pensait qu'elle le connaissait suffisamment pour être franche avec lui sur ce sujet. S'il s'était trompé sur ce point et que finalement, il s'était plus attaché et dévoilé à elle que l'inverse, sur quel autre aspect de leur relation avait-il pu se tromper ? Sur quoi d'autre avait-elle pu lui mentir ?


*Oui, je sais, ce n'est pas le vrai diminutif pour ce prénom en russe, malheureusement je n'ai pas pu en trouver un donc je l'ai inventé :/