Voilà le chapitre suivant,

Je remercie du fond du cœur ceux qui ont laissé des review et même si je n'ai pas trop le temps et l'énergie de répondre à chacun (je finis le boulot demain, ça ira mieux!) je dirais que oui la famille de Dima est vache et merci beaucoup pour les encouragements !


Chapitre 8 : Décisions difficiles


- Je n'arrive pas à y croire !

L'exclamation de Rose résonna dans son bureau à l'ambassade alors qu'elle sautait sur ses pieds pour étreindre son compagnon. En effet, il y avait quelques minutes, Dimitri avait fait irruption pendant qu'elle travaillait pour lui annoncer le verdict de l'Empereur, qui, magnanime, avait autorisé son cousin à dévoiler à la jeune anglaise le résultat de leur travail quelques heures en avance.

- Il a vraiment dit oui ! cria-t-elle en riant et pleurant en même temps.

Cette bonne nouvelle ensoleillerait le reste de sa journée, même si la neige recouvrait Saint-Pétersbourg d'un manteau glacé. Amusé par l'exubérance de la jolie rousse, le grand Russe n'en était pas moins ravi et il partagea sa joie pendant de longues minutes avant de se souvenir de la seconde requête de Vassili.

- Mince, j'ai failli oublier de te donner cette enveloppe, s'exclama-t-il en la tendant à la jeune femme, c'est de la part de mon cousin et il m'a demandé de te dire qu'il fallait que tu l'ouvres seule. Je t'avoue que je suis très intrigué !

Evidemment, cet ordre de l'Empereur était plutôt étrange car en demandant cela il visait Dimitri, il n'y avait aucun doute. Or il était de notoriété publique que ce dernier était une des personnes en qui il avait le plus confiance, surtout quand comme Rose, on savait que le plus jeune avait accepté de sacrifier sa vie pour l'autre.

- Etrange… mais ne t'inquiète pas, je te raconterai tout une fois que j'en aura pris connaissance, lui assura la fille de Ron et Hermione Weasley en supposant que cette histoire était surement plus une surprise qu'un véritable secret.

Après tout, pourquoi l'Empereur se confierait-il à elle ?


l'ambassadrice


Une demi-heure plus tard, après le départ de Dimitri, la jeune femme se décida à ouvrir la mystérieuse enveloppe mais, en tendant la main vers la pile où elle l'avait posée, elle heurta un rouleau de parchemin qui dégringola jusqu'au sol, en entrainant plusieurs autres avec lui.

Irritée par cette maladresse qui ne lui ressemblait pas, elle se leva pour ramasser tous ces rapports quand un morceau de ruban rose attira son regard. Comment se faisait-il que cette stupide invitation soit encore sur son bureau presque cinq mois après qu'elle l'ait reçue ? En effet, ce parchemin cacheté et joliment enrubanné n'était autre que l'invitation de sa tante Ginny au bal annuel de la Saint-Valentin chez les Potter qui lui avait été envoyée en aout et que, vraisemblablement, elle avait abandonné sur son bureau sans même l'ouvrir. Plutôt petit et fin, le rouleau avait dû se glisser entre le pot à plumes et le coupe-papier et il avait été entrainé dans la chute des autres parchemins quelques secondes plus tôt.

Rangeant ses rapports en désordre d'un coup de baguette, la jeune anglaise attrapa l'invitation et la jeta dans la corbeille avec l'agréable impression de s'être débarrassée d'une abominable corvée. Bien sûr, elle n'avait pas envoyé de refus explicite, mais après plusieurs mois, sa tante devait se douter qu'elle ne viendrait pas.

De nouveau concentrée sur le pli de l'Empereur, assise à son bureau, Rose brisa le sceau et sortit plusieurs documents de l'enveloppe. Le premier, une lettre manuscrite, ne la surprit pas beaucoup. Il s'agissait simplement de félicitations pour son travail sur l'affaire BorderFlash. Néanmoins, les dernières phrases parurent plus énigmatique à la jeune femme.

« J'ai été très impressionné par votre efficacité qui pourrait être certainement utilisée de manière plus efficace par des supérieurs davantage conscients de votre valeur. Je joins à cette missive un document très difficile à obtenir et qui ne devra surtout pas tomber entre n'importe quelles mains. Je vous prierais également de ne pas parler à Dimitri de cette proposition si vous n'envisagez pas de l'accepter. »

Que voulait-il dire exactement en sous-entendant que ses supérieurs – donc le ministre et le chef du département de la coopération magique internationale – n'étaient pas conscients de sa valeur ? Et quelle était sa proposition ?

De plus en plus perdue, elle commença à lire le second feuillet, qui était en fait le seul autre document dans l'enveloppe mais qui réunissait une bonne dizaine d'épaisseurs de parchemins. Le titre la heurta de plein fouet et elle lâcha le document comme s'il l'avait brulé.

Pourquoi l'Empereur lui envoyait-il une autorisation de naturalisation ?

Comme il le disait dans sa lettre, c'était un document presque impossible à obtenir car seulement délivré par ordre Impérial dans le cas où la personne demandant la nationalité Russe n'était ni marié à un(e) Russe ni l'enfant d'un(e) Russe et d'un(e) étranger(e). Tremblante en repensant à ces dernières phrases qui l'avaient tant intriguée, Rose eut peur de comprendre car si elle ne se trompait pas, Vassili Andropov lui proposait la nationalité russe et un poste dans son gouvernement.

En un sens, cette offre était incroyablement flatteuse si elle prenait en compte la difficulté de cette procédure, habituellement, ainsi que le fait qu'elle sortait avec un Russe : l'Empereur aurait simplement pu attendre quelques années pour que son cousin l'épouse. De ce point de vue, c'était une reconnaissance de son travail et une proposition qu'elle ne pouvait pas négliger. Cependant, en acceptant de prendre la nationalité russe, elle devrait abandonner sa propre nationalité, comme le voulait la loi Impériale et le fait même de devoir envisager de ne plus être anglaise lui fit plus mal que ce qu'elle n'aurait jamais pu imaginer.

Bien sûr, ses relations avec ses parents n'étaient pas heureuses, tout comme avec certains de ses oncles, tantes ou mêmes cousins, mais cela ne voulait pas dire qu'elle n'était pas attachée à son pays et à tout ce qu'il représentait. Elle avait grandi là-bas, avait passé sept ans à Poudlard – qui bien que pas toujours joyeux, avaient fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui –, son frère vivait à Londres, et plus que tout, elle ne savait pas si, dans l'optique où elle accepterait le poste, elle ne finirait pas par en vouloir à Dimitri d'avoir été celui pour lequel elle avait abandonné tout ce à quoi elle tenait. De ce point de vue, cette offre était un poison, une sorte de test de l'Empereur concernant ses sentiments pour son cousin peut-être ?

Quoi qu'il en soit, en rentrant chez son compagnon le soir même, toute joie engendrée par la concrétisation de l'affaire BorderFlash avait déserté Rose mais elle s'efforça de donner le change lors du dîner romantique qu'il avait organisé pour fêter leur réussite. Soit elle était très bonne actrice, soit le Russe était particulièrement, mais en tout cas il ne remarqua pas l'humeur maussade de la jolie rousse. Seulement, une annonce du blond fit resurgir tous les sentiments négatifs qui s'étaient accumulés pendant la journée.

- Roza, écoute je suis désolé de ne te l'annoncer que maintenant mais ça m'étais complètement sorti de l'esprit jusqu'à ce qu'un de mes assistants me le rappelle après ma visite dans ton bureau, commença-t-il en attrapant ses mains.

Immédiatement, la jeune anglaise fut sur ses gardes, tendue dans l'attente de cette nouvelle qui ne lui ferait surement pas plaisir vu les précautions que prenait Dimitri pour en parler.

- Je dois aller à un sommet à Sydney concernant le renouvellement de la politique des pays concernant les sortilèges passibles des plus lourdes peines. Il se déroule début janvier et… (Il prit une profonde inspiration, comme si ses propres paroles le mettaient à l'agonie) je ne serai pas là pour ton anniversaire. Je suis vraiment désolé дорогой !

Figée, la jeune femme éclata presque de rire de soulagement. Elle qui s'attendait à une autre révélation du style de celle concernant cet horrible rituel, l'absence de son compagnon le jour de sa naissance ne lui parut pas si dramatique.

- Oh Dima, ce n'est pas grave ! Nous aurons beaucoup d'autres anniversaires pour rattraper celui-là, dit-elle en le serrant tendrement dans ses bras.

Il sembla soulagé de sa réaction mais il brisa l'étreinte après quelques instants pour prendre quelque chose dans la poche de sa robe de sorcier. Un paquet enrubanné qui ne pouvait être qu'un cadeau.

- Je sais que nous ne sommes que le 13 décembre et que le 6 est dans trois semaines mais j'avais prévu de t'offrir ça depuis notre visite chez mes parents et je me suis dit qu'après notre succès d'aujourd'hui et puisque je ne pourrais pas être là pour ton anniversaire, c'était l'occasion. (Il avait un adorable air penaud sur le visage qui fit fondre sa compagne) Mais ne t'inquiète pas je t'offrirais un autre cadeau à mon retour d'Australie !

La plaisanterie fit rire Rose qui attrapa le paquet, ravie de cette attention et surtout, absolument enchantée de voir à sa taille que ce cadeau ne serait pas un énième livre comme elle en recevait chaque année. Redevenue une petite fille, elle déchira le papier et découvrir un minuscule écrin de velours émeraude, à peine de la taille d'un poing. Elle retint son souffle quand, après l'avoir ouvert, elle y découvrit une superbe bague en or blanc, sculptée en forme de tête de loup tenant dans sa gueule un rubis étincelant. Elle était un peu épaisse, comme une sorte de chevalière bien que trop fine pour en être vraiment une.

- C'est un des joyaux de la famille Dolohov, dévoila Dimitri quand elle leva des yeux interrogateurs vers lui, je l'ai demandé à mon père le soir de Noël. Je sais que tu ne veux pas que nous allions trop vite et ce n'est pas une bague de fiançailles mais… je savais qu'elle était faite pour toi et comme ça, quand les autres hommes verront le loup, ils sauront que tu es à moi.

Son adorable sourire penaud réapparut et la jeune femme ne put résister à son envie de l'embrasser. La bague était magnifique, il avait prit en considération ses peurs en la rassurant immédiatement sur la nature de ce cadeau et en plus ce petit éclair de possessivité à la fin rendait Rose encore plus folle de lui. Que pouvait-elle demander de plus ?

Malheureusement, l'offre de Vassili lui revint rapidement à l'esprit et, sans aborder directement le sujet avec son compagnon, elle décida de l'interroger sur l'un des sujet qui la tracassait le plus.

- Dis-moi, Dima, commença-t-elle alors qu'elle était assise sur le sofa dans les bras du blond, je sais que je t'ai dit que je voulais aller doucement et c'est toujours le cas donc n'interprète pas mal cette question, mais j'ai pensé à quelque chose cet après-midi et j'ai besoin de connaitre la réponse. Si nous avons des enfants un jour, est ce qu'ils seront obligés d'aller à Durmstrang ou est-ce qu'ils pourront aussi aller à Poudlard ?

Cette interrogation surprit beaucoup Dimitri et le vexa presque jusqu'à ce que la jeune anglaise s'empresse de lui dire que, non, elle n'avait rien contre l'école d'Europe de l'Est, mais elle voulait savoir si, puisqu'ils auraient la nationalité russe, ils pourraient aller dans n'importe quelle école. Après tout, Poudlard avait été son école…

- Eh bien, si je me souviens bien de ce qu'a dit Milena à un Conseil une fois, ils ne pourront pas aller dans toutes les écoles car elles privilégient les populations de leurs propres pays, mais puisque tu es anglaise et que j'imagine que tu veux le rester, alors ils pourront aussi aller à Poudlard s'ils le veulent. Et même dans le cas où tu changerais de nationalité, avec tes relations familiale, je suis sûr que nos enfants auraient une place en Ecosse.

La phrase du Russe, bien que pleine de bonne volonté et répondant tout à fait à sa question, heurta la jolie rousse brutalement. Bien sûr, elle était heureuse de savoir que peu importait qu'elle soit Britannique ou Russe, ses hypothétiques enfants pourraient aller dans la même école de magie qu'elle, mais le fait de le devoir à sa famille n'était pas vraiment pour lui plaire. Ne pourrait-elle jamais obtenir quelque chose par son propre mérite ?

Un peu déprimée mais bien décidée à changer cet état de fait pour ne pas gâcher la soirée de son compagnon qui avait fait tellement d'efforts pour qu'elle soit parfaite, elle se colla plus près de lui, levant la tête pour lui donner un baiser qu'il n'était pas près d'oublier.


l'ambassadrice


Une semaine plus tard, alors qu'elle commençait à oublier la proposition de l'Empereur – ce qu'elle avait décidé de faire quelques jours plus tôt – elle eut une discussion avec son frère par Cheminette qui lui parut très étrange. En effet, à un moment donné, il lui sembla que Hugo essayait d'aborder un sujet avec subtilité mais le seul résultat de cette manœuvre fut que Rose sentit très bien que le jeune homme tournait autour du pot. Il posa finalement la question qui semblait tant le préoccuper mais, à cet instant, c'est la jeune anglaise qui devint mal-à-l'aise. Quand son frère lui demandait si elle avait lu les journaux anglais dernièrement, même sur le ton le plus innocent, cela signifiait qu'un des rares articles la concernant était sorti et ce n'était jamais une bonne nouvelle.

S'attendant déjà au pire, la jeune femme se dépêcha de mettre fin à leur communication et se précipita à l'ambassade où, comme tous les matins, une sélection parmi tous les journaux et magazines sorciers l'attendaient. Très consciente de la médiatisation des Weasley, elle avait expressément demandé un abonnement à toutes les publications britanniques, au contraire des autres pays dans lesquels elle ne suivait pas l'actualité des starlettes et playboys éphémères, et c'était dans les cas comme celui-là qu'elle était heureuse d'avoir fait cette demande.

« Heureusement, je ne fais pas la couverture » songea la jeune anglaise en attrapant le dernier Sorcière Hebdo, justement sorti ce jour-là. Néanmoins, comme le lui avait fait deviner le comportement de son frère, la question de sa présence au bal de la Saint-Valentin prenait malgré tout deux pages entières. Bien sûr, elle était consciente du fait que, puisqu'il était organisé par la célèbre famille Potter – qui alliait noblesse et célébrité – cela faisait de cet évènement l'un des plus couru du monde sorcier britannique, et même l'un des plus importants d'Europe car plusieurs stars étrangères étaient invitées. Malgré tout, elle ne comprenait toujours pas pourquoi, alors qu'ils n'avaient habituellement rien à dire à son sujet, les journalistes se demandaient chaque année si elle, parmi tous les cousins Potter-Weasley, serait présente.

Ce n'était pas comme si elle était la personne la plus importante, la plus drôle, ou la plus charmante au sein de la liste des invités ! Son absence ne dérangerait personne, comme tous les ans, hormis sa tante Ginny et son oncle Harry à qui elle rendrait surement une petite visite discrète pour se faire pardonner.

Autant elle n'était pas la plus grande fan des bals – tout du moins en Grande-Bretagne – autant elle préférait ses escapades incognitos chez les membres de sa famille qu'elle appréciait vraiment, et de loin ! Il y avait son frère Hugo, bien sûr, mais aussi la sculpturale Victoire dont elle allait voir les défilés au moins une fois par an en juillet, les enfants Potter dont elle était toujours contente d'avoir des nouvelles et bien sûr les deux filles de son oncle Percy. Pour des raisons différentes car elles étaient à l'opposé l'une de l'autre, mais elle était toujours ravie de discuter avec la scandaleuse Lucy et d'observer la montée en politique de Molly, qui avait réussi l'exploit, à seulement trente ans, d'allier une carrière florissante qui la mènerait surement au siège de Ministre de la Magie aux prochaines élections et une vie privée irréprochable, après tout elle avait épousé un Comte moldu.

Elle était donc très agacée de cette mise en lumière dont elle n'avait vraiment pas besoin. Surtout en voyant un des sous-titre « Rose Weasley, trop bien pour sa famille ? » qui montrait des photos du bal Impérial de septembre en demandant si ces soirées étaient mieux que celles ayant lieux en Angleterre puisque Rose ne daignait pas faire l'honneur de sa présence à ces dernières. Et les interviews de certaines personnalités – dont ses parents – concernant son évidente absence étaient plutôt blessantes. En réponse à une question des journalistes concernant son absence ce quatorze février alors qu'elle assistait manifestement à des réceptions en Russie, les réponses étaient très variées :

« Il y a une différence entre le travail et les loisirs. Ma fille doit représenter notre pays, elle se doit donc de participer à certaines mondanités afin de se faire des relations ! »

Ou encore « Rose Weasley ? Ce n'est pas la rousse un peu potelée qui était toujours plongé dans ses livres ? Je ne l'ai pas vue à une soirée depuis des années ! Elle ne s'est pas exilée quelque part en Asie ? »

Soit les gens la faisaient passer pour un bourreau de travail – elle pouvait remercier sa mère – soit ils se rappelaient à peine d'elle – là elle pouvait dire merci à ses anciens camarades de classe. Dans tous les cas et même si elle désirait désespérément que cela ne lui fasse rien, le jugement des journalistes sur elle que tous les Anglais suivaient plus ou moins l'ennuyait. Elle ne voulait pas être une fille indigne, trop préoccupée par son travail, l'outsider dont personne ne voulait qu'imaginaient les gens. C'était comme un petit caillou coincé dans une chaussure qui, au début, n'était pas très gênant, puis devenait un véritable fléau au point que l'on aurait été près à tuer pour s'en débarrasser.

Pour Rose, sa réputation en Angleterre était ce caillou et aujourd'hui était le jour où elle mettrait tout en œuvre pour enfin ne plus devoir le supporter. D'autant plus que l'article se finissait par une cruelle pique du journaliste qui déclarait que, puisqu'elle était plus à l'aise à l'étranger, elle ferait mieux de s'y installer et de ne jamais revenir. Il était simplement vexé qu'un membre de la famille Weasley ne lui rapporte pas d'argent, mais si Rose ne voulait pas être médiatisée, c'était son choix et en voyant cette critique, que visiblement aucun sorcier ne contredisait en Grande-Bretagne, elle en vint presque à tous les haïr. Pour une fois, sa mère avait en partie raison, ce bal Impérial dont parlait l'article avait été organisé en son honneur, comment aurait-elle pu ne pas y être ? Mais, elle avait aussi prit plaisir à cette soirée car là-bas, personne ne connaissait ses parents et donc personne n'avait d'attente.

Son regard tomba sur un des tiroirs de son bureau et elle ferma les yeux, des larmes brillantes perlant à ses paupières. Elle ne savait pas si elle serait capable de faire ça, mais aller à ce bal de la Saint-Valentin et observer les réactions était un bon moyen de prendre une décision. Et elle savait déjà qui l'accompagnerait.


l'ambassadrice


Quand la jeune ambassadrice demanda à Vassili Andropov l'autorisation d'emprunter son Conseiller Militaire quelques jours autour du quatorze février, en précisant bien qu'il ne s'agissait pas de travail et que son cousin n'était pas encore au courant de cette sortie, elle ne s'attendait pas à une réponse affirmative. Enfin si, elle voulait qu'il accepte mais elle s'attendait à devoir argumenter et négocier, peut-être même à devoir promettre de réfléchir très sérieusement à la proposition qu'il lui avait fait une semaine plus tôt. Or il ne leva même pas les yeux du parchemin qu'il parcourait en lui donnant son approbation d'une voix distraite.

Hésitant entre se vexer de ce manque d'intérêt manifeste et soupirer de soulagement à l'idée de ne pas avoir à prendre une décision trop rapidement à propos du papier qu'elle avait enfermé dans son tiroir et qu'elle n'avait pas touché depuis des jours malgré ses résolution, elle décida de suivre l'ordre silencieux de l'Empereur et elle sortit de la pièce. Elle avait obtenu une autorisation pour l'absence de Dimitri, maintenant il ne lui restait plus qu'à prévenir le premier concerné qu'il était d'ores et déjà inscrit sur la liste des invités du bal des Potter.

Avec une grimace de dérision, Rose se remémora la réaction de sa tante quand elle l'avait contacté par Cheminette deux jours plus tôt. Elle avait presque cru que les yeux de Ginny allaient s'échapper de leurs orbites.

- C'est vrai ? Tu vas venir cette année ? (Elle avait eu un incroyable sourire qui l'avait faite paraître beaucoup plus jeune que ses cinquante ans.) Qu'est-ce qui t'as décidé ?

Du plus loin qu'elle s'en souvenait, la jeune femme avait toujours été proche de sa marraine, qui se rendait toujours disponible pour elle dès qu'elle en ressentait le besoin, mais avec les années et alors que ses sentiments envers ses parents devenaient de plus en plus négatifs, elle avait commencé à prendre ses distances. Elle ne supportait plus de voir les Potter. D'une part parce qu'ils représentaient tout ce que sa famille n'était pas – unie, tolérante, où tous les membres s'amusaient tous ensemble et étaient content de se voir –, et aussi car le fait qu'une femme aussi intelligente que Ginny ne voit pas comment se comportaient ses plus proches amis était impossible.

Comment pouvait-elle ignorer la détresse d'Hugo quand leur mère lui adressait à peine un regard ?

Comment Harry et elle avaient pu passer à côté du fossé qui se creusait entre un couple très – trop ? – diffèrent et leurs enfants qui essayaient désespérément de faire ce qu'on attendait d'eux ?

Bien sûr, quand Hugo et elle venaient voir leurs cousins, ils passaient toujours de merveilleux moments. Le facétieux James faisait rire tout le monde avec ce soupçon d'arrogance qui les faisaient toutes craquer, l'introverti mais observateur Albus restait un peu en retrait bien que son charisme un peu ténébreux soit impossible à dissimuler et la douce et joyeuse Lily, très proche de ses frères, était toujours la première à s'amuser.

Ils avaient été heureux, pendant ces journées, mais pour Rose, ce n'était pas suffisant.

Elle n'en voulait pas à sa tante et son oncle, après tout maintenant qu'elle était adulte, elle comprenait que même s'ils avaient été conscients des problèmes que rencontraient Ron, Hermione et leurs enfants, il aurait été difficile pour eux de s'en mêler sans se mettre plusieurs amis à dos et sans même avoir la garantie d'avoir des résultats. Seulement, la petite fille au fond d'elle n'avait pu s'empêcher, ces dernières années, de les punir en s'éloignant d'eux.

En entendant la question de sa marraine, sa voix remplie d'une joie presque désespérée, elle s'était dit qu'il était peut-être temps de passer à autre chose et se confier à cette femme qu'elle avait toujours admiré avait été un bon début.

- En fait… j'ai rencontré quelqu'un.

- C'est lui qui t'as convaincu ? (Cette idée avait semblé faner un peu le sourire qui était apparu sur le visage de Ginny à sa phrase précédente)

- Non ! non pas du tout. Il n'est même pas encore au courant que je compte l'emmener avec moi et je ne sais pas encore s'il va pouvoir. Mais le truc c'est que c'est la première fois que je suis amoureuse et ça remet certaines choses en perspectives. (Rose avait réfléchit quelques instants, hésitante sur ce qu'elle voulait dire) J'ai rencontré ses parents il y a quelques semaines et, forcément, j'ai pensé à ma propre famille. Je crois que ça va me faire du bien de revoir tout le monde.

Elle avait été surprise, en prononçant cette phrase, de se rendre compte qu'elle était parfaitement exacte. Alors que la perspective d'abandonner son identité d'anglaise devenait de plus en plus palpable, elle ressentait le besoin de plus en plus pressant de retrouver ses racines.

Le sourire de sa tante s'était fait plus doux, teinté de cette tendresse qu'elle avait toujours rêvé de voir chez sa mère.

- Je suis vraiment heureuse pour toi, ma chérie. Est-ce que tu veux que je garde ça pour moi ?

La clairvoyance de l'ancienne joueuse de Quidditch avait surpris la jeune femme mais elle lui en avait été reconnaissante.

- Oui, s'il te plait. Il n'a pas vraiment un nom que beaucoup de monde apprécie en Angleterre, contrairement à ici.

- Ici… En Russie. C'est devenu ta maison, n'est-ce pas ? (Elle avait eu un ton un peu étrange, mélange de joie et de tristesse) Je suis contente que tu aies enfin trouvé un endroit où tu aies envie de rester.

Même maintenant alors qu'elle y repensait, cette remarque lui paraissait toujours absurde. D'accord, elle avait souvent changé de lieu de vie, entre la résidence étudiante sur l'île de Wight qu'elle avait quitté au bout d'une année pour rejoindre un appartement, qu'elle avait gardé deux ans avant de déménager à Londres quand elle avait obtenu son diplôme en Sciences Politiques et Art de la Diplomatie, puis ensuite l'Inde pendant trois ans, mais cela ne signifie pas qu'elle ne voulait pas se fixer. Elle avait simplement décidé de se concentrer sur son parcours professionnel et non sur la fondation d'une famille comme beaucoup de ses camarades de collège.

C'était d'ailleurs l'une des seules bonnes choses qu'elle conservait de sa mère, cette volonté d'indépendance, de ne pas devenir une simple femme – puis mère – entretenue, comme une bonne partie des sorcières britanniques. Evidemment, les choses changeaient et maintenant plus de la moitié de la population féminine de Poudlard poursuivait ses études à l'Université, mais les postes à responsabilités, souvent bien payés, étaient encore trop rarement disponibles pour celles qui n'avaient pas de relations pour les aider. Même elle, avec ses relations familiales, avait été plutôt étonnée d'obtenir un poste aussi prestigieux si vite.

Seulement, et Rose était ravie de ce retournement de situation, après cette phrase énigmatique sa tante n'avait pas cherché à en savoir plus sur le nom de son mystérieux compagnon. Elle n'avait pas honte de Dimitri, bien au contraire, mais elle n'avait pas non plus hâte de supporter les préjugés et la colère de sa famille qui ne manquerait surement pas de lui reprocher son choix en matière d'homme. Ils ne prendraient même pas le temps d'essayer de connaître l'homme formidable à qui l'Empereur avait donné sa confiance, ils le jugeraient immédiatement sur son nom de famille.

Dolohov.

Mangemort.

En Angleterre, ces mots étaient presque des synonymes. Il n'était pas étonnant que le racisme – envers les moldus en l'occurrence – ait déclenché une guerre un demi-siècle plus tôt. Les sorciers britanniques étaient incapables d'apprendre de leurs erreurs et, après avoir persécuté les individus dépourvus de pouvoirs magiques, ils faisaient la même chose pour tous ceux qui étaient liés, de près ou de loin, aux anciennement dits Sang Purs. Après la mort de Voldemort, cette appellation était tombée en disgrâce et seuls les sympathisants l'utilisaient toujours entre eux, mais le mot était comme inscrit sur le front de tous ceux qui portaient les noms d'anciens Mangemorts.

Rose avait beau avoir grandi parmi les Weasley, la famille la plus anti-Voldemort des îles Britanniques, elle savait très bien que les enfants ne devaient pas être tenus responsables des actions de leurs parents. Elle-même ne voulait rien avoir à faire avec les siens. La vague de colère, de reproches et de déception qui s'abattrait sur elle au bal la fatiguait déjà.

Mais elle devait reprendre courage, car après tout, elle devait encore tout annoncer à Dimitri.


l'ambassadrice


- Tu as fait quoi ?

L'interrogation de son compagnon, dite sur un ton si neutre qu'il en devenait effrayant, fit presque reculer Rose. Mais elle redressa les épaules et planta son regard dans celui d'un bleu limpide de Dimitri.

- il y a deux jours, j'ai prévenu ma tante que nous serions présents au bal que donnent les Potter pour la Saint-Valentin. J'ai déjà prévenu ta hiérarchie de ton absence. Je voudrais juste te montrer l'endroit où j'ai grandi, te présenter ma famille.

En entendant ses derniers mots, il s'adoucit et attrapa ses mains pour les refermer sur les siennes avec tendresse. Mais son sourire était un peu crispé, comme si la joie de savoir qu'elle tenait assez à lui pour le laisser entrer dans son univers était contrebalancée par autre chose. Une chose qu'il ne tarda pas à mettre en paroles.

- Tu n'imagines pas à quel point je suis heureux de cette initiative, Roza. Mais, tu es sûre que c'est une bonne idée ? Je sais l'effet qu'à mon nom en Angleterre et je ne veux pas que tu te brouilles avec ta famille à cause de moi.

Au bord des larmes, si émue que ce soit par inquiétude pour elle qu'il ne voulait pas venir, elle se haussa sur la pointe des pieds et l'embrassa. Quelle chance elle avait eu, de tomber sur un homme bien mais aussi qu'il s'intéresse à elle. Il la rendait si heureuse qu'elle envisageait même de devenir Russe, de rester pour toujours dans le pays où il occupait une position essentielle et où elle était plus épanouie que jamais.

- Merci, Dima. Je suis vraiment touchée que tu t'inquiètes pour moi, mais c'est justement pour ça que je veux le faire. Si ma famille est incapable de respecter mon bonheur, alors tant pis pour eux ! Mais je n'ai pas non plus envie de tous les condamner sans savoir et cette visite me permettra de déterminer qui mérite que je le garde parmi mes proches, qui mériterait de rencontrer tes parents si jamais cela devait arriver un jour.

Le grand blond garda le silence pendant si longtemps que la jeune femme cru qu'il ne répondrait jamais, mais alors qu'elle allait se dégager de son étreinte, il resserra la prise de ses bras autour d'elle et déposa un baiser sur son crâne.

- C'est d'accord, дорогой, nous irons en Angleterre, mais si tes parents, tes cousins, n'importe quel membre du clan Weasley, te fait souffrir, nous revenons ici illico. Je ne veux pas que ton pays natal devienne synonyme de malheur dans ton esprit, ma Roza belle et forte. (Il déposa un autre baiser sur son nez) Je suis vraiment content que tu m'aies demandé de t'accompagner, nous affronterons ça ensemble, et quoi qu'il arrive, nous en reviendrons plus proches qu'avant.


l'ambassadrice


Une semaine plus tard, la veille de la nouvelle année – déjà 2032 ! – Dimitri parti pour son sommet sur les sortilèges passibles des plus lourdes peines à Sydney. Après son départ, de retour dans l'appartement où elle avait presque élu domicile – il fallait juste que son compagnon le lui propose officiellement – elle fut étouffée par l'impression de vide qui la pris à la gorge.

Il n'était que huit heures, elle avait donc encore une demi-heure de libre avait de devoir aller à l'ambassade pour une réunion, et elle décida que pour fuir la solitude, la meilleure solution était de rendre visite à sa meilleure amie, dont le fils était toujours très bruyant. Ils parurent ravis de la voir de si bon matin, le petit Raj encore engourdi de sommeil lui sauta même dans les bras. Elle perdit un peu son sourire quand le garçonnet lui demanda où était son « oncle Dimitri », mais, forte de sa résolution de chasser sa tristesse par de la bonne humeur, elle sourit à Raj et lui expliqua que son compagnon était loin pour son travail, mais qu'il serait de retour dans quelques jours. Cela ne sembla pas faire spécialement plaisir à l'enfant, mais il se consola en réclamant toute son attention pendant dix minutes.

- Eh bien, ton fils sait faire comprendre aux gens qu'ils lui ont manqué ! s'exclama-t-elle un peu plus tard, alors que le petit garçon mangeait son petit déjeuner.

- Oui, je sais. (Leynah soupira avec un sourire un peu triste) Il n'avait jamais passé plus de deux jours sans te voir et maintenant, il doit se faire à l'idée que tu as aussi une vie en dehors de lui, qu'il ne te verra plus qu'une fois par semaine.

Loin d'être dupe, la jeune femme compris très bien que sa meilleure amie aussi s'habituait encore à son absence dans l'appartement de l'ambassade qu'ils avaient partagé les premiers mois en Russie. En fait, depuis qu'elle avait rencontré Leynah, elles n'avaient jamais été séparées. Cela leur brisait le cœur, l'une comme l'autre, mais c'était aussi peut-être pour le mieux. Elles avaient ainsi l'occasion de s'épanouir auprès d'autres personnes, sans pour autant abandonner leur amitié.

Pendant quelques années, elles avaient eu besoin de quelqu'un de proche, d'une sorte de pilier qui les protégeait aussi du monde extérieur. La jeune anglaise était toute jeune à cette époque et ce premier vrai éloignement avec sa famille avait été un soulagement autant qu'un déchirement, mais aujourd'hui elle savait qu'il était temps de faire tomber les barrières, de s'ouvrir aux autres et de démarrer enfin leur nouvelle vie. Leynah avait sa propre histoire, ses propres raisons de fuir les relations trop profondes, mais elle avait été dans le même cas quand elles s'étaient rencontrées.

De son côté, Rose avait déjà saisi l'occasion d'enfin avancer en débutant une relation sérieuse avec un homme dont elle était tombée amoureuse et dont elle savait qu'elle pourrait partager le quotidien pendant un sacré bout de temps. Mais les cicatrices de son amie étaient encore trop à vif pour qu'elle tente sa chance elle aussi, ce que la rousse pouvait tout à fait comprendre.

- Est-ce que tu t'en sors à ton nouveau poste ?

Le changement de sujet soulagea la jeune indienne, qui avait eu peur que la jolie anglaise se méprenne sur sa remarque précédente. Elle était heureuse pour elle, mais cela n'empêchait pas que Rose lui manque.

- Oui ! Franchement je n'imaginais pas que ça me correspondrait aussi bien, au début, mais j'adore manager une équipe, et mes idées ont l'air de beaucoup plaire, aux clients comme à mes supérieurs.

- Kirill n'a pas fait fructifier la fortune de sa famille en faisant de mauvais choix professionnels, lui fit remarquer la fille de Ron et Hermione Weasley, et il avait l'air vraiment enthousiaste après votre conversation le mois dernier.

- Je sais, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi rapide ! Il a dû passer deux coups de fil et, hop, je suis devenu directrice de la branche haute couture de son entreprise. Bien sûr, je suis spécialisée dans le stylisme et je m'occupe essentiellement de la mise à jour des catalogues par des modèles sans cesse innovants, mais ce qui m'arrive est absolument extraordinaire. Je pense même qu'avec mon nouveau salaire, je pourrais m'offrir le luxe d'un appartement dans un futur proche !

La joie manifeste de Leynah fit vraiment chaud au cœur de Rose, mais elle s'empressa de lui assurer que l'appartement à l'ambassade était à elle et qu'elle n'avait vraiment aucune raison de le quitter.

- Je passe six jours par semaine chez Dimitri, ce serait stupide de laisser cet endroit à l'abandon.

Quelques minutes plus tard, après que la jeune mère ait promis de ne pas gaspiller son argent dans un loyer sans une bonne raison, la jolie rousse quitta les lieux pour se rendre quelques étages plus bas dans la salle de réunion, le moral de nouveau au top et prête à travailler. Il lui fallait simplement attendre sept jours, et son compagnon serait enfin de retour.