«Vous devez faire erreur sur la personne! protesta Édesse. Je ne connais pas de Maiwen et puis qui voudrait porter un nom pareil? Je ne suis pas votre nièce monsieur. Mes parents se prénomment…»
La jeune fille stoppa en plein milieu de sa phrase. Elle ignorait leurs noms. Édesse regarda désespérément autour d'elle en espérant que les meubles puissent lui fournir une quelconque réponse, mais sans succès. Son cœur se contracta douloureusement dans sa poitrine et un goût de bile lui monta dans la bouche laissant au passage une traînée de feu dans son œsophage. Un haut de cœur la prit par surprise et elle manqua de renvoyer son repas du matin sur le sol. Probablement que le tout aurait formé une flaque de couleur et d'odeur non identifiables. Quelle classe elle aurait devant les autres si cela venait à se produire.
«Je m'appelle…»
Elle était nerveuse. Elle n'aimait pas être le centre de l'attention. La sueur perla sur son front et quelques gouttes glissèrent le long de ses tempes. Elle pouvait sentir les battements de son cœur sur celles-ci. Ses mains devinrent moites et elle les essuya discrètement le long de sa robe. Bientôt, celle-ci serait mouillée et aurait une odeur de swing si cela continuait ainsi. Édesse avait l'impression qu'on l'observait aux rayons X.
«Je m'appelle…»
«Vous dites? s'enquit le seigneur Elrond.»
Foutue mémoire à la noix! Qu'est-ce qui ne cloche pas avec moi?
Les larmes envahirent ses yeux, mais elle refusa de les laisser couler après tout, elle était quelqu'un de très orgueilleux. Pourquoi n'arrivait-elle pas à se souvenir? La jeune fille renifla sans aucune grâce et elle vit l'un des jumeaux faire une grimace.
Je l'emmerde.
Elle alla s'asseoir sur une chaise en osier de peur que ses jambes ne se dérobent sous elle et qu'elle se retrouve sur le sol comme un vulgaire sac de patates. Elle se sentait trembler comme une simple feuille qui menaçait de partir au vent. Le seigneur Elrond prit place à ses côtés.
«Vous voulez savoir qui vous êtes jeune fille? demanda-t-il.»
Édesse refusa de lui répondre et détourna son regard.
«Vous vous prénommez Édesse et vous êtes le résultat de l'union entre une semi-elfe et un elfe noir.»
La jeune fille tiqua à l'entente de cette phrase qui lui paraissait aussi stupide que s'il lui avait annoncé qu'elle était le pape en personne. Elle le dévisagea sans aucune retenue comme si elle avait sous les yeux un animal de foire. Sans était trop pour elle et la jeune fille éclata de rire. Un rire hystérique qui pouvait écorcher les oreilles de n'importe qui. Ouais c'est ça et vous allez m'annoncer sous peu que je suis une reine. Son rire redoubla de plus belle. Elle riait tellement qu'elle en pleurait.
«Elle est cinglée, chuchota l'un des jumeaux à l'intention de sa sœur qui le fusilla du regard.»
«Reprenez-vous mon ami, déclara Aragorn.»
Elle ria de plus belle sans pouvoir s'arrêter. Elle devait être exténuée. Soudainement, une main percuta sa joue gauche.
«Elladan, gronda le seigneur Elrond à l'intention de son fils.»
Ce dernier n'y avait pas mis toute sa force, mais suffisamment pour que la jeune fille reprenne ses esprits et qu'elle se calme. Édesse se calma tout en fusillant le coupable. Si ses yeux pouvaient lancer des éclairs elle l'aurait sûrement électrocuté.
«Votre mère, Maiwen, était mon unique sœur, commença à expliquer le seigneur Elrond. Étant le frère aîné, je la protégeais comme la prunelle de mes yeux. Elle était fougueuse et naïve pour son jeune âge. Une rage de vivre à fond la consumait. Elle affectionnait les pantalons et les armes plutôt que les robes et la broderie. Cela mettait notre mère dans tous ces états et rendait notre père fou. Elle refusait catégoriquement de se plier aux règles de la maisonnée. Maiwen était bornée quand elle le voulait. À ce moment-là, rien ne pouvait l'empêcher. Elle seule prenait ses propres décisions. Elle a même réussi à faire fuir tous ses précepteurs. Ce jour-là, notre père lui avait passé tout un savon. Je m'en souviens comme si c'était hier. Quand elle désirait quelque chose, elle n'y allait pas de main morte. Souvent elle se rendait dans le bureau de notre père afin de le supplier à genoux afin qu'il l'amène avec lui dans ses voyages diplomatiques. Chaque fois, elle récoltait un non. Combien de fois l'ai-je vu abattu quand je fus en âge de suivre notre père dans ses déplacements? Bon nombre de fois. Elle était comme un animal blessé. C'est à partir de ce moment-là qu'elle a commencé à s'éloigner de moi. Avant, nous étions comme les deux doigts de la main et désormais elle me traitait comme si je n'étais qu'un simple étranger. Je l'avais blessé au plus profond de son âme. Je le voyais dans son regard. Afin de se débarrasser d'elle, notre père avait même planifié des fiançailles avec un quelconque elfe de la Forêt Noire. Il trouvait que sa fille n'était qu'un simple rejeton incapable de se comporter comme il convenait à une dame de son rang. Un jour, elle est partie. Elle n'avait laissé aucun mot derrière elle signalant son départ. Rien. Notre père était plus qu'heureux d'une telle opportunité. Plus personne ne pouvait lui faire honte et porter préjudice à son nom. Je l'ai cherché pendant plusieurs années sans aucun succès. J'ai cherché dans toutes les contrés, mais en vain. Elle avait disparu. Notre mère ne s'en ai jamais remis et après quelques décennies d'écoulées, elle est morte de chagrin. J'avais perdu tout espoir de la retrouver. Lorsque je me suis rendu en Lorien afin de me marier avec la fille des seigneurs de la Lorien, quatre-vingt années après sa disparition, la dame Galadriel m'a annoncé qu'elle avait eu une vision des Valars de ma sœur. Elle se trouvait en compagnie des elfes noirs. J'étais abasourdi! Les elfes noirs forment un peuple fier, noble et hautain de la Terre du milieu. Ils ont une aversion particulière envers les autres elfes. Ils sont dangereux et sanguinaires, n'hésitant pas à faire couler le sang quand bon leur semble. Je devais aller les voir, pour ma petite sœur. Je devais savoir ce qui lui était arrivée après toutes ces années. Après un long et pénible voyage je l'ai retrouvé. Elle était enceinte. De bonne grâce, elle m'avait expliqué qu'après sa fugue elle avait erré un peu partout. Elle avait dormi dans les arbres et chasser le jour afin de se mettre de quoi sous la dent. Elle est tombée sur eux par hasard. Elle s'est battue et en a tué quelques-uns. Elle n'a rien voulu me dire de plus excepté qu'ils l'ont emmenés devant leur roi et que celui-ci a dédaigné la garder parmi eux. Elle leur a fait serment d'allégeance. Il faut savoir que les elfes noirs ne refusent jamais l'aide d'un elfe qui trahi les siens afin de les rejoindre. À la base, ils sont tous des traites. Ils proviennent de différents royaumes elfiques. Maiwen est tombée amoureuse d'un certain Zachariel, un capitaine de l'armée. J'étais anéanti. Ma sœur avait trahi sa propre famille. Ensuite, j'ai agis comme mon père et je n'ai plus rien voulu savoir d'elle jusqu'au jour où j'ai eu la visite de ton père. Il était en sang et tenait dans son bras un petit paquet, c'était toi. Il m'a annoncé que Maiwen avait succombé à la suite de son accouchement sur le champ de bataille d'Angmar. Connaissant ma sœur, elle avait défié les ordres de son mari et avait tenu à se battre même si perdre la vie en était le prix. Zachariel me suppliait de te garder et de te protéger. Je n'avais jamais vu un elfe dans un tel état qu'il soit bon ou mauvais. Il ne cessait de murmurer qu'il fallait que son enfant soit en sécurité et que les ténèbres viendraient te reprendre un jour. Il a ensuite disparu, te laissant dans mes bras. Pendant cinq années, Celebrian et moi t'avons élevé comme notre propre enfant. Nous t'avons donné de l'amour, mais il fallait bien se rendre à l'évidence que tu n'étais pas en sécurité avec nous. Il te voulait. Sauron te voulait. Avec l'aide de puissants mages de cette terre, nous avons compris que tu étais la clé…»
«STOP! hurla Édesse qui se leva brusquement debout, coupant la parole au maître Elrond. Je ne veux plus entendre! Tout ce que vous dites ne sont que des balivernes! Vous mentez comme vous respirez!»
«Édesse, tenta de dire l'elfe afin de calmer la jeune fille qui ne voulait rien entendre. Vous êtes elle! Vous êtes la clé de la prophétie!»
«TAISEZ-VOUS! s'écria-t-elle rouge de colère.»
Aragorn déposa une main sur son épaule afin d'essayer de l'apaiser. Au même moment, Édesse se sentit suffoquer et sa vision se troubla. Un bourdonnement désagréable envahi l'intérieur de sa tête. La jeune fille hurla alors qu'une atroce douleur l'obligea à se clouer au sol. Elle vit alors un œil de feu apparaître dans son esprit. Il était imposant et lui glaçait le sang. Il ne cessait de lui dire des phrases tentatrices.
«Édesse! s'écria le Dunedain qui essayait de la ramener à la réalité.»
La vision disparue aussi rapidement qu'elle était apparue. La jeune fille se releva avec difficulté en essayant de comprendre ce qui venait de lui arriver. Elle avait un horrible mal de crâne et son corps semblait avoir été torturé. Elle essaya de reprendre le contrôle sur sa respiration qui était saccadée.
«C'est votre tâche de vin, lui expliqua le seigneur Elrond en lui tendant un verre d'eau. Elle vous désigne comme étant l'élue. Avec l'aide des Valars, nous vous avons envoyé dans une autre dimension afin que vous soyez en sécurité. Désormais il sait que vous êtes de retour. La prophétie dit que…»
Édesse lui fit signe de se taire. Une parole de plus et elle allait exploser! Sans plus attendre, elle tourna les talons et quitta la terrasse en courant à toutes jambes. Elle n'avait jamais couru aussi vite de toute sa vie. Son cœur allait exploser! Elle s'engouffra dans la forêt qui bordait les alentours de Fondcombe au pas de course. Les branches lui fouettaient le visage et sa robe se prenait dans les racines des arbres. Elle seulement lorsqu'elle n'eut plus de souffle. À ce moment-là, elle se laissa tomber au pied d'un arbre. Elle pleura de longues minutes sans savoir pourquoi. Les sanglots faisaient trembler son corps et submergée par toutes les émotions de la journée, elle s'endormit.
-Je veux pas me coucher, déclara fermement l'enfant.
-Édesse, gronda Celebrian en essayant de la border. Si tu cesses de geindre je vais te compter une histoire.
Les yeux de la petite fille s'illuminèrent et elle se mit au lit sans un mot.
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-Maman je veux pas aller chez le dentiste, protestait une Édesse âgé de sept ans.
-Édesse cesse de faire des enfantillages et comporte-toi en grande fille, lui rétorqua sa mère en la tirant par le bras.
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-Allo! Je suis Cora, se présenta une jeune fille à l'allure gothique. Je peux te montrer où se trouve ta prochaine classe si tu veux?
-Avec plaisir, je suis Édesse.
Elles se serrèrent la main.
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-Édesse Beaulieu, annonça la présentatrice.
La jeune fille s'avança sur l'estrade afin de récupérer son diplôme d'études secondaires.
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-Ton père et moi sommes très fiers de toi!
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-ÉDESSE! ON VA ÊTRE EN RETARD AU PARTY! JE VEUX PAS MANQUER ÇA! s'exclama Cora.
-J'ARRIVE!
-BOUGE TES FESSES!
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Des phares de camion.
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Et voilà la fin de ce chapitre espérant que vous avez apprécié! Je vous souhaite de Joyeuses Fêtes
