Salut !

Voilà le chapitre suivant, j'espère qu'il vous plaira autant que le reste.

Merci à Cinnam et Sila pour leurs reviews, ça me fait toujours vraiment plaisir ! Une partie du bal se déroule dans ce chapitre mais il faudra attendre le week end prochain pour la véritable confrontation ^^

Juste pour info, il ne reste plus qu'un chapitre et l'épilogue à publier après ce chapitre.

Comme toujours, merci à Elfy pour son aide indispensable !

Bonne lecture


Chapitre 10 : Entrée en scène


Le lendemain, une journée avant le Bal, Rose et Dimitri décidèrent de passer un moment calme sur le chemin de traverse. En vrais touristes, ils allèrent visiter le musée dédié aux Guerres contre Voldemort que le ministère avait mis en place peu après la victoire. Une tentative détournée de rappeler aux sorciers ce qui pouvait se passer quand certaines minorités pensaient valoir plus que les autres.

Ils admirèrent aussi la nouvelle fontaine de la fraternité magique, maintenant exempte de cette représentation raciste et réductrice de la communauté magique que l'on pouvait voir avant. La jeune Anglaise emmena également son compagnon à l'exposition culturelle magique qui se trouvait à Londres jusqu'en mars avant de continuer son périple à travers le monde. Cette manifestation, mise en place par une association intergouvernementale récente, le FLEC, Front de Libre Echange des Cultures, avait pour but de recenser tous les types de magie existant – chez les sorciers comme les créatures magiques – et d'en présenter des échantillons partout dans le monde en changeant de lieu d'exposition tous les mois environ.

Les membres de cette association avaient choisi de mener cette campagne de sensibilisation aux diverses formes de magie afin de rendre les communautés sorcières moins incompatibles à ce niveau. En effet, de nombreuses techniques de métamorphoses ou des sortilèges très répandus en Europe étaient inconnus en Asie ou en Afrique. Même au sein d'un seul continent, les variations étaient importantes. Grâce à l'exposition, des milliers de sorciers s'intéressaient de nouveau aux autres cultures magiques, pratique tombée en désuétude depuis les années quarante, et cela avait permis de régler plusieurs problèmes internationaux, entre autres au niveau diplomatique. Comme le disait le slogan du FLEC, « pour s'entendre, il faut se comprendre » et Rose ne pouvait s'empêcher d'être d'accord.

Dans l'heure de midi, il achetèrent quelques sandwiches au Chaudron Baveur – dont le standing était remonté d'un cran depuis qu'Hannah Abbot en était la propriétaire, enfin c'est ce que disaient les générations qui avaient connu Tom, le barman – puis ils décidèrent d'aller faire un tour dans la partie commerçante du quartier sorcier. Le grand blond se laissa tenter par quelques livres rares, dont un sur la généalogie sorcière britannique noble d'origine étrangère. Bien sûr, les Patil, Chang, Dupré ou Malefoy avaient une bonne place, mais ce qui intéressait surtout le Conseiller, c'était l'épaisse partie sur les Dolohov. Il était curieux de savoir ce qu'un auteur britannique pouvait bien dire de la grande famille russe dont il faisait partie. Surement pas des choses très positives !

De son côté, Rose retourna en enfance devant la vitrine de la boutique de Quidditch qui présentait en avant-première le nouveau balai de la firme Nimbus, l'Etincelle, dont la sortie n'était prévue que le mois suivant.

- Achète-le.

Interloquée, la jolie rousse se retourna pour jeter un regard étonné à son compagnon.

- Je te demande pardon ?

- Tu as l'air d'avoir vraiment envie de ce balai, alors pourquoi ne l'achèterais-tu pas ? Ce n'est pas comme si tu ne pouvais pas te le permettre.

Concentrée, elle réfléchit sérieusement à cette option qu'elle n'avait pas du tout envisagée, car après tout, elle n'avait tellement plus le temps de jouer au Quidditch que l'idée d'acheter un nouveau balai ne lui avait même pas effleuré l'esprit depuis des années. D'autant plus qu'elle était chanceuse, en effet il était indéniable que les Anglais faisaient les meilleurs balais ces vingt dernières années. Leur succès avait commencé avec le célèbre Eclair de Feu en mille neuf cent quatre-vingt-treize, bien sûr, mais ils avaient vraiment commencé à rayonner sur le plan international avec le Nimbus 2010 dans les années deux mille. Les Brossdur avaient également beaucoup de succès, mais les rois étaient indéniablement les Nimbus et leurs dérivés plus spécialisés comme l'Etincelle.

C'était justement grâce à ce succès en fabrication de balais que les boutiques britanniques pouvaient présenter les nouveautés avant tous les autres pays et, en fan de sport sur balais, l'ambassadrice ne résista pas au plaisir d'obtenir ce petit bijou avant tout le monde.

- C'est une folie, je n'ai pratiquement jamais le temps d'assister à des manifestations sportives en dehors de quelques moments pendant les vacances, et encore moins de voler, mais bon… j'ai vraiment envie d'avoir ce balai, plaisanta Rose en attrapa la main de Dimitri pour l'entrainer à sa suite dans la boutique.

Ils en ressortirent quelques minutes plus tard, délestés d'une centaine de gallions, heureux propriétaires du dernier balai à la pointe de la magie. Bien que moins fou de Quidditch que sa compagne – il préférait la course en balais – le séduisant Russe ne put rester de marbre devant cette petite merveille. D'un sombre acajou, le balai était incroyablement fin, racé, comme fait pour voler plus vite que tout ce qui existait déjà sur Terre – ce qui était surement l'objectif des concepteurs. L'assise était néanmoins confortable et le sort de fixation qui permettait au joueur de ne pas tomber était réputé très efficace, surtout grâce au sort d'éjection combiné qui permettait d'assurer la sécurité de la personne sur le balai lors de cas comme des feintes de Wronski ou des roulades du paresseux manquées.

Satisfaits de leur dernière journée avant la soirée pour laquelle ils étaient venus en Angleterre, ils rentrèrent à l'appartement où ils profitèrent d'un intermède passionné avant le retour d'Hugo. Lors du diner, ils décidèrent d'un commun accord de partager leurs angoisses dès maintenant, afin de ne pas être tendu outre mesure le lendemain. Etonnement, ce fut Rose qui fut la plus prolixe, s'étendant sur son excitation à l'idée de présenter l'homme qu'elle aimait à sa famille, mais aussi sur le mauvais pressentiment qui la prenait à la gorge et qui la faisait redouter des insultes envers Dimitri. Elle ne permettrait certainement pas à tous les membres étroits d'esprit de la nombreuse tribu Weasley un seul mot blessant, surtout concernant le nom de famille de son compagnon.

Déjà au fait de ces craintes, le Russe ne l'en consola pas moins, et Hugo entreprit de remonter le moral de sa sœur en plaisantant sur les têtes que feraient les invités, et en pariant sur le nombre de Weasley qui seraient favorables à cette relation.

- Il faudra absolument que j'apporte un appareil photo, les clichés de leurs airs ahuris se vendront surement des dizaines de gallions, ironisa le jeune brun en se félicitant mentalement de cette remarque que sa sœur semblait trouver très drôle. Nous pourrons même les afficher au-dessus de la cheminée. De parfaites photos de familles ! Je suis sûr qu'oncle George les adorera.

Le sourire qui éclaira le visage de Rose prouva au jeune Weasley que son idée méritait qu'il s'y penche un peu plus, peut-être devrait-il en parler à son oncle, justement. Après tout, en tant que trublion légendaire, il devait bien savoir comment dissimuler des appareils photos tout autour de la salle de Bal de manière discrète, il fallait obtenir le meilleur angle possible. Oui, cette idée était vraiment excellente en fin de compte !


l'ambassadrice


- Vous êtes sûr, Julian ? Je voudrais être élégante et sobre, c'est vrai, mais ce n'est pas un peu classique ? Je n'ai que vingt-six ans, pas quarante !

Au milieu d'un salon de coiffure très prisé – et entièrement moldu – du centre de Londres, là où elle avait ses habitudes quand elle habitait en ville, Rose contemplait le chignon incroyablement volumineux et démodé que lui avait confectionné son coiffeur préféré. Il semblait qu'en apprenant qu'elle allait assister à un bal, Julian avait imaginé quelque chose dans le style des années cinquante. Et le résultat, bien que très authentique, n'en restait pas moins contraire aux gouts de Rose. Elle voulait quelque chose de romantique, qui siérait à ses traits de poupée de porcelaine, et surtout pas quelque chose qui lui donnerait l'impression d'être ridicule. Néanmoins, l'inspiration d'une époque dépassée du coiffeur lui donna une idée qui, cette fois, lui plairait certainement davantage.

- Non, définitivement, je ne veux pas que tu me coiffes comme ça. Mais je viens d'avoir une idée que j'aimerais expérimenter. Que dirais-tu de te pencher sur les années trente ? Je voudrais quelque chose dans le style de Marlene Dietrich, si tu vois ce que je veux dire.

- Absolument ! s'exclama-t-il avec un air ravi, cela mettra en valeur ton visage, surtout les pommettes et les yeux. Si en plus tu demandes à la maquilleuse d'insister sur ces zones avec des teintes naturelles, ce sera parfait.

Satisfaite, la jeune femme s'adossa confortablement à son fauteuil et attrapa la coupe de champagne mise à sa disposition pour la porter à ses lèvres. Il ne lui restait qu'à attendre quelques heures et elle serait fin prête pour la soirée la plus importante de cette année.

A quelques sièges d'elle, Hugo se faisait également couper les cheveux, mais loin d'une coiffure originale, il avait simplement demandé un coupe plus courte que ce qu'il portait d'habitude. Peut-être qu'ainsi les mèches folles qu'il avait hérité de sa mère se tiendraient tranquilles.

Depuis le début de la journée, il suivait sa sœur dans son parcours du combattant dans toutes sortes d'instituts de beauté. Avant le coiffeur, il y avait eu l'esthéticienne – Rose avait eu la présence d'esprit de lui donner rendez-vous une heure et demi plus tard – la manucure et même une boutique de chaussures car mademoiselle n'avait aucune paire qui allait parfaitement avec la tenue que lui avait apporté son amie la veille.

A ce moment précis, alors qu'il savait qu'il allait encore devoir attendre une heure dans le salon de coiffure, et une heure de plus chez la maquilleuse, voire encore davantage, il était franchement jaloux de Dimitri. En effet, ce dernier avait invoqué l'excuse du travail pour passer la journée à l'appartement au lieu de courir les boutiques de Londres. Il était « un Conseiller qui n'était jamais totalement déconnecté, même pendant ses jours de congés » dixit le Russe – d'ailleurs le roux n'avait pas pensé à demander de quoi le grand blond était conseiller et sa sœur ne lui avait jamais parlé du métier de son compagnon –, et puisque Rose avait elle-même réglé quelques affaires en cours par cheminette le soir précédent, elle n'avait pas pu refuser.

Bien sûr, le jeune homme se consolait en imaginant les réactions lors du bal de ce soir, quand les invités réaliseraient avec qui était venue la fille de Ron et Hermione Weasley. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser que le comportement des filles était vraiment étrange quand elles avaient une soirée de prévu. Même sa sœur, qui était quelqu'un de plutôt pragmatique, était excitée comme une puce à l'idée d'exhiber sa plus jolie robe de bal, alors qu'il avait toujours pensé que les seules femmes aussi folles étaient ses cousines Victoire, Lily et Lucy. L'unique Weasley de sexe féminin qui ne gloussait pas dans les boutiques de vêtements était Dominique – Molly était tellement snob qu'elle était une exception à elle seule – mais en tant que Dragonnier, le côté matériel des choses n'avait jamais été son truc. Quand tout pouvait disparaitre dans une gerbe de flammes…

En tous cas, alors que la jeune femme qui s'occupait de sa coupe de cheveux coupait des mèches à grands coups de ciseaux, le jeune roux se dit que, définitivement, il avait hâte d'être à ce soir !


l'ambassadrice


La première chose que pensa Dimitri en voyant sa compagne dans sa robe de bal fut qu'elle était absolument extraordinaire de simplicité. D'un émeraude profond, la mousseline fluide coupée près du corps dessinait subtilement les courbes voluptueuses de la jeune femme sans les mouler totalement. Un ruban de soie noire marquait sa taille haute ce qui mettait en valeur sa poitrine généreuse en un incroyable décolleté en V qui dévoilait entièrement sa gorge et ses épaules laiteuses. Mais le plus intéressant, réalisa le grand blond alors que Rose se retournait, se trouvait derrière. Il n'aurait jamais imaginé que le dos était une zone qu'il aimerait autant, mais alors que la moitié de la colonne vertébrale de la jeune femme était découverte juste devant ses yeux, il ne pouvait faire autrement qu'admirer ce qu'on lui offrait. Leynah avait intérêt d'avoir prévu une étole pour dissimuler ce joli spectacle, sinon elle aurait rapidement de ses nouvelles. Il était hors de question que quelqu'un d'autre en profite, même simplement avec les yeux.

Alors que son compagnon était perdu dans des pensées résolument possessives envers elle, Rose s'admirait dans le miroir en pied qu'elle avait conjuré quelques instants plus tôt. Elle adorait sa robe. Elle avait l'agréable impression de paraitre plus sûre d'elle, plus adulte – complexe qu'elle avait longtemps conservé, elle qui avait toujours paru plus jeune que son âge –, et à en croire le regard de Dimitri, cela ne lui déplaisait pas !

Ils partaient dans quelques minutes, n'attendant plus qu'Hugo pour prendre le chemin du Manoir Potter, et pour le moment, le stress n'avait pas encore fait son apparition. Toute la journée, elle avait appréhendé le moment où elle enfilerait cette robe, où elle serait fin prête pour le bal. Le moment où il n'y aurait plus de retour en arrière possible car elle ne pourrait plus invoquer l'excuse du « je n'ai rien à me mettre pour une soirée si huppée qu'elle est rapportée chaque année dans toute l'Europe et même sur d'autres continents ». Mais maintenant qu'elle était prête, habillée comme une princesse, l'index orné de la bague à tête de loup que lui avait offert son Russe préféré, elle n'avait plus peur. Oh, bien sûr, les heures suivantes ne seraient pas de tout repos, mais elle était prête à y faire face la tête haute, même si Dimitri et elle se retrouvaient seuls contre tous les Weasley.

Un quart d'heure plus tard, ils transplantèrent au point de rendez-vous indiqué sur les invitations, un champ isolé à quelques kilomètres du manoir où un portoloin à reconnaissance magique les attendait. Pour le chef du bureau des Aurors, la sécurité était toujours une affaire à prendre au sérieux, surtout quand ce même chef était Harry Potter, le Survivant, celui-qui-avait-vaincu-Lord-Voldemort. Alors, lorsqu'un évènement de grande ampleur se déroulait chez lui, tous les invités pouvaient être sûrs de subir des contrôles d'identité au moins une dizaine de fois – plus de la moitié étant faits de manière si discrète que personne ne s'en rendait compte.

Le petit groupe attrapa le portoloin et, après un décompte rapide, ils ressentirent le caractéristique crochet au niveau du nombril qui les prévint que leur arrivée au bal était imminente. Effectivement, lorsqu'ils réapparurent, se fut dans une antichambre très connue des deux Weasley où les Potter avaient pour habitude d'accueillir les visiteurs qui méritaient un salut plus formel que la famille proche. On n'enfermait pas le ministre dans une étreinte à la Molly Weasley après lui avoir embrassé les deux joues enfin !

En tout cas, dans la pièce silencieuse et étrangement déserte, les trois jeunes gens se trouvèrent vite mal à l'aise. Pourquoi personne n'était encore venu les accueillir ? Mais juste au moment où Rose esquissait un mouvement en direction de la porte close qui menait vers la salle de bal, cette dernière s'ouvrit sur une grande femme rousse d'une cinquantaine d'années au corps élancé.

- Oh Rose, Hugo, c'est vous ! s'exclama-t-elle avec un sourire chaleureux puis elle tourna plus particulièrement son regard vers sa filleule. Comme je suis contente de te voir, ma chérie ! Ca faisait trop longtemps. Et excusez-moi de vous avoir fait patienter mais je viens tout juste de me dépêtrer des griffes de Madame Deauclair, qui ne semblait pas vouloir me laisser partir.

- Moi aussi je suis heureuse d'être ici, tante Ginny, répondit la jeune rousse en prenant affectueusement les mains de sa marraine dans les siennes, et ne t'inquiète pas pour cette mégère de Deauclair, elle est tellement prise dans son rôle de Première Dame, à vouloir se faire des relations à tout va, qu'elle en devient ridicule.

- C'est vrai ! Tu as totalement raison, et j'imagine qu'en temps qu'ambassadrice britannique, tu dois souvent avoir à faire à elle.

Voir les deux femmes rire ensemble, essayer de rattraper en quelques minutes le temps perdu fit plaisir à Dimitri autant que cela lui fit de la peine. Même si elle essayait de convaincre tout le monde, et surtout elle-même, que sa famille n'avait pas vraiment d'importance à ses yeux, Rose n'en restait pas moins très attachée aux membres de cette même famille qui l'avaient toujours vue comme elle était, et non comme ils auraient aimé qu'elle soit. Néanmoins, elles écourtèrent vite ces retrouvailles et, après avoir embrassé Hugo, la maîtresse de maison s'intéressa enfin à la seule personne qu'elle ne connaissait pas.

- Bonsoir, je suis Ginny Potter, ravie de vous rencontrer M. …

- Dimitri.

La réponse brève du grand blond sembla surprendre la rousse mais sous le regard suppliant de sa compagne, le Russe n'avait eu d'autre choix que de taire son nom de famille. Il comprit pourquoi seulement quelques secondes plus tard quand Rose vint lui prendre la main, montrant très clairement la relation qui les liait.

- C'est l'homme dont je t'ai parlé par Cheminette, tu te souviens ?

- Oui, celui dont tu es amoureuse mais dont le nom risque de ne pas plaire à tout le monde c'est ça ? s'enquit sa tante avec un regard qui dévoilait son tendre amusement. Il semblait que, pour elle, peut importait le patronyme de Dimitri, tout ce qu'elle voulait c'était qu'il rende la jeune ambassadrice heureuse.

Cette constation implicite fit chaud au cœur du blond qui se dit intérieurement que pour le moment, les seules personnes de la famille de sa compagne qui connaissaient son existence avaient l'air d'être favorables à leur relation. Il espérait que cela était de bon augure concernant ses futures rencontres avec les membres les plus… obtus de la tribu Weasley. Les parents de Rose entre autres.

- Exactement. Donc, tante Ginny, je te présente mon compagnon, Dimitri Dolohov.

En entendant le dernier mot, la seule réaction visible de la femme d'Harry Potter fut un léger haussement de sourcil.

- Oh, vous devez faire partie de la branche principale russe j'imagine. J'ai pour habitude de me renseigner sur toutes les familles d'aristocrates que je pourrais rencontrer, et Rose étant en Russie, je me suis un peu renseignée sur les grandes lignée locales, ajouta-t-elle en voyant que ses connaissances en généalogie sorcière surprenaient le grand blond. J'en ai fait une sorte de hobby après la fin de ma carrière de joueuse de Quidditch.

- Je n'en savais rien, mais je suis flatté que vous ayez étudié une partie de l'histoire de ma famille, Milady. Dans mon pays, nous sommes très respectés, mais il semblerait qu'ici, la branche secondaire des Dolohov n'ait pas été ce qu'il a de plus respectable et cette réputation pourrait me porter préjudice, si j'en croit Roza.

L'élégante femme laissa échapper un rire, avant de le féliciter. Un homme faisant confiance au jugement de sa compagne était quelqu'un d'intelligent d'après elle.

- En tout cas, elle a eu raison de vous dire ça. Les Dolohov ne sont pas particulièrement appréciés, bien que le patriarche, Vladimir, ait plutôt bien fait son boulot – qui a été gâché par son neveu – lors de la première guerre en lavant le nom de sa famille en épousant une aristocrate issue d'une famille neutre, Fiona Greengrass.

En entendant ce nom, Rose sourit avec ironie. Il était bien connu que, à la fin des deux guerres, les familles qui se disaient Sang Pur étaient en disgrâce, mais tous leurs membres n'étaient pas mauvais et l'amalgame que faisaient beaucoup de gens, « Aristocrate égal Mangemort », ne leur rendaient pas service dans leur processus de réintégration de la société sorcière. Une des solutions les plus populaires pour ces familles avait été de marier leurs enfants, ou au moins leur héritier, à des individus dont les parents avaient réussi à rester neutre – souvent en fuyant le pays – ou à des enfants de familles des « Sauveurs » du monde sorcier.

En tant que Sang Pur selon les critères des plus fanatiques, les Weasley, Greengrass, Patil et Chang, par exemple, avaient été très courtisés. De mémoire – en dehors de Fiona Greengrass qui avait réussi à sauver son mari et ses filles de la disgrâce que subissaient beaucoup d'aristocrates en quittant le pays lors de la seconde guerre – Daphné Greengrass avait épousé l'italo-britannique Blaise Zabini dont le rôle avait été obscur pendant la guerre, bien que toujours en faveur du camp dit de la Lumière, et la sœur de cette dernière, Astoria, avait obtenu le gros morceau de l'époque, Drago Malefoy. Même leur frère, Tomas, dont le rôle était de donner des héritiers à la famille, avait épousé Johanna Goyle, une cousine du Mangemort Gregory Goyle.

Néanmoins, pour en revenir aux Dolohov, à cause de la récidive d'Antonin – frère de Vladimir – dans les rangs des serviteurs de Voldemort lors de la seconde guerre, la famille avait de nouveau été associée à la Magie Noire, et seul le mariage de la fille ainée de Vladimir, Sofia, avec l'héritier des Patil leur avait évité la mise au ban de la société. Après tout, les deux sœurs de Sofia, Olga et Natasha, avaient respectivement épousé un Mulciber et un Rookwood, deux familles dont les placards étaient loin d'être exempts de squelettes.

- Oui, je connais bien Vladimir et Fiona. Ce sont les seuls qui ont vraiment gardé contact avec la branche principale de notre famille en Russie. En tout cas, j'espère que je saurais faire un geste pour laver l'honneur des Dolohov en Angleterre.

- Je ne suis pas convaincue que vous serez bien reçu, au début, mais si vous persévérez ils devraient vous accepter. Après tout, les Aristocrates savent reconnaître l'un des leurs, même étranger, et la plus grande partie de la haute société sorcière britannique est encore constituée de beaucoup de familles nobles.

Promettant à la maîtresse de maison de garder ce conseil à l'esprit, Dimitri lui proposa de les conduire dans la salle avant que d'autres invités ne surgissent.

Ginny les abandonna devant les portes de la salle de Bal avec un sourire encourageant, retournant accueillir les autres convives, et Hugo s'approcha du héraut afin de lui glisser leurs noms à l'oreille. La main crispée sur le biceps de son compagnon, Rose essaya de se changer les idées en concentrant ses pensées sur un sujet précis, l'utilité d'un héraut par exemple.

Quand elle était jeune, alors qu'elle assistait à son premier bal de la Saint-Valentin chez les Potter, la jeune fille qu'elle était s'était posé beaucoup de questions sur ce bonhomme en costume impeccable qui criait les noms des invités lors de leur entrée dans la salle de bal. Elle avait interrogé sa tante Ginny sur le sujet un peu plus tard et cette dernière lui avait expliqué que le rôle du héraut était une sorte de dérivé du Moyen-âge, lorsqu'il devait annoncer publiquement les nouvelles. Aujourd'hui, c'était une profession qui était davantage là pour aider les journalistes lors de leurs comptes rendus des soirées mondaines. Quelle honte s'ils n'avaient pas su le prénom d'un des invités !

- Roza ? Tu es sûre que ça va ?

Avec un sursaut, la jeune femme se tourna vers le Russe qui l'observait avec inquiétude et lui sourit.

- Tant que tu es là, ça ira.

Elle plaqua un rapide baiser sur les lèvres de Dimitri, pour se donner du courage, puis elle attrapa le bras de son frère qui revenait vers eux, et, encadrée par les deux hommes qu'elle aimait le plus au monde, elle prit son courage à deux mains et commença à avancer.

- Allons-y !


l'ambassadrice


Une coupe de champagne à la main – les moldus étaient décidément bien meilleurs que les sorciers quand il s'agissait d'alcool ! –, Alexia Skeeter conversait agréablement avec un de ses collègues chez Sorcière Hebdo. Journaliste principale de la rubrique mondaine, la nièce de la tristement célèbre Rita Skeeter attendait le scoop de l'année. Elle savait très bien que, comme tous les ans, le Bal de la Saint-Valentin des Potter serait le théâtre d'évènements palpitants que ses lecteurs payeraient cher pour découvrir. C'était d'ailleurs grâce à cet évènement annuel qu'elle était là où elle était aujourd'hui.

Elle se souvenait encore du premier article sur les tentaculaires Weasley qu'elle avait écrit. C'était à propos de la fille cadette de l'ancien Ministre Percy Weasley, Lucy. Très brillante mais dotée d'une réputation sulfureuse, la jeune femme avait révolutionné la vente de baguettes britanniques en développant les boutiques Olivander's qu'elle avait transformé en véritable multinationale. Trois ans plus tôt, à vingt-six ans, Lucy avait été découverte dans une situation intime avec son assistant stagiaire, de huit ans son cadet. Cette relation entre une femme d'affaires accomplie et un jeune homme de dix-huit ans tout juste adulte avait choqué le monde sorcier, et Alexia savait de source sûre que la jeune femme avait eu des problèmes avec sa famille par la suite.

Malheureusement, il n'y avait pas eu de rupture médiatisée comme beaucoup l'avaient imaginé, et Lucy et Kieran filaient encore le parfait amour. Néanmoins, cet article avait fait décoller la carrière de la nièce de Rita Skeeter, qui avait encore fait des siennes deux ans plus tard en relatant l'accouchement de la femme de Fred Weasley deuxième du nom, Aubrey, qui n'avait pas pu se rendre à Sainte-Mangouste après avoir perdu les eaux en plein milieu d'une valse.

Alors, après tous ces merveilleux évènements, terreau parfait pour ses meilleurs écrits, Alexia espérait vraiment qu'une fois encore, être présente à ce bal lui rapporte le prix de la journaliste people de l'année.

- Skeeter, déclara une voix ironique alors que la jeune journaliste était perdue dans ses pensées après avoir pris congé de son précédent interlocuteur. Encore à la recherche de potins pour combler les femmes au foyer en manque d'aventure.

- Nott, toujours aussi apte à juger négativement tous tes collègues je vois. Enfin presque tous, ajoute-t-elle en voyant arriver un grand homme aux cheveux blond foncé.

Melissa Nott et Lysander Scamander étaient le couple mixte par excellence : la petite-fille d'un Mangemort et le fils d'une amie d'Harry Potter. Il y avait quelques années, cela aurait été impossible, mais depuis le mariage des deux stars du Quidditch Jessica Dubois et Andrew Flint quelques temps plus tôt, beaucoup s'étaient habitués à voir des couples de ce genre se former. Hormis les Weasley, qui s'accrochaient à leur réputation de puristes de la Lumière – quelle ironie eux qui combattaient les discriminations lors de la guerre – les familles du monde sorcier avaient toutes un membre affilié à un Mangemort connu, bien que les familles d'aristocrates en aient presque le monopole. Alexia était toujours amusée de voir que même les plus respectés avaient leurs petites faiblesses.

- Ecoute, je suis ravie de voir que la grande journaliste internationale Melissa Nott se donne la peine de venir parler à une pauvre journaliste people dans mon genre, mais je n'ai vraiment pas le temps de me disputer avec toi, déclara la petite blonde en sortant un appareil photo de son sac. Il y a l'air d'y avoir de nouveaux invités qui arrivent et je ne voudrais pas rater un scoop.

- Arrête d'écrire des ramassis de bêtises sur les autres et après nous pourrons parler de scoop, lui lança la fille de Théodore Nott, venimeuse, alors qu'Alexia lui faussait compagnie pour se rapprocher de la porte. « Peut-être qu'il va enfin se passer quelque chose d'intéressant » se dit-elle en préparant son appareil.

Elle ne fut pas déçue quand les invités suivants pénétrèrent dans la salle de Bal. Véritable représentation vivante de la Madone avec ses souples boucles rousses et sa peau de porcelaine, la pureté virginale de la jeune femme était contrebalancée par le large décolleté de sa robe à la coupe suffisamment sobre pour mettre en valeur sa poitrine généreuse tout attirant le regard sur son visage plus que sur ses indéniables atouts. L'homme qui l'accompagnait était moins éclatant malgré ses cheveux clairs et sa grande taille, vêtu d'une robe de sorcier noire sur noire au monogramme inconnu de la jeune Skeeter, bien qu'elle ressente une certaine impression de déjà-vu. Il fallait connaître toutes les familles importantes pour être une bonne journaliste people, et Alexia connaissait tous les blasons de toutes les familles d'aristocrates britanniques.

A son plus grand plaisir, et aussi à son plus grand étonnement, le héraut répondit rapidement à ses interrogations alors qu'au même moment un jeune homme brun bien connu suivit le couple dans la pièce.

- Miss Rose Weasley, Ambassadrice britannique en Russie, son cavalier Lord Dimitri Dolohov, Conseiller Militaire de son Altesse Impériale l'Empereur Vassili Andropov de Russie, et Monsieur Hugo Weasley.

Alors que les noms résonnaient dans la salle de bal devenue silencieuse, avant d'être envahie par les chuchotements des invités – personne ne s'attendait à voir Rose Weasley ce soir, surtout accompagnée par une personnalité étrangère aussi prestigieuse – Alexia Skeeter sourit et commença à mitrailler le couple avec son appareil photo. Encore une fois, cette soirée serait la clé de son succès.