Je regardais les plats du petit déjeuner défiler devant moi sans but précis. Les discussions et les rires ne s'arrêtaient jamais. Sophie essayait de capter mon attention mais je n'étais pas d'humeur à entendre les rumeurs de la Cour.

Père et Mère n'arrêtait pas de jeter un oeil sur moi. Mère s'en voulait je le savais mais je ne voulais pas encore lui parler et mon père devait sans doute essayer de réconforter ma mère. J'étais en colère contre lui aussi. Ils voulaient tous les deux que je reparte après tout.

- Tout va bien Maella? Tu n'as pas touché à ton assiette. Constata Sophie, inquiète.

- Oh ne t'en fais pas, je n'ai jamais faim le matin. Répondis-je en feignant un sourire.

Elle hocha la tête mais je vis qu'elle n'était pas convaincu. Je ne voulais pas qu'elle s'inquiète pour moi et j'avoue que je n'avais pas été de très bonne compagnie ce matin. Je lui pris alors ses mains dans les miennes en la regardant dans les yeux avec un petit sourire espiègle.

- À la place de nous ennuyer ici que dirais-tu de... me faire découvrir les jardins.

- Nous pouvons crois-tu? demanda Sophie avec un sourire éblouissant.

- Personne ne risque de remarquer notre départ. Aller, on s'en moque des autres.

Sophie sembla hésiter pendant plusieurs secondes avant d'hocher la tête. Je lui adressais mon plus beau sourire plus qu'heureuse de quitter cette salle pour le grand air des jardins de Versailles.

Nous nous sommes donc levées et avons quitté la salle sous les yeux de la Cour. Une fois que nous fûmes en dehors de la salle je stoppais le pas et me tournais vers Sophie avec mon sourire d'enfant toujours plaqué sur mes lèvres.

- La première arrivée aux jardins a gagné.

Juste après que j'eus finis ma phrase je courus le plus rapidement possible en direction de la sortie. Je ne savais pas trop où j'allais mais je riais à en perdre la voix, Sophie à ma suite. Les gardes devaient nous prendre pour des folles.

Je n'avais pas rigolé comme ça depuis mon départ de chez moi.

Nous sommes arrivées devant les magnifiques et gigantesques jardins de Versailles. De la verdure à perte de vue. Je suis arrivée la première devant la fontaine. Sophie arriva un peu plus tard, essoufflée mais heureuse d'avoir couru.

- Fais-tu toujours des choses aussi folles? Demanda Sophie en s'avançant vers moi.

- Comment voudrais-tu t'amuser si tu ne prends jamais de risques? Cet endroit ne va pas me changer. Déclarais-je sûr de moi-même.

Nous avons alors commencé à parler de nos vies encore une fois. Elle me raconta alors que les papiers de sa mère et elle, confirmant qu'elles étaient bien de sang noble, n'étaient pas encore arrivés. Sophie commençait à s'inquiéter et affirmait que sa mère lui cacha quelque chose.

La discussion se termina. Le visage de Sophie se contracta et elle stoppa sa marche au milieu de l'herbe. Elle hésitait à ma demander quelque chose.

- Que ce passe-t-il? demandais-je en m'arrêtant à mon tour.

- Il y a eu des rumeurs parmi les femmes de la Cour ce matin.

- Je t'ai déjà dis Sophie que ce genre de rumeur ne m'intéressait... Commençais-je avant qu'elle ne me coupe rapidement.

- Elles étaient sur toi, Maella.

Mon sourire se figea aussitôt pour bientôt disparaitre. Des rumeurs? Je venais juste d'arriver et voilà que la Cour était déjà après moi? Je pensais aussitôt à la visite du Roi dans mes appartements ce matin, ou à ma longue discussion avec Philippe dans la grande salle.

Je me tournais alors vers Sophie et l'interrogea du regard pour connaitre ces soit disant "rumeurs".

- Est-ce vrai que tu as refusé plus de cent demandes en mariage? Certaines disent même que des princes venait te demander eux-même en personne pour te convaincre mais que tu as toujours refusé.

Je la regardais pendant plusieurs secondes pensant que tout ça était une blague mais quand je vis qu'elle était sérieuse un petit rire s'échappa de ma bouche pour finir par ne plus pouvoir m'arrêter.

Il est vrai que j'avais eu plusieurs demandes en mariages mais jamais des princes n'étaient venus me voir en personne. Je fus également soulagée de savoir que personne de la Cour n'avait entendu parlé du passage du Roi dans ma chambre plus tôt.

- Crois-tu vraiment à ces inepties, Sophie? Demandais-je après avoir beaucoup ri.

- Connaissant ton caractère depuis quelques jours je ne serais pas surprise.

Nous avons rigolé une nouvelle fois avant de reprendre notre marche. Nous avons croisé de nombreuses dames de la Cour qui faisait une "promenade digestive" suite au petit déjeuner.

Sophie et moi étions en pleine discussion quand soudain sa mère, Béatrice, s'approcha de nous visiblement en colère. Sophie souffla d'ennuie, prette à suporter sa mère.

Une fois arrivée en face de nous, un sourire faux se plaqua sur son visage. Un sourire de façade que je connaissais plus que bien.

- Sophie, que fais-tu ici? demanda Béatrice à sa fille. Nous avons beaucoup de chose à faire aujourd'hui.

- Je suis désolée Mère...

- C'est ma faute Madame. J'avais demandé à Sophie de me faire visiter les jardins et nous nous sommes perdues dans notre discussion visiblement. Répondis-je avec un faux sourire bien à moi.

- Ne vous excusez pas je vous en prie, Maella. Déclara la femme avec une once hypocrisie. Sophie, suis-moi nous avons du travaille.

Sans ajouter un seul mot, Béatrice partit et Sophie la suivie avec un petit sourire d'excuse pour moi. Je me retrouvais donc seule.

C'était une très belle journée et je ne comptais pas rentrer dans le palais. J'allais profiter de cette belle matinée. Je continuais donc de marcher le sourire aux lèvres. Peu être que je n'aimais pas les manières et le protocole de ce palais mais je devais avouer que cet endroit était magnifique.

Au loin je pus apercevoir le prince Philippe marcher avec le chef de la garde du Roi, Fabien. Sophie m'avait brièvement parlé de lui hier pendant le diner. Philippe me regarda et me sourit. Je lui répondis avec mon plus beau sourire. Quand soudain je me suis rappelée qu'il était un homme marié. Mon sourire disparut très vite. Je détournais rapidement le regard et partis dans une direction opposée à la leur sous le regard incompréhensif de Philippe.

Je marchais le plus rapidement possible je ne sais où sans regarder devant moi. C'est alors que je fonçais dans quelqu'un sans faire attention. Je relevais la tête pour tomber sur la personne qui ne semblait pas réellement m'apprécier depuis mon arrivée.

- Je vous prie de m'excuser Monsieur Chevalier...

- Ah vous tombez bien vous, je vous cherchais.

- Vous me cherchiez, Monsieur?

- Arrêtez d'être sotte et suivez-moi, nous avons des choses à nous dire.

Je n'eus pas le temps de poser de question puisqu'il partit attendant que je le suive. Je ne lui faisais pas confiance mais jamais il n'oserait me faire du mal alors je décidais de le suivre afin de tirer cette histoire au claire.

Thomas et Constance se trouvaient dans leur chambre commune. Thomas avait l'air préoccupé et marchait de part et d'autre de la pièce pendant que sa femme, Constance, le regardait faire. Tout aussi préoccupée que lui visiblement.

- Que devons-nous faire mon amour? demanda Constance en regardant le sol.

- Rien. Surement profiter de cet avantage mais nous ne pouvons rien faire.

- Considères-tu cela comme un avantage? Te servir de ta fille comme appât? Tu lui avais promis un mariage par amour et non pas de devenir la putain d'un Roi capricieux!

- Ne parle pas aussi fort quelqu'un pourrait nous entendre!

Un silence se fit entre les deux époux. Constance se leva alors et une fois sur le pas de la porte, se retourna vers son mari avec un regard aussi noir que la nuit.

- Je t'avais connu courage, honnête et brave. En venant te rejoindre à Versailles je n'ai vu qu'un noble qui défendait ses intérêts à n'importe quel prix. Cet homme n'est pas mon mari ni le père de Maella.

Une fois ces paroles prononcées Constance sortit de la chambre laissant Thomas seul avec ses pensées et ses remords.