Nous avions marché à l'intérieur du palais pendant plusieurs minutes avec le Chevalier mais je ne savais toujours pas où il m'emmenait. Je lui avais demandé plusieurs fois mais il avait l'air toujours en colère contre moi et me demandait de me taire.

Je marchais donc aveuglément avec lui dans le palais quand au bout de cinq minutes nous arrivâmes devant deux grandes portes gardé par des gardes royaux. Ces appartements devaient être ceux de quelqu'un d'important.

Les gardes ouvrirent les portes et le Chevalier et moi entrèrent à l'intérieur des appartements. La chambre était spacieuse et vide. Il n'y avait qu'une personne, une femme un peu plus âgée que moi. Je la reconnus rapidement grâce à Sophie. Il s'agissait de Madame de Montespan, la deuxième maîtresse du Roi et une femme très manipulatrice. Sophie m'avait mise en garde contre cette fait de me retrouver avec seulement le Chevalier et Madame de Montespan ne me rassurais pas du tout. Je ne demandais qu'une chose : m'enfuir.

Mais mon corps ne semblait pas écouter ma tête puisque je me suis avancée à l'intérieur de la pièce. Je tombais de plus en plus dans le piège que l'on m'avait tendu.

- Madame de Montespan. Déclarais-je en signe de respect. Que signifie tout ceci?

- Vous êtes partie tellement vite de votre diner hier soir que nous n'avons pas eu le temps de nous présenter l'une à l'autre. Répondit-elle avec un sourire narquois. J'ai donc demandé au Chevalier de vous amener jusqu'à moi pour que les choses soient faites.

- Je ne pense pas être assez égoïste pour appeler le diner d'hier soir mon diner, Madame.

La femme se contenta de lâcher un rire sec et froid avant de s'approcher lentement de moi. Le Chevalier regardait notre conversation avec une immense distraction. Certes j'incarnais le rôle de la jeune fille pleine d'audace et de courage mais en vérité j'étais terrifiée.

- Depuis votre arrivée j'ai pu décelé une grande attention pour vous de la part de la famille royale, ainsi que du Roi. Commença la femme.

- J'ai pu comprendre que vous n'en manquiez pas non plus si je puis me permettre.

J'entendis un rire étouffé provenant du Chevalier et un silence s'abattit sur la pièce. Je venais de provoquer le femme la plus dangereuse de Versailles. J'étais tellement stupide mais je ne comptais pas me laisser marcher dessus par cette femme.

Cette dernière rigola aussi au bout de quelques secondes avant d'avancer à nouveau et de se retrouver face à face avec moi.

- Vous n'êtes qu'une enfant. Une fille appartenant à son père. Vous recevez ces ordres et vous les exécutez. Je suppose que c'est logique pour une fille de campagne. Il commande et vous obéissez. Vous n'avez pas été élevé avec les règles et les valeurs de la Cour. Votre père n'a pas dû vous apprendre beaucoup de choses pour survivre ici visiblement. Déclara la femme en me fixant.

- Mon père m'a appris à tuer mes ennemis, Madame. Répondis-je fermement.

Montespan me regarda avec un sourire de fierté sur son visage, comme si elle admirait ma réponse ou que c'était une excellente réponse pour elle, je ne sais pas.

- Moi aussi. Répondit-elle toujours souriante.

Je la regardais une dernière fois comprenant que j'entendrais bientôt parler d'elle à nouveau. Je me suis ensuite retournée vers la porte pour partir sans ajouter un mot. Je lançais un regard au Chevalier qui hocha la tête pour me donner la permission de m'en aller.

En deux jours je venais de me faire une ennemie. Que demander de plus?

J'ouvris la porte de la chambre mais à peine sortie je pus apercevoir dans le couloir le Roi et son frère Philippe se diriger vers la chambre d'où je venais de sortir tout en discutant de sujets sans doute importants.

Un hoquet de surprise s'échappa de ma bouche et les regards des deux frères se tournèrent aussitôt vers moi stoppant toute discussion. La situation me mis dans une gêne extrême.

Le Roi me regardait comme si j'étais une proie et Philippe comme si j'étais un vase qui pouvait se briser à tout moment et dont il fallait prendre soin.

- Maella? Demanda Philippe curieux et étonné de me voir ici.

- Majesté, Monsieur. Veuillez m'excuser je ne voulais pas vous interrompre. Maintenant si vous voulez bien m'excuser...

- Non, restez ici. Intervint le Roi qui ne m'avait pas lâché du regard depuis le début.

- Majesté je...

- Mon frère, laisse-la partir.

Je restais immobilisée pendant un moment avant de voir que le Roi hocha la tête pour me donner la permission de partir. Je fis une petit révérence bâclée avant de partir le plus rapidement de ce couloir sous les yeux des deux frères qui ne perdaient pas une miette.

Pourquoi fallait-il que les vois à longueur de journée? Je ne devais pas attirer plus l'attention. Être transparent me semblait être une bonne idée.

Il ne me fallut pas marcher beaucoup avant de tomber sur mon Père qui avait l'air ailleurs. Dès qu'il me vit son regard se figea et se remplit de ce qui semblait être des remords. Pour ma part notre dispute de ce matin était déjà oubliée.

Je me suis approchée de lui et le pris dans mes bras pour le réconforter, je n'aimais pas le voir aussi troublé. Il sembla rassuré que je ne lui en veuille pas mais resta tendu.

- Que ce passe-t-il, Père? demandais-je

- Ne t'en fais pas pour moi mon enfant, je pense que je suis un peu fatigué.

Sa voix sonnait fausse. Il mentait je le savais mais pour mon bien. Je ne voulais pas lui faire voir que je l'avais démasquer alors je décidais de rentrer dans son jeu.

- Tu travailles trop, tu devrais prendre le temps de te reposer. Promet-moi de le faire. Lui demandais-je avec mon plus beau sourire innocent.

- Je te le promet, ma chérie. Maintenant va. Je dois m'entretenir avec le Roi.

- Si vous le permettez Thomas, je me propose de raccompagner votre charmante fille. Déclara une voix dans mon dos.

Je me suis retournée pour tomber nez à nez avec Philippe. Celui-ci arborait un sourire triomphant. Quand à moi l'anxiété et la panique montait et mon coeur battait de plus en plus vite. Je suppliais intérieurement que mon père refuse son offre mais qui oserait refuser l'offre d'un prince.

- Je pense, Monsieur, que ma fille peut aisément choisir si elle a besoin de votre aide ou non. Mon avis n'a nul place dans cette histoire. N'est-ce pas Maella? Répondit mon père.

Je le regardais avec étonnement. Jamais il ne se serait permis de répondre cela au prince hier. Que c'était-il passé? Je retrouvais alors soudainement mon véritable père qui n'avait pas peur du pouvoir royal et qui était honnête et juste dans ses décisions.

Mon père me lança un regard attendant ma réponse. Maintenant je devais choisir si je voulais avoir Philippe à mes côtés ou non. Mon cerveau décida de dire non.

- Oui avec plaisir, Monsieur. Je vous remercie. Répondis-je.

Mais mon coeur et ma bouche répondirent le contraire.

Mon père sembla surpris mais ne dis rien et partit rejoindre le Roi pour leur réunion tandis que moi je me retrouvais seule avec le prince de France, Monsieur Philippe d'Orléans.

Nous avons alors commencé à marcher côte à côte dans le couloir du palais. Je ne savais pas où nous allions mais je n'étais pas contre une petite balade.

- Vous cherchiez à m'éviter ce matin n'est-ce pas? Me demanda-t-il sans reproche.

- En effet. Répondis-je franchement.

- Et puis-je vous demander pourquoi? Questionna-t-il en lâchant un petit rire voyant ma franchise.

- Eh bien, l'expérience m'a appris que si un homme marié s'intéresse à vous, il n'y a que deux explications.

- Ah bon? Et lesquelles?

Il s'était arrêté en plein milieu du couloir et me regardais avec amusement. Il ne devait sans doute pas avoir l'habitude que l'on lui parle franchement et encore moins qu'on s'oppose à son petit numéro de charme. Je ne voyais même pas cela comme un numéro de charme mais comme une provocation pour son frère, le rendre jaloux. Une sorte de combat. Le premier qui atteint le gibier à gagné.

J'avais été franche avec lui jusqu'à maintenant et je ne comptais pas m'arrêter là.

- Soit l'homme marié se croit au dessus de tout serrement fait devant Dieu et donc fais preuve d'une arrogance extrême en trompant sa femme avec une inconnue... Ou alors l'homme marié à un frère, un frère... qui l'a toujours laissé pourrir dans l'ombre et... un jour ce frère s'intéresse à une nouvelle jeune femme, au début inaccessible, et l'homme marié à soudain une idée... l'idée de lui prendre cette jeune fille et avoir, l'espace d'une seconde, l'impression d'être supérieur à lui. Deux explications très intéressantes vous ne trouvez pas, Monsieur ?

Il y eut alors un silence et je me rendis compte que j'étais allée beaucoup trop loin dans mes paroles. Je le regardais dans les yeux pour essayer de trouver la moindre trace de colère en lui mais il n'y en avais aucune. Son regard était calme, doux, limpide. Un bleu envoutant.

Au bout de quelques secondes il s'approcha de moi jusqu'à ce que nos visage ne soit plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. L'anxiété ainsi que les battements de mon coeur commencèrent à doubler. Je venais de perdre tous mes moyens.

- J'ai une troisième explication, Maella. Au bout de vingt années de vie commune avec son frère, l'homme marié n'a jamais pu être heureux ou être avec une personne qu'il apprécie. Tous ces plaisirs revenaient à son frère. Une femme attitrée que son frère lui a volé, une maison imposée que son frère a construite... Et une jeune femme est arrivée. L'homme marié y a vu une femme unique, surprenante et s'est intéressé à elle ainsi que son frère mais lui pour une toute autre raison... pour pouvoir la dépuceler et la jeter dehors par la suite. Je pense que mon explication est la plus intéressante Maella, maintenant choisissez laquelle vous préférez, je ne peux pas faire le choix à votre place.

Je n'eus pas le temps de dire quoi que ce soit car Philippe était parti. Je voulais le rattraper et m'excuser mais en vérité, je ne saurais pas quoi lui dire. Ce que je venais de lui dire était horrible mais je savais qu'il ne m'en voulait pas il voulait juste que je prenne l'air pour avoir une vision plus claire des choses.

J'avais catalogué un homme que j'appréciais énormément en homme marié et maintenant je me sentais extrêmement coupable.