3.
Albator hoqueta.
- Mais c'est quoi cette horreur d'infrastructure ?
- Le premier des canons, grogna Yattaran.
Voilà ce que Gaïa a fait de Jupiter, renseigna Kei. Même tous nos hologrammes éteints, Ezra nous a traqué bien des jours durant. Nous avons dû louvoyer à l'extrême pour parvenir à cette destination. Voilà ta première « ferraille ».
- Le canon de Jupiter, donc, assimila Albator. Mais à quoi peut donc bien servir cette monstruosité… Déjà on voit des canaux de direction, pour guider un flux d'une puissance phénoménale… Mais cette structure rouillante n'a jamais servi… Je ne comprends pas pourquoi… ?
- Ca nous était peut-être destiné, mais nous avons disparu vingt ans durant, hasarda Sabu.
- Et sans doute parce que Gaïa a construit depuis une bonne dizaine d'autres canons de ce genre ! compléta Yattaran en relayant les images des caméras extérieures de l'Arcadia.
- Misère…
Mais la lueur noire revint rapidement dans la prunelle marron du grand pirate borgne et balafré, capitaine de l'Arcadia.
- Il faut dégommer tout ça ! Et on va le faire !
- Ca va faire rappliquer les croiseurs de Gaïa avant qu'on aie eu le tir de dire ouf… tressaillit Kei. Mais aucune importance ! Nous sommes des pirates et Gaïa est notre ennemi.
- La Coalition Gaïa, précisa Mimee en entrant sur la passerelle. Gaïa, nous devrions nous en souvenir est la terre nourricière, votre Terre à vous tous ! Deux Gaïa doivent s'affronter, cela ne se fera pas sans dégâts, pour tous. Vas-y, Albator : atomise ce premier canon de Jupiter ! Ils sont braqués droit sur la Terre !
- D'où ton petit laïus, comprit le grand pirate balafré. Notre combat reprend tout son sens. Je n'ai pas à détruire la Terre, j'ai à la protéger ! Ma vie reprend son sens.
Albator se saisit d'une des poignées de sa grande barre en bois et donna une bonne impulsion.
- Tous les canons sous tension. Et feu à volonté sur cette carcasse dérivante !
- A tes ordres ! firent en chœur les pirates.
Bien que ce soit un sentiment d'euphorie qui règne à bord, une seule personne à bord ne se réjouissait pas.
- On l'a dégommée, cette arme de folie. Mais il en reste tant d'autres ! Gaïa n'a pas chômé durant mon sommeil. Si vous n'aviez pas perdu tout ce temps à chercher à me sauver, vous auriez pu vous y coller depuis longtemps !
Kei qui se tenait dans le salon privé du capitaine de l'Arcadia, fit la grimace.
- Nous n'avons pas tout perdu. Nous avons passé dix ans à voir un enfant grandir, s'épanouir et rire à ce bord ! Ensuite, nous en avons fait un guerrier de première force. Sabu ne paie pas de mine, et il cultive son apparence un peu négligée, dissimulant un combattant hors pair, un ancien commando, et parce qu'on le prend pour quantité négligeable, il est d'autant plus fort et efficace.
- Je n'ai pas oublié, sourit malgré lui Albator. Le meilleur pour Alphang. Mais il aurait été plus avisé de faire de lui un horticulteur !
- Voilà un humour qui ne te ressemble pas, remarqua Kei, un peu déstabilisée. Je n'ai pas été habituée à ça, capitaine.
- Cela n'a jamais été mon genre non plus. Je n'ai guère eu de sujets à plaisanteries depuis bien longtemps… Mais mon propos n'avait rien d'ironique ou de mot fin. Alphang a la main verte, ou dorée si tu préfères, Kei.
- Nous ne le savions pas, se défendit la superbe jeune femme blonde, au regard azur, en combinaison de cuir rose et noire, une arme tout sauf d'accessoire pendant au ceinturon reposant sur ses hanches.
- Vous avez soumis mon fils à une torture insensée ! se révolta encore Albator. S'il avait été transformé par les clones, comme je le fus par la Matière Noire…
- Ma faute, s'excusa Mimee en entrant dans la pièce, verres et bouteille de vin sur un plateau, servant tout le monde. Si j'avais été moins jeune, si j'avais su mieux la maîtriser… Rien de cette malédiction ne serait arrivé ! Je suis désolée.
- Tu as fait ce que j'avais demandé. Je me souviens même que je t'y ai exhorté, j'ai peut-être même dû te menacer ! ?
- Tu m'as fait un peu mal en me prenant les bras pour me convaincre d'agir. Mais j'étais partante, tu n'as pas à porter ce fardeau à toi seul. C'était le seul moyen pour ton entreprise, Albator. Je pensais pouvoir le faire, mais je me trompais. J'ai détruit ta Gaïa, Albator !
- Et j'ai à la sauver. Car je l'ai saccagée, je ne mérite aucun pardon. Et je la rendrai à tous les enfants de la mer d'étoiles. A défaut de pouvoir y voir le mien y gambader et s'y réjouir ! A présent, laisse-moi, Kei. Je dois planifier la prochaine destruction de canon de Jupiter !
- Bien, capitaine.
Ezra sourit.
- Un canon de Jupiter détruit, c'est plus que je ne pouvais en espérer ! Albator est donc de retour. Aucune autre tête brûlée n'aurait pu attaquer ainsi, de face, avec quasi sa signature ! J'ai patienté deux décenies, mais tout me revient ! Je vais enfin le vaincre, ce pirate maudit ! Et j'ai la meilleure des armes.
Ezra arrêta son fauteuil devant la vitre d'une salle de soins intensifs d'hôpital.
- Et je ne vais pas me priver d'utiliser ton absence de mémoire, Alphang !
Se retirant, Ezra n'eut plus un regard pour la chambre d'hôpital où le corps brisé d'Alphang se reconstruisait lentement, mais l'esprit à la dérive et sans souvenirs du passé.
