5.
Aux commandes de l'Ocythératops, Alphang filait à travers les étoiles, vers Jupiter.
- Yerp ! jeta-t-il à l'adresse de celui qui le secondait.
- Oui, capitaine ?
- Nous allons avoir affaire à la pire engeance pirate des histoires. Soyez prêt !
- Nous le sommes.
- J'espère, sinon des têtes tomberont ! Je reviens dans quelques minutes, j'ai à me rafraîchir.
Dans son appartement de fonctions, Alphang se tourna vers Rohg.
- Allons-nous pouvoir les berner assez longtemps ?
- Quand tu sors d'ici, je suis censé prendre possession de ton esprit, tes prunelles sont d'ébène, preuve de ta perte de contrôle. Mais quoi que croie l'amiral Ezra, c'est moi qui suis ton fidèle, je ne m'incline que devant la Matière Dorée, un espoir dont le clone dont je suis issu ne pouvait plus espérer. Je tromperai Gaïa pour toi, Alphang.
- Nous avons à réussir, soupira le jeune homme. Notre jeu est dangereux et fragile… Il faut tenir, jusqu'à ce que nous retrouvions mon père, et sur ce point, je ne joue pas la comédie !
- A ton service, Alphang.
- Non, d'amitié seulement et d'importance, je te prie.
- A ton côté, Alphang, rectifia alors le Nibelungen.
Alphang eut un regard vers son miroir, lui renvoyant son visage encore si jeune, aux prunelles d'un vert prairie.
- Je dois retourner sur la passerelle…
Et sous l'influence de Rohg, fidèle à sa promesse, ses prunelles devinrent noires ainsi que chaque sbire de Gaïa l'attendait de lui.
« Quel jeu, mon papa, mais je dois le faire pour toi. Et j'espère arriver au bout de cette duperie, et qu'en face on ne m'exécute pas sans férir ! ».
Devant le verre apporté juste avant son retour, et posé en évidence sur la table du salon, Alphang soupira.
- Rohg ?
- Je vais influer de mon esprit pour rendre ce breuvage à nouveau sans effet sur toi ! Bois en confiance.
- Merci.
Et ses prunelles devenues d'un noir de suie, Alphang retourna à son poste de commandement.
Le parlement effondré, Ezra s'était fait frayer un passage parmi les décombres.
- Nami, tu es revenue…
L'hologramme de la jeune femme était plus flou que jamais, mais bien présent, protégeant un corps ensanglanté.
- Tu es revenue ! répéta Ezra.
- Oui, mais pas pour toi. Pour lui ! Je le protège désormais, car il a besoin de moi, au contraire de toi. Mon hologramme n'apparaîtra plus pour toi, tant que je le déciderai, tant que tu ne le mériteras plus. Alphie est important, et tu n'en as même pas idée !
- Tais-toi, Nami ! hurla Ezra. Hologramme ou non, ton sarcophage est toujours ici et sous un accès de folie je peux…
- Oui, tu en serais capable. Tu pourrais le faire. Mais j'espère que tu n'arriveras pas à cette extrémité avant que j'en aie fini avec la mission que je me suis confiée !
- De quoi ?
- Comme si tu pouvais comprendre, dans ton état de colère… Veille sur Alphang, là je suis bien obligée de te le laisser !
Ezra ricana.
- Mais, ce sera prévu !
Ezra eut un regard pour les équipes médicalisées qui sortaient le jeune blessé de sa prison de gravats, le prenaient en charge, tous les signes vitaux au plus bas.
- S'il en réchappe, ce sera l'arme dont je ne pouvais espérer contre son père ! Et toi, hologramme de malheur, qui m'a abandonné dans les pires moments, ne reviens jamais !
- Pas de souci, je suis loin d'avoir fini de me ressourcer auprès de Barok puisque le générateur de la serre est hors d'atteinte… Je ne te dérangerai plus jamais ! Tu ne mérites pas mon amitié, Ezra.
- Ne me laisse pas, Nami ! gémit alors ce dernier.
- C'est ton œuvre, et moi je ne fais que suivre l'ordre des choses, et c'est bénéfique. Tu ne peux pas comprendre. Adieu, Ezra !
- Si tu finis au côté des pirates, je te débrancherai, j'en fais le serment !
- Adieu, insista Nami.
Le premier conseiller de Gaïa martela de son marteau de cérémonie le palet posé près de lui.
- Le parlement est détruit, nous ne pourrons plus nous réunir et décider avant longtemps, face à la population de la Cité. Les pirates ont bien réussi leur entreprise ! Nous avons vacillé, mais nous ne chuterons pas ! Des infos plus précises, amiral Ezra ?
- Aucun prisonnier ! affirma Ezra, ne songeant qu'à sa propre clinique où un seul patient était soigné.
