9.

Le capitaine de l'Arcadia avait réuni ceux de la passerelle.

- Nous allons devoir jouer extrêmement serré pour donner le change et sauver Alphang jusqu'à ce qu'on puisse le ramener auprès de nous.

- Comment cela, capitaine ? tiqua Kei. Il ne va pas nous épargner, lui !

Mimee secoua la tête en signe de dénégation.

- Il semble qu'il demeure un Nibelungen mâle à la Cité de Gaïa, le clone de celui qui a retiré la Matière Noire d'Albator, y laissant sa vie. Il a eu très peu de temps pour me révéler qu'Alphang était obligé de suivre la voie qu'Ezra attendait de lui, afin de ne pas être exécuté dans l'instant ! Mais Alphang a conservé sa liberté d'esprit, et même une lucidité très mature ! En revanche, il est seul au cœur du territoire ennemi ! Nous aurons à l'aider. Et, dernier point : un exosquelette permet à Ezra de marcher, dès lors, il n'est plus aussi restreint dans sa mobilité que nous ne le pensions jusque-là !

- C'est noté, assura Yattaran. Le petit est donc toujours avec nous ?

- Et je veux le connaître ! aboya encore Albator. Alors qu'on ne lui fasse aucun mal !

- A tes ordres, capitaine, firent tous ceux de la passerelle du cuirassé maudit à l'esthétique gothique.

- Même si vous l'avez fait bien avant moi, cette fois, vous vous battrez pour mon fils ! conclut Albator en se dirigeant vers sa grande barre en bois. Paré, Toshiro ?

- Plus que jamais, assura le grand ordinateur avec sons gutturaux à l'appui.

L'hologramme de Nami apparut.

- Nous serons tous là pour lui, Albator. Alphang va bientôt accomplir des miracles, nous devons lui en donner le temps !

- Tu es aussi merveilleuse que Syra, laissa échapper le grand pirate borgne et balafré. Et tu lui ressembles tant !

- Oui, je suis sa grande sœur !


Epuisé, Rohg s'était laissé tomber dans le fauteuil le plus proche.

- Ça va ? s'inquiéta Alphang, ayant pris une serviette pour lui éponger le visage, sécher un peu les mèches cendrées de sa chevelure.

- C'était un exercice bien éprouvant, comme je le redoutais, fit sans surprise le Nibelungen. Je vais avoir besoin de temps pour récupérer, mais à toi je ne suis plus indispensable dans l'immédiat. Je vais juste rendre tes prunelles d'ébène. Le reste est de ta responsabilité, et du génie familial héréditaire !

- Sur le dernier point, tu me compliments un peu trop. Je n'ai toujours pas fait mes preuves ! Et cela fait plus de cent vingt ans que personne n'a pu égaler mon père, même pas Ezra en dépit de toute son arrogance et des multiples combats et opérations menés pour l'arrêter !

- Pourvu que ça dure…

Alphang enfila sa veste d'uniforme.

- Il reste peu de temps avant la confrontation avec l'Arcadia. Je dois me préparer. Je dois tout préparer ! Repose-toi, ami. Notre véritable partie commencera beaucoup plus tard, si les dieux nous prêtent vie !

- A bientôt, capitaine Alphang !

Le Nibelungen fronça les sourcils.

- Au fait, as-tu un nom de famille ? Cela, aucune de mes intrusions dans esprit n'a pu me le révéler.

- Alphang Skendromme, tel est mon patronyme complet !

- Merci pour ce cadeau et cette preuve de confiance. Je t'attends ici, Alphie, bien qu'après tes préparatifs et avant le duel, tu pourras fermer les yeux et souffler un peu dans ton fauteuil de commandement.

- J'espère. Mais trop de cauchemars ces derniers temps. Ezra plus sur mon dos que jamais. Je commence à perdre les pédales. Alors que c'est le départ de l'hologramme de Nami qui rend fou Ezra ! Et nous ne pouvons pas être deux à dérailler !

- L'amiral de la flotte de Gaïa est un monstre, hoqueta le Nibelungen, la respiration sifflante, le cœur battant la chamade. Jamais aucun pardon ne lui sera accordé !

- Qui sait…

- La Matière Dorée t'aurait fait des révélations ? s'étonna Rohg.

- Non, juste des sensations. Bien que les images du passé envoyées pendant que je « nageais » dans la Matière Dorée, m'ont bien déstabilisé… Rien de concret, je ne saurais étayer mes impressions.

Alphang finit sa préparation en bouclant le ceinturon de son arme de service de Gaïa.

- Je vais sur la passerelle de l'Ocythératops. A tout à l'heure !

Paré au pire des combats, le jeune homme rassembla toutes ses forces physiques et mentales.