15.
- Mimee, qu'as-tu fait à Ezra ? Aussi malfaisant qu'il soit, son esprit n'aurait pas dû être détruit….
- J'ai fait… autre chose…
- Mimee !
- C'est entre lui et moi, ne t'en déplaise, Albator.
- Rien ne me heurte plus désormais. Plus jamais… Mais j'ai une passagère à saluer !
- Elle est précieuse, prends-en bien soin.
Mais sans entendre son amie, le grand pirate balafré quitta l'appartement pour celui voisin du sien.
- Mademoiselle Nami… J'avoue n'avoir même pas connu le nom de famille de Syra !
- Quelle importance ? Elle et moi nous sommes toujours suffi à nous même. Ersheim, voilà notre nom, issues d'un endroit oublié de la Terre : Heiligenstadt.
- Bienvenue à bord. Bien que vous devez haïr celui qui a tué votre petite sœur…
- Elle vous a aimé, vous avez fait tous les deux Alphang. Quoi de plus beau ? Je suis en paix absolue avec vous, capitaine. Mais je doute que ce soit réciproque car Alphang va mal !
- Il va juste mourir sans que j'aie eu le temps de le connaître, à peine celui de croiser son regard… Mais vous êtes innocente dans toute cette histoire, je ne peux vous en vouloir. Au contraire, ton hologramme m'a été précieux. Tu te souviens de cette « vie » ?
- J'ai tous les souvenirs depuis l'instant où cette serre s'est effondrée sur moi. Même avant que je ne me « réveille » dans ce sarcophage !
- Vous êtes vivante ! fit Albator en versant un verre de vin blanc à la jeune femme en combinaison du bord, mais d'un blanc presque virginal.
- La Matière Dorée. Je l'ai sentie envahir la serre, mon sarcophage. Et la vie est revenue en moi, mes blessures qui faisaient de moi un légume se sont résorbées, mon cerveau a repris son activité. J'ai couru pour éviter le pire… Je pensais à Ezra et vous… Je me trompais… Je suis désolée.
- Merci pour vos sentiments, Nami. Vous êtes vraiment la bienvenue à bord. Mais les temps sont à la douleur. Pardonnez-moi.
- C'est pour vous que mon cœur saigne, fit doucement la jeune femme. Et à vos propos, je sais pourquoi ma sœur a été folle de vous en quelques jours. Après vous, pourrai-je aller au chevet d'Alphang ?
- Si j'en crois les rapports du bord, vous l'avez aussi accompagné un moment durant, poursuivit Albator.
Nami but quelques gorgées de vin.
- Cette simple saveur, je ne m'en souvenais plus. Merci pour ce petit bonheur, capitaine.
- Appelez-moi Albator. Vous êtes invité, pas pirate de mon équipage, et sans vouloir vous rabaisser à ce bord !
- Je ne l'avais pas pris mal, assura la jeune femme avec un doux sourire. Je suis en vie, c'est un tel cadeau !
Elle frémit.
- C'est moi qui m'excuse, Albator. Je parle de vie…
- Vous avez perdu Syra, je ne peux que compatir.
- … Je parle de vie alors que votre fils... se désola la jeune femme en prenant spontanément la main du grand pirate balafré pour un baiser amical sur le gant. Quand pourrai-je aller voir mon neveu, s'il vous plaît ?
Albator enfonça la balise de communication qu'était l'une des têtes de mort ornant le col de sa grande cape.
- Pouvons-nous venir, Doc Zéro. J'imagine qu'Alphang est seul ?
- Pas du tout, capitaine. Vrom le Mécanoïde infirmier et accueilli à bord à ce titre a porté Ezra jusqu'au lit du petit.
- Ezra ! s'affola Albator. Il va l'achever !
- Non, au contraire. D'ailleurs je lui ai pris tant de sang, pour le transfuser à Alphang qu'il est, en plus de son handicap, incapable de bouger !
- Du sang ? s'étonna Albator. Mais pourquoi du sang ?
Parvenu du plus vite possible à l'infirmerie du bord, Albator avait fait irruption.
- Tu peux m'expliquer, Doc Zéro ? Ezra était le dernier à pouvoir approcher mon fils ! ?
- Sauf si Ezra est le seul à avoir un groupin sanguin identique au petit !
- C'est impossible…
- Non, c'est humain, rectifia Doc Zéro. Cela pouvait arriver comme le fait qu'aucun à bord, même toi, ne pouvait sauver l'enfant !
- Je ne veux pas devoir la vie d'Alphie à Ezra ! Je ne lui ai d'ailleurs rien demandé ! Et puis pourquoi jouerait-il le héros providentiel alors que dans l'histoire il est depuis le début le héros à abattre, et par moi en premier ! ? rugit Albator.
- Parce qu'il s'est souvenu de l'essentiel, intervint Mimee en entrant dans la salle d'attente des soins intensifs. Je n'ai été le voir que pour cela !
- Décidément, je ne comprends rien… souffla Albator avec un regard pour le lit où son fils demeurait vulnérable, blessé au plus profond de lui-même, sans défense, dans une interminable inconscience.
