Disclaimer : Harry Potter, qu'on ne devrait même plus présenter, appartient à J.K. Rowling. Et moi, à mes heures perdues, j'écris des fanfictions sur cet univers.


Une nouvelle qui déplaît.

Les affiches étaient posées dans la salle commune des Gryffondor depuis la veille au soir, et c'était depuis tout ce temps que Lily avait du mal à se concentrer sur autre chose que sur ce qu'elle avait décidé. Elle pensait réellement qu'elle agissait pour le mieux, mais depuis qu'il était public qu'elle comptait remonter toute l'équipe, elle n'arrivait pas à se détendre. Elle craignait avoir fait une erreur, et avoir été trop confiante en décidant d'abandonner l'ancienne équipe de Gryffondor. Enfin, elle ne l'abandonnait pas réellement. Seulement, les anciens joueurs pouvaient ne pas apprécier son choix, et des joueurs mécontents de leur nouvelle capitaine n'était pas une perspective réjouissante, elle en avait complètement conscience, et cela l'effrayait un peu.

C'était alors que Lily était dans un état de nervosité jamais atteint que ses deux cousins l'avaient trouvée au milieu de la salle commune des Gryffondor. Estimant qu'il valait mieux changer les idées de Lily, ils lui avaient proposé d'aller s'adonner à son jeu favori, après le Quidditch, à savoir des courses de glisse. C'était un passe-temps que Lily adorait, et lorsqu'elle était entrée à Poudlard, toute sa famille avait promis de lui transformer, de temps à autre, des parties de couloir en une zone lisse pour qu'on puisse y glisser. Les cousins faisaient des courses entre eux pour déterminer qui affronterait Lily, la grande championne du jeu. Généralement, ce n'était pas aussi tôt dans l'année scolaire que les premières courses étaient organisées. Mais il y avait urgence, aujourd'hui. Il fallait réellement changer les idées de Lily, et rien de mieux qu'un jeu pour cela.

Ils étaient donc tous les trois au deuxième étage de l'école, sachant qu'ils n'avaient que peu de temps avant qu'un professeur n'arrive et ne les punisse pour dégradation temporaire des locaux et mise en danger des habitants du château. Mais ce n'était pas un problème. Les cousins voulaient simplement permettre à Lily d'oublier son intention de remonter toute l'équipe, afin que sa nervosité diminue un peu. Et puis, être un Potter ou un Weasley, et craindre une retenue n'était définitivement pas compatible.

La baguette de Lily transforma un morceau de couloir en piste glissante en un tour de main. Depuis le temps, elle avait l'habitude d'employer ce sortilège. D'un même geste, Hugo, Louis et Lily ôtèrent leurs chaussures, se retrouvant en chaussettes sur la pierre froide. Ils frissonnèrent un peu, mais le froid n'était pas encore assez intense pour les saisir totalement.

- Louis, franchement… Tu ne veux même pas passer les sélections ? soupira Lily.

En posant cette question, elle revenait sur cette discussion qu'ils ne cessaient d'avoir. Ou, plutôt, à cette question que Lily ne cessait de poser à son cousin depuis la veille au soir, et que Louis évinçait aussi rapidement qu'il le pouvait. Parce qu'il n'avait pas envie de faire de peine à sa cousine et, en même temps, il n'avait aucunement envie de lui faire croire qu'il pourrait hypothétiquement songer à rejoindre l'équipe de Quidditch. Et comme elle pouvait s'y attendre, face à cette nouvelle tentative de vouloir lui faire intégrer son équipe, Louis lui lança un regard noir. Il tenait bien trop à son visage pour prendre le risque qu'il soit défiguré, même temporairement, lors d'un match ou d'un entraînement.

- Tu n'as qu'à demander à Hugo, grogna Louis en faisant apparaître un tableau noir.

Même s'il n'y avait qu'une course entre Louis et Hugo, les habitudes ont la vie dure, et celle de noter le score des différentes courses avant l'épreuve finale contre la grande championne, à savoir Lily, n'était pas prête de disparaître.

- L'idée étant de remporter la Coupe de Quidditch, je ne suis pas certain que ce soit à l'avantage des Gryffondor que je tente de rejoindre l'équipe, grommela Hugo.

Tous savaient que Rose et Hugo avaient hérité de leur mère leur sentiment de mal-être lorsqu'ils étaient sur un balai. Un petit vol de temps à autre ne les dérangeait pas, mais ils ne jouaient jamais aux matchs entre cousins, préférant les arbitrer.

- Entre cousins, on est censés se soutenir, soupira Lily, sans vraiment réussir à leur en vouloir.

- On te soutient ! protesta vivement Louis. On trouve que tu as tout à fait raison de remonter l'équipe. Et on viendra pour les sélections.

- On apportera même des litres de cette chose imbuvable que tu préfères au thé, l'appuya Hugo en hochant vivement de la tête. C'est la moindre des choses.

Lily leva les yeux au ciel, sans réussir à s'empêcher de sourire. Ses cousins étaient incorrigibles, mais c'était bien pour cela qu'elle les adorait.

- J'imagine que dans ce cas, je ne peux pas vous en vouloir… Enfin, quand vous…

- POTTER !

Habituée à ce qu'on l'appelle ainsi lorsqu'elle avait transformé une partie du château en une piste dangereusement glissante, Lily ne se tourna même pas vers la voix qui venait de beugler son prénom. Elle fit la moue, foncièrement déçue de n'avoir même pas eu le temps de glisser pour s'échauffer.

- Oh bah non, on n'a même pas commencé ! soupira Lily en regardant tristement la piste. Comment les professeurs peuvent déjà…

- Ce ne sont pas des professeurs, lui dit Hugo, qui regardait par-dessus son épaule.

- Plutôt des capitaines en colère, grimaça Louis.

Lily se retourna rapidement, et, avec surprise, constata que ses deux cousins avaient raison. À grands pas se rapprochaient les trois capitaines de Quidditch des autres maisons. Tom Young, Sidney McWill et Jason Seek ne semblaient pas être là pour une promenade de santé.

Sidney McWill, le capitaine de Poufsouffle, était celui qui venait de hurler le nom de Lily. Connu pour son côté colérique, il paraissait qu'il se comportait avec ses joueurs comme une mère trop protectrice avec ses enfants. Mais Lily n'était pas une de ses joueuses. Il se planta devant elle, air revêche sur la figure et doigt accusateur pointé sur Lily. Qui se doutait un peu de ce qui lui était reproché. Ses affiches n'avaient pas plu, et contrairement à ce qu'elle avait cru, les élèves de Gryffondor n'étaient pas les seuls mécontents.

- Tu n'as pas été réglo avec nous.

Lily haussa un sourcil étonné, mais n'eut pas le temps de répondre.

- Tu remontes toute ton équipe ! siffla Tom Young en agitant devant elle une des affiches qu'elle avait placardées dans la tour des Gryffondor. Et tu n'as pas daigné nous le dire !

En avisant l'affiche, Lily fronça les sourcils. Elle n'aimait pas du tout savoir qu'un élève de Gryffondor avait fait sortir les annonces des sélections pour ensuite les donner aux capitaines adverses. Elle se demanda rapidement qui, chez les Gryffondor, pouvait lui reprocher cette décision au point de ne pas hésiter un seul instant à en parler aux autres maisons. Qui pouvait mettre aussi rapidement de côté la loyauté typique des Gryffondor pour une décision qui ne lui plaisait pas ? Mais ce n'était pas le moment de réfléchir à cela. Elle avait des capitaines en colère à gérer. Elle revint au moment présent, et afficha une mine surprise. Elle ne pensait pas que les autres capitaines se mettraient autant en colère pour si peu. En fait, elle avait plutôt craint que les joueurs soient les premiers à venir la trouver. Lily essaya de rester calme et, se tournant vers Jason, s'attendit à entendre un reproche de sa part, qui lui ferait plus de mal que ceux de Sidney ou Tom, du fait de l'amitié qui la liait au capitaine des Serdaigle. Mais rien ne vint. Il restait neutre. Elle haussa donc les épaules, réussissant à garder l'esprit clair maintenant qu'elle savait que Jason ne paraissait pas lui en vouloir, et se tourna vers ses homologues lui ayant sauté à la gorge comme l'aurait fait un Nifleur sur de l'or :

- Si j'avais voulu vous le dire, je vous l'aurais dit. Et si j'avais voulu que ça reste secret, j'aurais évité un panneau d'affichage disant clairement que l'équipe de Quidditch de Gryffondor allait être entièrement remaniée, exposa-t-elle clairement.

- Ne pas nous le dire était…

- Un simple oubli de ma part, dû au fait que tu ne m'aies pas laissé parler dans le compartiment des capitaines, martela Lily. Si j'avais voulu changer toute l'équipe, sans que personne ne soit au courant avant les sélections, rien de plus simple. J'aurais simplement annoncé le jour même ce que je voulais faire. Mais je ne l'ai pas fait. Et je sais bien que j'aurais pu vous le dire après la réunion, continua-t-elle avant que McWill ne reprenne la parole. Je n'ai pas estimé que je devais vous dire exactement ce que je voulais faire de mon équipe parce que, justement, c'est mon équipe. Pas les vôtres.

McWill et Young hésitèrent un bref instant. Puis, se regardant, ils hochèrent la tête. Lily fronça les sourcils, surprise de cette entente qui n'incluait pas Jason. Lequel se tourna vers eux deux, ayant lui aussi remarqué cet accord. Il ne paraissait pas en colère comme les deux autres capitaines. En fait, il paraissait plutôt admiratif. Il s'offrit même la liberté de regarder à nouveau Lily et de lui adresser un clin d'œil, avant de se tourner vers les capitaines de Poufsouffle et de Serpentard, les sourcils froncés et l'air ombragé.

- Je vous ai dit que…

- Seek, tais-toi, protesta vivement McWill. Potter, tu n'as pas été claire, alors on estime qu'on peut choisir dès maintenant les dates choisies pour les sélections. Et tu prendras la demi-journée qu'il restera. Je veux le terrain le samedi après-midi.

- Et moi, le dimanche après-midi, enchaîna rapidement Young.

Bouche bée, Lily ne sut comment réagir dans l'instant. Si les deux capitaines choisissaient les après-midi, ce n'était pas pour rien. Cela voulait dire que peu importait quelle matinée elle choisirait, elle n'aurait pas la possibilité de trop déborder sur son horaire de sélections, car, derrière, deux capitaines mécontents n'hésiteraient pas à la sortir du terrain.

Si Jason choisissait le samedi, elle serait vraiment coincée avec le dimanche matin, sans possibilité de grappiller un peu de temps sur le lendemain matin. Oh, bien sûr, il lui suffirait de programmer un autre jour de sélections, une soirée dans la semaine qui venait, mais cela voulait dire repousser les premiers entraînements en équipe complète. Et déjà qu'elle remontait toute une équipe, elle ne pouvait pas se permettre de repousser encore le début des entraînements. Il y avait des limites à tout, et elle savait qu'elle ne pourrait jamais obtenir une cohésion complète sans entraînement.

À nouveau, le doute d'avoir tort en agissant ainsi en tant que capitaine la saisit. Elle se dit qu'elle ferait peut-être mieux de revenir sur sa décision. Il n'était pas trop tard. Après tout, même si l'esprit de compétition n'était pas visible dans l'équipe montée par Beng, elle n'en restait pas moins une équipe qui fonctionnait. Elle aurait pu s'évertuer à les motiver à vouloir se battre pour la victoire, et…

Ce fut le regard de Jason qui la motiva à ne pas se laisser submerger par la panique. Il lui offrit un bref hochement de tête, un sourire tranquille et, même, un regard presque admirateur, avant de dire :

- Je prends le dimanche matin. Si jamais tu as besoin de plus de temps, l'Éclair, tu me le dis. On doit pouvoir s'arranger.

Les regards frustrés et énervés de Young et McWill permirent à Lily de comprendre que cette partie de la discussion ne leur convenait pas. Son instinct lui soufflait que Jason Seek n'était pas venu de son plein gré, ou que, s'il était venu de son plein gré, jamais il n'avait songé à être d'accord avec les deux autres capitaines. Jason se tourna vers eux, confirmant à Lily ce dont elle se doutait.

- La seule raison pour laquelle vous n'êtes pas contents de sa décision, c'est parce que vous comprenez que vous n'allez pas vous confronter à l'équipe toute tranquille des Gryffondor de ces trois dernières années. Et même de celles d'avant. Vous savez très bien que cette décision, pour tout capitaine de Quidditch qui veut gagner, était la plus sensée à prendre.

Entendre cela de la bouche de Jason rassura Lily, mais elle eut à peine le temps de se réjouir en sentant son cœur se réchauffer à l'écoute de ça.

McWill fit un pas en avant, et si sa mâchoire serrée laissait supposer une colère due à la véracité de ce que venait de dire Jason, personne n'était dupe au point de croire qu'il allait en rester là.

En même temps qu'il se rapprochait, Lily sentit qu'Hugo et Louis faisaient de même dans son dos.

- McWill, fais attention à ce que tu comptes faire, gronda Louis.

La présence des cousins de Lily, qui s'étaient fait discrets jusqu'à présent en sachant que leur cousine ne tolérerait pas qu'ils se mêlent d'une affaire de Quidditch, fut rappelée à tous. Lily ne les voyait pas, mais elle se doutait qu'ils devaient être assez convaincants dans leur rôle de cousins prêts à la défendre, parce que McWill sembla réaliser qu'il devenait trop menaçant pour la situation. Il se redressa un peu, perdant ainsi de ses airs colériques.

- Seek, tu n'as pas l'impression que tu prends trop à cœur la décision de Potter ? demanda-t-il avec un ton peu avenant.

- Je ne sais pas, avoua Jason en haussant les épaules, nonchalant au possible, comme si rien de ce que pouvait dire McWill ne pouvait l'ébranler. Tu n'as pas l'impression que tu prends trop à cœur ce qui se passe dans les autres équipes plutôt que ce qui se passe dans la tienne ?

C'était un coup bas, mais quand il était connu de toute l'école que chez les Poufsouffle, rien n'allait plus depuis que la batteuse avait quitté le gardien pour sortir avec le poursuiveur, il était certain que McWill aurait dû avoir mieux à faire que se préoccuper de ce qui se passait chez les autres. L'histoire datait d'avant les vacances d'été, mais pour ce que Lily avait pu constater lors des quelques repas qu'elle avait déjà pris à Poudlard ces deux derniers jours, l'ambiance parmi les joueurs de Poufsouffle ne s'était pas améliorée. Mélanger amour et Quidditch n'était pas toujours une bonne chose.

McWill soupira. Young, qui, lui, n'avait pas de problèmes de couple à gérer au sein de son équipe, prit le relais :

- Très bien. Tu as fait ton choix. Mais Potter, ne t'attends pas à ce que les anciens joueurs soient tous contents de cette décision. Pas dit qu'il y ait beaucoup de monde pour les sélections…

Il tourna les talons, suivi par McWill qui hochait la tête pour appuyer les dires du capitaine des Serpentard. Jason s'attarda un peu.

- Désolé pour ça. Je ne voulais pas… J'ai essayé de…

Jason se tut, paraissant gêné, et ne sachant pas quels mots seraient les plus adéquats pour exprimer sa pensée. Plutôt que de le laisser s'enliser dans sa phrase, Lily haussa les épaules et prit la parole :

- Bah… J'imagine que j'aurais dû être plus claire, dans le wagon. M'imposer plus pour dire que je voulais réformer toute l'équipe.

Mais Jason secoua la tête, souriant et ayant retrouvé ses idées claires.

- Non. Certainement pas. C'est ton équipe, l'Éclair. Ne l'oublie pas. Ce sont tes décisions, tes choix, tes joueurs, tes entraînements. Pas les leurs, et ils n'ont rien à dire là-dessus. Et s'ils ne sont pas contents, ce n'est pas ton problème, parce qu'ils ne font pas partie de ton équipe. C'est difficile à comprendre au début, parce qu'on veut plaire à tout le monde, mais ça vient rapidement.

Un instant, Lily songea à lui demander si c'était un conseil qu'il avait lu dans un des carnets d'Astrid Smith, la capitaine qui l'avait précédé. Mais comme ce n'était pas un sujet qui s'abordait à la légère dans un couloir, elle préféra abandonner.

Comme s'il avait compris, Jason hocha la tête, avant de jeter un œil sur le couloir transformé en piste glissante. Un mince sourire éclaira son visage.

- Je n'ai pas franchement envie d'être en retenue avec vous, et on sait que ça finit toujours comme ça… Je vous laisse. Louis, tu dois toujours m'expliquer ce qu'on a vu en Métamorphose hier.

- Tu devrais demander à Lily… Elle devrait avoir une réponse à toutes tes questions. Vraiment toutes, insista Louis, en souriant largement.

La remarque fit rire Hugo, vers lequel se tourna Lily.

- C'est quoi, la blague ?

Si Louis et Hugo étaient réellement amusés, Jason, lui, s'était rembruni.

- Aucune, grogna Jason. Tes cousins ne savent pas de quoi ils parlent. On reprend nos joggings dès lundi, quand les sélections seront passées ?

- Même heure, même endroit ! confirma Lily. Bon, on se lance dans cette course ? demanda-t-elle en se retournant vers ses cousins.

Louis et Hugo échangèrent un regard amusé qui n'échappa pas à Lily, alors que Jason s'éloignait. Mais comme elle voulait vraiment faire cette course avant d'écoper d'une retenue, elle n'avait pas prévu de leur demander ce qui les amusait tant.

- Retenue ? devina aisément Meredith lorsque Lily, Louis et Hugo furent raccompagnés à la table des Gryffondor par les professeurs de Métamorphose et d'Astronomie, respectivement Ted Lupin et Aurora Sinistra.

Cette dernière ne cessait de répéter à qui voulait bien l'entendre qu'elle était bien contente d'être débarrassée des membres de cette famille maintenant qu'ils avaient tous passé la cinquième année, et que c'était Benz, un centaure, qui leur donnait des cours.

Les trois cousins écoutaient cela sans vraiment y porter grand intérêt. Maintenant qu'ils étaient proches des tables, ils pensaient surtout à se nourrir. Lily prit le temps de remplir son assiette avant de confirmer ce dont se doutait Meredith.

- Ouais, répondit laconiquement Lily. Mais je m'en fiche. J'ai battu Louis de cinq mètres.

- C'est parce que je n'étais pas prêt ! affirma fièrement son cousin avant de se draper dans sa dignité et de s'éloigner avec le peu de fierté qu'il lui restait.

Meredith et Lily échangèrent un regard entendu, et attendirent qu'il se soit suffisamment éloigné, accompagné d'Hugo, pour s'autoriser à rire. Si rire fit du bien à Lily, cela ne lui permit pas d'évacuer entièrement la tension qui s'accumulait dans ses épaules depuis la veille au soir, et lorsqu'elle se retourna, ce qu'elle vit confirma ses doutes : Sidney McWill l'observait, tout comme Tom Young. Les deux échangeaient avec des personnes de leur maison ce qui semblait être des paroles peu sympathiques envers Lily. Elle arrêta immédiatement de rire, et se concentra comme elle le put sur son assiette, sans réussir à réellement feindre la nonchalance.

- Ils ne sont pas très contents, pas vrai ? devina rapidement Meredith en suivant le regard de son amie, avant de reposer les yeux sur Lily, et de constater qu'elle ne touchait pas à sa nourriture.

Comme elle pouvait s'en douter, donner à Lily la possibilité de s'exprimer sur ce qui la tracassait était la meilleure chose à faire. Plutôt que de tout garder pour elle, Lily lui raconta ce qui s'était produit avant que les cousins ne se lancent dans leur course, et les réactions des différents capitaines. Comme toute bonne oreille attentive, Meredith ne prononça pas un seul mot, et se contenta d'écouter en hochant la tête régulièrement, alors que Lily s'agitait sur place.

- Mer, je n'avais jamais vu ça ! s'exclama aussitôt Lily. C'était comme si je les avais trahis, parce que je remontais toute mon équipe. Alors qu'au fond, je fais bien ce que je veux, c'est mon équipe ! Mais ils étaient là, tous les trois, à me blâmer pour ça…

- Tous les trois ? l'interrompit pour la première fois Meredith. Jay le Vif aussi était en colère ?

Lily haussa les épaules.

- Oui, il était là… Mais il n'était pas en colère. En fait, il m'a même assuré que je faisais bien.

Lily se tut, et se mordit la lèvre inférieure. Machinalement, elle repoussa ses lunettes sur le bout de son nez, et baissa la tête sur son assiette, pour ne pas avoir à observer Meredith, qui souriait doucement, comme ayant compris quelque chose qui échappait encore à Lily.

- Tu doutes pouvoir croire Jay le Vif quand il dit que tu fais bien de remonter ton équipe ?

- Ce n'est pas ça…, soupira Lily. Quand il s'agit de Quidditch, je lui fais toujours confiance. Mais peut-être que pour une fois, il n'a pas raison. Je ne sais pas si l'annonce va être appréciée par les anciens joueurs.

Meredith se leva.

- Prends de quoi te nourrir, on va être en retard en cours de Métamorphoses, et déjà que tu as eu une retenue, on va faire en sorte que tu n'en aies pas une seconde dans la même journée. Que dis-je ! Dans la même heure.

Lily prit une pomme, et suivit sa meilleure amie, déjà prête à sortir de la Grande Salle, et qui reprit la parole dès qu'elle fut certaine que Lily était à sa hauteur et disposée à l'écouter.

- Lily, si tu veux l'accord universel, sache que tu ne l'auras jamais. Ensuite, si les joueurs sont énervés, je crois que ça n'aura rien à voir avec l'annonce en elle-même, mais que ce sera plutôt une façon détournée d'extérioriser leur peur.

- Quelle peur ? s'étonna Lily.

C'était à elle d'avoir peur, pas à eux ! De quoi pourraient-ils bien avoir peur ?

- Celle de ne pas être repris, enfin ! Ce n'est pas évident ? Ils avaient une place de choix, Beng les aimait bien parce qu'ils n'étaient pas compétitifs. Et toi, tu instaures de la compétition avant la compétition ? Forcément, ils vont être surpris ! Et en colère… et effrayés, affirma Meredith.

Elles arrivaient à l'étage du cours de Métamorphose. Au loin, Basile Martell leur fit signe, et elles s'approchèrent de lui, sans se soucier d'Abby Glitters, ou miss Sombre, devant qui elles passaient, qui les ignora aussi, plongée dans ses livres de Botanique et de Potions.

- Mais si la décision n'était pas non plus appréciée des autres ? Qui me dit que j'aurai du monde, pour les sélections ?

Meredith se retint de rire difficilement, parce qu'elle savait que ce ne serait pas apprécié par Lily. Dans l'état actuel des choses, éprouver autre chose que du calme ou de la sérénité ne ferait que paniquer Lily encore plus. Pour autant, elle ne parvint pas à cacher son sourire légèrement supérieur.

- Lily, tu es bien placée pour savoir que les sorciers ne peuvent pas se passer de Quidditch.

- Oui, mais…, tenta Lily.

- Prenons exemple avec toi. Si on devait te dire que tu ne pouvais pas jouer, ou même penser au Quidditch, reprit Meredith sans se préoccuper de l'interruption, tu paniquerais.

Pendant une seconde, Lily imagina ce que serait une vie où le Quidditch n'aurait pas sa place. Et comme l'avait si justement fait remarquer sa meilleure amie, cela lui provoqua immédiatement des sueurs froides. Qui pourrait supporter un tel monde ? Elle ne pensait pas que le Quidditch était tout, elle ne pensait pas que c'était la finalité de sa vie, mais en être privé n'était pas envisageable.

- Tu vois ? dit Meredith, qui avait suivi le cheminement de pensées de sa meilleure amie. Le Quidditch, c'est ta vie. Et, d'accord, tu es légèrement à part, tu es plus passionnée que la moyenne, mais, quand même. Les sorciers ont besoin de Quidditch. Tu auras du monde pour les sélections.

Lily hocha la tête, en partie rassurée par ce que lui disait Meredith, même si le doute subsistait encore.

- Vous parlez encore de Quidditch ? soupira Basile qui les suivit à l'intérieur de la salle.

- Basile, il faut que tu comprennes quelque chose, rit Meredith. Lorsqu'on est ami avec Lily, il faut être capable de parler Quidditch à n'importe quelle heure de la journée. Même en pleine nuit, termina-t-elle.

- Ce n'est arrivé qu'une seule fois ! s'offusqua Lily.

Deux ans plus tôt, Lily avait soudainement éprouvé le besoin, à trois heures du matin, de parler de Quidditch International. Malheureusement pour Meredith, Lily n'avait pas voulu soliloquer, et l'avait réveillée, pour avoir une oreille attentive pour son monologue. Meredith gardait un souvenir amer de cette nuit, et n'hésitait pas à le rappeler régulièrement à Lily.

- Et ce fut la plus longue nuit de ma courte existence, dit Meredith, dramatique.

- Ne l'écoute pas, reprit Lily en se tournant vers Basile et en tentant de se donner un air exaspéré. Elle exagère. Il m'arrive de ne pas parler de Quidditch lorsque je suis avec des personnes qui n'apprécient pas forcément ce sport.

- Ou lorsque vous êtes en cours de Métamorphose, miss Potter ? demanda brusquement leur professeur, qui venait d'entrer dans la classe, les faisant tous sursauter. Bien. Maintenant que j'ai votre attention, je vous rappelle que si vous êtes ici, c'est parce que vous avez obtenu pas moins d'un Effort Exceptionnel à vos BUSE, et que la matière vous passionne assez pour que vous continuiez cette année à la suivre. Sachez cependant que si vos BUSE sont à présents derrière vous, il n'en reste pas moins que les ASPIC se rapprochent à grands pas, et que deux ans ne sont pas de trop pour vous y préparer.

En même temps que leur professeur leur parlait du prochain examen particulièrement ardu qu'ils auraient à passer pour obtenir leur diplôme, les élèves s'installèrent à leur place, et sortirent leurs affaires.

- Comme vous le savez peut-être, il vous sera demandé d'effectuer vos métamorphoses à l'aide de sortilèges informulés. Ce que sont les sortilèges informulés n'appartenant pas au programme de Métamorphose, je laisserai votre professeur de Défense Contre les Forces du Mal vous expliquer leurs subtilités, et comment les appréhender. Dès la semaine prochaine, nous commencerons à les utiliser dans mon cours, étant donné que vous n'avez pas encore tous eu cours avec le professeur Drew, selon vos emplois du temps.

Le professeur Lupin interrompit son discours, le temps que ses élèves prennent conscience de ce qu'il était en train de leur annoncer.

- Maintenant que ceci est assimilé… Qui peut me parler de la métamorphose humaine ? Oui, miss Patterson ?

Une Serpentard que Lily connaissait parce qu'elle était poursuiveuse pour l'équipe de Quidditch de sa maison prit la parole. Elle ne lui avait jamais parlé, mais il lui semblait se rappeler que Teddy ne disait que du bien de cette élève, douée en Métamorphose.

- La métamorphose humaine est une branche de la métamorphose permettant la modification d'une partie du corps d'un être humain, via un sortilège. Elle permet de modifier notre apparence de façon plus longue et permanente que les potions, puisqu'un autre sort est nécessaire pour stopper ses effets, alors que les potions arrivent au bout de leurs effets après quelques heures.

- Cinq points pour Serpentard. C'est effectivement cela. La métamorphose humaine est bien plus complexe que ce que nous avons vu jusqu'à présent, et… un problème, monsieur Faucett ?

Tous les élèves se tournèrent vers le gardien des Serdaigle, Ryan Faucett, qui avait des difficultés à ne pas rire.

Se recomposant un air sérieux, Ryan exprima le fond de sa pensée, et ce qui l'amusait tant :

- Bah… Je dois reconnaître, professeur, que je trouve cela plutôt… étrange que vous disiez que c'est complexe, alors que vous êtes Métamorphomage. Je veux dire, pour vous, la métamorphose humaine, c'est très simple. Comment est-ce que vous savez que c'est compliqué pour nous ?

Lily sourit doucement. Elle connaissait très bien Teddy Lupin, étant donné qu'il était le filleul de son père et qu'il passait la majeure partie de son temps libre chez eux depuis toujours, du moins lui semblait-il. Elle savait qu'il ne fallait jamais lui dire qu'il était facile pour lui d'être professeur de Métamorphose parce qu'il était Métamorphomage. C'était extrêmement stupide de la part de Ryan de faire de l'ironie quant au don de Métamorphomage de Teddy. Il allait amèrement le regretter.

Dix secondes plus tard, en effet, Ryan se retrouvait affublé d'un sourcil rose, d'un autre vert et une mèche de ses cheveux était à présent orange, ce qui jurait avec ses cheveux blonds.

- Sachez, monsieur Faucett, que la métamorphose humaine ne s'étend pas uniquement à soi-même, sinon qu'elle peut aussi être effectuée sur d'autres personnes, comme vous venez d'en faire l'expérience. Enfin, ne croyez pas que parce que je suis Métamorphomage, je n'ai pas eu à travailler comme vous. Peut-être même devais-je travailler plus, car j'ai dû réapprendre tout ce que je savais d'une nouvelle façon. Avec ma baguette magique, précisa-t-il quand ses élèves le regardèrent sans réellement comprendre ce qu'il voulait dire. À présent que ce petit détail est éclairci, et que vous êtes assurés que je suis capable de vous enseigner la métamorphose humaine de façon magique et non innée, peut-être daignerez-vous ouvrir vos livres à la page dix. Monsieur Faucett, si vous souhaitez retrouver votre apparence naturelle, je vous conseille d'écouter très attentivement durant ce cours.

En lisant les premières lignes du chapitre qu'ils étudiaient aujourd'hui, Lily sourit. La Métamorphose était une matière extrêmement difficile. Mais elle avait grandi en entendant Teddy en parler avec adoration, alors elle avait fini par apprécier cette discipline autant que lui. Cependant, l'apprécier ne lui suffirait pas à la maîtriser.

Elle releva rapidement les yeux vers Teddy, et échangea un regard bref avec lui, avant de se replonger dans sa lecture. Elle se rappelait d'une époque où Teddy était bien plus joyeux, bien plus souriant, et bien plus détendu. C'était une époque qui datait déjà d'il y a deux ans. Une époque où il avait une élève qu'il appréciait grandement. Une élève nommée Astrid Smith, à qui il avait écrit une lettre de recommandation pour son entrée chez les Aurors. C'était une époque qui semblait bien lointaine, pour Lily Potter. Une époque où son entourage ne s'inquiétait pas pour son grand frère, une époque où personne ne se lamentait du caractère bien trop sérieux de Teddy en dehors de ses salles de cours. Parce que la mort d'Astrid avait chamboulé beaucoup de personnes qui lui étaient proches. Teddy s'était renfermé, n'arrivant pas à croire qu'en des temps aussi calmes, la mort pouvait prendre une élève qui avait de grandes espérances. Il avait cru, durant des années, que les seules morts brutales qui l'affecteraient seraient celles de ses parents.

Elle soupira doucement, et tourna la page de son manuel. Ce soir, une fois qu'elle serait dans son dortoir, elle essaierait de contacter James. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas eu une discussion rien que tous les deux, et cela lui manquait. Et, surtout, elle savait que son frère avait besoin, de temps à autre, de discuter avec elle. Rien qu'avec elle.

C'est au cours du dîner que Lily eut l'occasion de voir si son idée de réformer toute l'équipe était appréciée ou non. Elle venait à peine de s'asseoir à côté de Meredith et en face de Matt que, quelques mètres plus loin, Filou se levait et s'approchait. Sans même se tourner vers lui directement, Lily comprenait qu'il n'était pas content, et que ça avait tout à voir avec l'affiche des sélections qu'il tenait à la main. Se préparant à une nouvelle dispute, elle tenta de se composer un visage neutre et assuré.

Alors qu'en réalité, elle était tourmentée et peu confiante. À elle de jouer son rôle à la perfection pour que Filou n'ait pas conscience de sa nervosité.

- C'est une blague, Potter ? siffla Filou à peine était-il à son niveau.

Lily comprit, lorsqu'ils cessèrent tous de manger maintenant que Filou était à côté d'elle, que les Gryffondor attendaient ce moment depuis que les affiches étaient posées. Ce moment où un joueur de l'ancienne équipe de Gryffondor viendrait voir la nouvelle capitaine pour lui dire ce qu'il pensait des sélections, et du fait qu'elle ait pris cette décision sans en parler à personne.

Tentant de ne pas songer à tous les regards qui pesaient sur elle, Lily leva presque tranquillement le visage pour regarder directement Filou.

- Je ne pense pas que ce soit une blague de très bon goût et, vois-tu, je dispose d'un sens de l'humour demandant un niveau assez élevé. Donc non. Non, ce n'est pas une blague, clarifia-t-elle.

Sa réponse, comme elle pouvait s'y attendre, ne fut pas appréciée à sa juste valeur. Elle avait pourtant essayé de la rendre aussi légère et amicale que possible.

- Tu crois vraiment que parce que tu t'appelles Potter et que tout le monde te fait des compliments sur ton jeu, tu peux jeter tout ce que Beng a construit avant toi, et décider de refaire toute une équipe ?

Tout ce qu'elle craignait venait de lui être dit. Elle avait peur que son autorité de capitaine ne soit pas respectée, elle craignait qu'on lui reproche de ne pas respecter le travail de ses prédécesseurs. Avoir la certitude que des anciens de l'équipe n'aimaient pas sa décision était un coup dur. Seulement, aussi difficile à supporter était cette certitude, il n'en restait pas moins que cette situation était due à la décision qu'elle avait prise en tant que capitaine.

Soudainement ragaillardie par cette pensée, c'est en n'oubliant pas qu'elle était la personne qui décidait de tout ce qui avait trait à l'équipe de Gryffondor qu'elle sut quoi répondre à Philip Tomas.

- Je crois que je suis capitaine, Tomas, gronda Lily en omettant délibérément d'employer le surnom du joueur. Ce qui veut dire, entre autres, que je peux faire ce que je veux de l'équipe dont je suis la capitaine. Et si cela veut dire reformer toute une équipe, alors, je le fais.

Sa voix trembla légèrement lorsqu'elle prononça sa dernière phrase, et elle espéra que cela serait considéré comme de la colère. Malheureusement, Philip Tomas savait que Lily Potter n'était pas aussi assurée qu'elle le prétendait toujours. Il se rappelait très bien de ses débuts dans l'équipe, et il savait qu'elle pouvait douter facilement, si on savait comment la faire douter. Et là, il le savait.

Il sourit doucement.

- Tu veux que je te dise, Potter ? Tu as commis une erreur. Et tu t'en rendras compte samedi, lorsqu'il n'y aura personne à tes sélections. Tu seras seule. Pas de joueurs à sélectionner. Ne compte pas sur moi pour être présent, en tout cas.

Et il déchira l'annonce qu'il avait encore à la main. Légèrement blanc et tremblant, il ancra ses yeux dans ceux de Lily, et elle sut à cet instant qu'il ne bluffait pas. Il ne serait pas présent pour les sélections.

- Personne de l'ancienne équipe ne viendra. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'on ne te considère pas comme notre capitaine légitime.

Lily ouvrit légèrement la bouche pour protester, mais elle n'en eut pas le temps.

- Tu as tort, Tomas.

À trois places de là, le second batteur de l'équipe, Marcus O'Neil, souriait tranquillement en jouant avec la nourriture dans son assiette. Il lâcha sa fourchette, posa ses coudes sur la table, croisa ses mains et cala sa tête sur le nœud formé par ses doigts. Il tourna ensuite son regard chocolat, où on lisait une détermination tranquille vers Lily et Philip.

- Moi, personnellement, je serai présent aux sélections. Et je trouve que Potter l'Éclair est bien plus légitime que ne l'a jamais été Beng. Et puis, de qui tu te moques ? Si tu ne viens pas aux sélections, ce n'est pas parce que tu penses qu'elle a tort d'agir comme ça. C'est parce que tu as peur qu'il y ait de meilleurs joueurs que toi. Moi aussi, j'ai peur. J'aime jouer au Quidditch, et je tiens à ma place. Mais je prends le risque d'être remis à ma place et de voir de meilleurs joueurs sur le terrain. Moi, ce que je veux, c'est que ma maison gagne la Coupe.

- Avec Beng…, tenta Filou.

- Nous avions autant de chances de remporter la Coupe que les Scamander de trouver des Ronflaks Cornus. Sans vouloir offenser le travail de vos parents, hein, les jumeaux, termina-t-il en se tournant vers les garçons de Luna et Rolf Scamander.

Lesquels lui firent comprendre d'un signe de main qu'ils n'étaient aucunement vexés des paroles de leur camarade, deux ans plus âgé qu'eux. Vexer les Scamander était impossible.

- Si tu ne veux pas venir samedi, c'est ton problème, termina Marcus en se décidant à se servir du dessert. Mais ne parle pas au nom des autres joueurs. Parce que moi, je ne partage pas ton avis. Et là, si je peux me permettre un conseil, c'est le moment où tu arrêtes de tous nous ennuyer, et où tu retournes t'asseoir. J'aime bien manger dans le calme, sans qu'un drame ne soit déclenché.

Comme s'il n'avait rien dit, Marcus O'Neil se retourna vers son assiette, et reprit la conversation qu'il avait avec l'élève à sa gauche, qui fit comme son ami : comme si de rien n'était.

Philip Tomas hésita un instant. Il paraissait avoir très envie de répondre à Marcus, mais sa sagesse lui fit certainement remarquer qu'il n'aurait rien de très intelligent à répondre à ceci. Déjà, les élèves de Gryffondor ne semblaient plus aussi sûrs d'être d'accord avec Philip Tomas, et les regards se tournaient autant vers lui que vers Marcus, comme analysant les deux discours, et sous-pesant les arguments de chacun.

- Il n'y aura pas toujours quelqu'un pour te défendre, Potter, murmura-t-il simplement avant de retourner à sa place, non sans lui adresser un dernier regard noir.

Toute envie de manger envolée, Lily repoussa son assiette à peine entamée et soupira.

- Bon. Ça a le mérite d'être clair, tenta Matt en grimaçant.

Lily enfouit sa tête entre ses mains.

- Mais pourquoi est-ce que j'ai voulu refaire toute l'équipe ? se lamenta-t-elle.

- Parce que c'est la meilleure chose à faire, de ton point de vue, lui rappela Meredith.

- Oui, enfin, ce ne sera pas la meilleure chose à faire si personne ne vient, rétorqua Lily.

- Il y aura du monde, la rassura Matt. Tu peux en être sûre, surtout maintenant que Marcus O'Neil a dit que tu avais raison. Tu es certaine qu'il viendra, maintenant.

- Tu as peut-être raison…, soupira Lily.

Pour autant, elle n'était pas spécialement rassurée. Elle mangea peu, ce soir-là, malgré les efforts de Matt et de Meredith, et lorsqu'ils remontèrent à la salle commune et que Basile voulut discuter avec elle du devoir de Soins aux Créatures Magiques, elle l'écouta à peine, se contentant de hocher la tête, jusqu'à ce que le garçon lui demande ce qui lui arrivait. Elle profita alors de sa question pour mentir, en disant qu'elle était fatiguée, et pour grimper dans son dortoir, sans même dire au revoir aux autres. Elle se hissa sur son lit, prit soin de fermer les rideaux, d'insonoriser autour d'elle pour que miss Sombre, elle aussi présente dans le dortoir, ne s'étonne pas de l'entendre parler, et, glissant la main sous son matelas, en sortit un petit miroir, qui paraissait anodin – lorsqu'en réalité, il ne l'était pas du tout.

- James, souffla-t-elle directement sur le miroir.

Une minute plus tard, une longue minute durant laquelle elle crut qu'elle n'aurait finalement pas l'occasion de parler à son grand frère, celui-ci apparut.

Ses cheveux légèrement plus clairs que ceux d'Albus, qui avait hérité du noir de jais des Potter, étaient en désordre, et une plaie fraîchement refermée s'étirait sur son nez.

- Qu'est-ce que tu as fait ? demanda Lily.

- Hein ? Oh, j'imagine que tu veux parler de la blessure, dit James en levant la main à son nez. Trois fois rien. C'était une plante carnivore un peu récalcitrante.

James poussa un long soupir fatigué. Ses yeux ne brillaient plus de l'éclat que Lily leur connaissait, et son cœur se serra d'une telle force qu'elle crut qu'il allait le remarquer. Mais James ne remarquait plus grand-chose. Il y avait deux ans de cela, il aurait raconté son combat acharné contre cette plante, exagérant certainement, mais au moins, il aurait paru vivant en lui expliquant ce qui lui était arrivé. Aujourd'hui, James paraissait éteint. James n'était plus que l'ombre de lui-même, et comme à chaque fois, Lily dut refouler un sanglot.

- Alors, tes premiers jours à Poudlard ?

- J'ai réussi à me mettre deux capitaines à dos, et la quasi-totalité de l'ancienne équipe. Oh, et j'ai une retenue, aussi.

Son frère leva les yeux au ciel, et réussit presque à afficher un sourire amusé.

- Il ne t'aura pas fallu longtemps.

- Comme toujours, rit Lily.

- Qu'est-ce qui s'est passé, avec les capitaines ?

Lily soupira, et se lança dans son récit, son frère l'écoutant attentivement.

- Et Jay le Vif, il en pense quoi ? demanda-t-il lorsque sa sœur eut terminé.

Lily haussa les épaules.

- J'ai l'impression qu'il est plutôt d'accord avec moi, avoua-t-elle. Il ne l'a pas dit directement. Mais l'idée générale, c'était ça.

- Si Jay le Vif est d'accord, je pense que tu peux lui faire confiance. Non ?

Lily hocha la tête.

- C'est aussi ce que pense Meredith. Mais est-ce que la décision n'est pas… radicale ?

James renifla dédaigneusement.

- Lorsque Beng était capitaine, est-ce que quelqu'un s'est déjà interposé entre lui et toi, lorsque vous vous disputiez parce que vous n'étiez pas d'accord sur la façon d'appréhender les matchs ?

Lily secoua la tête, même si cette question était purement rhétorique. Non, personne n'avait jamais dit être d'accord avec elle.

- Alors, tu fais bien. Tu ne dois pas avoir une équipe soudée avec son ancien capitaine. Tu dois avoir une équipe soudée avec toi. Tu es la capitaine. C'est à toi de te faire craindre de ton équipe. D'être leur tyran.

- Oh, James…, soupira Lily.

Astrid Smith, lorsqu'elle était capitaine, était surnommée la Tyrannique.

- C'est rien, Lily. Il faut bien que je passe à autre chose, pas vrai ?

Lily acquiesça, se mordant la lèvre pour refuser de dire ce qu'elle pensait réellement, à savoir que James n'était pas capable de passer à autre chose. Il finissait toujours par penser à Astrid Smith.

Ils se regardèrent un moment dans les yeux. Lily voulut dire quelque chose, essayer de raisonner James, de lui changer les idées pour l'empêcher de se morfondre, mais ce n'était pas un jour où James était capable de l'écouter. Il détourna le regard, comme cherchant à fuir les yeux désolés et plein de pitié de Lily. Et, comme souvent, il trouva le moyen d'écourter la discussion.

- Euh, écoute Lily, je dois voir Chuck et Mélina ce soir, j'ai pas tout compris, mais c'est important… Est-ce que tu peux essayer de me recontacter dans quelques jours ?

- Ouais, bien sûr, lui assura Lily.

- Super, soupira James. Et… envoie une lettre à Al. Par pitié. Il est venu me voir trois fois aujourd'hui pour savoir si j'avais de tes nouvelles. Le sevrage est difficile pour lui.

Lily étouffa difficilement un rire.

- Promis, je vais lui écrire une lettre. Dès demain ! ajouta-t-elle alors que James s'apprêtait à la supplier de le faire dans l'instant. J'ai bien le droit de me reposer un peu. Et toi, dépêche-toi d'aller les rejoindre. Ils vont t'attendre.

- Bien, chef ! plaisanta James. Et, Lily…

- Oui ?

- Arrête de t'inquiéter pour moi. Je sais bien que tu m'as contacté pour ça. Mais ne t'inquiète pas. Je vais bien. Occupe-toi plutôt de tes sélections de Quidditch.

- D'accord, souffla sa sœur.

Ils échangèrent un dernier sourire, et puis, l'un comme l'autre reposa son miroir.

Non, James n'allait pas bien. Mais si ça lui faisait du bien de croire qu'il ne vivait pas dans le passé, Lily allait lui faire le plaisir de le croire. Jusqu'à ce qu'il réalise enfin qu'il était temps pour lui de faire un pas en avant, et de fermer la porte du passé.

En attendant, elle allait suivre ses conseils, et se préoccuper du Quidditch.

Elle enfouit sa tête dans l'oreiller.

Vivement que les sélections soient loin derrière elle.


Note d'auteur.

Bonjour la compagnie ! Comment allez-vous, depuis la semaine dernière ? Autant vous le dire, ma motivation n'est toujours pas revenue (et c'est pas aujourd'hui que ça va changer, entre ma journée qui a commencé en retard et mon absence de calme depuis mon réveil). J'essaie de la stimuler, pourtant. Mais comme à chaque fois, je me projette trop. Je vois la fin de cette FF, je vois ce qui va venir derrière... et je suis incapable d'écrire le chapitre en cours. C'est triste, et nul. Mais ça va revenir, ça va revenir ! J'ai quand même réussi à l'avancer d'un tiers. Enfin. De toute façon, j'ai bien assez d'avance pour me permettre de traîner un peu dans l'écriture, en ce moment. Passons.

Comme on peut le constater, les Gryffondor et les autres équipes (à l'exception des Serdaigles !) ne son pas très contents de la décision de Lily. Il faut dire qu'ils auraient préféré que ça reste comme c'était avant. Mais Lily, elle n'en fait qu'à sa tête ! Sauf qu'à présent, elle le regrette un peu, parce qu'elle n'est pas certaine d'avoir du monde. Et qu'elle est quand même un peu stressée de nature, cette Lily. Enfin.

Sinon, comme toujours, merci pour vos reviews, et merci à DelfineNotPadfoot pour ses relectures. Et je vous dis à la semaine prochaine pour un chapitre de sélections ! Bonne semaine à nous, et à mardi prochain, sans faute.