Disclaimer : Harry Potter, qu'on ne devrait même plus présenter, appartient à J.K. Rowling. Et moi, à mes heures perdues, j'écris des fanfictions sur cet univers.


Nouvelle perspective de vie.

La première semaine de décembre apporta son lot de changement, à Poudlard. Tous les élèves n'étaient pas forcément affectés, mais il était certain que chaque élève était au moins touché par la venue prochaine des délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang. C'était aussi durant cette semaine que tous les élèves se rendaient compte que les vacances approchaient, et qu'ils n'avaient plus que quelques semaines pour trouver des idées de cadeaux pour toute leur famille.

La première semaine apporta aussi son lot de ragots. On racontait dans tout le château que Peeves avait réussi le coup de maître de fâcher des fantômes entre eux. Tout le monde s'intéressait aussi grandement au fait que la batteuse de Poufsouffle avait rompu avec le gardien, ce qui faisait que le gardien et le poursuiveur, qui jusqu'à présent ne se disaient même plus bonjour, semblaient tous les deux être devenus les meilleurs amis du monde, surtout si cela pouvait leur permettre de dire du mal de la batteuse qui avait brisé leur cœur. Et enfin, tout le château était au courant que Lily Potter n'était plus célibataire.

Et ça, étonnamment, tout le monde en parlait, alors même que les histoires amoureuses étaient extrêmement courantes, dans un collège plein d'adolescents.

Surtout parce que beaucoup étaient surpris en apprenant l'identité de la personne qui sortait avec Lily.

Lily posa son balai contre son casier, puis se tourna vers l'équipe de Gryffondor, souriant largement. Ses coéquipiers poussèrent immédiatement un soupir de soulagement. Si Lily souriait, cela voulait dire qu'ils avaient bien joué ce soir, et qu'elle était contente d'eux.

- Gavin, je suis vraiment contente, tu ne t'es pas une seule fois déporté trop sur la gauche ! Tu as encore un peu de mal à anticiper les tirs, mais ceux de Cleo étaient plutôt compliqués aujourd'hui, et pourtant, tu en as arrêté la moitié. Marcus, ton revers de batte est vraiment pas mal. On va travailler ça, cette semaine, avec Samantha. Les autres, votre jeu était plus que correct. On se voit mardi, entraînement avant le petit-déjeuner !

Elle n'avait pas encore terminé sa phrase que, déjà, chacun se dirigeait vers les douches pour tenter de se réchauffer après avoir passé une heure à voler dans le froid. Elle en fit de même, prenant plus son temps que les autres. Elle avait déjà été malade une fois à cause du mauvais temps, elle n'avait aucune envie que cela recommence.

Comme elle s'y attendait, lorsqu'elle sortit des douches, elle était seule dans les vestiaires. Tous les joueurs s'étaient empressés de rejoindre le château. Elle vérifia que tout était fermé, puis sortit elle-même du vestiaire. Elle avait envie de rejoindre la Grande Salle, même en sachant que la plupart des plats seraient déjà terminés, et qu'elle n'aurait pas grand-chose à manger. Traversant rapidement le terrain de Quidditch, elle remarqua à peine la silhouette qui l'attendait au bout, et dut l'éviter au dernier moment.

- Mince ! Basile, désolée ! s'excusa immédiatement Lily, après avoir manqué renverser le garçon. Je ne regardais pas où j'allais…

D'un signe de la main, il la rassura.

- On retourne au château ? proposa-t-il.

- Volontiers, soupira Lily. Je meurs de faim.

- Je m'en doutais un peu, plaisanta Basile. Je ne sais pas comment font tes joueurs pour ne pas te détester de les forcer à aller sur le terrain le ventre vide…

Lily éclata de rire.

- En toute honnêteté, je pense qu'ils me détestent un peu plus chaque jour, mais qu'ils le cachent très bien !

Ils arrivèrent rapidement au château. Les couloirs étaient déserts, les élèves étant soit dans leur salle commune, soit dans la Grande Salle, pour les retardataires du dîner.

- Les joueurs de Poufsouffle et de Serpentard te détestent, pour avoir changé l'équipe. Mais les tiens, j'en doute, lui assura Basile. Attention, chuchota-t-il en tirant Lily vers lui.

Un fantôme venait vers eux, sans que Lily ne l'ait remarqué, et comme tous les élèves de Poudlard, elle détestait lorsqu'un fantôme lui passait à travers le corps. Ils saluèrent le fantôme – un membre du club des Chevaliers sans tête, apparemment.

- Faites attention, jeunes gens, à vous tenir l'un contre l'autre dans un recoin, la concierge va se faire de fausses idées… et elle est déjà de très mauvaise humeur, aujourd'hui, à cause de Peeves ! les avertit le fantôme avec un clin d'œil avant de s'éloigner en flottant.

Les deux Gryffondor rougirent en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire.

- Hum. C'était, hum…

- Vraiment gênant, soupira Lily en s'éloignant un peu de Basile. Un peu comme si…

Elle se tut en réalisant que sa main droite ne suivait pas le mouvement de son corps. Basile la retenait toujours. Silencieusement, elle laissa ses yeux glisser sur sa main et celle de Basile, avant de lever des yeux interrogateurs vers le garçon.

- Enfin… si ça te va, dit-il nerveusement.

Songeusement, Lily observa encore quelques secondes leurs mains. Puis, quand elle sentit qu'elle rendait Basile nerveux alors qu'elle le faisait patienter, elle sourit, et serra à son tour celle du garçon.

- Je crois que ça me va très bien, dit-elle simplement en reprenant sa route.

Le soulagement de Basile était totalement perceptible. Son rougissement aussi, remarqua Lily, avant d'avoir la délicatesse de faire comme si elle ne l'avait pas remarqué.

En fait, elle-même se rendait compte qu'elle était légèrement gênée de la situation. Non pas qu'elle ne voulait pas de cette situation, seulement, elle réalisait à l'instant présent ce qu'elle signifiait : tous les élèves de Poudlard étaient susceptibles de savoir qu'elle se promenait main dans la main avec Basile Martell. Et pour avoir évité autant que possible les ragots toute sa vie durant, Lily n'était que peu à l'aise avec l'idée qu'aujourd'hui, elle se mettait sous le feu des projecteurs.

- Tu as la main gelée, fit remarquer Basile.

- C'est le Quidditch. J'avais oublié mes gants, ajouta-t-elle. Mais ça va s'arranger d'ici quelques minutes.

Basile s'apprêta à ajouter quelque chose, mais il fut interrompu par l'arrivée de deux élèves de Serdaigle, qui faisaient un tel raffut que tout le château devait les entendre.

- Je te jure que je ne sens plus mon coude, depuis deux jours ! Jay est un tyran ! Cet entraînement a failli m'achever !

- Je suis certaine que tu exagères, Ryan, soupira la fille qui l'accompagnait, Liz Raven, une poursuiveuse de l'équipe.

- J'exagère ? Tu pleurais presque, lorsqu'on a terminé l'entraînement ! lui rappela Ryan.

- Pourquoi dire presque ? s'esclaffa Liz. Je pleurais vraiment, tellement j'étais épuisée !

Certainement que Liz avait autre chose à dire. Mais quoi que ce soit, elle s'arrêta dans son élan en remarquant qu'elle n'était pas qu'avec Ryan dans le couloir. Elle commença à sourire à Lily en la reconnaissant, mais son sourire s'estompa au même moment où Ryan lui saisissait le bras, comme ayant remarqué quelque chose de nouveau.

- Vous, euh…, commença-t-il, avant d'être interrompu par le coude de Liz se plantant dans ses côtes.

Le gardien des Serdaigle grimaça, avant de lancer un regard noir à sa coéquipière. Il tenta de sourire naturellement.

- Vous êtes là ? demanda-t-il maladroitement.

Si c'était une manière comme une autre de rattraper sa phrase précédente, qu'il avait laissée inachevée, c'était une façon particulièrement bancale. Sa réflexion était tellement inadaptée à la situation que Liz, Basile et Lily lui lancèrent un regard surpris.

- On est là, oui…, dit lentement Lily. Vous aussi, fit-elle remarquer.

Le regard de Ryan glissa sur les mains du nouveau couple. Le rouge monta aux joues de Lily. Voilà exactement la situation qu'elle voulait éviter.

- On va y aller, dit-elle alors. Je n'ai pas encore mangé. Et… Enfin, on y va.

Lily jeta un coup d'œil à Basile, qui était gêné tout autant qu'elle. Elle se mit en route, l'entraînant à sa suite.

- Bonne chance pour vos courbatures, ajouta-t-elle en les dépassant.

- Merci, grommela Ryan.

Sans dire un mot, Lily et Basile continuèrent leur route jusqu'à la Grande Salle. Un peu avant d'y arriver, ils s'arrêtèrent au beau milieu d'un couloir, après s'être assurés que personne n'était là pour les observer, et ils échangèrent un sourire à la fois nerveux et amusé.

- C'était vraiment bizarre, plaisanta Basile.

- Je ne me souviens pas avoir déjà vécu une situation aussi bizarre, rit Lily. J'aurais bien voulu que les Serdaigle ne soient pas les premiers à l'apprendre…

Ils tournèrent dans un nouveau couloir, le dernier avant la Grande Salle.

- Comment ça ? s'étonna Basile. Pourquoi est-ce que tu ne veux pas que les Serdaigle soient les premiers à l'apprendre ? Toute l'école finira de toute façon par le savoir. Et puis… Seek est ton ami, non ? Tu ne veux pas qu'il le sache ?

Lily lança un regard surpris à Basile. Elle ne s'était pas attendue à entendre de la verve dans la réponse que lui ferait le garçon, aussi se dit-elle qu'elle ferait bien de réfléchir précautionneusement aux mots qu'elle utiliserait dans ses prochaines paroles, pour éviter une autre réaction virulente.

- J'aurais préféré qu'il l'apprenne de vive voix, dit simplement Lily. Justement parce que c'est mon ami, ajouta-t-elle. C'est le genre de choses qu'on dit à ses amis.

- Oui, mais tu n'es pas non plus sa plus proche amie, lui fit remarquer Basile. Que tu le dises à Meredith de vive voix, je le comprends… Mais Seek n'est même pas dans notre maison. Vous êtes plus souvent des adversaires que des amis. Donc, qu'est-ce que ça change, qu'il le sache de vive voix, ou par d'autres élèves ?

Lily était prête à répondre. Elle avait une réponse toute prête, quelque part dans son esprit, elle en était certaine. Pourtant, alors qu'elle voulait répondre à Basile, elle réalisa rapidement qu'elle n'arrivait pas à trouver les bons mots. Rien ne lui venait.

Elle savait qu'elle devait le dire de vive voix à Jason, elle en était intimement convaincue. Seulement, elle n'arrivait pas à comprendre d'où venait cette conviction. C'était comme si elle n'avait pas tous les éléments nécessaires pour formuler une réponse logique.

Alors, elle hocha la tête, tout simplement, pour montrer son accord avec Basile. Effectivement, ça ne changeait pas grand-chose, finalement, qu'elle le dise de vive voix à Jason ou non. Il finirait par l'apprendre.

Mais elle avait quand même l'impression qu'il était anormal qu'elle ne lui dise pas. Comme si elle avait tort. Comme si elle manquait à ses devoirs d'amie.

Le match Poufsouffle contre Serpentard était grandement attendu par les élèves de Poudlard. Vraiment tous les élèves, pour une fois, étaient impatients, même ceux qui n'étaient pas de grands appréciateurs du noble sport des sorciers. Les paris allaient bon train, mais pas tant sur l'issue du match. Non, les déboires qui étaient présents au sein de l'équipe de Poufsouffle étaient bien plus intéressants, et tous les élèves étaient au courant que le gardien, la batteuse et l'un des poursuiveurs étaient en pleine guerre froide, et chacun attendait de savoir si cela allait se remarquer sur le terrain. Beaucoup disaient que la batteuse ne ferait rien pour sauver ses deux ex, étant donné leurs comportements plus que dédaigneux à son égard, ces derniers jours. Les Poufsouffle n'étaient pas sur le point de disputer un match qui resterait dans les mémoires. On s'attendait plutôt à des erreurs de débutants, et des actions qui démontreraient l'esprit divisé de l'équipe. Bien sûr, comme pour chaque match, l'issue resterait déterminante, mais nombreux étaient les élèves qui s'attendaient à la victoire de Serpentard, simplement parce que les Poufsouffle n'étaient pas en condition de jouer un match correct.

Et Jason Seek, s'il essayait tant bien que mal de se concentrer sur le match, et uniquement sur celui-ci, ne pouvait décemment pas faire comme s'il ne voyait pas que ses camarades de Serdaigle lui occupaient l'esprit, de sorte à ce qu'il ne se concentre pas trop sur ce qui se passait dans les gradins de Gryffondor. Depuis la veille au soir, de toute façon, tous les élèves de son équipe, et quelques camarades de la maison de Serdaigle, marchaient sur des œufs à chaque fois qu'ils s'adressaient à lui. La raison de tous ces efforts n'était pas bien compliquée à comprendre. La veille au soir, Liz Vanberg et Ryan Fawcett étaient revenus dans la salle commune en affichant des têtes d'enterrement, et cela n'avait rien à voir avec les courbatures et les différentes blessures qu'ils avaient pu avoir au cours de leur entraînement de Quidditch. Ils avaient apparemment eu une longue discussion sur la possibilité de raconter à leur capitaine ce qu'ils avaient vu dans les couloirs en remontant de la Grande Salle, et le choix de dire la vérité s'était vite imposée. Ils préféraient être détestés par Jason Seek parce qu'ils lui avaient dit ce qu'ils avaient surpris plutôt que d'être haïs pour l'avoir caché.

Jason avait, apparemment, très bien pris la nouvelle. En tout cas, c'est comme ça qu'ils l'avaient interprété – parce qu'il était plus facile de se dire qu'il avait bien réagi plutôt que d'accepter de voir au-delà des apparences. Mais même si Jason Seek ne paraissait pas blessé plus que nécessaire, même s'il affichait bonne mine, même si la journée semblait n'avoir rien d'exceptionnel pour lui, il s'était avoué à lui-même, depuis qu'il avait appris la nouvelle, que son orgueil en avait pris un sacré coup, et que la triste mélancolie qui l'enveloppait depuis la veille n'était pas due au temps morose, sinon à l'annonce qui lui avait été faite. Et puis, cette main qui lui oppressait la poitrine était des plus désagréables, aussi.

Il avait beau ne s'être ouvert à personne des nouveaux sentiments qui le tourmentaient depuis la veille, Léana savait exactement ce qui se passait en lui. C'était le problème majeur que Jason imputait à leur amitié : Léana était trop observatrice, et quand elle savait avoir eu raison, elle devenait insupportable. Comme depuis la veille au soir, par exemple. Les regards lourds de reproches qu'elle envoyait à Jason était pour le moins éloquents, et il avait beau faire celui qui ne les percevait pas, il ne pouvait pas se mentir longtemps : Léana avait eu raison, et c'était grandement de sa faute si Lily Luna Potter s'était laissée accaparer par Basile Martell.

Elle lui lança d'ailleurs un dernier regard. Il n'y avait cependant pas que de la colère dans ses yeux, Jason le voyait bien. Il y avait pire : une once de pitié. C'en était pathétique.

- Asseyez-vous, aboya finalement Léana à l'adresse des deux filles de septième année qui étaient devant eux. On ne voit rien…

Les filles sursautèrent, avant de s'exécuter, et Jason retint de justesse un soupir de frustration. Il savait très bien pourquoi ces deux filles étaient toujours debout, et pourquoi Léana voulait qu'elles s'assoient. Elles cachaient jusqu'à présent la vue directe que Léana et Jason pouvaient avoir sur la tribune des Gryffondor, et ça, Léana ne le voulait pas. Jason devait pouvoir tomber sur le spectacle de Lily Potter tenant la main de Basile Martell.

Et c'est d'ailleurs exactement ce qui se passa.

Parce qu'un nouveau champ de vision venait de lui être proposé, le regard de Jason vagabonda vers la tribune des Gryffondor. Et inconsciemment, ses yeux cherchèrent Lily, la trouvant presque dans la seconde où il formulait l'idée qu'il allait certainement la voir, et que ça lui serait douloureux.

Ce n'était pas douloureux. C'était pire.

Il enfonça violemment ses mains dans ses poches, les poings crispés. Un poids s'abattit une fois de plus sur sa poitrine, l'oppressant à chaque inspiration qu'il prenait, se libérant à peine lors de l'expiration. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes, et la douleur ressentie ne l'aida absolument pas à faire disparaître celle qui malmenait ses sentiments. Il essaya tant bien que mal de se dire que ce n'était rien d'important, qu'il n'était qu'en train de s'habituer à cette image surprenante, il n'arrivait pas à se mentir. C'était fichtrement douloureux.

Ce qui lui fit certainement le plus mal, c'était de comprendre que cette douleur n'était que dans un sens. Lily n'était pas en train de le regarder, pas en train de se détruire à petit feu en le regardant avec une autre fille. Lily était avec Basile, elle se préoccupait de Basile, parlait à Basile, observait Basile. Elle ne regardait pas ce qui se passait du côté des Serdaigle.

La douleur et la colère étaient de plus en plus fortes. Insoutenables. Et quand il crut qu'il ne pourrait pas regarder une seconde plus le nouveau couple, quand il se dit que cette vision était bien trop douloureuse, et qu'il comprit aussi qu'il n'arriverait jamais à détacher son regard de Lily Potter, même lorsque le match aurait débuté, quand il crut qu'il allait vraiment passer un long moment à souffrir, une main amicale se posa sur son épaule, et cette simple pression lui apporta un tel soutien qu'il se sentit obligé de regarder qui pouvait lui procurer cette aide inattendue.

Léana le regardait gentiment, la colère, l'exaspération et la pitié s'étant dissipées de son regard. Elle lui offrit un sourire tranquille, un sourire rassurant.

- Je crois que ça suffit, Jay, dit-elle simplement en le regardant droit dans les yeux.

Et Jason était assez d'accord avec elle. Ça suffisait pour aujourd'hui.

Il allait à présent trouver le moyen de surmonter cette douleur, chaque fois qu'elle ferait mine de pointer le bout de son nez.

Ce qui risquait d'être bien plus souvent que ce à quoi il s'attendait.

- Eh bien, ce match était des plus intéressants…, commenta Meredith en regardant la foule d'élèves victorieux qui quittait le stade.

Les Serpentard étaient ravis de leur victoire. Alors qu'ils avaient eu du mal à toucher le Souafle en début de rencontre, et que les Poufsouffle marquèrent trois buts en moins de dix minutes, ils finirent par reprendre l'avantage, à la grande surprise de tous. Les spectateurs les revirent jouer comme ils l'avaient déjà fait lors de leur match contre les Gryffondor : efficaces, rapides, précis, et sachant où ils voulaient aller. Ils avaient alors remonté le score, allant jusqu'à l'égalité. Et là, l'attrapeur des Serpentard avait repéré le Vif d'Or, et ne l'avait plus lâché des yeux jusqu'au moment où son poing s'était refermé autour de la balle qui décidait de la fin de la rencontre. Il avait été aidé dans cette quête du fait que la batteuse des Poufsouffle ne jouait que mollement, apparemment trop occupée à se morfondre plutôt qu'à se donner à fond dans le jeu, ce qui faisait que son homologue devait abattre tout seul le travail de lancer les Cognards sur les adversaires. Les Serpentard étaient indéniablement avantagés par les tensions qui habitaient les Poufsouffle.

- Je n'aurais jamais cru que ça commencerait aussi serré, avoua Lily. Les Poufsouffle ont tout de même débuté la journée avec de mauvais pronostics, puis ont repris l'avantage dans les premières minutes du match…

- Pour finalement se faire écraser par l'attrapeur des Serpentard, termina Matt, qui n'en revenait toujours pas de la vitesse à laquelle la rencontre s'était terminée.

- Comme quoi, rien n'est jamais joué d'avance, philosopha Basile.

- Et je pense qu'on peut tous applaudir Matt, qui a réussi à se tenir durant tout un match, sans sauter soudainement de son siège, en criant une faute qui n'avait pas lieu d'être…, ajouta Sean avec un léger sourire un coin qui illuminait son visage.

Matt rougit furieusement.

- Il faut dire qu'il n'était pas bien concentré sur le match, plaisanta Lily. Tu n'as pas regardé une seule fois le terrain !

- N'exagère pas, rouspéta Matt. J'ai quand même regardé le match. Mais j'avais d'autres préoccupations en tête.

Redevenant sérieuse, Lily hocha la tête. Elle voulait bien le croire. Son ami n'était pas concentré sur la rencontre, mais sur autre chose, qu'elle n'avait pas su déterminer, et ça titillait sa curiosité. Elle n'aimait pas être plus curieuse que nécessaire, mais c'était plus fort qu'elle, et le comportement de Matt était suffisamment inhabituel pour qu'elle estime avoir le droit d'insister pour savoir ce qui l'avait préoccupé tout le match durant.

- Est-ce qu'on peut savoir ce qui se passait dans ta tête ? demanda donc Lily.

- Pas grand-chose…, assura Matt en haussant les épaules pour se donner un air nonchalant.

- En tout cas, ça l'était assez pour que tu ne regardes pas réellement le match, insista Basile.

Matt fronça les sourcils, surpris, comme tout le monde. Basile n'était pas le plus observateur, et était plutôt du genre à rester discret dans un échange qui ne l'impliquait pas directement. Mais Matt devait se faire à l'idée, comprit le Gryffondor en voyant la main de Basile tenant celle de Lily. Basile allait se faire un plaisir d'intervenir dans les discussions de Lily.

- Je regardais les Serdaigle, si vous voulez tout savoir. Il y avait beaucoup d'agitation dans leurs tribunes.

Ce n'était qu'à moitié vrai. S'il avait effectivement regardé les tribunes des Serdaigle, l'agitation qu'il prétendait y avoir vue était en réalité factice.

- Enfin, ce n'était rien d'important, ajouta-t-il tranquillement. J'étais juste surpris, et je voulais comprendre ce qui se passait. Voilà tout.

Si l'explication était bancale, elle eut le mérite de satisfaire tout de même les amis du garçon, qui se remirent à parler du match, en retournant lentement vers l'intérieur du château. Maintenant que le divertissement du jour était terminé, il était temps pour eux de retourner à leurs devoirs.

Discutant des vacances qui se rapprochaient, pour leur plus grande joie, le groupe de Gryffondor se mêla à un groupe de Serdaigle, entendant leurs conversations, sans vraiment les écouter. Sauf celle qui parlait aussi du match, et qui intéressa grandement Lily.

- Si Serpentard continue comme ça, on va avoir du mal à les battre, disait songeusement Léana. Ils ont vraiment amélioré leur défense, et leur attaque était loin d'être mauvaise, mais maintenant, c'est une méthode bien rodée…

- Je ne te le fais pas dire…, lui répondit Jason.

Abandonnant la discussion de Meredith sur les cadeaux de Noël qu'elle prévoyait d'acheter lors de sa prochaine sortie à Pré-au-Lard, Lily se décala, entraînant Basile à sa suite, pour être au même niveau que Jason et Léana.

Elle remarqua aussitôt que quelque chose n'allait pas. Elle le nota parce que les Serdaigle s'étaient tus alors qu'elle leur demandait de lui faire de la place, que Léana ne lui rendait pas son sourire, pas plus qu'elle semblait contente de voir Lily – pire, on aurait même cru qu'elle n'avait jamais apprécié la Gryffondor – et que Jason s'était crispé en la voyant, et assombri en voyant Basile Martell derrière Lily, qui essayait d'ailleurs de ne pas penser au fait qu'elle avait quelqu'un dans son dos, même si cela la rendait extrêmement nerveuse. Mais ça, tous ces petits détails qui auraient dû lui faire comprendre qu'elle ferait mieux de ne pas s'attarder, toutes ces petites réactions qui auraient dû la surprendre, Lily ne les remarqua pas. Elle avait une mission à mener, à son sens.

- Vous n'avez rien à craindre, pour votre match contre les Serpentard, vous le savez bien, dit-elle alors, comme si c'était une évidence.

Mais ce qui était une évidence pour elle ne parut pas l'être pour les Serdaigle. Ou, plutôt, les Serdaigle la fixèrent comme une bête curieuse ayant surgi de nulle part. En fait, se dit Lily, si elle s'était mise à danser en invoquant des Nargoles, les Serdaigle ne l'auraient certainement pas regardée autrement. Légèrement décontenancée par l'accueil qui lui était réservé, elle se recula imperceptiblement.

- Enfin, c'est mon avis. Mais vous avez de quoi bloquer les Serpentard. Sans aucun problème…

- Je crois qu'on n'a pas besoin de tes conseils, Potter. On a déjà un capitaine, dit sèchement Léana Raven.

Lily fronça les sourcils. Jamais Léana ne lui avait adressé la parole sur un ton aussi froid.

- Je n'ai jamais voulu…, commença Lily, avant de se taire.

Elle connaissait le regard qui animait les yeux de Léana. C'était le regard d'une personne qui n'aurait aucune considération pour les prochaines paroles qui seraient prononcées, et il était impossible de discuter lorsque son interlocuteur avait une telle lueur dans les yeux. Lily prit une profonde inspiration, et se tourna vers Jason. Elle allait lui parler, lui dire qu'il n'avait aucun souci à se faire, mais lorsqu'elle vit Jason, lorsqu'elle le regarda vraiment, lorsqu'elle prit conscience qu'il n'était pas dans un état normal, qu'il n'était pas en paix avec lui-même, qu'il était clairement tourmenté par quelque chose, elle perdit tous ses mots. Elle ne pouvait pas l'affronter lorsqu'il était dans un tel état. Elle ne savait pas quoi lui dire, alors, dans un tel moment. Elle se rappelait du jour de l'enterrement d'Astrid. Jason avait exactement la même expression, et elle avait été incapable de lui adresser le moindre mot.

Alors, incapable de se retenir, elle rougit furieusement, et baissa les yeux sur ses pieds.

- On se voit plus tard, murmura-t-elle simplement en se détournant, sans plus oser regarder les Serdaigle.

Basile derrière elle, elle s'éloigna à nouveau d'eux. Et alors qu'elle pensait qu'en s'éloignant, elle se sentirait plus à l'aise, le poids qui alourdissait ses sentiments se fit de plus en plus pesant alors que ses pas la menaient vers les Gryffondor qui les attendaient, et à mesure que la main de Basile s'accrochait un peu plus à la sienne.

Les lèvres de Basile se posèrent doucement sur celles de Lily, arrachant un sursaut de surprise à la jeune fille, avant qu'elle ne rougisse.

- Je ne t'avais pas vu, bredouilla-t-elle en guise d'excuses.

Il faut dire que si elle s'était un peu plus intéressée à ce qui l'entourait, elle aurait remarqué qu'elle était face à son petit ami depuis déjà quelques secondes, et qu'il l'avait déjà saluée trois fois, sans obtenir de réponse de la part de Lily.

- Bonjour à toi aussi, se moqua le garçon. Tu sembles bien songeuse, ce matin…

Lily détourna le regard, remarquant par la même occasion que Meredith, à deux places de là, observait la situation avec un sourire moqueur. La capitaine des Gryffondor n'avait pas envie de s'engager sur ce terrain. Il était vrai qu'elle n'avait pas l'esprit tranquille, en cette froide matinée. Elle avait croisé Jason dans les couloirs en descendant prendre son petit-déjeuner, et il n'avait pas répondu à son salut. Elle était pourtant certaine qu'il l'avait remarquée, et même qu'il l'avait regardée quelques secondes avant de finalement décider de ne pas répondre à ses salutations. Ça avait été le premier souci de sa journée.

Le second souci était un peu plus important, et ne semblait pas prêt de s'arrêter. Depuis qu'elle était installée à la table des Gryffondor, dans la Grande Salle, des missives ne cessaient de lui être délivrées. Elle avait lu la première, et s'était étonnée d'y reconnaître l'écriture d'Albus. Elle avait été encore plus étonnée lorsqu'elle en avait lu le contenu. Albus exigeait des explications concernant des rumeurs entendues sur Lily. Apparemment, elle aurait un petit ami, ce qu'il ne se rappelait pas avoir autorisé. Lily avait d'abord cru à une plaisanterie, jusqu'à ce qu'une troisième lettre, qui exigeait rien de moins que les notes des BUSE de Basile, pour s'assurer qu'il avait l'intelligence nécessaire pour être son petit ami, lui soient transférées. À ce moment, Lily s'était dit qu'il ne s'agissait pas d'une plaisanterie. Elle était allée voir ses deux cousins, pour exiger des explications. Mais alors qu'elle était persuadée qu'ils étaient ceux l'ayant dénoncée à son frère, ils avaient nié d'une telle façon, et avec une telle sincérité, qu'elle n'avait pas eu d'autre choix que les croire. Seulement, quelqu'un l'avait bien dénoncée à son frère. Comment pouvait-il être au courant pour Basile et, plus important, qui pouvait bien lui avoir dit ? Parce que la personne qui avait rapporté ce fait allait sincèrement le regretter, une fois que Lily se serait débarrassée de toutes ces lettres qui encombraient la table.

- C'est quoi, toutes ces lettres ? s'étonna Basile.

- Rien, grommela Lily en les ramenant vers elle, avant de les faire glisser dans son sac.

Le regard insistant de Basile lui fit comprendre qu'elle avait tout intérêt à lui donner une explication un peu plus logique, et dont il se contenterait.

- Mon frère, Albus. C'est rien, insista-t-elle. Il se calmera.

- D'accord, dit simplement Basile en se servant son petit-déjeuner.

Lily fut surprise de sa réaction. Généralement, lorsqu'on connaissait Albus, on savait qu'il n'allait pas se calmer. Lorsqu'il commençait à vous envoyer des dizaines de lettres, ce n'était pas pour se calmer en n'obtenant aucune réponse. Mais Lily se rappela alors que Basile ne connaissait pas Albus, justement. Il ne pouvait pas savoir que le frère de Lily n'allait pas arrêter de lui envoyer des lettres, tant qu'il n'aurait pas de réponse.

Soupirant, et se faisant à l'idée qu'elle recevrait beaucoup de lettres au cours des prochaines heures, Lily se prépara mentalement à voir des hiboux voler dans sa direction toute la journée.

Si seulement ça n'avait été que pour une journée…

Mortifiée, Lily regarda Teddy s'approcher de la fenêtre de sa salle de cours, l'ouvrir, et laisser le volatile entrer, avant qu'il ne vienne se poser juste devant elle.

- Miss Potter, dit lentement le professeur de Métamorphose, qui n'avait absolument pas l'air de celui qui était prêt à lui faire une faveur. Si ce manège ne s'arrête pas bientôt, je vous promets de vous laisser la possibilité de recevoir ces lettres en toute tranquillité… en dehors de ma salle de cours.

La jeune fille baissa les yeux avant de hocher la tête pour lui signifier qu'elle l'avait compris. Elle allait tuer ses frères dès qu'elle les verrait.

Elle avait cru qu'Albus se calmerait. C'était utopique de croire ça.

Ça l'avait été encore plus de croire que James ne se ferait pas un plaisir de faire comme son frère, en la harcelant de lettres dès lors qu'il avait appris la nouvelle.

Le pire, dans tout ça, c'est qu'elle avait fini par dire à Basile pourquoi ses frères voulaient absolument la contacter par lettres – elle avait caché son miroir dans sa malle, entre trois gros pulls, pour s'assurer que la voix de James ne porterait pas lorsqu'il tenterait de la contacter via cet objet magique. Basile, en apprenant de quoi il retournait, avait été vexé. Vexé parce qu'elle n'avait pas dit elle-même à ses frères qu'elle avait un petit ami… Autant le dire, pour Lily, la semaine était loin d'être parfaite.

La seule petite réjouissance était apparue la veille, lorsque Jason avait accepté de répondre à son salut. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qui avait pu changer entre le dimanche précédent et ce jeudi, mais il n'avait pas eu l'air d'une personne revenant d'un enterrement lorsqu'il l'avait croisée, et il avait même accepté de la saluer. Un progrès considérable, c'était certain, et que Lily s'était empressée d'accepter. C'était enfin une chose positive qu'elle vivait cette semaine.

Le cours de Métamorphose reprit, la chouette allant se reposter près de la fenêtre, mais n'ayant apparemment pas l'envie de retourner dans l'atmosphère glaciale.

Cela faisait trois minutes que le cours avait repris. À peine le temps pour Teddy de retrouver le passage de son cours, à peine le temps pour les élèves d'être à nouveau prêts à prendre des notes.

C'est à ce moment qu'une nouvelle chouette vint frapper la fenêtre de son bec.

Teddy Lupin poussa un profond soupir, avant de tourner des yeux noirs vers Lily.

- Miss Potter…

- J'ai compris, bafouilla Lily en rangeant précipitamment ses affaires, et en allant récupérer le nouveau volatile, ainsi que la lettre qui était accrochée à sa patte.

Elle mit une chouette sur son épaule gauche, l'autre sur son avant-bras gauche et, son sac se balançant sur son épaule droite, elle quitta précipitamment la pièce, maudissant ses frères de l'avoir fait sortir d'un cours. Ils allaient lui payer ça chèrement, au cours des vacances, c'était certain.

Le cœur battant à tout rompre d'avoir été aussi rapide à sortir de la salle, et le sang cognant contre ses temps alors que sa colère contre ses frères augmentait, Lily se demanda où elle pourrait bien aller à cette heure-ci. Il restait moins d'une heure de cours avant qu'il ne soit l'heure du repas, tous ses amis étaient en cours, et elle ne voulait pas être trop loin de la Grande Salle pour être une des premières à y entrer, afin d'éviter l'affluence habituelle.

En prenant le chemin qui menait des salles de Métamorphose à la Grande Salle, Lily passerait devant la bibliothèque. Elle n'aurait qu'à s'y arrêter quelques instants, travailler, et partir manger…

Elle se décida à faire cela, s'arrêtant par la même occasion à côté d'une grande fenêtre, qu'elle ouvrit pour laisser les deux chouettes repartir. Puis, elle se dirigea vers la bibliothèque.

À cette heure-ci, les lieux étaient presque déserts. Elle croisa ses deux cousins, qui s'arrachaient les cheveux sur un devoir, et n'osa pas aller les déranger. Elle s'enfonça au cœur des rayonnages, avant de se glisser dans le rayonnage de la métamorphose, et de se trouver face à Léana et Jason, qui posaient des livres.

- Oh. Salut, le Vif, dit rapidement Lily. Salut, Raven.

Comme elle s'y attendait, Léana Raven ne lui répondit qu'à peine. Elle ne semblait pas avoir décoléré, depuis dimanche, sans que Lily ne sache exactement à quoi était due sa colère. Jason, en revanche, lui répondit plus chaleureusement.

- Salut, l'Éclair. Tu n'es pas censée être en cours ?

Lily balaya la question d'un vague geste de la main.

- C'est une longue histoire, mais la conclusion est la suivante : Teddy m'a demandé de partir… Et comment est-ce que tu sais que j'avais cours ? demanda-t-elle, les sourcils froncés.

- Deux de mes joueurs sont dans ta classe, lui rappela Jason.

Lily grimaça. Évidemment. Ryan et Liz. Elle avait oublié qu'ils pouvaient tout à fait discuter avec Jason d'autres sujets que le Quidditch.

- Bon… Je vais travailler un peu, dit Lily lorsqu'elle constata que le regard de Léana était de plus en plus noir. On se verra plus tard.

- Bien sûr. Ah, avant que je n'oublie… On se voit toujours ce dimanche, à Pré-au-Lard ? demanda Jason.

Lily se figea, et, lentement, se décomposa. Elle avait fait ça.

Elle se détesta immédiatement.

Elle se mordit la lèvre, et sut que Jason avait compris qu'il y avait un problème en voyant qu'il perdait un peu de ses couleurs.

- Euh… En fait, c'est que…

Comment pouvait-elle expliquer ça ? Cherchant une contenance, Lily repoussa ses lunettes sur son nez, détourna le regard, croisa les bras sur sa poitrine, alors que Jason posait ses yeux sur elle, la sondant du regard. Elle était incapable de se pardonner pour ce qu'elle avait fait. Et lui, comment le ferait-il ?

Se disant que de toute façon, elle ne pourrait pas lui mentir, Lily soupira et prit une profonde inspiration.

- Je ne vais pas pouvoir, murmura-t-elle.

Elle avait rendu sa voix aussi discrète que possible, mais rien à faire. C'était comme si elle avait claqué dans la bibliothèque.

- Tu ne vas pas pouvoir, répéta Jason d'une voix sourde.

Lily ferma brièvement les yeux. Jason n'avait jamais manqué un seul de leur rendez-vous à Pré-au-Lard, et voilà que c'était elle qui lui faisait faux bond. Pour une histoire stupide, qui plus est.

- J'ai… promis à Basile de passer toute la journée avec lui, murmura Lily.

C'était la stricte vérité, pourtant, cela lui arracha la gorge de le dire. Elle n'aurait jamais cru pouvoir lire une telle déception dans les yeux de Jason. À côté de lui, Léana paraissait fulminer, et se retenir de sauter sur Lily, qui ne pouvait la blâmer d'avoir une telle réaction. Si la situation avait été inversée, Lily en aurait voulu à Léana de laisser tomber Jason alors qu'ils avaient un rituel bien rodé.

- Je croyais que tu devais absolument t'acheter un nouveau cirage, insista Jason.

Lily se passa une main dans les cheveux, se rappelant qu'ils étaient toujours aussi emmêlés que d'habitude. Elle tira sur un nœud, incapable de dissimuler sa gêne.

- C'est que… oui, souffla-t-elle. Mais je ne vais pas avoir le temps d'y aller.

Elle haussa les épaules pour diminuer l'importance du problème, tout en sachant que Jason ne croirait jamais que cela n'avait aucune importance. Il la connaissait trop bien et, surtout, il l'avait entendue se plaindre une dizaine de minutes sur le besoin impérieux de ce cirage, et son incapacité à s'en passer une semaine de plus. Pourtant, c'était exactement ce qu'elle allait devoir faire, en sacrifiant son passage par la boutique de Mandy. Basile n'avait pas envie d'aller dans la boutique de Quidditch, et Lily avait accepté de sacrifier cette étape de sa sortie à Pré-au-Lard, pour lui.

Et de sacrifier les moments qu'elle passait avec Jason, aussi.

- Tu veux que je l'achète pour toi ? demanda Jason.

À l'instant où il prononça ses mots, Lily le soupçonna de les regretter.

- Non ! s'exclama-t-elle. Le Vif, tu ne vas certainement pas acheter des choses pour moi ! C'est hors de question !

Il haussa les épaules.

- Je devais y aller. Tu n'as qu'à profiter de ta journée avec Martell, et moi, je te ferai passer le cirage en rentrant.

Lily hésita un peu.

- Je ne peux pas accepter.

- Pourquoi ? Tu me rembourseras de toute façon, fit justement remarquer Jason.

Lily se mordit la lèvre. L'argument se tenait. Mais elle n'était pas certaine qu'accepter serait une bonne chose.

- Tu es sûr que ça ne te dérange pas ?

- Certain, assura-t-il.

- Bon…

Elle hésita encore un moment, n'étant pas certaine que c'était une bonne chose de faire cela. Elle avait l'impression d'utiliser son amitié avec Jason, d'en abuser, même. Elle ne pouvait pas accepter ça. Et, en même temps, ils étaient amis depuis si longtemps qu'elle pouvait bien se permettre de lui demander un tel service, pas vrai ?

- Merci, dit-elle dans un souffle. C'est vraiment gentil. Tu me diras combien je te dois…

- Pas de problème, dit Jason.

Léana parut sur le point de dire quelque chose, mais Jason la saisit vivement par le bras, la serrant à lui faire mal.

- On va y aller. On doit aller voir un ami avant d'aller à la Grande Salle. Bonne journée, Lily.

- Bonne journée, Jason, marmotta Lily, déjà occupée à rechercher un livre.

Jason tira Léana derrière lui, lui plaquant même une main sur la bouche, jusqu'à ce qu'ils soient sortis de la bibliothèque. Alors, seulement, il libéra la batteuse, qui, furieuse du traitement qui venait de lui être infligé, écrasa le pied de Jason, qui accepta presque sans broncher la punition. Il l'avait bien cherché. Ensuite, Léana laissa dévaler sa fureur concernant la scène à laquelle elle venait d'assister.

- Ça va ? Tu te sens apprécié à ta juste valeur ? Comme un bon petit chien obéissant ?

Jason lui lança un regard surpris. Il était agréablement surpris du ton de Léana. Il avait craint un instant que ses tympans ne survivent pas à ses hurlements.

- Comment ça ?

- Merlin, Jay, tu vas lui acheter du cirage alors qu'elle va passer une journée avec son stupide copain Martell ! Tu trouves ça normal ? Enfin, c'est ton problème, ricana-t-elle. Et puis, au moins, maintenant, je sais quoi t'offrir pour Noël ! Un collier avec une médaille, où j'aurai écrit « Chien serviteur de Lily Luna Potter »…

La mâchoire de Jason se crispa.

- Tu t'attendais à quoi ? rétorqua Léana en voyant sa réaction. À ce que je te félicite pour ton geste ? Plutôt mourir que de te donner raison, sur ce coup-là. C'était vraiment nul de ta part d'agir comme ça.

Léana secoua la tête, dépitée, avant de s'éloigner en direction de la Grande Salle. Jason attendit qu'elle ait fait quelques pas pour la rejoindre.

C'était plutôt nul, ça, il était d'accord. Et oui, laisser Lily passer une journée entière avec son copain, et lui rendre service alors qu'il irait seul à la boutique de Quidditch, lui laissait un goût amer dans la gorge. Mais en même temps, il n'était pas résolu à laisser Lily sortir de sa vie. Elle restait son amie.

Il avait besoin de son amie dans sa vie. C'était peut-être douloureux, mais se passer de Lily Potter devait être bien plus douloureux que ça. Alors, il prenait le risque.


Note d'auteur.

Hello la compagnie ! J'espère que vous allez bien, et que vous n'avez pas pris soixante kilos suite aux différents repas de Noël ! En parlant de ça, un peu plus et je postais le chapitre de Noël cette semaine. Au moins, j'aurais été dans le thème... Bref, tant pis, et puis au pire, on s'en moque un peu. Revenons-en plutôt à ce chapitre. Comme vous le voyez, Basile s'impose dans le paysage (ce qui, je pense, ne va pas plaire à beaucoup d'entre vous, vu ce que je lis dans vos reviews ^^). Mais en d'un autre côté, c'est de la faute de Jason, hein. Il n'avait qu'à se bouger un peu plus ! Mais pour vous rassurer, je veux bien vous donner un indice concernant le temps d'apparition de Basile aux côtés de Lily. Disons que... tout est relatif. Et quand on sait que je suis capable d'écrire beaucoup de chapitres, on peut se dire que ça peut être un peu long... Désolée ^^

Sinon, je ne crois pas avoir autre chose à vous dire concernant ce chapitre... Alors du coup, je passe de suite aux remerciements, hein ! Donc, merci à DelfineNotPadfoot qui continue ses corrections de chapitre malgré ses journées remplies et son emploi du temps surchargé. Et, bien évidemment, merci à vous pour vos superbes reviews (auxquelles j'ai normalement répondu).

Et avant que je n'oublie : sachez que la page facebook nommée "Répertoire de Fanfictions d'Harry Potter" m'a demandé une interview, et que celle-ci vient d'être publiée ! Si jamais cela vous intéresse de la lire, vous trouverez le lien y menant sur mon profil :). Et sur ces bonne paroles, je vous souhaite une bonne semaine et vous dis à la semaine prochaine pour un nouveau chapitre !