« L'important ce n'est pas ce qu'on est à la naissance mais la façon dont on grandit par la suite. »

Albus Dumbledore


ROUGE COMME GRYFFONDOR

Chapitre 3

Fleurk ou Fleur ?

Cela faisait une semaine et demie que le maître des potions se trouvait au Terrier et il commençait à s'ennuyer. Pour tromper l'ennui, il avait décidé de faire ses devoirs car il était clair qu'il allait devoir se fondre dans la peau d'une élève, de surcroît dans la peau de la petite-fille du plus grand sorcier de leur époque. La petite-fille de Dumbledore. Rien que ça.

Il avait été questionné par les jeunes Weasley qui voulaient en savoir un peu plus sur lui. Pourquoi n'avaient-ils jamais entendu parler de lui ? Pourquoi ? Et toujours des pourquoi à n'en plus finir. Ce fut la Miss-Je-Sais-Tout qui vint à son secours et obligea ses amis à le laisser enfin respirer.

Après quoi, il avait enfin pu se plonger dans ses devoirs et il avait été laissé tranquille par les adolescents qui s'amusaient dans le jardin à jouer au quidditch. Il aimait ce sport comme pratiquement tous les sorciers mais il n'en pratiquait pas. Il n'était pas vraiment doué sur un balai et cela lui écorchait l'âme de devoir l'admettre.

Il était assis sur son lit, un livre de potions entre les mains, un rouleau de parchemin tout près de lui ainsi qu'une plume qui notait toutes ses idées. Il n'avait plus de devoirs pour occuper son esprit, aussi, il s'occupait à améliorer des potions ou à en créer de nouvelles. Il n'avait pas de laboratoire à portée de mains pour expérimenter ses recherches mais le ferait lorsqu'il serait de retour à Poudlard.

Il était perdu dans son travail lorsqu'on frappa soudain à la porte de la chambre qu'il partageait avec la cadette Weasley et Granger.

— Entrez !

La porte de la chambre s'ouvrit et il put apercevoir une jeune femme à la chevelure d'un blond argenté qui lui tombait presque jusqu'à la taille. Elle avait de grands yeux d'un bleu foncé et sourit, faisant apparaître des dents très blanches, parfaitement régulières.

— Puis-je ? demanda-t-elle.

Le maître de potions acquiesça et la vélane entra dans la chambre, refermant derrière elle. Severus la dévisagea, perplexe. Il se demandait ce que pouvait bien vouloir la française. Depuis son arrivée au Terrier, il n'avait échangé que des politesses avec l'ancienne élève de Beauxbâtons.

— Qu'est-ce que tu fais ? l'interrogea Fleur en venant s'asseoir au bout du lit.

— Rien de bien important, répondit-il. Je note simplement quelques idées sur des potions que je souhaiterais améliorer.

— Oh ! Une fan de potions, fit Fleur, un sourire dans la voix.

L'espion hocha simplement la tête et un silence lourd s'installa dans la pièce. Fleur finit par pousser un soupir, exaspérée et passa une main dans sa chevelure blonde.

— Ma famille me manque, souffla la blonde.

Severus ne dit rien et maudit intérieurement les sorciers du moyen-âge pour se retrouver dans une telle situation. Voilà qu'il devenait le confident de la française. Il ne manquait plus que ça. Comme s'il n'avait pas déjà assez à faire ainsi.

— Je devrais être heureuse. J'ai un super travail et un merveilleux fiancé mais pourtant, je ne le suis pas. Depuis que je suis au Terrier, j'ai l'impression de ne pas être à ma place ici. Bill ne voit rien, bien sûr. Il ne voit jamais rien lorsqu'il s'agit de sa famille. Je lui ai dit pourtant ! Sa mère ne m'apprécie pas et sa sœur encore moins.

Les traits du visage de la blonde se durcirent et elle ricana amèrement.

— Fleurk ! C'est ainsi que Ginny me surnomme lorsque je l'ai le dos tourné.

Fleur se sentit mal tout d'un coup et ravala le sanglot qui était en train de nouer sa gorge.

— Je ne sais même pas pourquoi je te dérange avec ça, dit-elle avec un sourire désabusé.

La française secoua la tête et soupira de lassitude. Elle n'aurait jamais dû laisser extérioriser sa peine. Elle savait qu'il était difficile pour une personne de s'intégrer dans une famille. Ils ne la connaissaient pas et il était normal qu'ils se méfient d'elle, voulant protéger Bill mais de là à la traiter avec autant d'indifférence.

Elle était à deux doigts de craquer et de tout envoyer valser. Elle ne pourrait épouser Bill en sachant que ce mariage n'était pas approuvé par tous les Weasley. Elle ne voudrait pas créer de tensions dans la famille. Elle souhaitait simplement qu'on l'accepte, rien de plus. Était-ce trop demandé ?

Severus posa sa main sur celle de la française et ne chercha pas à comprendre ce qui lui prenait de vouloir réconforter la jeune vélane. Il se fichait éperdument de ses problèmes amoureux et n'avait que faire de ses histoires mais s'il voulait être de nouveau tranquille, il allait devoir s'y prendre avec douceur avant de chasser la blonde.

— Il faut toujours du temps aux gens pour apprendre à connaître une personne. Laissez-leur du temps et montrez-leur qui vous êtes vraiment. Si elles ne vous acceptent pas telle que vous êtes, tant pis. Vous aurez essayé, conseilla-t-il.

Fleur écarquilla les yeux, abasourdie. Puis, elle afficha un sourire sincère et posa sa main sur celle de celui qui était aux yeux de tous, la petite-fille de Dumbledore.

— Merci beaucoup, Ana.

— C'est Ariana, pas Ana, corrigea le maître des potions, agacé.

Fleur balaya son intervention de la main et replaça une mèche rousse derrière son oreille.

— Tu as de magnifiques cheveux, le complimenta-t-elle.

Fleur caressa ses cheveux et en apprécia la douceur. Severus regarda la blonde faire, ahuri. Qu'était-il en train de se passer ?

— Ça te dirait une petite séance de beauté ? proposa la blonde.

— Euh…

— Super ! s'exclama Fleur, enthousiaste. Je reviens. Ne bouge pas d'ici.

Fleur se leva du lit et quitta brusquement la chambre, laissant un maître des potions, interloqué, la bouche entrouverte. Il ne comprenait pas la réaction de la française. D'un coup, elle était extrêmement malheureuse et ressentait le besoin de se confier à quelqu'un. Puis, elle devenait subitement joyeuse et projetait une séance de beauté.

Il se demandait d'ailleurs ce qu'était une séance de beauté et se dit qu'il allait bientôt regretter la présence de la française au Terrier.

Fleur revint quelques minutes plus tard avec une grosse mallette et un pyjama rose fuchsia. Severus fronça les sourcils, perdu. S'en allait-elle ?

— Au programme du jour : séance de beauté et pyjama party ! annonça Fleur.

— Qu… Quoi ? s'étrangla le maître des potions.

— Ça faisait longtemps que je n'en avais pas fait. La dernière remonte à deux ans, dit Fleur en ouvrant la mallette.

Severus fut surpris de voir ce que contenait la malle de l'ancienne étudiante, du maquillage. Sa malle était remplie de tout un arsenal de beauté ! Même avec la magie, il était difficile de contenir tout cela dans une mallette.

Il regarda la blonde sortir tout un tas de produits avec un sourire inquiétant. Une alarme se mit à sonner dans sa tête. Il y avait danger et il devait tout de suite prendre ses jambes à son cou, au risque de le regretter toute sa vie.

— Je…je vais voir…si…si euh…Mo…

— Que préfères-tu ? Le bleu ou le violet ? lui demanda Fleur en présentant deux sortes de bâtonnets de couleur. L'un bleu et l'autre violet.

Il secoua la tête, ne sachant pas ce que c'était. C'était la première fois qu'il voyait ces objets.

— Tu as raison, acquiesça la française. On optera alors pour un rose vif.

Et ce fut ainsi que débuta son long et pénible calvaire. Il se promit de ne plus jamais laisser la française s'approcher de lui avec sa malle de la torture car c'était un instrument de torture qu'elle avait en possession d'elle.

Fleur avait passé tout l'après-midi à s'occuper de lui selon les dires de la blonde. Un après-midi douloureux, devait-il dire Jamais un doloris n'avait été aussi douloureux qu'une épilation. Finalement, il se dit qu'il avait beaucoup de chance d'être né homme car il n'osait imaginer la douleur que subissaient les femmes chaque mois à devoir s'épiler pour plaire à un homme.

Fleur l'avait épilé tout le corps et il en avait beaucoup souffert. Il avait même, honteusement, versé quelques larmes. Ensuite, la blonde était passée au maquillage puis elle s'était occupée de ses cheveux roux qu'elle avait bouclés.

Fleur s'extasia en admirant le résultat de son travail et sourit grandement, fière d'elle.

— Tu es encore plus magnifique qu'avant, commenta-t-elle.

Fleur fit apparaître un miroir qu'elle remit à l'ancien professeur de potions qui put admirer son reflet dans la glace. Il se reluqua un long moment, ébahi. Il savait qu'il n'était pas une adolescente mais l'espace d'un instant, il se trouva magnifique et se contempla, surpris par la beauté qu'il découvrait dans la glace.

Fleur avait vraiment un don pour métamorphoser une personne en une créature sublime. Il rangea le miroir et se tourna vers la blonde qui souriait de toutes ses dents.

— Merci.

Il ne savait que dire d'autre. Il n'était, certes, pas une fille encore moins une adolescente mais ressentit tout de même comme une sensation de chaleur au creux de sa poitrine. C'était doux et agréable. Une personne s'était occupée de lui et c'était quelque chose qu'on n'avait pas fait pour lui depuis longtemps.

— C'était un réel plaisir pour moi, Ana. Tu n'as pas à me remercier, répliqua Fleur.

— C'est Ariana, reprit-il, exaspéré.

— Hum, fit la française d'un geste désinvolte. Que dirais-tu d'aller faire les boutiques demain ? proposa-t-elle, surexcitée. Je pourrais demander à Bill ou à l'un de ses frères de nous accompagner sur le Chemin de Traverse. Ce serait super !

— J'ai déjà des vêtements, lança l'ancien espion.

— On n'en a jamais assez, rétorqua la blonde.

Severus secoua la tête et préféra ignorer la présence de la vélane dans la chambre. Il retourna sur le lit qu'il occupait depuis son arrivée au Terrier et reprit parchemins ainsi que plume pour reprendre ses travaux, écoutant distraitement le babillage incessant de Fleur.

Fleur lui raconta comment elle comptait organiser son mariage avec Bill. Elle avait déjà commandé sa robe de mariée auprès d'une célèbre couturière française.

— Veux-tu voir la robe ?

Le maître des potions soupira discrètement et ne put que se plier aux excentricités de la blonde. Fleur quitta à nouveau la chambre et revint cinq minutes plus tard avec un grand bouquin. Elle s'assit sur le lit à ses côtés et lui montra les photos de sa robe de mariée.

L'ancien mangemort ne s'y connaissait pas en matière de mode mais trouvait que la jeune française avait du goût. Il ne le dirait jamais à haute voix mais il trouvait la robe de mariée vraiment splendide.

Le noir et le blanc comme couleur pour une robe de mariée était un choix audacieux mais tout de même so chic. La délicatesse de tulle qui venait à peine souligner le dos, le bouillonné du jupon qui donnait l'illusion que la mariée flottait sur l'écume, le motif à double tête de phénix était juste magnifique.

Fleur ne ferait que des envieux le jour de son mariage, c'était sûr.

— Elle est sublime, dit Severus.

— Tu trouves ? demanda Fleur, dubitative.

— Oui, répondit Severus, le noir se marie élégamment au blanc.

— C'est ce que je n'arrête pas de répéter à ma mère et à ma tante ! Elles veulent que je retire le noir de ma robe, sous prétexte que cette couleur est à bannir le jour d'un mariage et que cette couleur serait synonyme de malheur. J'aime le noir. C'est une couleur qui passe partout. Même à un mariage.

Le maître des potions ne pouvait contredire la jeune femme puisqu'il pensait tout comme elle. Le noir était sa couleur préférée et il n'y avait aucun mal à se vêtir de noir chaque année. Le noir était une couleur mystérieuse tout en étant élégante.

Ils étaient en train de discuter de la magie en France lorsqu'on toqua à la porte. Hermione entra dans la pièce et fut soudain gênée lorsque deux paires d'yeux se rivèrent sur elle.

— Hum…le dîner est prêt, annonça-t-elle.

Ni Severus ni Fleur ne répondirent et la gryffondor préféra battre en retraite. Elle referma la porte de la chambre derrière elle et retourna dans la cuisine, pestant contre les Weasley un peu trop peureux pour faire face à une vélane et à une adolescente un peu trop repliée sur elle-même qui n'hésitait pas à montrer les crocs.

— On y va ? lança Fleur en se levant du lit. On organisera notre pyjama party dans la chambre de Bill. Il dormira certainement dans celle des jumeaux ou avec Arry et Ronald.

Severus ne chercha pas à discuter avec la vélane et ils descendirent tous les deux à la cuisine. Mrs Weasley mettait la table, aidée de Ginny et d'Hermione tandis qu'Harry et Ron bavardaient avec Bill qui venait à peine de rentrer de son boulot.

Fleur voulut se jeter au cou de son fiancé mais elle fut retenue par une main, celle de Severus. La blonde jeta un coup d'œil interrogateur au maître des potions qui désigna simplement d'un regard la matriarche Weasley qui était en train de mettre la table.

Fleur comprit le message et hocha imperceptiblement de la tête. Elle se dirigea vers Molly et aspira une bonne bouffée d'air pour se donner un minimum de courage.

— Molly, puis-je vous aider ? questionna-t-elle.

Mrs Weasley se tourna vers la française, un instant surprise, avant de reprendre un visage neutre.

— Non, merci.

— Je pourrais peut-être aidée à mettre les couverts, offrit Fleur.

— C'est gentil à toi, Fleur, mais nous avons pratiquement terminé, lança Molly.

Fleur se tourna vers l'ancien mangemort et lui lança un regard désespéré. Severus l'encouragea du regard à persister.

— Ne pourrais-je pas faire autre chose ? insista la vélane auprès de sa future belle-mère.

— Il n'y a plus rien à faire, répondit sèchement Mrs Weasley.

Fleur jeta l'éponge et sortit en trombe de la cuisine, bousculant Remus Lupin qui venait à peine de transplaner au Terrier.

Bill voulut courir après sa fiancée mais le maître des potions l'en empêcha et alla retrouver la blonde qui venait de franchir les barrières de sécurité de la demeure des Weasley.

Un silence de plomb s'abattit dans la cuisine et l'aîné de la famille des rouquins se tourna vers sa mère et sa sœur.

— Que vous a fait Fleur pour que vous la détestiez autant ? demanda-t-il d'un ton dur.

— On ne la déteste pas, répondit Molly.

— Mensonges ! éructa Bill. Cessez de me raconter des salades, maman ! Je sais que tu ne l'aimes pas. Tu le montres assez souvent et à l'instant, tu viens de le prouver. Je sais ce que tu en penses de ma relation avec Fleur mais sache que notre mariage n'est pas une farce, maman. Je l'aime, d'accord ? Je l'aime plus que tout et c'est avec elle que je veux faire ma vie.

— Mais pourquoi n'attendriez-vous pas un tout petit peu avant de vous marier ? conseilla Molly.

— Je n'ai pas envie d'attendre, maman, non pas à cause de la guerre mais parce que je sais que c'est Fleur la femme de ma vie. Pourquoi devrions-nous attendre lorsqu'on le sait ce qu'on veut ? Fleur m'aime, maman. Toi et Ginny devriez l'accepter une bonne fois pour toutes ! Nous nous aimons et je ne la quitterai pour rien au monde, vous comprenez ? Qu'importe ce que vous pensez d'elle, Fleur est une femme aimable et attentionnée. Elle a des défauts comme nous tous mais des qualités que vous ne soupçonnez même pas. Ce n'est pas en la surnommant Fleurk que vous apprendrez à la connaître. Ce n'est pas en la rejetant que vous pourriez l'apprécier à sa juste valeur.

Molly et Ginny eurent la décence de paraître gênées et de baisser la tête, honteuses.

— Si jamais Fleur venait à rompre nos fiançailles par votre faute, je vous jure que je ne vous le pardonnerai pas, prévint-il. Jamais.

Bill darda son regard sur sa mère et sa petite-sœur et monta précipitamment dans sa chambre, claquant violemment la porte derrière lui, faisant ainsi trembler une partie de la maison.

Pendant ce temps, Severus était à la poursuite de Fleur qui marchait d'un pas rapide, ignorant les appels du maître des potions.

La vélane avait l'impression que son cœur venait d'être broyé par un troupeau d'hippogriffes en colère. Elle avait mal et se sentait affreusement malheureuse. C'était idiot de pleurer à cause d'un rejet de la part de sa belle-mère.

Elle ne comprenait même pas pourquoi elle avait si mal d'être rejetée par Molly. Peut-être était-ce parce qu'elle savait qu'elle perdrait Bill sans l'approbation de Molly concernant leur relation. Elle savait combien Bill accordait de l'importance à l'opinion de sa famille. Elle ne voulait pas que Bill soit obligé de faire un choix. Elle ou les Weasley.

Elle n'avait pas peur de perdre ou de gagner. Elle n'avait pas peur pour elle mais plutôt pour son fiancé. Il n'avait pas à choisir entre elle et sa famille.

C'était complètement idiot de pleurer pour une telle histoire. Cela ne servait à rien de persister encore et encore. Il était clair que jamais Molly ni Ginny ne l'accepteraient dans la famille.

Elle était considérée comme une jeune femme superficielle, hautaine et sans cœur. Pourtant, elle avait essayé de montrer la vraie Fleur, celle que les gens ne voyaient jamais à travers la vélane. Peine perdue !

— Fleur !

Une main se posa brutalement sur son poignet et elle fut brusquement stoppée dans sa marche. Elle se retourna et fit face à une adolescente d'une seizaine d'années aux longs cheveux roux et bouclés. Elle croisa des iris d'un bleu sombre qui étincelaient de colère.

— Où croyez-vous aller ainsi ? Pensez-vous que prendre la fuite changera quelque chose à la situation ?

— La fuite ? ricana sinistrement Fleur. Je ne prends pas la fuite. Je m'en vais d'ici. C'était une mauvaise idée de vouloir persister et de croire que Molly m'accepterait pour ce que je suis et qu'elle comprendrait que j'aime sincèrement son fils.

— Et Bill ? demanda sèchement le maître des potions.

— Bill sera certainement mieux sans moi et il finira par trouver une fiancée qui conviendra parfaitement aux désirs de sa mère, répondit amèrement la blonde.

Fleur ne vit que l'ombre d'une main mais sentit clairement la brûlure de la gifle sur sa joue. Elle écarquilla les yeux, stupéfaite, son regard incrédule fixé sur l'ancien professeur de potions.

— Cessez donc d'être stupide deux secondes et de dire des idioties ! la réprimanda-t-il vertement.

— Tu…tu…m'as…giflé, bredouilla Fleur, interloquée.

— Tu l'as parfaitement mérité, répliqua froidement Severus. Si tu romps tes fiançailles avec Bill alors tu ne feras que donner raison à Molly et à sa fille, que tu ne l'aimes pas sincèrement et qu'au premier obstacle, tu jettes l'éponge. Si tu arrêtes tout maintenant alors Molly aura eu raison. Tu n'aimes pas Bill.

— Je l'aime ! protesta Fleur, indignée.

— Alors montre-le ! Prouve-le ! s'exclama Severus. Si tu aimes réellement ce garçon, affronte Molly sans baisser la tête, sans jamais abandonner. Si tu es amoureuse de ce rouquin, bats-toi pour lui et ne baisse pas les bras au moindre petit souci car des problèmes, vous en affronterez dans le futur. L'amour n'est pas un long fleuve tranquille, Fleur. L'amour se nourrit de preuves quotidiennes, de petites attentions, de patience, de banalité, de sourires, de présence. Plus que tout, l'amour se nourrit de persévérance.

Fleur laissa des larmes ruisseler sur ses joues.

— Si tu l'aimes, ne gâche pas tout et persévère, Fleur. Ne laisse pas tomber et persévère. Ne baisse pas les bras mais persévère. Il n'y a rien de plus douloureux sur cette terre que de tourner le dos à l'amour parce qu'on ne se sentait pas capable de tout supporter. Si tu as besoin de courage ou de force, puise-le dans l'amour que tu éprouves pour Bill, puise-le au plus profond de cet amour qui t'unit à cet homme et tu verras que tu pourras tout surmonter.

Fleur se jeta sur le maître des potions et sanglota sur son épaule. Severus se raidit brusquement avant de détendre ses muscles et de passer ses bras autour de la française.

Il leva les yeux vers le ciel et un sourire triste se dessina sur ses lèvres tandis que dans le firmament apparaissait le visage si familier mais pourtant si douloureux de sa chère et tendre, Lily.

Il était fait d'amers regrets et espérait que Fleur ne commettrait pas la même erreur que lui de tourner le dos à l'amour.