« Dans le monde, il n'y a pas d'un côté le bien et de l'autre le mal. Il y a une part de lumière et d'ombre en chacun de nous. Ce qui compte c'est celle que l'on choisit de montrer dans nos actes, ça c'est que l'on est vraiment. »
Sirius Black.
ROUGE COMME GRYFFONDOR
Chapitre 4
La pleine lune
Severus était plongé dans un sommeil léger lorsqu'il entendit un vague grincement. Il n'esquissa aucun geste et attendit patiemment sans faire montrer quoi que ce soit qui puisse prouver qu'il ne dormait plus à présent. Il était aux aguets, sa baguette sous l'oreiller dans sa main prêt à se défendre en cas d'attaque. Il entendit des bruits de pas se rapprocher vers lui, c'était si léger qu'il pouvait à peine le capter.
Le plancher grinça légèrement et les pas se stoppèrent quelques secondes avant d'approcher à nouveau. Il attendit encore un instant, raffermissant sa prise sur sa baguette.
— JOYEUX ANNIVERSAIRE !
Il s'était redressé vivement dans son lit et avait sa baguette pointée, un sort au bout des lèvres, sur un groupe de personnes qui montraient tous leurs dents blanches, Fleur tenant dans ses mains un gros gâteau au chocolat sur lequel était inscrit : Joyeux Anniversaire Ariana.
Le maître des potions se demanda ce qu'il fallait faire dans une telle situation. Les avada kédavriser parce qu'ils avaient eu l'audace de le déranger dans son sommeil ou simplement les torturer jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Il lança un regard noir aux personnes présentes dans sa chambre et quitta son lit pour la salle de bain tout en claquant fortement la porte derrière lui.
— Ce n'est pas son anniversaire, aujourd'hui ? demanda Arthur, confus.
— Eh ben, si, nous sommes le 25 août et Albus m'a encore assuré ce matin que c'était l'anniversaire d'Ariana, répondit Molly.
— Alors pourquoi a-t-elle réagit ainsi ? questionna Bill, perdu.
— Peut-être qu'elle n'a pas envie de fêter son anniversaire, proposa Ron.
— Ou peut-être nous sommes-nous trompés de date, suggéra Ginny.
— Peut-être ne veut-elle pas, commença George.
— Qu'on se mêle de ses affaires ? finit Fred.
— Mais c'est son anniversaire, protesta Molly, dubitative.
Severus sortit de la salle de bain et les ignora tout en se dirigeant vers sa malle pour en sortir quelques vêtements.
— Ariana, ma chérie, tu…
Le maître des potions retourna dans la salle de bain et claqua la porte derrière lui, faisant sursauter Molly.
— Nous ferions mieux de la laisser tranquille, proposa Hermione.
— Je suis d'accord avec Hermione, dit Harry. Il est clair qu'elle n'a pas envie de fêter son anniversaire et c'est quelque chose que nous devons respecter.
— Mais nous avons passé toute la nuit à lui préparer ce gâteau, rappela la française, indignée.
— Hermione et Harry ont raison, ma chérie, nous ferions mieux de la laisser toute seule. Tu sais bien qu'elle a traversé une période difficile ces derniers mois. Elle est encore chamboulée par tout ça. Elle a perdu ses parents et elle est toujours en période de deuil. On ne peut pas s'attendre à ce qu'elle devienne enjouée du jour au lendemain, expliqua calmement Bill.
— Bill a tout à fait raison. Nous ne pouvons pas forcer Ariana à fêter son anniversaire si elle n'en a pas envie, dit Arthur.
Tout le monde acquiesça et quitta la pièce sans trop faire de bruit. Lorsque le maître des potions fut sûr qu'ils étaient tous sortis de la chambre qu'il occupait avec les deux lionnes, il sortit enfin de la salle de bain et put s'habiller sans qu'aucune personne ne fasse irruption dans la pièce sans avoir frappé auparavant.
Comme il faisait encore un peu chaud ces derniers temps, il opta pour une robe d'été d'un vert émeraude. Il commençait sérieusement à s'inquiéter pour sa santé mentale car depuis deux semaines qu'il devait jouer cette stupide mascarade, il remarqua avec horreur qu'il commençait lentement mais sûrement à s'habituer à sa condition de jeune femme. Il avait d'autres goûts en matière de mode pour ne pas éveiller les soupçons et avait dû bannir le noir de sa garde-robe, ce qui était un signe qu'il ne tournait vraiment plus rond.
Il s'était même surpris à apprécier les conversations avec Fleur et aimait bien lorsqu'elle lui parlait de Beauxbâtons et de sa profession à Gringotts. Cela lui permettait d'en apprendre un peu plus sur l'école de magie française et surtout sur le mode de fonctionnement du travail dans la banque des gobelins. C'était agréable pour lui d'avoir une conversation avec une personne civilisée qui ne le jugeait pas sur son passé. C'était reposant.
Depuis l'incident avec Molly, Fleur s'était un peu plus rapprochée de lui et discutait joyeusement avec lui, ne se vexant jamais de ses réponses monosyllabiques. Au contraire, son manque de réponse encourageait la blonde à poursuivre sa conversation durant des heures, prenant son silence pour de l'attention.
Bill n'hésitait jamais à se joindre à leur conversation et essayait à chaque fois d'avoir un contact avec lui. Au bout de deux jours, Severus avait cédé et avait fini par parler au briseur de sorts qui s'était révélé très intéressant. Lorsqu'il était à Poudlard, il n'avait que très peu fait attention au Weasley, ne s'intéressant guère aux gryffondors mais aujourd'hui, il devait admettre qu'il avait eu tort car le jeune homme avait un esprit brillant et il suivait sans aucun problème ses conversations.
Pour ce qui était des autres membres de la famille Weasley, de Potter ou de Granger, il fallait dire qu'il ne leur adressait que très peu la parole. Il n'avait aucune envie de se mêler à eux et préférait rester dans son coin à s'occuper comme il le pouvait.
Dumbledore lui avait demandé de veiller sur le trio d'or et non pas de devenir leur ami, chose qu'il ne deviendrait jamais même sous la pire des tortures. Il préférait encore mourir plutôt que de sympathiser avec le fils de ce salaud de James Potter.
Il sortit de la chambre pour la cuisine où il trouva pratiquement toute la famille attablée autour d'un petit-déjeuner.
— Bonjour, lança-t-il d'un ton neutre en prenant place entre Fleur et Bill.
— Bien dormi, ma chérie ? lui demanda Molly d'une voix qu'il trouvait atrocement mielleuse.
— J'aimerai qu'à l'avenir vous évitiez de me réveiller ainsi. J'aurai pu vous lancer un sort et ça aurait mal tourné, dit-il d'un ton sec.
— Oh, fit Molly en clignant des yeux, décontenancée. Nous…nous te demandons de nous excuser, Ariana. Nous ne voulons pas t'effrayer juste…te faire une surprise.
— C'est gentil à vous mais je n'ai pas envie de fêter mon anniversaire en ce moment. J'espère que vous pourrez comprendre ça, fit-il d'une voix doucereuse.
— Oui, oui, bien sûr.
Il hocha simplement la tête et se servit une tasse de thé avec un toast qu'il mangea sans faim. Il termina rapidement sa tasse de thé et prit une pomme avant de s'excuser auprès de ses hôtes et de quitter la table pour le jardin.
Il maudit Albus pour cette stupide idée d'anniversaire, comme si inventer une date d'anniversaire était nécessaire dans son cas. Et puis parmi toutes les dates qu'il aurait pu choisir, pourquoi choisissait-il celle-là ?
Il s'arracha pratiquement les cheveux, poussant un grognement de rage. Il maudissait ce vieil homme sénile qui ne pouvait s'empêcher de rendre la vie des gens encore plus difficile qu'elle ne l'était déjà.
Pour se changer les idées, il décida de dégnomer le jardin du Terrier. Au moins, cette activité lui permettra de se défouler sur quelque chose. Il ne restait plus qu'une semaine à attendre avant d'être de retour à Poudlard. Plus que quelques jours avant d'être enfin libéré de cet enfer.
Il s'agenouilla et se fichait de détruire la robe achetée par Minerva en guise de cadeau. Il repéra un gnome et l'attrapa avant de le faire tournoyer jusqu'à ce qu'il ait le vertige puis il le lança aussi loin que possible. Il continua ainsi le manège pendant une bonne demi-heure, se défoulant sur les gnomes, les envoyant prendre l'air à des kilomètres du Terrier. Il avait besoin de faire sortir sa rage.
Pourquoi fallait-il que Dumbledore choisisse cette date ? Pourquoi celle-là ?
Il étouffa un grognement et sentit ses yeux le piquer un instant alors qu'il se débarrassait d'un autre gnome. Il n'avait pas le droit de faire ça ! Il n'avait pas le droit de lui faire aussi mal. Il se laissa tomber sur les genoux, des larmes coulant sur ses joues rougies.
Pourquoi ?
— Ariana ?
Le maître des potions se retourna brusquement dans le but d'incendier l'impertinent qui venait le déranger mais aucun son ne sortit de sa bouche alors qu'il croisait le regard émeraude d'Harry.
— Tout va bien ? demanda le gryffondor.
— À ton avis ? lança-t-il sèchement.
Il essuya rageusement ses larmes, s'injuriant pour avoir montré de la faiblesse au fils de Potter. Il se releva et épousseta sa robe dans l'intention de quitter cet endroit au plus vite et d'aller s'enfermer dans sa chambre pour ne plus jamais en sortir.
— Attends ! le retint le lion par le bras.
Harry relâcha aussitôt son bras et rougit subitement, détournant le regard, gêné. Severus haussa un sourcil, perplexe. Qu'arrivait-il donc au golden boy depuis deux semaines ? S'il n'était pas Severus Snape, il aurait pu jurer que le garçon s'était amouraché de lui, du moins d'Ariana Dumbledore.
Le survivant n'arrêtait pas de rougir lorsqu'il croisait son regard ou qu'il se trouvait à proximité. Il lui arrivait quelque fois de bafouiller et de sortir quelques phrases incohérentes. Quoi que le dernier point ne soit pas si surprenant que ça.
— Je…je voulais savoir si tu allais bien, bafouilla-t-il, encore rouge.
— Je te remercie de ta sollicitude mais je peux encore parfaitement m'occuper de moi sans que personne ne s'en soucie, dit-il sèchement.
— Je…je…c'est
— Si tu n'as rien d'autre à ajouter, j'aimerai bien aller prendre une douche et me changer.
Severus avait transpiré pendant une heure et s'était dépensé physiquement. Il transpirait encore un tout petit peu et sa robe collait à sa peau, dessinant parfaitement les courbes voluptueuses de son corps de jeune femme. Il n'avait pas mis de soutien-gorge ce matin, n'étant pas vraiment habitué à en porter, même si c'était pratique pour l'épaisseur de ses seins donc l'on pouvait parfaitement voir les bouts des tétons apparaître à travers le fin tissu de la robe.
Harry reluqua le maître des potions et rougit encore plus si cela était possible. Il était clair pour Severus que le gamin allait lui faire une surchauffe dans peu de temps s'il continuait à rougir ainsi. D'ailleurs, il se demandait bien ce qui pouvait mettre le survivant dans un état pareil. Il avait constaté que les jumeaux et le jeune Weasley agissaient de façon similaire lorsqu'il se trouvait dans la même pièce qu'eux.
Avait-il manqué un épisode ou il se tramait quelque chose au Terrier ?
— Cela te dirait d'aller marcher après que tu aies pris…ta…douche ? l'interrogea Harry, embarrassé.
Severus croisa les bras sous sa poitrine généreuse, révélant ses atouts féminins au jeune gryffondor qui tourna la tête sur le côté pour ne pas avoir à rougir une fois de plus. C'était déjà assez embarrassant pour lui de bredouiller comme un idiot alors piquer un fard à tout bout de champ.
— Serait-ce une invitation voilée, Potter ? railla le maître des potions avec un sourire narquois.
— Appelle-moi, Harry, s'il te plaît.
Severus ne répondit pas, se contentant de fixer le jeune homme qui essayait de paraître plus assuré devant lui. Il trouvait cela vraiment ridicule mais consentit à jouer le jeu du lion. S'il voulait se ridiculiser, autant lui faire plaisir. De plus, il adorait se moquer du garçon et s'il se servait lui-même sur un plateau d'argent, c'en était que meilleur.
— Bien.
— Je peux t'appeler, Ariana ?
— Je suppose, soupira le maître des potions, agacé.
Le survivant lui sourit comme s'il venait de lui faire le plus merveilleux des cadeaux. Ces gryffondors, pensa-t-il ironiquement.
— Hum…donc euh, je t'attendrais dans la cuisine. Si ça te dit, on pourrait aussi pique-niquer. Il fait beau et je me disais que ce serait super. Enfin, si tu es d'accord, bien sûr. Je…je ne veux pas t'imposer quoi que ce soit.
— Pourquoi pas ? Du moment qu'il y a du chocolat.
— Parfait ! s'exclama le lion, ravi. On fait comme ça alors. Je prépare tout pour le pique-nique pendant que tu prends ta douche.
Le maître des potions acquiesça et retourna à l'intérieur du Terrier en compagnie d'un Potter tout bonnement joyeux. Il se demandait ce qu'il avait bien pu faire pour qu'il soit aussi heureux. Il avait presque envie de vomir en le voyant sourire ainsi.
Il monta rapidement dans sa chambre et alla s'enfermer dans la salle de bain, n'aimant pas se sentir poisseux. Contrairement aux rumeurs qui circulaient sur lui à Poudlard, il avait une hygiène de vie tout à fait normale et se lavait comme tout le monde, deux fois par jour et parfois même plus en abusant des bains.
Lorsqu'il redescendit une demi-heure plus tard, soins des cheveux obligent, vêtu d'un jean troué au niveau des cuisses et d'un top bleu, ayant enfilé des baskets pour se déplacer plus facilement puisqu'ils allaient pique-niquer, il entendit des bribes de conversation provenir de la cuisine tandis qu'il descendait les marches d'escaliers.
— On va juste pique-niquer !
— Pourquoi seulement vous deux ? questionna une voix que le maître des potions reconnut comme étant celle de la cadette Weasley.
— Dîtes-le une bonne fois pour toutes ! Qu'est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ça vous énerve tant que j'aille pique-niquer avec Ariana ? s'agaça le gryffondor.
— Parce qu'en plus c'est maintenant Ariana ?
— Il me semble que c'est son prénom, non ? grogna Harry, irrité.
— Ouais mais depuis quand tu sympathises avec elle ? Nous ne l'avons jamais vu t'adresser la parole depuis qu'elle est à la maison, lança Ron, jaloux.
— Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda Molly qui rentrait dans la cuisine en compagnie de Fleur.
Elles étaient toutes deux chargées de paniers à fruits et visiblement, elles avaient été faire un tour chez leur voisin qui avait un magnifique jardin fruitier et qui leur permettait de se servir en fruits autant qu'ils le souhaitaient.
— Ariana et Harry veulent aller pique-niquer, répondit Ron.
— C'est une bonne idée de sortir un peu prendre l'air. Ça ne pourra que vous faire du bien. Vous en avez tous besoin, approuva la femme. Ginny, préparez-vous un panier à pique-nique et allez faire un tour. Vous prendrez le dîner de ce soir.
Ginny et Ron affichèrent une moue satisfaite en ayant eu l'approbation de leur mère d'accompagner Harry et le maître des potions pour ce pique-nique. Approbation qui ne plaisait pas du tout à Harry qui serra les poings de rage tandis qu'il fusillait son meilleur ami du regard. Hermione qui avait constaté que la tension commençait à monter d'un cran dans la pièce décida d'essayer d'arranger les choses avant que la situation ne dégénère en dispute ou pire, en bagarre.
— Miss Weasley, Harry avait invité Ariana à y aller avec lui. C'est un pique-nique à deux et non en groupe, expliqua Hermione.
Molly se tourna vers le survivant, interloquée.
— Mais pourquoi voulez-vous y aller tous seuls ? l'interrogea-t-elle, perplexe.
Hermione secoua la tête tandis que Fleur roulait des yeux.
— C'est un rendez-vous, Molly, fit remarquer la française à sa belle-mère qui était vraiment longue à la détente.
Elle se demandait comment elle avait pu sortir avec Arthur si elle n'était même pas capable de voir de telles évidences.
— Oh !
— Nous aussi on aimerait aller pique-niquer, renchérit Ginny.
— Bientôt la fin des vacances et nous aimerions profiter de ce magnifique temps avant de reprendre les cours et de se plonger dans nos études, ajouta Ron.
Molly était indécise. Elle était partagée entre laisser Harry et Ariana aller pique-niquer tous les deux ou joindre le reste des jeunes au pique-nique.
— Eh bien, vous pourrez aller pique-niquer un autre jour. Nous avons encore une semaine de vacances avant la rentrée, répliqua Hermione d'une voix doucereuse, n'appréciant guère le manège des deux rouquins.
— Tout compte fait, je n'ai plus envie d'aller à ce pique-nique, dit Severus.
Ginny rayonnait de joie tandis qu'Harry était non seulement furieux mais il était aussi déçu. Il avait tellement voulu faire ce pique-nique avec la rousse.
— Bien.
Harry reposa le panier de pique-nique qu'il avait réussi à dénicher quelque part dans la cuisine et préféra aller s'enfermer dans sa chambre. Alors qu'il passait près de Severus, ce dernier le retint par le bras.
— Par contre, nous pourrions trouver une autre activité à faire ici, dans la maison, suggéra-t-il.
Il ne savait pas ce qui lui prenait d'être gentil avec le gryffondor mais il décida de ne pas pousser trop loin sa réflexion, sachant qu'elle ne lui plairait pas.
Harry sourit largement, acquiesçant vivement.
— D'accord. Qu'aimerais-tu faire ?
— Et si on jouait à une partie de bataille explosive ? proposa Ron.
— On pourrait faire une partie de quidditch dans le jardin, dit Ginny.
Le maître des potions n'appréciait guère l'intrusion des deux Weasley. À ce qu'il sache, il n'avait rien proposé à ces deux imbéciles. De quoi se mêlaient-ils au juste ?
— Connais-tu « ne chantez pas la bouche pleine » ? demanda Severus.
— Euh…non, répondit Harry, clignant des paupières. Qu'est-ce que c'est ?
— C'est un jeu simple. La personne désignée doit chanter une chanson avec un bouchon de liège dans la bouche. Les autres doivent deviner ce qu'elle est en train de chanter. La personne qui trouve chante à son tour et ainsi de suite, expliqua Fleur. C'est un jeu vraiment amusant.
— J'aimerai bien joué, dit Harry.
Au bout de quelques minutes, ils se retrouvèrent tous dans la chambre des jumeaux pour jouer à « ne chantez pas la bouche pleine ». Molly préparait le dîner du soir toute seule, tandis que les enfants s'amusaient dans leur chambre.
Bill qui était rentré un peu plus tôt que d'habitude put participer au jeu et s'installa près de sa fiancée. Depuis qu'il était en Angleterre, il avait moins d'heures de travail car moins de maléfices à briser.
Comme c'était le maître des potions qui avait lancé l'idée, ce fut lui qui eut l'honneur d'ouvrir le jeu. Il se plaça au milieu de la pièce et inspira légèrement avant de mettre un bouchon de liège dans sa bouche. Hermione et Fleur pouffèrent de rire à l'expression qu'il affichait sur son visage tandis qu'Harry et Bill souriaient d'un air amusé.
Severus garda le silence un instant, réfléchissant à la chanson qu'il souhaitait chanter. Puis, il se mit à fredonner tout doucement avant de se mettre à chanter de bon cœur. Il était difficile de distinguer les paroles de la chanson à travers le bouchon de liège qui ne devait pas tomber de sa bouche, ce qui donnait un côté comique à la scène.
Ils éclatèrent tous de rire tandis que le maître des potions tentait bien que mal de garder son sérieux pour continuer sa chanson. Il esquissait de temps à autre des sourires mais sans plus. Il était tout de même la chauve-souris des cachots, il avait une réputation à tenir.
— Magic works ? proposa Bill.
Severus secoua négativement la tête.
— This is the night ? suggéra Ginny.
Severus secoua à nouveau la tête.
— Cette chanson me dit quelque chose, marmonna Fleur, concentrée. Je suis sûre de l'avoir entendu il n'y a pas si longtemps.
— Do the hippogriff, lâcha Hermione en hurlant presque la réponse.
Le maître des potions acquiesça et retira le bouchon de liège de sa bouche tandis qu'Hermione sautait littéralement de joie. Il rangea l'objet dans sa poche et la lionne s'avança au centre de la pièce avec son bouchon à elle. Chacun d'entre eux avait un bouchon de liège sauf Bill et Fleur qui utilisaient le même bouchon.
Severus alla s'asseoir près d'Harry qui lui avait réservé une place à ses côtés.
— J'étais loin de me douter que tu avais de tels talents de chanteuse, ricana le rouge et or.
— J'attends de voir les tiens, Potter.
— Harry.
Severus garda le silence, un sourire en coin. Il n'aurait jamais pu imaginer qu'il pourrait s'amuser autant en compagnie d'une bande de cornichons sans cervelles. Il ne l'avouerait jamais à haute voix mais c'était la première fois qu'il passait une excellente journée, à sourire, à être tout simplement de bonne humeur.
La journée se déroula dans la bonne humeur et la joie, ils jouèrent une heure à « ne chantez pas la bouche pleine » et passèrent à d'autres jeux, comme quelques parties de cartes de bataille explosive, bavboules et un peu d'échecs.
Le soir, toute la famille Weasley et leurs invités se retrouvèrent à table pour le repas. Bill était assis aux côtés de Fleur et tenait sa main dans la sienne. Depuis l'incident avec Molly, le briseur de sort de Gringotts témoignait à sa fiancée tout son amour en étant plus démonstratif qu'avant, ce qui n'était pas pour déplaire à la française qui appréciait toutes ces marques d'attentions.
Severus observa la scène, quelque peu attendri. Il commençait sérieusement à virer poufsouffle depuis qu'il avait changé de corps. Il était plus sensible aux émotions que lorsqu'il était un homme et c'était exaspérant de ne pouvoir se contrôler. Il mit cet excès de sensibilité sur le compte des hormones.
Il se servit encore un tout petit peu de légumes et sentit tout d'un coup un regard fixé sur lui. Il leva la tête de son assiette et croisa un regard d'un vert émeraude. Harry lui sourit et sans qu'il ne s'en rende compte, il avait répondu au sourire du lion.
Il détourna vivement son regard, dérouté par son propre comportement. Il devrait essayer de se reprendre. Il ne fallait pas qu'il oublie qu'il se trouvait dans la fosse aux lions !
Il termina son assiette qui était la seule de la table à ne pas être pleine. C'était à peine s'il picorait dans son assiette. À cette allure, Molly l'enverrait tout droit à Ste Mangouste pensant qu'il avait un problème digestif.
La matriarche se sentait quelque peu vexée de constater qu'il n'aimait pas sa nourriture. Sinon pour quelle raison mangerait-il si peu et uniquement des légumes ? Molly contacterait Dumbledore un peu plus tard. Elle ne voulait pas que le directeur de Poudlard puisse penser qu'elle ne s'occupait pas bien de sa petite-fille.
On frappa soudain à la porte. Tout le monde se raidit aussitôt comme un seul homme.
— On attendait quelqu'un ? demanda Arthur à sa femme.
Molly secoua simplement la tête. Pas à cette heure-ci. Tonks avait décliné une fois de plus son invitation du jour et l'avait encore reporté à la semaine prochaine.
Arthur posa sa serviette sur la table et sortit sa baguette magique en se dirigeant vers la porte.
— Qui est-ce ?
— C'est Dumbledore et Remus.
Arthur relâcha sa respiration et rangea sa baguette magique avant d'ouvrir la porte à l'homme le plus respecté dans le monde magique et à l'ancien maraudeur qui paraissait encore plus malade qu'à l'accoutumée.
— Albus ! Remus ! Nous ne vous attendions pas, dit Arthur, surpris de la visite inopinée des deux sorciers.
— Excusez-nous, mon cher, mais j'ai besoin des services d'Ariana.
L'employé du ministère les invita à s'asseoir et le maître des potions ne put s'empêcher d'être heureux de revoir le directeur de Poudlard. Peut-être allait-il enfin quitter cet enfer pour ses cachots bien-aimés.
— Comment vas-tu, ma chère Ariana ? s'enquit Dumbledore, les yeux scintillant de malice.
Severus sentit l'entourloupe à plein nez. Il n'était pas dupe du tout. Il y avait strangulot sous l'eau. Que lui voulait donc le vieil homme ? Et pourquoi le lycanthrope était-il là ? S'il ne se trompait pas, aujourd'hui c'était la pleine lune et elle se pointerait dans quelques minutes. Albus était-il devenu fou ou l'était-il déjà avant ?
— Que puis-je pour vous, grand-père ? demanda-t-il en s'écorchant presque la voix au dernier mot.
— C'est la pleine lune dans un quart d'heure et j'aimerai que tu accompagnes monsieur Lupin cette nuit, s'il te plaît. Minerva n'est pas disponible et même si elle l'était, son animagus ne peut rien face au loup de Remus, répondit-il.
— Quoi ?
— S'il te plaît, Ariana. Nous ne pouvons laisser Remus tout seul les soirs de pleine lune en cette période trouble que nous traversons, expliqua Albus. J'ai besoin de toi.
— Mais
— Je sais que tu peux le faire, l'interrompit le directeur.
Snape voulut cracher à la figure du vieillard à l'instant. Ce vil manipulateur lui balançait un tel truc alors qu'il se trouvait au pied du mur, de surcroît face à toute une assemblée de lions qui prendraient très mal le fait qu'il refuse d'aider l'un des leurs.
Il devait reconnaître que l'homme avait bien joué son coup. Il avait attendu le bon moment pour lui porter le coup fatal. Il savait qu'en d'autres situations, il aurait catégoriquement refusé d'aider le loup-garou.
Maudit soit sa vie !
Il reluqua le lycanthrope un moment et avisa son teint plus que livide et put déduire sans fautes qu'il souffrait en ce moment et qu'il commençait déjà à ressentir les effets de la transformation. Malgré la potion Tue-loup.
— Bien.
Avait-il seulement un autre choix ? Il se retira lentement de table et s'excusa auprès de ses hôtes qui étaient restés bouches-bée, stupéfaits par la demande du directeur. S'ils avaient tout compris, l'adolescente serait un animagus.
— Monsieur Lupin, le salua-t-il.
— Vous savez, comme je l'ai dit à votre grand-père, je peux très…
— S'il a fait appel à mes services, c'est que vous avez besoin de moi alors taisez-vous et allons-y avant que vous ne vous transformiez en loup-garou dans une pièce remplie d'enfants, le coupa-t-il froidement.
Severus maudit Albus jusqu'à sa dixième descendance, leur promettant souffrance et douleur jusqu'à la fin de leur vie. Il sortit du Terrier, supposant que l'ancien maraudeur avait eu au moins le bon sens de le suivre. Il se demandait parfois ce qui lui avait pris de se mettre au service d'un roublard comme Dumbledore. Il aurait dû le savoir qu'il était tout aussi manipulateur que le seigneur des ténèbres.
D'abord sa nouvelle date d'anniversaire et maintenant Lupin ! Qu'allait-il encore lui sortir la prochaine fois ? Si ça continuait ainsi, il n'hésiterait pas à donner sa démission et à quitter ce foutu pays !
Il marcha longtemps, fulminant contre son patron qui aimait bien jouer avec sa vie, se fichant de la mettre en danger ou pas.
— Je suis désolé pour…
— Vous, fermez-la ! l'interrompit-il à nouveau en se retournant brusquement vers lui. Vous la fermez, c'est compris ?
Lupin hocha la tête, sidéré. Le maître des potions leva les yeux vers le ciel et vit que la lune était parfaitement pleine et visible. Un coup d'œil à l'ancien maraudeur et il sut que ce dernier allait se transformer d'une minute à l'autre.
Maintenant qu'il se trouvait face à un homme qui allait se transformer en loup-garou, le maître des potions se souvint brusquement qu'il n'avait aucune notion dans ce domaine. Qu'était-il censé faire dans ce cas en tant qu'animagus ? Et qu'est-ce que sa présence pourrait bien apporter à un loup-garou ? En plus, pourquoi Dumbledore avait-il ramené une créature potentiellement dangereuse à proximité du lieu où séjournait son golden boy ? La séance traumatisante de la troisième année de Potter ne lui avait-elle pas suffi ?
Il sursauta lorsqu'il entendit un cri et vit que le processus de transformation était en cours. Remus s'écroula sur un genou et poussa un autre cri de douleur alors qu'un craquement d'os se fit entendre. Severus ne put supporter cela et détourna le regard. Un autre craquement et il crut que son cœur allait le lâcher d'un instant à l'autre.
Mais pourquoi et toujours lui ?
Un sanglot étouffé le fit reporter son attention sur l'homme qui n'était plus si homme que ça. Des poils se mirent à pousser sur la peau de l'ancien maraudeur. Il eut un autre craquement d'os et Severus ne tint plus. Il se précipita sur le loup-garou et l'étreignit, ne sachant pas si l'étreinte y changerait quelque chose à sa douleur mais il fallait qu'il fasse quelque chose. C'était plus fort que lui. Après ça, il ferait mieux d'aller chez Chourave et de proposer sa candidature pour devenir un poufsouffle permanent car il était clair qu'il avait un comportement trop poufsouffle pour être à nouveau un serpent.
— Doucement, murmura-t-il. C'est bientôt fini.
Il voulait tellement y croire. Il n'aurait jamais pu se douter qu'une transformation en loup-garou soit aussi douloureuse. Il comprenait maintenant les raisons de la peur de Lupin face à la lune.
Il craqua soudainement lorsqu'il entendit à nouveau un bruit d'os qui se cassait et laissa une larme dévaler sa joue tandis qu'il sentait le corps de l'homme mi- loup se tordre de douleur. Il attendit ainsi une bonne dizaine de minutes avant que les souffrances de l'homme ne diminuent et qu'il le sente devenir complètement animal. Il rompit aussitôt l'étreinte et se transforma avant que Lupin ne reprenne ses esprits. Enfin, que la bête ne se réveille complètement.
Il observa la créature lupine et rencontra un regard doré. Lupin le regarda en retour, affichant un air interrogateur. Il émit un léger grognement et le maître des potions ne se rappela pas avoir fait face à un loup-garou aussi calme. D'ordinaire, Lupin aurait dû se mettre à vouloir détruire tout ce qui se trouvait sur son chemin, or, il était en train de le dévisager avec un calme olympien qui ne le rassurait guère.
Lupin était majestueux dans sa forme de loup. Il avait l'air plus en forme en loup-garou qu'en humain. Il avait un magnifique pelage blanc semblable à la blancheur de la neige, des yeux dorés aussi brillant que l'éclat de l'or pur.
Le loup riva son regard dans le sien et il ne put que se plier face au lycanthrope. Sa présence était presque écrasante. Un hurlement du loup-garou le tira de ses réflexions. Un chant merveilleux qui caressait ses oreilles sensibles et délicates. Un chant tellement unique qu'elle aimerait que cette mélodie puisse perdurer à jamais.
Le loup-garou s'approcha de lui et il recula subitement, un tout petit peu effrayé. Lupin grogna en montrant ses dents et il stoppa tout mouvement. Il resta immobile, laissant le loup avancer vers lui. Il se retenait de prendre ses jambes à son cou et de fuir loin d'ici.
Le loup grogna à nouveau lorsqu'il croisa son regard donc il baissa la tête et se tendit brusquement lorsqu'il sentit des crocs s'enfoncer dans la peau de son cou, le soulevant avec facilité du sol.
« Hey ! » s'indigna-t-il mentalement.
Comment cela se faisait-il que Lupin puisse le soulever avec tant de facilité et surtout comme s'il était un petit animal qui venait de naître ? Puis, il se rappela qu'il avait rajeuni, par extension, sa forme d'animagus aussi.
Maudit soit Dumbledore, pesta-t-il intérieurement, tandis que Lupin l'emmenait dans la forêt.
Alors ? Avez-vous deviné la forme animagus de Severus ? Pourquoi Remus agit-il ainsi ?
