Être parents
de NotEvenAProperWord

Je ne comptais pas vraiment écrire autre chose là mais bon, imaginer Léo+Séli plus jeunes avec Guenièvre (puis Yvain, oui, il arrivera), ça m'a donné envie de danser (merci pour cette référence du Coeur a ses raisons).
Et puis, bref, imaginer Guenièvre bébé, moi ça me rend gaga.

blabla, rien est à moi. (ok peut-être les autres enfants, cela me brise le coeur d'imaginer ça mais bon j'ai toujours cette réflexion sur les petits qui mourraient. Je promets que la prochaine fois, j'évite le sujet, pour ma santé mentale, parce que ça me brise vraiment le coeur)


La quête de Guenièvre

Le visage de sa mère, le visage de son père, leurs mains, tout est très haut, surtout quand ils ne la regardent pas. Même le visage de son grand-père, qu'elle ne cherche pourtant pas à approcher, lui manque et lui paraît à des années lumières. Tout est trop haut pour qu'elle les attrape quand ils ne la regardent pas. Et c'est souvent le cas.

Guenièvre a à peine un an et ce jour-là, personne n'a vraiment la tête à la surveiller. Le garçon, qui a seulement un an de plus et qu'elle est trop jeune pour appeler son frère, n'est pas là. Elle ne comprend pas les concepts, elle sait seulement quand elle a faim et quand elle a mal. La petite fille, celle qui lui parle et lui écrase les joues, a disparu. La femme qui devrait la surveiller mais qui n'est pas sa mère n'est pas là non plus.

Guenièvre a peur et veut sa mère ou même son père, mais elle doit faire attention et ne pas trop pleurer. Elle a remarqué que lorsqu'elle pleure, son père fronce d'avantage les sourcils et ça lui fait peur. Elle crie un peu, pour voir. Personne ne l'entend. Elle essaie de se dresser sur ses jambes. Elles tremblent, Guenièvre retombe sur les fesses. Ça fait mal mais elle essaie de ne pas pleurer. Elle recommence, les deux autres y arrivent bien, pourquoi pas elle. Cette fois-ci, ses jambes tremblent moins et elle parvient à avancer un peu, doucement, puis elle retombe. Sa troisième tentative est la bonne ; elle s'accroche à tout ce qu'elle trouve et, déjà, tout lui semble moins haut. Elle part chercher ses parents. Guenièvre a tout juste un an et elle mène déjà une quête.

Séli n'a pas la tête à surveiller ses enfants. Pas depuis deux semaines et surtout Guenièvre. La petite est l'image même de sa grande-sœur et elle ne veut plus y penser, à la plus grande. Le petit, c'est un peu différent mais il est brun et il les même yeux foncés, alors pas tant que ça en fait. Et puis c'est un garçon, toutes les boniches sont à ses petits soins. Et puis, elle l'a vu avec son père en passant dans la cour. Ça l'a rend toute chose de voir Léodagan avec son fils. Leur fils. Il le portait pour inspecter les arbalètes. Elle l'a engueulé, pour la forme, et parce qu'elle n'aime pas vraiment savoir que la vue de son mari peut lui inspirer de la tendresse. Le type l'a quand même enlevée pour 20 000 pièces d'or dont elle n'a jamais vu la couleur, si elle se mettait à ressentir quelque chose pour lui, ça fera tache. Pourtant, c'est un peu le cas mais elle ne l'admettrait pour rien au monde. Il lui a répondu « Merde », pour changer.

La chambre des petits est vide, le môme est avec son père. Mais la petite ? Soudain, Séli est prise d'un doute. Guenièvre a disparu. Elle se lance à sa recherche, dix minutes plus tard, toute la cour – si on peut appeler ça une cour – de Carmélide cherche la petite Guenièvre. Léodagan peste.

« Elle doit pas être bien loin ! Où voulez-vous qu'elle aille ?! Elle sait même pas marcher.»

Pourtant, il a quand même la gorge serrée : en perdre deux, comme ça, si vite, ça lui ferait plus de mal que de bien.

« Vous auriez du l'enfermer dans une cage et la nourrir aux quignons de pain, la petite. Comme ça, elle ne se serait pas enfuie. Mais vous êtes trop gentils avec eux !
– Vous, on vous a pas sonné !»

Séli a les yeux qui lancent des éclairs, elle se retient d'attraper l'épée de Léodagan et de planter son beau-père avec. Mais elle se ravise, tuer son beau-père, avec autant de témoins présents, ça ferait tache. Pas qu'elle n'ait pas déjà essayé. En plus, elle sent la panique qui monte, elle serait capable de rater son coup, et là, elle ne donnerait pas cher de sa peau, ni de celle de la petite.

« Vous êtes sûre d'avoir bien vérifiée la chambre ?
– Mais oui, je vous dis ! Il faut que je vous le dise en quelle langue ?! En picte peut-être ?! Ah bah non ! C'est vrai ! Vous n'avez même pas essayé d'apprendre !
– Je vous pose une question simple, vous m'répondez oui ou non, pas la peine d'aller chercher plus loin ! Je vous rappelle qu'on cherche la gamine, pas une raison pour s'engueuler !
– Enfin quand même ! Vous m'faites pas confiance !
– Mais si mais… Merde ! »

Léodagan tourne les talons et s'éloigne ostensiblement du reste du groupe. Partout on entend résonner le nom de Guenièvre. Goustan se marre, Séli lui lance un regard noir et donne l'ordre aux autres de continuer les recherches. Ils décampent tous, sous le nez de leur chef : personne n'est vraiment prêt à affronter la colère de Dame Séli. Elle se précipite à la poursuite de son mari. Il l'entend venir, elle et ses insultes. Il hésite alors qu'elle va presque l'atteindre puis il finit par faire volte-face pour répliquer quelque chose, il ne sait pas encore quoi, mais ça viendra. Sauf que bon, Séli le dépasse et il se rend alors compte que ses cris ont changé de ton. Il se tourne à nouveau et il la voit : Guenièvre. Elle est apparue au détour d'un couloir, même pas un mètre de hauteur et deux petits yeux brillants au milieu d'un visage rond. Elle sourit et ça dévoile ses petites dents affutées et toutes neuves. Séli la soulève et la presse contre elle, la petite gazouille gaiement.

« Elle marche ! Elle marche !»

Sans vraiment s'en rendre compte, Léodagan se laisse gagner par le sentiment général et se retrouve à serrer sa femme et sa fille dans ses bras. L'ascenseur émotionnel est tel qu'il ne remarque même pas que sa femme a les larmes aux yeux.

Guenièvre est contente, elle a trouvé ses parents. Sa mère a les joues mouillées. Elle ne comprend pas bien mais ils n'ont pas les sourcils froncés et ils répètent un truc en souriant, alors Guenièvre ne se pose pas trop de questions. De toutes façons, elle est trop petite pour vraiment s'en poser. Et ce qui lui importe vraiment, c'est que tout ne soit plus si haut et qu'elle puisse attraper les cheveux de son père et de sa mère dans ses petits poings.