Être parents
de NotEvenAProperWord
Cette fois-ci, c'est Yvain qui a le premier rôle. Partiellement inspiré par cette scène où il vient dormir avec ses parents dans le livre 6, par le sourire fière de Séli quand il décrète qu'il ne veut pas soutenir une politique d'expansion territoriale dont il ne reconnaît pas la légitimité et par les dimanches matins de mon enfance où il y avait beaucoup trop de monde au mètre carré dans un seul lit.
Merci pour les gentilles reviews et si vous avez des petites suggestions/idées sur cette charmante petite famille, je serais ravie d'essayer d'en faire quelque chose :)
blabla, rien est à moi.
Yvain et le Dragon
Léodagan ouvre les yeux brusquement. La lumière commence déjà à envahir la pièce. Mais ce n'est pas ça qui le réveille. Il a la très nette impression d'étouffer ou, tout du moins, de ne pas pouvoir bénéficier de tout l'espace vital dont il a, d'ordinaire, la jouissance pleine et entière. Et tout s'explique lorsqu'il se tourne vers l'autre partie du lit.
Tout au bout, Séli dort ; elle ne lui tourne pas le dos, parce que Séli ne tourne jamais le dos à l'ennemi. Elle le lui a dit le jour de leur mariage, ça a bien posé l'ambiance. Déjà que la cérémonie en elle-même avait déjà été bien pourrie, la réflexion de la Séli d'alors avait, pour ainsi dire, consolidé le truc. Leur mariage, c'est une espèce de guerre, et la seule guerre qui soit où l'on accepte de dormir avec l'ennemi, disent certains. Séli suit le précepte à la lettre.
Guenièvre, leur fille de quinze ans, vient ensuite. Elle est roulée en boule contre sa mère. Il se rappelle vaguement de l'orage, d'un cri dans la nuit, suivi par la porte qui s'ouvre à grands fracas et la gamine qui s'approprie une place de choix entre sa mère et son père. Léodagan fronce les sourcils. C'est bien le seul truc qu'elle a retenu des leçons de son grand-père : l'orage, c'est la fureur divine. S'il y songe d'avantage, c'est aussi un des seuls trucs sur lequel Séli et Goustan s'accordent : l'orage, c'est la fureur divine. Et évidemment, la gamine, déjà trouillarde comme pas deux, c'est tout ce qu'elle a retenu.
Il pousse un soupir et ça fait s'abaisser le bras du môme. Parce qu'Yvain est là, entre sa sœur et son père, un bras jeté en travers du torse de ce dernier. Il suce son pouce en plus. Pourtant, il n'a pas peur de l'orage lui. Il a peur des guêpes en revanche, ça Léodagan en est certain. Le sanguinaire tente de se rappeler du moment exact où le gamin a débarqué. Puis il se ressaisit et secoue son fils de sept ans par l'épaule.
Yvain entrouvre un œil.
« Bonjour Père !»
Il lance ça presque gaiement, d'une voix endormie, certes, mais beaucoup trop enjouée au goût de Léodagan. Surtout qu'il risque de réveiller Séli et même si Léodagan apprécie, secrètement, leurs constantes joutes verbales, il considère qu'il est un peu tôt pour ça. Guenièvre s'agite dans son sommeil, elle se tourne vers eux.
« Réveillez votre sœur et retournez dans vos piaules.
– Bah pourquoi faire ? »
Le môme réplique avec une candeur qui ferait hurler son grand-père. Léodagan se contente de froncer les sourcils et de lui demander :
« Vous avez quel âge ?
– Sept ans ! »
Yvain se redresse, fièrement et ça fait presque danser ses boucles brunes. Il sourit, il croit que c'est un jeu. Derrière lui, Guenièvre a le regard perdu.
« Bah à sept ans, on est grand et on dort seul. Et ça vaut pour vous aussi, orage ou pas orage.»
D'ailleurs, on entend même plus la pluie. Guenièvre s'extirpe maladroitement de sous les couvertures et rampe hors du lit en frissonnant. Elle obéit sans trop réfléchir. Séli s'aperçoit immédiatement de la perte de chaleur causée par le départ de sa fille, ses paupières papillonnent. Yvain, lui, reste assis à côté de son père et ça, ça commence doucement à le chauffer.
« Et vous bougez pas vous ?
– Pourquoi je devrais bouger, c'est vous l'plus grand.
– Quoi ?!
– Bah oui, zêtes plus grand qu'moi alors pourquoi vous avez l'droit d'dormir avec mère et pas moi ?»
Le môme est très sérieux, Séli rit sous cape, Léodagan, pas vraiment. Pendant une seconde, il envisage l'idée de lui expliquer la différence entre les concepts de mère et de femme puis il se rebiffe, sort du lit et quitte la pièce, une peau de bête à la main. Sa fin de nuit est foutue et il ne va pas perdre du temps à expliquer un truc aussi débile à un gamin de sept ans dès le matin.
Séli ricane, Yvain ne comprend pas vraiment.
« Vous lui avez bien cloué le bec à votre père !»
Sa mère ébouriffe affectueusement les cheveux de son fils. Yvain sourit fièrement, c'est comme s'il avait terrassé son premier dragon en somme.
