Disclaimer : Les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.
Peter l'embrassait. Il n'en revenait tout simplement pas. Le degré d'étonnement qui l'habitait en cet instant aurait fait exploser n'importe quel instrument de mesure. Le goût de leur échange, ce curry qui était en train de lui exploser la cervelle, il n'y avait plus que ça à présent. Il embaumait ses pensées, ses lèvres, ses narines, sa peau, son corps entier. Il était partout et nulle part à la fois, accompagné par des baisers avides, des mains puissantes, des râles brûlants.
Le reste s'était envolé, parti, désintégré.
Du moins, jusqu'à son retour foudroyant vers un monde plus lucide, plus moral, et la seconde suivante, il prit conscience de ce qu'ils osaient faire. Ou plus exactement comment lui, il se laissait faire, semblable à un pauvre chiot en manque d'attention. Ne devrait-il pas être l'Alpha en temps normal... ? Cela avait-il d'ailleurs une quelconque excellence ? Pas encore.
Pour être honnête, s'il devait s'inquiéter de quelque chose en priorité, c'était le fait qu'un homme aux mœurs douteuses avait décidé de prendre sa bouche pour une putain de glace aux fruits rouges. Et apparemment, celui-ci se régalait à ne plus vouloir s'en détacher, une main autour de sa gorge pour l'emprisonner dans un délicieux étau, tandis que son bassin était venu s'agglutiner il y a déjà plus d'une minute à celui de l'adolescent plaqué au pied du mur. En réponse à cette approche, Scott aurait dû le gicler d'un coup de patte, mais entre la théorie et la pratique, il avait instantanément perdu le contrôle dès qu'un genou était remonté entre ses jambes. Paralysé par une combinaison indéchiffrable d'émotions, ses yeux s'étaient vivement fermés pour s'abandonner à des bras auxquels il avait cru mettre un point d'honneur à repousser. Il avait hoqueté, la mâchoire grande ouverte, happant l'air avec difficulté. Puis, d'un mouvement commun et sans qu'il ne puisse l'expliquer, leurs lèvres avaient fondu les unes sur les autres. Depuis, les frottements lascifs de l'initiateur avaient raison de lui.
Contre son corps, l'imperturbable Hale ne souriait plus du tout, entièrement concentré sur les vagues de chaleur qui soulevaient le cœur de son otage, les sentir sous ses doigts le rendait extatique. Tout-puissant. Prendre une vie ne valait rien à côté de l'idée même de prendre... Son ancien bêta.
Pour cause, les tremblements affolés de ce dernier avaient été bien trop rapidement remplacés par un douloureux besoin de contact, si fort qu'il en redemandait malgré lui et empoignait dès lors les omoplates de l'aîné avec ses griffes. Sa cage thoracique se gonflait par courtes intermittences, prête à éclater lorsqu'une langue surprenait la sienne pour s'éclipser aussitôt. Il ondulait des hanches, mordait la chair à sa portée, entrelaçait une cuisse autour de son partenaire au risque d'être déséquilibré. Il perdait parfois la hauteur du sol quand des muscles autoritaires le soulevaient pour dévorer son cou, léchant ensuite ses clavicules offertes dans un sillon de salive. Son dos raclait alors la peinture froide des fondations, découvrait le bas de son ventre, le conduisait un peu plus en péril. Il avait faim de davantage, de tellement, tellement davantage. À croire qu'il en mourrait autrement.
— Peter, supplia-t-il en sentant son appétit le consumer.
Tout semblait amplifié, décuplé, plus saturé encore que lors de sa première transformation. Il était à la fois conscient de tout — du frémissement de son propre sang qui pulsait dans ses tempes à celui qui gorgeait les veines du second — et de rien, tant ses pensées étaient aveuglées par ses sens acerbes. Son cerveau était sur le point d'imploser, ses gestes guidés par un instinct incohérent, vital. Il n'avait jamais eu aussi chaud, aussi soif.
Soudain, il fut saisi par la sensation de la sueur perler entre ses cuisses, couler le long de sa colonne vertébrale, griser ses nerfs, alors que des traces humides offertes sur sa gorge s'y réverbéraient comme des mirages. Sourcils froncés, il grogna pour récupérer la bouche de l'homme et haleta à son contact. Leurs langues s'enlaçaient, celle de Scott refusant fiévreusement de se détacher de son vis-à-vis pour reprendre leur souffle.
Il réalisa trop tard qu'il tentait de passer à la vitesse supérieure, lorsque Peter le stoppa net dans sa ferveur inconsidérée — après en avoir bien évidemment profité au mieux. Contrairement au premier, il n'était pas d'avis à assouvir ses désirs tout de suite et n'avait pas non plus prévu de défaire sa ceinture, pour le moment. Il était certes enivré comme jamais auparavant, mais (contrairement à d'autres) il restait maître de ses moyens. De plus, il avait parfaitement compris ce qui se tramait derrière les paupières closes de l'Alpha, ses yeux luisaient d'un rouge intense, signe qu'il étouffait sous l'assaut de ses pulsions lupines. Elles affluaient en rasade, immatures, insolentes, impudiques et immodérées, le réduisant à l'état de louvard*. Concédant vulgairement le champ libre à quiconque saurait les éponger.
Cependant, elles étaient aussi la raison de la retenue de leur enjôleur. Il voulait Scott de tout son être et cela impliquait une conquête dans les règles de l'art, pas par le biais d'une bouffée d'hormones lycanthropes. Sa fierté en pâtirait autrement.
En conséquence, il exigea du garçon un saut à la réalité, quitte à manquer sa seule chance de se l'approprier, et pendant qu'il écartait lentement son visage, empoignant l'arrière de son crâne avec force, son action fut accueillie par un gémissement plaintif. Frustré. Durant une seconde, l'expression débraillée du plus jeune le pétrifia, il eut du mal à dire si se détacher de lui était une preuve de sa bienveillance ou de son côté joueur, voire tourmenteur. Sans ajouter que ce n'était pas aussi facile qu'il l'espérait. Les pupilles dilatées, les cheveux en bataille, les joues rouges et les commissures gonflées, son œuvre incitait à la décadence ; son créateur le trouva sublime. À sa merci. Cette vision le fit même hésiter entre assagir et satisfaire l'ardeur qui affluait à nouveau dans ses tripes.
— Cela devrait être interdit, maugréa-t-il et ses iris s'illuminèrent d'un éclat azur éphémère.
Toutefois, alors que la guérison effaçait enfin les traces de leur débauche, des dents acérées profitèrent de sa gueule entrouverte pour capturer le bout de sa langue de façon tout à fait inopinée et obscène. Elles comblèrent le vide comme des rasoirs et le saignèrent à blanc d'un coup sec. La bouche aussitôt en sang, le quarantenaire réagit au quart de tour et attrapa la gorge de l'effronté. Leurs corps pressés contre le mur, leurs joues se retrouvèrent pour la deuxième fois à un pouce de l'autre. Leurs respirations s'entremêlaient, nez à nez. Aucun d'eux ne bougeait.
Dans le silence le plus total, un regard métallique d'abord suspicieux devint fasciné face à l'attitude au-delà de l'éloquence d'un certain McCall en face de lui. L'adulte desserra sa prise et sentit un souffle irrégulier repartir sous sa paume. Si la situation précédente ne laissait pas de place à la tergiversation, il n'arrivait pas à savoir si toute de suite, son cadet était avec lui ou ne répondait qu'à un loup aussi fourbe que le serait le Nogitsune.
— Scott ? appela-t-il dans un murmure rauque.
Le concerné frissonna à l'entente de son prénom et commença à prendre de grandes inspirations sans la moindre gêne, s'imprégnant de Peter. Une note singulière l'empêchait d'aller à l'encontre de ses pulsions bestiales ; l'âcreté du curry qui assommait ses narines. Elle rendait sa moitié animale excessivement entêtée. Il ne comprenait toujours pas comment l'autre était capable de sécréter un tel effluve en aussi grande quantité, c'était humainement inconcevable. Elle se dégageait de chaque pore qui parsemait sa chair et il y en avait beaucoup trop pour ne pas le rendre fou encore un millier d'heures. Trop caractéristique, trop lourde, trop aphrodisiaque, trop proche...
Engourdi, son esprit était incapable de faire la part des choses et son nez languissant plongea dans le creux de la carotide du Hale pour en humer le parfum. L'instant d'après, il s'était déjà mis à parcourir l'épiderme du bout de la langue. Cela n'avait plus rien de sauvage et d'empressé, à la limite du geste désespéré, c'était complice, languissant et douloureusement bon. C'était plus. Illimité. Un véritable partage qui traînait dans la longueur, plus que dans la félicité instantanée. Un aval à la luxure.
Le second sut par conséquent que la partie surnaturelle était toujours aux commandes, puisque Scott n'aurait jamais fait un geste si intime de son plein gré. Alpha, hein ? Plutôt louveteau, oui !
Néanmoins, Peter n'arriva pas à suivre le fil de ses principes, tant ils étaient réceptifs à l'autre dans leurs moindres parcelles de chair. Alors, il soupira et au lieu de prendre ses distances, sa main glissa naturellement vers la base des cheveux bruns de l'étudiant, caressant le cuir chevelu pour le presser de continuer. O.K., peut-être s'emballait-il aussi un peu, mais il avait une excuse, la fraise était son dessert préféré et la personne qu'il plaquait contre lui donnait l'impression d'être constituée de ce fruit de la tête aux pieds. Davantage, le simple fait de penser aux lèvres fébriles suçant lentement sa peau ne l'aidait pas à se concentrer. C'était trop... Alléchant.
Ainsi, ses yeux vrillèrent en bleu électrique et il nia sa dose de responsabilité au traitement qui s'ensuivit. Il tira d'un geste brusque les mèches sombres de son partenaire vers la cloison de la chambre, sa langue flattant déjà sa consœur, et le râle qu'il obtint détruit toute sa retenue. Au diable qu'il ait affaire à la pulsion plutôt qu'à l'esprit, il ne s'en souciait plus à présent !
Leurs mains exaltées cherchèrent à s'aventurer sous les barrières de l'autre, tandis qu'ils étaient occupés à s'embrasser à nouveau. Elles parcouraient leurs habits dans une profusion de gémissements aussi gutturaux qu'étouffés, jusqu'à ce que l'une d'elles se faufile sous le t-shirt du moins lucide d'entre eux. De surprise, le sang du capitaine de Lacrosse ne fit qu'un tour sous la sensation de décharge que des doigts venaient de lui envoyer autour de son téton. Une grosse claque mentale retentit dans la cohue qui avait pris possession de ses membres et subitement, il paniqua. Aucun doute là-dessus, cela avait été suffisant pour reprendre l'ascendant sur son loup. En moins d'une fraction d'atome, il fit valser la langue persuasive du corrupteur à l'autre bout de la pièce, littéralement.
L'atmosphère éclata si vite qu'il y eut une période de flottement, durant lequel ils ne furent pas en état de dire ce qu'ils foutaient là. Puis, le lycéen perçut son souffle erratique et se souvint de tout, chaque détail, surtout les détails. Il observa d'un mauvais œil l'oncle de Derek se relever de sa chute en jurant et s'essuya tragiquement la bouche du revers de la main. Cela fit rire d'exaspération le plus vieux qui ne l'avait pas quitté du regard et ajouta son grain de sel :
— Tu ne changeras jamais, n'est-ce pas ? reprocha-t-il avec un ton rhétorique autant pour Scott que pour lui-même.
Il était à la fois agacé du comportement de l'Alpha, toujours à la recherche d'espace et par extension d'excuse, mais aussi de sa propre posture désavantageuse dont il n'arrivait à s'affranchir. Il n'avait pas la place la plus confortable dans cette histoire, toutes les responsabilités l'incombaient d'office et personne n'était là pour l'épauler de quelque façon que ce fut.
L'autre observa furtivement la porte, comme pour confirmer les paroles du Hale, avant de revenir contre toute attente sur ce dernier. L'envie de s'enfuir se lisait dans son regard, pourtant, il recula d'un pas pour prendre appui sur le mur et croisa les bras. Peter eut une drôle d'impression de déjà-vu, sauf que d'ordinaire, c'était lui qui prenait ce genre de posture, qui aurait dû, et il comprit que sa remarque n'était peut-être plus si juste. Ils avaient basculé.
— Non, je reste. Si on ne tire pas ça...
L'adolescent se racla la gorge et fit un geste désinvolte de la main en déglutissant.
— ...au clair, je vais le regretter.
Une moue se dessina sur les traits de son hôte, un espoir minime. Il y avait du progrès par rapport à la conversation d'avant le fameux « ça ». Il n'avait plus à forcer son invité à l'écouter, il n'avait plus à se forcer à prendre des pincettes ; ils allaient quelque part, au moins.
— Je pue ? fit-il perfidement remarquer.
— Arrête tout de suite ! s'étrangla l'innocent chef de meute, le pointant d'un doigt dénonciateur.
Il entreprit les cent pas, tandis que l'adulte ricanait de bon cœur en s'approchant de lui, ce qui eut pour effet de le figer sur place. Ils se défièrent du regard, leurs sens lupins concentrés dans leur odorat. Les relents de fraise et de curry n'avaient pas disparu, ne le feraient sans doute jamais, le jeune McCall commençait à s'y résoudre. Toutefois, il était trop fier pour se faire mener par le bout du nez sans se débattre et plissait les yeux avec méfiance. Cela ne fut pas suffisant et il capitula, pestant dans sa barbe inexistante. Il était le premier à reconnaître qu'il manquait cruellement de confiance en lui (même s'il ne l'avouerait pour rien au monde en public), il l'avait presque entièrement perdue ces derniers mois. Beaucoup d'épreuves l'avaient touché, brisé, aussi stupide et niaise que cette phrase bourdonnait à ses oreilles, il s'était laissé affecter. Peter n'en avait été que la consécration.
Ses pupilles s'aventurèrent de ce fait partout, exceptés sur la raison de son trouble, et après une interminable minute, ils se rencontrèrent pour la énième fois dans un bruissement de cils. Ils n'y constataient pas ce que les gens attendaient en général de l'amour. Il n'était pas même certain que ce mot avait lieu d'être ici. C'était juste confus, déplorable, dur à imaginer. Moche. Scott n'était pas stupide, il l'avait compris à travers les remarques de l'autre lycanthrope sur ses reniflements involontaires. Depuis le jour où il avait repoussé sa partie animale, avait commencé à éviter le loft et la famille Hale, depuis le jour où il était capable de retracer l'odeur de l'aîné sur des kilomètres sans motif apparent, depuis ce jour, il était imprégné.
Mais du curry rance, franchement ? Stiles ne l'avait pas tenu informé de ce symptôme pourtant outrageusement crucial, dans sa situation actuelle en tout cas. Par contre, à l'époque où il se passionnait pour les légendes de loups-garous, son meilleur ami en avait décrypté des conneries à leurs sujets ! Les sources sur Internet ne devaient manifestement pas être si fiables que ça en la matière. Il n'y avait alors qu'une option possible à ce stade, qu'un remède aussi miraculeux que vil pour obtenir des réponses à son obsession tyrannique...
— Explique-moi.
Dans des circonstances favorables, il n'aurait pas eu à deviner tout seul et au pire moment possible. Son plus fidèle confident l'aurait épaulé, il serait même allé jusqu'à faire battre de l'aile un psychopathe et cela aurait évité le brouillard général dans lequel il nageait désormais. Mais ce n'était pas comme si la vie lui avait fait des cadeaux ces temps-ci, alors il devait se rabattre sur sa seule source « fiable » à portée de main, un monstre sanguinaire avec de fortes tendances malfaisantes.
Le solitaire de la meute cligna des yeux face à ce changement d'attitude. Il le reluqua de bas en haut, appréciateur du lot mis à gage, avant de révéler une denture carnassière derrière son charme démoniaque. Le vent tournait en sa faveur. Son flair ne le trompait jamais, surtout si cela impliquait une fragrance sauvage, trop mûre pour sa santé mentale. Aujourd'hui était finalement son jour de gloire, il n'aurait d'ailleurs pu espérer plus fort gage d'allégeance. Tout le monde le savait que trop bien, informations était synonyme de contreparties avec Peter Hale et celui-ci obtenait toujours ce qu'il voulait. Or, ils avaient dépassé le stade du progrès, le fait était là, son plus grand caprice lui demandait aujourd'hui un service, ni plus, ni moins.
Avec une rapidité déconcertante, il se glissa derrière Scott, qui ne put que froncer les sourcils en enregistrant cette force inopinée, le genre de force qui attirait les soupçons. Néanmoins, l'adulte avait un tour d'avance sur lui et verrouilla ses poignets impuissants dans son dos.
— Rien de plus simple, mon loup, susurra-t-il et il planta violemment ses crocs sous l'oreille du vrai Alpha.
*Jeune loup de un à deux ans, plus âgé que le louveteau.
