Disclaimer : Les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.


En bas, un autre membre de la famille se reposait, adossé à une poutre. Il se redressa en avisant la présence de Scott, dégringolant de l'escalier en colimaçon. Il regrettait d'avance d'être revenu dans le loft, mais il en avait été presque certain lors de sa vadrouille, Peter n'était pas de taille à gérer les contradictions d'un adolescent, encore moins de les respecter. Le joueur de Lacrosse avait le droit d'être incohérent, perdu, un peu à l'Ouest dans ses actions, c'était normal. Toutefois, son loup agissait de façon aussi désordonnée pour la seule et unique personne qui exécrait de tels enfantillages et aimait tout contrôler, tout dominer. Cette dernière qui avait malheureusement jeté son dévolu sur un Alpha qui ne s'assumait plus véritablement... Ils n'étaient pas prêts de trouver un équilibre au centre de ce chaos.

Sans se mentir, Derek en était presque ravi, si cela n'impliquait pas de supporter l'asphyxie pour le restant de ses jours. Sinon, il ne serait pas ici à jouer le conseiller d'orientation, rôle qu'il abhorrait, les bras fixés sous les aisselles à attendre patiemment un dénouement qui s'était volatilisé. Ces histoires n'étaient vraiment plus de son âge. Encore moins de l'âge de son oncle, bon sang !

Néanmoins, il avait une vague idée de la galère dans laquelle se trouvait le duo en ce moment. Il ne l'avait jamais expérimenté lui-même, mais l'avait vu faire pas mal de dégâts dans le passé, alors que sa famille badinait paisiblement en ville. À l'époque, Beacon Hills n'avait pas si mauvaise réputation, n'était pas un terrain de guerre pour les querelles entre créatures surnaturelles. Ce temps-là lui manquait, ils auraient eu le plaisir à rire d'un fardeau comme celui que trimballaient Scott et Peter. Aujourd'hui, le moindre relâchement, la moindre distraction, tout leur était fatal. Les situations imprévisibles que causait l'imprégnation se présentaient sous un sale œil.

Sentimentalement, elle détenait les honneurs pour créer d'insignifiants gestes en complots dramatiques. Sous son joug, sa petite sœur, Cora, avait quand même réussi à l'ère du bac à sable à leur mettre deux meutes et une famille de tueurs sur le dos. Dire que les ennuis avaient simplement démarrés parce qu'elle s'était amouraché d'un de leurs chasseurs, lui-même entraîner pour ne pas éprouver ne serait-ce que de l'empathie envers elle, quoiqu'elle débordât de candeur enfantine. Cela ne l'avait pas arrêtée, elle était trop jeune pour réaliser la portée de ses actes à seulement dix ans. De plus, elle n'était pas une tête de mule dès le berceau pour faire joli et leur mère ne pensait pas que sa fille si ignorante puisse éprouver de réels sentiments qui auraient en plus surpassé son autorité. En résumé, aucun obstacle ne l'avait retenu et cet amour qui l'inspirât se défiait bien des ordres établis, des conventions indispensables et encore davantage du danger. Cela avait amené une épée de Damoclès sur la maisonnée, puis un groupe de chasseurs en rogne. Les pieds dans l'inconnu, ils avaient fait appel à tort à une meute voisine, qui en avait rameuté une autre de soutien en reconnaissant les signes de l'imprégnation. L'effet papillon prît vie alors et jusqu'à aujourd'hui, Derek n'aurait jamais cru revoir un jour l'ombre d'une telle arme mortelle.

À l'époque, rien ne s'était passé dans les meilleurs auspices. En surnombre, l'attroupement d'étrangers avait imposé leur vision aux Hale. Cora devait mourir et son affection dévastatrice avec elle, cela avait été la condition, sinon, ils seraient tous égorgés froidement. Humains, loups, proches, inconnus, ils ne compteraient pas les dommages collatéraux et raseraient le quartier de la carte. La cheffe avait refusé de vendre sa progéniture et une semaine sanglante avait suivi. Chacun avec peu à peu retourné sa veste à mesure que les pertes creusaient leur poitrine, plus très intransigeant sur la décision initialement prise, soi-disant « l'unique moralement acceptable ». Finalement, la trêve fut imposée à la mort du soupirant, teintée d'un mélange de soulagement et de culpabilité. La cadette de la famille devint sans équivoque inconsolable, mais inoffensive, alors les crocs disparurent des gorges pour regagner leur tanière et tout, ou presque, se confondit dans le quotidien. Son chagrin n'eut remède que le temps et les pleurs.

Un détail échappa tout de même à la vigilance maternelle. L'exemple à ne pas suivre venait d'être donné au reste des enfants, la mort écorchant plus facilement qu'une griffe. Ils avaient vécu une boucherie animale, s'étaient horrifiés des giclées de sang, leur enfance pulvérisée ; d'un côté, ils n'aspiraient désormais plus qu'à la douceur d'un amour mélancoliquement humain, d'un autre, leurs loups dorénavant accommodés au sang traquaient son goût métallique si particulier. Contrairement aux espérances de la louve, la porte aux dérives avait justement été fracassée en deux comme une boîte de Pandore et l'armistice ne fut qu'un écran de fumée.

Peu après, l'insouciance de Derek s'était prise au jeu. Sa petite sœur avait presque frôlé une vie normale faite de passions mortelles, gonflées de bons sentiments, pourquoi pas lui ? Leur mère ne semblait plus aussi pointilleuse, plus aussi savante, fallait-il vraiment se restreindre à la marginalité et obéir aveuglément à son dictât ? Cora avait juste parié sur un poulain peu commode, il n'avait qu'à mieux surveiller ses arrières et il n'encourrait aucun risque... Ce sont ce genre de pensées qui émergèrent, insidieuses, et dans toute sa splendeur d'adolescent, il s'y hasarda pour son propre compte, jusqu'à commettre l'irréparable avec une violoncelliste. Sans surprise, les conséquences avaient été désastreuses, mortelles cette fois dans un sens macabre. Des années de violence plus tard, le voilà ici en ce jour, dans son appartement, avec pour colocataire son oncle anciennement catatonique et le pâle écho de sa cadette, désillusionnée de son espoir d'enfance, en fuite dans le Sud. Le reste ; envolé, parti en fumée.

Par excès, par désir, par affection incontrôlée, ils avaient tout perdu. Et si l'imprégnation n'était pas le talon d'Achille du caractère exceptionnel des loups-garous, leur malédiction spécialement dédiée, la plupart de leur espèce aux quatre coins du globe à ce jour ne serait par des Oméga effrayés et eux, les derniers Hale, ne seraient pas des orphelins torturés. Mais là résidait son interprétation personnelle de la chose, car Derek savait que trop bien que cet amour exagéré n'avait pas que des origines mystiques, mais des bases tout à fait communes ; les sentiments. Ainsi, Cora ne s'était jamais pardonné des pertes familiales en grandissant, puisqu'elle était en partie responsable de son plein gré, bien qu'elle ait été une simple enfant dans l'ignorance des menaces que ses penchants érigeraient.

Alors oui, il avait eu le droit d'être d'une humeur de chacal, mais il avait surtout l'obligation de ne pas répéter les erreurs du passé. Il avait par ailleurs longuement réfléchi sur quoi dire, quoi faire, quoi vouloir. Cela le conduisait à cette conversation précise qu'il était sur le point d'avoir avec un gosse au bord des larmes, inlassablement, et tout fut immédiatement limpide. Il devait lâcher prise, croire en ce dernier, en son jugement, en son choix. Il devait le soutenir, l'écouter et non l'ostraciser comme Cora l'avait été par leur mère. En outre, il devait lui laisser le contrôle de son propre sort, ajoutant au fait qu'il ne détenait plus la charge d'Alpha, même s'il détestait sentir qu'il était dépendant de quelqu'un d'autre que lui-même. Or, à présent, leur futur à tous passait par la capacité d'un lycéen à se gérer soi-même et la meute, imprégnation y comprise.

Voilà ce qui occupait toute sa méditation, un froncement de sourcils durcissant son visage, quand une âme en peine pointa le bout de son nez en bas des escaliers. Posté près des fenêtres, non loin de la table servant de bureau, un soupir lui délia finalement la langue :

— Arrête de résister. Ton loup fait partie de toi, il faut que tu l'acceptes, mais je ne t'apprends rien de nouveau, n'est-ce pas ? chuchota-t-il en gardant ses distances, la voix grave et légèrement à contrecœur.

Encore en train de sauter une énième marche, Scott se figea dans son élan en l'apercevant, le Hale et son mélo-dramatisme. Le premier parut incertain face à sa prestance, ses semelles traînant sur le parquet, tandis qu'il cachait ses mains dans ses poches de jeans. Il n'avait pas perçu les battements de cœur de l'adulte et se trouvait plus honteux que jamais d'avoir été saisi de cette manière, à décamper de la chambre d'un imbécile égoïste occupé à se prélasser à l'étage supérieur plutôt que d'affronter son incertitude. Ils étaient une paire d'imbéciles en fait.

— Tu sais ? hasarda-t-il en papillonnant des yeux ailleurs que sur son interlocuteur.

Derek haussa les épaules, comme si ce n'était pas important ou compliqué à comprendre. Les deux, sans doute.

— Tu ne te fais pas confiance ?

Le fils McCall l'examina brusquement, incrédule.

— Si, rétorqua-t-il du tact au tact.

Pourtant, sa main vint se glisser au même moment à l'emplacement de la morsure. Le liquide rouge goutta à nouveau entre les interstices de ses doigts et son rythme cardiaque sursauta aux oreilles de tout l'immeuble. Il grimaçait désormais.

— Non, tu as peur et c'est pour ça que tu n'as aucun contrôle, accusa abruptement le second en plissant les yeux, le nez retroussé par une puanteur croissante. L'imprégnation est un choix. Tu l'as voulu. Pour une raison qui m'échappe, il arrive la même chose à Peter...

La dernière phrase avait été soufflée dans un murmure, semblable à une relique enfouie, secrète, que sa mémoire n'avait pu contenir. Derek avait depuis longtemps renoncé à voir ressurgir la part d'humanité dans le cœur de son aïeul, s'il en avait encore un. Apparemment, c'était le cas et il l'avait démontré de la pire des manières.

— Pourquoi lui ?

Une expression de stupéfaction traversa les traits du propriétaire du loft à la question du plus jeune, avant qu'il ne reprenne son éternelle dureté. Il ne s'attendait pas à une coïncidence pareille, qu'ils soient tous deux préoccupés par une masse noire aux iris bleus. Elle était sûrement la seule énigme non résolue, une qu'il n'arriverait probablement jamais à percer malgré leur lien de sang. Il pourrait parier que le véritable Alpha n'en verrait le bout un jour, alors pourquoi avoir jeté son dévolu sur ce meurtrier ? Il doutait que Dieu en sache plus qu'il n'osait entrevoir de sa place de spectateur impuissant.

Ennuyé de devoir montrer son ignorance, il décroisa les biceps et passa une main dans ses cheveux. Ses jambes le menèrent plus près des fenêtres, dans l'espoir d'y sentir un fil d'air frais, tournant le dos à la pièce. Dans moins d'une semaine, la pleine lune illuminerait les lieux. Les imprégnés en avaient déjà subi deux séparés l'un de l'autre et l'état du moins expérimenté était déplorable, pire que ne l'avait jamais été Cora dont l'imprégnation n'avait pu durer longtemps, deux semaines tout au plus. Pas un habitant ne passerait ce mois dans le calme s'ils n'arrangeaient pas vite les choses et Derek n'avait pas les connaissances requises pour mesurer les conséquences d'un troisième cycle sur les deux principaux concernés, leurs odeurs corporelles étant un bon indice sur la bombe à retardement qu'ils représentaient.

— Je ne suis pas dans ta tête, Scott, grommela-t-il, bien qu'il s'inquiétât lui-même des libertés qu'étaient capables de s'octroyer le premier-né des Hale pour rassasier son autosatisfaction.

Le susnommé enchérit tout de même, un afflux de nervosité l'ébranlant inopinément :

— Pourquoi il m'obsède ? Je veux dire... Il empeste, c'est insupportable et pourtant, ça me fait perdre la raison.

L'homme tiqua, fit volte-face. Alors eux aussi subissaient les effervescences de l'autre ? C'était presque une délivrance de l'apprendre, depuis son retour d'Amérique du Sud, il avait eu la « bonne » nouvelle d'apprendre l'imprégnation de Peter par la puanteur qui se dégageait du loft, d'abord diffuse, puis soudainement insupportable après une douzaine de jours, à l'approche de ce qu'il avait déduit comme la deuxième nouvelle lune dès la manifestation des premiers signes. Bien évidemment, il n'avait pas percuté tout de suite le sens profond de cet effluve et avait presque regretté d'être revenu en croyant à une contamination bactérienne des canalisations du mur et du sous-sol.

Mais savoir aujourd'hui qu'il n'était pas le seul à souffrir des naseaux, dieu merci pour son moral !

L'auteur de ces poussées d'hormones se dandinait sur place et reniflait par intermittences, son loup prit au dépourvu. Il avait avancé à hauteur des poteaux de peur d'être négligé, empestait sans raison apparente, s'enflammait instinctivement, jouait du tambour dans sa cage thoracique. Son vis-à-vis n'eut pas à tergiverser pour reconnaître la silhouette obscure qui causait la subite activité intérieure de Scott, à l'endroit exact où ce dernier s'était précédemment pétrifié. Le jeune garçon comprit au coup d'œil insistant que lança Derek derrière lui, mais il ne se retourna pas pour vérifier la présence du tiers. Il avait trop peur de sa propre réaction. De toute façon, il n'était pas corsé de deviner grâce à l'opacité du curry qu'un corps familier s'était appuyé dans l'angle de l'escalier en colimaçon.

Il opina de la tête pour forcer le dialogue, faisant ainsi exprimer son indifférence envers ce que Peter pourrait ouïr ou non des explications de son neveu. Il était bien loin de réaliser que le plus vieux avait déduit une encyclopédie entière d'informations là où le jeune Hale ne possédait qu'une quatrième de couverture. Cependant, le premier l'avait envoyé baladé, lorsque le second lui ouvrait presque les bras pour le rassurer.

Ironiquement, le plus loquace des deux continua alors, un sourcil relevé oscillant malgré lui entre dégoût et incompréhension :

— Tu es comme un chiot qui ne peut pas s'empêcher de pisser sur la moquette encore et encore tant qu'il n'est pas assuré d'avoir marqué son territoire, résuma-t-il en passant sa langue sur ses gencives et il mima un rictus contrarié.

Son oncle, dans un premier temps amusé par la comparaison, lui adressa un regard viscéral aussitôt le mot « moquette » prononcé. Il le lui retourna, l'air de montrer que les rôles allaient dans les deux sens et qu'ils n'avaient qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ce n'était pas très fin, il fallait le reconnaître, mais plus vite ces deux sacs d'aphrodisiaques encaisseraient l'idée, plus vite il en serait débarrassé. L'odeur suave d'hormones sexuelles qui enveloppait l'atmosphère était en train de lui donner la nausée. Il la supportait depuis bien trop longtemps, suffisamment pour ne plus se remémorer de sa première réaction face à cette prise de conscience (après avoir démonté la moitié d'un mur à coup de massue pour vérifier la plomberie). À l'époque, il avait naïvement cru que les deux protagonistes étaient au courant et rechignaient à juste titre de s'approcher, ce qui avait semblé la solution parfaite au problème. Lui-même s'opposait radicalement à les voir ensemble, peu importait qu'il y ait de l'hypertension, de la frustration ou même de l'amour dans l'air. Le fou furieux de Beacon Hills ne toucherait pas le plus petit doigt d'un membre de la meute, surtout s'il s'agissait de l'Alpha. Il serait capable de s'en servir contre eux tous. Non, il le ferait sans hésitation.

Cependant, les choses n'étaient pas allées en s'améliorant contrairement à la fin radicale endurée par Cora et malgré le fait qu'il campait toujours sur sa position — et il n'était pas prêt de changer d'avis —, rien que de se retrouver avec eux dans un lieu ouvert soulevait en son for intérieur des envies de meurtre, tant leur émanation saturait son espace vital. C'était devenu invivable et il dût se rendre à l'inévitable évidence ; l'imprégnation était plus têtue que son odorat.

Un point pour elle, zéro assuré pour le plus jeune des Hale.

Heureusement qu'il avait fini par craquer ce matin devant la tournure que prenaient les événements, après d'interminables journées de supplice. L'action fut simple, il avait littéralement secoué les puces du frère de sa mère d'un coup de poing. Pris sur le fait, ce dernier n'avait pas pu résister une seconde de plus et avait mis en action le plan qu'il convoitait depuis la dernière révolution. Il était maintenant libre d'agir à sa guise avec pour unique impérative de trouver un moyen de régler la crise sensorielle. Autant dire que son ennemi redoutablement grognon venait de lui offrir un blanc-bec sur un plateau d'argent, une fraise dans la bouche.

Bien sûr, tout ceci avait été calculé. Il n'était pas un des survivants pour rien, son esprit de comploteur travaillait d'arrache-pied et il avait listé les portées de son caprice avant même le début des complications. Dès lors, cela n'avait été qu'une question de patience. S'il avait bougé d'un cil sans l'accord de son neveu, il l'aurait eu dans les jambes jusqu'à la prochaine immolation et il n'était pas revenu d'entre les morts pour faire le chemin inverse à cause d'une amourette, encore. Il connaissait le Destin ironique, avait retenu en mémoire son trait d'humour et s'en méfiait en conséquence.

— Mais je suis l'Alpha, putain ! s'insurgea l'étudiant, éperdu, croyant détenir son meilleur argument.

Sans daigner un regard, il brandit un doigt dénonciateur en direction de celui qui aurait dû être en théorie le plus critiquable des deux. L'accusé, qui s'était dissimulé à un mètre de l'emplacement désigné par son prédécesseur, roula des yeux.

— Oh, pauvre chou... feignit-il d'une voix faussement compatissante, les bras croisés contre son torse, tandis que sa fraise adorée semblait ronger son os en face de Derek.

Parfois, il oubliait que les connaissances de leur nouvel entourage, constitué de rejetons pré-pubères aux rêves utopiques, était à des années-lumière de la vérité. Ils n'avaient aucune expérience du terrain, aucune maîtrise de leur monde, aucun bon sens pratique et au début, il s'était fait violence pour ne pas être agacé en permanence par leurs mines de merlan frit. Ils étaient à un degré de nullité si haut que l'odeur les avait gardé dans l'incompétence chronique, au point que pas l'un d'entre eux n'avait réalisé ce qui se tramait sous leur nez ! Ils s'étaient contentés de rester à l'écart de chez les Hale, car franchement, ils auraient préféré se jeter dans une fosse aux lions plutôt que de faire remarquer au propriétaire, un mur de muscles soit dit en passant, le relent charnel émanant de son loft. Raison non négligeable dans la poussée de violence que Derek avait alors eue à l'encontre du réel fautif en apprenant les rumeurs sordides sur son compte, bien qu'en soi, la visite se faisait rare au loft depuis les Onis, avec ou sans odeur à la clef. La plupart de ceux qui venaient dans le passé étant désormais carrément sur un continent différent. L'exception était peut-être Malia, qui passait lorsqu'elle avait du mal à garder son point d'ancrage et comptabilisait à elle seule le nombre de passages de tous les autres.

Restait alors une personne qui n'était ni touchée par l'odeur (n'ayant pas la moindre chance de rivaliser avec les museaux des lycanthropes), ni par l'ignorance ; l'intenable fils Stilinski, la faiblesse par excellence. Seulement, voilà, le Nogitsune l'avait mis à terre et depuis, il se pliait à la volonté de son meilleur ami sans trop poser de questions. Ce dernier refusant la moindre interaction avec les Hale, l'aîné de la famille n'avait fatalement pu se procurer sa seule source de réconfort — point qui lui était encore difficile aujourd'hui d'avouer pleinement — au milieu de cette foule d'ignares et d'incapables. De plus, l'humain, mourant, hyperactif, rejeté, épuisant Stiles était définitivement hors course, puisqu'il était trop bavard pour ne pas aller tout répéter à son colocataire du moment, ce qui serait fort ennuyeux si ce dernier comprenait que le sujet le concernait tout particulièrement.

Peter en aurait versé une larme s'il en avait eu la sensibilité.

— N'en rajoute pas, Peter, grinça l'adolescent entre ses dents.

Il scruta par-dessus son épaule la cause de tout ce cirque et ils se jugèrent l'un l'autre durant une infinité de siècles au moins, ce qui fit tousser leur entremetteur. Pourquoi ce genre de choses frappait à sa porte plutôt qu'à celle du voisin ? Il existait une ville entière pour satisfaire leurs besoins d'audience !

Toutefois, il en était ainsi qu'il le veuille ou non et il allait être forcé de prendre rapidement parti, à son grand déplaisir. Il se racla la gorge bruyamment pour attirer l'attention et soigna son monologue avec prudence :

— La carte « Alpha » n'est pas un passe-partout magique, démystifia-t-il en s'asseyant sur l'arête du parquet surélevé qui conduisait aux fenêtres. Au contraire, tu es en phase de puberté, fraîchement transformé sans vouloir te vexer et tu emmagasines la force de la meute et d'un vrai Alpha. Ton loup est exacerbé, tes sentiments aussi. À côté, Peter est né et a grandi en tant que loup-garou bêta, puis alpha, puis mort, puis bêta, puis... Bref. Il connaît le self-control. Étonnamment. Pour ça du moins, parce que pour le reste... Hm. Voilà.

Il avait peu à peu du mal à s'exprimer, une boule dans la gorge et les pensées confuses. La situation devenait nocive. Il avait besoin de sortir, tout de suite, l'air était plus qu'étouffant, son champ de vision le laissait dans des eaux troubles qu'il ne souhaitait pas avoir en amies. Puis, la paire de languissants n'arriverait pas à avancer avec un loup comateux sur les bras et il supporterait encore moins de les sentir contre lui pour apporter une aide meurtrière. Alors, pour leur bien à tous, il se releva lorsque plus personne ne s'intéressa à son existence, le couple était apparemment trop occupé à contempler leur nombril. En un éclair, il recula sans un bruit vers sa liberté jusqu'à être assez loin pour s'éclipser. Qu'on se débrouille sans son assistance, il avait dépassé son quota !

À côté, cela n'allait pas gaiement :

— « Hm. Voilà » ? C'est ça ton autre explication, t'es sérieux, là ?

Brièvement susceptible, Scott accorda une expression emplie de sous-entendus à ce qui se révéla être un mur à la place de Peter, celui-ci ayant disparu comme un voleur. Inconscient de déjà renifler l'air pour le retrouver, il pivota néanmoins pour interroger son neveu sur cette disparition inappropriée, sauf que... Il était définitivement seul. Les adultes avaient déserté les lieux.

Il y avait des comptes qui allaient se négocier très chers.