Aubrey se redressa, tirée du sommeil par unmartèlement sourd et insistant, et se frotta les yeux avec le dos de la main. Ce n'est qu'au bout de plusieurs secondes confuses qu'elle se souvint de l'endroit ou elle se trouvait : à l'intérieur d'une des maisons en bois sculpté de la Lórien. Galadriel avait appelé ça un talan, et elle fut fort surprise en découvrant ce qu'elle avait cru n'être qu'une simple cabane perchée dans les arbres.
Le bâtiment était de forme circulaire, construit sur un seul niveau autour d'une des solides branches de l'arbre. Bien que moins épaisse que son tronc majestueux, la branche sur laquelle reposait son talan était néanmoins bien plus large qu'un chêne. Cette branche, qui émergeait au milieu du salon, constituait une colonne centrale à l'intérieur de la maison et d'élégantes portes voûtées s'ouvraient respectivement sur un petit bureau, un garde-manger particulièrement bien garni, un cabinet de toilette, et une chambre.
De nouveau, le martèlement sourd se fit entendre, tirant brusquement Aubrey de ses pensées. Elle réalisa alors que ce bruit provenait de la porte d'entrée, et se jeta hors du lit en toute hâte pour y répondre. « Désolé, » lança t-elle en ouvrant grand la porte.
« Je commençais à me demander si vous n'étiez pas morte, » fit Haldir d'un ton acerbe.
« Vous. » Souffla Aubrey, la mine défaite.
« Et oui, » répondit-il avec autant d'enthousiasme qu'elle. « Moi. »
« Qu'est-ce que vous voulez ? » demanda t-elle. Il l'examina de haut en bas, haussant les sourcils à la vue de ses cheveux en pagaille et de la tenue qu'elle portait.
L'elfe qui l'avait conduite jusqu'au talan la nuit dernière lui avait également donné une imposante pile de nouveaux vêtements, y compris la fine chemise de nuit blanche qu'elle portait à présent. Elle lui arrivait jusqu'aux genoux et était cousue dans un tissu plus léger que de la soie. Une nouvelle tenue qu'Haldir semblait trouver fort à son goût, à défaut de l'apprécier, elle. Remarquant soudainement le sourire narquois qu'il arborait, Aubrey se dissimula vivement derrière la porte en lui jetant un regard noir.
Son sourire ne s'en agrandit que d'avantage. « Dame Galadriel m'a demandé de vous entraîner. » dit-il.
Elle le regarda d'un air abasourdi. « De me quoi ? »
Il pinça les lèvres. « Croyez-moi, mortelle, ça ne m'enchante pas plus que vous. Mais je ne vais certainement pas désobéir à ma Dame, et vous non plus. Habillez-vous et rejoignez-moi au terrain d'entraînement dans quinze minutes. » Sur ces mots, il tourna les talons et s'éloigna avant qu'elle ne puisse l'en empêcher, ses cheveux argentés scintillant dans l'éclat du soleil matinal.
Aubrey claqua violemment la porte et s'y adossa, tout à la fois furieuse et inquiète. Moins je verrai ce connard, pensa t-elle, mieux ça sera. Avec lui, tout semblait prétexte à moquerie, sans parler de son mépris pour sa condition de 'mortelle'. Passer du temps avec lui était bien la dernière chose qu'elle voulait, en particulier si il s'agissait pour elle d'apprendre de lui.
Une larme lui échappa alors et alla s'écraser sur le plancher sans défaut du talan. Elle jeta un regard surpris à cette goutte parfaitement ronde sur le sol sombre. Cette larme rendait soudainement cet endroit réel, bien plus encore que la douleur qu'elle avait ressenti dans ses pieds ensanglantés. Elle laissa sa tête retomber contre la porte en soupirant. C'était un test, elle le savait bien. Allait-elle abandonner dès le premier obstacle ?
Non. Si jamais elle ne parvenait pas à avoir l'avantage sur Haldir, elle ferait en sorte qu'il la respecte comme il semblait respecter les elfes qu'il commandait. Et la seule manière d'obtenir ce respect, était de prouver que les 'mortels » pouvaient être aussi courageux que n'importe quel elfe. Il ne gagnera pas, se promit-elle en se dirigeant vers sa chambre où elle examina les vêtements qui lui avait été donné la veille.
Elle vit plusieurs longues robes légères et fluides, superbement brodées et pourvues de longues manches évasées. Elles étaient absolument magnifiques, mais très éloignées de son style habituel, et très loin d'être appropriées pour une séance d'entraînement. Les mettant de côté, elle découvrit alors divers leggings et plusieurs tuniques et entreprit de s'habiller, ravie et infiniment soulagée d'avoir trouvé dans la pile quelque chose qui ressemblait à sa chemise de nuit, mais plus courte et resserrée autour de la poitrine afin de la maintenir aussi bien qu'un soutien-gorge.
Elle enfila par dessus une sous-chemise de soie blanche, une paire de leggins gris anthracite cousue à partir d'un tissus qui lui sembla à la fois résistant et extensible et enfin une épaisse chemise verte. Elle trouva également, à sa grande joie, une nouvelle paire de bottes. Contrairement à la paire qu'elle avait porté lors de son périple jusqu'à la cité, celle-ci était neuve, souple, et lui allait à la perfection. Le cuir semblait presque se modeler autour de ses pieds.
Ce n'est qu'en passant la porte, pleine d'optimisme et d'assurance dans sa nouvelle tenue, qu'elle réalisa qu'elle ne savait pas le moins du monde ou pouvait bien se trouver le terrain d'entraînement.
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Haldir avait volontairement omis d'expliquer à la mortelle comment se rendre sur le terrain d'entraînement. Ce serait sa première épreuve. Qu'il le veuille ou non, elle était désormais son élève, et aucune de ses recrues ne pouvait espérer réussir sans faire preuve d'intelligence. Si elle n'était pas capable de mettre à contribution le peu d'esprit que possédait sa race pour trouver le terrain d'entraînement, il ne pourrait rien faire d'elle, avec ou sans entraînement.
C'est ainsi qu'il fut légèrement étonné de la voir approcher d'un pas mal assuré, environ une demi-heure plus tard. Il l'observa dans l'ombre, en silence. Ainsi vêtue à la manière de son peuple, elle semblait bien moins perdue que lorsqu'il l'avait aperçu pour la première fois dans ces ridicules vêtements à carreaux. Elle avait également dégagé son visage en tressant soigneusement ses longs cheveux blonds foncés. Il devait bien admettre que, malgré la crainte et la nervosité qu'il décelait chez elle, elle faisait preuve d'une grande dignité.
Il la regarda observer avec attention les gardiens qui s'entraînaient à l'autre bout du terrain. Une douzaine d'entre eux s'exerçaient au tir à l'arc, maniant avec aisance et assurance les puissants arcs des Galadhrim. Mais, ce qui attira véritablement l'attention de la mortelle furent les deux ellyn qui combattaient à l'épée. Ils se mouvaient avec grâce et rapidité sous le regard approbateur d'Haldir. Leur mouvement étaient si fluides qu'ils semblaient danser. Tout ses gardiens étaient d'habiles combattants, une obligation pour espérer vaincre leurs ennemis, mais ces deux là faisaient montre d'une grâce remarquable, même pour des elfes.
Il s'avança, redirigeant ainsi l'attention de la mortelle sur lui. Elle le regarda d'un air surpris. « Vous êtes en retard, » dit-il d'un ton las.
Elle fronça les sourcils, une, trop familière, lueur d'irritation dans le regard. « Vous ne m'avez pas dit ou aller ! J'ai été obligée de demander à des passants, et personne ne parle anglais ici ! »
Il prit bonne note de l'étrange nom qu'elle venait de donner à la langue commune et l'observa de son regard impénétrable. « Et pourtant, vous êtes là. »
« Oui, » admit-elle d'un air mécontent, « J'ai fini par me contenter de répéter votre nom jusqu'à ce qu'on me montre ou aller »
Bien qu'attentif à garder un visage impassible, Haldir devait bien admettre qu'il était légèrement impressionné par sa tactique. « La prochaine fois, ne soyez-pas en retard. » Dit-il, juste pour le plaisir de voir ses yeux brûler de colère.
« Qu'allons-nous faire aujourd'hui ? » demanda t-elle d'un ton sec. « Combat à l'épée ? Tir à l'arc ? »
Il poussa une exclamation dédaigneuse. « Certainement pas. Luriel a beau avoir soigné vos pieds, vous n'avez en aucun cas l'endurance nécessaire pour vous entraîner avec une épée. Vous allez devoir grandement améliorer votre condition physique avant de pouvoir soulever une épée. Et vous ne pourrez pas courir avant que vos pieds ne soient complètement guéris. »
« Du tir à l'arc, alors ? » grommela t-elle.
Cette fois-ci, Haldir ne put retenir son rire en voyant ses épaules délicates et ses bras menus. « Si vous pensez pouvoir bander un arc avec votre force actuelle, alors votre bêtise surpasse largement votre arrogance. Vous commencerez plus tard, avec un arc d'enfant. »
Son visage s'empourpra, autant de honte que de fureur. « Vous êtes déterminé à me voir échouer, » l'accusa t-elle.
« Non, » dit-il avec sincérité, « Je m'y attend, seulement. » Elle garda alors le silence, mais ce n'était pas, il le sentait, un silence honteux. Elle avait en elle, il le savait, une détermination de fer, et une puissante envie de lui donner tort. Et elle allait en avoir besoin pour tenir face à lui.
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« Aujourd'hui, je vais vous apprendre une compétence essentielle, si vous comptez devenir un archer digne de ce nom. C'est un travail minutieux, mais qui ne vous fatiguera pas trop. » Fit Haldir en se dirigeant vers un long banc protégé du soleil par une tonnelle.
Aubrey lui emboîta le pas, curieuse malgré elle. « Qu'allons-nous faire ? » demanda t-elle.
Il fit un pas de côté pour lui montrer un imposant tas de bâtons sur la table, à côté d'un panier rempli de plumes blanches et d'un pot de résine. « Des flèches, » dit-il.
Elle eut un pincement au cœur. Ce n'était pas le genre d'entraînement guerrier qu'elle avait imaginé et elle ne put s'empêcher de ressentir une profonde déception en se voyant ainsi assigner une tâche aussi morne pour son premier jour. Mais, se consola t-elle, il y avait au moins peu de risque qu'elle fasse quelque chose de mal. « Super, » lâcha t-elle en s'installant en face de l'elfe.
Le haussement de sourcils qu'il lui adressa lui confirma qu'il savait bien ce qu'elle en pensait, mais il ne fit aucun commentaire. « Les hampes ont déjà été durcies, lissées et équipées d'une pointe. Il ne nous reste plus qu'à les empenner. »
Il prit une flèche dans la pile et lui indiqua d'en faire de même. Elle en saisit une et s'étonna de sa taille. Elle était bien plus longue que ce qu'elle avait imaginé, facilement de la longueur de son bras. Son attention se porta sur la pointe en métal qui brillait au soleil et elle l'observa avec attention. La pointe était délicatement forgée en forme de feuille, longue et dangereusement pointue à son extrémité. Elle imagina se faire transpercer par une chose pareille et jeta un coup d'œil à on instructeur en frissonnant.
Haldir prit trois plumes de la pile et se saisit d'un couteau qu'il portait à la ceinture avant de le lui tendre. Elle le prit d'un air hésitant. Le métal était tiède là ou il l'avait touché et elle ne put réprimer un frisson. « Chaque plume doit être taillée avec précision. Si les plumes sont mal positionnées, la flèches ne volera pas droit, et un de mes gardiens pourrait y perdre la vie, » dit-il d'un ton sérieux.
Aubrey s'attela à la tâche avec encore plus de soin, imitant fidèlement sa technique. Il ne la félicita pas quand elle lui montra les trois plumes qu'elles avait préparé, et se contenta d'un hochement de tête approbateur.
« Maintenant, vous devez creuser un sillon pour y placer les plumes. Comme ceci...non, pas là ! Ne creusez jamais le long du fil du bois, » fit-il d'un ton sec.
Elle reposa la flèche, humiliée d'être ainsi réprimandée. « Pourquoi ? »
« La flèche risque de se fendre, » lui expliqua t-il d'un ton qui suggérait qu'elle aurait dû le savoir.
Une exclamation enjouée retentit derrière elle, attirant l'attention d'Haldir. Aubrey vit alors un large sourire apparaître sur son visage tandis qu'il se levait. « Mae govannen! » lança t-il.
Aubrey fronça les sourcils. La joie qui illuminait son regard avait complètement fait disparaître son habituelle expression renfrognée et soulignait à la perfection la beauté de ses traits. Il contourna le banc en tout hâte pour rejoindre les deux elfes qui approchaient. Elle fut alors stupéfaite de les voir se prendre dans les bras avec affection et parler d'un ton animé dans leur langue. L'un des nouveaux venus s'approcha et elle vit alors qu'il s'agissait d'un des elfes qui l'avait escorté dans la forêt—Rúmil, se souvint-elle.
Haldir le suivait tout en discutant avec le troisième elfe, qui, en arrivant près de la table, lui jeta un regard inquisiteur avant de demander quelque chose à Haldir qui lui répondit d'un ton dédaigneux. Le troisième elfe posa alors une main sur l'épaule d'Haldir qui soupira avant de se tourner vers elle et de dire, « Voici Orophin. Il vous souhaite la bienvenue dans notre cité et espère que vous passez une bonne journée. »
Aubrey posa la flèche sur laquelle elle travaillait et regarda Orophin en souriant, « Bonjour Orophin. Je m'appelle Aubrey. »
Haldir ne prit pas la peine de traduire sa réponse, préférant se tourner vers Rúmil. Orophin s'assit alors à ses côtés sur le banc et prit la flèche qu'elle avait posé. Il examina son travail et dit dans un anglais à l'accent très approximatif, «Bien. »
Aubrey lui adressa un large sourire. « Merci ! »
L'elfe lui retourna son sourire avant de se tourner vers le Gardien de la Marche. Haldir leva les yeux au ciel en écoutant ce qu'il lui disait, mais traduisit néanmoins, « Il dit que vous avez du talent pour une débutante, mortelle. »
« Je crois que je préfère largement vos amis à vous, » lui dit-elle d'un ton posé.
Haldir haussa les sourcils en jetant un coup d'œil aux deux elfes. « Ce sont mes frères, mortelle. »
En les regardant, elle vit en effet une nette ressemblance entre les trois. Ils avaient tout trois les mêmes cheveux argentés, la même peau pâle, et la même mâchoire bien définie. Mais Rúmil et Orophin étaient plus petits qu'Haldir, et Orophin était clairement le plus fluet des trois. Elle fronça les sourcils, pensive. Elle n'arrivait pas à imaginer qu'Haldir puisse être le frère de quelqu'un. Faire partie d'une fratrie impliquait un certain niveau de patience et de tolérance qu'il ne semblait pas posséder, sans parler de la capacité à aimer quelqu'un d'un amour inconditionnel. Elle le pensait capable d'aimer quelqu'un sans réserve et sans condition autant qu'elle l'imaginait capable de reconnaître qu'un 'mortel' puisse être digne d'admiration.
Rúmil s'adressa à ses frères en elfique, et leur visages s'illuminèrent. « Mortelle, » dit Haldir en se tournant vers Aubrey. « Restez ici et continuez votre tâche. Essayez d'en faire le plus possible, mais appliquez-vous. Mes frères et moi ne seront pas loin. »
Sur ces mots, ils choisirent un espace vide sur le terrain d'entraînement et établirent un périmètre avec des balises. Aubrey ne put s'empêcher de les observer alors que Rúmil se saisissait d'une paire de longues dagues qu'il portait à la ceinture et qu'Haldir tirait son épée du fourreau. Orophin resta en dehors du périmètre et leur fit signe de commencer.
Ce fut Rúmil qui s'élança en premier en bondissant vers son frère, dagues en avant. Aubrey laissa échapper une exclamation apeurée, certaine que les dagues toucheraient leur cible et souilleraient l'herbe de sang. Mais Haldir fit un pas de côté, brandissant son épée en l'air pour contrer l'attaque et repoussa sans peine son frère. Aubrey vit alors qu'ils souriaient, s'échangeant coups, insultes et plaisanteries tout à la fois.
Elle était totalement subjuguée par le combat et les mouvements fluides et gracieux des combattants. Elle ne parvenait pas à détacher son regard d'eux, et, elle devait bien l'admettre, d'Haldir en particulier. Les elfes avaient retirés leur tuniques et continuaient à s'entraîner vêtus de fines sous-chemises qui laissaient avantageusement deviner leur muscles sculptés. Aubrey se permit d'admirer l'impressionnante carrure d'Haldir et la façon dont les muscles de son dos et de ses bras se tendaient quand il bougeait.
Réalisant soudainement qu'elle les fixait ouvertement, elle se força a détourner son regard des trois frères et se remit au travail en essayant d'ignorer le tintement de l'acier et les cris d'encouragement d'Orophin. Elle entreprit de préparer méticuleusement les plumes avant de les fixer soigneusement dans les sillons creusés à l'aide de la résine. Elle travailla jusqu'à ce qu'il ne reste plus aucune plume. Ses mains étaient poisseuses et noires de résine. Elle leva alors la tête, surprise de voir que le soleil avait traversé tout le terrain pendant qu'elle travaillait et qu'elle se retrouvait désormais plongée dans la pénombre. Il y avait déjà longtemps que les trois frères avaient cessés leur entraînement, et elle ne savait absolument pas ou ils pouvaient bien être.
Quelqu'un se racla alors bruyamment la gorge derrière elle et elle pivota vivement, le cœur battant la chamade. Haldir se tenait les bras croisés à moins de deux mètres de là. « Oh putain , » lâcha t-elle. « J'ai failli avoir une crise cardiaque. »
« Vous devriez faire plus attention à ce qui vous entoure, » dit-il en s'approchant et, avant qu'elle ne puisse répliquer, il prit l'une des flèches qu'elle venait d'empenner. « C'est pas si mauvais, » admit-il en la faisant tourner entre ses doigts. « Il y a quelques millimètres de différences, cela dit. Vous avez utilisé trop de résine. »
Blessée de le voir pointer du doigt la moindre petite imperfection après les heures qu'elle venait de consacrer à cette tâche, elle rétorqua d'un ton dédaigneux, « Oh ça va. Il s'agit juste de quelques millimètres, ça n'a aucune importance. »
Son visage s'assombrit et il s'approcha d'elle si vite qu'elle ne vit pas sa main bouger avant de sentir la pointe glaciale de la flèche contre son cou. « Si je bougeais cette flèche de quelques millimètres, » dit-il d'une voix douce, «Elle percerait votre artère et vous vous videriez de votre sang. »
Il lâcha la flèche mais laissa sa main collée contre son cou, le pouce juste au dessus de son pouls. Elle frissonna de le sentir si proche, l'esprit embrumée par la chaleur de sa main contre sa gorge et par le souvenir de son combat plus tôt dans l'après-midi. Elle détourna le regard en serrant les dents, sans oser le repousser.
Il reprit la parole, d'une voix profonde. « Quand je vous dit de faire quelque chose, je veux que vous le fassiez correctement. C'est la seule option possible. Il suffit d'un millimètre de décalage pour causer la mort de quelqu'un. Un millimètre de décalage n'est pas un résultat acceptable. Vous comprenez, mortelle ? »
« Oui, » fit-elle d'un son sec, les poings serrés. Elle recula et prit une profonde inspiration. Il émanait de lui une aura si imposante, et ses yeux froids la glaçait à chaque réprimande. Cette journée n'avait pas été un grand succès, il fallait bien le reconnaître.
Il l'observait en haussant les sourcils, comme pour la défier. Après un dernier regard aux flèches dont elle avait été fière juste un instant plus tôt, elle tourna les talons et se hâta de quitter le terrain, pressée de retrouver la sécurité de son talan.
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Les bains étaient déserts, au grand soulagement d'Haldir. Des sources chaudes émergeaient du côté ouest de la cité, et se déversaient dans une demi douzaine de bassins, tous assez larges et profonds pour pouvoir y nager. Les bassins étaient à l'air libre mais protégés des regards par une foisonnante végétation et suffisamment à l'écart du reste de la cité pour offrir une certaine intimité.
Il y avait rarement d'autres baigneurs à cette heure avancée, ce qui convenait parfaitement à Haldir. Non pas qu'il soit pudique—cohabiter avec les autres gardiens à la frontière suffisait pour faire disparaître chez les Galadhrim toute velléité d'intimité— mais il aimait prendre le temps de se détendre et de réfléchir tranquillement en prenant un bain, et il préférait le faire seul.
Il retira sa tunique et sa sous-chemise, qu'il plia soigneusement avant de les poser sur un banc à coté du bassin. Il s'assit et se pencha pour défaire ses bottes, quand il perçu un imperceptible bruissement. Il fit brusquement volte-face et saisit le poignet de l'elfe qui se tenait derrière lui. Elle éclata de rire et dégagea son poignet, admirant ouvertement sa poitrine nue. « Bonsoir, Gardien de la Marche, » le salua t-elle.
Haldir lui sourit, soudain bien plus détendu. « Luriel, » dit-il. «C'est un plaisir de te voir. »
Elle eut un petit sourire narquois et laissa ses doigts glisser de la gorge d'Haldir jusqu'à son bas-ventre. « Je vais tout faire pour, mon Seigneur. »
Il la caressa à son tour, déliant avec agilité les attaches de sa robe pour caresser ses seins d'une main tandis que l'autre s'enroulait autour de sa taille. Luriel était une vieille amie et parfois aussi son amante. C'était une relation sans attache qui leur convenait fort bien à tout les deux. La saisissant par la taille, il la souleva et se rassit sur le banc, l'elleth sur ses genoux. Elle enroula ses bras autour de son cou et titilla le bout sensible de son oreille avec les dents tandis qu'il parsemait sa gorge de baisers.
« J'ai entendu dire, » murmura Luriel en se cambrant contre lui, « Que tu as passé la journée avec une mortelle. »
Il ne put retenir une grimace, les lèvres contre sa clavicule. « Oui, » admit-il. « J'ai appris à cette pauvre fille comment empenner des flèches. »
Luriel gloussa. « Voyons ce que tu sais faire avec ta flèche, hmm ? » dit-elle en entreprenant de défaire les liens qui fermaient son leggings, ses doigts caressant avec sensualité son érection grandissante jusqu'à ce qu'il gémisse, soudain conscient de toute la frustration accumulée pendant toutes ces semaines passées seul à la frontière. Sa main se posa à nouveau sur le sein de Luriel et caressa avec douceur son téton jusqu'à ce qu'elle tressaille, incapable de dénouer les liens de son leggings. Il laissa échapper un rire satisfait, et continua ses caresses.
Un cris étouffé perça alors le silence de la nuit et fit sursauter les deux elfes. Haldir leva les yeux et vit une silhouette aux cheveux blonds foncés qui s'enfuyait d'un pas mal assuré. Il ne put s'empêcher de rire. De toute les personnes susceptibles de venir prendre un bain en pleine nuit et de le surprendre avec Luriel, il avait fallu que ce soit la mortelle. Il attendait avec impatience leur prochaine session d'entraînement.
« Haldir ? » fit Luriel en ondulant sur ses genoux.
Ce simple mouvement le tira de ses pensées et il la regarda, un sourire charmeur aux lèvres. « Ce n'est rien. Viens, allons nous détendre dans le bassin. »
Il se leva alors, et enleva son leggins avant de retirer lui-même la robe de Luriel. Elle tendit la main et enroula ses doigts fermement autour de lui. « J'espère que tu ne vas pas trop te détendre, » dit-elle.
Il leva les yeux au ciel et entra dans l'eau tiède en l'entraînant avec lui. «Aucun risque, Luriel. »
« Parce que, » ajouta t-elle avec un grand sourire. « J'ai entendu tellement de bien des flèches des Galadhrim. »
Il éclata de rire, enroulant un bras autour de sa taille pour la serrer contre lui. « Je vais te montrer que j'atteins toujours ma cible. »
