Aubrey lança à Haldir un regard incrédule. « Courir. Vous voulez que j'aille courir. »

«Oui, mais je vais tout de même le faire avec vous, vous savez. » fit-il avec nonchalance.

« Et le tir à l'arc alors ? Ou...Ou n'importe quoi d'autre qui n'implique pas de courir?» répondit-elle d'un ton contrarié.

Il lui lança en retour un regard noir. « Vous vous entraînerez au tir à l'arc pendant votre temps libre, l'après-midi. Si vous continuez à faire ce que je vous ai montré, vous finirez par vous améliorer. Je viendrai vous observer de temps à autre pour m'assurer que vous suivez bien mes consignes. Mais pour le moment, il nous faut améliorer votre condition physique pour vous permettre de tenir une épée. »

« Mais pourquoi ? » gémit-elle.

Ses prunelles argentées prirent alors une teinte glaciale . « Vous remettez en cause mes méthodes ? Vous avez été placée sous mon autorité pour une bonne raison, petite mortelle. Galadriel souhaite vous offrir la meilleure formation possible, et je suis le meilleur. Vous devriez remercier les Valar que j'accepte de perdre mon temps avec vous quand je pourrais être en train de défendre les frontières de ce royaume ou d'entraîner des elfes qui en valent la peine. »

« Pourquoi le faites-vous, si ça vous embête à ce point ? Rendez-nous service à tout les deux et retournez donc à la frontière. Vous ne me manquerez pas, en tout cas,» cracha t-elle.

« Contrairement à vous, » répliqua t-il d'un ton méprisant, « J'ai le sens du devoir et de l'honneur. J'ai donné ma parole que je vous entraînerai. Maintenant, courez. »

Le maudissant à chaque foulée, elle commença alors à trottiner autour du terrain d'entraînement. Aubrey détestait courir. Mis à part quelques rares sprint pour attraper son bus, elle n'avait plus couru depuis sa dernière, et exécrable, course de fin d'année alors qu'elle était encore à l'école. Elle était, à seulement vingt-trois ans, dans la fleur de l'âge, et effectuait fréquemment de longues randonnées dans les paysages vallonnés près de chez elle. Mais si d'aventure elle essayait de faire plus qu'un petit footing, elle se retrouvait toujours bien vite à bout de souffle. Mais pour être tout à fait honnête – une honnêteté que seul un réveil matinal et une séance d'entraînement forcée pouvait susciter– elle devait bien admettre que durant ces randonnées elle empruntait souvent des itinéraires qui ne présentaient aucune difficulté et qu'elle s'arrêtait très régulièrement pour apprécier les beaux panoramas de sa région. Aucun doute, elle pourrait être en meilleure forme. Ce qui ne voulait pas dire qu'elle devait apprécier le processus de remise en forme. Elle n'avait effectué que quatre des quinze tours de terrains ordonnés par Haldir quand elle commença à flancher. Ses jambes et ses pieds, pas encore complètement guéris depuis sa longue marche jusqu'à Caras Galadhon, se mirent à la lancer et chaque bouffée d'air était plus douloureuse que la précédente. Une souffrance encore exacerbée par le fait qu'Haldir courait tranquillement à côté d'elle, sans le moindre signe de fatigue ou d'essoufflement. Il n'avait pas l'air de fournir plus d'effort que lorsqu'il était assis et au repos.

En sueur, mais fermement décidée à ne pas lui donner une autre raison de se moquer d'elle pour avoir abandonné, Aubrey se força à continuer. Chaque respiration lui cisaillait la gorge, mais elle continua néanmoins, en dépit d'une douleur sourde et brûlante qui monta progressivement de son flanc gauche jusqu'à envahir toute sa cage thoracique. Arrivée à la moitié de son treizième tour, son pied heurta une motte de terre et elle trébucha avant de s'étaler de tout son long dans l'herbe, la tête la première. Elle était si fatiguée qu'elle n'avait rien tenté pour se rattraper et nul doute que sa pommette et son épaule en témoignerait bien vite. Elle resta là, étendue dans l'herbe épaisse, à tenter de reprendre son souffle. C'est confortable, pensa t-elle. J'ai bien envie de rester là, sans bouger.

« Levez-vous, » fit Haldir d'un ton brusque en s'arrêtant devant la silhouette étendue dans l'herbe.

Elle grogna, la tête toujours enfouie dans l'herbe. Ce bâtard n'avait même pas l'air essoufflé après treize tours de terrains. « Je ne peux pas, » gémit-elle.

Il s'accroupit à côté d'elle, et posa sa main près de la tête d'Aubrey. « Vous êtes blessée ? » demanda t-il.

« Je suis littéralement en train de mourir, » fit-elle d'un air théâtral en roulant sur le dos pour lui faire face. Elle ferma les yeux, éblouie par les rayons du soleil qui illuminaient la clairière et se reflétaient sur les armes des elfes en train de s'entraîner.

Haldir fronça les sourcils. « Je sais bien, » dit-il. « Tout les mortels sont en train de mourir. »

« Sympa, » grommela t-elle.

« Néanmoins, » reprit-il, « Et à moins que vous soyez effectivement sur le point de mourir, nous avons encore un tour et demi à faire. »

Aubrey le regarda en fronçant les sourcils, surprise. Il y avait quelque chose dans sa voix qu'elle n'arrivait pas bien à saisir. Ses yeux s'arrondirent d'étonnement quand elle réalisa ce qu'était ce presque imperceptible changement : une pointe de respect. Il était impressionné qu'elle n'ait pas abandonné, qu'elle ait continué si longtemps en dépit de la difficulté de l'épreuve. Voilà de quoi sont capables les 'mortels'.

Poussée par un renouveau de vigueur et bien décidée à conserver la pointe d'estime qu'il semblait avoir pour elle, elle se remit debout et reprit l'entraînement. Elle se força à accélérer le pas lors du dernier tour de terrain, atteignant alors l'extrême limite de son endurance et si essoufflée qu'elle luttait pour ne pas s'étouffer à chaque prise d'air. Quand, les muscles tremblant, elle dépassa enfin sa sur-tunique posée au sol -afin de servir de repère pour compter les tours- elle tomba à genoux et attrapa avidement la gourde qui se trouvait en dessous de celle-ci. Elle en vida la moitié d'une traite, non sans s'en renverser une partie dessus dans sa hâte, et essuya son front transpirant d'un revers de la main.

Ses jambes la brûlait, et elle se sentait terriblement sale. Des gouttes de transpiration coulaient le long de sa colonne tandis qu'à cause de sa chute ses mains et ses genoux étaient couverts d'herbe boueuse. Elle eut un frisson de dégoût. Sa petite bassine ne serait pas suffisante aujourd'hui, pensa t-elle. Cette fois ci, je prend un bain, peut importe qui est présent.

Derrière elle, Haldir buvait avec élégance dans sa propre gourde. « Allez marcher, » lui conseilla t-il. « Vous allez avoir des crampes si vous n'étirez pas vos muscles, et vous aurez encore plus mal demain. »

Elle se leva en soupirant et étira ses bras au dessus de sa tête en marchant lentement. « Merci, » dit-elle en sentant ses jambes commencer à se détendre.

Il hocha la tête. Puis, d'un ton hésitant, comme si chaque mot était une souffrance, il dit, « Vous avez bien tenu le coup. »

« Je—merci, » répondit-elle, surprise par cette louange.

« Haldir ! » s'écria une voix perçante.

Ils firent brusquement volt-face juste à temps pour voir un tourbillon jaune et vert foncer droit sur eux et se jeter sur Haldir. Bouche bée, Aubrey le regarda intercepter le projectile en riant. Puis Haldir fit voleter l'enfant dans les airs avant de l'enlacer, au son de leur rires entremêlés. Le petit garçon ne semblait pas avoir plus de six ou sept ans, et il était sans aucun doute l'enfant le plus charmant qu'Aubray ait jamais vu.

Elle ne s'était jamais trop intéressée aux enfants, mais celui là était tout simplement angélique. Son petit visage était absolument parfait, et magnifié encore d'avantage par la joie qui en émanait. Il avait les yeux bleus, et de longs cheveux blonds, qui flottaient librement derrière lui, complétaient sa panoplie de chérubin. Haldir reposa l'enfant à terre et lui ébouriffa les cheveux en le saluant en elfique. Le visage du petit garçon se fendit d'un large sourire.

Aubrey remarqua alors ses délicates petites oreilles pointues et ne put retenir le petit cri attendri qui s'échappa de ses lèvres. Cet enfant était tout bonnement trop adorable. Haldir leva la tête et croisa son regard. Une vraie tendresse illuminait son regard et son visage avait pris une expression étonnamment joyeuse. « Voici Roitar, » dit-il. « C'est le fils d'un de mes gardiens. »

« Ravie de te rencontrer, Roitar, » répondit Aubrey en souriant, sans ce soucier du fait qu'il ne pouvait pas la comprendre.

Mais à sa grande surprise, il lui adressa un grand sourire et, tout comme Ilye l'avait fait, pressa sa petite main contre son cœur avant de l'étendre dans sa direction. « Nana m'enseigne un peu de Westron, » dit-il fièrement.

Haldir eut un sourire approbateur. « Bon travail. Tu le parlera parfaitement d'ici à ce que tu sois en age d'avoir ta première tresse. »

Aubrey réprima un petit sourire en entendant le ton élogieux d'Haldir. Ça alors, Pensa t-elle. Ce ne serait donc pas complètement un connard.

« Haldir, » reprit Roitar, son petit visage débordant de fierté, « Ada m'a donné un arc ! »

« Ah oui ? Et qu'est-ce qu'un petit elfling comme toi va bien pouvoir faire d'un arc ? » le taquina Haldir.

Roitar jeta un regard indigné au Gardien de la Marche. «Je serai le meilleur archer de toute la Lórien!» proclama t-il.

« Peut-être bien, » fit Haldir en souriant. « Mais, pour l'instant, je crois que Rúmil va garder ce titre quelque temps encore. Demain après-midi je serai au terrain de tir à l'arc pour entraîner cette mortelle. Peut-être pourrais-tu venir me montrer cet arc afin que nous regardions ensemble comment l'utiliser ? »

Le visage de Roitar s'illumina de joie. « Oh oui ! S'il te plaît, Haldir, apprend moi! »

« Je ne sais pas trop. Peut-être, si tu es très attentif. »

« Je le serai! » s'exclama t-il.

« Dans ce cas, c'est d'accord, mon ami. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, mon élève à besoin de moi. » fit Haldir avec regret. Aubrey tourna la tête dans leur direction en entendant le ton d'Haldir changer.

Roitar hocha la tête avec enthousiasme avant de s'éloigner en sautillant d'un air aussi joyeux qu'à son arrivée. Aubrey le regarda s'éloigner, une expression singulière dans le regard. « Je n'avais encore jamais vu d'enfant ici, » dit-elle, « Un enfant elfe. »

Haldir soupira et prit une autre gorgée d'eau. « Ils sont rares. Mon peuple fait peu d'enfants, et ils nous sont très précieux. Il n'y a actuellement que trois elflings en Lórien. »

« Trois ? Trois enfants dans toute une ville ? Combien d'adultes êtes-vous ? » demanda t-elle, incrédule.

Il plissa les yeux, l'air pensif. « Il y a environ deux ou trois mille elfes ici. Je n'ai pas le chiffre exact, il n'est pas rare pour un elfe de passer plusieurs décennies voir plusieurs siècles à voyager, ou dans un autre royaume. »

« Néanmoins, » dit-elle, « Il doit se sentir seul, sans amis de son age. Il a quoi, sept ans ? »

Haldir éclata de rire, mais d'un rire froid et distant qui la glaça et lui fit faire un pas en arrière. « Ah, j'ai oublié à quel point vous êtes ignorante. Roitar a vingt-neuf ans, mortelle. »

« Quoi ? Ce—ce tout petit enfant est plus vieux que moi ? » souffla t-elle. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir qu'un enfant si jeune et si innocent puisse être plus vieux qu'elle.

Le Gardien de la Marche haussa les épaules. « Évidemment. Les enfants elfes grandissement moins vite que les humains. Nous ne terminons notre croissance qu'à l'age de cent ans. »

Aubrey déglutit avec difficulté en regardant Roitar courir autour d'un arbre, un adulte sur ses talons. Le rire de l'elfe mêlé aux cris de joie de l'enfant. « Il va...Il sera toujours un enfant quand je serai—». Morte. Pensa t-elle, incapable de terminer la phrase à voix haute.

Haldir lui lança un regard circonspect. Elle vit de la pitié dans ses yeux, et en éprouva une profonde amertume. « Et vous vous demandez, » dit-il, « pourquoi nous vous considérons comme une enfant. »

o0o

Aubrey marchait en direction de la grande salle à manger quand elle sentit un picotement aiguë lui traverser les tempes. Soudain, une voix de femme résonna. ~Aubrey, viens discuter avec moi.

Elle tressaillit et fit brusquement volte-face. Un sentiment de malaise, dont elle ne parvenait pas à identifier la cause, l'avait envahi. ~Tu me trouvera au niveau du sol, enfant,~ reprit la voix.

Aubrey se retourna à nouveau pour essayer, vainement, de trouver la source du bruit. Une sourde inquiétude lui noua l'estomac quand elle réalisa qu'elle était bel et bien seule. J'entends des voix, pensa t-elle horrifiée, Des voix. Dans ma tête.

Et juste quand elle était sur le point de se dire qu'elle avait fini par succomber à l'atmosphère irréelle des lieux, ou à l'épuisement provoqué par l'entraînement d'Haldir, la voix résonna à nouveau, et dit, d'un ton amusé, « N'aie crainte, jeune fille, c'est Galadriel. Tu me trouvera à la base de l'arbre. J'aimerais discuter avec toi.~

Honteuse et s'attendant à voir un elfe —probablement Rúmil— surgir de derrière un pilier pour se moquer d'elle, la sotte petite mortelle, Aubrey entreprit de descendre les escaliers.

Même si le grand escalier ne lui avait plus jamais semblé aussi interminable que durant sa première nuit ici, quand, à moitié morte d'épuisement, elle avait lutté pour arriver jusqu'en haut, il était toujours excessivement long, et elle mit une bonne dizaine de minutes à atteindre le sol de la forêt. Elle étira rapidement ses jambes en atteignant la fin de l'escalier. Même si elle le descendait chaque jour pour aller s'entraîner -et qu'elle le remontait ensuite pour rejoindre son talan- elle suspectait fort qu'elle ne s'habituerait jamais à la difficulté que cela représentait. Pas étonnant que tout les elfes aient d'aussi belles jambes, pensa t-elle en ronchonnant intérieurement.

« Est-ce vrai ? Je te remercie pour ce compliment, » fit une voix amusée derrière elle.

Aubrey sursauta violemment et fit brusquement volt-face. Galadriel se tenait là, juste derrière elle, un sourire paisible aux lèvres. Ses cheveux dorés flottaient avec grâce jusqu'à sa taille, leur éclat doré contrastant avec sa robe blanche. « C'était vous, » souffla Aubrey. « Vous parliez...dans ma tête. »

Galadriel lui sourit avec douceur. « Oui, mon enfant, en effet. C'est un don que je possède. »

Aubrey la dévisagea en silence, bouche bée et ébahie. Cela lui sembla soudain terriblement injuste que les elfes puissent être immortels, rapides, forts et aient en plus le don de lire dans les pensées. « Comment puis-je vous aider ? » fit-elle d'une voix rauque. Inutile de le nier, cette sublime femme la terrifiait.

La Dame l'observait, un sourire amusé aux lèvres. « N'aie pas peur de moi, je ne te veux aucun mal. Je souhaite seulement savoir comment se passe ton installation. Cela fait à présent une semaine que tu es parmi nous. »

Aubrey fronça les sourcils, pensive. « Je n'y ai pas vraiment songé, » admit-elle. « J'ai été plutôt occupée, avec l'entraînement d'Haldir. »

Galadriel hocha légèrement la tête. « Je l'imagine bien. Je suis consciente de ce que tu ressens, chère Aubrey, je sais que l'entraînement que j'ai souhaité te voir recevoir te déplaît. »

« Ce n'est pas ça, » s'empressa de rectifier Aubrey, inquiète à l'idée de paraître ingrate. «C'est même plutôt sympa, en réalité. J'ai toujours voulu apprendre à me servir d'une épée et tout ça. Enfin, j'ai pas vraiment commencé, mais... » mais on se déteste, Haldir et moi, fit-elle silencieusementavant de rougir, mortifiée, en se souvenant que Galadriel pouvait lire dans les pensées.

Galadriel éclata de rire en percevant l'embarras de la jeune femme. « Ah, ma chère enfant, je sais qu'Haldir peut parfois être difficile à vivre. Celeborn et moi l'avons élevé à ce rang quand il était encore jeune car nous avons vu en lui un grand potentiel, et il a su se montrer à la hauteur de nos espérances. Certains diront que cela l'a rendu arrogant et hautain, et je vois cela en lui, sans aucun doute, mais néanmoins, je sais ce qui se trouve au fond du cœur de mon Gardien de la Marche de la réserve, bien plus qu'une réelle arrogance. »

Aubrey détourna le regard, les joues toutes empourprées. « Je pense que c'est un con, » grommela t-elle.

Galadriel eut un sourire indulgent. « Tu ne le connais pas. Je ne l'aurais pas choisi si il n'y avait pas du bon en lui. »

« Mais à quoi ça sert, tout ça ? » répliqua t-elle. « Je veux dire, Haldir l'a dit lui-même, il pourrait être en train d'entraîner des elfes, ou de garder la frontière. Pourquoi perdre tu temps à m'entraîner ? Je ne–je ne suis pas un soldat, » fit-elle d'une voix hésitante.

« Le jour viendra peut-être ou tu seras contente de savoir te défendre, » répondit Galadriel avec douceur.

Aubrey eut l'inquiétante impression que les peut-être de cette elfe cachait une certitude si implacable qu'elle commença à très sérieusement craindre pour sa vie. « Suis-je en danger ici ? » demanda t-elle.

« Non, » répondit Galadriel d'un ton rassurant. «Mais penses-tu réellement que cet entraînement n'a aucune utilité ? »

Aubrey se contenta de garder le silence, mais quand elle se retourna pour regarder Galadriel, elle avait disparu.

o0o

Haldir se tenait à l'extrême bord du flet ou avait lieu le rassemblement, si prêt du bord que les talons de ses bottes reposaient dans le vide. Des elfes dansaient, chantaient ou jouaient de la musique au milieu du vaste flet et l'écho de leur rires résonnait si fort qu'il couvrait presque le son des flûtes et des harpes.

Celui qu'il cherchait était au milieu de la foule des danseurs, une belle demoiselle dans les bras. Haldir eut un petit sourire en coin les trois frères partageaient le même goût pour les jolies ellith, et si Rúmil était le plus enclin à flirter, Orophin était bien souvent celui qui obtenait les meilleurs résultats. Haldir préférait généralement attendre qu'une elleth vienne à lui.

Il s'avança et la foule s'écarta devant lui tel l'air sur la trajectoire d'une flèche. Il ne savait jamais vraiment si ils faisaient ça par respect pour sa position ou par crainte de son mauvais caractère. Orophin se retourna en entendant les rires cesser autour de lui, les mains toujours autour de la taille de sa partenaire.

« Mon frère, » fit-il d'un ton enjoué. « Comment puis-je t'être utile ce soir ? Es-tu venu prendre part à nos amusements ? »

« Hélas, non, » répondit Haldir en souriant. « Très chère, pardonne moi, je dois t'emprunter Orophin. Il faut que je lui parle. » ajouta t-il à l'intention de l'elleth au côté d'Orophin.

Elle baissa les yeux en rougissant, avant d'acquiescer d'un signe de la tête. Orophin se tourna à regret vers son frère, la mine renfrognée. « Ça ne pouvait pas attendre demain matin ? »

« Quand tu auras entendu pourquoi j'ai besoin de toi, tu verras que non. Viens, » ordonna t-il en tournant les talons. C'était le Gardien de la Marche et non le frère qui s'exprimait, et Orophin se hâta de le suivre.

Les deux ellyn marchaient en silence, côte à côte, et le bruit déjà presque inaudible de leur pas était encore atténué par le bruissement nocturne de la forêt. En dessous d'eux, encore plus profondément dans la canopée des arbres, un couple de hiboux se courtisaient en hululant et l'entêtant bourdonnement des insectes se mêlait aux rires et aux chants des danseurs. Haldir les conduisit presque jusqu'à la limite de la cité, jusqu'à atteindre l'extrême sommet de la canopée, plus haut encore que la demeure de Galadriel et de Celeborn, des centaines de mètres au dessus du sol de la forêt. Si haut que les branches dansaient dans la brise et que les flets étaient ici conçus pour en suivre le mouvement.

Haldir s'assit sur l'un d'eux en faisant signe à Orophin de l'y rejoindre. Ils s'installèrent côte à côte, leur regard tournés vers leur forêt. « C'est donc ici que tu viens te cacher. » fit Orophin.

Haldir s'adossa en arrière, les yeux levés en direction du ciel qui perçait à travers le mince rideau de feuilles. « Tu sais à quel point j'aime notre Lórien. Mais, parfois. . . parfois j'ai besoin de voir les étoiles. Elles m'apaisent. » répondit-il doucement.

« Tu ne m'a pas fait venir jusqu'ici pour me parler des étoiles, mon frère. Que se passe t-il ? »

Le Gardien de la Marche fronça les sourcils. « J'ai reçu un message d'Erundil cet après-midi. »

« C'est le —»

« Capitaine des gardes de Thranduil, oui. Il m'a informé que les orcs de Dol Guldur ont considérablement augmenté leur activités. Les raids progressent inexorablement vers le nord. Il demande si nous avons remarqué des mouvements au sud ou à l'ouest, et si ce n'est pas le cas, il nous préviens que cela risque bientôt d'arriver. »

Orophon se figea. « Ma patrouille n'a remarqué aucun mouvement particulier. » dit-il.

« Aucune patrouille n'en a fait mention. » lui répondit Haldir. « Mais j'ai bien peur qu'Erundil ait raison. Nous n'y échapperons pas. »

«Tu as un plan ? Qu'allons-nous faire ? »

« Que pouvons-nous faire à part rester vigilants ? J'ai bien une idée, mais je dois en parler à la Dame avant d'agir. »

Orophin acquiesça, il savait bien qu'il était futile de demander des détails concernant un plan qui n'avait pas été approuvé. « Ne désespère pas, mon frère, » fit-il d'un ton tranquille. « Il faudra plus que quelques vermines d'orcs pour faire tomber la Lórien. »

« Tu serais un sot de les sous-estimer, » répliqua Haldir. « Quelques orcs ne sont pas une menace—mais ils ne sont jamais que quelques uns. Dol Guldur fourmille littéralement d'orcs. Je n'ai pas vu ce genre de présence depuis—» il s'arrêta net, et ferma les yeux. Presque trois milles ans après, l'écho des lamentations de la Dagorlad retentissait encore dans son esprit. « Tu retournera à la frontière dans quatre jours, » ordonna t-il. « Dirige ta patrouille à la frontière Est et sois vigilant. Mais ne descendez pas des arbres. »